Aphorismes (page 9)
QUATRIÈME SECTION (suite)
(61) Aph. 18.- 61. J'ai ajouté les mots entre crochets pour me conformer à l'interprétation de Galien ( 378) et de Théoph. (p. 396).
(62) Aph. 25. - 62. Galien (p. 689) dit : « Quelque apparence qu'ait le sang signifie qu'il soit écumeux, rouge, jaune, noir, aqueux ou épais. » La fin de cet aphorisme se présente avec une grande variété de leçons; j'ai suivi Galien (p. 689 ).
(63) Aph. 26. - 63. Après des «lambeaux de chair, » le texte de Dietz porte : « ou des excréments noirs, » mots qui se trouvent dans Oribase (p. 148), mais qui manquent dans Galien (p. 691), dans Théophile et Damascius (p. 400, 401.)
(64) Aph. 31. - 64. M. Littré (t. I, p. 450) a parfaitement déterminé le sens du mot dépôt (ἀπόστασις) dans Hippocrate. Je lui emprunte le passage suivant : « La théorie du dépôt est étroitement liée â celle des autres crises et n'en est qu'une extension. Quand la matière morbifique n'a pas trouvé une issue convenable, la nature la porte et la fixe sur un point particulier. Le dépôt n'est pas un abcès; c'est tantôt une inflammation extérieure telle qu'un érysipèle, tantôt la tuméfaction d'une articulation, tantôt la gangrène d'une partie. De là cette distinction, obscure au premier coup d'oeil, mais réelle, des maladies qui sont un vrai dépôt et qui amènent une amélioration, et de celles qui ne sont un dépôt qu'en apparence, et qui ne jouent aucun rôle dans la solution de la maladie. » Cf. aussi Fo¨εs . OEcon., et Kraus, lib. cit.
(65) Aph. 33. - 65. C'est-à-dire, suivant Théophile (p. 405), quand les articulations étaient souffrantes avant la maladie, c'est là que se fera le dépôt, si on a lieu de croire que la crise se fera par un dépôt. Galien (p. 701) dit que ces trois aphorismes qui ont chacun un sens particulier, ont aussi un sens commun, à savoir, que le dépôt se fait sur les parties qui, avant ou pendant la maladie, sont le siége de quelque travail interne.
(66) Aph. 35. - 66. Galien (IV, 35, p. 708) dit positivement qu'Hippocrate ne désigne pas ici le lieu où il n'apparaît pas de tumeur; [au cou ἐν τῷ ταχήλῳ.] donné par les textes vulgaires et par Dietz est donc une glose que Van der Linden a omise avec raison.
(67) Aph. 36. - 67. Il ressort du commentaire de Galien (p. 713), que, dans les manuscrits à lui connus, il n'y avait que trente et unième où trente-quatrième, mais que ces deux mots ne coexistaient pas. - [ La mort] est ajoutée par Alde et Metz. - Cf. sur cet aph. le commentaire de Galien et aussi Étienne (p. 407).
(68) Aph. 41. - 68. Il faudrait ajouter : car c'est un indice qu'antécédemment on a trop mangé. - D'après Galien (p. 719), le mot abondante (πολύς), après sueur, n'existait pas dans le texte primitif, et il a été ajouté avec raison, suivant lui, par quelques éditeurs; en effet, si la sueur n'était pas copieuse, elle pourrait venir soit de la débilité des forces, soit de la raréfaction du corps. D'après le même Galien, quelques-uns effaçaient sans quelque cause apparente.
(69) Aph. 44. - 69. Voir la note 45 de la 118e sentence des Coaques.
(70) Aph. 47. - 70 . Galien (p. 727) dit que, dans les manuscrits, la dernière phrase de cet aph. était écrite de deux manières : 1°. comme il l'a donnée en tête de son commentaire, c'est-à-dire avec la négation ; 2°. sans la négation. Le première leçon est préférable. - Au lieu de : par ces voies, Théophile lisait: ou par la bouche, ou par les urines, ou par les selles. Galien ne paraît avoir eu ni l'une ni l'autre leçon, qui sont peut-être des gloses.
(71) Aph. 49. - 70. Galien (p. 729) et Théophile (p. 414) attribuent cette déviation d'une partie de la face à une affection profonde des nerfs ou de l'encéphale ; ils justifient ainsi la gravité du pronostic que porte Hippocrate.
(72) Aph. 52. - 71. Galien (732) voudrait que, conformément à la doctrine du Pronostic, §. 2, p. 67, on lût : inquiétant au lieu de plus inquiétant que porte le texte vulgaire, et qu'il regarde comme une faute venant du copiste et non d'Hippocrate.
