Épîtres d'Ignace d'Antioche (page 3)

Ignace d'Antioche · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Pères de l’Église/Tome 1/Épître aux Éphésiens (saint Ignace) + Les Pères de l’Église/Tome 1/Épître aux Magnésiens (saint Ignace) + Les Pères de l’Église/Tome 1/Épître aux Tralliens (saint Ignace) + Les Pères de l’Église/Tome 1/Épître aux Romains (saint Ignace) + Les Pères de l’Église/Tome 1/Épître aux Philadelphiens (saint Ignace) · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ÉPÎTRE AUX MAGNÉSIENS. (suite)

Comme j’ai pu, dans les personnes dont je viens de parler, contempler la foi et la piété de toute votre multitude, je ne vous recommanderai plus qu’une seule chose, c’est de toujours agir en union avec le Seigneur, regardant l’évêque comme son représentant au milieu de vos assemblées, les prêtres comme formant le sénat des apôtres, et les diacres, objets de ma prédilection, comme dispensateurs des mystères mêmes de Jésus-Christ, qui, avant les siècles, était en Dieu son père, et qui s’est révélé à la terre dans ces derniers jours.

Voilà la vie toute céleste que vous avez tous embrassée ; elle vous commande de vous respecter, de vous aimer constamment les uns les autres, de ne point voir l’homme dans votre frère, mais Jésus-Christ ; de ne rien souffrir en vous qui puisse détruire l’union, de vous attacher étroitement à l’évêque et à ses prêtres, selon le caractère et l’esprit de la doctrine incorruptible que vous professez.

De même que Jésus-Christ n’a rien fait par lui-même ni par ses apôtres sans son père, auquel il est intimement uni, ne faites rien sans l’évêque et sans ses prêtres.

Ne cherchez rien de raisonnable hors de là. Que l’unité se retrouve partout dans vos assemblées : unité de prières, unité de vœux, unité de pensées, unité d’espérance, accompagnée de la charité et de la joie la plus pure.

Jésus-Christ est un, et rien n’est au-dessus de lui. Ne voyez donc plus qu’un seul temple, qu’un seul autel du Seigneur, qu’un seul Jésus-Christ, qui sort d’un seul père, qui existe en lui seul, et qui rentre dans son unité.

Dès lors ne vous laissez pas séduire par des doctrines étrangères, ni par d’anciennes fables entièrement inutiles. Vivre encore selon la loi, c’est dire qu’on n’est pas encore sous la grâce. Mais les saints prophètes eux-mêmes ont vécu selon Jésus-Christ, et ce fût la cause de leurs persécutions. C’est sa grâce qui leur inspirait tout ce qu’il fallait dire à l’incrédule, pour le convaincre qu’il n’y a qu’un seul Dieu ; qu’il s’est manifesté par son fils ; que ce fils, son Verbe éternel, n’a jamais cessé de parler, et qu’il s’est rendu agréable, par toutes ses œuvres, à son père, qui l’avait envoyé.

Ceux qui vivaient sous la loi ont passé à de plus hautes espérances, affranchis désormais des observances légales, pour vivre selon la loi de Jésus-Christ, où se trouve pour nous la vie par la grâce et la passion de ce Dieu, que certains hommes s’obstinent encore à ne pas reconnaître ; car c’est de ce grand mystère que nous viennent le don de la foi et la force nécessaire pour nous montrer dans l’adversité de vrais disciples de Jésus-Christ, notre seul maître. S’il fut toujours l’espérance de l’homme, comment pourrions-nous vivre sans ce Dieu, dont les prophètes étaient les disciples en esprit, et qu’ils attendaient comme leur maître ? C’est parce qu’ils ont toujours su placer en lui leur espérance, qu’il est venu les visiter et les arracher à l’empire de la mort.

Que sa bonté ne trouve jamais nos cœurs insensibles. Si sa conduite envers nous se réglait sur la nôtre à son égard, quel serait notre avenir ? Devenus ses disciples, apprenons à vivre selon son esprit.

Celui qui porte un autre nom que le sien n’est pas à Dieu. Rejetez un reste de vieux levain aigre et gâté ; transformez-vous en un levain nouveau qui est Jésus-Christ, prenez de lui ce sel qui vous préservera tous de la corruption : car on vous jugera d’après l’odeur que vous aurez exhalée.

C’est un contre-sens de parler de Jésus-Christ et de judaïser. Le Christianisme ne s’est pas converti au judaïsme, mais bien le judaïsme au Christianisme, afin que toutes les nations viennent se réunir Dieu à la faveur d’une même foi.

Ce n’est pas, mes bien-aimés, que je croie qu’un seul d’entre vous pense autrement ; je veux seulement, quoique le dernier d’entre vous, vous prémunir contre l’appât trompeur de toute fausse doctrine et rendre votre foi inébranlable sur la naissance, la passion, la résurrection de Jésus-Christ, arrivées sous la préture de Ponce-Pilate, événements qui ne laissent aucun doute, aucune incertitude[1]. Il est notre espérance : puisse aucun de vous n’en être jamais exclu !

