Hernani (page 8)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Hernani (Hetzel, 1889) · 13 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

De hauts clochers d’église à sonner le tocsin ! —

Rêvant. Base de nations portant sur leurs épaules

La pyramide énorme appuyée aux deux pôles,

Flots vivants, qui toujours l’étreignant de leurs plis,

La balancent, branlante, à leur vaste roulis,

Font tout changer de place et, sur ses hautes zones,

Comme des escabeaux font chanceler les trônes,

Si bien que tous les rois, cessant leurs vains débats,

Lèvent les yeux au ciel… Rois ! regardez en bas !

— Ah ! le peuple ! — océan ! — onde sans cesse émue,

Où l’on ne jette rien sans que tout ne remue !

Vague qui broie un trône et qui berce un tombeau !

Miroir où rarement un roi se voit en beau !

Ah ! si l’on regardait parfois dans ce flot sombre,

On y verrait au fond des empires sans nombre,

Grands vaisseaux naufragés, que son flux et reflux

Roule, et qui le gênaient, et qu’il ne connaît plus !

— Gouverner tout cela ! — Monter, si l’on vous nomme,

À ce faîte ! Y monter, sachant qu’on n’est qu’un homme !

Avoir l’abîme là !… — Pourvu qu’en ce moment

Il n’aille pas me prendre un éblouissement !

Oh ! d’états et de rois mouvante pyramide,

Ton faîte est bien étroit ! Malheur au pied timide !

À qui me retiendrais-je ? Oh ! si j’allais faillir

En sentant sous mes pieds le monde tressaillir !

En sentant vivre, sourdre et palpiter la terre !

— Puis, quand j’aurai ce globe entre mes mains, qu’en faire ?

Le pourrai-je porter seulement ? Qu’ai-je en moi ?

Être empereur, mon Dieu ! j’avais trop d’être roi !

Certe, il n’est qu’un mortel de race peu commune

Dont puisse s’élargir l’âme avec la fortune.

Mais, moi ! qui me fera grand ? qui sera ma loi ?

Qui me conseillera ?

Il tombe à genoux devant le tombeau.

Qui me conseillera ? Charlemagne ! c’est toi !

Ah ! puisque Dieu, pour qui tout obstacle s’efface,

Prend nos deux majestés et les met face à face,

Verse-moi dans le cœur, du fond de ce tombeau,

Quelque chose de grand, de sublime et de beau !

Oh ! par tous ses côtés fais-moi voir toute chose.

Montre-moi que le monde est petit, car je n’ose

Y toucher. Montre-moi que sur cette Babel

Qui du pâtre à César va montant jusqu’au ciel,

Chacun en son degré se complaît et s’admire,

Voit l’autre par-dessous et se retient d’en rire.

Apprends-moi tes secrets de vaincre et de régner,

Et dis-moi qu’il vaut mieux punir que pardonner !

— N’est-ce pas ? — S’il est vrai qu’en son lit solitaire

Parfois une grande ombre au bruit que fait la terre

S’éveille, et que soudain son tombeau large et clair

S’entr’ouvre, et dans la nuit jette au monde un éclair.

Si cette chose est vraie, empereur d’Allemagne,

Oh ! dis-moi ce qu’on peut faire après Charlemagne !

Parle ! dût en parlant ton souffle souverain

Me briser sur le front cette porte d’airain !

Ou plutôt, laisse-moi seul dans ton sanctuaire

Entrer, laisse-moi voir ta face mortuaire,

Ne me repousse pas d’un souffle d’aquilons,

Sur ton chevet de pierre accoude-toi. Parlons.

Oui, dusses-tu me dire, avec ta voix fatale,

De ces choses qui font l’œil sombre et le front pâle !

Parle, et n’aveugle pas ton fils épouvanté,

Car ta tombe sans doute est pleine de clarté !

Ou, si tu ne dis rien, laisse en ta paix profonde

Carlos étudier ta tête comme un monde ;

Laisse qu’il te mesure à loisir, ô géant.

Car rien n’est ici-bas si grand que ton néant !

Que la cendre, à défaut de l’ombre, me conseille !

Il approche la clef de la serrure. Entrons.

