Satires (page 22)
6. Plures de pace triumphos, signifie que Verrès et Dolabella rapportaient, en temps de paix, de quoi former la matière de plusieurs triomphes. Le mot spolia exprime ordinairement les dépouilles enlevées à l’ennemi ; et ce n’est pas sans une intention éminemment satirique que le poète l’emploie en parlant de rapines exercées contre des peuples alliés.
7. On entend communément, par sufflamen, l’espèce de chaîne ou de grosse perche qui sert à enrayer les roues d’un char dans une descente. Cependant il serait possible qu’en cet endroit, ce fût un mot inventé par Juvénal pour exprimer les efforts et l’essoufflement de l’épais Latéranus.
8. La porte Idumée ou des Juifs, fut ainsi nommée à cause de l’entrée triomphale que Titus et Vespasien tirent dans Rome par cette porte, après la conquête de la Judée. On observe que les Juifs qui se sont maintenus à Rome, évitent encore aujourd’hui de passer sous cet arc de triomphe, et qu’ils aiment mieux faire un long détour, tant les impressions restent profondément gravées au cœur de cette étonnante nation ! Ce Syro-Phénicien était le maître d’une des tavernes établies en grand nombre auprès de la porte Idumée, et faisait le commerce des parfums de ces provinces. Cyané devait être sa femme.
9. Ces ergastules étaient des espèces de cachots domestiques où les Romains renfermaient à la campagne ceux de leurs esclaves qui avaient mérité un châtiment sévère.
10. Le siparium était ce que nous appelons la toile, dans nos théâtres. On se servait du siparium pour les comédies, et de l’aulæum pour les tragédies.
11. Dans le Lauréole on crucifiait un chef de voleurs ; mais, au dénouement, l’acteur s’escamotait, comme dit Dusaulx, et ne laissait qu’un mannequin en sa place, Domitien s’étant fait représenter cette pièce, voulut que l’acteur qui jouait le Lauréole fût en effet pendu. C’est peut-être à ce trait que Juvénal fait allusion. On lit dans Martial : Non falsa pendens in cruce Laureolus.
12. S’il est vrai que le préteur Celsus n’ait été qu’un homme de basse extraction, il y a dans l’original, surtout pour les contemporains, entre les Mamercus qui se vendent, et Celsus qui les achète, une opposition tout à fait satirique, que la traduction ne rend pas. Ce doit être souvent le défaut de nos pâles copies.
Suivant tous les traducteurs et commentateurs, le Quanti sua funera vendant ne peut s’entendre que des gladiateurs, en sorte que Juvénal, dans un même morceau, après avoir accusé les nobles de faire le métier de comédiens, leur reproche de se vendre pour les jeux du cirque, puis revient aux représentations du théâtre, et termine par un trait historique contre les patriciens qui descendent dans l’arène, c’est-à-dire, qu’il mêle et confond au hasard les couleurs de deux tableaux différents. Selon nous, il parle d’abord des nobles qui se font mimes, puis, par gradation, de ceux qui, comme Gracchus, poussent l’impudence jusqu’à lutter contre le myrmillon ; et ce sont deux degrés d’avilissement qui se succèdent conformément aux principes de la rhétorique.
Mais, dit-on, les comédiens ne vendaient pas leur vie au préteur. Nous répondons qu’ils ne savaient pas à quoi ils s’engageaient, puisqu’il pouvait prendre fantaisie à l’empereur d’ordonner que le mime, que le Lauréole, par exemple, jouât son rôle au naturel, c’est-à-dire, qu’il fût réellement pendu, ce qui arriva sous Domitien. D’ailleurs est-il bien sûr que le texte n’a pas été légèrement altéré, et que les copistes n’ont pas écrit funera pour munera ? Tout alors s’expliquerait sans difficulté ; car on sait que les comédies et les tragédies étaient comprises dans les jeux publics, et placées, comme tous les divertissements, dans les attributions du préteur.
13. Les parricides étaient jetés à l’eau, dans un même sac de cuir, avec un chien, un coq, un singe et des serpents, le tout en vie.
14. Virginius, Vindex et Galba commandaient, l’un en Germanie, l’autre dans les Gaules, et le dernier en Espagne, lorsqu’ils se soulevèrent contre Néron, sous prétexte qu’il s’avilissait de plus en plus. Les autres crimes de ce tyran suffisaient sans doute pour révolter contre lui la ville et les armées ; mais l’outrage qu’il faisait à la majesté impériale, en la prostituant sur un théâtre, avait encore quelque chose de plus révoltant aux yeux des vrais Romains ; et ce fut là le principal prétexte dont se servirent les conjurés.
