Divinae institutiones (Institutions divines) (page 21)
Quapropter nihil aliud est in vita, quo ratio, quo conditio nostra nitatur, nisi Dei, qui nos genuit, agnitio et religiosus ac pius cultus: unde quoniam philosophi aberraverunt, sapientes utique non fuerunt. Quaesierunt illi quidem sapientiam: sed quia non rite quaerebant, prolapsi sunt longius; et in tantos errores inciderunt, ut etiam communem sapientiam non tenerent. Non enim tantum religionem asserere noluerunt: verum etiam sustulerunt; dum specie falsae virtutis inducti, conantur animos omni metu liberare: quae religionis eversio naturae nomen invenit. Illi enim, cum aut ignorarent, a quo esset effectus mundus, aut persuadere vellent, nihil esse divina mente perfectum, naturam esse dixerunt rerum omnium matrem, quasi dicerent, omnia sua sponte esse nata: quo verbo plane imprudentiam suam confitentur. Natura enim, remota providentia et potestate divina, prorsus nihil est. Quod si Deum naturam vocent, quae perversitas est, naturam potius quam Deum nominare? Si autem natura ratio est, vel necessitas, vel conditio nascendi, non est per seipsam sensibilis: sed necesse est mentem esse divinam, quae sua providentia nascendi principium rebus omnibus praebeat. Aut si natura est coelum atque terra, et omne, quod natum est, non est Deus natura, sed Dei opus.
Non dissimili errore credunt esse fortunam, quasi deam quamdam res humanas variis casibus illudentem; quia nesciunt, unde sibi bona, et mala eveniant. Cum hac se compositos ad praeliandum putant; nec ullam tamen rationem reddunt, a quo et quam ob causam: sed tantum cum fortuna se digladiari momentis omnibus gloriantur. Jam quicumque aliquos consolati sunt ob interitum amissionemque charorum, fortunae nomen acerrimis accusationibus prosciderunt; nec omnino ulla eorum disputatio de virtute est, in qua non fortuna vexetur. M. Tullius in sua Consolatione pugnasse se semper contra fortunam loquitur, eamque a se esse superatam, cum fortiter inimicorum impetus retudisset; ne tum quidem se ab ea fractum, cum domo pulsus patria caruit: tum autem, cum amiserit charissimam filiam, victum se a fortuna turpiter confitetur. Cedo, inquit, et manum tollo. Quid hoc homine miserius, qui sic jaceat? Insipienter, inquit: sed qui profitetur se esse sapientem. Quid ergo sibi vult assumptio nominis? Quid contemptus ille rerum, qui magnificis verbis praetenditur? Quid dispar caeteris habitus? Aut cur omnino praecepta sapientiae datis, si nemo, qui sapiat, adhuc inventus est? Et quisquam nobis invidiam facit, quia philosophos negamus esse sapientes? cum ipsi nec scire se quidquam, nec sapere fateantur. Nam si quando ita defecerint, ut ne affingere quidem quidquam possint, quod faciunt in rebus caeteris: tum vero ignorantiae admonentur, et quasi furibundi exiliunt, et exclamant se caecos esse et excordes. Anaxagoras pronuntiat circumfusa esse tenebris omnia. Empedocles angustas esse sensuum semitas queritur, tamquam illi ad cogitandum rheda et quadrigis opus esset. Democritus quasi in puteo quodam sic alto, ut fundus sit nullus, veritatem jacere demersam; nimirum stulte, ut caetera. Non enim tamquam in puteo demersa veritas est, quo vel descendere, vel etiam cadere illi licebat, sed tamquam in summo montis excelsi vertice, vel potius in coelo, quod est verissimum. Quid enim est, cur eam potius in imum depressam diceret, quam in summum levatam? nisi forte mentem quoque in pedibus, aut in imis calcibus constituere malebat potius, quam in pectore, aut in capite.
Adeo remotissimi fuerunt ab ipsa veritate, ut eos ne status quidem sui corporis admoneret, veritatem in summo illis esse quaerendam. Ex hac desperatione confessio illa Socratis nata est, qua se nihil scire dixit, nisi hoc unum, quod nihil sciat. Hinc Academiae disciplina manavit; si tamen disciplina dici potest, in qua ignoratio et discitur et docetur. Sed ne illi quidem, qui scientiam sibi assumpserunt, id ipsum, quod se scire putabant, constanter defendere potuerunt. Qui, quoniam ratio illis non quadrabat, per ignorantiam rerum divinarum tam varii, tam incerti fuerunt, sibique saepe contraria disserentes, ut quid sentirent, quid vellent, statuere ac dijudicare non possis. Quid igitur pugnes adversus eos homines, qui suo sibi gladio pereunt? Quid labores, ut eos destruas, quos sua ipsos destruit atque afficit oratio? Aristoteles, inquit Cicero, veteres philosophos accusans, ait eos aut stultissimos, aut gloriosissimos fuisse, qui existimassent philosophiam suis ingeniis perfectam: sed se videre, quod paucis annis magna accessio facta esset, brevi tempore philosophiam plane absolutam fore. Quod igitur fuit illud tempus? quo more? quando est aut a quibus absoluta? Nam quod ait stultissimos fuisse, qui putassent ingeniis suis perfectam esse sapientiam, verum est: sed ne ipse quidem satis prudenter, qui aut a veteribus coeptam, aut a novis auctam, aut mox a posterioribus perfectum iri putavit. Nunquam enim potest investigari, quod non per viam suam quaeritur.
