Divinae institutiones (Institutions divines) (page 23)
In primis enim testificamur, illum bis esse natum; primum in spiritu, postea in carne. Unde apud Hieremiam ita dicitur: Priusquam te formarem in utero, novi te. Et item apud ipsum: Beatus qui erat, antequam nasceretur; quod nulli alii contigit, praeter Christum. Qui cum esset a principio Filius Dei, regeneratus est denuo secundum carnem: quae duplex nativitas ejus magnum intulit humanis pectoribus errorem, circumfuditque tenebras etiam iis, qui verae Religionis sacramenta retinebant. Sed nos id plane dilucideque monstrabimus, ut amatores sapientiae facilius ac diligentius instruantur. Qui audit Dei Filium dici, non debet tantum nefas mente concipere, ut existimet, ex connubio ac permistione foeminae alicujus Deum procreasse, quod non facit nisi animal corporale, mortique subjectum. Deus autem, cum solus sit, cui permiscere se potuit? aut cum esset tantae potestatis, ut quidquid vellet, efficeret, utique ad creandum societate alterius non indigebat: nisi forte existimabimus, Deum, sicut Orpheus putavit, et marem esse et foeminam, quod aliter generare nequiverit, nisi haberet vim sexus utriusque; quasi aut ipse secum coierit, aut sine coitu non potuerit procreare.
Sed et Hermes in eadem fuit opinione, cum dicit αὐτοπάτορα, καὶ αὐτομήτορα. Quod si ita esset, ut a Prophetis pater dicitur, sic etiam mater diceretur. Quomodo igitur procreavit? Primum nec sciri a quoquam possunt, nec enarrari opera divina: sed tamen sanctae Litterae (Sap. XVIII) , docent, in quibus cautum est, illum Dei Filium, Dei esse sermonem, sive etiam rationem; itemque caeteros angelos Dei spiritus esse. Nam sermo est spiritus cum voce aliquid significante prolatus. Sed tamen quoniam spiritus et sermo diversis partibus proferuntur, siquidem spiritus naribus, ore sermo procedit, magna inter hunc Dei Filium, et caeteros angelos differentia est. Illi enim ex Deo taciti spiritus exierunt; quia non ad doctrinam Dei tradendam, sed ad ministerium creabantur. Ille vero cum sit et ipse spiritus, tamen cum voce ac sono ex Dei ore processit, sicut verbum, ea scilicet ratione, quia voce ejus ad populum fuerat usurus; id est, quod ille magister futurus esset doctrinae Dei et coelestis arcani ad hominem proferendi: quod ipsum primo locutus est, ut per eum ad nos loqueretur, et ille vocem Dei ac voluntatem nobis revelaret.
Merito igitur sermo et verbum Dei dicitur; quia Deus procedentem de ore suo vocalem spiritum, quem non utero, sed mente conceperat, inexcogitabili quadam majestatis suae virtute ac potentia in effigiem, quae proprio sensu ac sapientia vigeat, comprehendit, et alios item spiritus suos in angelos figuravit. Nostri spiritus dissolubiles sunt, quia mortales sumus. Dei autem spiritus et vivunt, et manent, et sentiunt; quia ipse immortalis est et sensus, et vitae dator. Nostrae voces, licet aurae misceantur, atque evanescant, tamen plerumque permanent litteris comprehensae: quanto magis Dei vocem credendum est, et manere in aeternum, et sensu ac virtute comitari, quam de Deo patre, tamquam rivus de fonte traduxerit. Quod si quis miratur, ex Deo Deum prolatione vocis ac spiritus potuisse generari, si sacras voces Prophetarum cognoverit, desinet profecto mirari. Salomonem patremque ejus David potentissimos reges fuisse, et eosdem prophetas, etiam iis fortasse sit notum, qui divinas litteras non attigerunt; quorum alterum, qui posterius regnavit, trojanae urbis excidium centum et quadraginta annis antecessit. Hujus pater divinorum scriptor hymnorum, in Psalmo XXXII, sic ait: Verbo Dei coeli solidati sunt, et spiritu oris ejus omnis virtus eorum. Item rursus in Psalmo quadragesimo quarto: Eructavit cor meum verbum bonum, dico ego opera mea regi. Contestans videlicet, nulli alii opera Dei esse nota, nisi Filio soli, qui est Verbum Dei, et quem regnare in perpetuum necesse est. Item Salomon ipsum verbum Dei esse demonstrat, cujus manibus opera ista mundi fabricata sint. Ego, inquit, ex ore Altissimi prodivi ante omnem creaturam; ego in coelis feci ut oriretur lumen indeficiens, et nebula texi omnem terram. Ego in altis habitavi, et thronus meus in columna nubis. Joannes quoque ita tradidit: In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc fuit in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil.
