Quatrevingt-treize (page 37)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Quatrevingt-treize · 43 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Boui.

— Voudrais-tu la mener aux champs ?

— Boui.

— Avec un fouet ?

— Boui.

— En aurais-tu peur ?

— Mais non, dit-elle.

De lacération en lacération ils arrivèrent à une autre estampe au bas de laquelle on lisait : — An de Rome 739. Consulat de Livius Drusus et de Calpumim Piso. L’estampe représentait une petite Vierge Marie âgée de quatre ans. Cette figure fit rêver René-Jean, et parut éveiller en lui de tendres souvenirs. Il apostropha Gros-Alain :

— Hein, toi, tu n’as pas de bonne amie.

Et il lui tira la langue.

Gros-Alain, un peu confus, baissa la tête.

Tailler en pièces l’histoire… (Voir p. 241.)

LIVRE QUATRIÈME. — la mère.

X4. Feuillet 307. — IV. Une méprise.

Le bas de cette page et le haut du feuillet 309 sont raturés ; c’est qu’il n’y avait pas, dans la première version, de méprise ; Guéchamp ne croyait pas apercevoir au bout de sa longue-vue l’échelle, il l’attendait :

Brusquement il (Gauvain) fit signe à Guéchamp de l’approcher.

— À propos, Guéchamp, l’échelle de sauvetage ?

— Une échelle pour trois étages n’est pas facile à rencontrer. Nous n’avions pas le temps de la fabriquer, n’ayant que si peu d’heures devant nom et tant d’autres soins à prendre. On a fini par en trouver une.

— Où ?

— À Larchampy. Il a fallu aller jusque-là.

— L’a-t-on ?

— Pas encore.

— Comment ?

— On l’a réquisitionnée, on l’a mise sur une charrette, elle est partie ce matin, sous bonne escorte, de Larchampy. Elle devrait être arrivée.

— Et elle ne l’est pas ?

— Non. Mais elle ne peut tarder.

— C’est que le temps presse. Nous ne pouvons différer l’attaque. Les gens de la tour croiraient que nous reculons.

— Mon commandant, évidemment l’échelle va arriver. Je l’attends d’un moment à l’autre. On peut attaquer.

Ce dialogue rayé, Victor Hugo a intercalé le feuillet 308, où l’attaque n’est décidée qu’après que Guéchamp croit avoir vu l’échelle à un quart de lieue du camp.

VI. Situation.

Feuillet isolé donnant une autre version du début du chapitre VI :

L’inexorable tenait l’impitoyable.

Le résultat de l’assaut qu’on allait livrer ne pouvait sembler douteux à personne.

Quatre mille cinq cents contre dix-neuf.

Cimourdain, sinistrement content, n’avait plus, il se le disait dans sa rêverie sereine et farouche, que la main à étendre pour saisir Lantenac.

Cette fois, certes, rien ne l’empêcherait d’accomplir son devoir. Il y allait du salut même de la république. Salut de la république, perdition de la Vendée : deux synonymes. Cimourdain entendait consommer, par l’anéantissement du chef, l’anéantissement de l’insurrection. Il entendait que l’effet fut décisif par la grandeur même du lieu choisi. Il entendait faire un effrayant exemple du Gauvain rebelle devant le manoir des Gauvain ; il entendait que le vieux berceau gothique vît l’échafaud républicain ; cette tour, cet immobile colosse de la guerre, cette momie de granit, c’était le passé, c’était le passé pétrifié assistant au présent terrible, et c’est en présence de la féodalité que Cimourdain voulait affirmer la révolution. C’est pourquoi il avait envoyé chercher à Fougères la guillotine. On l’a vue en route.

Voici une autre page isolée, qui aurait dû, si ce développement n’avait pas été supprimé par Victor Hugo, prendre la place de ces mots du chapitre VI :

L’Imânus, du haut de la tour, surveillait l’approche des assiégeants. (Voir p. 262.)

