Divinae institutiones (Institutions divines) (page 29)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Sed quoniam multae haereses extiterunt, et instinctibus daemonum populus Dei scissus est: determinanda est nobis veritas breviter, et in suo proprio domicilio collocanda; ut si quis aquam vitae cupiet haurire, non ad detritos lacus deferatur, qui non habent venam, sed uberrimum Dei noverit fontem, quo irrigatus perenni luce potiatur. Ante omnia scire nos convenit, et ipsum, et legatos ejus praedixisse, quod plurimae sectae et haereses haberent existere, quae concordiam sancti corporis rumperent, ac monuisse, ut summa prudentia caveremus, ne quando in laqueos et fraudes illius adversarii nostri, cum quo nos Deus luctari voluit, incideremus. Tum dedisse certa mandata, quae in perpetuum custodire deberemus: quorum plerique immemores, deserto itinere coelesti, vias sibi devias per anfractus et praecipitia condiderunt; per quas partem plebis incautam et simplicem, ad tenebras mortemque deducerent: quod quatenus acciderit, exponam. Fuerunt quidam nostrorum vel minus stabilita fide, vel minus docti, vel minus cauti, qui discidium facerent unitatis, et Ecclesiam dissiparent. Sed ii, quorum fides fuit lubrica, cum Deum nosse se et colere simularent, augendis opibus et honori studentes, affectabant maximum sacerdotium, et a potioribus victi, secedere cum suffragatoribus suis maluerunt, quam eos ferre praepositos, quibus concupierant ipsi ante praeponi.

Quidam vero non satis coelestibus litteris eruditi, cum veritatis accusatoribus respondere non possent, objicientibus vel impossibile, vel incongruens esse, ut Deus in uterum mulieris includeretur, nec coelestem illam majestatem ad tantam infirmitatem potuisse deduci, ut hominibus contemptui, derisui, contumeliae et ludibrio esset, postremo etiam cruciamenta perferret, atque excecrabili patibulo figeretur: quae omnia cum neque ingenio, neque doctrina defendere ac refutare possent (nec enim vim rationemque penitus pervidebant), depravati sunt ab itinere recto et coelestes litteras corruperunt, ut novam sibi doctrinam sine ulla radice ac stabilitate componerent. Nonnulli autem falsorum prophetarum vaticinio illecti, de quibus, et veri prophetae, et ipse praedixerat, exciderunt a doctrina Dei, et traditionem veram reliquerunt. Sed illi omnes daemoniacis fraudibus irretiti, quas prospicere et cavere debuerant, divinum nomen et cultum per imprudentiam perdideruat. Cum enim Phryges, aut Novatiani, aut Valentiniani, aut Marcionitae, aut Anthropiani, aut Ariani, seu quilibet alii nominantur, christiani esse desierunt, qui Christi nomine amisso, humana et externa vocabula induerunt. Sola igitur catholica Ecclesia est, quae verum cultum retinet.

Hic est fons veritatis, hoc domicilium fidei, hoc templum Dei, quo si quis non intraverit, vel a quo si quis exiverit, a spe vitae ac salutis aeternae alienus est. Neminem sibi oportet pertinaci concertatione blandiri. Agitur enim de vita et salute: cui nisi caute ac diligenter consulatur, amissa et extincta erit. Sed tamen quia singuli quique coetus haereticorum se potissimum Christianos, et suam esse Catholicam Ecclesiam putant, sciendum est illam esse veram, in qua est confessio et poenitentia, quae peccata et vulnera, quibus subjecta est imbecillitas carnis, salubriter curat. Haec interim paucis admonendi gratia retuli, ne quis errorem fugere cupiens, majori implicetur errore, dum penetrale veritatis ignorat. Postea plenius et uberius contra omnes mendaciorum sectas proprio separatoque opere pugnabimus. Sequitur, ut, quoniam satis de religione vera et sapientia locuti sumus, in proximo libro de justitia disseramus.

Je me contenterai de faire voir en ce lieu la grandeur et la puissance de la croix. Ceux qui ont vu de quelle manière les démons abandonnent les corps qu'ils possédaient [dès qu'on les conjure au nom de Jé-sus-Christ, savent quelle est la force de ce signe. Comme le Seigneur chassait les démons par sa parole durant sa vie, et qu'il rendait la raison elle bon sens aux esprits qu'ils avaient troublés par leur violence ; ainsi ses disciples mettent en fuite les mêmes démons par le nom de leur maître, et par le signe de la passion. La preuve en est fort aisée, car les païens ne sauraient ni offrir leurs sacrifices, ni tirer aucune réponse de leurs oracles en présence d'une personne qui ait le front marqué de la marque du Sauveur.

C'est de là que les méchants princes ont pris le plus souvent prétexte de nous persécuter; des chrétiens, qui avaient des charges à la cour des empereurs et des rois, et qui, par la nécessité de leurs fonctions, assistaient aux sacrifices que faisaient ces princes, ont souvent dissipé les démons par la force du signe qu'ils avaient sur le front, et empêché qu'ils ne fissent paraître dans les entrailles des victimes aucun présage de l'avenir. Les augures, excités par les démons dont ils étaient les ministres, se plaignirent qu'il y avait des profanes qui troublaient les sacrifices, et excitèrent une si furieuse colère dans le cœur de leurs princes, qu'ils attaquèrent le temple de Dieu, et commirent des sacrilèges, qui ont depuis été suivis de rigoureux châtiments. Cependant les païens ont été assez aveugles pour ne pas reconnaître que notre religion, qui remporte de si glorieuses victoires, est véritable, et que la leur qui n'ose ni combattre ni même paraître, est fausse.