(73) Aph. 55. - 72. Cet aphorisme se retrouve avec quelques développements dans le IIe liv. des Epid., p. 1025, édit. de Foës. L'auteur du IIIe livre des Épidémies (§. 18, p. 276) parle aussi de l'apparition de tumeurs aux aines. En rapprochant ces passages, on sera tenté de croire qu'Hippocrate et les hippocratistes avaient quelques connaissances de la peste à bubons. - Du reste, d'après un texte de Rufus (qui vivait de l'an 97 à l'an 117 après J. C.) publié pour la première fois par Mgr le card. A. Mai (Classici auct., t. 1V, p. 11), il demeure établi que la peste à bubons était connue bien avant le Vie siècle, époque à laquelle tous les épidémiographes en rapportaient la première apparition. (Cf. aussi M. Littré, t. II, p. 584, et t. III, p. 1 et suiv.) .
(74) Aph. 56. - 73. Galien (p.734 ) dit qu'il aurait fallu réunir cet aphorisme au 42e. (Cf. aussi Étienne, p. 419).
(75) Aph. 57. - 74. Suivant Étienne (p. 420), Hippocrate aurait dû dire le symptôme et non la maladie, car le tétanos est un symptôme et non une maladie ; cette réflexion marque un progrès immense sur la médecine d'Hippocrate.
(76) Aph. 61. - 75. Le texte vulgaire et le manuscrit 1884 portent: ἐν περισσῇσιν ἡμέρῃσι ; Théophile avait lu ainsi tout en disant que ἐ. π. ἡ. était pour ἐν κρισίμοις ἡμέρῃσι; mais Galien, qui avait aussi la première leçon sous les yeux, la blâme par la comparaison des doctrines du Pronostic, des Épidémies et du livre même des Aphorismes; il veut qu'on lise critiques, au lieu de impairs, bien que cette dernière leçon soit donnée par le plus grand nombre des manuscrits. Du reste il dit, en commençant, que cet aphorisme pourrait bien avoir été introduit furtivement parmi ceux d'Hippocrate. - Étienne, voulant justifier la leçon vulgaire, dit: « On pourra objecter que le quatrième et le quatorzième jour sont critiques quoique pairs ; mais le quatrième juge rarement, et le quatorzième ne juge pas comme nombre pair, mais comme impair; car si le huitième jour est le commencement de la deuxième semaine, le quatorzième est le septième de cette deuxième semaine. » - Après cet aphorisme, Théophile et beaucoup de manuscrits en donnent un autre ainsi conçu : « Dans les jours pairs, les crises sont difficiles et la maladie est sujette à retour. » Cet aphorisme que Galien a omis, parce qu'il le croyait interpolé, à ce que dit Étienne (je ne trouve rien de tout cela dans le commentaire de Galien), est la contre-partie du précédent et justifierait la leçon vulgaire ; mais il me semble plus rationnel de regarder cet aphorisme comme interpolé, et de suivre Galien.
(77) Aph. 62. - 76. J'ai suivi Van der Linden et Dietz, qui mettent entre crochets les mots grecs correspondant au membre de phrase : à moins qu'il n'y ait, etc. Galien (p. 744) remarque en effet que cette restriction a été ajoutée dans quelques exemplaires.
(78) Aph. 64. - 77. Galien voudrait qu'on réunit cet aphorisme au 62e dont il est la suite naturelle. - Le 11e jour est ajouté par le texte de Dietz.
(79) Aph. 67. - 78. Galien (p. 748) dit qu'on trouve dans quelques exemplaires πόνοι, au lieu de φόβοι.
(80) Aph. 69. - 79. Suivant Galien (p. 751), Numésianus et Dionisius écrivaient, au lieu de θρομβώδεα (grumeleuses ou floconneuses), βορβορώδεα (bourbeuses), en rattachant à ce mot un sens de fétidité; mais cette interprétation est en désaccord avec le contexte, où il y a une opposition entre le mot θρομβώδεα et λεπτόν (ténue). - Θρομβώδες est pris, pour marquer l'épaisseur des urines, ou pour indiquer l'inégalité et la dispersion du sédiment qui semble réuni,en grumeaux.
(81) Aph. 70. - 80. Cf. sur cet aphorisme Galien (p. 753 ).
(82) Aph. 71. - 81. Ce dernier membre de phrase, suivant Galien (p. 755 ), se rapporte aux déjections et aux crachats, et non à la veille, au sommeil, à la respiration, au décubitus, etc., comme le veulent certains interprètes qui se mêlent d'expliquer Hippocrate avant d'en connaître toute la doctrine et qui montrent ici leur ignorance comme en beaucoup d'autres endroits de leurs commentaires sur le livre des Aphorismes.
(83) Aph. 72. - 83. Il y avait un autre texte de cet aphorisme auquel Celse (II, 4) s'est conformé, et que Galien parait préférer aux autres comme plus médical; il porte (p. 760) : « Les urines transparentes et incolores sont funestes surtout chez les phrénétiques. » En conservant : elles apparaissent surtout chez les phrénétiques, Galien voudrait qu'on ajoutât : qui sont dans un étal pernicieux.
(84) Aph. 73. - 84. Cf. note 12, aph. 19, II, et Gal., p. 762.