XXVII. Les philosophes ne donnent-ils point de semblables préceptes ? Ils en donnent en grand nombre, et ils approchent souvent de la vérité. Mais ces préceptes-là n'ont aucun poids, parce qu'ils ne procèdent que d'une autorité humaine. Personne ne les reçoit avec respect parce que ceux qui les écoutent sont de même nature et de même condition que ceux qui les font. De plus, il n'y a rien de certain ni de constant dans ce que disent les philosophes. Ils n'ont souvent que des conjectures, et on trouve une merveilleuse diversité dans ce qu'ils avancent. Ce serait donc une folie de suivre des préceptes, de la vérité et de la justice desquels on a sujet de douter. Personne n'y défère, parce que personne ne veut travailler en vain. Les stoïciens assurent qu'il n'y a que la vertu qui rende la vie heureuse. Il n'y a rien de si vrai. Mais si un homme avec sa vertu souffre de la douleur, sera-t-il heureux au milieu des tourments et entre les mains des bourreaux ? La douleur ne servira qu'à éprouver sa constance ; et quoi qu'il souffre, il sera toujours fort heureux!
Epicure va plus loin. « Le sage, dit-il, est toujours heureux, et si on l'avait enfoncé dans le taureau de Phalaris, il dirait : je m'y trouve bien et j'y suis content. » Qui pourrait voir sans rire qu'un homme adonné à ses plaisirs contrefasse de la sorte l'homme de cœur, et qu'il porte la générosité plus loin qu'elle ne peut aller? Personne ne trouve de plaisir dans la douleur, c'est assez de la supporter avec constance. Que prétendez-vous, stoïciens et Epicure, quand vous dites que le sage est heureux dans les tourments? Si c'est la réputation d'avoir méprisé les tourments qui le rende heureux, peut-être qu'il mourra par l'excès de la douleur, et qu'il ne jouira pas du fruit de sa patience. Si c'est la mémoire que la postérité en conservera, il n'en saura rien s'il n'y a aucun sentiment après la mort, ou s'il y en a quelqu'un, il ne lui servira de rien de le savoir. Quelle sera donc la récompense de la vertu, et quel bonheur possédera-t-il ? Il en mourra plus content. Voilà une belle récompense qui ne dure qu'une heure, ou peut-être qu'un moment, et pour laquelle il faudrait nous rendre misérables durant toute notre vie? La mort n'emporte pas beaucoup de temps. Quand son heure est venue, il importe peu que l’on soit content de la recevoir, ou que l'on ne le soit pas. Ainsi on ne peut attendre aucune autre récompense de la vertu, que la gloire de l'avoir pratiquée. Mais cette gloire est souvent fort inutile. Souvent elle se dissipe et s'évanouit en un instant, et elle dépend quelquefois du mauvais jugement des hommes, auquel il ne faut avoir aucun égard. Il n'y a donc aucun fruit à recueillir d'une vie très faible et périssable, et ceux qui ont été dans ce sentiment, au lieu de voir la vertu, n'ont vu que son ombre. Ils sont demeurés attachés à la terre, au lieu de lever les yeux au ciel où la vertu paraît comme sur un trône. C'est pour cela qu'il s'est trouvé si peu de monde qui ait déféré à leurs préceptes. Car quand ils soutiennent la volupté, ils excitent au vice, et quand ils entreprennent la défense de la vertu, ils ne s'en acquittent que très faiblement, parce qu'ils ne proposent point d'autre châtiment au vice que le déshonneur, d'autre récompense à la vertu que la louange, en disant qu'elle ne doit être recherchée que pour elle-même. Le sage est donc heureux au milieu des tourments, mais c'est quand il souffre pour le service de Dieu, pour la défense de la foi et de la justice. Il n'y a que Dieu qui puisse honorer la vertu, parce qu'il n'y a que lui qui lui puisse donner l'immortalité, qui est la seule récompense qui soit digne d'elle. Ceux qui ne désirent pas cette immortalité ne sont pas dans la véritable religion, qui tend à la vie éternelle comme à sa fin. Ils ne connaissent ni la valeur de la vertu ni la récompense qu'elle mérite. Ils ne regardent pas le ciel quoiqu'ils croient le regarder quand ils y cherchent ce qu'ils n'y sauraient trouver, parce qu'il n'y a point d'autre raison de regarder le ciel que pour embrasser la religion qui en est venue, ou pour espérer l'immortalité qui nous est promise. Quiconque songe sérieusement au service qu'il doit à Dieu, et à l'immortalité qu'il espère, regarde le ciel par les yeux de l'esprit, bien qu'il ne le regarde peut-être pas par les yeux du corps. Ceux qui n'embrassent pas la religion qui est, comme je l'ai dit, descendue du ciel, demeurent attachés à la terre. Ceux qui croient que l'âme meurt avec le corps, rampent sur la terre de la même sorte, et ne voient rien au delà du corps qui n'est lui-même qu'un amas de terre. Il ne sert de rien à l'homme d'avoir la taille droite et de regarder le ciel, s'il ne songe à Dieu et s'il n'a une ferme espérance de posséder la vie éternelle.