Il recule. Entrons.Dieu ! s’il allait me parler à l’oreille !

S’il était là, debout et marchant à pas lents !

Si j’allais ressortir avec des cheveux blancs !

Entrons toujours !

Bruit de pas. Entrons toujours !On vient. Qui donc ose à cette heure,

Hors moi, d’un pareil mort éveiller la demeure ?

Qui donc ?

Le bruit s’approche. Qui donc ?Ah ! j’oubliais ! ce sont mes assassins.

Entrons !

Il ouvre la porte du tombeau, qu’il referme sur lui. — Entrent plusieurs hommes marchant à pas sourds, cachés sous leurs manteaux et leurs chapeaux.

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Scène III

LES CONJURÉS.

Ils vont les uns aux autres, en se prenant la main, et en échangeant quelques paroles à voix basse.

Premier conjuré, portant seul une torche allumé.

Entrons ! Ad augusta.

Deuxième conjuré.

Entrons ! Ad augusta.Per angusta.

Premier conjuré.

Entrons ! Ad augusta. Per angusta.Les saints

Nous protègent.

Troisième conjuré.

Nous protègent.Les morts nous servent.

Premier conjuré.

Nous protègent. Les morts nous servent.Dieu nous garde.

Bruit de pas dans l’ombre.

Deuxième conjuré.

Qui vive ?

Voix dans l’ombre.

Qui vive ? Ad augusta.

Deuxième conjuré.

Qui vive ? Ad augusta.Per angusta.

Entrent de nouveaux conjurés. — Bruit de pas.

Premier conjuré, au troisième.

Qui vive ? Ad augusta. Per angusta.Regarde ;

Il vient encor quelqu’un.

Troisième conjuré.

Il vient encor quelqu’un.Qui vive ?

Voix dans l’ombre.

Il vient encor quelqu’un. Qui vive ? Ad augusta.

Troisième conjuré.

Per angusta.

Entrent de nouveaux conjurés qui échangent des signes mystérieux avec les autres.

Premier conjuré.

Per angusta.C’est bien, nous voilà tous. — Gotha,

Fais le rapport. — Amis, l’ombre attend la lumière.

Tous les conjurés s’asseyent en demi-cercle sur des tombeaux. Le premier conjuré passe tour à tour devant tous, et chacun allume à sa torche une cire qu’il tient à la main. Puis le premier conjuré va s’asseoir en silence sur une tombe au centre du cercle et plus haute que les autres.

Le Duc de Gotha, se levant.

Amis, Charles D’Espagne, étranger par sa mère,

Prétend au saint-empire.

Premier conjuré.

Prétend au saint empire.Il aura le tombeau.

Le Duc de Gotha.

Il jette sa torche et l’écrase du pied.

Qu’il en soit de son front comme de ce flambeau !

Tous.

Que ce soit !

Premier conjuré.

Que ce soit !Mort à lui !

Le Duc de Gotha.

Que ce soit ! Mort à lui !Qu’il meure !

Tous.

Que ce soit ! Mort à lui ! Qu’il meure !Qu’on l’immole !

Don Juan de Haro.

Son père est allemand.

Le Duc de Lutzelbourg.

Son père est allemand.Sa mère est espagnole.

Le Duc de Gotha.

Il n’est plus espagnol et n’est pas allemand.

Mort !

Un conjuré.

Mort !Si les électeurs allaient en ce moment

Le nommer empereur ?

Premier conjuré.

Le nommer empereur ?Eux ! lui ! jamais !

Don Gil Tellez Giron.

Le nommer empereur ? Eux ! lui ! jamais !Qu’importe

Amis ! frappons la tête et la couronne est morte !

Premier conjuré.

S’il a le saint empire, il devient, quel qu’il soit,

Très auguste, et Dieu seul peut le toucher du doigt.

Le Duc de Gotha.

Le plus sûr, c’est qu’avant d’être auguste il expire.

Premier conjuré.

On ne l’élira point !

Tous.

On ne l’élira point !Il n’aura pas l’empire !

Premier conjuré.

Combien faut-il de bras pour le mettre au linceul ?

Tous.

Un seul.

