Divinae institutiones (Institutions divines) (page 20)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Videamus tamen, quid illum Socrates docuerit, qui cum totam Physicam repudiasset, eo se contulit, ut de virtute atque officio quaereret. Itaque non dubito, quin auditores suos justitiae praeceptis erudierit. Docente igitur Socrate, non fugit Platonem, justitiae vim in aequitate consistere; siquidem omnes pari conditione nascuntur. Ergo nihil (inquit) privati ac proprii habeant: sed ut pares esse possint, quod justitiae ratio desiderat, omnia in commune possideant. Ferri hoc potest, quamdiu de pecunia dici videtur. Quod ipsum quam impossibile sit, et quam injustum, poteram multis rebus ostendere. Concedamus tamen, ut possit fieri. Omnes enim sapientes erunt, et pecuniam contemnent. Quo ergo illum communitas ista perduxit? Matrimonia quoque inquit, communia esse debebunt: scilicet ut ad eamdem mulierem multi viri, tamquam canes confluant; et is utique obtineat, qui viribus vicerit: aut si patientes sunt, ut philosophi, expectent, ut vicibus, tamquam lupanar obeant. O miram Platonis aequitatem! Ubi est igitur virtus castitatis? ubi fides conjugalis? quae si tollas, omnis justitia sublata est. At idem dixit, beatas civitates futuras fuisse, si aut philosophi regnarent, aut reges philosopharentur. Huic vero tam justo, tam aequo viro regnum dares, qui aliis abstulisset sua, aliis condonasset aliena; prostituisset pudicitiam foeminarum: quae nullus unquam non modo rex, sed ne tyrannus quidem fecit.

Quam vero intulit rationem turpissimi hujus consilii? Sic inquit: Civitas concors erit, et amoris mutui constricta vinculis, si omnes omnium fuerint et mariti, et patres, et uxores, et liberi. Quae ista confusio generis humani est! Quomodo servari potest caritas, ubi nihil est certum quod ametur? Quis aut vir mulierem, aut mulier virum diliget, nisi hahitaverint semper una, nisi devota mens, et servata invicem fides individuam fecerit charitatem? quae virtus in illa promiscua voluptate locum non habet. Item si omnes omnium liberi sint, quis amare liberos tamquam suos poterit, cum suos esse aut ignoret, aut dubitet? quis honorem tamquam patri deferet, cum unde natus sit nesciat? Ex quo fit, ut non tantum alienum pro patre habeat, sed etiam patrem pro alieno. Quid, quod uxor potest esse communis, filius non potest, quem concipi non nisi ex uno necesse est. Perit ergo illi uni communitas, ipsa reclamante natura. Superest, ut tantummodo concordiae causa uxores velit esse communes. At nulla vehementior discordiarum causa est, quam unius foeminae a multis maribus appetitio. In quo Plato, si ratione non potuit, exemplis certe potuit admoneri, et mutorum animalium, quae ob hoc vel acerrime pugnant, et hominum, qui semper ob eam rem gravissima inter se bella gesserunt.

Restat ut communio ista nihil aliud habeat, praeter adulteria, et libidines; propter quas funditus eruendas, virtus est vel maxime necessaria. Itaque non invenit concordiam, quam quaerebat; quia non videbat, unde oriatur. Nam justitia in extrapositis nihil momenti habet, ne in corpore quidem: sed tota in hominis mente versatur. Qui ergo vult homines adaequare, non matrimonia, non opes subtrahere debet; sed arrogantiam, superbiam, tumorem, ut illi potentes et elati pares esse se etiam mendicissimis sciant. Detracta enim divitibus insolentia et iniquitate, nihil intererit utrumne alii divites, alii pauperes sint, cum animi pares fuerint; quod efficere nulla res alia praeter religionem Dei potest. Putavit igitur se invenisse justitiam, cum eam prorsus everterit; quia non rerum fragilium, sed mentium debet esset communitas. Nam si justitia virtutum omnium mater est, cum illae singulae tolluntur, ipsa subvertitur. Tulit autem Plato ante omnia frugalitatem: quae utique nulla est, ubi proprii nihil habeatur. Tulit abstinentiam: siquidem nihil fuerit, quod abstineatur, alienum. Tulit temperantiam, tulit castitatem; quae virtutes in utroque sexu maximae sunt. Tulit verecundiam, pudorem, modestiam, si honesta et legitima esse incipiunt, quae solent flagitiosa et turpia judicari. Sic virtutem dum vult omnibus dare, omnibus adimit. Nam rerum proprietas, et vitiorum, et virtutum materiam continet: communitas autem nihil aliud, quam vitiorum licentiam. Nam viri, qui multas mulieres habent, nihil aliud dici possunt, quam luxuriosi ac nepotes. Item mulieres, quae a multis habentur, non utique adulterae, quia certum matrimonium nullum est, sed prostitutae ac meretrices sint necesse est.

Redegit ergo humanam vitam ad similitudinem, non dicam mutorum, sed pecudum ac belluarum. Nam volucres pene omnes faciunt matrimonia, et paria junguntur, et nidos suos tamquam geniales toros concordi mente defendunt; et foetus suos, quia certi sunt, amant; et si alienos objeceris, abigunt. At homo sapiens contra morem hominum, contraque naturam, stultiora sibi, quae imitaretur, elegit. Et quoniam videbat in caeteris animalibus officia marium foeminarumque non esse divisa, existimavit oportere etiam mulieres militare, et consiliis publicis interesse, et magistratus gerere, et imperia suscipere. Itaque his arma et equos assignavit: consequens est, ut lanam et telam viris, et infantium gestationes. Nec vidit impossibilia esse, quae diceret; ex eo quod adhuc in orbe terrae, neque tam stulta, neque tam vana ulla gens extiterit; quae hoc modo viveret.

