Dialogue avec Tryphon (page 2)
— Lors même qu’elle est enfermée sous cette enveloppe matérielle, lui répondis-je, elle peut déjà embrasser Dieu par la pensée ; mais c’est surtout quand elle sera délivrée de sa prison et rendue à toute sa liberté, qu’elle jouira complettement et pour toujours de l’objet aimé.
— Rentrée dans l’homme, se souvient-elle de ce qu’elle a vu ?
— Je ne le pense pas.
— À quoi lui sert-il donc d’avoir vu Dieu ? Quel avantage a-t-elle sur l’âme qui ne l’a pas vu, si elle ne se souvient même pas d’avoir vu ?
— Je ne saurais ici vous répondre.
— Mais quelles peines souffrent les âmes qui ne sont pas jugées dignes de voir Dieu ?
— Elles sont enfermées dans le corps de quelques bêtes comme dans une prison. Tel est leur châtiment.
— Mais savent-elles pour quelle raison on les enferme dans ces nouveaux corps, leur a-t-on dit que c’était pour les fautes qu’elles avaient commises ?
— Je ne pense pas qu’elles le sachent.
— Alors le châtiment me paraît inutile ; je pourrais même dire qu’elles ne sont pas punies, si elles ne savent pas que c’est ici un châtiment ?
— Non, sans doute.
— Ainsi donc ces âmes ne voient point Dieu ; elles ne passent pas non plus dans d’autres corps, car si elles y étaient envoyées elles sauraient que c’est une punition, et elles craindraient désormais de commettre la plus légère faute. Ce que vous dites d’ailleurs qu’elles ont l’idée de Dieu, qu’elles savent qu’il est beau de pratiquer la justice, la piété, je l’admets avec vous.
— Vous avez raison, lui dis-je.
V. — Ainsi, ces grands philosophes, reprit le vieillard, ne sauraient répondre à ces diverses questions, ni même dire ce que c’est que l’âme ?
— Cela est vrai.
— On ne peut pas dire qu’elle soit immortelle de sa nature, autrement elle serait incréée.
— Quelques disciples de Platon la croient immortelle et incréée.
— Mais ne dites-vous pas que le monde lui-même est éternel ?
— Quelques-uns le prétendent. Pour moi, je ne suis pas de leur avis.
— Et vous faites bien ; car quelle raison de croire que ce corps dur, solide, compacte, qui change, périt, renaît tous les jours, n’a pas reçu l’existence de quelque cause ? Mais si le monde est créé, il faut bien que les âmes le soient également, et puissent cesser d’être. Si vous dites qu’elles ont été créées à part des corps et non avec eux, vous conviendrez du moins qu’elles ont été faites pour eux.
— Cela me paraît juste.
— Dès lors elles ne sont pas immortelles de leur nature.
— Non, si nous admettons que le monde a été créé.
— Ce n’est pas, reprit le vieillard, que je prétende qu’une seule âme périsse, car tout l’avantage serait pour les méchants. Que vous dirai-je ? Les âmes des justes sont appelées à une meilleure vie, et celles des méchants envoyées dans un lieu de souffrances, où elles attendent le jour du jugement. Celles que Dieu juge dignes de le voir, ne meurent point, et les autres sont punies aussi longtemps qu’il plaît à Dieu qu’elles vivent et qu’elles soient punies.