Ce que je viens de dire fait voir fort clairement, si je ne me trompe, combien la sagesse et la religion sont étroitement unies. La sagesse regarde les enfants et exige d'eux de l'amour. La religion regarde les serviteurs et exige d'eux de la crainte. Les premiers doivent avoir de l'amour pour leur père, et les seconds de la crainte pour leur maître. Nous devons de la crainte et de l'amour à Dieu, parce qu'il est tout ensemble et notre maître et notre père. Ce qui rend la sagesse et la religion inséparables, c'est que la sagesse fait connaître Dieu et que la religion le fait honorer. La sagesse précède, parce qu'il faut connaître Dieu avant que de lui pouvoir rendre l'honneur qui lui est dû. La sagesse et la religion, ne sont qu'une même chose, bien qu'elles paraissent différentes: l'une consiste dans la connaissance et l'autre dans l'action. Ce sont comme deux ruisseaux qui procèdent de Dieu comme d'une même source, et qui ne peuvent être séparés de lui sans être en même temps desséchés. Les hommes qui ont le malheur d'être séparés de lui par leur ignorance, n'ont ni sagesse, ni piété.
Les philosophes qui adorent plusieurs dieux sont semblables à des enfants abdiqués qui n'aiment plus leur père, et à ces esclaves fugitifs qui ne servent plus leur maître. Mais comme ces enfants qui ont été abdiqués n'ont plus de part à la succession et que les esclaves qui se sont échappés ne sont pas assurés pour cela de l'impunité, ainsi ces philosophes n'ont point de part à l'immortalité, qui est en effet le souverain bien qu'ils recherchent et la succession que Dieu donne à ses enfants dans son royaume, et ne seront point exempts du châtiment éternel dont il punit l'infidélité et l'insolence de ceux qui refusent de lui rendre le service et le culte qu'ils lui doivent. Ceux qui ont adoré plusieurs dieux, et ceux même qui ont fait profession de sagesse, n'ont connu Dieu ni en qualité de père, ni en qualité de maître; les uns ont cru qu'il ne fallait rien adorer ; les autres ont suivi la religion du peuple. Ceux qui ont reconnu l'unité de Dieu, comme Platon qui a déclaré qu'il n'y a qu'un Dieu qui a fait le monde, et comme Cicéron qui a dit que Dieu a produit l'homme d'une manière particulière, ne lui ont pas rendu le culte qu'ils lui devaient comme à leur père et comme à leur maître, non seulement la pluralité des dieux fait voir, comme je l'ai déjà dit, qu'ils ne peuvent être ni nos pères, ni nos maîtres, mais la raison en peut convaincre avec une entière évidence, parce qu'il ne paraît point que les dieux aient fuit l'homme, ni qu'ils aient été avant le temps auquel il a été fait. Il est certain qu'il y avait des hommes sur la terre avant que Vulcain, que Bacchus, qu'Apollon et que Jupiter fussent nés. On n'a pas même la coutume d'attribuer ni à Saturne, ni à Cœlus son père, la formation de l'homme.
Que si nul de ceux que l'on adore n'a formé l'homme, nul ne peut être appelé ni son père, ni son Dieu. Il n'est donc point permis de révérer ceux qui n'ont pu faire l'homme, qui n'a pu être fait que par un seul, et il ne faut révérer que celui qui a précédé Jupiter et Saturne, et qui est avant le ciel et la terre. Il n'y a que celui-là qui ait pu faire l'homme. Il n'y a que lui qui doive être appelé son père et son maître ; il n'y a que lui qui le gouverne avec un droit absolu de vie et de mort. Quiconque ne l'adore pas est un esclave insensé, qui ne connaît pas son maître et qui s'est échappé d'entre ses mains, ou un fils impie qui fuit en la présence de son père.
