Première Apologie (page 4)
Or, cet esprit, cette puissance de Dieu, qu’était-ce autre chose que le Verbe lui-même, le premier-né de Dieu, celui qu’avait annoncé Moïse ? Voilà l’esprit qui est descendu sur la vierge, qui l’a couverte de son ombre, et l’a rendue mère sans qu’elle cessât d’être vierge. Le nom de Jésus signifie, en hébreu, comme en grec, Sauveur : aussi, l’ange dit-il à la vierge : « Et vous l’appellerez du nom de Jésus ; car il viendra pour sauver son peuple et le racheter de ses péchés. »
Vous êtes frappés de ces oracles ; mais quelle autre puissance qu’une vertu toute divine, enflamme et transporte ceux qui annoncent l’avenir ? Vous en convenez vous-mêmes avec nous.
XXXIV. Mais où devait naître le Christ ? Apprenez-le d’un autre prophète, le prophète Michée ; c’est ainsi qu’il s’exprime :
« Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les villes de Juda ; car de toi sortira le chef qui doit régner sur Israël, mon peuple. » Et n’est-ce pas, en effet, à Bethléem, petit bourg de la Judée, situé à trente stades de Jérusalem, que le Christ est né ? Vous pouvez facilement vous en convaincre : vous avez la liste du recensement fait par Cyrénius, le premier de vos gouverneurs en Judée.
XXXV. Le Christ, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, devait vivre ignoré des hommes, et toujours méconnu. Écoutez les oracles qui ont prédit ce fait ainsi qu’il est arrivé. Ces paroles d’Isaïe : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné ; il porte sur son épaule le signe de sa domination ! » ne signifient-elles pas que sa puissance a éclaté surtout par la croix à laquelle il fut attaché et qu’il porta sur ses épaules ? La suite de ce discours le fera voir encore plus clairement.
Le même prophète, toujours inspiré par l’Esprit saint, dit ailleurs :
« J’ai tendu mes mains vers un peuple incrédule, qui me méconnaît et qui marche dans une mauvaise voie : chaque jour ils invoquent la justice et osent défendre leur cause devant moi. » Le Christ se plaint ainsi, en d’autres termes, par la bouche d’un autre prophète : « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont jeté mes vêtements au sort. » Assurément, le prophète David, de qui sont ces dernières paroles, n’a rien souffert de semblable.
Elles ne peuvent s’entendre que de Jésus-Christ ; c’est lui qui étendit ses mains lorsque les Juifs le mirent en croix, s’obstinant à le méconnaître et à dire qu’il n’était pas le Christ. Ne l’ont-ils pas aussi, comme l’avait annoncé le prophète, placé sur un tribunal, lui disant avec dérision : « Jugez-nous ! »
Et dans ces mots : « Ils ont percé mes pieds et mes mains, » ne trouvez-vous pas l’histoire de ce qui est arrivé au Christ, lorsque les Juifs lui enfoncèrent des clous dans les pieds et dans les mains pour l’attacher à la croix ? Et quand ils l’eurent crucifié, n’ont-ils pas tiré ses vêtements au sort, ne les ont-ils pas partagés entre eux ? Voilà des faits dont vous pouvez encore vous convaincre par vous-mêmes, puisque vous avez la relation envoyée par Ponce-Pilate de tout ce qui s’est passé.