15. Quelques commentateurs ont pris le colosse dont parle ici Juvénal, pour la statue que Néron s’était dressée à lui-même, et qui avait plus de cent pieds de hauteur ; mais ce colosse était de marbre, et, selon Pline, la statue de Néron était d’airain. D’ailleurs nous lisons positivement dans Suétone : Citharam a judicibus ad se delatam adoravit, ferrique ad Augusti statuam jussit.
16. On enduisait une robe de poix, de bitume, de cire, et l’on faisait brûler vifs les grands criminels, après les avoir revêtus de cette robe. Ce supplice odieux avait lieu particulièrement contre les traîtres à la patrie et les incendiaires.
17. Cet honneur fut décerné à Cicéron par un plébiciste et per un sénatus-consulte, sur la proposition de M. Porcius Caton et de Q. Luctatius Catulus. Camille seul, avant lui, avait reçu ce titre glorieux ; mais ce n’avait été que par acclamation, et le jour de son triomphe.
18. Cet esclave es nommait Vindicius ou Vindex, nom que peut- être on ne lui a donné qu’après l’événement. On lit, dans l’ancien scholiaste, qu’il fut affranchi par Brutus, comme libérateur de la patrie, et condamné à mort, comme délateur de ses maîtres, action qui fut pleurée par les dames romaines.
1. Le traducteur n’a pas rendu le vers Nos colaphum, etc., parce qu’il embrasse la phrase, et que, pour le bien expliquer, il faut entrer dans des détails qui répugnent à la langue française. C’est bien assez de laisser entendre de pareilles infamies.
2. On appelle verna un esclave né dans la maison. Ces esclaves, élevés sous les yeux des grands, avaient une éducation plus soignée que les autres, et l’indulgence de leurs maîtres leur laissait prendre un ton d’aisance et de liberté qui donnait beaucoup de sel à leurs plaisanteries. De là les expressions vernale dictum, ventiles blanditiœ, verniliter, sic.
3. Le pomœnium était un certain espace de terrain en deçà et au delà des murailles, où les augures prenaient les auspices, et qui répondait à peu près à ce que nous nommons boulevard. Ainsi, par ces mots salibus intra pomœria natis, il faut entendre des saillies d’un bon ton, du ton de la ville.
4. Si ou met une virgule après Ganymedem, on ne voit pas ce que Ganymedem seul veut dire ; si on écrit de suite Ganymedem pacis, on ne sait pas mieux ce que signifient ces deux mots. Dans le premier cas, on prend Ganymède pour le temple même de Jupiter sur l’autel duquel on voyait l’aigle et l’échanson de ce dieu. Dans le second cas, on suppose, mais fort gratuitement, qu’il y avait une statue de Ganymède dans le temple de la paix.
5. On ne saurait imaginer rien de plus révoltant que ces trois vers ; et s’il est vrai qu’ils soient de Juvénal, ce dont il est permis de douter, c’est la plus grande tache imprimée à ses écrits. Heureusement ils sont faits de manière à ce que le vice lui-même ne puisse les entendre sans dégoût et sans horreur.
6. Les calendes de mars étaient pour les femmes, ce qu’étaient les saturnales pour les hommes.
7. Gaurus inanis ne veut pas dire le stérile Gaurus, puisque le poète le suppose au contraire couvert d’un riche vignoble. C’est peut-être qu’il avait été creusé par un volcan. On n’explique pas d’une manière plus sûre l’épithète suspectum donnée au coteau de Cumes. On suppose que c’est qu’il penchait sur cette ville, et la menaçait d’une ruine prochaine.
8. De grands privilèges étaient accordés à ceux qui avaient trois enfants.
Les legs que Juvénal appelle caduca, tombaient ou devenaient nuls, quand celui à qui ils s’adressaient n’avait pas le nombre d’enfants exigé pour les percevoir légalement. Alors le fisc en profitait.
9. Allusion aux vues de Virgile : O Corydou, Corydon, quæ te dementia cepit !
10. Tout le monde connaît le moyen employé par Ulysse, pour rendre ses rameurs sourds aux chants des sirènes.
SATIRE X.