Ils disent que c'est par haine et non par crainte que les dieux se retirent en notre présence. On n'a de la haine que pour ceux qui nuisent ou qui peuvent nuire ; mais puisque les dieux avaient de la haine pour les chrétiens, ils auraient eu une conduite plus digne de leur grandeur si, au lieu de s'enfuir, ils les eussent punis sur-le-champ. Ils ne pourraient s'approcher de ceux sur le front desquels ils voient le sceau de Dieu, ni leur faire de mal, parce que ce sceau est comme un rempart qui les couvre, et pour cela ils les persécutent par la main des hommes. Si ces hommes-là confessent qu'ils sont les ministres des démons, nous avons remporté la victoire; car il faut nécessairement qu'une religion qui découvre les ruses des démons, qui repousse leur violence, qui les dompte par des armes spirituelles, soit la religion véritable; s'ils le nient, il sera aisé de les confondre par les témoignages des poètes et des philosophes. S'ils avouent qu'il y a des démons, et que ces démons sont de médians esprits, il faut qu'ils mettent quelque différence entre les démons et leurs dieux. Qu'ils nous expliquent donc quelle est cette différence, afin que nous sachions quels sont ceux que nous devons haïr et ceux que nous devons adorer; s'ils ont quelque habitude entre eux, ou s'ils n'en ont pas et qu'ils soient ennemis. S'ils ont des liaisons, comment les discernerons-nous, pour, éviter de rendre aux unies respects que nous n'avons intention de rendre qu'aux autres? Si au lieu d'avoir quelque liaison entre eux, ils n'ont que de l'inimitié et de la haine, d'où vient que les démons n'appréhendent point les dieux, et que les dieux ne mettent point les démons en fuite? S'il se trouve quelqu'un qui, étant agité par les démons, ait perdu l'usage de la raison, menons-le au temple de Jupiter dont la grandeur est égale à la bonté, ou plutôt, comme Jupiter n'a pas le pouvoir de guérir les maladies, menons-le à celui d'Esculape ou d'Apollon : le prêtre de l'un ou de l'autre de ces dieux commandera à cet esprit impur et criminel de sortir du corps qu'il possède, et il ne sera point obéi. Où est la puissance des dieux, si les démons n'y sont point assujettis? Cependant ces mêmes démons s'enfuient dès qu'ils sont conjurés au nom de Dieu. D'où vient qu'ils appréhendent Jésus-Christ et qu'ils n'appréhendent point Jupiter, si ce n'est que les démons et ceux que le peuple prend pour des dieux sont les mêmes? Enfin, si l'on mettait d'un côté ces possédés du démon et de l'autre une prêtresse d'Apollon de Delphes, l'un et l'autre redouteront également le nom de Dieu ; et dès qu'on l'aura prononcé la prêtresse sera abandonnée par Apollon et réduite au silence, et le possédé sera délivré du démon. Il est donc clair que les démons, que vous avouez être dignes d'exécration et d'horreur, sont les mêmes que les dieux auxquels vous rendez un souverain culte.

Si vous ne nous en croyez pas, croyez-en Homère qui met Jupiter au rang des démons; croyez-en les autres poètes et philosophes qui les appellent tantôt démons et tantôt dieux; en quoi ils s'approchent en partie de la vérité et en partie s'en éloignent. Quand ces abominables esprits sont conjurés, ils confessent qu'ils ne sont que des démons. Quand ils sont adorés par les païens, ils supposent faussement qu'ils sont des dieux pour les engager dans l'erreur, afin de les détourner de la connaissance du vrai Dieu, par laquelle seule ils pourraient éviter la mort éternelle. Ce sont eux qui, pour perdre les hommes, ont inventé divers moyens de se faire adorer par les peuples sous le nom des princes anciens. Il n'y a rien de si aisé que de découvrir ces artifices et cette imposture. Il n'y a pour cela qu'à assembler ceux qui font profession de rappeler les âmes des enfers ; qu'ils rappellent Jupiter, Neptune, Vulcain, Mercure, Apollon, et Saturne qui est plus ancien et le père de tous les autres; ils viendront, ils répondront, ils déclareront la vérité. Que ces mêmes personnes appellent Jésus-Christ, et qu'ils tachent de l'évoquer, il ne paraîtra point, parce qu'il n'a été que deux jours dans les enfers. Il n'y a point de preuve plus certaine que celle-là. Je ne doute pas que Trismégiste n'en ait eu quelque connaissance, quand il a dit de Dieu le père, tout ce que l'on en peut dire, et qu'il a dit beaucoup de choses du Fils, fort conformes à ce que nos mystères nous en enseignent.

Ces vérités étant aussi incontestables que nous l'avons fait voir, l'unique espérance de l'homme consiste à renoncer à l'erreur, à connaître Dieu et à le servir ; le plus important et le plus nécessaire de tous nos devoirs, est de nous instruire des règles de la justice et des préceptes de la véritable religion. Nous n'avons été mis au monde qu'à condition que nous rendrions nos hommages à Dieu qui nous y a mis ; c'est une obligation étroite et indispensable par le lien de laquelle nous sommes attachés à Dieu, et c'est de là même que vient le mot de religion. Il ne vient pas du verbe relegere comme Cicéron l'a prétendu dans les livres de la Nature des dieux, où il parle de cette sorte : « Ce ne sont pas seulement les philosophes qui ont mis une grande différence entre la superstition et la religion, ce sont généralement tous les anciens. On a appelé superstitieux ceux qui passent des jours entiers à faire des prières et à offrir des sacrifices pour obtenir que leurs enfants leur survivent. On appelle religieux ceux qui relisent et repassent dans leur esprit ce qui regarde le culte des dieux. On a fait le nom de religieux du verbe relegere, comme on a fait celui d'élégant du verbe eligere, celui de déligent du verbe deligere, celui d'intelligent du verbe intelligere. Tous ces mots sont sortis du verbe legere, comme de leur racine. Ainsi l'usage a voulu que l'on ait introduit les noms de superstitieux et de religieux, dont l'un ne marque qu'un vice et l'autre exprime une vertu. » Les choses mêmes dont Cicéron parle en cet endroit font voir clairement combien cette étymologie et cette explication sont ineptes. La superstition et la religion ont, selon son sentiment, le même objet, qui est de rendre aux dieux le culte qui leur est dû ; et ainsi il n'y a point de différence, ou il y en a peu. Quelle raison m'apporterait-il pour montrer que ce soit un acte de religion de prier une fois les dieux pour la conservation de la vie des enfants, et que ce soit un acte de superstition de prier dix fois pour le même sujet? Si c'est bien fait de prier une fois pour obtenir cette grâce, c'est encore mieux fait de prier plusieurs fois. Si c'est bien fait de prier une heure, c'est encore mieux fait de prier tout le jour; si une victime apaisé la colère des dieux et les rend favorables, plusieurs victimes les rendront encore plus favorables : des vœux redoublés plaisent plutôt qu'ils n'offensent ; bien loin de haïr les serviteurs qui sont assidus à leur devoir, on les aime. Quelle raison y aurait-il de blâmer ceux qui chérissent plus tendrement leurs enfants que ne font les autres, et ceux qui rendent aux dieux des devoirs plus fréquents, et de louer ceux qui tiennent une conduite différente ? On peut encore proposer le même argument de cette sorte : si c'est un crime d'employer tout le jour à faire des prières et à offrir des sacrifices, c'en est un d'y employer un seul moment ; si c'est une superstition de demander souvent que vos enfants vous survivent, c'en est une de le demander rarement. Mais pourquoi donne-t-on le nom de religieux à ceux qui relisent et qui étudient ce qui concerne le culte des dieux? Ceux qui le relisent plusieurs fois en un seul jour, et avec plus de soin et plus d'application que les autres, doivent-ils perdre ce nom? où est donc la différence?