— Ce que vous dites, lui répondis-je, n’est-ce pas ce qu’enseigne Platon d’une manière assez obscure au sujet du monde qu’il dit sujet à la corruption, parce qu’il est créé ; mais qui, cependant, ne doit ni se dissoudre ni périr, parce que la volonté de Dieu s’y oppose ? Voilà je pense ce que vous voulez faire entendre au sujet de l’âme, et en général des autres êtres. Tout ce qui est et sera jamais après Dieu est corruptible de sa nature, et partant peut être détruit et anéanti. Dieu seul est incréé, incorruptible : c’est par là même qu’il est Dieu ; ce qui vient après lui est créé, et par là même périssable : c’est pour cela que des âmes peuvent être punies et mourir. Incréées, elles ne pécheraient point, elles ne donneraient dans aucun excès de folie, elles ne seraient ni lâches ni féroces, elles ne se décideraient point à entrer dans le corps des pourceaux, des serpents, des chiens, et il ne serait pas possible de les y contraindre par-là même qu’elles seraient incréées. Supposez deux êtres incréés, ils sont nécessairement semblables, égaux, ou plutôt ils ne font qu’un ; l’un ne surpasse point l’autre en pouvoir ou en dignité : d’où je conclus qu’il n’existe pas plusieurs êtres incréés ; car, s’il y avait entre eux la moindre différence, toutes les recherches possibles ne pourraient vous en faire découvrir la cause ; votre pensée se perdrait dans l’infini, vous reviendriez après bien des peines inutiles vous rattacher à un seul être incréé, et le reconnaître comme la cause de tous les autres êtres.
Croyez-vous, ajoutai-je, que Platon, Pythagore, qui sont pour nous comme les remparts de la philosophie, aient ignoré tout ce que nous venons de dire ?
VI. — Peu m’importe, reprit le vieillard, et Platon et Pythagore, et tous ceux qui partagent leurs idées. Voici la vérité qu’ils n’ont pas comprise et que vous comprendrez facilement. Ou l’âme est la vie même, ou seulement elle la reçoit. Si elle est la vie, elle doit la communiquer à un autre objet qu’à elle-même, comme le mouvement qui ne se renferme pas en lui, mais se communique au dehors. Que l’âme vive, personne ne le nie ; mais si elle vit, ce n’est pas parce qu’elle est la vie, c’est seulement parce qu’elle y participe. Or, il y a une grande différence entre participer à une chose et être la chose elle-même. L’âme participe à la vie uniquement parce que Dieu veut qu’elle vive, et si Dieu cessait de le vouloir, elle cesserait d’exister, car la vie n’appartient pas en propre à l’âme comme elle appartient à Dieu. Qui ne sait pas que l’homme n’existe pas toujours, que l’âme n’est pas toujours unie au corps, qu’elle l’abandonne quand leur union doit cesser, et qu’alors l’homme n’est plus ? Eh bien ! de même si Dieu veut que l’âme finisse, le souffle vital se retire d’elle, elle s’éteint, elle retombe dans le néant d’où elle est sortie.
VII. — Mais, repris-je, à quels maîtres recourir, quel appui réclamer pour nous soutenir, si ces grands génies eux-mêmes ont ignoré la vérité.
Il me répondit : — À une époque fort éloignée de la nôtre, bien avant tous vos philosophes vivaient des hommes justes, saints, agréables à Dieu, remplis de son esprit. Inspirés d’en haut, ils annoncèrent tous les événements que nous voyons s’accomplir sous nos yeux. Ces hommes, ce sont les prophètes. Seuls ils ont connu la vérité et l’ont fait connaître. Étrangers à la crainte, exempts de vanité, mais remplis de l’esprit de Dieu, ils publiaient ce qu’ils avaient vu et entendu. Leurs écrits existent encore. Ceux qui les lisent attentivement et sans prévention comprennent le principe et la fin de toutes choses, et savent bientôt tout ce que doit savoir un véritable philosophe. Ils ne discutaient pas quand il fallait parler. Ils étaient les témoins de la vérité, et combien leur témoignage est supérieur à tous les raisonnements ! Les événements passés et ceux qui arrivent tous les jours nous forcent impérieusement de croire à leurs paroles. Ils célébraient la gloire de Dieu le père, le souverain arbitre de l’univers. Ils annonçaient aux hommes celui que Dieu nous a envoyé, c’est-à-dire le Christ, son fils. Vous ne trouvez rien de semblable chez ces faux prophètes, que remplit l’esprit impur, l’esprit de mensonge. Ils cherchent à éblouir par des prestiges, et ne célèbrent que l’esprit d’erreur qui les animait, je veux dire le démon. Mais, avant tout, demandez que les portes de la lumière s’ouvrent pour vous. Qui peut voir et comprendre, si Dieu et son Christ ne lui donnent l’intelligence ?
