Ruy Blas (page 10)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Ruy Blas · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Don César.

Vous, vous m’amusez fort. Et vous m’avez tout l’air

D’un jaloux. Je vous plains énormément, mon cher.

Car le mal qui nous vient des vices qui sont nôtres

Est pire que le mal que nous font ceux des autres.

J’aimerais mieux encore, et je le dis à vous,

Être pauvre qu’avare et cocu que jaloux.

Vous êtes l’un et l’autre, au reste. Sur mon âme,

J’attends encor ce soir madame votre femme.

Don Guritan.

Ma femme !

Don César.

Ma femme !Oui, votre femme !

Don Guritan.

Ma femme ! Oui, votre femme !Allons ! je ne suis pas

Marié.

Don César.

Marié.Vous venez faire cet embarras !

Point marié ! Monsieur prend depuis un quart d’heure

L’air d’un mari qui hurle ou d’un tigre qui pleure,

Si bien que je lui donne, avec simplicité,

Un tas de bons conseils en cette qualité !

Mais si vous n’êtes pas marié, par Hercule,

De quel droit êtes-vous à ce point ridicule ?

Don Guritan.

Savez-vous bien, monsieur, que vous m’exaspérez ?

Don César.

Bah !

Don Guritan.

Bah !Que c’est trop fort !

Don César.

Bah ! Que c’est trop fort !Vrai ?

Don Guritan.

Bah ! Que c’est trop fort ! Vrai ?Que vous me le paierez !

Don César.

Il examine d’un air goguenard les souliers de don Guritan, qui disparaissent sous des flots de rubans selon la nouvelle mode.

Jadis on se mettait des rubans sur la tête.

Aujourd’hui, je le vois, c’est une mode honnête,

On en met sur sa botte. On se coiffe les pieds.

C’est charmant !

Don Guritan.

C’est charmant !Nous allons nous battre !

Don César, impassible.

C’est charmant ! Nous allons nous battre !Vous croyez ?

Don Guritan.

Vous n’êtes pas César, la chose me regarde,

Mais je vais commencer par vous.

Don César.

Mais je vais commencer par vous.Bon. Prenez garde

De finir par moi.

Don Guritan.

Il lui présente une des deux épées.

De finir par moi.Fat ! sur-le-champ !

Don César, prenant l’épée.

De finir par moi. Fat ! sur-le-champ !De ce pas.

Quand je tiens un bon duel, je ne le lâche pas !

Don Guritan.

Où !

Don César.

Où !Derrière le mur. Cette rue est déserte.

Don Guritan, essayant la pointe de l’épée sur le parquet.

Pour César, je le tue ensuite !

Don César.

Pour César, je le tue ensuite !Vraiment ?

Don Guritan.

Pour César, je le tue ensuite ! Vraiment ?Certe !

Don César, faisant aussi ployer son épée.

Bah ! l’un de nous deux mort, je vous défie après

De tuer don César.

Don Guritan.

De tuer don César.Sortons !

Ils sortent. On entend le bruit de leurs pas qui s’éloignent. Une petite porte masquée s’ouvre à droite dans le mur, et donne passage à don Salluste.

Scène SIXIÈME.

DON SALLUSTE, vêtu d’un habit vert sombre, presque noir. Il paraît soucieux et préoccupé. Il regarde et écoute avec inquiétude.

De tuer don César. Sortons !Aucuns apprêts !

Apercevant la table chargée de mets.

Que veut dire ceci ?

Écoutant le bruit des pas de César et de Guritan.

Que veut dire ceci ?Quel est donc ce tapage ?

Il se promène rêveur sur l’avant-scène.

Gudiel ce matin a vu sortir le page

Et l’a suivi. — Le page allait chez Guritan. —

Je ne vois pas Ruy Blas. — Et ce page… — Satan !

C’est quelque contre-mine ! oui, quelque avis fidèle

Dont il aura chargé don Guritan pour elle !

— On ne peut rien savoir des muets ! — C’est cela !

Je n’avais pas prévu ce don Guritan-là !