La différence est en ce que la religion a la vérité pour objet, au lieu que la superstition n'a pour objet que la fausseté et le mensonge : il importe davantage de savoir ce que vous adorez, que d'examiner la manière dont vous l'adorez. Ceux qui adorent les dieux croient avoir de la religion, bien qu'ils n'aient que de la superstition : leur erreur procède de ce qu'ils ne connaissent pas la force de ces deux termes, et qu'ils ne savent pas la différence des choses qu'ils signifient. Le nom de religion vient du lien dont nous sommes attachés à Dieu : la piété nous tient comme liés à lui, et nous oblige à le servir comme notre maître et de lui obéir comme à notre père. Lucrèce l'a mieux expliqué, quand il a dit qu'il dénouait les nœuds de la religion. Les superstitieux sont ceux non qui souhaitent que leurs enfants leur survivent, car tous les pères le souhaitent, mais ceux qui révèrent la mémoire des morts, et ceux qui ayant survécu à leurs parents gardent leurs images dans leurs maisons et les vénèrent comme des dieux domestiques » Ceux qui ont inventé de nouvelles cérémonies en l'honneur des hommes qu'ils s'imaginaient avoir été reçus dans le ciel et admis au rang des dieux, ont été appelés superstitieux, au lieu que cent qui conservaient le culte qui avait été introduit par l'antiquité et autorisé par l'usage public étaient appelés reli-gieux ; c'est pour cela que Virgile a dit que

Les plus anciens d'entre les dieux n'ayant été consacrés que depuis leur mort, ceux qui les adorent sont des superstitieux, et il n'y a que nous, qui servons l'unique et le véritable Dieu, qui nous acquittons des devoirs de la religion et de la piété.

Quelqu'un demandera peut-être en cet endroit, d'où vient que, n'adorant qu'an seul Dieu, nous ne laissons pas de dire qu'il y en a deux ; savoir, le père et le fils. Cette difficulté a extrêmement embarrassé plusieurs personnes qui, trouvant fort probable le reste de notre doctrine, se persuadent que nous nous trompons, en ce que nous confessons d'un doté que Dieu est éternel et de l'autre qu'il est mort. J'ai assez parlé de la mort du Sauveur; je dirai maintenant quelque chose de l'unité de Dieu. Quand nous disons que le père est Dieu et que le Fils est Dieu, nous ne les séparons point, et nous n'admettons point deux dieux. Le père ne saurait être sans le fils, ni le fils sans le père. Le père et le fils ont un rapport réciproque ensemble. Le père est le principe du fils, et le fils est le terme du père. Ils n'ont tous deux qu'une âme, qu'un esprit et qu'une substance. Le père est connue une fontaine qui répand ses eaux avec abondance, le fils est comme un ruisseau qui en coule. Le père est comme le soleil, et le fils comme rayon. Le fils est fidèle à son père et est chéri de lui, et n'en peut non plus être séparé que ruisseau de la source, que le rayon du soleil, que la voix de la bouche, que la main du corps. Le fils est appelé par les prophètes la main du père, sa forme, sa parole. Il ne peut donc être séparé de lui, parce que c'est de la bouche que sort la parole, et que c'est de la main que vient là force.

On peut se servir encore d'un autre exemple, qui est plus familier et plus propre à exprimer cette pensée. Quand un père a dans sa maison et sous sa puissance un fils qu'il chérit uniquement, on ne reconnaît, selon la disposition du droit civil, qu'une maison et qu'un maître. Le monde est la maison de Dieu. Le père et le fils qui y habitent ne sont qu'un, lis sont l’un l'autre. Le père est dans le fils, parce que le fils obéit si fidèlement à la volonté du père, qu'il n'a jamais rien fait que ce qu'il lui a commandé. Le fils est dans le père, parce qu'il est aimé de lui. Je vous prouve, par l'exemple que j'ai rappelé ci-dessus, que le père et le fils ne sont qu'un Dieu, quand il dit : « Ils se prosternèrent devant vous, et ils vous prièrent avec soumission ; et ils dirent : il n'y a de Dieu que parmi vous, et il n'y a point d'autre Dieu que le vôtre. » Il dit encore en un autre endroit « Voici ce que dit le Seigneur, le roi d'Israël, et son rédempteur le seigneur des années : Je suis le premier et le dernier, et il n'y a de Dieu que moi seul. » Après que ce prophète a proposé deux personnes, savoir : Dieu qu'il appelle roi, c'est-à-dire Jésus-Christ, et Dieu qu'il appelle le Père, qui a tiré son fils des enfers, comme Osée le témoigne par ces paroles: a Je l'arracherai d'entre les mains de l'enfer; » il conclut au singulier. « Il n'y a point d'autre Dieu que moi, » et ne conclut pas au pluriel en disant : « Il n'y a point d'autres dieux que nous, » parce qu'il n'est pas permis de faire cette différence ni cette séparation. Il n'y a qu'un Dieu, qui est libre, indépendant, souverain et éternel, qui n'a point d'origine, qui est l'origine de toutes choses, et qui comprend et son fils et toutes choses. L'esprit et la volonté de l'un, sont l'esprit et la volonté de l'autre ; ou plutôt le même esprit et la même volonté sont dans l'un et dans l'autre, et tous deux ensemble ne sont qu'un Dieu, parce que le père n'a rien qu'il ne communique a son fils, et que le fils n'a rien qu'il ne rapporte à son père. Le père ne peut être adoré ni honoré qu'au nom du fils. Quiconque se propose de n'adorer que le père, n'adore ni l'un ni l'autre. Mais quiconque adore le fils, adore aussi le père, parce que le fils est l'ambassadeur du père, la porte du temple, le chemin de la lumière, le guide du salut, l'entrée de la vie.