XXI. Voyons ce que Platon a appris de Socrate, qui avait renoncé à la physique pour s'adonner tout entier à la morale. Je ne doute point qu'il n'ait fort bien traité des devoirs de la vie, et qu'il n'ait donné à ses disciples de fort bons préceptes de vertu et de justice; Platon lui aura sans doute oui dire que la justice consiste dans l'égalité, et qu'il n'y a aucune différence entre les hommes par le droit de leur naissance. « Pour être parfaitement égaux, dit-il, comme la justice le désire, ils ne possèdent rien en particulier. » S'il ne parle en cet endroit que de l'argent, cela se peut en quelque sorte tolérer. Il me serait pourtant aisé de faire voir que cela n'est ni juste ni faisable; mais supposant que cela est faisable, et que tous les hommes auront assez de sagesse pour mépriser l'argent et pour se mettre au-dessus de l'intérêt, suivons, pour voir jusqu'où sera la communauté qu'il veut introduire. Elle ira jusqu'au mariage. Plusieurs hommes s'assembleront comme des chiens autour d'une femme. Le plus fort en jouira, ou s'ils sont sages, et modérés comme des philosophes, ils attendront leur rang selon la police des lieux de débauche. Oh! la merveilleuse justice de Platon ! où est donc la continence? où est la fidélité des mariages? Sans elle il n'y a plus d'équité ni de justice. Le même Platon a dit que les États seraient heureux lorsqu'ils seraient gouvernés par des philosophes, et lorsque ceux qui les gouverneraient s'adonneraient à l'étude de la philosophie. Il fallait donner un royaume à un homme si juste et si équitable, qui avait ôté le bien à quelques-uns pour le donner à d'autres, et qui avait entrepris de prostituer toutes les femmes, ce que jamais aucun roi ni aucun tyran n'avait fait. Quelle raison a-t-il apportée pour faire recevoir un si infâme projet ? « Les citoyens, a-t-il dit, vivront dans une plus parfaite intelligence, et seront unis ensemble par le lien d'une plus étroite amitié, quand les hommes seront maris de toutes les femmes et pères de tous les enfants. » Quelle étrange confusion ! Une amitié qui n'a point d'objet certain peut-elle être fort grande? Comment un homme et une femme s'aimeront-ils s'ils n'ont point été longtemps ensemble et s'ils ne se sont point gardés une fidélité réciproque? Quelle vertu se peut trouver avec la licence effrénée de se divertir indifféremment comme l'on veut ? Si les enfants sont communs, qui les pourra aimer, ne sachant pas s'il en est le père, ou ayant au moins sujet d'en douter? Comment un enfant honorera-t-il son père qu'il ne connaît pas? Il prendra un étranger pour son père, et son père pour un étranger. De plus, les femmes peuvent être communes, mais les enfants ne le sauraient être. La nature s'oppose à l'établissement de cette extravagante communauté. Il ne reste plus aucun prétexte de la maintenir, si ce n'est celui d'une parfaite intelligence. Il est certain qu'il n'y a point de plus grand sujet de différends et de querelles, que l'inclination que plusieurs hommes ont pour une femme. Si Platon n'a pu écouter la raison, il a pu voir les exemples, et des bêtes qui se battent, et des hommes qui livrent souvent de sanglantes guerres pour ce sujet.

XXII. Cette communauté n'était autre chose qu'une confusion monstrueuse de débauches et d'adultères, qui ne pouvait être réparée que par la vertu. Platon n'avait garde de trouver la bonne intelligence qu'il cherchait, parce qu'il ne s'apercevait pas qu'elle ne procède que de la justice, qui réside non dans les choses extérieures, ni même dans le corps, mais dans le cœur. Quiconque veut établir une parfaite égalité entre les hommes, doit leur ôter non leurs femmes ni leurs richesses, mais leur orgueil et leur arrogance. Quand les riches seront dépouillés de l'injustice et de l'insolence, il n'y aura plus aucune différence entre eux et les pauvres, et ils seront tous égaux par une disposition d'esprit, que la seule religion peut donner. Platon a ruiné la justice, dans le temps même qu'il se flattait de l'avoir trouvée, parce qu'il n'a pas reconnu que la véritable communauté consiste non à posséder en commun des choses périssables, mais à n'avoir qu'un esprit et qu'un cœur. La justice est la mère des autres vertus; elle ne saurait subsister quand on les a ôtées toutes. Or, Platon les a toutes ôtées. Il a ôté la frugalité, parce qu'il n'y a point de frugalité lorsque personne n'a rien qui lui soit propre. Il a ôté l'abstinence, parce que l'on ne s'abstient que du bien d'autrui, et qu'il n'y a plus de bien d'autrui quand tout est commun. Il a ôté la continence et la chasteté, vertus qui sont de très grand usage et qui font le principal ornement des deux sexes. Il a ôté la pudeur et la modestie, en permettant comme honnêtes et légitimes des actions qui avaient toujours paru infâmes et criminelles ; ainsi en voulant donner la vertu à tout le monde, il l'a ôtée à tout le monde. La propriété et le domaine renferment la matière des vices et des vertus, au lieu que la communauté de biens donne la licence de s'abandonner à toutes sortes de crimes. Les hommes qui ont plusieurs femmes ne peuvent passer que pour des débauchés et pour des perdus. Les femmes qui ont plusieurs maris ne sont pas des adultères parce qu'elles n'ont jamais contracté de mariage, mais ce sont des prostituées. Il a donc réduit la vie des hommes à la condition de celle des bêtes les plus basses elles plus méprisables ; car les oiseaux s'accouplent avec quelque sorte de fidélité. Le mâle et la femelle ont leur nid qu'ils gardent en commun, où ils élèvent leurs petits ; ils les aiment parce qu'ils sont assurés qu'ils sont à eux, et ils enchâssent les autres. Cet homme sage a choisi pour modèle ce qu'il y avait de plus extravagant, de plus contraire à la nature et à la coutume. Ayant vu que les mâles et les femelles n'ont point de fonctions séparées parmi les bêtes, il a jugé que les hommes et les femmes n'en devaient point avoir, et que les femmes devaient manier les armes, entrer dans les conseils, exercer les charges, posséder la souveraine puissance. Il fallait qu'il mît entre les mains des hommes le fil et la laine, et qu'il les obligeât à porter les enfants entre leurs bras. Je m'étonne qu'il ne se soit pas aperçu que ces projets-là ne pouvaient être réduits en pratique, et qu'il n'y a jamais eu de nation qui se soit avisé de se conduire par une police si extravagante.

