Divinae institutiones (Institutions divines) (page 47)
XXV. 1 Voilà ce qui a été prédit par les prophètes. Je n'ai pas cru qu'il fût nécessaire de rapporter leurs paroles; et d'ailleurs j'aurais été engagé à un travail presque infini, et j'aurais trop augmenté mon ouvrage, en amassant quantité de passages conformes les uns aux autres, et dont la répétition aurait été fort ennuyeuse. J'ai de plus été persuadé que ce serait un avantage considérable à la cause que je défends, d'employer plutôt le témoigne des étrangers que celui des auteurs de notre parti, et de faire voir que nos ennemis ont entre leurs mains des preuves de la vérité qu'ils refusent de reconnaître. Si quelqu'un veut s'instruire solidement, qu'il aille à la source de ces auteurs sacrés, et qu'il puise dans leurs ouvrages une doctrine plus ample et plus merveilleuse que celle que j'ai renfermée dans celui-ci. On demandera peut-être, quand toutes ces choses que j'ai racontées arriveront. J'ai déjà fait voir qu'il est absolument nécessaire qu'à la fin des six mille ans l'état du monde soit changé, et qu'il paraît par les signes qui, selon les prédictions des prophètes, précéderont ce changement, que le temps en est fort proche. Ceux qui ont écrit sur la chronologie, et qui ont supputé, tant selon l'autorité de l'Écriture que selon celle des historiens profanes, les années qui se sont écoulées depuis le commencement du monde, ont apporté des preuves très-solides de ce que j'avance. Quoiqu'il y ait quelque différence dans la manière de compter de ces auteurs, il semble pourtant que la fin des siècles ne peut être éloignée de plus de deux cents ans. Il paraît aussi visiblement que le monde est menacé d'une ruine prochaine ; et la seule circonstance qui peut diminuer notre crainte est que la ville de Rome subsiste encore dans un état florissant. Mais quand cette capitale de l'univers aura été renversée, et qu'elle ne sera plus qu'un amas de ruines, il ne restera plus aucune raison de douter que la fin des siècles ne soit arrivée. Cette seule ville soutient et conserve tout. C'est pourquoi, si les ordres et les décrets de Dieu peuvent être différés, nous le devons prier que l'abominable tyran qui doit commettre tant de crimes et éteindre cette lumière, dont l'absence sera suivie de la ruine de l'univers, ne vienne pas sitôt. Continuons la description de ce qui doit arriver ensuite.
XXVI. 1 Diximus paulo ante, in principio regni sancti fore, ut a Deo princeps daemonum vinciatur. Sed idem, cum mille anni regni, hoc est septem millia coeperint terminari, solvetur denuo, et custodia emissus exibit; atque omnes gentes, quae tunc erunt sub ditione iustorum, concitabit, ut inferant bellum sanctae civitati; et colligetur ex omni orbe terrae innumerabilis populus nationum, et obsidebit, et circumdabit civitatem. Tunc veniet novissima ira Dei super gentes, et debellabit eas usque ad unum: ac primum concutiet terram quam validissime et a motu eius scindentur montes Syriae; et subsident colles in abruptum; et muri omnium civitatum concident, et statuet Deus solem triduo ne occidat; et inflammabit eum; et descendet aestus nimius, et adustio magna supra perduelles et impios populos, et imbres sulfuris, et grandines lapidum, et guttae ignis; et liquescent spiritus eorum in calore, et corpora conterentur in grandine, et ipsi se invicem gladio ferient; et replebuntur montes cadaveribus, et campi operientur ossibus. Populus autem Dei tribus illis diebus sub concavis terrae occultabitur; donec ira Dei adversus gentes, et extremum iudicium terminetur.