Citons encore les paroles du prophète Sophonie, qui annonce si clairement que le Christ devait entrer dans Jérusalem monté sur un ânon. C’est ainsi qu’il s’exprime : « Tressaille d’allégresse, fille de Sion, pousse des cris de joie, fille de Jérusalem, voilà que ton roi vient vers toi plein de douceur, sur une ânesse et sur le fils de l’ânesse. »
XXXVI. Quand vous entendrez citer les paroles des prophètes comme venant d’une personne, sachez que la personne qui parle n’est pas le prophète qui était inspiré, mais le Verbe divin, d’où lui venait l’inspiration. Tantôt il dévoile lui-même l’avenir d’une manière prophétique. Tantôt, c’est Dieu le père, l’arbitre souverain de toutes choses, qu’il fait parler ; tantôt c’est la personne du Christ. Souvent ce sont les peuples qui répondent à ce maître ou à son père. Vous trouvez cette forme dramatique dans vos auteurs. La même personne qui écrit met souvent ses personnages en scène et les fait parler entre eux. Et voilà ce que n’ont pas compris les Juifs, qui cependant ont les livres des prophètes entre les mains ; dès lors ils ont méconnu le Christ quand il a paru ; et aujourd’hui ils nous persécutent, parce que nous leur disons qu’il est venu et que nous leur prouvons que c’est par eux qu’il a été crucifié, ainsi que les prophètes l’avaient annoncé.
XXXVII. Mais donnons des exemples qui éclaircissent ce que nous venons de dire. Dans le passage suivant, c’est Dieu le père qui parle par la bouche du prophète Isaïe : « Le taureau connaît son maître, l’âne son étable. Israël m’a méconnu, mon peuple est sans intelligence. Malheur à la nation perverse, au peuple chargé de crimes, à la race d’iniquités, aux enfants corrupteurs ! Ils ont abandonné l’Éternel, ils ont blasphémé le saint d’Israël, ils se sont éloignés de lui. » Et dans un autre endroit, c’est encore Dieu le père qui parle par le même prophète : « Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. Quel palais pouvez-vous me bâtir ? Quel est le lieu de mon repos ? » Et ailleurs : « J’ai en horreur vos calendes et vos solennités ; elles me sont insupportables, je suis las de les souffrir. Lorsque vous tendrez les mains vers moi, je détournerai les yeux, vous redoublerez vos prières, et je n’écouterai point ; car vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous ; faites disparaître de devant mes yeux la malice de vos pensées, aimez la justice, relevez l’opprimé, purifiez l’orphelin, défendez la veuve. » Ces exemples vous montrent quel est le langage du père nous instruisant par les prophètes.
XXXVIII. Ici c’est le Christ que l’esprit prophétique fait parler : « J’ai tendu les bras pendant tout le jour vers un peuple incrédule qui me méconnaît et marche dans une mauvaise voie. » Et ailleurs : « J’ai présenté mon corps aux fouets et mes joues aux soufflets : ma face a été couverte de crachats ; cependant mon Seigneur est venu à mon aide. Voilà pourquoi je n’ai pas éprouvé de confusion, je me suis présenté aux soufflets immobile comme un rocher, et j’ai vu que je n’étais pas abandonné, parce que celui qui me soutient est avec moi. » Et encore, dans ce passage du roi-prophète : « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils se sont partagé mes vêtements, ils ont tiré ma robe au sort. Je me suis endormi, j’ai été plongé dans un sommeil profond et je me suis réveillé, parce que le Seigneur est mon appui. » Et enfin lorsqu’il dit : « Tous ceux qui me voient m’insultent ; le mépris sur les lèvres, ils ont secoué la tête en disant : Il a mis son espoir en Dieu, que Dieu le délivre ! » N’est-ce pas, en effet, ce qui est arrivé au Christ, de la part des Juifs, ainsi que vous pouvez vous en convaincre ? Quand ils l’eurent crucifié, leurs lèvres n’ont-elles pas exprimé le mépris, n’ont-ils pas secoué la tête en disant : « Puisqu’il a le pouvoir de ressusciter les morts, qu’il se délivre lui même ? »
XXXIX. Est-ce l’esprit prophétique qui parle pour annoncer l’avenir, voici son langage : « La loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur, de Jérusalem. Et le Seigneur jugera les nations, il accusera la multitude des peuples ; alors ils changeront leurs épées en instruments de labour, leur lances en faucilles, les nations ne lèveront plus le fer contre les nations. On ne les verra plus s’exercer aux combats. »
Il est facile de vous montrer comme la prophétie s’est accomplie. Les douze apôtres, hommes sans lettres et sans éloquence, partent de Jérusalem pour annoncer l’Évangile au monde. Soutenus par la force d’en-haut, ils se disent les envoyés du Christ, chargés de prêcher à tous les hommes la parole de Dieu. Et à leurs voix, les armes que nous tournions sans cesse les uns contre les autres tombent de nos mains. Non-seulement nous ne sommes plus en guerre avec nos ennemis, mais nous préférons mourir en confessant le Christ, plutôt que de dissimuler la vérité et de tromper ceux qui nous interrogent.