CAPUT XXIII. De erroribus quorumdam philosophorum, deque sole et luna.

Cum igitur in tanta vanitate ipsi philosophorum principes deprehendantur, quid illos minores putabimus, qui numquam sibi tam sapientes videri solent, quam cum pecuniae contemptu gloriantur? Fortis animus. Sed expecto quid faciant, et quo ille contemptus evadat. Tradita sibi a parentibus patrimonia tamquam malum fugiunt, ac deserunt. Et ne in tempestate naufragium faciant, in tranquillo se ultro praecipitant, non virtute, sed perverso metu fortes; sicut illi, qui, cum timent ne ab hoste jugulentur, ipsi se jugulant, ut mortem morte devitent. Sic isti, unde possent gloriam liberalitatis acquirere, sine honore, sine gratia perdunt. Laudatur Democritus, quod agros suos reliquerit, eosque pascua publica fieri passus sit. Probarem, si donasset. Nihil autem sapienter fit, quod si ab omnibus fiat, inutile est ac malum. Sed haec negligentia tolerabilis. Quid ille, qui patrimonium in nummos redactum effudit in mare? Ego dubito utrumne sanus, an demens fuerit. Abite, inquit, in profundum, malae cupiditates; ego vos mergam, ne ipse mergar a vobis. Si tantus pecuniae contemptus est, fac illam beneficium, fac humanitatem, largire pauperibus: potest hoc, quod perditurus es, multis succurrere, ne fame, aut siti, aut nuditate moriantur. Imitare insaniam saltem furoremque Tuditani; sparge populo diripienda. Potes et pecuniam effugere, et tamen bene collocare; quia salvum est quidquid pluribus profuit.

Zenonis autem paria peccata quis probat? Sed omittamus id, quod est ab omnibus semper irrisum. Illud satis est ad coarguendum furiosi hominis errorem, quod inter vitia et morbos misericordiam ponit. Adimit nobis affectum, quo ratio humanae vitae pene omnis continetur. Cum enim natura hominis imbecillior sit quam caeterorum animalium, quae vel ad perferendam vim temporum, vel ad incursiones a suis corporibus arcendas, naturalibus munimentis providentia coelestis armavit: homini autem quia nihil istorum datum est, accepit pro istis omnibus miserationis affectum, qui plane vocatur humanitas, qua nosmet invicem tueremur. Nam si homo ad conspectum alterius hominis efferaretur, quod facere videmus animantes quarum natura solivaga est, nulla esset hominum societas, nulla urbium condendarum vel cura, vel ratio. Sic neque vita quidem satis tuta, cum et caeteris animalibus exposita esset imbecillitas hominum, et ipsi inter semetipsos belluarum more saevirent. Non minor in aliis dementia.

Quid enim dici potest de illo, qui nigram dixit esse nivem? quam consequens erat, ut etiam picem albam esse diceret! Hic est ille, qui se idcirco natum esse dicebat, ut coelum ac solem videret, qui in terra nihil videbat sole lucente. Xenophanes dicentibus Mathematicis orbem lunae duodeviginti partibus majorem esse, quam terram, stultissime credidit; et quod huic levitati fuit consentaneum, dixit, intra concavum lunae sinum esse aliam terram, et ibi aliud genus hominum simili modo vivere, quo nos in hac terra vivimus. Habent igitur illi lunatici homines alteram lunam, quae illis nocturnum lumen exhibeat, sicut haec exhibet nobis. Et fortasse noster hic orbis alterius inferioris terrae luna sit. Fuisse Seneca inter Stoicos ait, qui deliberaret utrumne Soli quoque suos populos daret: inepte scilicet, qui dubitaverit. Quid enim perderet, si dedisset? Sed, credo, calor deterrebat, ne tantam multitudinem periculo committeret; ne si aestu nimio periissent, ipsius culpa evenisse tanta calamitas diceretur.