Premier conjuré.

Un seul.Combien faut-il de coups au cœur ?

Tous.

Un seul. Combien faut-il de coups au cœur ? Un seul.

Premier conjuré.

Qui frappera ?

Tous.

Qui frappera ? Nous tous.

Premier conjuré.

Qui frappera ? Nous tous.La victime est un traître.

Ils font un empereur ; nous, faisons un grand-prêtre.

Tirons au sort.

Les conjurés écrivent leurs noms sur leurs tablettes, déchirent la feuille, la roulent et vont l’un après l’autre la jeter dans l’urne d’un tombeau. — Puis le premier conjuré dit :

Tirons au sort.Prions.

Tous s’agenouillent. Le premier conjuré se lève et dit : Tirons au sort. Prions.Que l’élu croie en Dieu,

Frappe comme un romain, meure comme un hébreu !

Il faut qu’il brave roue et tenailles mordantes,

Qu’il chante aux chevalets, rie aux lampes ardentes,

Enfin que pour tuer et mourir, résigné,

Il fasse tout !

Il tire un des parchemins de l’urne.

Tous.

Il fasse tout !Quel nom ?

Premier conjuré, à haute voix.

Il fasse tout ! Quel nom ?Hernani.

Hernani, sortant de la foule des conjurés.

Il fasse tout ! Quel nom ? Hernani.J’ai gagné !

— Je te tiens, toi que j’ai si longtemps poursuivie,

Vengeance !

Don Ruy Gomez, perçant la foule et prenant Hernani à part.

Vengeance !Oh ! cède-moi ce coup !

Hernani.

Vengeance ! Oh ! cède-moi ce coup !Non, sur ma vie !

Oh ! ne m’enviez pas ma fortune, seigneur !

C’est la première fois qu’il m’arrive bonheur.

Don Ruy Gomez

Tu n’as rien. Eh bien, tout, fiefs, châteaux, vasselages,

Cent mille paysans dans mes trois cents villages,

Pour ce coup à frapper, je te les donne, ami !

Hernani.

Non !

Le Duc de Gotha.

Non !Ton bras porterait un coup moins affermi,

Vieillard !

Don Ruy Gomez

Vieillard !Arrière, vous ! sinon le bras, j’ai l’âme.

Aux rouilles du fourreau ne jugez point la lame.

À Hernani.

Tu m’appartiens !

Hernani.

Tu m’appartiens !Ma vie à vous ! la sienne à moi.

Don Ruy Gomez, tirant le cor de sa ceinture.

Eh bien, écoute, ami. Je te rends ce cor.

Hernani, ébranlé.

Eh bien, écoute, ami. Je te rends ce cor.Quoi !

La vie ? — Eh, que m’importe ? Ah ! je tiens ma vengeance !

Avec Dieu dans ceci je suis d’intelligence.

J’ai mon père à venger… peut être plus encor !

— Elle, me la rends-tu ?

Don Ruy Gomez.

Elle, me la rends-tu ?Jamais ! Je rends ce cor.

Hernani.

Non !

Don Ruy Gomez.

Non !Réfléchis, enfant !

Hernani.

Non ! Réfléchis, enfant !Duc ! laisse-moi ma proie.

Don Ruy Gomez.

Eh bien ! maudit sois-tu de m’ôter cette joie !

Il remet le cor à sa ceinture.

Premier conjuré, à Hernani.

Frère ! avant qu’on ait pu l’élire, il serait bien

D’attendre dès ce soir Carlos…

Hernani.

D’attendre dès ce soir Carlos…Ne craignez rien !

Je sais comment on pousse un homme dans la tombe.

Premier conjuré.

Que toute trahison sur le traître retombe,

Et Dieu soit avec vous ! — Nous, comtes et barons,

S’il périt sans tuer, continuons ! Jurons

De frapper tour à tour et sans nous y soustraire,

Carlos qui doit mourir.

Tous, tirant leurs épées.

Carlos qui doit mourir.Jurons !

Le Duc de Gotha, au premier conjuré.

Carlos qui doit mourir. Jurons !Sur quoi, mon frère ?

