Hernani (page 6)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Hernani (Hetzel, 1889) · 13 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Voilà. — Puis fais jeter le cadavre à la porte

Et laver le plancher, si tu veux, il n’importe !

Doña Sol.

Ah ! moi seule ai tout fait. Car je l’aime.

Don Ruy se détourne à ce mot en tressaillant et fixe sur doña Sol un regard terrible. Elle se jette à ses genoux. Ah ! moi seule ai tout fait. Car je l’aime.Oui, pardon !

Je l’aime, monseigneur !

Don Ruy Gomez.

Je l’aime, monseigneur !Vous l’aimez !

Je l’aime, monseigneur ! Vous l’aimez !À Hernani.

Je l’aime, monseigneur ! Vous l’aimez !Tremble donc !

Bruit de trompettes au dehors. — Entre le page.

Au page.

Qu’est ce bruit ?

Le Page.

Qu’est ce bruit ?C’est le roi, monseigneur, en personne.

Avec un gros d’archers et son héraut qui sonne.

Doña Sol.

Dieu ! le roi ! Dernier coup !

Le Page, au duc.

Dieu ! le roi ! Dernier coup !Il demande pourquoi

La porte est close, et veut qu’on ouvre.

Don Ruy Gomez.

La porte est close, et veut qu’on ouvre.Ouvrez au roi.

Le page s’incline et sort.

Doña Sol.

Il est perdu !

Don Ruy Gomez va à l’un des tableaux, qui est son propre portrait et le dernier à gauche ; il presse un ressort, le portrait s’ouvre comme une porte, et laisse voir une cachette pratiquée dans le mur. Il se tourne vers Hernani.

Don Ruy Gomez.

Il est perdu !Monsieur, venez ici.

Hernani.

Il est perdu ! Monsieur, venez ici.Ma tête

Est à toi, livre-la, seigneur. Je la tiens prête.

Je suis ton prisonnier.

Il entre dans la cachette. Don Ruy presse de nouveau le ressort, tout se referme, et le portrait revient à sa place.

Doña Sol, au duc.

Je suis ton prisonnier.Seigneur, pitié pour lui !

Le Page, entrant.

Son altesse le roi !

Doña Sol baisse précipitamment son voile. La porte s’ouvre à deux battants. Entre don Carlos en habit de guerre, suivi d’une foule de gentilshommes également armés, de pertuisaniers, d’arquebusiers, d’arbalétriers.

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Scène VI

DON RUY GOMEZ, DOÑA SOL voilée ; DON CARLOS ; SUITE.

Don Carlos s’avance à pas lents, la main gauche sur le pommeau de son épée, la droite dans sa poitrine, et fixe sur le vieux duc un œil de défiance et de colère. Le duc va au-devant du roi et le salue profondément. — Silence. — Attente et terreur à l’entour. Enfin, le roi, arrivé en face du duc, lève brusquement la tête.

Don Carlos.

Son altesse le roi !D’où vient donc aujourd’hui,

Mon cousin, que ta porte est si bien verrouillée ?

Par les saints ! je croyais ta dague plus rouillée !

Et je ne savais pas qu’elle eût hâte à ce point,

Quand nous te venons voir, de reluire à ton poing !

Don Ruy Gomez veut parler, le roi poursuit avec un geste impérieux. C’est s’y prendre un peu tard pour faire le jeune homme !

Avons-nous des turbans ? serait-ce qu’on me nomme

Boabdil ou Mahom, et non Carlos, répond !

Pour nous baisser la herse et nous lever le pont ?

Don Ruy Gomez, s’inclinant.

Seigneur…

Don Carlos, à ses gentilshommes.

Seigneur…Prenez les clés ! saisissez-vous des portes !

Deux officiers sortent, plusieurs autres rangent les soldats en triple haie dans la salle, du roi à la grande porte. Don Carlos se tourne vers le duc.

Ah ! vous réveillez donc les rébellions mortes ?

Pardieu ! si vous prenez de ces airs avec moi,

Messieurs les ducs, le roi prendra des airs de roi,

Et j’irai par les monts, de mes mains aguerries,

Dans leurs nids crénelés, tuer les seigneuries !