Quid illi, qui esse contrarios vestigiis nostris Antipodas putant, num aliquid loquuntur? aut est quisquam tam ineptus, qui credat esse homines, quorum vestigia sint superiora, quam capita? aut ibi, quae apud nos jacent, inversa pendere? fruges et arbores deorsum versus crescere? pluvias, et nives, et grandinem sursum versus cadere in terram? Et miratur aliquis, hortos pensiles inter septem mira narrari, cum philosophi et agros, et maria, et urbes, et montes pensiles faciant? Hujus quoque erroris aperienda nobis origo est. Nam semper eodem modo falluntur. Cum enim falsum aliquid in principio sumpserint, veri similitudine inducti, necesse est eos in ea, quae consequuntur, incurrere. Sic incidunt in multa ridicula; quia necesse est falsa esse, quae rebus falsis congruunt. Cum autem primis habuerint fidem, qualia sint ea, quae sequuntur, non circumspiciunt, sed defendunt omni modo; cum debeant prima illa, utrumne vera sint, an falsa, ex consequentibus judicare.

Quae igitur illos ad Antipodas ratio perduxit? Videbant siderum cursus in occasum meantium; solem atque lunam in eamdem partem semper occidere, atque oriri semper ab eadem. Cum autem non perspicerent, quae machinatio cursus eorum temperaret, nec quomodo ab occasu ad orientem remearent, coelum autem ipsum in omnes partes putarent esse devexum, quod sic videri, propter immensam latitudinem necesse est: existimaverunt, rotundum esse mundum sicut pilam, et ex motu siderum opinati sunt coelum volvi, sic astra solemque, cum occiderint, volubilitate ipsa mundi ad ortum referri. Itaque et aereos orbes fabricati sunt, quasi ad figuram mundi, eosque caelarunt portentosis quibusdam simulacris, quae astra esse dicerent. Hanc igitur coeli rotunditatem illud sequebatur, ut terra in medio sinu ejus esset inclusa. Quod si ita esset, etiam ipsam terram globo similem; neque enim fieri posset, ut non esset rotundum, quod rotundo conclusum teneretur. Si autem rotunda etiam terra esset, necesse esse, ut in omnes coeli partes eamdem faciem gerat, id est montes erigat, campos tendat, maria consternat. Quod si esset, etiam sequebatur illud extremum, ut nulla sit pars terrae, quae non ab hominibus caeterisque animalibus incolatur. Sic pendulos istos Antipodas coeli rotunditas adinvenit.

Quod si quaeras ab iis, qui haec portenta defendunt, quomodo non cadunt omnia in inferiorem illam coeli partem; respondent, hanc rerum esse naturam, ut pondera in medium ferantur, et ad medium connexa sint omnia, sicut radios videmus in rota; quae autem levia sunt, ut nebula, fumus, ignis, a medio deferantur, ut coelum petant. Quid dicam de iis nescio, qui, cum semel aberraverint, constanter in stultitia perseverant, et vanis vana defendunt; nisi quod eos interdum puto, aut joci causa philosophari, aut prudentes et scios mendacia defendenda suscipere, quasi ut ingenia sua in malis rebus exerceant, vel ostendant. At ego multis argumentis probare possem, nullo modo fieri posse, ut coelum terra sit inferius, nisi et liber jam concludendus esset, et adhuc aliqua restarent, quae magis sunt praesenti operi necessaria. Et quoniam singulorum errores percurrere non est unius libri opus, satis sit pauca enumerasse, ex quibus possit qualia sint caetera intelligi.

XXIII. Après que les plus célèbres philosophes ont été convaincus de soutenir des opinions vaines et ridicules, que doit-on attendre des autres qui sont beaucoup au-dessous d'eux, et qui ne s'imaginent jamais être arrivés à un si haut point de sagesse, que quand ils se vantent de mépriser les richesses? C'est sans doute une grande force d'esprit. Mais voyons où elle se termine. Ils renoncent à la succession de leurs pères, comme si c'était un mal de la posséder. Ils se précipitent dans la mer durant le calme, de peur de faire naufrage pendant la tempête. Leur force ne vient que de la crainte, au lieu de venir du courage. Ils ressemblent à ceux qui se tuent, pour n'être pas tués par l'ennemi, et qui ne trouvent point d'autre moyen d'éviter la mort que de se la procurer. En pensant faire estimer leur libéralité, ils perdent leur bien sans honneur et sans mérite. On loue Démocrite d'avoir abandonné ses terres: je le louerais plutôt s'il les avait données. Il n'y a point de sagesse à faire une action, qui deviendrait inutile ou même mauvaise si elle était faite par tout le monde. Supposons néanmoins que cette négligence puisse être excusée, que dirons-nous de celui qui, ayant vendu son bien, en jeta le prix dans la mer? Je doute qu'il fût sage. « Allez, dit-il, au fond de la mer, malheureuse cupidité; je vous perdrai de peur que vous ne me perdiez moi-même. » Si vous méprisez si fort votre bien, faites-en un bon usage et l'employez au soulagement des pauvres. Ce que vous voulez perdre peut servir à empêcher que plusieurs ne meurent de faim, de soif ou de nudité. Imitez au moins l'extravagance et la fureur de Tuditanus. Jetez votre argent au peuple, c'est un moyen de vous en délivrer et de ne le pas perdre. Qui pourrait approuver l'égalité que Zénon a prétendu mettre entre les péchés? Ne disons rien de cette ineptie dont tout le monde s'est toujours moqué. Pour le convaincre d'erreur et de folie, c'est assez de dire qu'il a mis la compassion au nombre des vices et des maladies. Il nous ôte de la sorte une affection d'où dépendent les principaux devoirs de la vie. L'homme étant né plus faible que les animaux, que la Providence a munis et armés contre les injures de l'air et des saisons et contre les violences qui leur peuvent venir de dehors, il n'a pour toute défense que la tendresse et l'humanité avec laquelle nous nous secourons les uns les autres. Si l'homme entrait en fureur à la vue d'un autre homme, comme font les bêtes farouches, il n'y aurait plus de société, plus de villes, plus de sûreté; nous serions exposés à la rage des bêtes, et nous n'exercerions pas moins de cruautés les uns contre les autres que les bêtes mêmes. Les autres philosophes n'ont point été moins extravagants. Quel jugement peut-on faire de celui qui a dit que la neige était noire? Il fallait qu'il dît ensuite que la poix était blanche. C'est celui-là même qui disait qu'il était né pour regarder le ciel et le soleil, et qui ne voyait rien sur la terre en plein midi. Xénophane fut assez simple pour croire ce que les mathématiciens lui disaient : que la lune était vingt et une fois plus grande que la terre. Il ajouta que dans le creux de la lune il y a une terre habitée comme la nôtre. Les hommes de cette terre-la ont donc aussi une autre lune qui les éclaire durant la nuit ; et peut-être que le globe que nous habitons est la lune d'une autre terre. Sénèque témoigne que, parmi les stoïciens, il s'est trouvé un philosophe qui doutait s'il donnerait des hommes au soleil. Quelle raison avait-il de douter, puisqu'il ne pouvait rien perdre en les donnant? Mais il appréhendait peut-être de les exposer au péril d'être brûlés, et il ne voulait pas être la cause d'un si funeste incendie.