Don Ruy Gomez, retourne son épée, la prend par la pointe et l’élève au-dessus de sa tête.

Jurons sur cette croix !

Tous, élevant leurs épées.

Jurons sur cette croix !Qu’il meure impénitent !

On entend un coup de canon éloigné. Tous s’arrêtent en silence. — La porte du tombeau s’entr’ouvre. Don Carlos paraît sur le seuil. Pâle, il écoute. — Un second coup. — Un troisième coup. — Il ouvre tout à fait la porte du tombeau, mais sans faire un pas, debout et immobile sur le seuil.

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Scène IV

LES CONJURÉS, DON CARLOS ; puis DON RICARDO, SEIGNEURS, GARDES ; LE ROI DE BOHÊME, LE DUC DE BAVIÈRE ; puis DOÑA SOL.

Don Carlos.

Messieurs, allez plus loin ! L’empereur vous entend.

Tous les flambeaux s’éteignent à la fois. — Profond silence. — Il fait un pas dans les ténèbres, si épaisses qu’on y distingue à peine les conjurés muets et immobiles.

Silence et nuit ! l’essaim en sort et s’y replonge.

Croyez-vous que ceci va passer comme un songe,

Et que je vous prendrai, n’ayant plus vos flambeaux,

Pour des hommes de pierre assis sur leurs tombeaux ?

Vous parliez tout à l’heure assez haut, mes statues !

Allons ! relevez donc vos têtes abattues,

Car voici Charles-Quint ! Frappez, faites un pas !

Voyons, oserez-vous ? — Non, vous n’oserez pas.

Vos torches flamboyaient sanglantes sous ces voûtes.

Mon souffle a donc suffi pour les éteindre toutes !

Mais voyez, et tournez vos yeux irrésolus,

Si j’en éteins beaucoup, j’en allume encor plus.

Il frappe de la clef de fer sur la porte de bronze du tombeau. À ce bruit, toutes les profondeurs du souterrain se remplissent de soldats portant des torches et des pertuisanes. À leur tête, le duc d’Alcala, le marquis d’Almuñan.

Accourez, mes faucons, j’ai le nid, j’ai la proie !

Aux conjurés.

J’illumine à mon tour. Le sépulcre flamboie,

Regardez !

Aux soldats.

Regardez ! Venez tous, car le crime est flagrant.

Hernani, regardant les soldats.

À la bonne heure ! Seul il me semblait trop grand.

C’est bien. J’ai cru d’abord que c’était Charlemagne,

Ce n’est que Charles-Quint.

Don Carlos, au duc d’Alcala.

Ce n’est que Charles-Quint !Connétable d’Espagne !

Au marquis d’Almuñan.

Amiral de Castille, ici ! — Désarmez-les.

On entoure les conjurés et on les désarme.

Don Ricardo, accourant et s’inclinant jusqu’à terre.

Majesté !

Don Carlos.

Majesté !Je te fais alcade du palais.

Don Ricardo, s’inclinant de nouveau.

Deux électeurs, au nom de la chambre dorée,

Viennent complimenter la majesté sacrée.

Don Carlos.

Qu’ils entrent.

Bas à Ricardo.

Qu’ils entrent.Doña Sol.

Ricardo salue et sort. Entrent, avec flambeaux et fanfares, le roi de Bohême et le duc de Bavière, tout en drap d’or, couronne en tête. — Nombreux cortège de seigneurs allemands, portant la bannière de l’empire, l’aigle à deux têtes, avec l’écusson d’Espagne au milieu. — Les soldats s’écartent, se rangent en haie, et font passage aux deux électeurs, jusqu’à l’empereur, qu’ils saluent profondément, et qui leur rend leur salut en soulevant son chapeau.

Le Duc de Bavière.

Qu’ils entrent. Doña Sol.Charles ! roi des romains,

Majesté très sacrée, empereur ! dans vos mains

Le monde est maintenant, car vous avez l’empire.

Il est à vous, ce trône où tout monarque aspire !

Frédéric, duc de Saxe, y fut d’abord élu,

Mais, vous jugeant plus digne, il n’en a pas voulu.

Venez donc recevoir la couronne et le globe.