Don Ruy Gomez, se redressant.

Altesse, les Silva sont loyaux…

Don Carlos, l’interrompant.

Altesse, les Silva sont loyaux…Sans détours

Réponds, duc, ou je fais raser tes onze tours !

De l’incendie éteint il reste une étincelle,

Des bandits morts il reste un chef. — Qui le recèle ?

C’est toi ! Ce Hernani, rebelle empoisonneur,

Ici, dans ton château, tu le caches !

Don Ruy Gomez.

Ici, dans ton château, tu le caches !Seigneur,

C’est vrai.

Don Carlos.

C’est vrai.Fort bien. Je veux sa tête, — ou bien la tienne.

Entends-tu, mon cousin ?

Don Ruy Gomez, s’inclinant.

Entends-tu, mon cousin ?Mais qu’à cela ne tienne !

Vous serez satisfait.

Doña Sol se cache la tête dans ses mains et tombe sur un fauteuil.

Don Carlos, radouci.

Vous serez satisfait.Ah ! Tu t’amendes. — Va

Chercher mon prisonnier.

Le duc croise les bras, baisse la tête et reste quelques moments rêveur. Le roi et doña Sol l’observent en silence et agités d’émotions contraires. Enfin le duc relève son front, va au roi, lui prend la main, et le mène à pas lents devant le plus ancien des portraits, celui qui commence la galerie à droite.

Don Ruy Gomez, montrant au roi le vieux portrait.

Chercher mon prisonnier.Celui-ci des Silva

C’est l’aîné, c’est l’aïeul, l’ancêtre, le grand homme !

Don Silvius, qui fut trois fois consul de Rome.

Passant au portrait suivant. Voici don Galceran de Silva, l’autre Cid !

On lui garde à Toro, près de Valladolid,

Une châsse dorée où brûlent mille cierges.

Il affranchit Léon du tribut des cent vierges.

Passant à un autre. — Don Blas, — qui, de lui-même et dans sa bonne foi,

S’exila pour avoir mal conseillé le roi.

À un autre. — Christoval. — Au combat d’Escalona, don Sanche,

Le roi, fuyait à pied, et sur sa plume blanche

Tous les coups s’acharnaient, il cria : Christoval !

Christoval prit la plume et donna son cheval.

À un autre. — Don Jorge, qui paya la rançon de Ramire,

Roi d’Aragon.

Don Carlos, croisant les bras et le regardant de la tête aux pieds.

Roi d’Aragon.Pardieu, don Ruy, je vous admire !

Continuez.

Don Ruy Gomez, passant à un autre.

Continuez.Voici Ruy Gomez De Silva,

Grand-maître de Saint-Jacque et de Calatrava.

Son armure géante irait mal à nos tailles.

Il prit trois cents drapeaux, gagna trente batailles,

Conquit au roi Motril, Antequera, Suez,

Nijar, et mourut pauvre. — Altesse, saluez.

Il s’incline, se découvre et passe à un autre. Le roi l’écoute avec une impatience et une colère toujours croissantes.

Près de lui, Gil son fils, cher aux âmes loyales.

Sa main pour un serment valait les mains royales.À un autre. — Don Gaspar, de Mendoce et de Silva l’honneur !

Toute noble maison tient à Silva, seigneur.

Sandoval tour à tour nous craint ou nous épouse.

Manrique nous envie et Lara nous jalouse.

Alencastre nous hait. Nous touchons à la fois

Du pied à tous les ducs, du front à tous les rois !

Don Carlos.

Vous raillez-vous ?

Don Ruy Gomez, allant à d’autres portraits.

Vous raillez-vous ? Voilà don Vasquez, dit le Sage,

Don Jayme, dit le Fort. Un jour, sur son passage,

Il arrêta Zamet et cent maures tout seul.

— J’en passe, et des meilleurs. —

Sur un geste de colère du roi, il passe un grand nombre de tableaux, et vient tout de suite aux trois derniers portraits à gauche du spectateur. — J’en passe, et des meilleurs. —Voici mon noble aïeul.

Il vécut soixante ans, gardant la foi jurée,

Même aux juifs.

À l’avant-dernier.