XXIV. Ceux qui tiennent qu'il y a des antipodes, tiennent-ils un sentiment raisonnable? Y a-t-il quelqu'un assez extravagant pour se persuader qu'il y ait des hommes qui aient les pieds en haut et la tête en bas; que tout ce qui est couché en ce pays-ci, soit suspendu en celui-là ; que les herbes et les arbres y croissent en descendant, et que la pluie et la grêle y tombent en montant? Faut-il s'étonner que l'on ait mis les jardins suspendus de Babylone au nombre des merveilles de la nature, puisque les philosophes suspendent aussi des mers, des villes et des montagnes? Cherchons la source de cette erreur, et nous trouverons sans doute qu'elle procède de la même cause que les autres. Quand les philosophes, trompés par l'ombre de la vraisemblance, ont une fois admis un faux principe, il faut qu'ils admettent aussi les conséquences qui s'en tirent. Ils tombent de fausseté en fausseté; ils embrassent indiscrètement la première, et au lieu d'examiner la seconde qui se présente, ils la soutiennent par toute sorte de moyens, au lieu de juger de la première par la seconde. Comment donc se sont-ils engagés à soutenir qu'il y a des antipodes? En observant le mouvement et le cours des astres, ils ont remarqué que le soleil et la lune se couchent toujours du même côté et se lèvent toujours de même. Mais ne pouvant découvrir l'ordre de leur marche, ni deviner comment ils passaient de l’Occident à l'Orient, ils se sont imaginé que le ciel était rond, tel que sa vaste étendue le fait paraître; que le monde même était rond comme une boule, que le ciel tournai t continuellement, et qu'en tournant il ramenait le soleil et les astres de l'Occident à l'Orient. C'est ce qui les a portés à faire des globes d'airain, sur lesquels ils ont gravé des figures monstrueuses auxquelles ils ont donné le nom d'astres. Le ciel étant rond, il fallait que la terre, qui est renfermée dans son étendue, fût aussi ronde. Que si elle est ronde, elle regarde le ciel de tous côtés de la même manière, et lui oppose de tous côtés des mers, des plaines et des montagnes. Il suit encore de là qu'il n'y a aucune partie qui ne soit habitée. Voilà comment la rondeur que l'on a attribuée au ciel a donné occasion d'inventer les antipodes. Quand l'on demande à ceux qui défendent ces opinions monstrueuses, comment il se peut faire, que ce qui est sur la terre ne tombe pas vers le ciel, ils répondent : que c'est parce que les corps pesants tendent toujours vers le milieu comme les rayons d'une roue, et que les corps légers, comme les nuées, la fumée, le feu, s'élèvent en l'air. J'avoue que je ne sais ce que je dois dire de ces personnes qui demeurent opiniâtres dans leurs erreurs, et qui soutiennent leurs extravagances, si ce n'est que quand ils disputent, ils n'ont point d'autre dessein que de se divertir ou de faire paraître leur esprit. Il me serait aisé de prouver, par des arguments invincibles, qu'il est impossible que le ciel soit au-dessous de la terre. Mais je suis obligé de finir ce livre-ci, ce que je ne saurais faire pourtant sans y ajouter auparavant quelques matières de grande importance. Comme on ne peut réfuter les erreurs de tous les philosophes, je me contenterai d'en avoir représenté quelques-unes par lesquelles on jugera des autres.

CAPUT XXV. De addiscenda philosophia; et quanta ad ejus studium sint necessaria.