2 Tunc exibunt iusti de latebris suis, et invenient omnia cadaveribus atque ossibus tecta. Sed et genus omne impiorum radicitus interibit; nec erit in hoc mundo ulla iam natio amplius, praeter solam gentem Dei. Tum per annos septem perpetes intactae erunt silvae; nec excidetur de montibus lignum. Sed arma gentium comburentur; et iam non erit bellum, sed pax, et requies sempiterna. Cum vero completi fuerint mille anni, renovabitur mundus a Deo, et coelum complicabitur, et terra mutabitur; et transfor mabit Deus homines in similitudinem angelorum; et erunt candidi sicut nix; et versabuntur semper in conspectu Omnipotentis, et Domino suo sacrificabunt, et servient in aeternum. Eodem tempore fiet secunda illa et publica omnium resurrectio, in qua excitabuntur iniusti ad cruciatus sempiternos. Ii sunt qui manu facta coluerunt; qui Dominum mundi ac parentem vel nescierunt, vel abnegaverunt. Sed et dominus illorum cum ministris suis comprehendetur, ad poenamque damnabitur; cum quo pariter omnis turba impiorum pro suis facinoribus, in conspectu angelorum atque iustorum, perpetuo igni cremabibitur in aeternum.
3 Haec est doctrina sanctorum prophetarum, quam christiani sequimur: haec nostra sapientia; quam isti qui vel fragilia colunt, vel inanem philosophiam tuentur, tanquam stultitiam vanitatemque derident, quia nos defendere hanc publice atque asserere non solemus, Deo iubente, ut quieti ac silentes arcanum eius in abdito atque intra nostram conscientiam teneamus; nec adversus istos veri profanos, qui non discendi, sed arguendi atque illudendi gratia, inclementer Deum ac religionem eius impugnant, pertinaci contentione certemus. Abscondi enim tegique mysterium quam fidelissime oportet, maxime a nobis, qui nomen fidei gerimus. Verum illi hanc taciturnitatem nostram, veluti malam conscientiam, criminantur: unde etiam quasdam execrabiles opiniones de pudicis et innocentibus fingunt; et libenter his, quae finxerint, credunt.
4 «Sed omnia iam, sanctissime imperator, figmenta sopita sunt, ex quo te Deus summus ad restituendum iustitiae domicilium, et ad tutelam generis humani excitavit: quo gubernante Romanae reipublicae statum, iam cultores Dei pro sceleratis ac nefariis non habemur. Iam emergente atque illustrata veritate, non arguimur ut iniusti, qui opera iustitiae facere conamur. Nemo iam nobis Dei nomen exprobrat. Nemo irreligiosus ulterius appellatur, qui soli omnium religiosi sumus; quoniam contemptis imaginibus mortuorum, vivum colimus et verum Deum. Te providentia summae divinitatis ad fastigium principale provexit; qui posses vera pietate aliorum male consulta rescindere, peccata corrigere; saluti hominum paterna clementia providere, ipsos denique malos a republica submovere, quos summa pietate deiectos in manus tuas Deus tradidit, ut esset omnibus clarum, quae sit vera maiestas.
5 Illi enim, qui ut impias religiones defenderent, coelestis ac singularis Dei cultum tollere voluerunt, profligati iacent. Tu autem, qui nomen eius, defendis et diligis, virtute ac felicitate praepollens, immortalibus tuis gloriis beatissime frueris. Illi poenas sceleris sui et pendunt, et pependerunt. Te dextera Dei potens ab omnibus periculis protegit: tibi quietum tranquillumque moderamen cum summa omnium gratulatione largitur. Nec immerito rerum Dominus ac rector te potissimum delegit, per quem sanctam religionem suam instauraret, quoniam unus ex omnibus extitisti, qui praecipua virtutis et sanctitatis exempla praeberes; quibus antiquorum principum gloriam, quos tamen fama inter bonos numerat, non modo aequares, sed etiam, quod est maximum, praeterires. Illi quidem natura fortasse tantum similes iustis fuerunt. Qui enim moderatorem universitatis Deum ignorat, similitudinem iustitiae assequi potest: ipsam vero non potest. Tu vero et morum ingenita sanctitate, et veritatis et Dei agnitione in omni actu iustitiae opera consummas. Erat igitur congruens, ut in formando generis humani statu, te auctore ac ministro divinitas uteretur. Cui nos quotidianis precibus supplicamus, ut te in primis, quem rerum custodem voluit esse, custodiat; deinde inspiret tibi voluntatem, qua semper in amore divini nominis perseveres. Quod est omnibus salutare, et tibi ad felicitatem, et caeteris ad quietem.»