Il est temps de traiter de la religion et de la sagesse, après avoir montré, comme j'ai fait, qu'elles ne peuvent se séparer. Je n'ignore pas combien il est difficile de parler des choses du ciel. Il faut néanmoins entreprendre d'éclaircir la vérité, afin que ceux qui la méprisent et qui la rejettent, parce qu'elle leur paraît pleine de folie, soient délivrés de l'erreur et évitent le danger où ils sont de périr. Mais, avant que de parler de Dieu et de ses ouvrages, je suis obligé de dire quelque chose des prophètes, dont je ne puis me dispenser de rapporter ici les témoignages, comme je m'en suis dispensé dans les livres précédents. Quiconque désire s'instruire de la vérité doit non seulement s'efforcer de pénétrer le sens de leurs paroles, mais encore examiner avec soin le temps qu'ils ont vécu, pour savoir ce qu'ils ont prédit et combien d'années se sont écoulées depuis leurs prédictions jusqu'à l'accomplissement qui les a suivies. Il n'y a pas grande difficulté à distinguer les temps de la sorte, parce que chaque prophète a marqué le règne sous lequel il a été inspiré par l'esprit de Dieu. On a outre cela entre les mains une quantité de livres, de chroniques qui commencent au temps de Moïse, qui a vécu près de neuf cents ans avant la guerre de Troie. Il gouverna durant quarante années le peuple Juif et eut pour successeur Josué, qui le gouverna vingt autres années.
Ce peuple fut ensuite sous la conduite de juges pendant trois cents soixante-dix ans. Ils changèrent après cela la forme de leur gouvernement et obéirent à des rois. Ils vécurent de la sorte l'espace de quatre cent soixante ans, jusqu'au règne de Sédéchias, sous lequel ils furent emmenés captifs à Babylone où ils demeurèrent soixante-dix ans, jusqu'à ce que Cyrus, qui régnait parmi les Perses au même temps que Tarquin le Superbe régnait parmi les Romains, daigna les rétablir dans leur pays. Ainsi il est aisé de trouver dans les histoires des Juifs, des Grecs et des Romains la suite des temps, et de marquer précisément celui de chaque prophète. Il est constant que Zacharie, le dernier de tous, a écrit ses prophéties au huitième mois de la seconde année du règne de Darius ; et partant, les prophètes sont plus anciens que tous les auteurs grecs. Je dis tout ceci à dessein de faire en sorte que ceux qui, ne sachant point l'origine de notre religion, ont la témérité de mépriser l'Écriture sainte, comme si elle était fort nouvelle, reviennent de leur égarement. Je ne doute point que quiconque prendra la peine de faire un calcul exact des temps ne reconnaisse la vérité et ne renonce à l'erreur.
Avant que Dieu commençât à travailler au merveilleux ouvrage de l'univers, il engendra un esprit saint, incorruptible et irrépréhensible, qu'il appela son fils. Bien qu'il ait créé depuis quantité d'autres esprits, que nous appelons des anges, il n'a donné le nom de Dieu qu'à ce premier-né, qui lui est égal en grandeur et en puissance, non seulement les prophètes s'accordent à publier que Dieu a un fils qui possède un pouvoir infini, mais Trismégiste et les sibylles le témoignent. Voici comment Trismégiste en parle dans un livre qui a pour titre : Discours parfait.
« Le Seigneur et le Créateur de l'univers, que nous avons coutume d'appeler Dieu, a fait un Dieu visible et sensible. Quand je l'appelle visible et sensible, je n'ai pas l'intention de faire croire qu'il tombe sous les sens, je veux seulement marquer que c'est de lui que procède le sentiment et l'intelligence. Dieu l'a produit le premier comme son Fils unique; il l'a fait paraître comme le plus grand de tous les biens, et l'a aimé comme sa chère production. »
La sibylle Erythrée l'appelle le chef et le général des hommes, le conducteur et le gardien des fidèles.