XXVIII. L'unique devoir auquel toute notre vie se doit rapporter, est de connaître le Dieu qui nous a mis au monde et de le servir. Les philosophes ne sont jamais parvenus à la sagesse, parce qu'ils se sont éloignés de cette fin pour laquelle ils avaient été créés. Il est vrai qu'ils ont cherché la sagesse ; mais loin de la trouver, ils sont tombés en des erreurs très grossières. Ils ont aboli toute sorte de religion, lorsque, trompés par une fausse image de vertu, ils ont tâché de délivrer les esprits de crainte. Ils ont couvert ce renversement de religion du spécieux nom de Nature. Car comme ils ne savaient pas que Dieu a fait le monde ni aucun autre ouvrage, ils en ont attribué la production à la Nature, ce qui est la même chose que s'ils avaient dit que toutes choses sont nées d'elles-mêmes ; en quoi il est certain qu'ils ont fait voir une extrême imprudence; car la Nature n'est rien d'elle-même, si on la sépare de la providence et de la puissance divine. Que si par le nom de Nature ils n'entendent que Dieu, quel étrange renversement de langage? que si par le mot de Nature ils entendent ou la manière et la nécessité de la naissance, ou les conditions auxquelles nous venons au monde, ils n'entendent rien de sensible ni de palpable, et il n'y a en effet que la providence de Dieu qui préside à la naissance de toutes choses. Que s'ils donnent le nom de Nature au ciel et à la terre, la Nature sera l'ouvrage de Dieu, et non pas Dieu même. Ils sont tombés dans une erreur semblable touchant la Fortune ; car ne sachant d'où leur venaient ni les biens ni les maux, ils ont inventé une déesse qui se joue du sort des hommes. Ils se vantent d'être tous les jours aux mains avec elle, bien qu'ils ne sachent qui les a engagés dans ce combat, ni quel est le sujet de leur différend. Tous ceux qui ont entrepris de consoler ceux qui étaient affligés de la perte de leurs proches ont fait de sanglantes invectives contre la Fortune, et jamais ils n'ont relevé le mérite de la vertu, qu'ils ne la lui aient opposé comme la plus irréconciliable ennemie. Cicéron publie qu'il a toujours combattu la Fortune, qu'il l'a vaincue lorsqu'il a ruiné les entreprises des ennemis, et qu'il n'a pas été vaincu lorsqu'il a été chassé de sa maison et de son pays. Mais il avoue lâchement qu'il en a été vaincu, lorsqu'il a perdu sa chère fille. « Je me rends, dit-il, et je pose les armes. » Y a-t-il rien de si misérable qu'un homme qui se soumet de la sorte : il avoue que c'est une folie, mais il soutient en même temps que tout le monde n'est pas sage. Pourquoi donc en prend-on le nom? Pourquoi cherche-t-on des termes si magnifiques pour exprimer le mépris des grandeurs du monde? Pourquoi affecte-t-on un habit différent de celui des autres? Enfin pourquoi donne-t-on ces préceptes de sagesse, si jamais personne n'a été sage? On ne doit pas tâcher de nous rendre odieux, sous prétexte que nous nions que les philosophes soient parvenus à la sagesse puisqu'ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils ne savent rien. Quand ils se trouvent embarrassés, et qu'ils ne peuvent rendre raison des matières qu'ils traitent, ils s'écrient comme des furieux, qu'ils sont des ignorants et des aveugles. Anaxagore déclare que toute la nature est couverte de ténèbres. Empédocle se plaint que la voie du sens est étroite, comme si pour penser il avait besoin d'un chemin fort large, d'un char superbe, et d'un équipage magnifique. Démocrite dit que la vérité est cachée au fond d'un puits ; mais il le dit avec la même impertinence avec laquelle il dit tout le reste. Elle n'est pas au fond d'un puits où il avait pu descendre ou se jeter; mais elle est sur le sommet d'une montagne, ou plutôt elle est dans le ciel. Pourquoi ne disait-il pas qu'elle était en haut au lieu de dire qu'elle était en bas, si ce n'est qu'il avait l'esprit aux pieds au lieu de l'avoir au cœur ou à la tête ? Les philosophes ont été si éloignés de trouver la vérité, qu'ils n'ont pu reconnaître par la structure et par la disposition de leur corps le lieu où il fallait l'aller chercher. Le désespoir et la tyrannie ont arraché cette confession de la bouche de Socrate : qu'il ne savait qu'une chose, qui est qu'il ne savait rien. C'est de là qu'est venue la secte et la discipline des académiciens, si toutefois on peut donner le nom de discipline à une secte où l'on fait profession de ne rien enseigner et de ne rien apprendre. Ceux mêmes qui ont prétendu savoir quelque chose n'ont pu soutenir ce qu'ils croyaient savoir. L'ignorance où ils ont été de tout ce qui regarde Dieu, les a engagés dans une si merveilleuse diversité d'opinions, et dans une si étrange incertitude, qu'il est difficile de discerner ce qu'ils admettent et ce qu'ils approuvent. Qu'est-il donc besoin d'attaquer ces hommes qui se détruisent d'eux-mêmes. « Aristote, dit Cicéron,[3]
a accusé les anciens philosophes de folie et de présomption, pour avoir cru que par leur esprit ils avaient porté la philosophie à sa perfection; » et il a ajouté: « qu'il reconnaissait pourtant qu'elle avait fait depuis de grands progrès en peu de temps, et qu'il prévoyait qu'elle serait bientôt à un point où il n'y aurait rien à désirer. » Quand ce temps-la est-il arrivé, et comment est-ce que la philosophie a été portée à sa perfection? Aristote a eu raison de se moquer de l'extravagance avec laquelle les anciens s'étaient imaginé avoir découvert par leur esprit le plus haut point de la sagesse ; mais il n'a pas eu beaucoup de prudence quand il a cru, ou que les anciens avaient commencé une si importante entreprise, ou que leurs successeurs l'avaient heureusement continuée, ou qu'enfin ceux qui viendraient auraient la gloire de l'achever. Or il est certain que jamais on ne trouve ce que l'on ne cherche pas comme il faut.
