Fables (page 28)
Tout l’Olympe en trembla sur ses pôles assis.
Il dit aux orateurs : Va, malheureuse engeance,
C’est toi seule qui rends ce partage inégal :
En abusant du bien tu fais qu’il devient mal,
Et ce mal est accru par ton impatience.
Jupiter eut raison, nous nous plaignons à tort :
La faute vient de nous aussi bien que du sort.
Les dieux nous ont jadis deux vertus députées,
La constance aux douleurs et la sobriété :
C’était rectifier cette inégalité.
Comment les avons-nous traitées ?
Loin de loger en nos maisons
Ces deux filles du ciel, ces sages conseillères,
Nous fuyons leur commerce ; elles n’habitent guères
Qu’en des lieux que nous méprisons.
L’homme se porte en tout avecque violence,
À l’exemple des animaux,
Aveugle jusqu’au point de mettre entre les maux
Les conseils de la tempérance.
XXVIII LE JUGE ARBITRE, L’HOSPITALIER ET LE SOLITAIRE
Trois saints, également jaloux de leur salut,
Portés d’un même esprit, tendaient à même but.
Ils s’y prirent tous trois par des routes diverses :
Tous chemins vont à Rome ; ainsi nos concurrents
Crurent pouvoir choisir des sentiers différents.
L’un, touché des soucis, des longueurs, des traverses,
Qu’en apanage on voit aux procès attachés,
S’offrit de les juger sans récompense aucune,
Peu soigneux d’établir ici-bas sa fortune.
Depuis qu’il est des lois, l’homme, pour ses péchés,
Se condamne à plaider la moitié de sa vie :
La moitié ! les trois quarts, et bien souvent le tout,
Le conciliateur crut qu’il viendrait à bout
De guérir cette folle et détestable envie.
Le second de nos saints choisit les hôpitaux.
Je le loue ; et le soin de soulager les maux
Est une charité que je préfère aux autres.
Les malades d’alors, étant tels que les nôtres,
Donnaient de l’exercice au pauvre hospitalier ;
Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse :
« Il a pour tels et tels un soin particulier,
« Ce sont ses amis ; il nous laisse, »
Ces plaintes n’étaient rien au prix de l’embarras
Où se trouva réduit l’appointeur de débats :
Aucun n’était content ; la sentence arbitrale
À nul des deux ne convenait :
Jamais le juge ne tenait
À leur gré la balance égale :
De semblables discours rebutaient l’appointeur :
Il court aux hôpitaux, va voir leur directeur.
Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure,
Affligés, et contraints de quitter ces emplois,
Vont confier leur peine au silence des bois.
Là, sous d’âpres rochers, près d’une source pure,
Lieu respecté des vents, ignoré du soleil,
Ils trouvent l’autre saint, lui demandent conseil.
Il faut, dit leur ami, le prendre de soi-même.
Qui mieux que vous, sait vos besoins ?
Apprendre à se connaître est le premier des soins
Qu’impose à tout mortel la majesté suprême.
Vous êtes-vous connus dans le monde habité ?
L’on ne le peut qu’aux lieux pleins de tranquillité :
Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
Troublez l’eau : vous y voyez-vous ?
Agitez celle-ci. — Comment nous verrions-nous ?
La vase est un épais nuage
Qu’aux effets du cristal nous venons d’opposer.
Mes frères, dit le saint, laissez-la reposer,
Vous verrez alors votre image.
Pour vous mieux contempler, demeurez au désert.
Ainsi parla le solitaire.
Il fut cru ; l’on suivit ce conseil salutaire.
Ce n’est pas qu’un emploi ne doive être souffert.
Puisqu’on plaide et qu’on meurt, et qu’on devient malade,
Il faut des médecins, il faut des avocats :
Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas :
Les honneurs et le gain, tout me le persuade.
Cependant on s’oublie en ces communs besoins.
Ô vous, dont le public emporte tous les soins,
Magistrats, princes, et ministres,
Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,
Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,
Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.
Si quelque bon moment à ces pensers vous donne,
Quelque flatteur vous interrompt.
Cette leçon sera la fin de ces ouvrages :
Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir !
Je la présente aux rois, je la propose aux sages :
Par où saurais-je mieux finir ?