Une autre sibylle enseigne qu'il n'y a rien de si nécessaire que de le connaître comme Dieu, et comme Fils naturel et légitime de Dieu. C'est le même Fils de Dieu qui, parlant par la bouche de Salomon, le plus sage de tous les rois, et rempli du Saint-Esprit, a rendu de lui-même ce témoignage : « Le Seigneur m'a possédé au commencement de ses voies; avant qu'il créât aucune chose, j'étais dès lors. J'ai été établi dès l'éternité et dès le commencement, avant que la terre fût créée; les abîmes n'étaient point encore, lorsque j'étais déjà conçu; les fontaines n'étaient point encore sorties de la terre; la pesante masse des montagnes n'était pas encore formée; j'étais enfanté avant les collines. Il n'avait pas encore créé la terre, ni affermi le monde sur ses pôles. Lorsqu'il préparait les deux, j'étais présent ; lorsqu'il environnait les abîmes de leurs bornes, et qu'il leur prescrivait une loi inviolable; lorsqu'il affermissait l'air au-dessus de la terre, et qu'il dispensait dans leur équilibre les eaux des fontaines; lorsqu'il renfermait la mer dans ses limites, qu'il imposait une loi aux eaux, afin qu'elles ne passassent point leurs bornes ; lorsqu'il posait les fondements de la terre, j'étais avec lui, et je réglais toutes choses. J'étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans le monde. » Trismégiste l'a appelé l'ouvrier, et la sibylle l'a appelé le conseiller de Dieu, parce qu'il a reçu une si grande sagesse et une si grande puissance de son père, qu'il s'est servi et de son conseil et de ses mains quand il a voulu faire le monde.
Quelqu'un demandera peut-être en cet endroit le nom de ce fils, si puissant et si chéri de Dieu, qui non seulement est avant le monde, mais qui l'a créé par sa force infinie, et en a rangé les parties en ordre par sa sagesse. La première leçon que nous devons apprendre à cet égard, est que son nom n'est connu que de lui et de Dieu son père, et qu'il ne l'est point des anges qui sont dans le ciel, et qu'il ne sera point déclaré, selon que l'Écriture le témoigne, que les desseins de Dieu n'aient été entièrement accomplis. Trismégiste assure que ce nom-là ne peut être prononcé par la bouche d'un homme ; voici ses paroles :
« La volonté de ce bien divin est le principe de ce principe; c'est elle qui a produit un Dieu dont le nom ne peut être prononcé par la bouche d'un homme. »
« On ne saurait expliquer, ô mon fils ! la sagesse de Dieu ; son nom est au-dessus de toutes les paroles des hommes, » Mais quoique le nom que le père lui a donné dès le commencement ne soit point connu, il en a néanmoins un autre parmi les anges, et un autre parmi les hommes. Il a parmi les hommes le nom de Jésus ; celui de Christ n'est pas un nom propre, c'est une marque de puissance et de royauté, et c'est ainsi que les Juifs appellent leurs rois. Je crois devoir l'expliquer, à cause de ceux qui le corrompent par ignorance, et qui, en changeant une lettre, disent Chrest au lieu de Christ. Les Juifs avaient reçu ordre de faire un baume pour sacrer ceux qui étaient élevés à la dignité soit sacerdotale, soit royale. Ce sacre était autrefois parmi eux âne marque de la souveraine puissance, comme la pourpre en est une aujourd'hui parmi les Romains. Les anciens Grecs se servaient du verbe
χρίεσθαι, pour signifier l'onction du sacre, comme leurs descendants se sont servis depuis de celui
d'ἀλείφεοσθαι. Homère en rend témoignage, en exprimant dans ses poésies la manière dont cette cérémonie s'observait. C'est pour cela que nous appelons le Fils de Dieu Christ, c'est-à-dire oint, et en hébreu Messie. On trouve
ἠλείμμενος dans quelques livres grecs mal traduits de l'hébreu. De quelque mot que l'on se serve, il est certain que l'on ne désigne point qu'il soit roi de la terre, parce que le temps de prendre possession de ce royaume-là n'est pas encore arrivé ; mais on marque qu'il est roi d'un royaume céleste et éternel, dont je parlerai dans le dernier livre de cet ouvrage. Maintenant je dirai quelque chose de sa première naissance.