Sed repetamus id quod omisimus. Fortuna ergo per se nihil est; nec sic habendum est, tamquam sit in aliquo sensu. Siquidem fortuna est accidentium rerum subitus atque inopinatus eventus. Verum philosophi, ne aliquando non errent, in re stulta volunt esse sapientes; qui fortunae sexum mutant, eamque non deam, sicut vulgus, sed deum esse dicunt. Eumdem tamen interdum naturam, interdum fortunam vocant; « quod multa, inquit idem Cicero, efficiat inopinata nobis, propter obscuritatem ignorationemque causarum. » Cum igitur causas ignorent, propter quas fiat aliquid, et ipsum qui faciat ignorent, necesse est. Idem in opere valde serio, in quo praecepta vitae deprompta ex philosophia filio dabat: « Magnam, inquit, esse fortunae vim in utramque partem, quis nesciat? Nam et, cum prospero flatu ejus utimur, ad exitus pervenimus optatos; et, cum reflaverit, affligimur. » Primum, qui negat sciri posse quidquam, sic hoc dixit, tamquam et ipse, et omnes sciant. Deinde, qui, etiam quae clara sunt, dubia conatur efficere, hoc putavit esse clarum, quod illi esse debuit vel maxime dubium; nam sapienti omnino falsum est. Quis, inquit, nescit? Ego vero nescio. Doceat me, si potest, quae sit illa vis, qui flatus iste, et qui reflatus.
Turpe igitur est, hominem ingeniosum dicere id, quod, si neges, probare non possit. Postremo, quod is, qui dicit assensus esse retinendos, quod stulti sit hominis, rebus incognitis temere assentiri, is plane vulgi et imperitorum opinionibus credidit, qui fortunam putant esse, quae hominibus tribuat bona et mala. Nam simulacrum ejus cum copia et gubernaculo fingunt, tamquam haec et opes tribuat, et humanarum rerum regimen obtineat. Cui opinioni et Virgilius assentit, qui fortunam omnipotentem vocat; et historicus, qui ait: Sed profecto fortuna in omni re dominatur. Quid ergo caeteris diis loci superest? Cur non aut ipsa regnare dicitur, si plus potest; aut sola colitur, si omnia? Vel, si tantum mala immittit, aliquid causae proferant, cur, si dea sit, hominibus invideat, eosque perditos cupiat, cum ab his religiose colatur: cur aequior sit malis, iniquior autem bonis: cur insidietur, affligat, decipiat et exterminet: quis illam generi hominum vexatricem perpetuam constituerit: cur denique tam malam sortita sit potestatem, ut res cunctas ex libidine magis, quam ex vero celebret, obscuretque? Haec, inquam, philosophos inquirere oportuit potius, quam temere innocentem accusare fortunam: quae etiamsi sit aliqua, nihil tamen afferri ab his potest, cur hominibus tam inimica sit, quam putatur. Itaque illae omnes orationes, quibus iniquitatem fortunae lacerant, se suasque virtutes contra fortunam superbissime jactant, nihil aliud sunt, quam deliramenta inconsideratae levitatis.
Quare non invideant nobis quibus aperuit veritatem Deus: qui sicut scimus, nihil esse fortunam; ita scimus esse pravum ac subdolum spiritum, qui sit inimicus bonis, hostisque justitiae; qui contraria faciat, quam Deus, cujus invidiae causam in secundo libro explicavimus. Hic ergo insidiatur universis; sed eos, qui nesciunt Deum, errore impedit, stultitia obruit, tenebris circumfundit, ne quis possit ad divini nominis pervenire notitiam, in quo uno et sapientia continetur, et vita perpetua. Eos autem, qui Deum sciunt, dolis et astu aggreditur, ut cupiditate ac libidine irretiat, ac peccatis blandientibus depravatos impellat ad mortem; vel, si dolo nihil profecerit, vi et violentia dejicere conatur. Idcirco enim in primordiis transgressionis non statim ad poenam detrusus a Deo est, ut hominem malitia sua exerceat ad virtutem: quae nisi agitetur, ni assidua vexatione roboretur, non potest esse perfecta; siquidem virtus est perferendorum malorum fortis ac invicta patientia. Ex quo fit, ut virtus nulla sit, si adversarius desit. Hujus itaque perversae potestatis cum vim sentirent virtuti repugnantem, nomenque ignorarent, fortunae vocabulum sibi inane finxerunt. Quod quam longe a sapientia sit remotum, declarat Juvenalis his versibus:
Stultitia igitur, et error, et caecitas, et, ut Cicero ait, ignoratio rerum atque causarum, Naturae ac Fortunae nomina induxit. Sed ut adversarium suum nesciunt: sic nec virtutem quidem sciunt, cujus scientia ab adversarii notione descendit. Quae si conjuncta est cum sapientia, vel, ut ipsi dicunt, eadem ipsa sapientia est, ignorent necesse est in quibus rebus sita sit. Nemo enim potest veris armis instrui, si hostem contra quem fuerit armandus, ignorat; nec adversarium vincere, qui in dimicando non hostem verum, sed umbram petit. Prosternetur enim, qui alio intentus, venientem vitalibus suis ictum nec praeviderit ante, nec caverit.
CAPUT XXX. Epilogus ante dictorum; et qua ratione sit transeundum a vanitate philosophorum ad sapientiam veram et veri Dei cognitionem, in quo solo virtus est et beatitudo.
Docui, quantum mea mediocritas tulit, longe devium philosophos iter a veritate tenuisse. Sentio tamen, quam multa praeterierim, quia non erat mihi propria contra philosophos disputatio. Sed huc necessario divertendum fuit, ut ostenderem, tot et tanta ingenia in rebus falsis esse consumpta; ne quis forte a pravis religionibus exclusus, ad eos se conferre vellet, tamquam certi aliquid reperturus. Una igitur spes homini, una salus in hac doctrina, quam defendimus, posita est. Omnis sapientia hominis in hoc uno est, ut Deum cognoscat et colat: hoc nostrum dogma, haec sententia est. Quanta itaque voce possum, testificor, proclamo, denuntio. Hic, hic est illud, quod philosophi omnes in tota sua vita quaesierunt, nec unquam tamen investigare, comprehendere, tenere valuerunt, qui religionem aut pravam retinuerunt, aut totam penitus sustulerunt. Facessant igitur illi omnes, qui humanam vitam non instruunt, sed turbant. Quid enim docent? aut quem instruunt qui se ipsos nondum instruxerunt? Quem sanare aegroti, quem regere caeci possunt? Huc ergo nos omnes, quibus est cura sapientiae, conferamus. An expectabimus donec Socrates aliquid sciat? aut Anaxagoras in tenebris lumen inveniat? aut Democritus veritatem de puteo extrahat? aut Empedocles dilatet animi sui semitas? aut Arcesilas et Carneades videant, sentiant, percipiant?