Rentre don César. Il tient à la main l’épée nue qu’il jette en entrant sur un fauteuil.

Scène SEPTIÈME.

DON SALLUSTE, DON CÉSAR.

Don César, du seuil de la porte.

Ah ! j’en étais bien sûr ! vous voilà donc, vieux diable !

Don Salluste, se retournant, pétrifié.

Don César !

Don César, croisant les bras avec un grand éclat de rire.

Don César !Vous tramez quelque histoire effroyable !

Mais je dérange tout, pas vrai, dans ce moment ?

Je viens au beau milieu m’épater lourdement !

Don Salluste, à part.

Tout est perdu !

Don César, riant.

Tout est perdu !Depuis toute la matinée,

Je patauge à travers vos toiles d’araignée.

Aucun de vos projets ne doit être debout.

Je m’y vautre au hasard. Je vous démolis tout.

C’est très-réjouissant.

Don Salluste, à part.

C’est très-réjouissant.Démon ! qu’a-t-il pu faire ?

Don César, riant de plus en plus fort.

Votre homme au sac d’argent, — qui venait pour l’affaire !

— Pour ce que vous savez ! — qui vous savez ! —

Il rit.

Pour ce que vous savez ! — qui vous savez ! —Parfait !

Don Salluste.

Eh bien ?

Don César.

Eh bien ?Je l’ai soûlé.

Don Salluste.

Eh bien ? Je l’ai soûlé.Mais l’argent qu’il avait ?

Don César, majestueusement.

J’en ai fait des cadeaux à diverses personnes.

Dame ! on a des amis.

Don Salluste.

Dame ! on a des amis.À tort tu me soupçonnes…

Je…

Don César., faisant sonner ses grègues.

Je…J’ai d’abord rempli mes poches, vous pensez.

Il se remet à rire.

Vous savez bien ? la dame !…

Don Salluste.

Vous savez bien ? la dame !…Oh !

Don César

Vous savez bien ? la dame !… Oh ! Que vous connaissez. —

Don Salluste écoute avec un redoublement d’angoisse. Don César poursuit en riant.

Qui m’envoie une duègne, affreuse compagnonne,

Dont la barbe fleurit et dont le nez trognonne…

Don Salluste.

Pourquoi ?

Don César.

Pourquoi ?Pour demander, par prudence et sans bruit

Si c’est bien don César qui l’attend cette nuit ?…

Don Salluste.

À part.

Ciel !

Haut.

Ciel !Qu’as-tu répondu ?

Don César.

Ciel ! Qu’as-tu répondu ?J’ai dit que oui, mon maître !

Que je l’attendais !

Don Salluste, à part.

Que je l’attendais !Tout n’est pas perdu peut-être !

Don César.

Enfin, votre tueur, votre grand capitan,

Qui m’a dit sur le pré s’appeler — Guritan,

Mouvement de don Salluste.

Qui ce matin n’a pas voulu voir, l’homme sage,

Un laquais de César lui portant un message,

Et qui venait céans m’en demander raison.

Don Salluste.

Eh bien, qu’en as-tu fait ?

Don César.

Eh bien, qu’en as-tu fait ?J’ai tué cet oison.

Don Salluste.

Vrai ?

Don César.

Vrai ?Vrai. Là, sous le mur, à cette heure il expire.

Don Salluste.

Es-tu sûr qu’il soit mort ?

Don César.

Es-tu sûr qu’il soit mort ?J’en ai peur.

Don Salluste, à part.

Es-tu sûr qu’il soit mort ? J’en ai peur.Je respire ! !

Allons ! bonté du ciel ! il n’a rien dérangé !

Au contraire. Pourtant, donnons-lui son congé.

Débarrassons-nous-en ! quel rude auxiliaire !

Pour l’argent, ce n’est rien.

Haut.

Pour l’argent, ce n’est rien.L’histoire est singulière.

Et vous n’avez pas vu d’autres personnes ?

Don César.

Et vous n’avez pas vu d’autres personnes ? Non.