Même aux juifs.Ce vieillard, cette tête sacrée,

C’est mon père. Il fut grand, quoiqu’il vînt le dernier.

Les maures de Grenade avaient fait prisonnier

Le comte Alvar Giron son ami. Mais mon père

Prit pour l’aller chercher six cents hommes de guerre,

Il fit tailler en pierre un comte Alvar Giron,

Qu’à sa suite il traîna, jurant par son patron

De ne point reculer que le comte de pierre

Ne tournât front lui-même et n’allât en arrière.

Il combattit, puis vint au comte, et le sauva.

Don Carlos.

Mon prisonnier !

Don Ruy Gomez

Mon prisonnier ! C’était un Gomez De Silva.

Voilà donc ce qu’on dit, quand dans cette demeure

On voit tous ces héros…

Don Carlos.

On voit tous ces héros…Mon prisonnier sur l’heure !

Don Ruy Gomez.

Il s’incline profondément devant le roi, lui prend la main et le mène devant le dernier portrait, celui qui sert de porte à la cachette où il a fait entrer Hernani. Doña Sol le suit des yeux avec anxiété. — Attente et silence dans l’assistance.

Ce portrait, c’est le mien. — Roi don Carlos, merci !

Car vous voulez qu’on dise en le voyant ici :

« Ce dernier, digne fils d’une race si haute,

Fut un traître, et vendit la tête de son hôte ! »

Joie de doña Sol. Mouvement de stupeur dans les assistants. Le roi, déconcerté, s’éloigne avec colère, puis reste quelques instants silencieux, les lèvres tremblantes et l’œil enflammé.

Don Carlos.

Duc, ton château me gêne et je le mettrai bas !

Don Ruy Gomez.

Car vous me la paîriez, altesse, n’est-ce pas ?

Don Carlos.

Duc, j’en ferai raser les tours pour tant d’audace,

Et je ferai semer du chanvre sur la place.

Don Ruy Gomez.

Mieux voir croître du chanvre où ma tour s’éleva

Qu’une tache ronger le vieux nom de Silva.

Aux portraits.

N’est-il pas vrai, vous tous ?

Don Carlos.

N’est-il pas vrai, vous tous ? Duc, cette tête est nôtre,

Et tu m’avais promis…

Don Ruy Gomez.

Et tu m’avais promis…J’ai promis l’une ou l’autre.

Aux portraits.

N’est-il pas vrai, vous tous ?

N’est-il pas vrai, vous tous ? Montrant sa tête.

N’est-il pas vrai, vous tous ? Je donne celle-ci.

Au roi.

Prenez-la.

Don Carlos.

Prenez-la.Duc, fort bien. Mais j’y perds, grand merci !

La tête qu’il me faut est jeune, il faut que morte

On la prenne aux cheveux ? La tienne ! que m’importe ?

Le bourreau la prendrait par les cheveux en vain.

Tu n’en a pas assez pour lui remplir les mains.

Don Ruy Gomez.

Altesse, pas d’affront ! ma tête encore est belle,

Et vaut bien, que je crois, la tête d’un rebelle.

La tête d’un Silva, vous êtes dégoûté !

Don Carlos.

Livre-nous Hernani !

Don Ruy Gomez.

Livre-nous Hernani !Seigneur, en vérité,

J’ai dit.

Don Carlos, à sa suite.

J’ai dit.Fouillez partout ! Et qu’il ne soit point d’aile,

De cave, ni de tour…

Don Ruy Gomez.

De cave, ni de tour…Mon donjon est fidèle

Comme moi. Seul il sait le secret avec moi.

Nous le garderons bien tous deux.

Don Carlos.

Nous le garderons bien tous deux.Je suis le roi !

Don Ruy Gomez.

Hors que de mon château démoli pierre à pierre,

On ne fasse ma tombe, on n’aura rien.

Don Carlos.

On ne fasse ma tombe, on n’aura rien !Prière,

Menace, tout est vain ! — Livre-moi le bandit,

Duc ! ou tête et château, j’abattrai tout.

Don Ruy Gomez.

Duc ! ou tête et château, j’abattrai tout.J’ai dit.

Don Carlos.

Eh bien donc, au lieu d’une, alors j’aurai deux têtes.

