Hernani (page 5)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Hernani (Hetzel, 1889) · 13 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Voici ma Notre-Dame à moi. L’avoir priée

Te portera bonheur.

Il va présenter la main à doña Sol, toujours pâle et grave.

Te portera bonheur.Ma belle mariée,

Venez. — Quoi ! pas d’anneau ! pas de couronne encor !

Hernani, d’une voix tonnante.

Qui veut gagner ici mille carolus d’or ?

Tous se retournent étonnés. Il déchire sa robe de pèlerin, la foule aux pieds, et en sort dans son costume de montagnard.

Je suis Hernani !

Doña Sol, à part, avec joie.

Je suis Hernani ! Ciel ! vivant !

Hernani, aux valets.

Je suis Hernani ! Ciel ! vivant ! Je suis cet homme

Qu’on cherche.

Au duc.

Qu’on chercheVous vouliez savoir si je me nomme

Perez ou Diego ? — Non ! je me nomme Hernani.

C’est un bien plus beau nom, c’est un nom de banni,

C’est un nom de proscrit ! Vous voyez cette tête ?

Elle vaut assez d’or pour payer votre fête !

Aux valets.

Je vous la donne à tous. Vous serez bien payés !

Prenez ! liez mes mains, liez mes pieds, liez !

Mais non, c’est inutile, une chaîne me lie

Que je ne romprai point.

Doña Sol, à part.

Que je ne romprai point.Malheureuse !

Don Ruy Gomez.

Que je ne romprai point. Malheureuse ! Folie !

Çà, mon hôte est un fou !

Hernani.

Çà, mon hôte est un fou ! Votre hôte est un bandit.

Doña Sol.

Oh ! ne l’écoutez pas.

Hernani.

Oh ! Ne l’écoutez pas.J’ai dit ce que j’ai dit.

Don Ruy Gomez.

Mille carolus d’or ! monsieur, la somme est forte,

Et je ne suis pas sûr de tous mes gens.

Hernani.

Et je ne suis pas sûr de tous mes gens.Qu’importe ?

Tant mieux si dans le nombre il s’en trouve un qui veut.

Aux valets

Livrez-moi ! vendez-moi !

Don Ruy Gomez, s’efforçant de le faire taire.

Livrez-moi ! vendez-moi ! Taisez-vous donc ! on peut

Vous prendre au mot.

Hernani.

Vous prendre au mot.Amis, l’occasion est belle !

Je vous dis que je suis le proscrit, le rebelle,

Hernani !

Don Ruy Gomez.

Hernani ! Taisez-vous !

Hernani.

Hernani ! Taisez-vous ! Hernani !

Doña Sol, d’une voix éteinte, à son oreille.

Hernani ! Taisez-vous ! Hernani ! Oh ! tais-toi !

Hernani, se détournant à demi vers doña Sol.

On se marie ici ! Je veux en être, moi !

Mon épousée aussi m’attend.

Au duc. Mon épousée aussi m’attend.Elle est moins belle

Que la vôtre, seigneur, mais n’est pas moins fidèle.

C’est la mort !

Aux valets. C’est la mort ! Nul de vous ne fait un pas encor ?

Doña Sol, bas.

Par pitié !

Hernani, aux valets.

Par pitié ! Hernani ! mille carolus d’or !

Don Ruy Gomez.

C’est le démon !

Hernani, à un jeune homme.

C’est le démon.Viens, toi ; tu gagneras la somme.

Riche alors, de valet tu redeviendras homme.

Aux valets qui restent immobiles. Vous aussi, vous tremblez ! ai-je assez de malheur !

Don Ruy Gomez.

Frère, à toucher ta tête ils risqueraient la leur.

Fusses-tu Hernani, fusses-tu cent fois pire,

Pour ta vie au lieu d’or offrît-on un empire,

Mon hôte ! Je te dois protéger en ce lieu,

Même contre le roi, car je te tiens de Dieu.