Ecce vox de coelo veritatem docens, et nobis sole ipso clarius lumen ostendens. Quid nobis iniqui sumus? et sapientiam suscipere cunctamur, quam docti homines, contritis in quaerendo aetatibus suis, nunquam reperire potuerunt? Qui vult sapiens ac beatus esse, audiat Dei vocem, discat justitiam, sacramentum nativitatis suae norit; humana contemnat, divina suscipiat, ut summum illud bonum, ad quod natus est, possit adipisci. Dissolutis religionibus universis, et omnibus, quaecumque in earum defensionem dici vel solebant, vel poterant, refutatis, deinde convictis philosophiae disciplinis, ad veram nobis religionem sapientiamque veniendum est, quoniam est, ut docebo, utrumque conjunctum; ut eam vel argumentis, vel exemplis, vel idoneis testibus asseramus, et stultitiam, quam nobis isti deorum cultores objectare non desinunt, ut nullam penes nos, sic totam penes ipsos esse doceamus. Et quamquam prioribus libris, cum falsas arguerem religiones, et hoc, cum falsam sapientiam tollerem, ubi veritas sit, ostenderim; planius tamen, quae religio, et quae sapientia vera sit, liber proximus indicabit.
XXIX. Achevons ce que nous avons commencé. La fortune n'est rien, et il ne faut pas s'imaginer qu'elle ait aucun sentiment. Ce n'est qu'un accident soudain et qu'un événement imprévu ; mais les philosophes, de peur de manquer une seule fois de se tromper, ont affecté de faire paraître de la sagesse en un sujet où il n'y a que de la folie, en changeant le sexe de la Fortune et disant qu'elle était un dieu, au lieu que le peuple la prend pour une déesse. Ils appellent quelquefois dieu la Nature, et quelquefois ils l'appellent Fortune, « à cause, dit Cicéron, qu'il fait contre notre opinion beaucoup de choses dont nous ignorons les causes. » Si les philosophes ignorent les causes pour lesquelles une chose est faite, ils ignorent aussi celui qui l'a faite. Le même Cicéron, parlant de la Fortune dans un ouvrage fort sérieux où il donne des préceptes à son fils pour la conduite de la vie, dit : « Que la Fortune a un grand pouvoir; que quand elle nous est favorable, nous venons heureusement à bout de nos desseins, et que quand elle nous est contraire, nous avons le déplaisir de voir que rien ne nous réussit. » La première réflexion que je fais sur ces paroles, est que Cicéron, qui tient que l'on ne peut rien savoir, les a avancées de la même sorte que s'il en eût été assuré et que tout le monde l'eût été avec lui. Je remarque ensuite que lui, qui tâche pour l'ordinaire d'observer les vérités les plus claires, prend, pour une vérité claire, une proposition qui lui devait sembler fort obscure, et qui paraîtra absolument fausse à tout homme sage. « Qui est-ce, dit-il, qui ne sait pas? » C'est moi qui ne sais pas. Qu'il m'enseigne, s'il peut, quel est ce pouvoir de la Fortune, quel est ce vent qui seconde ou qui renverse nos desseins? C'est une chose honteuse à un homme d'esprit d'avancer ce qu'il ne saurait prouver en cas que quelqu'un le nie. Enfin, ce que j'apprends dans Cicéron, est qu'après avoir écrit en tant d'endroits qu'il faut suspendre son jugement, et que c'est une folie de le porter sur des choses dont on n'est pas parfaitement informé, il ajoute légèrement créance aux opinions du peuple, et reconnaît avec les ignorants une Fortune qui distribue le bien et le mal aux hommes. On a mis une corne d'abondance et un gouvernail proche de son image, pour marquer qu'elle répand les richesses et qu'elle dispose des affaires.