VIII. Ainsi me parla le vieillard. Il me dit encore beaucoup d’autres choses qu’il est inutile de rapporter ici, et disparut en me recommandant de méditer ses paroles. Je ne l’ai pas revu depuis, mais un feu secret me dévorait ; je brûlais du désir de connaître les prophètes et les hommes divins amis du Christ. En repassant dans mon esprit tout ce que m’avait dit le vieillard, je pensais que là devait se trouver la seule philosophie utile et certaine. Vous savez maintenant comment et pourquoi je suis philosophe. Je n’ai plus qu’un désir, c’est de voir tous les hommes entrer dans la même voie et ne pas s’éloigner de la doctrine du Sauveur. En elle respire je ne sais quelle majesté terrible, bien capable d’effrayer les hommes qui ont abandonné le droit chemin. Ceux qui méditent cette doctrine y trouvent au contraire le plus délicieux repos. Si vous vous intéressez à vous-mêmes, si avec le désir du salut, vous avez confiance au Dieu qui veut vous le procurer, venez vous instruire à l’école du Christ, faites-vous initier à ses mystères et vous pourrez connaître le bonheur.
À ces mots, les compagnons de Tryphon poussèrent un grand éclat de rire. Pour lui, il me dit en souriant : — J’applaudis au motif qui vous anime, au zèle tout divin qui vous embrâse ; mais il eût mieux valu rester disciple de Platon ou d’un autre philosophe, et vous appliquer à acquérir la constance, l’empire sur les passions, la sagesse, que de vous laisser prendre à tout ce faux langage et de vous attacher à des hommes méprisables. En demeurant fidèle à vos principes et vivant sans reproche, vous conserviez l’espoir d’une vie meilleure. Mais, quand vous abandonnez Dieu pour croire à la parole d’un homme, quel espoir de salut peut vous rester ? Si vous voulez m’en croire, car je vous regarde déjà comme un ami, faites-vous d’abord circoncire, puis observez le sabbat, les fêtes, les nouvelles lunes comme la loi le prescrit ; en un mot, faites tout ce qu’elle commande, peut-être alors trouverez-vous grâce devant le Seigneur. Si le Christ est né et demeure quelque part, il est inconnu, il ne se connaît pas lui-même et n’a aucun moyen de se faire connaître. Il faut d’abord que le prophète Élie vienne lui donner l’onction sainte et le révèle à la terre. Sur de vains bruits, vous avez rêvé un Christ qui n’est que dans votre imagination, et dupe de vous-même, vous courez aveuglément à votre perte.
IX. — Puisse le Seigneur vous le pardonner et vous faire grâce, ô Tryphon ! Vous blasphémez ici ce que vous ignorez. Vous croyez sur parole vos docteurs qui n’entendent pas les Écritures, et trompé par leurs fausses interprétations, vous dites au hasard tout ce qui vous vient à l’esprit. Si vous le voulez, je vous montrerai que ce n’est pas nous qui sommes dans l’erreur. Vous comprendrez que rien n’est capable de nous empêcher de confesser le Christ ; non, quand le tyran le plus farouche nous le défendrait, quand nous aurions à redouter tous les genres d’outrage. Je vous ferai voir que notre foi repose, non sur de vaines fables, sur des discours dépourvus de raison, mais sur une parole toute divine, pleine de force, riche de grâce.
Les compagnons de Tryphon recommencèrent leurs éclats de rire et poussèrent des cris indécents. Alors je me levai pour m’en aller. Mais Tryphon m’arrêta en me retenant par mon manteau, et me dit qu’il ne me laisserait point sortir que je n’eusse acquitté ma promesse.
— Que vos compagnons cessent donc leur bruit, lui répondis-je, et se comportent autrement : s’ils veulent nous entendre, qu’ils se taisent ; ou si quelque objet plus intéressant les appelle autre part, qu’ils nous laissent. Pour nous, mettons-nous un peu à l’écart et poursuivons en repos notre discussion.
