Divinae institutiones (Institutions divines) (page 46)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3 Faut-il ressusciter, pour souffrir tant d'indignes traitements, et reprendre une vie où l'on ne peut trouver de sûreté ! Puisque les justes sont si fort méprisés en ce monde, et qu'ils en sont si souvent enlevés par les médians, que pourraient attendre ceux qui sortiraient de leurs tombeaux pour y revenir? Ils seraient sans doute exterminés à l'heure même, de peur que leur présence et leurs discours ne ruinassent la superstition païenne et n'attirassent toutes les nations au culte d'un seul Dieu. La résurrection ne doit donc arriver que quand le crime aura été détruit, et quand rien ne pourra empêcher que ceux qui ressusciteront ne mènent une vie parfaitement heureuse. Il n'y a eu que les misères de cette vie qui aient donné occasion aux poètes d'inventer le fleuve de l'Oubli, de peur que les âmes ne refusassent de retourner sur la terre, quand elles se souviendraient de tout ce qu'elles y auraient souffert. Voilà pourquoi Virgile a demandé :

S'il est possible qu'il y ait des âmes qui veuillent bien rentrer dans des corps après en être une fois sorties, et d'où leur vient un si étrange désir de jouir encore de la vie.

Comme ils ne savaient de quelle manière cela devait arriver, ils ont cru que les âmes renaîtraient, et retourneraient comme à une seconde enfance. C'est par la même occasion que Platon, discourant sur la nature de l'âme, a dit : que, par la facilité et par la vitesse avec lesquelles les enfants apprennent, il est aisé de reconnaître que l'âme est immortelle et divine ; de sorte qu'ils semblent renouveler plutôt d'anciennes idées qu'en acquérir de nouvelles; en quoi ce savant homme est tombé d'une manière fort ridicule dans les imaginations des poètes.

XXIII 1 Non igitur renascentur, quod fieri non potest: sed resurgent, et a Deo corporibus induentur; et prioris vitae factorumque omnium memores erunt; et in bonis coelestibus collocati, ac fruentes iucunditate innumerabilium copiarum, praesenti Deo gratias agent, quod malum omne deleverit, quod eos ad regnum vitamque perpetuam suscitarit. Qua de anastasi philosophi quoque dicere aliquid conati sunt tam corrupte, quam poetae. Nam Pythagoras transire animas in nova corpora disputavit: sed inepte, quod ex hominibus in pecudes, et ex pecudibus in homines, et scipsum ex Euphorbo esse reparatum. Melius Chrysippus, quem Cicero ait fulcire porticum Stoicorum, qui in libris, quos de Providentia scripsit, cum de innovatione mundi loqueretur, haec intulit: τούτου δέ οὕτως ἔχοντος, δῆλον ὡς οὐδὲν ἀδύνατον, καὶ ἡμᾶς μετά τὸ τελευτῆσαι, πάλιν περιόδων τινῶν εἰλημμένων χρόνου, εἰς ὅν ἐσμεν καταστήσεσθαι σχῆμα. Sed nos ab humanis ad divina redeamus. Sibylla dicit haec:

Quod si non modo prophetae, sed etiam vates, et poetae, et philosophi anastasim mortuorum futuram esse consentiunt; nemo quaerat a nobis, quemadmodum fieri possit. Nec enim divinorum operum reddi potest ratio. Sed si a principio Deus hominem nescio quo inenarrabili modo instituit; credamus ab eodem restitui veterem posse, qui novum feci.