Cette opinion est favorisée par Virgile, quand il appelle la Fortune « toute puissante, » et par un célèbre historien, quand il écrit, « qu'elle exerce une domination absolue sur toutes choses. » Quel pouvoir reste-t-il donc aux autres dieux, et pourquoi ne règne-t-elle pas et ne reçoit-elle pas nos hommages toute seule? Si elle n'envoie que du mal, pourquoi la vénère-t-on comme une déesse? Pourquoi envie-t-elle la prospérité à ceux qui lui offrent des sacrifices? Pourquoi est-elle plus favorable aux médians qu'aux gens de bien? Pourquoi prend-elle plaisir à tendre des pièges, à tromper, à ruiner les hommes, et il les jeter dans des tristesses mortelles? Qui lui a donné l'ordre et le pouvoir de faire une guerre si cruelle aux hommes, et de disposer de toutes choses par son caprice et sans aucune justice? Les philosophes devaient chercher l'éclaircissement de ces questions, plutôt que d'accuser légèrement la Fortune, tout innocente qu'elle est; car, quand il y aurait en effet une Fortune, ils ne sauraient rendre aucune raison de la haine si implacable qu'ils lui attribuent contre les hommes. Ainsi les plaintes continuelles qu'ils font de son injustice, elles vains éloges dont ils relèvent leur propre vertu, ne sont que d'extravagantes rêveries, qui font voir la faiblesse et la légèreté de leur esprit. Qu'ils n'aient donc point de jalousie de ce que Dieu a eu la bonté de nous révéler la vérité. Comme nous savons qu'il n'y a point de Fortune, nous savons aussi qu'il y a un méchant esprit qui est l'ennemi déclaré de la justice, qui persécute les gens de bien, qui s'oppose à tous les desseins de Dieu par le motif d'une jalousie dont j'ai rapporté le sujet dans le second livre de cet ouvrage. Il dresse des pièges à tous les hommes; il embarrasse aisément dans les filets de l'erreur ceux qui ne connaissent point Dieu ; il les enveloppe de ténèbres; il les accable du poids de leur propre extravagance, afin qu'ils ne parviennent jamais a la connaissance qui renferme la sagesse et la vie éternelle; il use de ruse et d'adresse pour surprendre ceux qui connaissent Dieu, et pour les porter au péché par le plaisir; et quand ce moyen ne réussit pas, il a recours à la violence. Dieu a différé à dessein le châtiment que mérite son péché, afin qu'il exerce notre vertu, qui ne saurait devenir parfaite que par l'épreuve; car la vertu est la patience qui a supporté le mal sans être vaincue. Ainsi nous n'aurions point de vertu si nous n'avions point d'ennemi. Comme les philosophes ont senti la violence de cette puissance contraire et qu'ils en ont ignoré le nom, ils ont inventé celui de Fortune, ce qui est fort extravagant, comme Juvénal a eu dessein de le marquer par ces paroles :
Il n'y a point de divinité sans la prudence ; mais à l'égard de la Fortune, nous la reconnaissons pour une déesse, et comme telle nous la plaçons dans le ciel.
Ce sont donc, comme Cicéron l'avoue, la folie, l'erreur, l'ignorance et l'aveuglement qui ont inventé les noms de Nature et de Fortune : les philosophes n'avaient garde de connaître la vertu, puisqu'ils ne connaissaient pas l'ennemi contre lequel ils la devaient faire paraître. Si cette vertu est jointe à la sagesse, ou si c'est la sagesse même, comme ils le prétendent, ils ne savent en quoi elle consiste. Quiconque ne connaît pas son ennemi, ne saurait se préparer comme il faut à le combattre; il ne choisira pas des armes propres à remporter la victoire. Au lieu de poursuivre son ennemi, il ne poursuivra que son ombre. Il sera infailliblement vaincu, parce qu'il ne prévoit pas le coup qui le menace et qui le percera de part en part.
XXX. J'ai fait voir, autant que mon peu de suffisance me l'a pu permettre, combien les philosophes se sont éloignés de la vérité. Je sais que j'ai omis beaucoup de choses ; mais aussi je n'avais pas entrepris de combattre toutes leurs erreurs : j'avais seulement été obligé de montrer, comme en passant, qu'un si grand nombre d'excellents esprits s'étaient misérablement consumés à la poursuite du mensonge, pour empêcher que ceux qui avaient reconnu qu'il n'y avait pas d'espérance de trouver la vérité dans les religions païennes, ne l'allassent chercher parmi des sectes si différentes de ces sages de l'antiquité. Il ne reste donc aucune espérance ni aucun salut que dans la doctrine que nous soutenons. Toute la sagesse consiste à connaître Dieu et à le servir. J'élève ma voix, autant qu'il m'est possible, pour déclarer et pour publier : que nous avons dans notre religion la vérité que les philosophes ont cherchée durant toute leur vie, et qu'ils n'ont jamais pu trouver parce qu'ils n'ont aucune religion, ou qu'ils n'en ont eu qu'une mauvaise. Eloignons-nous de ces maîtres qui ne font que nous troubler au lieu de nous instruire. Que pourraient-ils nous enseigner, eux qui n'ont rien appris? Qui ces malades pourraient-ils guérir? Qui ces aveugles pourraient-ils instruire? Que ceux qui désirent connaître la sagesse se rendent en foule à notre religion.
Attendrons-nous que Socrate commence à savoir quelque chose, qu'Anaxagore trouve la lumière au milieu des ténèbres, que Démocrite tire la vérité du fond du puits où elle est cachée, qu'Empédocle élargisse les chemins des sens par où les objets entrent dans l'âme, enfin qu'Arcésilas et Carnéade voient et comprennent? Une voix du ciel nous déclare la vérité ; une lumière plus éclatante que le soleil nous la montre. Pourquoi sommes-nous assez injustes envers nous-mêmes, pour refuser la sagesse que les philosophes les plus célèbres de l'antiquité ont cherchée inutilement durant tout le temps de leur vie ? Quiconque veut devenir sage et heureux n'a qu'à écouter la voix de Dieu, à apprendre la justice, à méditer le sujet pour lequel il a été mis au monde, à mépriser tout ce qu'il y a sur la terre, à faire profession du culte de Dieu, pour parvenir un jour au souverain bien, dont la jouissance doit faire tout son bonheur. Il faut pour cela renoncer à toutes les autres religions, rejeter tout ce que l'on dit pour leur défense, réfuter les erreurs de toutes les sectes des philosophes. La vérité s'élèvera sur les ruines du mensonge. Après avoir détruit les fausses religions, il est aisé d'établir la nôtre par des exemples, par des arguments et par des témoignages convaincants, et de faire voir que l'extravagance que les philosophes nous attribuent ne se rencontre que parmi eux. Bien qu'en réfutant leurs erreurs et en faisant voir qu'ils ne possèdent point la véritable sagesse, j'aie marqué assez clairement le lieu où elle réside, je me suis proposé de le prouver encore plus solidement dans tout le livre suivant.