Le saint empire, ô roi, vous revêt de la robe,

Il vous arme du glaive, et vous êtes très grand.

Don Carlos.

J’irai remercier le collège en rentrant.

Allez, messieurs. Merci, mon frère de Bohême,

Mon cousin de Bavière. Allez. J’irai moi-même.

Le Roi de Bohême.

Charles, du nom d’amis nos aïeux se nommaient,

Mon père aimait ton père, et leurs pères s’aimaient.

Charles, si jeune en butte aux fortunes contraires,

Dis, veux-tu que je sois ton frère entre tes frères ?

Je t’ai vu tout enfant, et ne puis oublier…

Don Carlos, l’interrompant.

Roi de Bohême ! eh bien, vous êtes familier !

Il lui présente sa main à baiser, ainsi qu’au duc de Bavière, puis congédie les deux électeurs, qui le saluent profondément. Allez !

Sortent les deux électeurs avec leur cortége.

La foule.

Allez !Vivat !

Don Carlos, à part.

Allez ! Vivat !J’y suis ! et tout m’a fait passage !

Empereur ! au refus de Frédéric le Sage !

Entre Doña Sol conduite par Ricardo.

Doña Sol.

Des soldats ! l’empereur ! Ô ciel ! coup imprévu !

Hernani !

Hernani.

Hernani !Doña Sol !

Don Ruy Gomez, à côté d’Hernani, à part.

Hernani ! Doña Sol !Elle ne m’a point vu !

Doña Sol court à Hernani, il la fait reculer d’un regard de défiance.

Hernani.

Madame !…

Doña Sol, tirant le poignard de son sein.

Madame !…J’ai toujours son poignard !

Hernani, lui tendant les bras.

Madame !… J’ai toujours son poignard !Mon amie !

Don Carlos.

Silence, tous !

Aux conjurés.

Silence tous.Votre âme est-elle raffermie ?

Il convient que je donne au monde une leçon.

Lara le castillan et Gotha le saxon,

Vous tous ! que venait-on faire ici ? parlez.

Hernani, faisant un pas.

Vous tous ! Que venait-on faire ici ? Parlez.Sire,

La chose est toute simple, et l’on peut vous la dire.

Nous gravions la sentence au mur de Balthazar.

Il tire un poignard et l’agite. Nous rendions à César ce qu’on doit à César.

Don Carlos.

Paix !

À don Ruy Gomez.

Paix !Vous traître, Silva !

Don Ruy Gomez.

Paix ! Vous traître, Silva !Lequel de nous deux, sire ?

Hernani, se retournant vers les conjurés.

Nos têtes et l’empire ! il a ce qu’il désire.

À l’empereur.

Le manteau bleu des rois pouvait gêner vos pas.

Le pourpre vous va mieux. Le sang n’y paraît pas.

Don Carlos, à don Ruy Gomez.

Mon cousin de Silva, c’est une félonie

À faire du blason rayer ta baronnie !

C’est haute trahison, don Ruy, songes-y bien.

Don Ruy Gomez.

Les rois Rodrigue font les comtes Julien.

Don Carlos, au duc d’Alcala.

Ne prenez que ce qui peut être duc ou comte.

Le reste…

Don Ruy Gomez, le duc de Lutzelbourg, le duc de Gotha, don Juan de Haro, don Guzman de Lara, don Tellez Giron, le baron Hohenbourg, se séparent du groupe des conjurés, parmi lesquels est resté Hernani. — Le duc d’Alcala les entoure de étroitement de gardes.

Doña Sol, à part.

Le reste…Il est sauvé !

Hernani, sortant du groupe des conjurés.

Le reste… Il est sauvé ! Je prétends qu’on me compte !

À don Carlos.

Puisqu’il s’agit de hache ici, que Hernani,

Pâtre obscur, sous tes pieds passerait impuni,

Puisque son front n’est plus au niveau de ton glaive,

Puisqu’il faut être grand pour mourir, je me lève.

Dieu qui donne le sceptre et qui te le donna

M’a fait duc de Segorbe et duc de Cardona,

Marquis de Monroy, comte Albatera, vicomte

De Gor, seigneur de lieux dont j’ignore le compte.

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