Comme il y a des erreurs et des hérésies et que la malice du démon a mis la division parmi le peuple de Dieu, il est à propos de décrire en peu de paroles le lieu où se trouve In vérité, afin que ceux qui désirent boire de l'eau qui donne la vie éternelle, la puisent dans la source qui est Dieu même, au lieu de la puiser dans des lacs où elle ne conserve point sa pureté. Il faut savoir avant toutes choses, que le Sauveur et les apôtres ont prédit qu'il s'élèverait des sectes et des hérésies, qui rompraient l'union du corps des fidèles, et nous ont avertis d'éviter les pièges que nous dresse l'ennemi contre lequel nous sommes obligés de combattre, sans nous laisser jamais tromper par ses ruses. Plusieurs, au lieu de suivre ces avis si salutaires, ont pris des chemins écartés et bordés de précipices où ils ont traîné une foule de personnes simples et ignorantes jusqu'à la mort éternelle. Les ailleurs d'une si funeste division ont été des hommes qui, n'étant pas assez fermes dans leur foi, assez solides dans leur doctrine, assez prudents dans leur conduite, ont brûlé d'un désir ardent de posséder des richesses, et de jouir des honneurs, et ont porté leur ambition sacrilège jusqu'à la dignité la plus sacrée, qui est celle du sacerdoce ; en ayant été exclus par d'autres qui en étaient plus dignes qu'eux, ils ont mieux aimé se retirer avec ceux de leur parti que de se soumettre a ceux qui leur avaient été préférés.

D'autres n'étant pas assez instruits de la science de l'Église, pour répondre aux ennemis de la vérité qui leur objectaient qu'il était impossible qu'un Dieu se fût enfermé dans le sein d'une femme, qu'il se fût exposé au mépris, aux railleries, et aux outrages, qu'il eût souffert les tourments les plus cruels et la mort la plus infâme, et que toutes ces faiblesses et ces misères ne convenaient nullement à l'excellence ni à la grandeur de sa nature; et n'ayant jamais compris les véritables raisons de ces mystères, ils se sont éloignés du bon chemin, ont corrompu l'Écriture, et ont inventé une doctrine qui n'a aucun fondement. Quelques-uns, trompés par de faux prophètes, selon que les véritables prophètes l'avaient prédit, ont renoncé à la doctrine du Sauveur et à la tradition de son Église. Toutes ces personnes étant malheureusement tombées dans les pièges du démon, qu'elles devaient éviter, ont perdu le nom de chrétiens. En effet, quand on les appelle phrygiens, novatiens, valentiniens, marcionites, anthropiens, ariens, ou de tout autre nom particulier autre que celui de chrétiens, on marque très clairement qu'ils sont retranchés de la société des fidèles. Il n'y a qu'une Église catholique qui conserve le vrai culte:

c'est la source de la vérité, le domicile de la foi, le temple de Dieu, où quiconque n'entrera pas, et d'où quiconque sortira sera privé de l'espérance du salut éternel. Que personne ne se flatte dans l'opiniâtreté avec laquelle il soutient ses sentiments. Il s'agit de la vie éternelle et du salut, on ne saurait avoir trop de soin de les conserver. Il n'y a point cependant d'assemblée hérétique, qui ne donne à ceux qui la composent la qualité de chrétien, et qui ne croie être l'Église catholique. La véritable est celle où se trouve la confession et la pénitence, par laquelle les péchés, qui sont les blessures de l'âme, sont guéris. J'ai bien voulu donner cet avis, comme en passant, et pour que ceux qui souhaitent d'éviter l'erreur n'y tombent pas par ignorance. Je réfuterai plus au long et dans la suite les mensonges et les impostures de toutes les sectes. Maintenant, après avoir parlé de la véritable religion et de la véritable sagesse, je m'en vais parler de la justice.

CAPUT PRIMUM. De non damnandis reis, inaudita causa; unde Litteras sacras contempserint philosophi; de primis assertoribus religionis christianae.

Non est apud me dubium, Constantine Imperator Maxime, quin hoc opus nostrum, quo singularis ille rerum conditor et hujus immensi rector asseritur, si quis attigerit ex istis inepte religiosis (ut sunt nimia superstitione impatientes), insectetur etiam maledictis, et vix lecto fortasse principio, affligat, projiciat, execretur; seque inexpiabili scelere contaminari atque astringi putet, si haec aut legat patienter, aut audiat. Ab hoc tamen, si fieri potest, humanitatis jure postulamus, ut non prius damnet, quam universa cognoverit. Nam si sacrilegis, et proditoribus, et veneficis potestas defendendi sui datur, nec praedamnari quemquam incognita causa licet: non injuste petere videmur, ut si quis erit ille qui inciderit in haec, si leget, perlegat, si audiet, sententiam differat in extremum. Sed novi hominum pertinaciam: nunquam impetrabimus. Timent enim ne a nobis revicti, manus dare aliquando, clamante ipsa veritate cogantur. Obstrepunt igitur, et intercedunt ne audiant; et oculos suos opprimunt, ne lumen videant, quod offerimus. Quo plane ipsi diffidentiam suae perditae rationis ostendunt, cum neque cognoscere; neque congredi audent, quia sciunt se facile superari. Et idcirco disceptatione sublata, Pellitur e medio sapientia, vi geritur res, ut ait Ennius; et quia student damnare tamquam nocentes, quos utique sciunt innocentes, constare de ipsa innocentia nolunt. Quasi vero major iniquitas sit, probatam innocentiam damnasse, quam inauditam. Sed, ut dixi, verentur, ne si audierint, damnare non possint.

Et ideo cultores Dei summi, hoc est justos homines torquent, interficiunt, exterminant; nec causas odiorum reddere ipsi possunt, qui tam vehementer oderunt: quia ipsi errant, irascuntur iis qui veram viam sequuntur, et cum corrigere se possint, errores suos insuper crudelibus factis coacervant, innocentium cruore maculantur, et dicatas Deo mentes evisceratis corporibus extorquent. Cum talibus nunc congredi et disputare contendimus, hos ad veritatem ab inepta persuasione traducere, qui sanguinem facilius hauserint, quam verba justorum. Quid igitur? Operamne perdemus? Minime. Nam si lucrari hos a morte, ad quam concitatissime tendunt, non potuerimus; si ab illo itinere devio ad vitam lucemque revocare, quoniam ipsi saluti suae repugnant: nostros tamen confirmabimus, quorum non est stabilis, ac solidis radicibus fundata et fixa sententia. Nutant enim plurimi, ac maxime qui litterarum aliquid attigerunt. Nam et in hoc philosophi, et oratores, et poetae sunt, perniciosi quod incautos animos facile irretire possunt suavitate sermonis, et carminum dulci modulatione currentium. Mella sunt haec venenum tegentia. Ob eamque causam volui sapientiam cum Religione conjungere, ne quid studiosis inanis illa doctrina possit officere; ut jam scientia litterarum non modo nihil noceat Religioni atque justitiae, sed etiam prosit quamplurimum, si is, qui eas didicerit, sit in virtutibus instructior, et in veritate sapientior.