XXVI. 1 J'ai déjà dit que le prince des démons sera lié, au commencement du règne des saints; mais il sera délié et mis en liberté a la fin des mille ans de ce règne, et des sept mille du monde. Mais il soulèvera les peuples et les excitera à prendre les armes contre les saints, et à mettre le siège devant leur ville avec des troupes innombrables. Ce sera pour lors que les derniers effets de la colère de Dieu sur les peuples éclateront, et qu'il exterminera jusqu'au dernier d'entre eux. Il ébranlera la terre avec une si horrible violence, que les montagnes de Syrie en seront brisées, que les collines demeureront comme suspendues, et que les murailles et toutes les villes tomberont à terre. Dieu arrêtera le soleil dans l'espace de trois jours, et augmentera de telle sortes la chaleur, que les impies et les rebelles en seront brûlés. Il fera tomber sur eux une pluie de soufre, une grêle de pierres enflammées et des gouttes de feu ; leurs forces seront comme fondues par l'excès de la chaleur; leurs corps seront brisés par la grêle; ils se tueront les uns les autres par l'épée, de sorte que les montagnes seront remplies de corps morts, et les campagnes couvertes d'os. Le peuple fidèle sera caché dans les cavernes pendant ces trois jours, jusqu'à ce que la colère de Dieu contre les nations éclate dans le dernier jugement.
2 Quand les justes sortiront de leurs retraites, ils trouveront une quantité d'ossements et de cadavres. La trace des impies sera effacée, et il ne restera plus sur la terre d'autre nation que celle qui sera soumise à Dieu. Sept ans se passeront sans que l'on coupe les arbres, et au lieu de brûler du bois, on brûlera les armes des nations vaincues ; la guerre sera suivie d'une paix éternelle. Lorsque les mille ans seront accomplis, Dieu réparera le monde, pliera le ciel, changera la terre, donnera aux hommes la forme des anges, les rendra blancs comme la neige, et recevra pendant toute l'éternité leur culte et leurs sacrifices. Ce sera en ce temps-là qu'arrivera la seconde et la générale résurrection où les impies seront tirés de leurs tombeaux, pour être condamnés à un supplice éternel. Ces impies sont ceux qui ont adoré des idoles faites par la main des hommes, et qui n'ont point connu le Seigneur et le créateur du monde, ou qui l'ont renoncé. Leur prince sera pris avec ses ministres, et condamné au feu éternel avec toute la foule des impies, en présence des anges et des saints.
3 Voila la doctrine des prophètes que les chrétiens suivent; voilà notre sagesse, qui passe pour folie et pour vanité dans l'esprit de ceux qui rendent un souverain culte à des créatures qui ne sont que faiblesse, et qui sont encore attachés à la fausse philosophie du siècle. Ce qui augmente leur hardiesse, est que nous n'avons pas accoutumé de défendre publiquement nos sentiments, et que nous obéissons au commandement qui Dieu nous fait de respecter ses mystères dans le silence, de les conserver dans le secret de notre conscience, et de n'entrer jamais en dispute avec ces profanes qui ont l'insolence d'attaquer Dieu et sa religion, non pour s'instruire, mais pour insulter et pour faire des railleries outrageuses et sanglantes. Les mystères doivent être cachés avec une grande fidélité, et principalement par ceux qui ont, comme nous, le nom de fidèles. Cependant, les impies prenant notre silence pour l'effet d'une mauvaise conscience, inventent d'horribles calomnies contre les personnes les plus innocentes et les plus honnêtes, et ajoutent volontiers foi à ces calomnies qu'ils ont inventées.
4 Mais ces faux bruits sont entièrement dissipés, très saint empereur, depuis que le souverain Seigneur du monde vous a suscité pour rétablir la justice et pour conserver le genre humain. Maintenant que vous gouvernez l'empire romain avec une si haute sagesse et une si parfaite équité, les serviteurs de Dieu ne sont plus traités comme des scélérats et des impies. Maintenant que la vérité est découverte, et qu'elle paraît avec éclat, on n'accuse plus d'injustice ceux qui s'efforcent de garder la justice avec toute l'exactitude qui leur est possible, on ne nous reproche plus le nom de Dieu, et on ne dit plus que nous n'avons point de religion, nous qui sommes seuls dans la religion véritable, parce que nous méprisons les images des morts et que nous adorons un Dieu vivant. La souveraine providence vous a élevé au comble de la grandeur humaine, parce que vous êtes capable de réparer, par votre piété, les fautes des autres princes, et de pourvoir à la conservation de vos sujets avec une bonté paternelle, de chasser loin de l'empire les médians que Dieu vous a livrés entre les mains pour faire voir à tout le monde en quoi la véritable majesté consiste.
