La Nuit obscure de l'âme

Jean de la Croix · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix/La nuit obscure de l’âme-01 + Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix/La nuit obscure de l’âme-02 + Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix/La nuit obscure de l’âme-01/03

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Saint Jean de la Croix LA NUIT OBSCURE DE L’ÂME. LIVRE PREMIER.

Traduction par Jean Maillard. Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix, 1834, 2 (p. 193-194).

PREMIER CANTIQUE.

L’ame dit, en ce Cantique, de quelle manière elle est sortie, tant d’elle-même que de toutes les choses créées, savoir, en exerçant sur elle-même une rigoureuse mortification, qui la fait mourir à soi-même et, aux créatures, qui la fait vivre à l’amour divin et à Dieu, et qui la remplit de délices célestes.

Elle ajoute quelle a fait cette sortie pendant une nuit obscure, entendant par là une espèce de contemplation qu’elle appelle pur gation, parce qu’elle produit en l’ame le renoncement d’elle-même et des choses passagères. Elle assure qu’elle n’a pu sortir de la sorte, que par la force et l’ardeur que l’amour de son époux lui a communiquées dans cette obscure contemplation. Et c’est ici où elle exagère les avantages de son sort, qui sont si grands, qu’elle est allée heureusement à Dieu pendant cette nuit, sans que le monde, la chair et le démon ses ennemis, aient pu l’empêcher d’atteindre à son terme parce que la nuit de cette contemplation, c’est-à-dire, la mortification qu’elle a pratiquée en contemplant les choses divines, a étouffé toutes ses passions et tous leurs mouvemens.

Chapitre I. On propose le premier vers et on parle des imperfections de ceux qui commencent. Chap. II. De quelques imperfections spirituelles où les commençans tombent à l’égard de l’orgueil. Chap. III. Des imperfections communes aux commençans à l’égard du second péché capital ; savoir, l’avarice prise dans un sens spirituel. Chap. IV. Des autres imperfections auxquelles les commençans sont sujets, et qui naissent de la luxure spirituelle. Chap. V. Des défauts où le vice de la colère précipite ceux qui commencent. Chap. VI. Des imperfections dont la gourmandise spirituelle est la source. Chap. VII. Des imperfections qui procèdent de l’envie et de la paresse spirituelle. Chap. VIII. On explique le premier vers du premier cantique, et on commence à donner de l’éclaircissement à la Nuit obscure. Chap. IX. Des marques par lesquelles on peut connaître qu’une personne spirituelle est dans la Nuit ou la purgation des sens. Chap. X. De la manière de se comporter en cette Nuit obscure. Chap. XI. On donne le sens de trois vers du premier Cantique. Chap. XII. Des biens que la Nuit du sens apporte à l’âme. Chap. XIII. Des autres biens desquels la Nuit du sens est la cause. Chap. XIV. On donne l’éclaircissement du dernier vers du premier Cantique.

Chap. I. On parle de la seconde Nuit qui est la Nuit de l’esprit, et on remarque le temps où elle commence.

Saint Jean de la Croix LA NUIT OBSCURE DE L’ÂME. LIVRE SECOND.

Traduction par Jean Maillard. Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix, 1834, 2 (p. 261).

LIVRE SECOND, ou l’on traite de la purgation la plus intime, qui est la seconde nuit de l’esprit.

LIVRE SECOND,

Chap. II. De quelques imperfections de ceux qui avancent. Chap. III. Remarques nécessaires pour entendre les choses qui suivent. Chap. IV. On explique une seconde fois le premier Cantique. Chap. V. On fait voir en donnant la connaissance du premier vers, comment la contemplation obscure est la nuit et le tourment de l’âme. Chap. VI. Des autres peines que l’âme souffre en cette nuit. Chap. VII. On continue de traiter de la même matière, et des autres afflictions de la volonté. Chap. VIII. De quelques nouvelles souffrances de l’âme, tandis que cet état dure. Chap. IX. Comment cette nuit, quoiqu’elle obscurcisse l’esprit, une disposition nécessaire pour l’éclairer. Chap. X. On apporte une comparaison pour expliquer cette purgation. Chap. XI. On commence à donner l’interprétation du second vers du premier Cantique y et on prouve comment le grand amour qui s’allume dans l’âme, est le fruit de ses rigoureuses peines. Chap. XII. On montre que cette nuit horrible est le purgatoire de l’âme, et que comme la sagesse divine éclaire les anges dans le ciel, de même elle illumine les hommes sur la terre, pendant que cette nuit dure. Chap. XIII. Des autres effets que la Nuit de cette obscure contemplation opère en l’âme. Chap. XIV. On explique les trois derniers vers du premier Cantique. Chap. XV. Déclaration du second Cantique. Chap. XVI. On découvre en exposant le premier vers, comment l’âme marche sûrement dans cette obscurité. Chap. XVII. On fait connaître dans la déclaration du second vers, comment cette obscure contemplation est secrète. Chap. XVIII. De quelle manière cette sagesse secrète est aussi un degré par lequel l’âme monte vers Dieu. Chap. XIX. Explication des dix échelons de l’échelle mystique de l’amour divin. On commence par les cinq premiers. Chap. XX. Les effets des cinq derniers degrés de l’amour divin. Chap. XXI. On explique ces paroles, l’âme déguisée, et on met devant les yeux les différentes couleurs quelle prend, lorsque pendant cette Nuit obscure elle passe par plusieurs changemens. Chap. XXII. Explication du troisième vers du second Cantique. Chap. XXIII. On donne l’explication du quatrième vers, et on décrit l’admirable retraite de l’âme où le démon n’a nul accès, quoiqu’il entre en d’autres retraites plus sublimes. Chap. XXIV. Éclaircissement du dernier vers du second Cantique.