Tryphon accepte la proposition, et nous fûmes d’avis de nous retirer au milieu du stade qui se trouvait dans le Xiste. Deux de ses compagnons se moquèrent de nous et, après quelques plaisanteries sur le zèle qui nous enflammait, ils s’en allèrent. Quand nous fûmes arrivés dans l’endroit où se trouvent deux rangs de siéges en pierre, les amis de Tryphon qui s’étaient assis d’un côté s’entretinrent quelques instants de la dernière guerre de Judée, sur laquelle l’un d’eux avait amené la conversation.
X. Lorsqu’ils eurent fini, je pris la parole en ces termes :
— Mes amis, que nous reprochez-vous ? Est-ce de ne pas vivre selon la loi, de ne pas nous soumettre à la circoncision, ainsi que le faisaient vos pères ; de ne point observer comme vous le jour du sabbat ? ou bien croyez-vous les odieuses calomnies répandues parmi vous contre les mœurs et les habitudes des Chrétiens ; et, s’il faut ici les rappeler, nous aurait-on peints à vos yeux comme des hommes qui mangent de la chair humaine, qui, le repas fini et les lumières éteintes, se livrent aux plus infâmes débauches ; ou bien, enfin, nous condamnez-vous seulement parce que nous suivons la religion du Christ, parce que nous professons une doctrine qui ne vous semble pas la vérité ?
— Oui, reprit Tryphon, ce que vous venez de dire en dernier lieu est la seule chose qui nous étonne ; pour les discours de la multitude, ils ne méritent pas d’être répétés et répugnent trop à la nature. Je trouve, au contraire, dans le livre que vous appelez Évangile, de très-beaux préceptes de morale, mais si élevés et si sublimes, que je les crois impraticables ; car j’ai eu la curiosité de lire ce livre. Mais n’est-il pas étonnant que des hommes qui se piquent de piété, qui prétendent par là se distinguer des autres, n’en diffèrent en aucune manière et ne vivent pas mieux que les gentils ? En effet, vous n’observez ni les fêtes, ni le sabbat, ni la circoncision ; vous placez votre espérance dans un crucifié, vous ne suivez aucun des préceptes du Seigneur, et vous osez attendre de lui des récompenses ! Ne lisez-vous pas dans le Testament qu’il nous a donné, que tout homme qui n’aura pas été circoncis le huitième jour périra d’entre son peuple ? La loi comprend jusqu’aux étrangers qui vivent parmi nous, jusqu’aux esclaves que l’on achette. Vous ne tenez compte ni du Testament, ni de ses conséquences ! Comment donc nous persuaderez-vous que vous connaissez Dieu, lorsque vous ne faites rien de ce qu’on voit faire à tous ceux qui le craignent ? Montrez-nous, si vous le pouvez, sur quoi se fonde votre espoir quand vous transgressez sa loi ; donnez-nous une raison qui nous satisfasse : alors nous vous écouterons très-volontiers, et c’est avec le même plaisir que nous discuterons tout le reste avec vous.
XI. Je repris en ces termes : Le seul Dieu véritable, Tryphon, celui qui a toujours été et qui sera toujours, c’est l’auteur de cet univers et du bel ordre qu’on y admire. Nous n’avons pas un autre Dieu que le vôtre, nous adorons avec vous celui dont la main puissante a tiré vos pères de la terre d’Égypte ; c’est en lui que nous espérons comme vous, car il n’y en a point d’autre : c’est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; mais ce n’est ni par Moïse, ni par la loi que nous espérons en lui ; car alors nous serions ce que vous êtes. J’ai lu dans les Écritures que Dieu devait donner une nouvelle loi, un autre Testament qui ne serait jamais aboli ; c’est cette loi, c’est ce Testament que doivent désormais observer ceux qui veulent avoir part à l’héritage céleste. La loi donnée sur le mont Horeb est