Ceux qui ont voulu abolir le culte de Dieu pour maintenir l'impiété et la superstition, ont été exterminés, au lieu que vous qui aimez sincèrement Dieu et qui soutenez généreusement ses intérêts, vous trouvez la prospérité et le bonheur, la réputation et la gloire à la suite de toutes vos entreprises. Ils ont porté et portent encore le châtiment dû à leurs crimes, au lieu que vous êtes garanti de toute sorte de périls, par la toute-puissante main de Dieu, et que vous jouissez sans trouble de l'autorité souveraine. Le souverain Seigneur de l'univers vous a choisi entre tous les autres pour travailler à rétablissement de la religion, parce que vous les surpassez par l'éminence de votre vertu. Les impies dont je parle ont eu peut-être quelque apparence d'innocence; car ils n'en pouvaient avoir la réalité puisqu'ils ne connaissaient point Dieu qui en est l'unique principe, au lieu que l'inclination qui vous porte naturellement au bien, soutenue par la foi et par la piété chrétienne, vous ont donné une justice et une sainteté accomplie. Vous êtes sans doute fort propre à servir de ministre à Dieu, dans le dessein qu'il avait de réformer les abus des hommes. C'est pourquoi nous le prions sans cesse de vous conserver, vous qui conservez l'État, et qui inspirez le désir d'aimer toujours son nom, ce qui sera une source de bonheur pour vous, et de repos pour les peuples.
XXVII 1 Quoniam decursis propositi operis septem spatiis, ad metam provecti sumus, superest ut exhortemur omnes ad suscipiendam cum vera religione sapientiam, cuius vis et officium in eo vertitur ut, contemptis terrestribus, et abiectis erroribus quibus antea tenebamur, fragilibus servientes, et fragilia concupiscentes ad aeterna coelestis thesauri praemia dirigamur. Quae ut capere possimus, quamprimum omittendae sunt huius praesentis vitae illicibiles voluptates, quae animas hominum perniciosa suavitate deliniunt. Quanta felicitas aestimanda est, subtractum his labibus terrae proficisci ad illum aequissimum iudicem, parentemque indulgentissimum; qui pro laboribus requiem, pro morte vitam, pro tenebris claritatem, pro terrenis ac brevibus bonis aeterna et coelestia largiatur: cum qua mercede acerbitates ac miseriae, quas perpetimur in hoc mundo facientes opera iustitiae, conferri et coaequari nullo modo possunt. Proinde si sapientes, si beati esse volumus, cogitanda et proponenda sunt nobis non tantum Terentiana illa, Molendum esse usque in pistrino, vapulandum, habendae compedes: sed his multo atrociora: carcer, catenae, tormenta patienda; sustinendi dolores; mors denique ipsa et suscipienda est, et ferenda: cum liqueat conscientiae nostrae, nec fragilem istam voluptatem sine poena, nec virtutem sine divino praemio fore.
2 Universos igitur oportet operam dare, ut se quamprimum ad rectam viam dirigant; ut, susceptis operatisque virtutibus, et huius vitae laboribus patienter exactis, consolatorem Deum habere mereantur. Pater enim noster ac Dominus, qui condidit firmavitque coelum, qui solem cum caeteris sideribus induxit, qui libratam magnitudine sua terram vallavit montibus, mari circumdedit, amnibusque distinxit, et quidquid est in hoc opere mundi, conflavit ac perfecit e nihilo, perspectis erroribus hominum, Ducem misit, qui nobis iustitiae viam panderet: hunc sequamur omnes; hunc audiamus; huic devotissime pareamus; quoniam solus, ut ait Lucretius,
Nec monstravit tantum, sed etiam praecessit, ne quis difficultatis gratia iter virtutis horreret. Deseratur (si fieri potest) via perditionis et fraudis, in qua mors voluptatis illecebris adoperta celatur.