CAPUT PRIMUM. De priore hominum religione, et quomodo error transfusus sit in omnem aetatem, ac de septem Graeciae sapientibus.
Cogitanti mihi, Constantine imperator, et cum animo meo saepe reputanti priorem illum generis humani statum, et mirum pariter, et indignum videri solet, quod unius saeculi stultitia religiones varias suscipientis, deosque multos esse credentis, in tantam subito ignorationem sui ventum est, ut ablata ex oculis veritate, neque religio Dei veri neque humanitatis ratio teneretur, hominibus non in coelo summum bonum quaerentibus, sed in terra. Quam ob causam profecto saeculorum veterum mutata felicitas est. Coeperunt enim, relicto parente et constitutore omnium Deo, insensibilia digitorum suorum figmenta venerari. Quae pravitas quid effecerit, aut quid malorum attulerit, res ipsa declarat. Aversi namque a summo bono, quod ideo beatum ac sempiternum est, quia videri, tangi, comprehendi non potest, et a virtutibus ei bono congruentibus, quae sunt aeque immortales, ad hos corruptos et fragiles deos lapsi, et studentes iis rebus, quibus solum corpus ornatur, alitur, delectatur, mortem sibi perpetuam cum diis et cum bonis corporalibus quaesierunt; quia morti corpus omne subjectum est. Insecuta est igitur hujusmodi religiones injustitia et impietas, sicuti fuerat necesse. Desierunt enim vultus suos in coelum tollere: sed deorsum mentes hominum depressae, terrenis ut religionibus, sic etiam bonis inhaerebant. Secutum est dissidium generis humani, et fraus, et nefas omne; quia spretis aeternis atque incorruptis bonis, quae sola debent ab homine concupisci, temporalia et brevia maluerunt, majorque hominibus ad malum fides fuit, qui pravum recto, quia praesentius fuerat praetulerunt.
Sic humanam vitam prioribus saeculis in clarissima luce versatam caligo ac tenebrae comprehenderunt; et quod huic pravitati congruens erat, postquam sublata sapientia est, tum demum sibi homines sapientum nomen vendicare coeperunt. Tum autem nemo sapiens vocabatur, cum omnes erant. Utinamque nomen illud aliquando publicum, quamvis ad paucos redactum, tamen vim suam retineret. Possent enim fortasse pauci illi vel ingenio, vel auctoritate, vel assiduis hortamentis liberare populum vitiis et erroribus. Sed adeo in totum sapientia occiderat, ut ex ipsa nominis arrogantia nullum eorum, qui vocarentur, appareat fuisse sapientem. Et tamen prius, quam haec philosophia, quae dicitur esse, inveniretur, septem fuisse traduntur, qui primi omnium, quia de rebus naturalibus quaerere ac disputare sunt ausi, sapientes haberi appellarique meruerunt.
O miserum calamitosumque saeculum, quo per orbem totum septem soli fuerunt, qui hominum vocabulo cierentur; nemo enim potest jure dici homo, nisi qui sapiens est. Sed si caeteri omnes, praeter ipsos, stulti fuerunt, ne illi quidem sapientes, quia nemo sapiens esse vere judicio stultorum potest. Adeo ab his abfuit sapientia, ut ne postea quidem increscente doctrina, et multis magnisque ingeniis in id ipsum semper intentis, potuerit perspici veritas et comprehendi. Nam post illorum septem sapientum gloriam, incredibile est, quanto studio inquirendae veritatis Graecia omnis exarserit. Ac primum, nomen ipsum sapientiae arrogans putaverunt, seque non sapientes, sed studiosos sapientiae vocaverunt. Quo facto, et illos, qui temere sapientum sibi nomen asciverant, erroris stultitiaeque damnaverunt, et se quoque ipsos ignorantiae, quam quidem non diffitebantur. Nam ubicumque rerum natura ingeniis eorum quasi manus opposuerat, ne rationem possent aliquam reddere, testificari solebant, nihil scire se, nihil cernere. Unde multo sapientiores inveniuntur, qui se aliqua ex parte viderunt, quam illi qui se sapere crediderant.
I. Quand je considère, empereur Constantin, l'état des premiers temps, et que je vois que la folie d'un siècle a répandu de si épaisses ténèbres sur l'esprit des hommes qui oui vécu dans les siècles suivants, qu'ils se sont oubliés eux-mêmes jusqu'à chercher sur la terre l'objet de leur culte et de leur bonheur, au lieu de le chercher dans le ciel, je n'en conçois pas moins d'indignation que d'étonnement : ce monstrueux dérèglement a changé leur félicité en disgrâce, lorsque abandonnant Dieu, l'auteur de toutes les créatures, ils ont commencé à adorer les ouvrages de leurs mains. En se détournant du souverain bien, sous prétexte qu'il ne peut être vu, touché ni compris, et en s'éloignant de la pratique des vertus par lesquelles ils le pouvaient posséder, ils ont recherché des dieux corruptibles et fragiles, et, n'ayant soin que des choses qui peuvent servir à parer, à nourrir et à réjouir le corps, ils sont tombés dans une mort éternelle. Leur superstition a été accompagnée d'injustice et d'impiété; car ayant tourné leur esprit aussi bien que leur visage vers la terre au lieu de les tourner vers le ciel, ils se sont attachés à des religions et à des biens qui n'ont rien que de terrestre. C'est de là que sont venues les querelles et les guerres, la mauvaise foi, et tous les crimes que la mauvaise foi traîne après elle. Les hommes ont méprisé les biens éternels et incorruptibles, pour jouir des biens temporels et périssables, et ont préféré le mal présent au bien à venir.