Nous déclarons d'abord qu'il a deux naissances, l'une spirituelle et l'autre corporelle. C'est pour cela que le prophète Jérémie a dit ces paroles : « Je vous connaissais avant que de vous avoir formé dans mon sein; » et ces autres: « Il était heureux avant que d'être né. » Il est certain que ni les unes ni les autres ne peuvent convenir à d'autre qu'à Jésus-Christ qui, étant Fils de Dieu dès le commencement, a reçu dans le temps une seconde naissance selon la chair. La confusion que plusieurs ont faite de ces deux naissances les a extrêmement embarrassés, bien qu'ils eussent été instruits de nos mystères. Je les distinguerai si clairement que personne ne pourra plus s'y tromper. Quiconque entend nommer le Fils de Dieu, ne doit pas s'imaginer qu'il l'ait engendré avec une femme à la manière des animaux. Dieu étant seul ne pouvait se joindre à personne, et étant tout-puissant il n'avait besoin ni de compagnie ni de secours pour produire un fils. Croirons-nous avec Orphée qu'il était tout ensemble et mâle et femelle, et que s'il n'avait eu les deux sexes il n'aurait pu engendrer son semblable? Trismégiste semble avoir été dans ce même sentiment, quand il a appelé Dieu père et mère de soi-même. Si cela était véritable, les prophètes n'auraient pas manqué de l'appeler mère, comme ils n'ont pas manqué de l'appeler père. Comment est-ce donc qu'il a engendré son fils. Il faut avouer d'abord que les œuvres de Dieu ne peuvent être ni comprises ni expliquées. L'Écriture nous enseigne pourtant que le Fils de Dieu est son verbe, et que les anges sont son esprit et son souffle. Le Verbe est un souffle mêlé avec des paroles qui signifient quelque chose. Mais parce que le souffle sort du nez, et que la parole sort de la bouche, il y a grande différence entre le Fils de Dieu et les anges. Les anges sont sortis de Dieu comme un souffle sans qu'il ait prononcé aucune parole, parce qu'ils n'étaient destinés qu'à l'exécution de ses ordres, et non à la publication de sa doctrine. Mais le fils est sorti de la bouche de son père, et comme un souffle, parce qu'il est pur esprit, et comme une parole, parce qu'il devait faire entendre aux hommes les volontés de Dieu, et leur révéler les mystères. C'est pour cela qu'on l'appelle et parole et verbe; c'est un souffle mêlé de voix que Dieu a conçu non dans son sein, mais dans son esprit, et qu'il a poussé de sa bouche tout rempli et tout animé de la grandeur et de la majesté de sa sagesse et de sa puissance. Il a aussi fait, comme je l'ai dit, les anges de son souffle. Le souffle des hommes se dissipe en un moment, parce que les hommes sont sujets à la mort ; mais le souffle de Dieu subsiste et conserve la vie et le sentiment, parce que Dieu est immortel et qu'il donne le sentiment et la vie. Bien que nos paroles se dissipent et se perdent en l'air lorsque nous les prononçons, elles se conservent néanmoins par l'écriture quand nous les attachons à des caractères sensibles. Il y a beaucoup plus de sujet de croire que la parole de Dieu demeure éternellement, et qu'elle conserve toujours le sentiment et la force qu'elle a reçue de lui, comme un ruisseau reçoit son eau de sa source. Que si quelqu'un s'étonne qu'un Dieu ait engendré un Dieu, en poussant son souffle et en prononçant sa parole, il cessera de s'étonner quand il aura lu les livres des prophètes. Peut-être que plusieurs personnes qui n'ont jamais rien lu de l'Écriture ne laissent pas de savoir que David et Salin non son fils ont été deux puissants rois, qui ont joint à la souveraine puissance le don de la prophétie. Le dernier a vécu cent quarante ans avant la ruine de la ville de Troie. David son père dit dans le psaume trente-deuxième ce qui suit : « Les cieux ont été formés par sa parole, et toute leur beauté par le souffle de sa bouche. » Et dans le psaume quarante-quatrième, il dit : « Mon cœur, dans l'ardeur qu'il ressent, prononce une bonne parole; et c'est pour la gloire du Roi que je compose ce cantique, n Il témoigne par ces paroles que les œuvres de Dieu ne sont connues à nul autre qu'a son fils, qui est son verbe et qui régnera éternellement. Salomon déclare que le verbe a travaillé i la création du monde quand il dit : « Je suis sorti avant toute créature de la bouche du très Haut. J'ai fait lever dans le ciel une lumière qui luit toujours. J'ai enveloppé la terre d'un nuage. J'ai habité dans les lieux hauts, et j'ai mis mon trône sur une colonne de nuée. » Saint Jean l'évangéliste en parle aussi en ces termes; « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu. Il était au commencement en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. »
Sed melius Graeci λόγον dicunt, quam nos verbum, sive sermonem; λόγον enim et sermonem significat, et rationem, quia ille est, et vox, et sapientia Dei. Hunc sermonem divinum ne philosophi quidem ignoraverunt. Siquidem Zeno rerum naturae dispositorem atque opificem universitatis λόγον praedicat, quem et fatum, et necessitatem rerum, et Deum, et animum Jovis nuncupat; ea scilicet consuetudine, qua solent Jovem pro Deo accipere. Sed nihil obstant verba, cum sententia congruat veritati. Est enim spiritus Dei, quem ille animum Jovis nominavit. Nam Trismegistus, qui veritatem pene universam nescio quomodo investigavit, virtutem majestatemque verbi saepe descripsit, sicut declarat superius illud exemplum, quo fatetur esse ineffabilem quemdam sanctumque sermonem, cujus enarratio modum hominis excedat. Dixi de nativitate prima breviter, ut potui. Nunc de secunda, quoniam controversia est in ea maxima, latius disserendum est; ut veritatem scire cupientibus lumen intelligentiae praeferamus.