Nous pourrions prendre comme vous, pour maxime et pour règle de notre conduite, ces paroles d’un de nos poëtes : « La langue a juré, et non pas le cœur ; » mais nous ne le ferons jamais. Eh quoi ! les soldats dont vous exigez le serment sacrifieraient père, mère, parents, patrie, leur vie même, plutôt que de trahir la foi jurée : et, cependant, qu’ont-ils à espérer de vous en échange, sinon des biens périssables ? Et nous qui aspirons après une vie incorruptible, nous ne braverions pas tous les maux pour arriver à l’éternel bonheur, et l’obtenir de celui qui peut seul combler tous nos vœux ? Quelle serait donc notre folie !
XL. Écoutez maintenant comment les divins oracles ont annoncé ceux qui devaient prêcher la doctrine du Christ et faire connaître au monde son arrivée. C’est ainsi que l’Esprit saint fait parler le roi-prophète : « Le jour parle au jour et la nuit à la nuit : il n’est point de discours, point de langage dans lequel on n’entende cette voix. Son éclat s’est répandu dans tout l’univers. Il a retenti jusqu’aux extrémités de la terre. Dieu a placé le pavillon du soleil au milieu des cieux. Semblable à un nouvel époux qui sort de son lit nuptial, cet astre s’élance comme un géant dans la carrière. »
Il importe à notre sujet de rappeler ici d’autres oracles du même prophète. Vous verrez quelle pureté de vie exige de nous l’Esprit saint ; comme il raconte d’avance la ligue d’Hérode, roi des Juifs, et des Juifs eux-mêmes, avec Pilate, votre gouverneur et ses soldats, pour perdre Jésus ; comme il prédit la conversion des gentils, qui doivent venir à lui de toutes parts ; comme Dieu le père le proclame son fils et promet de mettre à ses pieds tous ses ennemis ; comme les démons tentent un dernier effort pour se soustraire à la puissance du Dieu créateur et à celle de son Christ ; enfin comme Dieu appelle tous les hommes à la pénitence avant que le jour du jugement arrive. Voici les paroles mêmes de ces divins oracles : « Heureux l’homme qui n’est pas entré dans le conseil de l’impie, qui ne s’est pas arrêté dans la voie des pécheurs et qui ne s’est point assis dans la chaire de dérision, mais qui repose son amour dans la loi du Seigneur et qui la médite le jour et la nuit. Il sera comme l’arbre planté sur les bords d’un ruisseau qui donne des fruits en son temps. Son feuillage est toujours vert. L’homme juste réussit dans tout ce qu’il entreprend. Il n’en sera pas ainsi des impies ; ils seront devant le Seigneur comme la poussière que le vent balaye sur la terre. Ils ne se lèveront pas au jour du jugement, ni les pécheurs, dans l’assemblée des justes ; car Dieu connaît les sentiers du juste, et la voie de l’impie conduit à la mort. Pourquoi les nations ont-elles frémi et pourquoi les peuples ont-ils médité de vains complots ? Les rois de la terre se sont levés et les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ. Brisons leurs liens, ont-ils dit, et secouons leur joug. Mais celui qui habite dans le ciel se rira d’eux ; le Seigneur insultera à leurs efforts ; alors il leur parlera dans sa colère, il les confondra dans sa fureur. C’est lui qui m’a remis le sceptre, qui m’a établi roi sur la montagne de Sion où je prêche sa loi sainte. Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils, je t’ai engendré : aujourd’hui, demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage et la terre pour empire. Tu gouverneras les peuples avec une verge de fer ; tu les briseras comme un vase d’argile. Maintenant, ô rois, comprenez ! Instruisez-vous, vous tous qui jugez la terre ! Servez le Seigneur avec crainte, réjouissez-vous en lui, embrassez sa loi, de peur que le Seigneur ne s’irrite et que vous ne périssiez dans votre voie, quand sa colère s’allumera soudain. Heureux tous ceux qui ont mis leurs espérances dans le Seigneur ! »