Voilà comment, après a voir joui de la lumière, ils ont été enveloppés de ténèbres, et ce qui est plus étonnant, voilà comment ils ont commencé à se faire appeler sages aussitôt qu'ils ont perdu la sagesse. Personne ne s'attribuait ce nom au temps auquel tout le monde le méritait. Plut à Dieu que, maintenant qu'il est si rare, au lieu qu'autrefois il était si commun, ceux qui le prennent sussent ce qu'il signifie ! ils pourraient peut-être, par leur esprit, par leur autorité et par leurs conseils, retirer le peuple des erreurs et des vices où il est engagé. Mais ils sont tous fort éloignés de la sagesse, et la vanité avec laquelle ils en prennent le nom ne montre que trop qu'ils n'en ont pas l'effet. Avant néanmoins que la philosophie commune dont on parle tant fût inventée, on dit qu'il y a eu sept hommes qui, pour avoir recherché les premiers les secrets de la nature, ont mérité d'être appelés sages.
Oh ! le malheureux siècle où il ne s'est trouvé que sept tommes ! car nul n'est homme s'il n'est sage. Si tous les autres ont été fous, ces sept-là n'ont pas été sages, parce que pour l'être en effet, il ne le faut pas être selon te jugement des fous. Tant s'en faut qu'ils aient été sages, que, dans les siècles suivants, où les sciences ont fait de notables progrès et où elles ont été cultivées par d'excellents esprits, la vérité n'a pu être découverte! Depuis le temps de ces sept sages, les Grecs ont brûlé d'un désir incroyable d'apprendre, et au lieu néanmoins de s'attribuer le nom superbe de sages, ils se sont contentés de celui d'amateurs de la sagesse. Ainsi ils ont couronné la folie et l'orgueil des autres, et ont reconnu en même temps leur propre ignorance; car toutes les fois qu'ils ont trouvé de l'obscurité dans les questions qu'ils traitaient, et qu'ils ont vu que la nature se couvrait comme d'un voile pour les empêcher de pénétrer ses secrets, ils ont avoué franchement qu'ils ne voyaient rien ; en quoi ils ont sans doute été plus sages, en reconnaissant leur peu de lumières et de suffisance, que ceux qui se sont persuadés eux-mêmes de l'être.
Ubi quaerenda sit sapientia; quare Pythagoras et Plato non accesserunt ad Judaeos.
Quare, si neque illi fuere sapientes, qui sunt appellati, neque posteriores, qui non dubitaverunt insipientam confiteri: quid superest, nisi ut alibi sit quaerenda sapientia, quando non est, ubi quaerebatur, inventa? Quid autem putemus fuisse causae, cur tot ingeniis totque temporibus summo studio et labore quaesita non reperiretur; nisi quod eam philosophi extra fines suos quaesierunt? Qui quoniam peragratis et exploratis omnibus, nusquam ullam sapientiam comprehenderunt, et alicubi esse illam necesse est; apparet, illic potissimum esse quaerendam, ubi stultitiae titulus apparet; cujus velamento Deus, ne arcanum sui divini operis in propatulo esset, thesaurum sapientiae ac veritatis abscondit. Unde equidem soleo mirari, quod cum Pythagoras et postea Plato, amore indagandae veritatis accensi, ad Aegyptios, et Magos, et Persas usque penetrassent, ut earum gentium ritus et sacra cognoscerent (suspicabantur enim, sapientiam in religione versari) ad Judaeos tamen non accesserint, penes quos tunc solos erat, et quo facilius ire potuissent. Sed aversos esse arbitror divina providentia, ne scire possent veritatem; quia nondum fas erat alienigenis hominibus religionem Dei veri justitiamque notescere. Statuerat enim Deus, appropinquante ultimo tempore, ducem magnum coelitus mittere, qui eam perfido ingratoque populo ablatam, exteris gentibus revelaret. Qua de re in hoc libro aggrediar disputare, si prius ostendero, sapientiam cum religione sic cohaerere, ut divelli utrumque non possit.
Sapientia et religio divelli non possunt; necessarium est ut naturae Dominus sit uniuscujusque pater.
Deorum cultus, ut in priore libro docui, non habet sapientiam, non modo quia divinum animal hominem terrenis fragilibusque substernit, sed quia nihil ibi disseritur, quod proficiat ad mores excolendos vitamque formandam: nec habet inquisitionem aliquam veritatis, sed tantummodo ritum colendi, qui non officio mentis, sed ministerio corporis constat. Et ideo non est illa religio vera judicanda; quia nullis justitiae virtutisque praeceptis erudit efficitque meliores. Ita philosophia, quia veram religionem, id est summam pietatem non habet, non est vera sapientia. Nam si divinitas, quae gubernat hunc mundum, incredibili beneficentia genus hominum sustentat, et quasi paterna indulgentia fovet, vult profecto gratiam sibi referri, et honorem dari: nec constare homini ratio pietatis potest, si coelestibus beneficiis extiterit ingratus; quod non est utique sapientis. Quoniam igitur, ut dixi, philosophia et religio deorum disjuncta sunt, longeque discreta, si quidem alii sunt professores sapientiae, per quos utique ad deos non aditur, alii religionis antistites, per quos sapere non discitur; apparet, nec illam esse veram sapientiam, nec hanc religionem. Idcirco nec philosophia potuit veritatem comprehendere, nec religio deorum rationem sui, qua caret, reddere.
Ubi autem sapientia cum religione inseparabili nexu cohaeret, utrumque verum esse necesse est; quia et in colendo sapere debemus, id est scire, quid nobis et quomodo sit colendum, et in sapiendo colere, id est re et actu, quod scierimus, implere. Ubi ergo sapientia cum religione conjungitur? Ibi scilicet, ubi Deus colitur unus; ubi vita et actus omnis ad unum caput et ad unam summam refertur; denique iidem sunt doctores sapientiae, qui et Dei sacerdotes.