1. Les riches particuliers avaient coutume de déposer leur argent dans le temple de Saturne, situé près du Forum, afin de le mettre à l’abri des incendies et des voleurs. C’était dans ce temple que l’on gardait aussi le trésor public.
2. Cette pompeuse entrée du préteur dans le cirque, quand il venait présider les jeux, est précisément la même que celle des généraux à qui l’on accordait les honneurs du triomphe, après quelque grande victoire. Ces jeux étaient l’unique passion du peuple, et c’était une politique adroite que de leur donner cet appareil de grandeur et de magnificence.
3. Le triomphateur et, dans cette circonstance, le préteur avait à côté de lui, sur le même char, un esclave qui semblait n’y être placé que pour lui rappeler l’inconstance de la fortune et la vicissitude des choses humaines. Juvénal nomme consul celui qu’il vient d’appeler préteur. C’est qu’insensiblement l’un et l’autre nom fut donné quelquefois à ces deux magistrats.
4. Démocrite était d’Abdère, ville de Thrace. L’air épais et grossier de cette région passait pour abrutir les esprits. Le même préjugé avait lieu contre les béotiens.
Juvénal dit vervecum in patria. C’était sans doute une manière de parler proverbiale. Plaute s’en était déjà servi pour désigner un homme stupide : Ain’vero vervecum caput.
5. Mandaret laqueum exprime une insulte triviale qui répondait à ceci : va te pendre. C’était chez les anciens la plus grande marque du mépris que de désigner quelqu’un avec le doigt du milieu.
6. Genua incerare deorum ne veut pas dire allumer des cierges aux pieds des immortels, mais coller sur leurs statues des espèces de tablettes votives. C’est probablement ce que signifie ce passage d’Apulée. Votum in alicujus statuæ femore assignasti. Au reste, les anciens, dans certaines occasions, avaient coutume d’enduire avec de la cire les statues de leurs dieux.
Insignis honorum pagina désigne, selon l’ancien scholiaste, la table d’airain sur laquelle étaient gravés les titres d’honneur de celui à qui on élevait un monument.
7. Ce bœuf, destiné au Capitole, est appelé cretatus, soit pour désigner sa blancheur semblable à celle de la craie, soit parce qu’on se servait de craie pour effacer on dissimuler ses taches, quand il ne se trouvait pas d’une blancheur parfaite.
8. « Cette lettre était longue et ne contenait rien de suivi contre le ministre. Tibère y parlait d’abord de tout autre chose après quoi venait un mot de plainte contre Séjan. L’empereur passait à quelque autre objet, et puis il retombait sur ce favori. Enfin, il demandait que l’on fit justice de deux sénateurs attachés à Séjan, et qu’on les gardât en prison. Dans la crainte d’exciter quelque trouble, il n’osait demander sa mort. » Dion, trad. de la Bléterie.
9. Tibère avait donné aux esclaves le droit d’accuser leurs maîtres ; et ils étaient reçus en déposition contre eux, quand il s’agissait du crime de lèse-majesté.
10. Ceux qui écrivent angusta sede, au lieu de augusta, ont pour eux les plus anciens manuscrits, et en outre, la description de l’île de Caprée. Achaintre trouve dans l’épithète d’angusta, opposée à la majesté de l’empire, quelque chose de plus mordant que dans l’autre leçon. Dusaulx, au contraire, admire le mot augusta, surtout à cause du sarcasme violent qu’il y découvre contre Tibère transportant sur ce rocher tous les attributs de la majesté impériale.
11. Quisquis adhuc uno partam colit asse Minervam est encore une expression sujette à plusieurs interprétations différentes. Les uns, par uno asse, entendent la rétribution que les enfants, qui faisaient leurs études, avaient coutume de donner à leurs maîtres le jour de la naissance de Minerve. D’autres croient que c’est l’offrande faite à la déesse même, le jour consacré à son culte.
L’ancien scholiaste pense qu’il ne s’agit dans ce vers que des images de Minerve que les enfants achetaient pour s’amuser.
Les fêtes de Minerve s’appelaient quinquatries, parce qu’elles doraient cinq jours. Elles répondaient aux panathénées des Grecs.
12. Juvénal, en citant ce vers ridicule, semble partager l’avis de Sénèque, de Quintilien et de Martial qui refusaient à Cicéron le talent de la poésie.
13. Aplustre est le nom de certaines figures ou ornements attachés à la poupe des vaisseaux, et qui représentaient ordinairement un Triton, ou quelque autre divinité.