Au duc d’Alcala.

Jorge, arrêtez le duc.

Doña Sol, arrachant son voile et se jetant entre le roi, le duc et les gardes.

Jorge, arrêtez le duc.Roi don Carlos, vous êtes

Un mauvais roi !

Don Carlos.

Un mauvais roi !Grand dieu ! que vois-je ? doña Sol !

Doña Sol.

Altesse, tu n’as pas le cœur d’un espagnol !

Don Carlos, troublé.

Madame, pour le roi, vous êtes bien sévère.

Il s’approche de doña Sol. Bas.

C’est vous qui m’avez mis au cœur cette colère.

Un homme devient ange ou monstre en vous touchant.

Ah ! quand on est haï, que vite on est méchant !

Si vous aviez voulu, peut-être, ô jeune fille,

J’étais grand, j’eusse été le lion de Castille !

Vous m’en faites le tigre avec votre courroux.

Le voilà qui rugit, madame, taisez-vous !

Doña Sol lui jette un regard. Il s’incline. Pourtant, j’obéirai.

Se tournant vers le duc. Pourtant, j’obéirai.Mon cousin, je t’estime.

Ton scrupule après tout peut sembler légitime.

Sois fidèle à ton hôte, infidèle à ton roi,

C’est bien, je te fais grâce et suis meilleur que toi.

— J’emmène seulement ta nièce comme otage.

Don Ruy Gomez.

Seulement !

Doña Sol, interdite.

Seulement !Moi, Seigneur !

Don Carlos.

Seulement ! Moi, Seigneur !Oui, vous.

Don Ruy Gomez.

Seulement ! Moi, Seigneur ! Oui, vous.Pas davantage !

Ô la grande clémence ! ô généreux vainqueur,

Qui ménage la tête et torture le cœur !

Belle grâce !

Don Carlos.

Belle grâce !Choisis. Doña Sol ou le traître.

Il me faut l’un des deux.

Don Ruy Gomez.

Il me faut l’un des deux.Ah ! vous êtes le maître !

Le roi s’approche de doña Sol pour l’emmener. Elle se réfugie vers Don Ruy Gomez.

Doña Sol.

Sauvez-moi, monseigneur !

Elle s’arrête. — À part. Sauvez-moi, monseigneur !Malheureuse, il le faut !

La tête de mon oncle ou l’autre !… moi plutôt !

Au roi.

Je vous suis.

Don Carlos, à part.

Je vous suis.Par les saints ! l’idée est triomphante !

Il faudra bien enfin s’adoucir, mon infante !

Doña Sol va d’un pas grave et assuré au coffret qui renferme l’écrin, l’ouvre, et y prend le poignard, qu’elle cache dans son sein. Don Carlos vient à elle et lui présente la main.

Don Carlos, à doña Sol.

Qu’emportez-vous là ?

Doña Sol.

Qu’emportez-vous là ?Rien.

Don Carlos.

Qu’emportez-vous là ? Rien. Un joyau précieux ?

Doña Sol.

Oui.

Don Carlos, souriant.

Oui.Voyons !

Doña Sol.

Oui. Voyons !Vous verrez.

Elle lui donne la main et se dispose à le suivre. Don Ruy Gomez, qui est resté immobile et profondément absorbé dans sa pensée, se retourne et fait quelques pas en criant.

Don Ruy Gomez.

Oui. Voyons ! Vous verrez.Doña Sol ! — terre et cieux !

Doña Sol ! — Puisque l’homme ici n’a point d’entrailles,

À mon aide ! croulez, armures et murailles !

Il court au roi. Laisse-moi mon enfant ! je n’ai qu’elle, ô mon roi !

Don Carlos, lâchant la main de doña Sol.

Alors, mon prisonnier !

Le duc baisse la tête et semble en proie à une horrible hésitation ; puis il se relève et regarde les portraits en joignant les mains vers eux.

Don Ruy Gomez.

Alors, mon prisonnier !Ayez pitié de moi,

Vous tous !

Il fait un pas vers la cachette ; doña Sol le suit des yeux avec anxiété. Il se retourne vers les portraits. Vous tous ! Oh ! voilez-vous ! votre regard m’arrête.