Mais j’en verrai. Je veux continuer. Mon nom,

Je compte en faire éclat tout à travers la ville.

Je vais faire un scandale affreux. Soyez tranquille.

Don Salluste.

À part.

Diable !

Vivement et se rapprochant de don César.

Diable !Garde l’argent, mais quitte la maison !

Don César.

Oui ? Vous me feriez suivre ! on sait votre façon.

Puis je retournerais, aimable destinée,

Contempler ton azur, ô Méditerranée !

Point.

Don Salluste.

Point.Crois-moi.

Don César.

Point. Crois-moi.Non. D’ailleurs, dans ce palais-prison,

Je sens quelqu’un en proie à votre trahison.

Toute intrigue de cour est une échelle double.

D’un côté, bras liés, morne et le regard trouble,

Monte le patient ; de l’autre, le bourreau.

— Or, vous êtes bourreau — nécessairement.

Don Salluste.

— Or, vous êtes bourreau — nécessairement.Oh !

Don César.

Moi, je tire l’échelle, et patatras.

Don Salluste.

Moi, je tire l’échelle, et patatras.Je jure…

Don César.

Je veux, pour tout gâter, rester dans l’aventure.

Je vous sais assez fort, cousin, assez subtil,

Pour pendre deux ou trois pantins au même fil.

Tiens ! j’en suis un ! Je reste !

Don Salluste.

Tiens ! J’en suis un ! Je reste !Écoute…

Don César.

Tiens ! J’en suis un ! Je reste ! Écoute…Rhétorique.

Ah ! vous me faites vendre aux pirates d’Afrique !

Ah ! vous me fabriquiez ici des faux César !

Ah ! vous compromettez mon nom !

Don Salluste.

Ah ! Vous compromettez mon nom !Hasard !

Don César.

Ah ! Vous compromettez mon nom !Hasard !Hasard ?

Mets que font les fripons pour les sots qui le mangent.

Point de hasard ! Tant pis si vos plans se dérangent !

Mais je prétends sauver ceux qu’ici vous perdez.

Je vais crier mon nom sur les toits.

Il monte sur l’appui de la fenêtre et regarde au dehors.

Je vais crier mon nom sur les toits.Attendez !

Juste ! des alguazils passent sous la fenêtre.

Il passe son bras à travers les barreaux, et l’agite en criant

Holà !

Don Salluste, effaré, sur le devant du théâtre.

À part.

Holà !Tout est perdu s’il se fait reconnaître !

Entrent les alguazils précédés d’un alcade. Don Salluste paraît en proie à une vive perplexité. Don César va vers l’alcade d’un air de triomphe.

Scène HUITIÈME.

Don César, à l’alcade.

Vous allez consigner dans vos procès-verbaux…

Don Salluste, montrant don César à l’alcade.

Que voici le fameux voleur Matalobos !

Don César, stupéfait.

Comment !

Don Salluste, à part.

Comment !Je gagne tout en gagnant vingt-quatre heures.

À l’alcade.

Cet homme ose en plein jour entrer dans les demeures.

Saisissez ce voleur.

Les alguazils saisissent don César au collet.

Don César, furieux, à don Salluste.

Saisissez ce voleur.Je suis votre valet,

Vous mentez hardiment !

L’Alcade.

Vous mentez hardiment !Qui donc nous appelait ?

Don Salluste.

C’est moi.

Don César.

C’est moi.Pardieu ! c’est fort !

L’Alcade.

C’est moi. Pardieu ! c’est fort !Paix ! je crois qu’il raisonne.

Don César

Mais je suis don César de Bazan en personne !

Don Salluste.

Don César ? — Regardez son manteau, s’il vous plaît.

Vous trouverez Salluste écrit sous le collet.

C’est un manteau qu’il vient de me voler.

Les alguazils arrachent le manteau, l’alcade l’examine.

L’Alcade.

C’est un manteau qu’il vient de me voler.C’est juste.

Don Salluste.

Et le pourpoint qu’il porte…

Don César, à part.