S’il tombe un seul cheveu de ton front, que je meure !

À doña Sol.

Ma nièce, vous serez ma femme dans une heure ;

Rentrez chez vous. Je vais faire armer le château,

J’en vais fermer la porte.

Il sort. Les valets le suivent.

Hernani, regardant avec désespoir sa ceinture dégarnie et désarmée.

J’en vais fermer la porte.Oh ! Pas même un couteau !

Doña Sol, après que le duc a disparu, fait quelques pas comme pour suivre ses femmes, puis s’arrête, et, dès qu’elles sont sorties, revient vers Hernani avec anxiété.

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Scène IV

HERNANI, DOÑA SOL.

Hernani considère avec un regard froid et comme inattentif l’écrin nuptial placé sur la table ; puis il hoche la tête, et ses yeux s’allument.

Hernani.

Je vous fais compliment ! Plus que je ne puis dire

La parure me charme et m’enchante, et j’admire !

Il s’approche de l’écrin. La bague est de bon goût, — la couronne me plaît, —

Le collier est d’un beau travail, — le bracelet

Est rare, — mais cent fois, cent fois moins que la femme

Qui sous un front si pur cache ce cœur infâme !

Examinant de nouveau le coffret. Et qu’avez-vous donné pour tout cela ? — Fort bien !

Un peu de votre amour ? mais, vraiment, c’est pour rien !

Grand Dieu ! trahir ainsi ! n’avoir pas honte, et vivre !

Examinant l’écrin. Mais peut-être après tout c’est perle fausse et cuivre

Au lieu de l’or, verre et plomb, diamants déloyaux,

Faux saphirs, faux bijoux, faux brillants, faux joyaux !

Ah ! s’il en est ainsi, comme cette parure,

Ton cœur est faux, duchesse, et tu n’es que dorure !

Il revient au coffret. — Mais non, non. Tout est vrai, tout est bon, tout est beau

Il n’oserait tromper, lui, qui touche au tombeau.

Rien n’y manque.

Il prend l’une après l’autre toutes les pièces de l’écrin. Rien n’y manque ! Colliers, brillants, pendants d’oreille,

Couronne de duchesse, anneau d’or… — À merveille !

Grand merci de l’amour sûr, fidèle et profond !

Le précieux écrin !

Doña Sol.

Elle va au coffret, y fouille et en tire un poignard.

Le précieux écrin ! Vous n’allez pas au fond !

— C’est le poignard, qu’avec l’aide de ma patronne

Je pris au roi Carlos, lorsqu’il m’offrit un trône

Et que je refusai, pour vous qui m’outragez !

Hernani, tombant à ses pieds.

Oh ! laisse qu’à genoux dans tes yeux affligés

J’efface tous ces pleurs amers et pleins de charmes,

Et tu prendras après tout mon sang pour tes larmes !

Doña Sol, attendrie.

Hernani ! je vous aime et vous pardonne, et n’ai

Que de l’amour pour vous.

Hernani.

Que de l’amour pour vous.Elle m’a pardonné,

Et m’aime ! Qui pourra faire aussi que moi-même,

Après ce que j’ai dit, je me pardonne et m’aime ?

Oh ! je voudrais savoir, ange au ciel réservé,

Où vous avez marché, pour baiser le pavé !

Doña Sol.

Ami !

Hernani.

Ami ! Non, je dois t’être odieux ! Mais, écoute,

Dis-moi : Je t’aime ! Hélas ! rassure un cœur qui doute,

Dis-le moi ! car souvent avec ce peu de mots

La bouche d’une femme a guéri bien des maux.

Doña Sol, absorbée et sans l’entendre.

Croire que mon amour eût si peu de mémoire !

Que jamais ils pourraient, tous ces hommes sans gloire,

Jusqu’à d’autres amours, plus nobles à leur gré,

Rapetisser un cœur où son nom est entré !

Hernani.