14. On lit dans Tite-Live : ardentiaque saxa infuso aceto putrefaciunt.
15. La bonne figure ! le bon modèle à peindre que ce borgne guindé sur on éléphant ! telle est la traduction de Dusaulx. On présume qu’un sarcasme de si mauvais goût n’est pas dans la pensée de Juvénal, et qu’il faut prendre en bonne part, ô qualis facia et quali digna tabella ! comme s’il y avait : quam tremenda facies ! quam nobili digna tabella !
16. Haute montagne de Macédoine, au golfe de Contessa ; elle ne tient au continent que par une isthme d’une demi-lieue de largeur ; elle eu a environ dix de circuit. On prétend que Xerxès ordonna de couper cet isthme, afin de procurer à sa flotte un chemin plus abrégé.
17. Ce Sostrate était apparemment un poète ampoulé, aussi fidèle au culte de Bacchus, qu’à celui des neuf Sœurs, et qui avait fait un poème sur l’expédition de Xerxès.
18. Hérodote raconte ces extravagances avec une singulière naïveté. « Du golfe d’Abyde au continent, dit-il, il y a une distance de sept stades. Le roi y avait fait construire nu pont de vaisseaux. Mais, une tempête ayant rompu le pont et détruit tous ses ouvrages, il fut indigné de cette insulte faite à sa majesté, et, après avoir fait donner cent coups de bâton à la mer, il ordonna d’y jeter des chaînes : j’ai même entendu dire qu’il voulut qu’on lui imprimât un fer chaud sur le front. Toujours est-il certain qu’il fit battre de verges l’Hellespont, en ajoutant ces paroles barbares : Onde amère, ton maître te punit ainsi, parce que tu l’as outragé sans avoir été offensé par lui. Cependant, le roi Xerxès te franchira malgré toi, et ne t’offrira plus de sacrifices, parce que tu es un fleuve amer et perfide. »
19. Les joueurs de flûte et de guitare ne paraissaient sur le théâtre qu’avec une robe brodée en or, un manteau de pourpre nuancé de diverses couleurs, et une couronne d’or resplendissante de pierres précieuses.
20. Les esclaves, chez les anciens, qui n’avaient ni montres, ni pendules, allaient de temps en temps, dans le cours de la journée, visiter le cadran solaire pour dire à leur maître quelle heure il était.
21. Thémison était un médecin célèbre, et qui fonda une secte différente de celle d’Hippocrate et d’Asclépiade.
22. Homère, dans le troisième chant de l’Odyssée, dit que Nestor avait vécu trois âges d’homme. Or, trois âges d’homme ne font guère que 90 ans. Juvénal suit donc plutôt, en cet endroit, l’opinion commune que celle d’Homère. L’opinion commune était que Nestor avait vécu trois siècles. On lit dans Ovide :
............vixit
Annos bis centum, nunc tertia vivitur atas.
Quant à la corneille, on avait cru longtemps, d’après Hésiode, qu’elle vivait 900 ans.
23. Les anciens marquaient les nombres avec les doigts de la main gauche, depuis l’unité jusqu’à cent : pour exprimer les centaines et les milles, ils se servaient de la main droite.
24. Animam exhalasset opimam est une expression hardie, et qui serait aussi ridicule qu’elle est sublime, si on ne voyait qu’elle doit s’entendre des dépouilles opimes, c’est-à-dire, de celles que le vainqueur enlevait de ses propres mains au général ennemi, et qui étaient les plus glorieuses dont un Romain pût s’emparer. Cette belle épithète appliquée à Marius sur son char de triomphe, ne signifie donc autre chose qu’une âme enivrée et, pour ainsi dire, rassasiée de sa gloire.
25. Les tyrans dont il s’agit, employaient la castration, afin que les victimes de leur lubricité conservassent plus longtemps, la fraîcheur de la jeunesse.
26. L’usage, au défaut des lois, autorisait les particuliers à punir comme, ils voulaient, les adultères qui se laissaient surprendre. Un des supplices usités pour ces malheureux, consistait à leur épiler le fondement avec de la cendre chaude, et à y introduire un poisson vorace appelé mugil ou mugilis.
27. Claude étant parti de Rome pour aller faire des sacrifices dans la ville d’Ostie, Messaline épousa publiquement C. Silius : l’empereur en fut instruit par Narcisse, et les fit périr tous deux.
28. La dot des filles de bonne maison était d’un million de sesterces.