Le retentissement du coup de canon durait encore, et Brisebleu, en observation dans la guérite-vedette, l’écoutait continuer dans les profonds échos des plaines, quand brusquement une pierre s’abattit à ses pieds sur la plate-forme de la tour. Cette pierre venait du camp qui était sut la lisière de la forêt ; elle avait été lancée par une fronde, et fort adroitement, car elle était venue tomber avec beaucoup de précision sur le sommet du donjon où était Brisebleu. Brisebleu porta cette pierre à M. de Lantenac. Elle avait une enveloppe cerclée d’une ficelle ; on coupa la ficelle et l’on déploya l’enveloppe, qui se composait de deux feuilles de papier ; l’une était l’affiche de mise hors la loi lue et tambourinée en ce moment-là même par le crieur public dans tous les villages du pays de Fougères, l’autre était un placard écrit à la main et ainsi conçu :

« Camp devant la Tourgue, 18 août 1793.

« De par la loi

« Le ci-devant marquis de Lantenac sera exécuté demain 20 août.

« L’échafaud sera dressé devant la porte du ci-devant château de la Tourgue.

« Le délégué soussigné assistera à l’exécution.

Cimourdain. »

Cet envoi avait été fait par ordre de Cimourdain. Il tenait à ce que ceux qui devaient mourir fussent informés.

Le marquis de Lantenac fit clouer les deux placards sur le mur de la salle basse de la tour, et fit accrocher au-dessus une lanterne allumée, afin que tous pussent les lire.

P5. Feuillet 325. — X. Radoub.

La fin du chapitre, à partir de : « Gauvain, aussi surpris qu’eux-mêmes… », a été ajoutée après que Victor Hugo eut barré quelques lignes qu’on retrouve au chapitre suivant.

A6. Feuillet 335. — XIV. L’Imânus aussi s’évade.

La première version de la fin de ce chapitre est barrée. La rature prend après la signature de Lantenac sur la pierre tournante :

Cimourdain parut foudroyé. Il s’écria :

— Évadé ! Je croyais la Vendée morte, la voilà vivante. Lantenac sorti d’ici, c’est Pitt entré en France. Avant un mois l’Angleterre aura la Bretagne.

Et tordant et mêlant ses doigts dans ses poings crispés jusqu’à faire craquer ses jointures, il ajouta :

— Oh ! si je remets la main dessus, cette fois-là, Gauvain, mon fils, mon enfant, je le jure sur ta tête, il n’échappera pas !

Au-dessous du passage rayé, la date : 1er mai.

Le feuillet suivant, contenant la version publiée, a été ajouté.

E8. Feuillet 339. — XV. Ne pas mettre dans la même poche une montre et une clef.

C’est un ajouté en marge qui a fourni ce titre. Assez avant dans le chapitre, nous lisons dans le manuscrit cette phrase : Il remit sa montre dans sa poche ; les deux derniers mots sont rayés, et la phrase publiée page 293 est écrite en marge ; c’est en effet cette simple réflexion : la grosse clef de la porte de fer pourrait casser le verre de montre, qui, au moment opportun, rappelle au marquis de Lantenac qu’il a sur lui le moyen de sauver les trois enfants.

LIVRE CINQUIÈME. — in dæmone deus.

V6. Feuillet 357. — III. Où l’on voit se réveiller les enfants qu’on a vus se rendormir.

Vers la fin de ce chapitre, une note en marge :

10 mai. Il me survient un incident. Uns épine m’est entrée dans le talon. Je suis forcé de continuer assis ce livre que j’ai écrit debout. Je tâcherai de m’interrompre le moins possible, Deo volente.

LIVRE SIXIÈME. — c’est après la victoire qu’a lieu le combat.

La page de titre du livre sixième porte le titre du livre septième.

Le premier chapitre et la moitié du second ont été fort travaillés, les marges sont remplies de développements, mais sous les ratures, nombreuses, on lit le texte repris et utilisé plus loin ; au feuillet 371, vers le milieu du second chapitre, cette note :

Aujourd’hui 19 mai mon pied est guéri ; je me remets à écrire debout.

LIVRE SEPTIÈME. — féodalité et révolution.

En tête du chapitre iv de ce livre, la date : 1er juin.

V8. Feuillet 408. — VI. Cependant le soleil se lève.

En regard de la description de la guillotine, Victor Hugo en a esquissé le croquis.

Après le trait final, cette dernière note :

(Je finis ce livre aujourd’hui 9 juin 1873, à Hauteville-house, dans l’atelier d’en bas, à midi et demie.)