XXIII. 1 Les âmes ne renaîtront point, parce qu'il est impossible qu'elles renaissent ; mais elles ressusciteront, seront revêtues de leurs corps par un effet de la puissance de Dieu, conserveront le souvenir de leurs actions, et, jouissant d'une abondance incroyable de biens célestes, rendront grâces à Dieu de ce qu'il aura éloigné d'elles tous les maux, et de ce qu'il les aura appelées à une vie et ä un empire qui n'auront point de bornes, non plus que l'éternité. Les philosophes ont entrepris de parler de la résurrection ; mais la doctrine qu'ils ont eue sur ce sujet n'a pas été moins corrompue que celle des poêles. Pythagore a prétendu que les âmes passent en de nouveaux corps; mais il est inexcusable en ce qu'il les fuit passer dans des corps de bêtes d'abord, et en des corps d'hommes ensuite, et en ce qu'il assurait que la sienne avait autrefois animé le corps d'Euphorbe. Chrysippe, que Cicéron dit être comme une colonne qui soutient la galerie de« stoïciens, en a jugé plus raisonnablement lorsque, parlant du renouvellement du monde dans le livre qu'il a composé de la Providence, il a écrit ce qui suit : « Les choses étant telles que je viens de les représenter, il est clair qu'il n'est pas impossible que, quand nous serons morts, nous retournions après un certain cercle d'années à l'état où nous sommes aujourd'hui. » Mais laissons-là l'autorité des hommes pour écouter celle de Dieu. Voici ce que dit la sibylle :

Il n'y a point de foi maintenant parmi les hommes ; mais lorsque Dieu les jugera, et qu'il distribuera aux bons et aux méchant les récompenses et les châtiments qu'ils auront mérités, les médians tomberont dans le feu et reconnaîtront la justice de leur condamnation ; les gens de bien, au contraire, demeureront encore sur la terre et y jouiront de l'honneur et de la gloire.

Puisque les prophètes, les devins, les poètes et les philosophes, conviennent de la résurrection des morts, que personne ne nous demande de quelle manière elle se pourra faire. On ne saurait rendre raison des ouvrages de Dieu. Il faut croire qu'ayant bien su créer l'homme, il saura bien le réparer.

XXIV 1 Nunc reliqua subnectam. Veniet igitur summi et maximi Dei Filius, ut vivos ac mortuos iudicet, testante atque dicente Sibylla:

Verum ille, cum deleverit iniustitiam, iudiciumque maximum fecerit, ac iustos, qui a principio fuerunt, ad vitam restauraverit, mille annis inter homines versabitur, eosque iustissimo imperio reget. Quod alibi Sibylla vaticinans furensque proclamat:

Tum qui erunt in corporibus vivi, non morientur: sed per eosdem mille annos infinitam multitudinem generabunt; et erit soboles eorum sancta, et Deo cara. Qui autem ab inferis suscitabuntur, ii praeerunt viventibus velut iudices. Gentes vero non extinguentur omnino: sed quaedam relinquentur in victoriam Dei, ut triumphentur a iustis, ac subiugentur perpetuae servituti. Sub idem tempus etiam princeps daemonum, qui est machinator omnium malorum, catenis vincietur; et erit in custodia mille annis coelestis imperii, quo iustitia in orbe regnabit, ne quod malum adversus populum Dei moliatur. Post cuius adventum congregabuntur iusti ex omni terra; peractoque iudicio, civitas sancta constituetur in medio terrae, in qua ipse conditor Deus cum iustis dominantibus commoretur. Quam civitatem Sibylla designat, cum dicit:

2 Tunc auferentur a mundo tenebrae illae, quibus offunditur atque obcaecatur coelum; et luna claritudinem solis accipiet, nec minuetur ulterius. Sol autem septies tanto, quam nunc est, clarior fiet. Terra vero aperiet foecunditatem suam, et uberrimas fruges sua sponte generabit: rupes montium melle sudabunt, per rivos vina decurrent; et flumina lacte inundabunt. Mundus denique ipse gaudebit; et omnis rerum natura laetabitur, erepta et liberata dominio mali, et impietatis, et sceleris, et erroris. Non bestiae per hoc tempus sanguine alentur, non aves praeda: sed quieta et placida erunt omnia. Leones et vituli ad praesepe simul stabunt: lupus ovem non rapiet, canis non venabitur, accipitres et aquilae non nocebunt: infans cum serpentibus ludet. Denique tunc fient illa, quae poetae aureis temporibus facta esse iam Saturno regnante dixerunt. Quorum error hinc exortus est, quod prophetae futurorum pleraque sic proferunt et enuntiant, quasi iam peracta. Visiones enim divino spiritu offerebantur oculis eorum, et videbant illa in conspectu suo quasi fieri, ac terminari. Quae vaticinia eorum cum paulatim fama vulgasset, quoniam profani a sacramento ignorabant quatenus dicerentur, completa iam esse veteribus saeculis illa omnia putaverunt, quae utique fieri complerique non poterant homine regnante. Cum vero deletis religionibus impiis, et scelere compresso, subiecta erit Deo terra,