3 Et quanto quisque annis in senectutem vergentibus appropinquare cernit illum diem, quo sit ei ex hac vita demigrandum, cogitet quam purus abscedat; quam innocens ad iudicem veniat: non ut faciunt, quorum caecis mentibus lux negatur, qui iam deficientibus corporis viribus, in hoc admonentur instantis ultimae necessitatis, ut cupidius, ut ardentius hauriendis libidinibus intendant. Qua ex voragine liberet se quisque dum licet, dum facultas adest, seque ad Deum tota mente convertat; ut illum diem securus expectet, quo praeses dominusque mundi Deus de singulorum factis cogitationibusque iudicabit. Quaecumque hic expetuntur, non tantum negligat, sed et fugiat; potioremque animam suam iudicet, quam bona ista fallacia, quorum incerta et caduca possessio est; migrant enim quotidie: multo velocius exeunt, quam intraverant; et tamen, si nobis usque ad ultimum liceat istis frui, aliis certe relinquenda sunt. Nihil nobiscum ferre possumus, nisi vitam bene atque innocenter actam. Ille ad Deum copiosus, ille opulentus adveniet, cui astabunt continentia, misericordia, patientia, charitas, fides. Haec est haereditas nostra, quae nec eripi cuiquam, nec transferri ad alterum potest. Et quis est, qui haec bona parare, et acquirere sibi velit?
4 Veniant, qui esuriunt: ut coelesti cibo saturati, sempiternam famem ponant; veniant, qui sitiunt: ut aquam salutarem de perenni fonte plenissimis faucibus trahant. Hoc cibatu atque potu Dei, et caeci videbunt, et surdi audient, et muti loquentur, et claudi ambulabunt, et stulti sapient, et aegroti valebunt, et mortui reviviscent. Quisquis enim corruptelas terrae virtute calcaverit, hunc arbiter ille summus, et verax, ad lucem vitamque perpetuam suscitabit. Nemo divitiis, nemo fascibus, nemo etiam regia potestate confidat: immortalem ista non faciunt. Nam quicumque rationem hominis abiecerit, ac praesentia secutus, in humum se ipse prostraverit, tamquam desertor domini, et imperatoris, et patris sui punietur. Intendamus ergo iustitiae, quae nos inseparabilis comes ad Deum sola perducet; et, dum spiritus hos regit artus, infatigabilem militiam Deo militemus: stationes vigiliasque celebremus; congrediamur cum hoste, quem novimus, fortiter, ut victores, ac devicto adversario triumphantes, praemium virtutis, quod ipse promisit, a Domino consequamur.
XXVII. 1 Puisque j'ai achevé les sept livres que j'avais entrepris, et que je suis heureusement arrivé à la fin de mon ouvrage, il ne me reste plus rien que d'exhorter tout le monde à embrasser la véritable religion, et en même temps la sagesse, dont l'effet est l'exercice est de mépriser les biens de la terre, de fuir les attraits des plaisirs, et de renoncer aux erreurs pour obtenir le trésor incorruptible des récompenses éternelles. C’est un bonheur inestimable d'être délivré des misères de la vie présente. et d'aller à ce juge d'une équité souveraine, et ce père d'une bonté infinie, qui nous donnera la repos au lieu du travail, la vie au lieu de la mort, la clarté au lieu des ténèbres, les biens du ciel dans l'éternité au lieu de ceux de la terre et du tempi et enfin une récompense à laquelle les peines que nous trouvons ici-bas dans la pratique des vertus chrétiennes, n'ont aucune proportion C'est pourquoi, si nous souhaitons parvenir a plus haut point de la sagesse et du bonheur, nous devons nous résoudre à supporter non seulement les travaux dont parle Térence, comme ceux de moudre au moulin, d'être battus, d'avoir les fers aux pieds, mais endurer les prisons, les fers, les supplices, les douleurs et la mort même, dans l'assurance où nous sommes que, comme il n'y a point de plaisir sur la terre qui ne soit accompagné de quelque peine, il n’y a point aussi de vertu qui ne soit suivie de sa récompense.