Nous avons feuilleté avec soin les volumes d’épreuves, légués par Paul Meurice à la Maison de Victor Hugo, et contenant les corrections et les bons à tirer de Victor Hugo pour Quatrevingt-treize. Nous en reproduisons ci-dessous une page où se trouve affirmée la volonté du poète :

quatrevingt-treize.

— Brûlons l’échelle, crièrent les paysans.

Et ils brûlèrent l’échelle.

Quant à la funèbre charrette qu’ils atten-

daient, elle suivait une autre route et elle était

déjà à deux lieues plus loin, dans ce village

où Michelle Fléchard la vit passer au soleil

levant.

NOTES DE L’ÉDITEUR.

I

HISTORIQUE DE QUATREVINGT-TREIZE.

À quelle date Victor Hugo avait-il conçu Quatrevingt-treize ?

Dans une lettre du 10 janvier 1863 à son éditeur Lacroix, qui lui offrait de faire un traité pour des volumes inédits déjà tout prêts et pour les volumes de l’exil : Napoléon le petit, les Châtiments, les Discours de l’exil (Œuvres oratoires), Victor Hugo répondait :

Vous me demandez une réponse définitive, mais cette réponse ne peut être qu’un ajournement pour vous comme pour tous les autres éditeurs qui veulent bien me faire des offres. Et voici pourquoi : — Je suis au seuil d’un très grand ouvrage à faire. J’hésite devant l’immensité, qui en même temps m’attire. C’est 93. Si je fais ce livre, et mon parti ne sera pris qu’au printemps, je serai absorbé. Impossibilité de publier quoi que ce soit jusqu’à ce que j’aie fini. Il m’est donc impossible de me lier. J’ai bonne volonté absolue, et pour vous c’est une affection véritable, mais vous voyez que je ne peux qu’ajourner. Si je ne fais pas ce volume (Eheu ! labuntur anni), au printemps nous reparlerons.

Mais le printemps se passe, Victor Hugo ne donne pas signe de vie. Lacroix s’impatiente. Cette incertitude lui pèse. Il écrit une première fois, il écrit une seconde fois ; enfin Victor Hugo lui répond :

H.-H., 20 décembre [1863].

Mon cher monsieur Lacroix, le temps me manque aujourd’hui pour répondre en détail à vos deux lettres, je veux pourtant vous écrire tout de suite, car je vois que vous vous méprenez sur mon silence, cruel dites-vous. N’accusez que ces jours courts et mes yeux fatigués. Je me lève au crépuscule, je donne toutes les heures de jour au travail, qui a pour moi l’urgence du devoir, et le soir je n’y vois plus. Telle est la cause de mon retard à vous répondre, retard bien involontaire ; croyez à ma bonne amitié. Je m’en réfère à ma dernière lettre. Ne donnez pas, je vous prie, tant d’importance à de petits détails que l’éloignement grossit. La réalité, la voici : Nos relations sont bonnes, et par conséquent solides. Je ne veux pas aliéner ma liberté ni enchaîner la vôtre. Celui qui tiendra mon passé tiendra, dans une certaine mesure, mon avenir. Vous avez eu plus d’une fois des occasions que, sans doute, vous avez eu vos raisons pour négliger. Du reste, ce que je vous dis, je le dis à tous.

Je tiens à rester libre. Dans tous les cas, je ne serais en mesure d’examiner les offres de traités d’ensemble qu’après l’achèvement de 93 (s’il m’est donné de faire ce livre). Je suis également forcé, par défaut de temps, d’ajourner tout pourparler sur les Chansons des rues et des bois jusqu’après la mise à fin de mon travail actuel.

Comprenez, je vous prie, tout ceci ; vous êtes on ne peut mieux situé près de moi pour que nos relations continuent et s’améliorent encore, comptez sur ma cordialité entière et complète. In baste.

V. H.

Victor Hugo préparait ses notes sur Quatrevingt-treize. Lacroix persiste à le presser de publier quelque chose en 1864, mais Victor Hugo résiste, et il écrit à Lacroix :

H.-H., 15 mai [1864].

Mon cher monsieur Lacroix, j’hésite à publier cette année quoi que ce soit. J’aurai deux ouvrages terminés : ce roman et les Chansons des rues et des bois. Mais je voudrais me mettre tout de suite à 93, et ces deux publications me prendraient, en correspondances et en corrections d’épreuves, cinq ou six mois, ce qui m’effraie. J’ai peu d’années devant moi et plusieurs grands livres à faire ou à finir. C’est ce qui me rend si avare de mon temps. Enfin, je songerai à ce que vous voulez bien me demander.