Praeterea, etiamsi nulli alii, nobis certe proderit: delectabit se conscientia, gaudebitque mens in veritatis se luce versari; quod est animae pabulum, incredibili quadam jucunditate perfusum. Verum non est desperandum. Fortasse Non canimus surdis. Nec enim in tam malo statu res est, ut desint sanae mentes, quibus et veritas placeat, et monstratum sibi rectum iter et videant, et sequantur. Circumlinatur modo poculum coelesti melle sapientiae, ut possint ab imprudentibus amara remedia sine offensione potari; dum illiciens prima dulcedo acerbitatem saporis asperi, sub praetextu suavitatis occultat. Nam haec in primis causa est, cur apud sapientes, et doctos, et principes hujus saeculi Scriptura sancta fide careat, quod Prophetae communi ac simplici sermone, ut ad populum, sunt locuti. Contemnuntur itaque ab iis, qui nihil audire, vel legere, nisi expolitum ac disertum volunt; nec quidquam haerere animis eorum potest, nisi quod aures blandiori sono mulcet. Illa vero, quae sordida videntur, anilia, inepta, vulgaria existimantur. Adeo nihil verum putant, nisi quod auditu suave est; nihil credibile, nisi quod potest incutere voluptatem: nemo rem veritate ponderat, sed ornatu. Non credunt ergo divinis, quia fuco carent; sed ne illis quidem, qui ea interpretantur, quia sunt et ipsi, aut omnino rudes, aut certe parum docti. Nam ut plane sint eloquentes, perraro contingit; cujus rei causa in aperto est. Eloquentia enim saeculo servit; populo se jactare, et in rebus malis placere gestit: si quidem veritatem saepius expugnare conatur, ut vim suam monstret; opes expetit, honores concupiscit, summum denique gradum dignitatis exposcit. Ergo haec quasi humilia despicit, acarna tanquam contraria sibi fugit; quippe quae publico gaudeat, et multitudinem celebritatemque desideret. Eo fit, ut sapientia et veritas idoneis praeconibus indigeat. Et si qui forte litteratorum se ad eam contulerunt, defensioni ejus non suffecerunt.

Ex iis, qui mihi noti sunt, Minucius Felix non ignobilis inter causidicos locifuit. Hujus liber, cui Octavio titulus est, declarat, quam idoneus veritatis assertor esse potuisset, si se totum ad id studium contulisset. Septimius quoque Tertullianus fuit omni genere litterarum peritus: sed in eloquendo parum facilis, et minus comptus, et multum obscurus fuit. Ergo ne hic quidem satis celebritatis invenit. Unus igitur praecipuus, et clarus extitit Cyprianus, quoniam et magnam sibi gloriam ex artis oratoriae professione quaesierat, et admodum multa conscripsit in suo genere miranda. Erat enim ingenio facili, copioso, suavi, et (quae sermonis maxima est virtus) aperto, ut discernere nequeas, utrumne ornatior in eloquendo, an felicior in explicando, an potentior in persuadendo fuerit. Hic tamen placere ultra verba sacramentum ignorantibus non potest, quoniam mystica sunt, quae locutus est, et ad id praeparata, ut a solis fidelibus audiantur. Denique a doctis hujus saeculi, quibus forte scripta ejus innotuerunt, derideri solet. Audivi ego quemdam hominem sane disertum, qui eum immutata una littera Coprianum vocaret; quasi qui elegans ingenium, et melioribus rebus aptum, ad aniles fabulas contulisset. Quod si accidit hoc ei, cujus eloquentia non insuavis est, quid tandem putemus eis accidere, quorum sermo jejunus est et ingratus; qui neque vim persuadendi, neque subtilitatem argumentandi, neque ullam prorsus acerbitatem ad revincendum habere potuerunt?

