Vive flamme d'amour

Jean de la Croix · Vie de piété

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Fiche de l’œuvre dans le savoir

Traduction par Jean Maillard. Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix, 1834, 3 (p. 3).

LA VIVE FLAMME DE L’AMOUR, ET L’EXPLICATION DES CANTIQUES.

ou l’on traite de la plus intime union de l’ame avec dieu et de sa transformation en son créateur.

Préface. Cantiques de l’âme dans son intime union avec Dieu. Premier Cantique, I.er Vers, II.e Vers, III.e Vers, IV.e Vers, V.e Vers, VI.e Vers, Second Cantique, I.er Vers, II.e Vers, III.e Vers, IV.e Vers, V.e Vers, VI.e Vers, Troisième Cantique, I.er Vers, II.e Vers, III.e Vers, IV.e Vers, V.e et VI.e Vers, Quatrième Cantique, I.er et II.e Vers, III.e Vers,

IV.e, V.e, et VI.e Vers.

Saint Jean de la Croix Préface. Traduction par Jean Maillard. Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix, 1834, 3 (p. v-viii).

PRÉFACE.

Ce n’est pas sans répugnance que j’ai entrepris d’expliquer les quatre Cantiques suivans, pour satisfaire à la prière de quelques personnes pieuses. Ces Cantiques contiennent des choses si intérieures et si spirituelles, que les paroles nous manquent souvent pour les exprimer. Comme elles surpassent le sens, et qu’on ne saurait parler juste de ce qu’il y a de plus intime dans l’esprit, à moins qu’on ne soit animé du même esprit intérieur, j’ai différé jusqu’ici cette explication, convaincu de ma faiblesse en cet endroit, et de mon peu de capacité dans la spiritualité. Maintenant qu’il semble que Notre-Seigneur m’a donné par sa miséricorde quelque connaissance et quelque ardeur, ayant repris cœur, j’ai résolu de m’occuper à ce travail, quoique je sois persuadé que je ne puis de moi-même rien dire de propre à ce sujet, et qu’à plus forte raison je suis incapable de traiter des choses si relevées. C’est pourquoi si j’écris quelque chose d’utile, je ne me l’attribue pas ; je n’ai à m’imputer que les défauts qui peuvent se glisser en cet Ouvrage. Ainsi je soumets tout ce que j’avancerai au jugement et à la censure de notre sainte mère l’Église Catholique, Apostolique et Romaine, sous la conduite de laquelle personne ne peut s’égarer.

Cela supposé, j’écrirai librement lorsque je serai fondé sur la Sainte Écriture, tout ce que je saurai en cette matière. Je prie néanmoins le lecteur de croire que tout ce que je puis dire de plus sublime, est infiniment au-dessous de ce qui se passe en cette intime union avec Dieu. Personne cependant ne doit s’étonner de ce que Dieu accorde des grâces si extraordinaires aux ames qu’il veut combler de délices toutes divines. Car si on considère avec quelque attention que c’est Dieu qui agit, et que comme Dieu il répand ses biens avec un amour inconcevable et une bonté infinie, on ne trouvera rien de contraire à la raison de ces profusions divines. En effet, Jésus-Christ a dit lui-même à celui qui l’aimerait, que le Père, le Fils, et le Saint-Esprit viendraient chez lui, et qu’ils feraient leur demeure en lui[1]. C’est-à-dire, que les trois personnes de la très-sainte Trinité le feroient vivre en elles d’une vie divine, et le feroient demeurer en elles, comme l’âme le chante en ces Cantiques.

À la vérité, nous avons parlé dans les Cantiques précédens du plus éminent degré de perfection qu’on puisse acquérir en cette vie, et qui est la transformation de l’âme en Dieu. Mais il s’agit dans les présens Cantiques, d’un amour plus consommé et plus parfait dans le même état de transformation. Car quoiqu’il soit hors de doute qu’on propose en tous ces Cantiques le même genre de transformation, et qu’on ne puisse point passer plus outre ; toutefois on peut avec le temps et par un exercice continuel, se perfectionner, et pour parler ainsi, se concentrer davantage en l’amour de Dieu. Il en va de cela comme du feu qui brûle du bois : il y entre d’abord ; il se l’unit et le change en lui-même ; mais enfin il s’allume davantage avec le temps ; il pénètre plus profondément le bois ; il l’enflamme avec plus d’ardeur, jusques à ce qu’il le consume et le réduise en étincelles et en cendres. Il est aisé d’appliquer cette comparaison à notre sujet, et de concevoir de quelle manière le feu de l’amour divin entre dans l’âme, la pénètre, la transforme en lui, et la consume entièrement.

Ce que l’âme déjà transformée, et consumée intérieurement par le feu de l’amour dit dans ces Cantiques, se doit entendre de l’ardeur inexplicable qui est propre de ce degré. Car non-seulement elle est unie à ce feu divin, mais ce feu divin excite aussi en elle une flamme vive, laquelle la pénètre intimément : de sorte qu’en étant toute embrasée, et goûtant les douceurs de l’amour divin les plus délicates, elle parle des admirables effets qu’il produit en elle. Ce sont ces effets que j’expliquerai avec le même ordre que j’ai observé dans les autres Cantiques. Je les proposerai d’abord ; ensuite je développerai le sens de chaque Cantique en particulier, et je donnerai enfin en détail l’éclaircissement de chaque vers.

↑ Si quis diligit me, sermonem meum servabit, et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus. Joan. 14. 23.

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