Nunc pauca nobis de philosophia in commune dicenda sunt, ut confirmata causa peroremus. Summus ille noster Platonis imitator existimavit philosophiam non esse vulgarem, quod eam non nisi docti homines assequi possint. « Est, inquit Cicero, philosophia paucis contenta judicibus, multitudinem consulto ipsa fugiens. » Non est ergo sapientia, si ab hominum coetu abhorret: quoniam si sapientia homini data est, sine ullo discrimine omnibus data est, ut nemo sit prorsus, qui eam capere non possit. At illi virtutem humano generi datam sic amplexantur, ut soli omnium publico bono frui velle videantur, tam invidi, quam si velint deligare oculos aut effodere caeteris, ne solem videant. Nam quid est aliud hominibus negare sapientiam, quam mentibus eorum verum ac divinum lumen auferre? Quod si natura hominis sapientiae capax est, oportuit et opifices, et rusticos, et mulieres, et omnes denique, qui humanam formam gerunt, doceri, ut sapiant; populumque ex omni lingua, et conditione, et sexu, et aetate conflari. Maximum itaque argumentum est, philosophiam neque ad sapientiam tendere, neque ipsam esse sapientiam, quod mysterium ejus barba tantum celebratur et pallio. Senserunt hoc adeo Stoici, qui et servis, et mulieribus philosophandum esse dixerunt; Epicurus quoque, qui rudes omnium litterarum ad philosophiam invitat; item Plato, qui civitatem de sapientibus voluit componere.

Conati quidem illi sunt facere, quod veritas exigebat: sed non potuit ultra verba procedi. Primum, quia multis artibus opus est, ut ad philosophiam possit accedi. Discendae istae communes litterae propter usum legendi, quia in tanta rerum varietate, nec disci audiendo possunt omnia, nec memoria contineri. Grammaticis quoque non parum operae dandum est, ut rectam loquendi rationem scias. Id multos annos auferat necesse est. Nec oratoria quidem ignoranda est; ut ea, quae didiceris, proferre atque eloqui possis. Geometria quoque, ac musica, et astrologia necessaria est, quod hae artes cum philosophia habent aliquam societatem: quae universa perdiscere neque foeminae possunt, quibus intra puberes annos officia mox usibus domesticis profutura discenda sunt neque servi, quibus per eos annos vel maxime serviendum est, quibus possunt discere; neque pauperes, aut opifices, aut rustici, quibus in diem victus labore est quaerendus. Ob eam causam Tullius ait abhorrere a multitudine philosophiam. At enim rudes Epicurus accipiet. Quomodo ergo illa, quae de principiis rerum dicuntur, intelligunt, quae perplexa et involuta vix etiam politi homines assequuntur?

In rebus igitur obscuritate implicitis, et ingeniorum varietate confusis, et eloquentium virorum exquisito sermone fucatis, quis imperito ac rudi locus est? Denique nullas unquam mulieres philosophari docuerunt, praeter unam ex omni memoria Themisten; neque servos, praeter unum Phaedonem, quem male servientem redemisse ac docuisse Cebetem tradunt. Enumerant etiam Platonem, ac Diogenem; qui tamen servi non fuerunt: sed his servitus evenerat; sunt enim capti. Platonem quidem redemisse Anniceris quidam traditur sestertiis octo. Itaque insectatus est conviciis hunc ipsum redemptorem Seneca, quod parvo Platonem aestimaverit. Furiosus, ut mihi videtur, qui homini fuerit iratus, quod non multam pecuniam perdidit: scilicet aurum appendere debuit, tamquam pro mortuo Hectore, aut tantum ingerere nummorum, quantum venditor non poposcit. Ex Barbaris vero nullum, praeter unum Anacharsim Scytham, qui philosophiam ne somniasset quidem, nisi et linguam, et litteras ante didicisset.

CAPUT XXVI. Sapientiam sola doctrina coelestis largitur; et quam sit efficax lex Dei.

Quod ergo illi poscente natura faciendum esse senserunt, sed tamen neque ipsi facere potuerunt, neque a philosophis fieri posse viderunt, sola haec efficit doctrina coelestis; quia sola sapientia est. Illi scilicet persuadere cuiquam poterunt, qui nihil persuadent etiam sibi? aut cujusquam cupiditates oppriment, iram temperabunt, libidinem coercebunt, cum ipsi et cedant vitiis, et fateantur, plus valere naturam? Dei autem praecepta, quia et simplicia, et vera sunt, quantum valeant in animis hominum, quotidiana experimenta demonstrant. Da mihi virum, qui sit iracundus, maledicus, effraenatus: paucissimis Dei verbis:

Tam placidum, quam ovem, reddam. Da cupidum, avarum, tenacem: jam tibi eum liberalem dabo, et pecuniam suam plenis manibus largientem. Da timidum doloris ac mortis: jam cruces, et ignes, et taurum contemnet. Da libidinosum, adulterum, ganeonem: jam sobrium, castum, continentem videbis. Da crudelem et sanguinis appetentem: jam in veram clementiam furor ille mutabitur. Da injustum, insipientem, peccatorem: continuo et aequus, et prudens, et innocens erit. Uno enim lavacro malitia omnis abolebitur. Tanta divinae sapientiae vis est, ut in hominis pectus infusa, matrem delictorum stultitiam uno semel impetu expellat: ad quod efficiendum, non mercede, non libris, non lucubrationibus opus est. Gratis ista fiunt, facile, cito; modo pateant aures, et pectus sapientiam sitiat. Nemo vereatur: nos aquam non vendimus, nec solem mercede praestamus. Dei fons uberrimus atque plenissimus patet cunctis: et hoc coeleste lumen universis oritur, quicumque oculos habent. Num quis haec philosophorum aut unquam praestitit, aut praestare, si velit, potest? Qui cum aetates suas in studio philosophiae conterant, neque alium quemquam, neque seipsos (si natura paululum obstitit) possunt facere meliores. Itaque sapientia eorum, ut plurimum efficiat, non excidit vitia, sed abscondit. Pauca vero Dei praecepta sic totum hominem immutant, et exposito vetere novum reddunt, ut non cognoscas eumdem esse.