XLI. Dans une autre prophétie, l’Esprit saint prédit encore par David le règne du Christ sur la terre, après sa mort sur la croix : « Chantez à Jéhovah un nouveau cantique ; que toute la terre entonne des hymnes à Jéhovah ! Annoncez de jour en jour que notre salut vient de lui ; il est grand, il est digne de toutes nos louanges, il est terrible par-dessus tous les dieux ; tous les dieux de la terre sont les simulacres des démons. Mais Jéhovah a fait les cieux ; la gloire et la majesté marchent devant lui ; la force et la grandeur sont dans son sanctuaire. Apportez à Jéhovah la gloire due à son nom ; recevez de lui la grâce, marchez en sa présence, courbez-vous devant Jéhovah dans la splendeur de son sanctuaire ; que toute la terre tremble devant lui, qu’elle marche dans la voie de la justice, elle prospérera, elle ne sera point ébranlée ; que les nations se réjouissent, le Seigneur a régné par la croix. »
XLII. D’autres fois l’esprit prophétique parle des choses à venir comme d’événements déjà arrivés, ainsi que vous l’avez pu voir par tous ces passages que nous venons de citer. Mais il ne faut laisser à cet égard aucun doute, aucune excuse. Est-il surprenant que Dieu, connaissant l’avenir, en parle comme s’il était déjà passé ? Pour vous convaincre que c’est dans ce sens qu’il faut entendre ces oracles, remarquez que David qui les a prononcés vivait plus de mille ans avant que Jésus-Christ se fît homme et fût crucifié. Or, ni avant ni après lui, aucun homme mis en croix n’a apporté la paix aux nations. Jésus-Christ seul, après avoir été crucifié et mis à mort, est ressuscité, est monté aux cieux, a régné ; lui seul, par la doctrine que ses apôtres ont prêchée en son nom à toutes les nations, est devenu la joie de ceux qui attendent cette vie incorruptible que lui-même a promise.
XLIII. Mais parce que nous disons que tout a été connu et prédit d’avance, n’allez pas croire que nous pensions que tout est soumis aux lois d’une fatale nécessité. Détruisons cette erreur. Les prophètes nous ont appris que des châtiments ou des récompenses nous sont réservés, selon nos œuvres ; c’est une vérité que nous professons. S’il en est autrement, si tout est soumis aux lois d’une aveugle nécessité, dès lors il n’y a plus de liberté dans l’homme ; s’il est bon ou mauvais, parce qu’ainsi le veut le destin, il n’est ni louable ni répréhensible ; s’il n’a pas la faculté de choisir entre le bien et le mal, quoi qu’il fasse, il est sans crime. Mais c’est librement que l’homme embrasse la vertu, c’est librement qu’il se plonge dans le vice, et voici comme nous le démontrons. Ne voyons-nous pas le même homme passer successivement du vice à la vertu, de la vertu au vice ? Or, s’il était arrêté par le destin qu’il est nécessairement bon ou mauvais, serait-il capable des contraires, changerait-il si souvent ? Disons mieux, il n’y aurait plus ni bons ni méchants ; car de deux chose l’une, ou il faudrait tout rejeter sur le destin et le reconnaître seul auteur de toutes ces contradictions, ou dire qu’il n’y a ni vice ni vertu, que le bien et le mal ne sont qu’une affaire d’opinion, système, comme la saine raison le démontre, le plus impie et le plus absurde. Il n’est à nos yeux qu’une seule destinée inévitable, c’est que ceux qui choisissent la vertu recevront la récompense qu’ils méritent et ceux qui préfèrent le vice auront également le salaire qui leur est dû. Dieu n’a pas créé l’homme semblable aux plantes, ni aux bêtes qui sont incapables de choisir et de se déterminer librement. Je le répète l’homme, ne serait digne ni d’éloge ni de récompense s’il faisait le bien, non de son plein gré, mais par une suite nécessaire de sa nature ; il ne mériterait pas non plus d’être puni s’il faisait le mal, puisqu’il ne serait pas méchant par choix et qu’il ne pourrait réformer le caractère qu’il apporte en naissant.