(85) Aph. 75. - 85. Le texte vulgaire a : Ἦν αἷμα ἢ πῦον, leçon adoptée par Celse (II, 7) ; καὶ est la leçon donnée par Galien (p. 766) et suivie par Théophile dans son commentaire (p.432) ; elle est la plus vraie au point de vue médical : on sait, en effet, que le simple pissement de sang dépend de beaucoup de causes autres qu'une ulcération du rein. Quant a la sortie du pus mêlé ou non avec les urines, elle se rattache nécessairement à une ulcération de quelque partie de l'appareil urinaire.
(86) Aph. 74. - 86. Le texte vulgaire porte : Σαρκὶα μικρὰ ὥσπερ. Suivant Galien (p. 768 ), la disjonctive ἣ (ou) manque dans la plupart des exemplaires, ce qui est, dit-il, une leçon très vicieuse; car autre chose sont les morceaux de chair qui viennent de la substance même du rein, autre chose sont les matières piliformes déposées dans le rein par suite d'une affection du système veineux. Il rapporte même la guérison d'un homme affecté de cette dernière maladie, que les médecins appellent τριχίασις, et qui rendait de ces corps piliformes longs d'une demi-coudée. Ce malade fut guéri a l'aide d'un régime atténuant. Ces corps piliformes ne sont autre chose, ce me semble, que des caillots fibrineux provenant d'une hémorragie du rein, et qui se sont moulés sur la forme des uretères. Il me paraît difficile d'admettre que des morceaux de chair puissent descendre du rein ; il faudrait pour cela supposer une désorganisation telle que la mort arriverait certainement avant que rien de semblable se fût manifesté. Peut-être Hippocrate et Galien ont pris pour des morceaux de la substance même du rein, les fausses membranes qui se forment quelquefois dans le cas de cystite profonde, qui se détachent par lambeaux et qui sortent par l'urètre. Peut-être s'agit-il aussi de fongosités de la vessie, détachées également par petites portions et expulsées par le canal de l'urètre.
(87) Aph. 77. - 87. Rufus (de Morbo. vesicae, p. 125. éd. de De Matthaei), après avoir énoncé ces symptômes fournis par les urines, ajoute que les malades éprouvent des douleurs poignantes à l'épigastre et au bas-ventre; ces douleurs vont en augmentant à mesure que la maladie fait des progrès. Elles deviennent très vives quand la vessie a fini par s'ulcérer. - La psoriase vésicale d'Hippocrate et de Rufus me semble devoir être rapportée à la cystite chronique, simple d'abord, puis profonde, et accompagnée (le catarrhe vésical.
(88) Aph. 78. - 88. Suivant Galien (p. 774), par le mot spontané Hippocrate entend, ou sans cause externe ou sans qu'il y ait eu de symptôme précurseur.
(89) Aph. 79. - 37. Le texte vulgaire porte : « Chez ceux dont les urines, etc., la vessie contient des pierres. » Galien (p. 775) pense qu'Hippocrate a sous-entendu ou que le copiste a omis : les reins; car, dit-il, soit qu'il y ait des pierres dans la vessie, soit qu'il y en ait dans les reins, les urines sont sablonneuses. Ainsi, pour Galien, la présence du sable dans les urines est un signe de la présence de calculs dans les reins ou dans la vessie. L'auteur du IVe livre des Maladies (voir p. 419, note 35) dit que les calculeux rendent une urine sablonneuse ; Hippocrate, au contraire, dans le traité des Airs; etc. (p. 205 ), assure que leur urine est très claire. D'un autre côté, l'auteur du traité des Affections (p. 539, éd. de Foës), après avoir énuméré les symptômes d'une maladie qui est, â mon avis, la néphrite calculeuse, blâme les médecins de son temps de ce qu'ils regardaient les urines sablonneuses comme indiquant la présence d'un calcul dans la vessie, tandis que, dans ce cas, c'est le rein qui est calculeux. Cet auteur est dans le vrai au point de vue de la science moderne. D'un autre côté, Rufus (p. 88 et 94, éd. de De Matthaei) et Soranus (p. 152, éd. de Dietz) regardent les urines sablonneuses comme indiquant que le rein est calculeux. (90) Aph. 80. 90. Τὰ περὶ τὴν κύστον. J'ai suivi Galien (p. 776 ).
(91) Aph. 81. - 91. Καί est la leçon la plus ordinaire; certains exemplaires ont ἢ (Gal., p. 777).
(92) Aph. 82. - 92. « Galien pense qu'Hippocrate n'a pas seulement voulu parler de la disparition de ces tumeurs, mais encore de la guérison de l'ischurie qu'elles occasionnent. En effet, l'obstacle qui s'oppose au libre cours des urines consiste, quelquefois, dans une induration développée à l'extérieur de l'urètre. Lorsqu'une sonde, ou toute autre cause, y provoque une inflammation et que le pus se fait jour au dehors, la tumeur se fond, la cicatrice s'étend jusqu'à la peau et le canal reste libre. » (M. Lallemand.)
Hippocrate Aphorismes Traduction par Charles Victor Daremberg. Charpentier, éditeur, 1844 (p. 359-366).
1. Un spasme après l'ellébore, c'est mortel.
2. Un spasme survenant à la suite d'une blessure (93), c'est mortel.