Victor Hugo céda pourtant aux sollicitations de Lacroix pour les Travailleurs de la mer et les Chansons des rues et des bois.

Dans une note qui date du début de l’année 1866, Victor Hugo expose le plan suivant :

Sous ce titre : Études sociales, l’auteur commence une série. Un octogénaire plantait. Cette série, qui a aujourd’hui pour prélude l’Homme qui rit, c’est-à-dire l’Angleterre avant 1688 se continuera par la France avant 1789 et s’achèvera par 93.

Victor Hugo commençait à Bruxelles l’Homme qui rit, le 21 juillet 1866. Dans sa courte préface, il dit :

Le vrai titre de ce livre serait l’Aristocratie. Un autre livre qui suivra pourra être intitulé la Monarchie. Et ces deux livres, s’il est donné à l’auteur d’achever ce travail, en précéderont et en amèneront un autre qui sera intitulé : Quatrevingt-treize.

Ces lignes sont datées d’Hauteville-House, avril 1869.

Dans un projet de préface qui n’a pas été publié, Victor Hugo écrit :

L’histoire montre les faits, le roman montre les mœurs ; l’histoire montre l’organisme, le roman montre l’âme. Le roman, c’est le drame hors cadre.

L’Homme qui rit est une sorte d’avant-scène du livre Quatrevingt-treize que prépare l’auteur ; 93 est une résultante immense, la Révolution française est un fait produit par toute l’Europe.

L’Europe a deux pôles, la France et l’Angleterre.

L’auteur, dans ce livre, expose et tâche de faire visible l’Angleterre après 1688 ; plus tard, dans un autre livre spécial, il exposera la France avant 1789 ; puis 93 suivra.

H. H.

Les mots tâche de faire visible sont placés entre deux traits verticaux ; s’ils traduisaient sa pensée, ils lui paraissaient défectueux dans la forme et devaient être modifiés.

Ainsi donc, c’est en 1863 que nous trouvons pour la première fois, dans la correspondance, trace de Quatrevingt-treize. Au début de 1866 il arrêtait le plan d’une intrigue. C’est le 16 décembre 1872, à Hauteville-House, qu’il commence à écrire Quatrevingt-treize ; le 9 juin 1873, il l’achève.

Mais auparavant que de lectures, que de recherches, que de méditations ! car, en dépit de certaines affirmations, Victor Hugo se documentait, surtout lorsqu’il donnait à ses romans et à ses pièces un cadre historique. Pour Cromwell, pour Notre-Dame de Paris, pour Marie Tudor, pour l’Histoire d’un crime, pour l’Homme qui rit, pour d’autres œuvres encore, il a lu beaucoup de livres, fouillé des archives, consulté des chroniques, des chartes, des procès-verbaux. Il ne cherche pas à dissimuler les sources où il a puisé ses renseignements, il les indique dans des notes à la fin du livre ou au cours même de son récit ; il lui arrive même d’en dresser le catalogue. Si parfois il ne mentionne pas l’origine de ses documents, il comble la lacune par un renseignement dans ses carnets ; et dans sa bibliothèque sont alignés nombre de volumes, tout remplis de signets de papier, au haut desquels sont inscrits quelques mots résumant les pages du texte consulté. Victor Hugo, loin de faire mystère, comme on l’a dit parfois, des documents qu’il utilisait, mettait au contraire une sorte de coquetterie à les divulguer. Était-ce bien de la coquetterie ? N’était-ce pas plutôt le désir de s’assurer des témoins et des garants de ses récits ? Précaution sage pour ne pas être accusé du délit d’invention qu’on n’aurait pas manqué de lui reprocher, lorsqu’il produisait des faits susceptibles de paraître invraisemblables en raison de leur énormité.