XLIV. Mais nous savons de l’Esprit saint même qui animait les prophètes que l’homme est libre ; il nous apprend par Moïse que Dieu parla en ces termes au premier homme, après l’avoir créé : « J’ai mis devant toi le bien et le mal, choisis donc le bien. » C’est dans ce sens que le prophète Isaïe a dit, au nom du souverain maître et créateur de toutes choses : « Lavez-vous, purifiez-vous ; faites disparaître de devant mes yeux la malice de vos pensées, apprenez à faire le bien, aimez la justice, relevez l’opprimé, protégez l’orphelin, défendez la veuve, et venez et accusez-moi, dit le Seigneur, si vos péchés aussi rouges que l’écarlate et le vermillon ne deviennent comme la neige et la toison la plus blanche. Ô Sion, si tu écoutes ma voix, tu jouiras des fruits de la terre ; si tu es indocile et rebelle, mon glaive te dévorera, car le Seigneur a parlé. » Remarquez ces mots : « Mon glaive te dévorera. » Ils ne signifient pas que celui qui refuse d’obéir périra par le fer. Le glaive de Dieu est ici comparé à un feu dont devient la proie tout homme qui se porte volontairement au mal. S’il s’agissait ici d’un glaive qui frappe et qui rentre ensuite dans le fourreau, Dieu n’aurait pas employé cette expression : « qui te dévorera. » Cette pensée de Platon : « La faute est à celui qui se détermine par un libre choix, et non pas à Dieu, » est évidemment empruntée à Moïse ; et d’ailleurs, où vos poëtes, où vos philosophes ont-ils pris tout ce qu’ils ont dit d’une âme immortelle, d’un jugement après la mort, des choses célestes et d’autres dogmes semblables, sinon dans les livres des prophètes ? Voilà la source où ils ont puisé toutes ces grandes idées qu’ils ont après reproduites à leur manière.
De là vient que vous rencontrez chez tous quelques germes de vérité, bien imparfaits sans doute, témoins leurs étranges contradictions avec eux-mêmes. Mais affirmer, comme nous le faisons, que les choses futures ont été prédites, ce n’est pas dire qu’elles arrivent nécessairement. Quelle est la conduite de Dieu ? Comme il sait d’avance ce que nous devons faire, et qu’il a établi pour tous, dans ses décrets, des peines et des récompenses selon leurs œuvres, il fait annoncer l’avenir par ses prophètes, pour forcer l’homme à réfléchir, à se souvenir de son Dieu ; pour lui prouver que ce Dieu s’occupe de lui, et que sa Providence ne le perd jamais de vue.
Mais que n’ont pas fait les démons de leur côté ? Reconnaissez l’œuvre de ces mauvais génies dans la peine de mort portée contre ceux qui lisent les livres d’Hystaspe, ou de la sibylle ou des prophètes. Ils ont voulu, par la crainte, empêcher les hommes d’arriver à la vérité et les retenir sous leur joug.