Tunc etiam molli flavescet campus arista; Incultisque rubens pendebit sentibus uva;

3 Quae poeta secundum Cumeae Sibyllae carmina prolocutus est. Erytraea vero sic ait:

Vivent itaque homines tranquillissimam vitam et copiosissimam, et regnabunt cum Deo pariter; et reges gentium venient a finibus terrae cum donis ac muneribus, ut adorent et honorificent Regem magnum, cuius nomen erit praeclarum ac venerabile universis nationibus, quae sub coelo erunt, et regibus qui dominabuntur in terra.

XXIV. 1 J'ajouterai maintenant ce qui suit: Le Fils du Dieu suprême viendra juger les vivants et les morts, selon le témoignage de la sibylle qui dit :

Que toute la terre sera remplie de confusion, et que le souverain juge montera sur son tribunal pour juger le monde.

Lorsqu'il aura exterminé l'injustice, qu'il aura jugé tous les hommes, et qu'il aura ressuscité ceux qui auront été justes dès le commencement, il demeurera pendant mille ans parmi les hommes qu'il gouvernera avec une parfaite équité. C'est ce que la sibylle, transportée d'une sainte ferveur, a exprimé de cette sorte :

Mortels, écoutez avec attention ce que je vous dis : c'est que le Seigneur régnera sur la terre.

Ceux qui seront en ce temps-là en vie ne mourront point ; mais ils mettront au monde pendant mille ans une multitude intime d'enfants, qui seront saints et agréables à Dieu. Ceux qui auront été ressuscites présideront en qualité de juges à ceux qui seront demeurés en vie. Toutes les nations ne seront pas absolument détruites : quelques-unes seront réservées pour servir de matière aux victoires que Dieu accordera aux justes et d'ornement à leur triomphe, et pour être réduites à une éternelle servitude. Le prince des démons et l'auteur de tous les maux sera chargé de chaînes et gardé dans les prisons de l'empire céleste, durant les mille ans pendant lesquels la justice régnera sur la terre, afin qu'il ne puisse nuire aux personnes de piété. Lorsque le Fils de Dieu sera arrivé, les gens de bien seront assemblés de toutes les parties de l'univers, et lorsque le jugement sera achevé, leur ville sainte sera fondée au milieu de la terre, où le Seigneur qui l'aura fondée demeurera lui-même avec les gens de bien. La sibylle décrit cette ville, en disant :

Que Dieu l'a lui-même fondée, et qu'il l'a rendue plus éclatante que le soleil ni la lune, et les autres astres.

2 Les ténèbres dont le ciel était couvert seront dissipées, et le soleil et la lune recevront une lumière, qui ne souffrira plus de diminution. La splendeur du soleil sera sept fois plus éclatante qu'elle n'est maintenant. La terre produira une abondance incroyable de fruits, sans que personne ait la peine de la cultiver. Le miel sortira des plus durs rochers; on verra couler des ruisseaux de vin et des fleuves de lait; enfin l'univers, délivré de la domination de l’erreur et de l'impiété, sera comme transporté de joie. Les bêtes les plus féroces ne se nourriront plus de sang. Les oiseaux ne fondront plus sur leur proie; tous les animaux seront doux et paisibles ; les lions demeureront dans l'é table avec les troupeaux ; les loups n'enlèveront plus les brebis ; les chiens n'iront plus à la chasse ; les éperviers ni les aigles ne nuiront plus; les enfants joueront avec les serpents ; enfin on verra en ce temps-là une fidèle image de tout ce que les poètes ont feint être arrivé au siècle d'or, sous le règne de Saturne. La façon de parler figurée des prophètes qui expriment les choses à venir comme si elles étaient déjà passées, a été cause que les poêles se sont trompés. Les prophètes étaient inspirés de Dieu et voyaient les choses qu'il leur révélait, comme si elles eussent été présentes. Lorsque leurs prédictions ont été publiées, ceux qui n'avaient point de connaissance des secrets de Dieu ont cru qu'elles avaient été accomplies aux siècles passés, bien qu'il soit vrai qu'elles ne peuvent être accomplies pendant que l'autorité absolue et le pouvoir de commander est entre les mains des hommes. Mais quand les religions profanes auront clé abolies, que les crimes seront bannis, et que la terre sera soumise à l'obéissance de Dieu :