De Jesu adventu; de Judaeorum casibus ac eorum regimine usque ad Passionem Dominicam.
In primis igitur scire homines oportet, sic a principio processisse dispositionem summi Dei, ut esset necesse, appropinquante saeculi termino, Dei Filium descendere in terram, ut constitueret Deo templum, doceretque justitiam: verumtamen non in virtute Angeli, aut potestate coelesti, sed in figura hominis, et conditione mortali, ut cum magisterio functus fuisset, traderetur in manus impiorum, mortemque susciperet, ut ea quoque per virtutem domita, resurgeret, et homini, quem induerat, quem gerebat, et spem vincendae mortis afferret, et ad praemia immortalitatis admitteret. Hanc ergo dispositionem ne quis ignoret, docebimus praedicta esse omnia, quae in Christo videmus esse completa. Nemo asseverationi nostrae fidem commodet; nisi ostendero, Prophetas ante multam temporum seriem praedicasse, fore aliquando ut filius Dei naceretur sicut homo, et mirabilia faceret, et cultum Dei per totam terram seminaret, et postremo patibulo figeretur, et tertia die resurgeret. Quae omnia cum probavero eorum ipsorum litteris, qui Deum suum mortali corpore utentem violaverunt, quid aliud obstabit, quominus veram sapientiam clarum sit in hac sola Religione versari? Nunc a principio totius sacramenti origo narranda est.
Majores nostri, qui erant principes Hebraeorum, cum sterilitate atque inopia laborarent, transierunt in Aegyptum rei frumentariae gratia, ibique diutius commorantes, intolerabili servitutis jugo premebantur. Tum misertus eorum Deus eduxit eos, ac liberavit de manu regis Aegyptiorum post annos quadringentos et triginta, duce Moyse, per quem postea illis lex a Deo data est: in qua eductione ostendit virtutem suae majestatis Deus. Trajecit enim populum medio Mari Rubro, praecedente angelo, et scindente aquam, ut populus per siccum gradi posset, quem verius (ut ait poeta)
Qua re audita, tyrannus Aegyptiorum cum magna suorum manu insecutus, et mare adhuc patens temere ingressus, coeuntibus aquis cum omni exercitu deletus est. Hebraei vero ingressi in solitudinem multa mirabilia viderunt. Nam cum sitim paterentur, ictu virgae rupe percussa, prosiliit fons aquae, populumque recreavit. Quo rursus esuriente, coelestis alimenti pluvia descendit. Quin etiam coturnices in castra eorum ventus invexit, ut non modo pane coelesti, sed etiam instructioribus epulis saturarentur. Pro his tamen divinis beneficiis honorem Deo non reddiderunt, sed depulsa jam servitute, jam siti fameque deposita, in luxuriam prolapsi, ad profanos Aegyptiorum ritus animos transtulerunt. Cum enim Moyses dux eorum ascendisset in montem, atque ibi quadraginta diebus moraretur, aureum caput bovis, quem vocant Apin, quod eos in signo praecederet, figurarunt. Quo peccato ac scelere offensus Deus, impium et ingratum populum pro merito poenis gravibus affecit, et legi, quam per Moysen dederat, subjugavit.