Hélas ! j’ai blasphémé ! Si j’étais à ta place,

Doña Sol, j’en aurais assez, je serais lasse

De ce fou furieux, de ce sombre insensé

Qui ne sait caresser qu’après qu’il a blessé.

Je lui dirais : Va-t-en ! — Repousse-moi, repousse !

Et je te bénirai, car tu fus bonne et douce,

Car tu m’as supporté trop longtemps, car je suis

Mauvais, je noircirais tes jours avec mes nuits,

Car c’en est trop enfin, ton âme est belle et haute

Et pure, et si je suis méchant, est-ce ta faute ?

Épouse le vieux duc ! il est bon, noble, il a

Par sa mère Olmedo, par son père Alcala.

Encore un coup, sois riche avec lui, sois heureuse !

Moi, sais-tu ce que peut cette main généreuse

T’offrir de magnifique ? une dot de douleurs.

Tu pourras y choisir ou du sang ou des pleurs.

L’exil, les fers, la mort, l’effroi qui m’environne,

C’est là ton collier d’or, c’est ta belle couronne,

Et jamais à l’épouse un époux plein d’orgueil

N’offrit plus riche écrin de misère et de deuil.

Épouse le vieillard, te dis-je ; il te mérite !

Eh ! qui jamais croira que ma tête proscrite

Aille avec ton front pur ? qui, nous voyant tous deux,

Toi calme et belle, moi violent, hasardeux,

Toi paisible et croissant comme une fleur à l’ombre,

Moi heurté dans l’orage à des écueils sans nombre,

Qui dira que nos sorts suivent la même loi ?

Non. Dieu qui fait tout bien ne te fit pas pour moi.

Je n’ai nul droit d’en haut sur toi, je me résigne.

J’ai ton cœur, c’est un vol ! je le rends au plus digne.

Jamais à nos amours le ciel n’a consenti.

Si j’ai dit que c’était ton destin, j’ai menti.

D’ailleurs, vengeance, amour, adieu ! mon jour s’achève.

Je m’en vais, inutile, avec mon double rêve,

Honteux de n’avoir pu ni punir ni charmer,

Qu’on m’ait fait pour haïr, moi qui n’ai su qu’aimer !

Pardonne-moi ! fuis-moi ! ce sont mes deux prières ;

Ne les rejette pas, car ce sont les dernières.

Tu vis et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi

Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi.

Doña Sol.

Ingrat !

Hernani.

Ingrat !Monts d’Aragon ! Galice ! Estramadoure !

— Oh ! je porte malheur à tout ce qui m’entoure ! —

J’ai pris vos meilleurs fils, pour mes droits, sans remords

Je les ai fait combattre, et voilà qu’ils sont morts !

C’étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne.

Ils sont morts ! ils sont tous tombés dans la montagne

Tous sur le dos couchés, en justes, devant Dieu,

Et, si leurs yeux s’ouvraient, ils verraient le ciel bleu !

Voilà ce que je fais de tout ce qui m’épouse !

Est-ce une destinée à te rendre jalouse ?

Doña Sol, prends le duc, prends l’enfer, prends le roi !

C’est bien. Tout ce qui n’est pas moi vaut mieux que moi !

Je n’ai plus un ami qui de moi se souvienne,

Tout me quitte, il est temps qu’à la fin ton tour vienne,

Car je dois être seul. Fuis ma contagion.

Ne te fais pas d’aimer une religion !

Oh ! par pitié pour toi, fuis ! — Tu me crois peut-être

Un homme comme sont tous les autres, un être

Intelligent, qui court droit au but qu’il rêva.

Détrompe-toi. Je suis une force qui va !

Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !

Une âme de malheur faite avec des ténèbres !

Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé

D’un souffle impétueux, d’un destin insensé.

Je descends, je descends, et jamais ne m’arrête.