XXV. Il ne me reste plus qu'à dire quelque chose de la philosophie en général avant de finir ce livre. Le grand imitateur de Platon a écrit : que la philosophie n'était pas commune et qu'il n'y avait que les savants qui pussent y aspirer. La philosophie est donc distinguée de la sagesse, qui doit être commune à tous les hommes. Ces philosophes se rendent propre un bien qui est donné indifféremment à tout le monde, et ils sont animés d'une si maligne jalousie, qu'ils voudraient pouvoir bander ou arracher les yeux aux autres, de peur qu'ils ne voient le soleil. Les priver de la sagesse n'est rien moins qu'éteindre en eux une lumière divine. La nature humaine étant capable de sagesse, toutes sortes de personnes, les paysans, les artisans, les femmes, les enfants et les vieillards, enfin tous les peuples, de quelque langue et de quelque pays que ce soit, la devraient apprendre. Le mystère que l'on fait de la philosophie, bien qu'il ne consiste le plus souvent qu'à porter une longue barbe et un manteau, est une preuve convaincante que la philosophie n'est ni la sagesse ni le moyen de l'acquérir. Cette vérité a été reconnue par les stoïciens qui ordonnaient aux femmes et aux esclaves de s'adonner à la philosophie, par Epicure qui exhortait les plus ignorants à l'étude, par Platon qui avait jeté dans son esprit le plan d'une ville qui n'aurait été composée que de sages. Leur projet était fort louable; mais il est demeuré sans exécution. Il est aussi fort difficile de parvenir à la connaissance de la philosophie. Il faut premièrement apprendre à lire pour pouvoir voir les livres, parce qu'on ne saurait recevoir de vive voix une si prodigieuse variété de préceptes, ni en conserver la mémoire. Il faut donner ensuite beaucoup de temps à la grammaire pour apprendre à parler. Il n'est pas permis d'ignorer la rhétorique, parce que sans elle on ne saurait exprimer ses pensées avec élégance. La géométrie, la musique et l'astrologie sont nécessaires à cause de l'étroite liaison qu'elles ont avec la philosophie. Or tous ces arts ne peuvent être appris ni par les filles, qui sont obligées d'apprendre durant leur jeunesse quantité de choses nécessaires pour l'usage de la maison, ni par les esclaves, qui sont employés à servir dans le temps qu'il faudrait donner à l'étude, ni par les pauvres, par les artisans et les gens de la campagne qui travaillent tout le jour pour gagner leur vie. Voilà pourquoi Cicéron a dit : que la philosophie fuit la multitude. Si Epicure reçoit les plus ignorants dans son école, comment leur fera-t-il entendre ce qu'il enseigne touchant les principes, et qui est si difficile et si obscur, qu'à peine peut-il être compris par les plus habiles ? Que peut faire un esprit qui n'a aucune teinture des lettres dans une matière épineuse d'elle-même, et qui a été encore embrouillée par la malice des philosophes qui l'ont traitée et déguisée par l'artifice des orateurs qui en ont parlé? Enfin les philosophes n'ont jamais enseigné la philosophie qu'à une seule femme, savoir à Thémiste, et à un seul esclave, savoir à Phédon, qui, comme il servait mal son maître, fut acheté et instruit par Cébès. On met aussi de ce nombre-là Platon et Diogène, bien, qu'ils fussent nés libres et qu'ils eussent été pris. On dit que Platon fut racheté de huit sesterces par Anicéris. Sénèque lui dit des injures d'avoir mis à si bas prix un si excellent philosophe. Mais il me semble qu'il y a de la fureur à se fâcher contre un homme de ce qu'il n'a pas prodigué son bien mal à propos. Il devait donner une aussi grande quantité d'or que celle que Priam donna pour le corps d'Hector, ou compter plus de pièces d'argent qu'il n'en demandait. Entre tous les étrangers ils n'ont enseigné la philosophie qu'à Anacharsis, Scythe de nature, qui ne l'aurait jamais pu apprendre s'il n'avait su auparavant la langue grecque et la grammaire.

XXVI. La doctrine du ciel qui contient la véritable sagesse fait toute seule ce que les philosophes ont jugé qu'il fallait faire, bien qu'ils ne le pussent faire, et qu'ils crussent qu'il ne pouvait être fait par les autres. Comment ceux qui ne sont persuadés de rien pourraient-ils persuader quelque chose ? Comment ceux qui obéissent à leurs passions, qui confessent qu'elles ont plus de force que leur raison, pourraient-ils réprimer celles des autres, modérer l'ardeur de leurs désirs et apaiser les mouvements de leur colère ? L'expérience fait voir au contraire la grandeur du pouvoir que les commandements de Dieu, qui sont simples et véritables, exercent sur l'esprit des hommes. Donnez-m'en un qui soit sujet à la colère et accoutumé à de grands emportements, je le rendrai aussi doux qu'un mouton dès que je lui aurai dit quelques paroles du Sauveur. Donnez-m'en un qui soit avare et insatiable, je le rendrai libéral, et je lui ferai donner son argent à pleines mains. Donnez-m'en un qui soit délicat, et qui n'appréhende rien tant que la douleur et la mort, je lui ferai mépriser les tourments, les feux, et le taureau de Phalaris. Donnez-m'en un qui soit débauché, je le rendrai sobre et tempérant. Donnez-m'en un qui soit cruel et qui aime à répandre le sang, je changerai toute sa fureur en humanité. Enfin donnez-m'en un qui soit injuste, déréglé et criminel, je le ferai devenir tout d'un coup équitable, réglé et innocent. Il ne faut qu'un peu d'eau pour effacer tous les crimes. La sagesse de Dieu agit avec une puissance si efficace, que dès qu'elle entre dans un cœur elle en chasse toute la folie. On ne demande rien en récompense : cela se fait gratuitement et en un instant. Que personne n'appréhende d'approcher de nous. Nous ne vendons ni l'eau ni le soleil. La fontaine de Dieu est ouverte, et sa lumière éclaire tous ceux qui ont des yeux. Y a-t-il jamais eu, ou y a-t-il maintenant un philosophe qui en puisse faire autant ? Ils consument toute leur vie à l'étude, et ne rendent pas leurs disciples meilleurs, ni ne le deviennent pas eux-mêmes, pour peu que l'inclination que les uns et les autres ont au mal résiste aux préceptes. Tout l'effet que l'on peut attendre de leur sagesse, c'est qu’elle cache les vices au lieu de les arracher. Les commandements de Dieu apportent au contraire un changement si surprenant qu'ils détruisent le vieil homme pour former le nouveau.