Et le pourpoint qu’il porte…Oh ! le damné Salluste !

Don Salluste, continuant.

Il est au comte d’Albe, auquel il fut volé… —

Montrant un écusson brodé sur le parement de la manche gauche.

Dont voici le blason !

Don César, à part.

Dont voici le blason !Il est ensorcelé !

L’Alcade, examinant le blason.

Oui, les deux châteaux d’or…

Don Salluste.

Oui, les deux châteaux d’or…Et puis, les deux chaudières.

Enriquez et Gusman.

En se débattant, don César fait tomber quelques doublons de ses poches.

Don Salluste montre à l’alcade la façon dont elles sont remplies.

Enriquez et Gusman.Sont-ce là les manières

Dont les honnêtes gens portent l’argent qu’ils ont ?

L’Alcade, hochant la tête.

Hum !

Don César, à part.

Hum ! Je suis pris !

Les alguazils le fouillent et lui prennent son argent.

Un Alguazil, fouillant.

Hum ! Je suis pris !Voilà des papiers.

Don César, à part.

Hum ! Je suis pris ! Voilà des papiers.Ils y sont !

Oh ! pauvres billets doux sauvés dans mes traverses !

L’Alcade, examinant les papiers.

Des lettres ?… qu’est cela ? d’écritures diverses… ?

Don Salluste, lui faisant remarquer les suscriptions.

Toutes au comte d’Albe !

L’Alcade.

Toutes au comte d’Albe !Oui.

Don César.

Toutes au comte d’Albe ! Oui.Mais…

Les Alguazils, lui liant les mains.

Toutes au comte d’Albe ! Oui. Mais…Pris ! quel bonheur !

Un Alguazil, entrant, à l’alcade.

Un homme est là qu’on vient d’assassiner, seigneur.

L’Alcade.

Quel est l’assassin ?

Don Salluste, montrant don César.

Quel est l’assassin ?Lui !

Don César, à part.

Quel est l’assassin ?Lui !Ce duel ! quelle équipée !

Don Salluste.

En entrant, il tenait à la main une épée.

La voilà.

L’Alcade, examinant l’épée.

La voilà.Du sang. — Bien.

À don César.

La voilà. Du sang. — Bien.Allons, marche avec eux ?

Don Salluste, à don César, que les alguazils emmènent.

Bonsoir, Matalobos.

Don César, faisant un pas vers lui et le regardant fixement.

Bonsoir, Matalobos.Vous êtes un fier gueux !

fin du quatrième acte.

ACTE CINQUIÈME.

LE TIGRE ET LE LION.

PERSONNAGES

RUY BLAS.

DON SALLUSTE DE BAZAN.

LA REINE.

Même chambre. C’est la nuit. Une lampe est posée sur la table.

Au lever du rideau Ruy Blas est seul. Une sorte de longue robe noire cache ses vêtements.

Scène PREMIÈRE.

Ruy Blas, seul.

C’est fini. Rêve éteint ! Visions disparues !

Jusqu’au soir au hasard j’ai marché dans les rues.

J’espère en ce moment. Je suis calme. La nuit,

On pense mieux. La tête est moins pleine de bruit.

Rien de trop effrayant sur ces murailles noires ;

Les meubles sont rangés, les clefs sont aux armoires.

Les muets sont là-haut qui dorment. La maison

Est vraiment bien tranquille. Oh ! oui, pas de raison

D’alarme. Tout va bien. Mon page est très-fidèle.

Don Guritan est sûr alors qu’il s’agit d’elle.

Ô mon dieu ! n’est-ce pas que je puis vous bénir,

Que vous avez laissé l’avis lui parvenir,

Que vous m’avez aidé, vous Dieu bon, vous Dieu juste,

À protéger cet ange, à déjouer Salluste,

Qu’elle n’a rien à craindre, hélas ! rien à souffrir,

Et qu’elle est bien sauvée, — et que je puis mourir ?

Il tire de sa poitrine une petite fiole qu’il pose sur la table.

Oui, meurs maintenant, lâche ! et tombe dans l’abîme !