Mais ils n’ont pu faire que cette terreur durât toujours. Non-seulement nous lisons hardiment ces livres, mais nous osons encore, ainsi que vous le voyez, les produire à vos regards et vous inviter à les lire, persuadés comme nous le sommes que vous les lirez vous-mêmes avec plaisir ; et quand nous ne pourrions amener à la vérité qu’un petit nombre d’entre vous, ce serait pour nous un gain immense. Ouvriers laborieux, nous sommes sûrs de recevoir du maître le salaire promis.
XLV. Comme le Dieu créateur avait arrêté dans ses décrets que le Christ, après sa résurrection, remonterait au ciel et qu’il y demeurerait jusqu’à ce qu’il eût vaincu les démons, ses ennemis, et completté le nombre des élus, c’est-à-dire des hommes vertueux que lui seul connaît, et en faveur desquels il ne fait pas encore de ce monde la proie des flammes, il importe de savoir comment il avait annoncé ces événements. Écoutez, à ce sujet, les autres paroles du prophète David :
« Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marche-pied. L’Éternel va faire sortir de Sion le sceptre de votre autorité. Vous établirez votre empire au milieu de vos ennemis ; les peuples vous obéiront au jour de votre force, au milieu de la splendeur de vos saints : je vous ai engendré avant l’aurore. »
Ces paroles : « L’Éternel fera sortir de Sion le sceptre de votre autorité, » ne montrent-elles pas d’avance la force de la doctrine du Christ, que les douze apôtres partis de Jérusalem ont portée par toute la terre ; et bien que la peine de mort soit décrétée et publiée contre ceux qui enseignent et qui professent le nom de Jésus, partout nous embrassons, partout nous prêchons sa loi. Si vous lisez ce discours avec des dispositions ennemies, vous ne pouvez qu’une seule chose, ainsi que nous vous l’avons déjà dit, c’est de nous tuer ; mais votre violence ne peut nous nuire. Elle n’est funeste qu’à vous et à tous ceux qui comme vous s’abandonnent à une haine injuste et ne font pas pénitence ; elle vous prépare les supplices d’un feu éternel.
XLVI. Que certaines personnes, faute de réfléchir, ne viennent pas détourner nos paroles de leur véritable sens, et nous dire :
« Vous enseignez que le Christ est né il y a cent cinquante ans, sous le gouverneur Cyrénius, qu’il a prêché sa doctrine à l’époque de Ponce-Pilate ; mais ceux qui ont vécu avant lui peuvent-ils être coupables, puisqu’ils n’ont pu le connaître ? » Toute notre réponse à cette difficulté, la voici : Nous avons appris et nous enseignons que Jésus-Christ est le premier-né de Dieu et la raison éternelle à laquelle tout le genre humain participe. Que suit-il de là ? c’est que tous ceux qui ont vécu conformément à la raison sont Chrétiens, bien qu’on les avait regardés comme des athées ; tels ont été, parmi les Grecs, Socrate et Héraclite, et parmi ceux que vous appelez barbares, Abraham, Ananias, Azarias, Misaël, et un grand nombre d’autres dont il est inutile de rappeler les noms et les œuvres, cette énumération nous conduirait trop loin ; c’est qu’avant Jésus-Christ ceux qui ont vécu sans prendre la raison pour guide étaient les méchants, les ennemis du Christ, les meurtriers des gens de bien. Mais tous ceux qui ont vécu et qui vivent encore de cette vie toute de raison sont véritablement Chrétiens, sans crainte comme sans trouble sur leur salut. D’après tout ce que nous venons de dire, on voit clairement, avec du bon sens, que, suivant la volonté de Dieu le père, le Verbe, par la vertu de l’Esprit saint, ainsi que les prophètes l’avaient annoncé, est né d’une vierge, a été nommé Jésus, est ressuscité et monté au ciel après être mort sur une croix. De nouvelles preuves ne seraient donc plus ici nécessaires. Passons à d’autres points qu’il importe également de démontrer.
XLVII. Toute la terre de Judée devait être un jour désolée. Voici comme l’Esprit saint annonce cette désolation. Il fait parler les peuples étonnés de tout ce qu’ils voient :