Les pilotes abandonneront les vaisseaux, et les marchands renonceront au commerce. Il n'y aura point de terroir qui ne porte de lui-même toutes sortes de fruits, sans que les hommes aient eu la peine de le cultiver. Les moissons mourront dans les campagnes, les raisins pendront aux buissons, et le miel coulera des chênes. On ne teindra plus les laines, et la toison prendra sur le dos des brebis toutes sortes de couleurs. Les chèvres retourneront à la bergerie, pleines de lait, et les troupeaux n'appréhenderont plus la rencontre des lions.

3 Il semble que Virgile ait eu dessein en cet endroit d'imiter la sibylle de Cumes. Voici et que celle d'Erythrée a dit sur le même sujet :

Alors les loups pâtiront avec les brebis sur les montagnes ; les lynx avec les chevreaux, les ours avec le« bœuf« ; les Ы» mangeront la paille dans l'étable ; les enfants écraseront les serpents.

En un autre endroit, elle représente en ce« termes l'abondance dont Dieu favorisera les hommes :

Dieu, dit-elle, comblera les hommes de joie. La terre porte toutes sortes d'arbres, et ces arbres porteront une merveilleuse diversité de toutes sortes de fruits. On verra couler comme des fleures de vin, de miel et de lait.

Il n'y aura que la terre habitée par les gens de bien, qui aura une si heureuse fertilité, et ou l'on verra couler le miel du creux des rochers.

Les hommes vivront en ce temps-là dans une profonde paix et dans l'abondance de toutes choses. Ils régneront avec Dieu, et les princes des nations les plus éloignées viendront adorer le grand roi, dont le nom sera vénérable à tout l'univers, et lui feront des présents.

XXV. 1 Haec sunt, quae a prophetis futura dicuntur: quorum testimonia et verba ponere opus non esse duxi; quoniam esset infinitum, nec tantam rerum multitudinem mensura libri caperet, tam multis uno spiritu similia dicentibus, simulque ne fastidium legentibus fieret, si ex omnibus collecta et translata congererem; praeterea ut ea ipsa quae dicerem, non nostris, sed alienis potissimum litteris confirmarem, doceremque non modo apud nos, verum etiam apud eos ipsos qui nos insectantur, veritatem consignatam teneri quam recusant agnoscere. Si quis autem diligentius, haec voluerit scire, ex ipso fonte hauriat, et plura, quam nos in his libris complexi sumus, admirabilia reperiet. Fortasse quispiam nunc requirat, quando, ista quae diximus, sint futura. Iam superius ostendi, completis annorum sex millibus mutationem istam fieri oportere, et iam propinquare summum illum conclusionis extremae diem. De signis quae praedicta sunt a prophetis, licet noscere; praedixerunt enim signa, quibus consummatio temporum, et expectanda sit nobis in singulos dies, et timenda. Quando tamen compleatur haec summa, docent ii qui de temporibus scripserunt, colligentes ea ex litteris sanctis et ex variis historiis, quantus sit numerus annorum ab exordio mundi: qui licet varient, et aliquantum numeri eorum summa dissentiat, omnis tamen expectatio non amplius quam ducentorum videtur annorum. Etiam res ipsa declarat, lapsum ruinamque rerum brevi fore: nisi quod incolumi urbe Roma nihil istiusmodi videtur esse metuendum. At vero cum caput illud orbis occiderit, et ῥύμη esse coeperit, quod Sibyllae fore aiunt, quis dubitet venisse iam finem rebus humanis, orbique terrarum? Illa, illa est civitas, quae adhuc sustentat omnia: precandusque nobis et adorandus est Deus coeli, si tamen statuta eius et placita differri possunt, ne citius quam putemus tyrannus ille abominabilis veniat, qui tantum facinus moliatur, ac lumen illud effodiat, cuius interitu mundus ipse lapsurus est. Nunc ad caetera exequenda redeamus, quae deinceps secutura sunt.

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