Postea vero cum in deserta quadam parte Syriae consedissent, amiserunt vetus nomen Hebraei: et quoniam princeps examinis eorum Judas erat, Judaei sunt appellati, et terra, quam incoluere, Judaea. Et primo quidem non dominio regum subjecti fuerunt: sed populo ac legi civiles Judices praesidebant; non tamen in annum constituti sunt, sicut romani consules, sed perpetua jurisdictione, subnixi. Tum sublato Judicum nomine, potestas regalis inducta est. Verum Judicibus regimen eorum tenentibus, pravas religiones saepe susceperant; atque offensus ab his Deus, toties eos alienigenis subjugabat, donec rursus poenitentia populi mitigatus liberaret eos servitute. Item sub regibus finitimorum bellis ob delicta vexati, postremo capti, abductique Babylonem, poenas impietatis suae gravi servitio pependerunt; donec Cyrus veniret in regnum, qui statim Judaeos restituit edicto. Exinde Tetrarchas habuerunt usque ad Herodem, qui fuit sub imperio Tiberii Caesaris; cujus anno quinto decimo, id est, duobus Geminis Consulibus, ante diem decimam calendarum aprilium Judaei Christum cruci affixerunt. Hic rerum textus, hic ordo in arcanis sanctarum Litterarum continetur. Sed prius ostendam, qua de causa in terram venerit Christus, ut fundamentum divinae Religionis et ratio clarescat.
Cum saepe Judaei praeceptis salutaribus repugnarent, atque a divina lege dosciscerent, aberrantes ad impios cultus deorum, tum Deus justos et electos viros Spiritu sancto implebat, prophetas in media plebe constituens, per quos peccata ingrati populi verbis minacibus increparet, et nihilominus hortaretur ad poenitentiam sceleris agendam, quam nisi egissent, atque abjectis vanitatibus ad Deum suum rediissent, fore, ut testamentum suum mutaret, id est, haereditatem vitae immortalis ad exteras converteret nationes, aliumque sibi populum fideliorem ex alienigenis congregaret. Illi autem a prophetis increpati, non modo verba eorum respuerunt, sed quod sibi peccata exprobrarentur offensi, eos ipsos exquisitis cruciatibus necaverunt: quae omnia divinae litterae signata conservant. Dicit enim propheta Jeremias: Misi ad vos servos meos prophetas: ante lucem mittebam, et non audiebatis me, neque intendebatis auribus vestris, cum dicerem vobis: « Convertatur unusquisque a via sua mala, et a nequissimis affectionibus vestris, et habitabitis in terra ista, quam dedi vobis et patribus vestris a saeculo usque in saeculum. Nolite ambulare post deos alienos ut serviatis eis, et ne incitetis me in operibus manuum vestrarum, ad disperdendos vos. » Esdras etiam propheta, qui fuit ejusdem Cyri temporibus, a quo Judaei sunt restituti, sic loquitur: Desciverunt a te, et abjecerunt legem tuam post corpus suum, et prophetas tuos interfecerunt, qui obtestabantur eos ut reverterentur ad te.
Item Helias in libro Βασιλεῶν tertio:
Aemulando aemulatus sum Domino Deo omnipotenti, quia dereliquerunt te filii Israel, et altaria tua demolierunt, et prophetas tuos interfecerunt gladio, et remansi ego solitarius, et quaerunt animam meam auferre a me. Propter has illorum impietates abdicavit eos in perpetuum: itaque desiit prophetas mittere ad eos. Sed illum filium suum primogenitum, illum opificem rerum, et consiliatorem suum delabi jussit e coelo, ut religionem sanctam Dei transferret ad gentes, id est, ad eos, qui Deum ignorabant; doceretque justitiam, quam perfidus populus abjecerat; quod jampridem denuntiaverat se esse facturum, sicut Malachias propheta indicat, dicens: Non est mihi voluntas circa vos, dicit Dominus, et sacrificium acceptum non habebo ex manibus vestris; quoniam a solis ortu usque ad occasum clarificabitur nomen meum apud gentes. Item David in psalmo XVII: Constitues me in caput gentium: populus, quem non cognovi, serviet mihi. Esaias quoque sic loquitur: Venio colligere omnes gentes, et linguas, et venient, et videbunt claritatem meam, et dimittam super eos signum, et mittam ex his conservatos in gentes quae longe sunt, quae non audierunt gloriam meam, et nuntiabunt claritatem meam in gentes. Volens igitur Deus metatorem templi sui mittere in terram, noluit eum in potestate et claritate coelesti mittere, ut ingratus in Deum populus in errorem maximum induceretur, ac poenas pro facinoribus suis lueret, qui dominum ac Deum suum non recepisset; quod olim prophetae cecinerant, sic esse facturum. Esaias enim, quem ipsi Judaei serra confectum crudelissime necaverunt, ita dicit: Audi coelum, et percipe auribus terra, quoniam Dominus locutus est: Filios genui, et exaltavi; ipsi autem spreverunt me. Agnovit bos possessorem suum, et asinus praesepium domini sui; Israel autem me non cognovit, et populus meus me non intellexit.