Meurs comme on doit mourir quand on expie un crime !

Meurs dans cette maison, vil, misérable et seul !

Il écarte sa robe noire, sous laquelle on entrevoit la livrée qu’il portait au premier acte.

— Meurs avec ta livrée enfin sous ton linceul !

— Dieu ! Si ce démon vient voir sa victime morte !

Il pousse un meuble de façon à barricader la porte secrète.

Qu’il n’entre pas du moins par cette horrible porte !

Il revient vers la table.

— Oh ! le page a trouvé Guritan, c’est certain,

Il n’était pas encor huit heures du matin.

Il fixe son regard sur la fiole.

— Pour moi, j’ai prononcé mon arrêt, et j’apprête

Mon supplice, et je vais moi-même sur ma tête

Faire choir du tombeau le couvercle pesant.

J’ai du moins le plaisir de penser qu’à présent

Personne n’y peut rien. Ma chute est sans remède !

S’asseyant sur le fauteuil.

Elle m’aimait pourtant ! — que Dieu me soit en aide !

Je n’ai pas de courage !

Il pleure.

Je n’ai pas de courage !Oh ! l’on aurait bien dû

Nous laisser en paix !

Il cache sa tête dans ses mains et pleure à sanglots.

Nous laisser en paix !Dieu !

Relevant la tête et comme égaré, regardant la fiole.

Nous laisser en paix ! Dieu !L’homme, qui m’a vendu

Ceci, me demandait quel jour du mois nous sommes.

Je ne sais pas. J’ai mal dans la tête. Les hommes

Sont méchants. Vous mourez, personne ne s’émeut.

Je souffre ! — Elle m’aimait ! — Et dire qu’on ne peut

Jamais rien ressaisir d’une chose passée !

Je ne la verrai plus ! — Sa main que j’ai pressée,

Sa bouche qui toucha mon front… — Ange adoré !

Pauvre ange ! — Il faut mourir, mourir désespéré !

Sa robe où tous les plis contenaient de la grâce,

Son pied qui fait trembler mon âme quand il passe,

Son œil où s’enivraient mes yeux irrésolus,

Son sourire, sa voix… — Je ne la verrai plus !

Je ne l’entendrai plus ! — Enfin c’est donc possible ?

Jamais !

Il avance avec angoisse sa main vers la fiole ; au moment où il la saisit convulsivement, la porte du fond s’ouvre. La reine paraît, vêtue de blanc, avec une mante de couleur sombre, dont le capuchon, rejeté sur ses épaules, laisse voir sa tête pâle. Elle tient une lanterne sourde à la main, elle la pose à terre, et marche rapidement vers Ruy Blas.

Scène DEUXIÈME.

RUY BLAS, LA REINE.

La Reine, entrant.

Jamais !Don César !

Ruy Blas, se retournant avec un mouvement d’épouvante, et fermant précipitamment la robe qui cache sa livrée.

Jamais !Don César !Dieu ! c’est elle ! — Au piége horrible

Elle est prise !

Haut.

Elle est prise !Madame !…

La Reine.

Elle est prise !Madame !…Eh bien ! quel cri d’effroi !

César…

Ruy Blas.

César…Qui vous a dit de venir ici ?

La Reine.

César… Qui vous a dit de venir ici ?Toi.

Ruy Blas.

Moi ? — Comment ?

La Reine.

Moi ? — Comment ?J’ai reçu de vous…

Ruy Blas, haletant.

Moi ? — Comment ? J’ai reçu de vous…Parlez donc vite !

La Reine.

Une lettre.

Ruy Blas.

Une lettre.De moi ?

La Reine.

Une lettre. De moi ?De votre main écrite.

Ruy Blas.

Mais c’est à se briser le front contre le mur !

Mais je n’ai pas écrit, pardieu ! j’en suis bien sûr !

La Reine, tirant de sa poitrine un billet qu’elle lui présente.

Lisez donc.

Ruy Blas prend la lettre avec emportement, se penche vers la lampe et lit.

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