Si parfois, haletant, j’ose tourner la tête,

Une voix me dit : Marche ! et l’abîme et profond,

Et de flamme et de sang je le vois rouge au fond !

Cependant, à l’entour de ma course farouche,

Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche !

Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal,

Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal !

Doña Sol.

Grand Dieu !

Hernani.

Grand Dieu !C’est un démon redoutable, te dis-je,

Que le mien. Mon bonheur ! voilà le seul prodige

Qui lui soit impossible. Et toi, c’est le bonheur !

Tu n’es donc pas pour moi, cherche un autre seigneur,

Va, si jamais le ciel à mon sort qu’il renie

Souriait… n’y crois pas ! ce serait ironie !

Épouse le duc !

Doña Sol.

Épouse le duc !Donc ce n’était pas assez !

Vous aviez déchiré mon cœur, vous le brisez !

Ah ! vous ne m’aimez plus !

Hernani.

Ah ! vous ne m’aimez plus !Oh ! mon cœur et mon âme,

C’est toi ! l’ardent foyer d’où me vient toute flamme,

C’est toi ! Ne m’en veux pas de fuir, être adoré !

Doña Sol.

Je ne vous en veux pas. Seulement j’en mourrai.

Hernani.

Mourir ! pour qui ? pour moi ? Se peut-il que tu meures

Pour si peu ?

Doña Sol, laissant éclater ses larmes.

Pour si peu ?Voilà tout.

Elle tombe sur un fauteuil.

Hernani, s’asseyant près d’elle.

Pour si peu ? Voilà tout.Oh ! tu pleures ! tu pleures !

Et c’est encor ma faute ! et qui me punira ?

Car tu pardonneras encor ! Qui te dira

Ce que je souffre au moins lorsqu’une larme noie

La flamme de tes yeux dont l’éclair est ma joie !

Oh ! mes amis sont morts ! Oh ! je suis insensé !

Pardonne. Je voudrais aimer, je ne le sai.

Hélas ! j’aime pourtant d’une amour bien profonde ! —

Ne pleure pas ! mourons plutôt ! — Que n’ai-je un monde ?

Je te le donnerais ! Je suis bien malheureux !

Doña Sol, se jetant à son cou.

Vous êtes mon lion superbe et généreux !

Je vous aime.

Hernani.

Je vous aime.Oh ! l’amour serait un bien suprême

Si l’on pouvait mourir de trop aimer !

Doña Sol.

Si l’on pouvait mourir de trop aimer !Je t’aime !

Monseigneur ! je vous aime, et je suis toute à vous.

Hernani, laissant tomber sa tête sur son épaule.

Oh ! qu’un coup de poignard de toi me serait doux !

Doña Sol, suppliante.

Ah ! ne craignez-vous pas que Dieu ne vous punisse

De parler de la sorte ?

Hernani, toujours appuyé sur son sein.

De parler de la sorte ?Eh bien ! qu’il nous unisse !

Tu le veux. Qu’il en soit ainsi ! — J’ai résisté.

Tous deux, dans les bras l’un de l’autre, se regardent avec extase, sans voir, sans entendre, et comme absorbés dans leurs regards. — Entre don Ruy Gomez par la porte du fond. Il regarde et s’arrête comme pétrifié sur le seuil.

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Scène V

HERNANI, DOÑA SOL, DON RUY GOMEZ.

Don Ruy Gomez, immobile et croisant les bras sur le seuil de la porte.

Voilà donc le paîment de l’hospitalité !

Doña Sol.

Dieu ! le duc !

Dieu ! le duc !Tous deux se détournent comme réveillés en sursaut.

Don Ruy Gomez, toujours immobile.

Dieu ! le duc !C’est donc là mon salaire, mon hôte ?

— Bon seigneur, va-t’en voir si ta muraille est haute,

Si la porte est bien close et l’archer dans sa tour,

De ton château pour nous fais et refais le tour,

Cherche en ton arsenal une armure à ta taille,

Ressaie à soixante ans ton harnais de bataille !