Lorsque Victor Hugo écrivait une œuvre, il plaçait les livres à consulter dans la bibliothèque qui précède le look-out, son cabinet de travail. Lors de notre dernier voyage à Guernesey, en juillet 1913, nous trouvâmes un certain nombre de volumes d’histoire contenant des signets de papier annotés. Parfois, les signets étaient remplacés par des traits ou des accolades à l’encre dans le texte ; ou bien des pages étaient cornées ou pliées, ce qui nous a permis de suivre le travail préliminaire, travail considérable. Nous avons acquis la preuve que, pour son Quatrevingt-treize, Victor Hugo avait lu attentivement un grand nombre de volumes. Il ne fallait rien moins que sa prodigieuse mémoire pour retenir tant de renseignements disséminés, les mettre en relief suivant les besoins de son récit, les coordonner en quelques pages, préciser les marches des combattants à travers les routes de la Vendée, dénombrer tant de personnages en conservant à chacun d’eux son allure, son caractère, et cela sans trahir l’histoire, tout en donnant à l’œuvre d’imagination une part prépondérante. Sans doute il connaissait bien la géographie de la Bretagne et de la Vendée ; il avait sur cette guerre les souvenirs de sa mère ; mais il était difficile de se débrouiller dans ce réseau presque inextricable de combats et d’engagements ; il y avait, en effet, comme il l’a écrit, deux Vendées : « la grande, qui faisait la guerre des forêts ; la petite, qui faisait la guerre des buissons ». Il semble qu’il se soit plus particulièrement attaché à la petite, qui lui fournissait des détails plus colorés, plus pittoresques, plus dramatiques.

Il a négligé la première période de l’insurrection vendéenne dirigée par le marquis de la Rouarie, qui aboutit à de lamentables échecs. L’infortuné, qui devait mourir de maladie — ce qui le sauva de l’échafaud — fut accusé de trahison ; il avait eu l’imprudence de confier son plan à son médecin Latouche qui avertit Danton de la conspiration. Ses complices furent exécutés. Victor Hugo fait allusion à la Rouarie parce qu’il commence son récit à l’époque où l’insurrection se trouvait décapitée. Il fallait un chef pour réparer les fautes de la Rouarie. Dans son roman, Victor Hugo l’appelle le marquis de Lantenac ; dans l’histoire, il se nomme le comte Joseph de Puisaye.

Suivons le travail note par note ; nous verrons ainsi comment le poète a tiré parti des documents historiques :

sources historiques.

Les Mémoires de Joseph de Puisaye.

Victor Hugo a tout d’abord consulté les Mémoires du comte Joseph de Puisaye, lieutenant général, etc., etc., qui pourront servir à l’histoire du parti royaliste français durant la dernière révolution. Ces mémoires ont été publiés en 1803. Lantenac est évidemment Puisaye, et, en effet, dans un ouvrage intitulé : Lettres sur l’origine de la chouannerie et sur les chouans du Bas-Maine, dédiées au Roi, par J. Duchemin-Descepeaux, publié en 1825, et que Victor Hugo a soigneusement étudié, nous trouvons un portrait de Puisaye, homme entreprenant, ayant l’esprit d’organisation, faisant reconnaître son autorité par des bandes de paysans, soulevant les campagnes, armant les paysans, formant des compagnies, leur nommant des chefs. C’est bien le Lantenac de Victor Hugo.

Dans les Mémoires de Puisaye, nous voyons (p. 615, t. II) le lieutenant général Joseph de Puisaye s’emparant d’un canot de onze pieds de quille, aménageant une voile avec des draps de lit, convertissant en mât une longue perche, s’embarquant, par une mer houleuse, dans le canot faisant eau de toutes parts. Le signet marquant cette page est éloquent : Vieux canot utilisé. Important à lire. Cette fuite historique du comte de Puisaye par une mer agitée a inspiré à Victor Hugo la fuite du marquis de Lantenac. Mais celle-ci est rendue plus tragique par la présence du pilote Halmalo, le propre frère de celui que Lantenac vient de faire fusiller.

Lantenac donne comme instructions à Halmalo d’aller trouver Cœur-de-Roi, Mousqueton, Jean Chouan, Miélette, Bénédicité, Treton, Sans-Regret, Bourdoiseau, chefs et soldats vendéens empruntés à l’histoire, puis il poursuit sa route sur la dune et rencontre le mendiant Tellmarch.