I. Je ne doute point, Constantin, très grand empereur, que si cet ouvrage que j'ai entrepris pour prouver l'unité de ce Dieu, qui a créé le monde et qui le gouverne, tombe entre les mains de certaines gens, qui n'ont que de fausses et absurdes idées de la religion, ils ne le prennent en aversion dès qu'ils en auront vu le titre et le commencement, qu'ils ne le jettent avec horreur, et qu'ils ne croient qu'en le touchant seulement, ils ont commis un crime des plus énormes. Je voudrais pourtant qu'ils me fissent la grâce de ne le point condamner avant de l'avoir lu. Car, puisqu'il n'est permis de condamner personne sans l'avoir entendu, et que l'on n'ôte pas même aux traîtres, aux empoisonneurs et aux sacrilèges la liberté de se défendre, il me semble que la demande que je fais : que ceux qui voudront juger de mon livre suspendent leur jugement jusqu'à ce qu'ils l'aient lu tout entier, n'a rien que d'honnête et de juste. Mais je connais trop bien leur animosité pour attendre d'eux qu'ils me rendent cette justice. Ils ont peur d'être convaincus et d'être obligés de se rendre à la vérité ; ils font du bruit pour ne point entendre nos raisons; ils ferment les yeux pour ne point voir la lumière. L'éloignement qu'ils ont pour entrer en conférence est un aveu de leur faiblesse. Sachant bien qu'ils ne pourraient remporter d'avantage par la raison, ils ont recours à la force. Ils n'agissent point, comme a dit Ennius, avec la modération de la sagesse; ils ne se conduisent que par violence. Ils ne veulent pas que notre innocence soit publiquement justifiée, parce que, encore qu'ils en soient fort persuadés, ils ont résolu de nous condamner comme si nous étions coupables. N'est-ce pas une injustice aussi visible, de condamner l'innocence sans l'entendre, que de la condamner après qu'elle a été entendue et justifiée? Ils ne refusent de nous entendre que parce que, s'ils nous avaient entendus, ils ne pourraient plus nous condamner. Ils tourmentent les personnes consacrées au culte du vrai Dieu; ils les chassent de leur pays; ils les exécutent à mort. Quelque envenimée que soit la haine dont ils sont animés contre eux, ils ne sauraient en donner aucune raison, parce qu'elle ne procède que du renversement de leur esprit, de l'erreur qui les aveugle, de la fureur qui les transporte. Au lieu de revenir de leur égarement, ils ajoutent la cruauté à l'ignorance; ils persécutent inhumainement des personnes dont l'unique occupation est de servir Dieu; ils affligent les âmes innocentes, et ils torturent leurs corps. J'entreprends maintenant de conférer avec ces gens-là, et de les convaincre de la vérité, bien que je sache qu'ils sont plus disposés à répandre le sang des justes qu'à écouter leurs paroles. L'entreprise est-elle téméraire et la peine sera-t-elle inutile ? nullement. Si je ne suis pas assez heureux pour les mettre dans le bon chemin, et pour les garantir de la mort vers laquelle ils se précipitent avec une impétuosité incroyable, j'affermirai au moins la foi chancelante de quelques-uns d'entre nous, et principalement de ceux qui ont une légère teinture des lettres. Les orateurs et les poètes sont dangereux, en ce qu'ils peuvent aisément surprendre les ignorant; par la beauté de leurs discours et par la douceur de leurs vers. Ces discours et ces vers sont comme du miel qui couvrirait du poison. J'ai tâché de joindre la sagesse à la religion, afin que ces arts-là ne nuisent point à ceux qui s'adonnent à l'étude, et que les belles-lettres servent plutôt à la religion qu'elles ne lui nuisent, quand elles se trouvent en des personnes qui ont de la vertu et qui aiment la vérité. Quand mon travail serait inutile pour les autres, il ne le serait pas pour moi, parce qu'il me remplira du plaisir que donne la jouissance de la vérité, qui est la véritable nourriture de l'esprit. Il ne faut pourtant désespérer de personne. Peut-être que tous ceux à qui nous parlerons ne seront pas sourds. Les esprits impurs n'auront pas plus de pouvoir que l'esprit saint. L'état des affaires n'est pas si désespéré, qu'il ne se trouve encore des personnes d'assez bon goût pour embrasser la vérité et pour suivre le bon chemin quand on le leur aura montré. Il n'y a qu'à mettre sur les bords de la coupe un peu de miel de la sagesse céleste, de peur que les âmes délicates ne soient rebutées de l'amertume des remèdes. En effet, la principale raison pour laquelle les savants et les grands du monde n'ajoutent point de foi à l'Écriture, est que le style en est bas, et que les prophètes n'ont parlé que le langage du peuple. Leur simplicité est méprisée par ceux qui ne veulent rien voir ni rien entendre que d'élégant, et qui ne conservent dans leur cœur que ce qui y est entré avec plaisir par les oreilles, et que ce qui les a charmées par la douceur de son harmonie. Tout ce qui n'est pas enrichi des ornements et des figures du discours leur paraît simple et méprisable. Ils s'imaginent qu'il n'y a que ce qui est agréable qui soit vrai, que ce qui peut donner du plaisir qui soit probable. Enfin, ils ne considèrent les choses que par la beauté, sans examiner si elles ont de la vérité. Ils n'ajoutent point de foi à nos mystères, parce qu'ils paraissent avec une simplicité éloignée de toute sorte de déguisement, et ils n'ont point d'estime pour ceux qui les leur expliquent, parce que ce sont des hommes qui n'ont aucune teinture des sciences profondes, ou qui n'en ont au plus qu'une fort légère. Il est vrai qu'il est fort rare d'en trouver qui soient éloquents, et la raison en est évidente. L'éloquence est dévouée à la vanité et à la pompe du siècle. Elle affecte de plaire au peuple et de flatter ses plus mauvaises inclinations. Elle entreprend quelque fois de combattre la vérité, et de faire admirer dans ce combat le pouvoir qu'elle exerce sur les esprits. Elle recherche les richesses, les honneurs et les dignités; elle méprise notre religion, parce qu'elle n'y voit rien que de simple, et qu'elle n'y découvre rien qui approche du vain éclat au milieu duquel elle est bien aise de paraître. Voilà pourquoi la sagesse et la vérité manquent souvent de personnes capables de se charger de leur défense, et pourquoi ceux qui s'en chargent ne s'en acquittent qu'imparfaitement. Ceux dont j'ai quelque connaissance sont Minucius Félix, célèbre avocat, dont le livre, qui a pour titre Octavius, fait voir avec combien d'avantage il aurait pu soutenir la cause de la vérité, s'il y eût employé tout son temps et tout son esprit. Tertullien était fort habile en toutes sortes de sciences, mais son style avait peu d'élégance et beaucoup d'obscurité, ce qui a été cause qu'il n'a acquis qu'une médiocre réputation. Cyprien a été le plus illustre défenseur de la vérité : il s'était rendu fort célèbre dans la profession de l'éloquence, et avait fait une grande quantité d'ouvrages fort excellents en ce genre-là; il avait l'esprit abondant, agréable, et, ce qui est le plus à estimer, il l'avait fort clair. Il est difficile de dire s'il avait ou une plus grande clarté dans les pensées ou une plus grande force dans les raisonnements. Il faut pourtant avouer que ses ouvrages n'ont plu que par la beauté de l'expression à ceux qui ne sont pas instruits de nos mystères, parce qu'il les a écrits d'une manière qui ne peut être entendue que des fidèles. Voilà pourquoi il a été méprisé et raillé par les savants d'entre les païens. J'en ai vu un qui avait quelque élégance, qui, changeant une lettre de son nom, l'appelait Coprien, comme s'il eût voulu lui reprocher d'avoir gâté la beauté de son esprit en s'appliquant à des sujets bas et méprisables. Que si avec toute son éloquence il a eu ce malheur, que peut-on attendre de ceux qui n'ont ni l'élégance du langage, ni la subtilité ou la force du raisonnement?

Quantum a temerariis hominibus impugnata fuit veritas christiana.

Ergo quia defuerunt apud nos idonei peritique doctores, qui vehementer, qui acriter errores publicos redarguerent, qui causam omnem veritatis ornate copioseque defenderent: provocavit quosdam haec ipsa penuria, ut auderent scribere contra ignotam sibi veritatem. Omitto eos, qui prioribus eam temporibus nequicquam lacessierunt. Ego cum in Bithynia oratorias litteras accitus docerem, contigissetque ut eodem tempore Dei templum everteretur: duo extiterunt ibidem, qui jacenti atque abjectae veritati, nescio utrum superbius, an importunius insultarent; quorum alter antistitem se philosophiae profitebatur: verum ita vitiosus, ut continentiae magister, non minus avaritia, quam libidinibus arderet, in victu tam sumptuosus, ut in schola virtutis assertor, parcimoniae paupertatisque laudator, in palatio pejus coenaret, quam domi. Tamen vitia sua capillis et pallio, et (quod maximum est velamentum) divitiis praetegebat; quas ut augeret, ad amicitias judicum miro ambitu penetrabat, eosque sibi repente auctoritate falsi nominis obligabat; non modo ut eorum sententias venderet, verum etiam ut confines suos, quos sedibus agrisque pellebat, a suo repetendo hac potentia retardaret. Hic vero, qui suas disputationes moribus destruebat, vel mores suos disputationibus arguebat, ipse adversus se gravis censor, et accusator acerrimus, eodem ipso tempore, quo justus populus nefarie lacerabatur, tres libros evomuit contra Religionem nomenque christianum: professus ante omnia philosophi officium esse erroribus hominum subvenire, atque illos ad veram viam revocare; id est, ad cultus deorum, quorum numine ac majestate (ut ille dicebat) mundus gubernetur, nec pati homines imperitos quorumdam fraudibus illici, ne simplicitas eorum praedae ac pabulo sit hominibus astutis.