Chap. XXV. On expose en peu de mots le sens du troisième Cantique.

Saint Jean de la Croix Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix/La nuit obscure de l’âme-01 Traduction par Jean Maillard. Les Œuvres spirituelles du Bienheureux Jean de la Croix, 1834, 2 (p. 203-206).

CHAPITRE TROISIÈME.

Des imperfections communes aux commençans à l’égard du second péché capital, savoir, l’avarice, prise dans un sens spirituel.

Un grand nombre aussi de ceux qui commencent, sont infectés du poison de l’avarice spirituelle. À peine les verrez-vous jamais contens des dons de Dieu ; ils se désolent et se plaignent de ce qu’ils ne trouvent pas dans les choses spirituelles la consolation qu’ils désirent. Quelques-uns ne cessent de demander des avis, et ne se lassent jamais de recevoir des principes spirituels. Ils lisent tous les livres qui traitent de cette matière, et ils y mettent plus de temps qu’à faire le bien, n’ayant nul égard à la mortification et à la pauvreté d’esprit, à quoi néanmoins ils devraient s’étudier.

Plusieurs encore se chargent d’images et de croix, d’une grande propreté et d’un prix considérable. Tantôt ils quittent les unes et prennent les autres ; tantôt ils les changent et puis il les reprennent ; tantôt ils en veulent d’une façon, tantôt d’une autre ils aiment mieux celles-ci à cause de leur rareté et de leur valeur, que celles-là. Vous en verrez d’autres garnis d’Agnus Dei, de reliquaires, de médailles, comme des enfans à qui on pend au cou de petits grelots d’argent, ou d’autres bagatelles pour les amuser. Ce que je ne puis m’empêcher de désapprouver, à cause de l’attachement de cœur qu’ils ont pour ces choses, quoique bonnes d’elles-mêmes. En effet, elles sont opposées à la pauvreté spirituelle, qui regarde principalement la substance de la dévotion et les objets qui nous y portent, et qui néglige la multitude et la curiosité de ces choses extérieures ; surtout, parce que la véritable dévotion doit venir du cœur, et ne faire état que de la vérité et de la solidité des choses intérieures. Car le reste étant plein de propriété et de défauts, il est nécessaire d’en éteindre le désir, pour s’élever à la solide perfection. Certes j’ai connu une personne d’un bon sens et d’une grande prudence, qui a porté plus de dix ans une croix faite grossièrement du bois d’un rameau béni, à qui je l’ôtai pour l’en détacher. J’en ai vu une autre, qui se servait avec attache d’un rosaire fait d’os de poisson. Il est toutefois certain que leur dévotion n’a pas été de moindre valeur devant Dieu, puisque ce n’était ni l’art ni le prix de ces choses qui l’excitait en leur ame.

Or ceux qui vont par le droit chemin à la perfection, n’ont aucun penchant pour ces sortes d’instrumens ; ils n’en font point d’amas ; ils ne veulent savoir que ce qu’il faut pour agir saintement en toutes choses ; ils ne regardent, ils ne désirent que cela. Pour cette cause, ils distribuent aux autres ce qu’ils possèdent, et se font un vrai plaisir de se dépouiller de tout pour l’amour de Dieu et du prochain. Ils ne sont enfin animés que du désir d’acquérir la solide vertu, de plaire à Dieu à cause de lui-même, et de se déplaire à eux-mêmes à cause de leurs défauts.

L’ame ne peut cependant sortir de ces imperfections ni des autres vices, avant que Dieu l’ait mise dans la Nuit obscure dont nous parlerons pour la purifier. Il est pourtant nécessaire que l’ame s’efforce, autant qu’elle peut, de se purifier elle-même, afin qu’elle mérite en quelque façon de recevoir de Dieu la médecine, qui la guérisse de toutes les maladies spirituelles, auxquelles elle n’a pu elle-même apporter remède. Car quoiqu’elle travaille de toutes ses forces, elle ne pourra, par son industrie et par son activité, se purifier de telle sorte, qu’elle soit tant soit peu disposée et propre à l’union du parfait amour avec Dieu, s’il ne lui donne lui-même la main pour l’élever, et s’il ne la purge dans le feu qui paraît obscur à l’ame, de la manière que nous le dirons.

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