CAPUT XXVII. Quam parum philosophorum praecepta conferant ad veram sapientiam, quam in sola religione invenies.

Quid ergo? nihilne illi simile praecipiunt? Imo permulta; et ad verum frequenter accedunt. Sed nihil ponderis habent illa praecepta, quia sunt humana, et auctoritate majori, id est divina illa, carent. Nemo igitur credit; quia tam se hominem putat esse, qui audit, quam est ille, qui praecipit. Praeterea nihil apud eos certi est, nihil quod a scientia veniat. Sed cum omnia conjecturis agantur, multa etiam diversa et varia proferantur, stultissimi est hominis, praeceptis eorum velle parere, quae utrum vera sint, an falsa, dubitatur; et ideo nemo paret, quia nemo vult ad incertum laborare. Virtutem esse Stoici aiunt, quae sola efficiat vitam beatam. Nihil potest verius dici. Sed quid, si cruciabitur aut dolore afficietur? Poteritne quisquam inter carnifices beatus esse? Imo vero illatus corpori dolor materia virtutis est: itaque ne in tormentis quidem miser est. Epicurus multo fortius. Sapiens, inquit, semper beatus est; et vel inclusus in Phalaridis tauro hanc vocem emittet: « Suave est, et nihil curo. » Quis eum non irriserit? Maxime, quod homo voluptarius personam sibi viri fortis imposuit, et quidem supra modum, non enim fieri potest, ut quisquam cruciatus corporis pro voluptatibus ducat, cum satis sit, ad officium virtutis implendum, perferre ac sustinere. Quid dicitis Stoici? Quid tu Epicure? Beatus est sapiens, etiam cum torquetur. Si propter gloriam patientiae; non fruetur; in tormentis enim fortasse morietur. Si propter memoriam; aut non sentiet, si occidunt animae, aut si sentiet, nihil ex ea consequetur.

Quis ergo alius fructus est in virtute? quae beatitudo vitae? ut aequo animo moriatur? Bonum mihi affertis unius horae, aut fortasse momenti, propter quod non expediat in tota vita miseriis et laboribus confici. Quantum autem temporis mors occupat? quae cum veniat utrum aequo an iniquo animo eam subieris, jam nihil refert. Ita fit, ut nihil aliud ex virtute captetur, nisi gloria. Sed haec aut supervacua et brevis est, aut pravis hominum judiciis non sequetur. Nullus igitur ex virtute fructus est, ubi virtus mortalis est et caduca. Ita qui haec locuti sunt, umbram quamdam virtutis videbant, ipsam virtutem non videbant. Defixi enim fuerunt in terram, nec vultus suos in altum erigebant, ut eam possent intueri,

Quae sese a coeli regionibus ostentabat. Haec causa est, cur praeceptis eorum nullus obtemperet: quoniam aut ad vitia erudiunt, si voluptatem defendunt; aut si virtutem asserunt, neque peccato poenam minantur, nisi solius turpitudinis, neque virtuti ullum praemium pollicentur, nisi solius honestatis et laudis, cum dicant, non propter seipsam expetendam esse virtutem.

Beatus est igitur sapiens in tormentis: sed cum torquetur pro fide, pro justitia, pro Deo, illa patientia doloris beatissimum faciet. Est enim Deus, qui solus potest honorare virtutem; cujus merces immortalitas sola est: quam qui non appetunt, nec religionem tenent, cui aeterna subjacet vita, profecto neque virtutis vim sciunt, cujus praemium ignorant; neque in coelum spectant, quod ipsi se facere putant, cum res non vestigabiles quaerunt, quia ratio in coelum spectandi nulla alia est, nisi aut religionem suscipere, aut animam suam immortalem esse credere. Quisquis enim aut Deum colendum esse intelligit, aut immortalitatis spem sibi propositam habet, mens ejus in coelo est; et licet id non aspiciat oculis, animae tamen lumine aspicit. Qui autem religionem non suscipiunt, terreni sunt; qui religio de coelo est, et qui animam putant cum corpore interire, aeque in terram spectant, quia ultra corpus quod est terra, nihil amplius vident, quod sit immortale. Nihil igitur prodest hominem ita esse fictum, ut recto corpore spectet in coelum; nisi erecta mente Deum cernat, et cogitatio ejus in spe vitae perpetuae tota versetur.

CAPUT XXVIII. De vera religione, deque natura; fortuna num sit dea; et de philosophia.

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