FIN DES FABLES
TABLE ALPHABÉTIQUE
L’Aigle et l’Escarbot. II
L’Aigle et le Hibou. V
L’Aigle et la Pie. XII
L’Aigle, la Laie et la Chatte. III
L’Aigle et la Pie. XII
L’Alouette et ses Petits, avec le Maître d’un champ. IV
Les deux Amis. VIII
L’Âne chargé d’éponges, et l’Âne chargé de sel. II
L’Âne et le Chien. VIII
L’Âne et le petit Chien. IV
L’Âne et ses Maîtres. VI
L’Âne portant des reliques. V
L’Âne vêtu de la peau du Lion. V
Un Animal dans la Lune. VII
Les Animaux malades de la peste. VII
L’Araignée et l’Hirondelle. X
L’Astrologue qui se laisse tomber dans un puits. II
L’Avantage de la Science. VIII
L’Avare qui a perdu son trésor. IV
Les deux Aventuriers et le Talisman. X
Le Bassa et le Marchand. VIII
La Belette entrée dans un grenier. III
Le Berger et la Mer. IV
Le Berger et le Roi. X
Le Berger et son Troupeau. IX
Le Berger qui joue de la flûte, et les Poissons. IX
La Besace. I
Le Bûcheron et Mercure. V
Le Cerf malade. XII
Le Cerf se voyant dans l’eau. VI
Le Cerf et la Vigne. V
Le Chameau et les Bâtons flottants. IV
Le Charlatan. VI
Le Charretier embourbé. VI
Le Chat, la Belette et le petit Lapin. VII
Le Chat et les deux Moineaux. XII
Le Chat et le vieux Rat. III
Le Chat et le Rat. VIII
Le Chat et le Renard. IX
Le vieux Chat et la jeune Souris. XII
La Chatte métamorphosée en Femme. II
La Chauve-Souris et les deux Belettes. II
La Chauve-Souris, le Buisson et le Canard. XII
Le Chêne et le Roseau. I
Le Cheval s’étant voulu venger du Cerf. IV
Le Cheval et l’Âne. VI
Le Cheval et le Loup. V
Les deux Chèvres. XII
Le Chien à qui on a coupé les oreilles. X
Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre. VI
Le Chien qui porte à son cou le dîner de son maître. VIII
Les deux Chiens et l’Âne mort. VIII
Le Cierge. IX
La Cigale et la Fourmi. I
Le Coche et la Mouche. VII
Le Cochet, le Chat et le Souriceau. VI
Le Cochon, la Chèvre et le Mouton. VIII
La Colombe et la Fourmi. II
Le Combat des Rats et des Belettes. IV
Les Compagnons d’Ulysse. XII
Conseil tenu par les Rats. II
Le Coq et la Perle. I
Le Coq et le Renard. II
Les deux Coqs. VII
Le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat. XII
Le Corbeau voulant imiter l’Aigle. II
Le Corbeau et le Renard. I
La Cour du Lion. VII
Le Curé et le Mort. VII
Le Cygne et le Cuisinier. III
Daphnis et Alcimadure. XII
Démocrite et les Abdéritains. VIII
Le Dépositaire infidèle. IX
Les Devineresses. VII
Les Dieux voulant instruire un fils de Jupiter. XI
La Discorde. VI
Le Dragon à plusieurs têtes et le Dragon à plusieurs queues. I
L’Écolier, le Pédant et le Maître d’un jardin. IX
L’Écrevisse et sa Fille. XII
L’Éducation. VIII
L’Éléphant et le Singe de Jupiter. XII
L’Enfant et le Maître d’école. I
L’Enfouisseur et son Compère. X
Le Faucon et le Chapon. VIII
La Femme noyée. III
Les Femmes et le Secret. VII
Le Fermier, le Chien et le Renard. XI
La Fille. VII
Le Financier et le Savetier. VIII
La Forêt et le Bûcheron. XII
La Fortune et le jeune Enfant. V
Le Fou qui vend la Sagesse. IX
Un Fou et un Sage. XII
Les Frelons et les Mouches à miel. I
Le Geai paré des plumes du Paon. IV
La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société avec le Lion. I
Le Gland et la Citrouille. IX
Goût difficile (Contre ceux qui ont le). II
La Goutte et l’Araignée. III
La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf. I
La Grenouille et le Rat. IV
Les Grenouilles qui demandent un Roi. III
Le Héron. VII
L’Hirondelle et les petits Oiseaux. I
L’Homme et la Couleuvre. X
L’Homme et la Puce. VIII
L’Homme et son Image. I
L’Homme entre deux âges, et ses deux maîtresses. I
L’Homme et l’Idole de bois. IV
L’Homme qui court après la Fortune, et l’Homme qui l’attend dans son lit. VII
L’Horoscope. VIII
L’Huître et les Plaideurs. IX
L’Ingratitude et l’Injustice des Hommes envers la Fortune. VII
L’Ivrogne et sa Femme. III
Le Jardinier et son Seigneur. IV
Le Juge arbitre, l’Hospitalier et le Solitaire. XII
Jupiter et le Métayer. VI
Jupiter et le Passager. IX
Jupiter et les Tonneaux. XII
Jupiter et le Tonnerre. VIII
Le Laboureur et ses Enfants. V