Itaque se suscepisse hoc munus philosophia dignum, ut praeferret non videntibus lumen sapientiae, non modo ut susceptis deorum cultibus resanescant, sed etiam ut, pertinaci obstinatione deposita, corporis cruciamenta devitent, neu saevas membrorum lacerationes frustra perpeti velint. Ut autem appareret cujus rei gratia opus illud elaborasset, effusus est in principum laudes; quorum pietas et providentia (ut quidem ipse dicebat) cum in caeteris rebus, tum praecipue in defendendis deorum religionibus claruisset: consultum esse tandem rebus humanis, ut cohibita impia et anili superstitione, universi homines legitimis sacris vacarent, ac propitios sibi deos experirentur. Ubi autem religionis ejus, contra quam perorabat, infirmare voluit rationem, ineptus, vanus, ridiculus apparuit; quia gravis ille consultor utilitatis alienae, non modo quid oppugnaret, sed etiam quid loqueretur nesciebat. Nam si qui nostrorum affuerunt, quamvis temporis gratia conticerent, animo tamen derisere, utpote cum viderent hominem profitentem se illuminaturum alios, cum ipse caecus esset; reducturum alios ab errore, cum ipse ignoraret ubi pedes suos poneret; eruditurum alios ad veritatem, cujus ille ne scintillam quidem unam vidisset aliquando, quippe cum sapientiae professor, profligare sapientiam niteretur. Omnes tamen id arguebant quod illo potissimum tempore id operis esset aggressus, quo furebat odiosa crudelitas. O philosophum adulatorem, ac tempori servientem! Verum hic pro sua vanitate contemptus est; qui et gratiam, quam speravit, non est adeptus, et gloria quam captavit, in culpam reprehensionemque conversa est.

Alius eamdem materiam mordacius scripsit, qui erat tum e numero judicum, et qui auctor in primis faciendae persecutionis fuit: quo scelere non contentus, etiam scriptis eos, quos afflixerat, insecutus est. Composuit enim libellos duos, non contra Christianos, ne inimice insectari videretur, sed ad Christianos, ut humane ac benigne consulere putaretur. in quibus ita falsitatem Scripturae sacrae arguere conatus est, tanquam sibi esset tota contraria; nam quaedam capita, quae repugnare sibi videbantur, exposuit, adeo multa, adeo intima enumerans, ut aliquando ex eadem disciplina fuisse videatur. Quod si fuit, quis eum Demosthenes poterit ab impietate defendere? qui religionis cui fuerat assensus, et fidei cujus nomen induerat et sacramenti quod acceperat, proditor factus est? nisi forte casu in manus ejus divinae litterae inciderunt. Quae igitur temeritas erat id audere dissolvere, quod illi nemo interpretatus est? Bene, quod aut nihil didicit, aut nihil intellexit. Tantum enim abest a divinis litteris repugnantia, quantum ille abfuit a fide et veritate: praecipue tamen Paulum Petrumque laceravit, caeterosque discipulos, tanquam fallaciae seminatores, quos eosdem tamen rudes et indoctos fuisse testatus est; nam quosdam eorum piscatorio artificio fecisse quaestum: quasi aegre ferret, quod illam rem non Aristophanes aliquis aut Aristarchus commentatus sit.

Le peu que l'on a trouvé d'hommes capables de réfuter fortement les erreurs dont les peuples étaient prévenus et de défendre solidement notre religion, a donné la hardiesse à quelques-uns d'écrire contre elle. Je ne parlerai point ici de ceux qui l'ont attaquée sans aucun succès dans les premiers temps. Lorsque j'enseignais la rhétorique en Bithynie, et que le temple de Dieu y fut abattu, il se trouva deux hommes qui insultèrent à la vérité persécutée et qui le firent d'une manière où je ne sais s'il y avait plus de cruauté ou plus d'arrogance. L'un des deux faisait profession d'enseigner la philosophie; mais sa vie n'avait rien de conforme à sa doctrine. Il louait la pauvreté et brûlait d'un désir insatiable des richesses. Il faisait des leçons de continence et de tempérance dans son école, et était si fort adonné au luxe qu'il y avait dans ses repas ordinaires une plus grande abondance de mets et une plus grande politesse qu'il n'y en a dans les festins des princes. Sa barbe et son manteau, c'est-à-dire la qualité de philosophe, et ses grands biens, lui servaient comme d'un voile pour couvrir le dérèglement de ses mœurs. La passion qu'il avait de s'enrichir lui faisait, rechercher par de merveilleux artifices l'amitié des juges. Quand il avait acquis dans leur esprit le crédit que mérite la profession dont il était très indigne, il en abusait et pour vendre leurs suffrages à d'autres et pour usurper les terres de ses voisins, sans qu'ils pussent trouver aucun moyen de se garantir de ses violences. Cet homme, dont les mœurs démentaient les sentiments, et dont les sentiments condamnaient les mœurs ; cet homme qui s'accusait plus hautement et qui se condamnait plus rigoureusement que nul autre n'aurait pu le faire, publia trois livres contre la religion chrétienne dans le temps que le peuple fidèle était déchiré par tous les instruments que la fureur des païens avait pu inventer. Il déclare dès le commencement qu'il désire s'acquitter du devoir de sa profession, qui est de retirer les hommes de leur égarement et de les rappeler au bon chemin, c'est-à-dire au culte des dieux qui gouvernent le monde par leur puissance, de peur que ces hommes ne servent de proie à l'artifice et à l'avarice de ceux qui les trompent; qu'il ne pouvait rien entreprendre de si digne d'un philosophe que de présenter la lumière de la sagesse à ceux qui sont dans les ténèbres de l'ignorance, afin non seulement qu'ils obéissent aux édits des princes, mais qu'ils évitent la rigueur dès chrétiens. Il découvre véritablement le motif qui l'a engagé à ce travail par les éloges extraordinaires par lesquels il relève le mérite des empereurs, et par les louanges qu'il leur donne d'avoir rétabli la religion par leurs soins et par leur piété et d'avoir aboli la superstition. Au reste, il a paru tout à fait inepte et ridicule, quand il a voulu combattre notre religion. Ceux d'entre nous à qui la malheureuse condition de ce temps-là ne permettait pas de déclarer le jugement qu'ils portaient de son ouvrage, s'en moquaient au fond de leur cœur, quand ils voyaient la profonde ignorance où il était, et la vanité qu'il avait de promettre d'éclairer les autres, lui qui était dans un déplorable aveuglement; de les conduire, lui qui ne pouvait faire un pas sans tomber ; de les instruire, lui qui n'avait jamais rien appris de solide. Il n'y avait personne qui ne le blâmât d'avoir entrepris cet ouvrage au temps auquel le feu de la persécution était allumé Contre nous, et qui ne dit que c'était un philosophe qui s'accordait au temps et qui flattait les passions injustes des princes. Il fut méprisé comme sa vanité le méritait, et bien loin de se faire aucun mérite de son travail, il n'en rapporta que du blâme.