Nous trouvons dans les Mémoires de Puisaye un signet à la page 419, tome II, sur lequel Victor Hugo a écrit : Tête mise à prix, le mendiant ; et de Puisaye raconte :

J’aperçus un mendiant qui venoit à nous ; la figure de cet homme s’est profondément gravée dans mon souvenir. Il étoit couvert de haillons, et portoit sur son épaule un mauvais sac qui, comme il étoit percé en plusieurs endroits, laissoit entrevoir quelques morceaux de pain qu’il avoit reçus de la charité des habitants. Il m’avoit reconnu de loin : « Où allez-vous, me dit-il, ainsi, Monsieur, sans être mieux accompagné ? J’arrive de la ville ; votre tête y a été mise à prix. On promet soixante mille francs à celui qui pourra vous faire prendre. Ce pays n’est pas sûr ; on sait que les chouans n’y sont pas ; les espions et les patrouilles vont se répandre sur toute la campagne. »

Cela fut dit avec un accent de frayeur et de sensibilité qui commandoit ma confiance.

« Je suis fatigué, lui répondis-je, il me seroit impossible d’aller plus loin ; et je vais me reposer à cette ferme. »

« M’est-il permis de vous donner un conseil. Monsieur ? N’en faites rien : le fermier est un homme riche. Si les bleus viennent ici, ce sera chez lui qu’ils iront. Venez dans ma cabanne (sic) ; on sait que je suis pauvre ; je n’ai rien qui puisse les tenter. J’irai chercher à la ferme un lit et à souper pour vous ; je veillerai toute la nuit, et vous serez averti à la première alerte. »

De tels sentiments ne m’étonnoient pas ; ce bon peuple m’y avoit accoutumé ! J’acceptai la proposition sans hésiter, et nous passâmes, dans cette misérable hutte, une nuit plus douce que nous ne l’eussions fait dans un palais.

Qu’on se reporte au livre quatrième du roman de Victor Hugo : Tellmarch, on y trouvera la rencontre de Lantenac avec le mendiant, on y lira l’affiche mettant la tête de Lantenac à prix pour la somme de soixante mille livres. Mais la conversation entre le marquis et le mendiant est autrement émouvante.

La Révolution française.

Suivons le roman de Victor Hugo : la deuxième partie se passe à Paris, c’est d’abord le cabaret de la rue du Paon, avec Danton, Marat et Robespierre, puis c’est la Convention. Pour ces chapitres, Victor Hugo a consulté plusieurs ouvrages. Ce sont d’abord les deux volumes de la Révolution française de Louis Blanc. Dans le premier, il a introduit plusieurs signets sur lesquels il a écrit, de sa main, les indications suivantes :

1791. Élections. Cafés. — Marat. — Le clergé, les prêtres, leur richesse. — Le Livre Rouge. — Fureurs et trahisons des prêtres. — Les clubs. — Procès-verbaux du club des Jacobins. — Coblentz ; révélations de Cervières. — Gamain, l’armoire de fer.

Dans le deuxième volume, Victor Hugo a introduit les signets suivants avec ces indications :

Citoyens français nommés par l’Assemblée Légslative. — Énumération des pièces prouvant la corruption de la cour, saisies par le Comité de surveillance. — Cosmopolitisme de la Convention. — Libération de tous les peuples. — Marat. Vendée. Comité de sûreté générale. — Salle où est jugé Louis XVI. — Aspect de la séance où l’on juge Louis XVI (cette note au revers d’une lettre du 28 octobre 1872). — La Convention pendant le vote (au revers d’un fragment de lettre du 27 septembre 1872). — Énormité de la lutte. — Vendée, théâtre de la guerre. — Détails. — Vendée, armées et chefs (relire en entier). — La France en danger. — Vendée en marche (au revers d’un fragment de note date du 15 août 1870). — Vendée. D’Elbée. Saumur (à voir) [au revers d’un faire-part du 26 octobre 1871]. — Vêtements, costumes. — Le duc d’York. — Vendée. — Travaux de civilisation de la Convention mêlés aux œuvres de révolution. — Institut, Conservatoire, Musées, etc. — Nécrologie. — Salle de la Convention. — L’hébertisme. — Évêques abdiquant. — La terreur ; Tribunal révolutionnaire (au dos d’une enveloppe du 9 novembre 1872). — La Vendée vaincue. — Vendée (très important à lire pour relier Fontenay à la grande armée royaliste). — Pouvoirs absolus des commissaires délégués. — Club des Jacobins.

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