Il s’avance en chancelant jusqu’à son portrait, puis se retourne encore vers le roi. Tu le veux ?

Don Carlos.

Tu le veux ?Oui.

Le duc lève en tremblant la main vers le ressort.

Doña Sol.

Tu le veux ? Oui.Dieu !

Don Ruy Gomez.

Tu le veux ? Oui. Dieu ! Non !

Il se jette aux genoux du roi. Tu le veux ? Oui. Dieu ! Non !Par pitié, prends ma tête !

Don Carlos.

Ta nièce !

Don Ruy Gomez, se relevant.

Ta nièce !Prends-la donc ! et laisse-moi l’honneur !

Don Carlos, saisissant la main de doña Sol tremblante.

Adieu, duc !

Don Ruy Gomez.

Adieu, duc !Au revoir !

Il suit de l’œil le roi, qui se retire lentement avec doña Sol ; puis il met la main sur son poignard. Adieu, duc ! Au revoir ! Dieu vous garde, seigneur !

Il revient sur le devant, haletant, immobile, sans plus rien voir ni entendre, l’œil fixe, les bras croisés sur la poitrine, qui les soulève comme par des mouvements convulsifs. Cependant le roi sort avec doña Sol, et toute la suite des seigneurs sort après lui, deux à deux, gravement et chacun à son rang. Ils se parlent à voix basse entre eux.

Don Ruy Gomez, à part.

Roi, pendant que tu sors joyeux de ma demeure,

Ma vieille loyauté sort de mon cœur qui pleure.

Il lève les yeux, les promène autour de lui, et voit qu’il est seul. Il court à la muraille, détache deux épées d’une panoplie, les mesure toutes deux, et les dépose sur une table. Cela fait, il va au portrait, pousse le ressort, la porte cachée se rouvre.

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Scène VII

DON RUY GOMEZ, HERNANI.

Don Ruy Gomez.

Sors.

Hernani paraît à la porte de la cachette. Don Ruy lui montre les deux épées sur la table. Sors.Choisis. Don Carlos est hors de la maison,

Il s’agit maintenant de me rendre raison.

Choisis, et faisons vite. — Allons donc, ta main tremble !

Hernani.

Un duel ! Nous ne pouvons, vieillard, combattre ensemble.

Don Ruy Gomez.

Pourquoi donc ? As-tu peur ? N’es-tu point noble ? Enfer !

Noble ou non, pour croiser le fer avec le fer,

Tout homme qui m’outrage est assez gentilhomme !

Hernani.

Vieillard…

Don Ruy Gomez.

Vieillard…Viens me tuer ou viens mourir, jeune homme.

Hernani.

Mourir, oui. Vous m’avez sauvé malgré mes vœux.

Donc, ma vie est à vous. Reprenez-la.

Don Ruy Gomez.

Donc, ma vie est à vous. Reprenez-la.Tu veux ?

Aux portraits.

Vous voyez qu’il le veut.

À Hernani. Vous voyez ce qu’il veut.C’est bon. Fais ta prière.

Hernani.

Oh ! c’est à toi, seigneur, que je fais la dernière.

Don Ruy Gomez.

Parle à l’autre Seigneur.

Hernani.

Parle à l’autre Seigneur.Non, non, à toi ! Vieillard,

Frappe-moi. Tout m’est bon, dague, épée ou poignard.

Mais fais-moi, par pitié, cette suprême joie !

Duc ! Avant de mourir, permets que je la voie !

Don Ruy Gomez.

La voir !

Hernani.

La voir !Au moins permets que j’entende sa voix,

Une dernière fois ! rien qu’une seule fois !

Don Ruy Gomez.

L’entendre !

Hernani.

L’entendre !Oh ! je comprends, seigneur, ta jalousie.

Mais déjà par la mort ma jeunesse est saisie,

Pardonne-moi. Veux-tu, dis-moi, que, sans la voir,

S’il le faut, je l’entende ? et je mourrai ce soir.

L’entendre seulement ! contente mon envie !

Mais, oh ! qu’avec douceur j’exhalerais ma vie,

Si tu daignais vouloir qu’avant de fuir aux cieux

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