ancienne, elle était pour vous seuls ; la nouvelle est pour tous les peuples. Substituée à la première, elle l’abroge entièrement, comme le Testament nouveau abolit celui qui le précède. Cette loi tout à la fois éternelle et nouvelle, cet autre Testament qui doit toujours durer, après lequel il n’y a plus ni loi, ni précepte qui oblige, c’est le Christ. N’avez-vous jamais lu ces paroles d’Isaïe : « Écoutez, ô mon peuple, et vous rois de la terre, prêtez l’oreille à ma voix : la loi sortira de ma bouche, ma justice éclairera les peuples ; le juste approche, le Sauveur s’avance, les nations espéreront en moi. » Voilà pour la loi. C’est ainsi que le Seigneur parle du Testament par la bouche de Jérémie : « Voici que les jours viennent, je donnerai un Testament nouveau à la maison d’Israël et à celle de Juda ; ce n’est plus celui que j’avais donné à leurs pères, lorsque je les pris par la main pour les tirer de la terre d’Égypte. »
Puisque Dieu avait annoncé qu’il donnerait un Testament nouveau, et que ce Testament serait la lumière des nations ; puisque nous voyons les peuples, au nom de Jésus crucifié, abandonner les idoles et toutes les autres voies iniques pour venir au vrai Dieu ; puisque rien, pas même l’aspect de la mort, ne peut les détacher de son culte et les empêcher de confesser son nom, n’avez-vous pas une preuve certaine, d’après les œuvres et les miracles qui s’opèrent, que la nouvelle loi, le nouveau Testament, l’espérance de ceux qui, parmi les nations attendent l’héritage promis, c’est Jésus-Christ lui-même ? Nous sommes aujourd’hui la race spirituelle et véritable d’Israël, de Juda, de Jacob, d’Isaac et d’Abraham qui reçut de Dieu la circoncision, en témoignage de sa foi, qui fut béni et appelé le père d’un grand nombre de nations. Oui, dis-je, nous formons la race sainte qui lui fut promise, nous qui n’avons connu le vrai Dieu que par Jésus crucifié, comme la suite de cette discussion le fera voir.
XII. Alors je leur citai ces paroles d’Isaïe, qui s’écrie dans un autre endroit : « Écoutez ma voix et vous vivrez, et je vous donnerai le Testament éternel promis à mon serviteur David : je l’ai donné pour témoin aux peuples de la terre. Les nations qui ne te connaissent pas t’invoqueront, les peuples qui t’ignorent se réfugieront vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, le Dieu saint d’Israël qui t’a glorifié. » Et voilà la loi que vous outragez, et voilà le Testament saint et nouveau que vous méprisez ! À cette heure même, vous ne voulez ni le reconnaître, ni faire pénitence : « Vos oreilles sont encore fermées, vos yeux aveuglés et vos cœurs endurcis. » Jérémie annonce hautement le nouveau législateur, et vous n’entendez pas sa voix ; ce législateur est au milieu de vous, et vous ne le voyez pas ; les pauvres reçoivent l’Évangile, les aveugles voient, et vous ne comprenez pas ! Il faut maintenant une circoncision nouvelle, et vous ne vous glorifiez que dans celle de la chair. La nouvelle loi vous ordonne de célébrer un sabbat éternel, et lorsque vous vous êtes reposés un seul jour, vous vous croyez les plus religieux des hommes. Vous ignorez pourquoi votre sabbat, votre circoncision ont été établis. Parce que vous mangez un pain sans levain, vous vous imaginez avoir accompli toute justice. Ce n’est pas là ce que demande le Seigneur notre Dieu. Si quelqu’un est parjure ou voleur, qu’il cesse de l’être ; s’il est adultère, qu’il fasse pénitence ; c’est alors qu’il célébrera le vrai sabbat, le sabbat le plus agréable à Dieu. Si quelqu’un n’a pas les mains pures, qu’il se lave dans l’eau et le voilà purifié.