L'autre traite le même sujet avec beaucoup plus d'aigreur. Il était élevé à la dignité de juge, avait fort contribué à exciter la persécution, et non content d'avoir armé les autres contre nous, il nous combattit par ses écrits. Il composa deux livres, non contre les chrétiens, de peur que l'on ne crût qu'il les déchirait comme des ennemis; mais aux chrétiens, afin que l'on crût qu'il leur donnait de bons avis comme à des amis. Il tâcha de faire voir dans ces deux livres que l'Écriture était toute remplie de faussetés, ce qui fait juger qu'il reconnaissait qu'elle lui était tout à fait contraire. Il en rapporte un si grand nombre de passages et des moins communs, et les examine de telle sorte, que ceux qui ne le connaissent pas, peuvent douter s'il n'avait point fait autrefois profession de notre religion. Que s'il l'avait fait, l'éloquence de Démosthène ne serait pas capable de l'excuser de l'impiété avec laquelle il avait trahi la foi qu'il avait embrassée et les mystères à la participation desquels il avait été admis. Ce n'est peut-être que par hasard que les livres sacrés de l'Écriture sont tombés entre ses mains; car de quelle étrange témérité serait-il coupable s'il eût osé pénétrer la profondeur de cette doctrine que personne ne lui avait expliquée? Nous devons louer Dieu de ce qu'il n'a rien appris par la lecture de ces divins ouvrages, et de ce qu'il n'a rien compris des maximes qu'ils contiennent. Ils sont aussi éloignés de renfermer la moindre contradiction, que cet auteur a été éloigné de suivre la vérité de notre foi. Il a fait de violentes invectives contre Paul, contre Pierre et contre les autres disciples, et les a accusés d'avoir jeté les premiers la semence d'une doctrine remplie de faussetés et de mensonges. Il leur reproche pourtant qu'ils étaient grossiers et ignorants, et que quelques-uns d'entre eux ont vécu de la pêche, comme s'il eût été fâché qu'Aristophane ou Aristarque n'eussent pas été chargés du ministère de la parole divine.

De Veritate christianae doctrinae, et adversariorum vanitate; atque Christum non fuisse magum.

Abfuit ergo ab his fingendi voluntas et astutia, quoniam rudes fuerunt. Aut quis possit indoctus apta inter se et cohaerentia fingere, cum philosophorum doctissimi Plato, et Aristoteles, et Epicurus, et Zeno, ipsi sibi repugnantia et contraria dixerint? Haec est enim mendaciorum natura, ut cohaerere non possint. Illorum autem traditio, quia vera est, quadrat undique, ac sibi tota consentit; et ideo persuadet, quia constanti ratione suffulta est. Non enim quaestus et commodi gratia religionem istam commenti sunt; quippe qui, et praeceptis, et re ipsa, eam vitam secuti sunt, quae et voluptatibus caret et omnia quae habentur in bonis spernit; et qui non tantum pro fide mortem subierint, sed etiam morituros esse se, et scierint, et praedixerint, et postea universos, qui eorum disciplinam secuti essent, acerba et nefanda passuros. Ipsum autem Christum affirmavit a Judaeis fugatum, collecta nongentorum hominum manu, latrocinia fecisse. Quis tantae auctoritati audeat repugnare? Credamus hoc plane; nam fortasse hoc illi in somnis Apollo aliquis nuntiavit. Tot semper latrones perierunt, et quotidie pereunt; utique multos et ipse damnasti: quis eorum post crucem suam, non dicam deus, sed homo appellatus est? Verum tu forsitan ex eo credidisti, quia vos homicidam Martem consecrastis, ut deum: quod tamen non fecissetis, si illum Areopagitae in crucem sustulissent.

Idem cum facta ejus mirabilia destrueret, nec tamen negaret, voluit ostendere, Apollonium vel paria, vel etiam majora fecisse. Mirum quod Apuleium praetermisit, cujus solent, et multa, et mira memorari. Cur igitur, o delirum caput, nemo Apollonium pro Deo colit? nisi forte tu solus, illo scilicet deo dignus, cum quo te in sempiternum verus Deus puniet. Si magus Christus, quia mirabilia fecit, peritior utique Apollonius, qui (ut describis) cum Domitianus eum punire vellet, repente in judicio non comparuit, quam ille, qui et comprehensus est, et cruci affixus. Atenim ex hoc ipso fortasse insolentiam Christi voluit arguere, quod Deum se constituerit, ut ille verecundior fuisse videatur, qui cum majora faceret, ut hic putat, tamen id sibi non arrogaverit. Omitto nunc ipsa opera comparare, quia in secundo et superiore libro de fraude, ac praestigiis artis magicae dixi. Nego esse quemquam qui non optet in primis id sibi post mortem contingere, quod etiam reges maximi concupiscunt. Cur enim sibi homines sepulcra magnifica, cur statuas, cur imagines comparant? cur aliquibus claris factis, aut etiam pro civibus morte suscepta, student opiniones hominum promereri? Cur denique ipse ingenii tui monimentum, hac detestabili stultitia tanquam coeno aedificatum, constituere voluisti, nisi quod immortalitatem de memoria nominis speras? Stultum igitur est, id putare Apollonium noluisse, quod optaret utique, si posset; quia nemo est qui immortalitatem recuset, maxime cum eum dicas, et adoratum esse a quibusdam sicut deum, et simulacrum ejus sub Herculis Alexicaci nomine constitutum, ab Ephesiis etiam nunc honorari.

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