Voici la loyauté dont nous paîrons ta foi !

Tu fais cela pour nous, et nous ceci pour toi !

Saints du ciel ! j’ai vécu plus de soixante années,

J’ai vu bien des bandits aux âmes effrénées,

J’ai souvent, en tirant ma dague du fourreau

Fait lever sur mes pas des gibiers de bourreau,

J’ai vu des assassins, des monnayeurs, des traîtres,

De faux valets à table empoisonnant leurs maîtres,

J’en ai vu qui mouraient sans croix et sans pater,

J’ai vu Sforce, j’ai vu Borgia, je vois Luther,

Mais je n’ai jamais vu perversité si haute

Qui n’eût craint le tonnerre en trahissant son hôte !

Ce n’est pas de mon temps. Si noire trahison

Pétrifie un vieillard au seuil de sa maison,

Et fait que le vieux maître, en attendant qu’il tombe,

A l’air d’une statue à mettre sur sa tombe.

Maures et castillans ! Quel est cet homme-ci ?

Il lève les yeux et les promène sur les portraits qui entourent la salle.

Ô vous, tous les Silva qui m’écoutez ici,

Pardon si devant vous, pardon si ma colère

Dit l’hospitalité mauvaise conseillère !

Hernani, se levant.

Duc…

Don Ruy Gomez.

Duc…Tais-toi !

Il fait lentement trois pas dans la salle et promène de nouveau ses regards sur les portraits des Silva. Duc… Tais-toi !Morts sacrés ! aïeux ! hommes de fer !

Qui voyez ce qui vient du ciel et de l’enfer,

Dites-moi, messeigneurs, dites, quel est cet homme ?

Ce n’est pas Hernani, c’est Judas qu’on le nomme !

Oh ! tâchez de parler pour me dire son nom !

Croisant les bras. Avez-vous de vos jours vu rien de pareil ? Non !

Hernani.

Seigneur duc…

Don Ruy Gomez, toujours aux portraits.

Seigneur duc…Voyez-vous ? il veut parler, l’infâme !

Mais, mieux encor que moi, vous lisez dans son âme.

Oh ! ne l’écoutez pas ! C’est un fourbe ! Il prévoit

Que mon bras va sans doute ensanglanter mon toit,

Que peut-être mon cœur couve dans ses tempêtes

Quelque vengeance, sœur du festin des sept têtes,

Il vous dira qu’il est proscrit, il vous dira

Qu’on va dire Silva comme l’on dit Lara,

Et puis qu’il est mon hôte, et puis qu’il est votre hôte…

Mes aïeux, mes seigneurs, voyez, est-ce ma faute ?

Jugez entre nous deux !

Hernani.

Jugez entre nous deux !Ruy Gomez De Silva,

Si jamais vers le ciel noble front s’éleva,

Si jamais cœur fut grand, si jamais âme haute,

C’est la vôtre, seigneur ! c’est la tienne, ô mon hôte !

Moi qui te parle ici, je suis coupable, et n’ai

Rien à dire, sinon que je suis bien damné.

Oui, j’ai voulu te prendre et t’enlever ta femme,

Oui, j’ai voulu souiller ton lit, oui, c’est infâme !

J’ai du sang. Tu feras très bien de le verser,

D’essuyer ton épée, et de n’y plus penser.

Doña Sol.

Seigneur, ce n’est pas lui ! Ne frappez que moi-même !

Hernani.

Taisez-vous, doña Sol. Car cette heure est suprême.

Cette heure m’appartient. Je n’ai plus qu’elle. Ainsi

Laissez-moi m’expliquer avec le duc ici.

Duc, crois aux derniers mots de ma bouche ; j’en jure,

Je suis coupable, mais sois tranquille, — elle est pure !

C’est là tout. Moi coupable, elle pure ; ta foi

Pour elle, un coup d’épée ou de poignard pour moi.

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