XIII. Mais ce n’est pas à de semblables ablutions que vous renvoie Isaïe, pour vous purifier du meurtre ou d’autres crimes semblables ; toute l’eau de la mer ne serait pas capable de les effacer. Mais il annonçait déjà le seul bain salutaire, le seul véritable, celui de la pénitence, ce baptême qui purifie non par le sang des boucs et des brebis, ou par le sacrifice d’une génisse ou par une offrande de farine, mais par la foi au sang de celui qui est mort pour expier le péché. Et n’est-ce pas ce que signifient ces paroles d’Isaïe : « Le Seigneur a déployé son bras aux yeux des nations ; tous les peuples, jusqu’aux confins de la terre, verront le salut qui vient de Dieu. Retirez-vous, retirez-vous ; sortez et ne touchez rien d’impur. Sortez du milieu de la foule, séparez-vous, ô vous qui portez les vases du Seigneur, vous ne marcherez pas en tumulte, le Seigneur précédera vos pas, le Seigneur Dieu d’Israël vous rassemblera. Mon serviteur sera plein d’intelligence, grand et élevé en gloire ; ainsi que plusieurs se sont étonnés, Jérusalem, à la vue de tes ruines, son visage sera sans éclat et sa figure méprisée. Mais la multitude des nations l’admirera, devant lui les rois garderont le silence ; car ceux à qui il n’a point été annoncé verront, ceux qui n’ont point entendu comprendront. Qui croira à notre parole ? Pour qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Nous l’avons annoncé comme un faible arbrisseau qui s’élève en la présence du Seigneur, comme un rejeton qui sort d’une terre aride ; il n’a ni éclat, ni beauté, nous l’avons vu, et il était méconnaissable et le plus abandonné des hommes ; homme de douleur, il est familiarisé avec la misère, son visage est obscurci par les opprobres, il a été méprisé et compté pour rien. Il a vraiment lui-même porté nos infirmités ; il a souffert pour nous, nous l’avons vu dans la douleur, chargé de blessures et d’affliction ; il a été blessé à cause de nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes ; le châtiment qui doit nous procurer la paix s’est appesanti sur lui, nous avons été guéris par ses meurtrissures.
Nous nous sommes tous égarés comme des brebis, chacun de nous se perdait dans sa voie, et le Seigneur a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous ; et lui, dans son affliction, n’a pas ouvert la bouche : il a été conduit à la mort comme un agneau, il est resté muet comme une brebis devant celui qui la tond, il est mort au milieu des angoisses après un jugement. Qui racontera sa génération ? Il a été retranché de la terre des vivants, il a été conduit à la mort pour les iniquités de mon peuple. On lui réservait la sépulture de l’impie, il a été enseveli dans le tombeau du riche, parce qu’il a ignoré l’iniquité et que le mensonge n’a pas souillé sa bouche. Le Seigneur veut guérir ses plaies ; parce qu’il a été livré pour le péché, il verra sortir de lui une race immortelle ; oui, Dieu veut arracher son cœur à la douleur, lui montrer sa lumière, accomplir par lui sa volonté et justifier un grand nombre d’hommes. Oui, dis-je, il portera nos péchés ; mais aussi il possédera un peuple nombreux, il distribuera lui-même la dépouille des justes, et cela parce qu’il a été livré à la mort, qu’il a été mis entre des scélérats, parce qu’il a porté les péchés de tous et qu’il a été livré pour leurs iniquités. Réjouis-toi, stérile qui n’enfante pas ; chante des cantiques de louanges, pousse des cris de joie, toi qui n’avais pas d’enfants. L’épouse abandonnée, a dit le Seigneur, est devenue plus féconde que celle qui a un époux. Étends l’enceinte de tes pavillons, déploie les voiles de tes tentes, n’épargne rien, allonge tes cordages, affermis tes pieux ; pénètre à droite, à gauche, ta postérité héritera des nations et remplira les villes désertes. Ne crains pas, tu ne seras pas confondue, tu n’auras point à rougir, tu ne connaîtras plus la honte ; tu oublieras la confusion de ta jeunesse, tu ne te rappelleras plus l’opprobre de ta viduité. Le Seigneur a signalé son nom. Ton Sauveur, c’est le Dieu d’Israël, qui désormais sera appelé le Dieu de toute la terre. Le Seigneur t’a appelée, comme une femme dans l’abandon et dans la douleur, comme une épouse répudiée dès sa jeunesse. »
XIV. Si nous croyons, c’est par ce baptême de la pénitence que Dieu lui-même a établi, comme le dit Isaïe, pour effacer les péchés des hommes et nous amener à sa connaissance ; et ce baptême dès longtemps prédit par Isaïe, et seul capable de purifier le pécheur qui se repent, nous publions qu’il est la seule source de la vie.