Et moi, puissé-je sous tous les rapports être digne de vous ! Quoique dans les fers, je ne mérite pas d’être comparé à un seul d’entre vous, qui êtes libres. Je ne crains pas de vous le dire : je sais que vous êtes sans orgueil, parce que Jésus-Christ habite en vous.

Aussi, plus je vous donne d’éloges, plus je vois la rougeur de la modestie se répandre sur vos visages, selon ce qui est écrit. « Le juste, quand on le loue, s’accuse lui-même. »

Appliquez-vous à vous affermir dans la doctrine de Jésus-Christ et dans celle des apôtres, afin que toutes vos œuvres, selon la chair ou selon l’esprit, dans leur principe et dans leur fin, servent à votre salut par la foi et l’amour concernant le Père, le Fils, le Saint-Esprit ; surtout si vous restez unis à votre digne évêque, aux prêtres qui forment autour de lui comme une couronne spirituelle, et aux diacres dont la vie est toute divine.

Oui, vivez soumis à l’évêque et les uns aux autres, comme Jésus-Christ l’était à son père, pendant sa vie mortelle, et comme les apôtres l’on été à Jésus-Christ, au Père, et au Saint-Esprit ; de sorte que l’union entre vous soit entière, c’est-à-dire selon le corps et selon l’esprit.

Comme je sais que l’esprit de Dieu remplit votre âme, je me borne à cette courte exhortation : Souvenez-vous de moi dans vos prières, afin que je jouisse au plus tôt de mon Dieu.

Souvenez-vous aussi de l’Église de Syrie, d’où je ne suis pas digne d’être appelé pour tant de gloire.

J’ai besoin de la sainte ligue de vos prières et du concours de votre charité, pour que l’Église de Syrie mérite la divine rosée qui féconde la vôtre.

Recevez le salut des Éphésiens qui sont à Smyrne, d’où je vous écris.

C’est pour la gloire de notre Dieu qu’ils se trouvent dans cette ville avec quelques-uns des vôtres.

Ils ont, de concert avec Polycarpe, l’évêque de Smyrne, pourvu à tous nos besoins ; les autres Églises vous saluent en Jésus-Christ.

Fortifiez-vous dans la paix et la concorde selon Dieu, pleins comme vous l’êtes de cet esprit intérieur qui n’est autre que Jésus-Christ.

↑ Combien de pareils témoignages sont propres à affermir dans la foi, quand on les voit à la naissance du Christianisme appuyés sur de pareilles autorités ! Rousseau a donc eu bien raison de dire que les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ.

saint Clément, saint Barnabé, saint Hermas, saint Ignace, saint Polycarpe, saint Justin Texte établi par M. de Genoude, Sapia, 1837 (Tome premier, p. 265-269).

Épître aux Tralliens

ÉPÎTRE AUX TRALLIENS.

Tralles était située entre le Méandre et le Caïstre. Saint Ignace avait reçu des fidèles de cette Église les secours les plus abondants des mains de Polybe, leur évêque. Après les avoir remerciés de leur zèle et félicités de leur foi, il leur recommande d’éviter toute division pour ne pas donner occasion aux gentils de blasphémer le nom chrétien. Il les prie de lui épargner les éloges. Le louer, dit-il, c’est le flageller. Il n’a qu’une crainte, c’est de n’être pas jugé digne du martyre. Il les exhorte à se tenir en garde contre les faux frères qui mêlent le nom de Jésus à leur erreur pour l’accréditer à la faveur de ce divin nom, et qui prétendent qu’il n’a souffert qu’en apparence. Son affection se manifeste dans le début de cette épître.

Ignace, surnommé Théophore à l’Église chérie de Dieu père de Jésus-Christ, à l’Église sainte qui est à Tralles, en Asie, choisie de Dieu et digne de lui, jouissant de la paix par la chair, par le sang, par la passion de Jésus-Christ, notre espérance, par la résurrection qui est en lui : salut, grâces, bénédictions abondantes, c’est le souhait que je fais pour elle, en vertu de mon caractère apostolique.

Je sais que les tribulations trouvent toujours vos cœurs aussi purs qu’étroitement unis ; et chez vous, c’est l’effet non de l’occasion, mais de l’habitude.

Je l’ai appris de Polybe, votre évêque, qui m’est venu voir à Smyrne, d’après la volonté de Dieu et celle de Jésus-Christ. Il s’est réjoui avec moi de mes chaînes, de manière à mettre sous mes yeux, dans sa personne, la piété de toute votre multitude.

Et moi, en recevant par lui ce témoignage de votre affection toute selon Dieu, je me suis réjoui de vous trouver tels que je vous connaissais, c’est-à-dire de véritables imitateurs de Jésus-Christ.

Soumis, ainsi que vous l’êtes, à l’évêque comme à Jésus-Christ lui-même, ce n’est plus selon l’homme que vous me paraissez agir, mais selon Jésus-Christ mort pour nous, afin que la foi en sa mort nous assure la vie.

Non-seulement ne faites rien sans l’évêque, mais soyez encore soumis aux prêtres comme aux apôtres mêmes de Jésus-Christ, lui notre commune espérance, lui en qui nous devons toujours vivre.

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