Hieremias quoque similiter ait: Cognovit tempus suum turtur et hirundo, et ruris passeres custodierunt tempora introitus sui: populus autem meus non cognovit judicium Domini. Quomodo dicitis, sapientes sumus, et lex Domini nobiscum est? Incassum facta est metatura; falsi scribae, et confusi sunt; sapientes trepidaverunt, et capti sunt, quoniam verbum Domini reprobaverunt. Ergo (ut coeperam dicere) cum statuisset Deus doctorem virtutis mittere ad homines, renasci eum denuo in carne praecepit, et ipsi homini similem fieri, cui dux, et comes, et magister esset futurus. Sed tamen quoniam clemens est et pius erga suos Deus, ad eos ipsos eum misit, quos oderat, ne illis in perpetuum salutis viam clauderet; sed daret his liberam facultatem sequendi Deum, ut et praemium vitae adipiscerentur, si secuti fuissent, quod plurimi eorum faciunt, atque fecerunt, et culpa sua in poenam mortis incurrerent, si regem suum repudiassent. Apud illos igitur, et ex eorum semine regenerari eum jussit, ne, si fuisset alienigena, justam possent excusationem de lege praetendere, quod eum non suscepissent; simul, ut nulla omnino gens esset in terra, cui spes immortalitatis negaretur.
De Jesu ortu ex Virgine, de ejus Vita, Morte, et Resurrectione; atque de iis rebus testimonia Prophetarum.
Descendens itaque de coelo sanctus ille Spiritus Dei sanctam Virginem, cujus utero se insinuaret, elegit. At illa divino Spiritu hausto repleta concepit, et sine ullo attactu viri repente virginalis uterus intumuit. Quod si animalia quaedam vento et aura concipere solere omnibus notum est, cur quisquam mirum putet, cum spiritu Dei, cui facile est quidquid velit, gravatam esse Virginem dicimus? Quod sane incredibile posset videri, nisi hoc futurum ante multa saecula Prophetae cecinissent. Salomon ita dicit: Infirmatus est uterus virginis, et accepit foetum, et gravata est, et facta est in multa miseratione mater Virgo. Item propheta Esaias, cujus verba sunt haec: Propter hoc dabit Deus ipse vobis signum; Ecce Virgo accipiet in utero, et pariet filium, et vocabitis nomen ejus Hemanuel. Quid hoc manifestius dici potest? Legebant ista Judaei, qui eum negaverunt. Si quis nos haec fingere arbitratur, ab his requirat, ab his potissimum sumat. Satis firmum testimonium est ad probandam veritatem, quod ab ipsis perhibetur inimicis. Hemanuel autem nunquam vocitatus est, sed Jesus, qui latine dicitur salutaris, sive salvator; quia cunctis gentibus salutifer venit. Sed propheta declaravit hoc nomine, quod Deus ad homines in carne venturus esset. Hemanuel enim significat, nobiscum Deus; scilicet quia illo per virginem nato, confiteri homines oportebat Deum secum esse, id est, in terra, et in carne mortali. Unde David in psalmo LXXXIV. Veritas, inquit, de terra orta est; quia Deus, in quo veritas est, terrenum corpus accepit, ut terrenis viam salutis aperiret. Item Esaias ipse: Ipsi autem non crediderunt, et exacerbaverunt spiritum sanctum, et conversus est eis ad inimicitiam. Et ipse expugnavit, et recordatus est dierum saeculi, qui suscitavit de terra pastorem ovium.