2 Tout le monde doit donc tâcher de prendre le bon chemin, de pratiquer généreusement les vertus, de supporter avec patience les peines de la vie présente, dans l'espérance de recevoir un jour du soulagement. Notre père et notre Seigneur, qui a créé le ciel et l'a posé sur des fondements inébranlables, qui y a attaché le soleil et les autres astres, qui a suspendu la terre sur son propre poids, et l’а comme fortifiée par les montagnes et entourée de la mer, qui a tiré du néant tout ce qu'il y a dans le monde, ayant reconnu les erreurs et les égarements des hommes, leur a envoyé un chef et un conducteur pour leur montrer le chemin de la vertu. Suivons-le et obéissons-lui, parce que comme a dit Lucrèce :
Il a purgé nos esprits des erreurs par la vérité de ses discours ; il a arrêté l'inconstance de nos désirs et la vanité de nos craintes ; il nous a découvert le souverain bien ou nous devons tendre, et le chemin par où nous y devons arriver.
Il ne s'est pas contenté de nous montrer le chemin; il l’а tenu le premier, et a marché devant nous, de peur que les difficultés qui s'y rencontrent ne nous frappassent d'effroi. Abandonnons, s'il est possible, le chemin qui nous trompe et qui nous perd, et où la mort se cache sous les attraits de la volupté.
3 Plus nous sommes avancés en âge et plus le jour auquel nous partirons de ce monde, nous paraît proche, plus nous devons nous préparer à paraître sans tache et sans péché devant notre juge, bien loin d'imiter l'aveuglement de ceux qui, quand ils se sentent menacés d'une mort prochaine, par les incommodités de la vieillesse et par la diminution de leurs forces, prennent cette menace pour un avertissement de se hâter de jouir des plus doux et des plus agréables plaisirs. Que chacun se retire de ce bourbier pendant qu'il en a le moyen, et qu'il se tourne de tout son cœur vers Dieu, afin qu'il puisse attendre en assurance le jour auquel le souverain Seigneur de l'univers jugera des actions et des pensées de tous les hommes. Que non-seulement il méprise, mais encore qu'il fuie tout ce que l'on recherche ici-bas, et qu'il préfère son salut à tous les biens dont la possession est incertaine, passagère et trompeuse. Ils passent et changent sans cesse, et s'échappent d'entre nos mains plus vite qu'ils n'y sont tombés. Quand nous les retiendrions durant toute notre vie, il faudrait les quitter au moins à la mort : nous ne saurions emporter que l'innocence et la vertu. Celui-là paraîtra fort riche devant Dieu, qui paraîtra avec la continence, avec la miséricorde, avec la patience, avec la charité, avec la foi : c'est une succession qui ne peut nous être ôtée, ni donnée à un autre à notre préjudice. Qui est-ce qui veut la posséder ?
4 Que ceux qui ont faim s'approchent, et ils seront rassasiés d'un aliment céleste qui contentera leur appétit. Que ceux qui ont soif s'approchent, et qu'ils puisent de l'eau du salut dans une source qui ne tarit jamais. Cet aliment et cette eau du ciel rendent la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la voix aux muets, l'usage des pieds et des jambes aux boiteux, la sagesse aux insensés, la santé aux malades, la vie aux morts. Notre souverain et équitable juge tirera de l'obscurité du tombeau ceux qui auront eu le courage de fouler aux pieds les corruptions de la terre. Que personne ne mette sa confiance dans les richesses, dans les dignités, ni même dans l'autorité souveraine : tous ces avantages du siècle ne sauraient nous procurer l'immortalité ; car celui qui aura renoncé aux privilèges de la condition humaine, et qui en s'attachant aux biens présents se sera roulé sur la terre, sera châtié comme un déserteur de son seigneur et de son père. Travaillons donc sérieusement à acquérir l'innocence qui nous accompagnera jusqu'au trône de Dieu. Combattons cependant sous ses enseignes et pour son service, tant que notre âme animera notre corps. Veillons et demeurons en sentinelle. Résistons, généreusement contre les ennemis qui nous sont connus, afin que les ayant vaincus, nous recevions de la main de Dieu la récompense qu'il nous a promise.