La Laitière et le Pot au lait. VII
Les Lapins. X
La Lice et sa compagne. II
Lièvre (les Oreilles du). V
Le Lièvre et les Grenouilles. II
Le Lièvre et la Perdrix. V
Le Lièvre et la Tortue. VI
La Ligue des Rats. XII
Le Lion. XI
Le Lion abattu par l’Homme. III
Le Lion amoureux. IV
Le Lion devenu vieux. III
Le Lion malade et le Renard. VI
Le Lion s’en allant en guerre. V
Le Lion et l’Âne chassant. II
Le Lion et le Chasseur. VI
Le Lion, le Loup et le Renard. VIII
Le Lion et le Moucheron. II
Le Lion et le Rat. II
Le Lion, le Singe et les deux Ânes. XI
La Lionne et l’Ourse. X
Le Loup et l’Agneau. I
Le Loup devenu Berger. III
Le Loup et les Bergers. X
Le Loup et le Chasseur. VIII
Le Loup et le Chien. I
Le Loup et le Chien maigre. IX
Le Loup et la Cigogne. III
Le Loup, la Chèvre et le Chevreau. IV
Le Loup, la Mère et l’Enfant. IV
Le Loup plaidant contre le Renard par devant le Singe. II
Le Loup et le Renard. XI
Le Loup et le Renard. XII
Les Loups et les Brebis. III
Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre et le Fils du Roi. X
Le Mari, la Femme et le Voleur. IX
Le mal Marié. VII
Les Médecins. V
Les Membres et l’Estomac. III
Le Meunier, son Fils et l’Âne. III
Le Milan et le Rossignol. IX
Le Milan, le Chasseur et le Roi. XII
La Montagne qui accouche. V
La Mort et le Bûcheron. I
La Mort et le Malheureux. I
La Mort et le Mourant. VIII
La Mouche et la Fourmi. IV
Le Mulet se vantant de sa généalogie. VI
Les deux Mulets. I
Les obsèques de la Lionne. VIII
L’Œil du Maître. IV
L’Oiseau blessé d’une flèche. II
L’Oiseleur, l’Autour et l’Alouette. VI
L’Oracle et l’Impie. IV
Les Oreilles du Lièvre. V
L’Ours et l’Amateur des jardins. VIII
L’Ours et les deux Compagnons. V
Le Paon se plaignant à Junon. II
Parole de Socrate. IV
Le Pâtre et le Lion. VI
Le Paysan du Danube. XI
La Perdrix et les Coqs. X
Les deux Perroquets, le Roi et son Fils. X
Phébus et Borée. VI
Philomèle et Progné. III
Le Philosophe scythe. XII
Les deux Pigeons. IX
Le petit Poisson et le Pêcheur. V
Les Poissons et le Berger qui joue de la flûte. X
Les Poissons et le Cormoran. X
Le Pot de terre et le Pot de fer. V
La Poule aux œufs d’or. V
Le Pouvoir des Fables. VIII
La Querelle des Chiens et des Chats, et celle des Chats et des Souris. XII
Le Rat qui s’est retiré du monde. VII
Le Rat et l’Éléphant. VIII
Le Rat, le Corbeau, le Gazelle et la Tortue. XII
Le Rat et l’Huître. VIII
Le Rat de ville et le Rat des champs. I
Rats (La ligue des). XII
Les deux Rats, le Renard et l’Œuf. X
Le Renard qui a la queue coupée. V, 5.
Le Renard anglais. XII
Le Renard et le Bouc. III
Le Renard et le Buste. IV
Le Renard et la Cigogne. I
Le Renard, le Loup et le Cheval. XII
Le Renard, les Mouches et le Hérisson. XII
Le Renard et les Poulets d’Inde. XII
Le Renard et les Raisins. III
Le Renard, le Singe et les Animaux. VI
Rien de trop. IX
Le Rieur et les Poissons. VIII
Le Roi, le Milan et le Chasseur. XII
Le Satyre et le Passant. V
Le Savetier et le Financier. VIII
Le Serpent et la Lime. V
Simonide préservé par les dieux. I
Le Singe. XII
Le Singe et le Chat. IX
Le Singe et le Dauphin. IV
Le Singe et le Léopard. IX
Le Soleil et les Grenouilles. VI
Le Soleil et les Grenouilles. XII
Le Songe d’un habitant du Mogol. XI
Les Souhaits. VII
La Souris métamorphosée en Fille. IX
Les Souris et le Chat-Huant. XI
Le Statuaire et la Statue de Jupiter. IX
Les deux Taureaux et la Grenouille. II
Testament expliqué par Ésope. II
La Tête et la Queue du Serpent. VII
Le Thésauriseur et le Singe. XII
Tircis et Amarante. VIII
Le Torrent et la Rivière. VIII
La Tortue et les deux Canards. X
Le Trésor et les deux Hommes. IX
Tribut envoyé par les animaux à Alexandre. IV
Les Vautours et les Pigeons. VII
La jeune Veuve. VI
Le Vieillard et l’Âne. VI
Le Vieillard et ses Enfants. IV
Le Vieillard et les trois jeunes Hommes. XI
La Vieille et les deux Servantes. V
Le Villageois et le Serpent. VI
Les Voleurs et l’Âne. I
Rediriger vers :
Fables de La Fontaine (éd. 1874)/La Querelle des Chiens et des Chats, et celle des Chats et des Souris