Poèmes antiques (page 20)

Leconte de Lisle · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Poèmes antiques · 20 pages

Et la sainte montagne et la vallée antique

Où sous les noirs palmiers dormaient ses premiers Dieux.

Il voit la Terre libre et les verdeurs sauvages

Flotter comme un encens sur les fleuves sacrés,

Et les bleus Océans, chantant sur leurs rivages,

Vers l’inconnu divin rouler immesurés.

De la hauteur des monts, berceaux des races pures,

Au murmure des flots, au bruit des dômes verts,

Il écoute grandir, vierge encor de souillures,

La jeune Humanité sur le jeune Univers.

Bienheureux ! Il croyait la terre impérissable,

Il entendait parler au prochain firmament,

Il n’avait point taché sa robe irréprochable ;

Dans la beauté du monde il vivait fortement.

L’éclair qui fait aimer et qui nous illumine

Le brûlait sans faiblir un siècle comme un jour ;

Et la foi confiante et la candeur divine

Veillaient au sanctuaire où rayonnait l’amour.

Pourquoi s’est-il lassé des voluptés connues ?

Pourquoi les vains labeurs et l’avenir tenté ?

Les vents ont épaissi là-haut les noires nues ;

Dans une heure d’orage ils ont tout emporté.

Oh ! la tente au désert et sur les monts sublimes,

Les grandes visions sous les cèdres pensifs,

Et la Liberté vierge et ses cris magnanimes,

Et le débordement des transports primitifs !

L’angoisse du désir vainement nous convie :

Au livre originel qui lira désormais ?

L’homme a perdu le sens des paroles de vie :

L’esprit se tait, la lettre est morte pour jamais.

Nul n’écartera plus vers les couchants mystiques

La pourpre suspendue au devant de l’autel,

Et n’entendra passer dans les vents prophétiques

Les premiers entretiens de la Terre et du Ciel.

Les lumières d’en haut s’en vont diminuées,

L’impénétrable Nuit tombe déjà des cieux,

L’astre du vieil Ormuzd est mort sous les nuées ;

L’Orient s’est couché dans la cendre des Dieux.

L’Esprit ne descend plus sur la race choisie ;

Il ne consacre plus les justes et les forts.

Dans le sein desséché de l’immobile Asie

Les soleils inféconds brûlent les germes morts.

Les Ascètes, assis dans les roseaux du fleuve,

Écoutent murmurer le flot tardif et pur.

Pleurez, Contemplateurs ! votre sagesse est veuve :

Viçnou ne siège plus sur le Lotus d’azur.

L’harmonieuse Hellas, vierge aux tresses dorées,

À qui l’amour d’un monde a dressé des autels,

Gît, muette à jamais, au bord des mers sacrées,

Sur les membres divins de ses blancs Immortels.

Plus de charbon ardent sur la lèvre-prophète !

Adônaï, les vents ont emporté ta voix ;

Et le Nazaréen, pâle et baissant la tête,

Pousse un cri de détresse une dernière fois.

Figure aux cheveux roux, d’ombre et de paix voilée,

Errante au bord des lacs sous ton nimbe de feu,

Salut ! l’humanité, dans ta tombe scellée,

Ô jeune Essénien, garde son dernier Dieu !

Et l’Occident barbare est saisi de vertige.

Les âmes sans vertu dorment d’un lourd sommeil,

Comme des arbrisseaux, viciés dans leur tige,

Qui n’ont verdi qu’un jour et n’ont vu qu’un soleil.

Et les sages, couchés sous les secrets portiques,

Regardent, possédant le calme souhaité,

Les époques d’orage et les temps pacifiques

Rouler d’un cours égal l’homme à l’éternité.

Mais nous, nous, consumés d’une impossible envie,

En proie au mal de croire et d’aimer sans retour,

Répondez, jours nouveaux ! nous rendrez-vous la vie ?

Dites, ô jours anciens ! nous rendrez-vous l’amour ?

Où sont nos lyres d’or, d’hyacinthe fleuries,

Et l’hymne aux Dieux heureux et les vierges en chœur,

Éleusis et Délos, les jeunes Théories,

Et les poèmes saints qui jaillissent du cœur ?

Où sont les Dieux promis, les formes idéales,

Les grands cultes de pourpre et de gloire vêtus,

Et dans les cieux ouvrant ses ailes triomphales

La blanche ascension des sereines Vertus ?

Les Muses, à pas lents, Mendiantes divines,

S’en vont par les cités en proie au rire amer.

Ah ! c’est assez saigner sous le bandeau d’épines,

Et pousser un sanglot sans fin comme la Mer !

Oui ! le mal éternel est dans sa plénitude !

L’air du siècle est mauvais aux esprits ulcérés.

Salut, Oubli du monde et de la multitude !

Reprends-nous, ô Nature, entre tes bras sacrés !

Dans ta khlamyde d’or, Aube mystérieuse,

Éveille un chant d’amour au fond des bois épais !

Déroule encor, Soleil, ta robe glorieuse !

Montagne, ouvre ton sein plein d’arome et de paix !

Soupirs majestueux des ondes apaisées,

Murmurez plus profonds en nos coeurs soucieux !

Répandez, ô forêts, vos urnes de rosées !

Ruisselle en nous, silence étincelant des cieux !

Consolez-nous enfin des espérances vaines :

La route infructueuse a blessé nos pieds nus.

Du sommet des grands caps, loin des rumeurs humaines,

Ô vents ! emportez-nous vers les Dieux inconnus !

Mais si rien ne répond dans l’immense étendue,

Que le stérile écho de l’éternel Désir,

Adieu, déserts, où l’âme ouvre une aile éperdue !

Adieu, songe sublime, impossible à saisir !

Et toi, divine Mort, où tout rentre et s’efface,

Accueille tes enfants dans ton sein étoilé ;

Affranchis-nous du temps, du nombre et de l’espace,

Et rends-nous le repos que la vie a troublé !

Pages

Sûryâ

1

Prière védique pour les Morts

4

Bhagavat

7

La mort de Valmiki

26

L’Arc de Civa

30

Çunacépa

36

La Vision de Brahma

56

Hypatie

65

Thyoné

69

Glaucé

75

Hélène

81

La Robe du Centaure

123

Kybèle

125

Pan

128

Klytie

130

Vénus de Milo

134

Le Réveil d’Hèlios

137

La Source

139

Niobé

142

Hylas

161

Odes anacréontiques

165

Le Vase

172

Les Plaintes du Cyclope

174

L’Enfance d’Hèraklès

177

La Mort de Penthée

189

Hèraklès au Taureau

182

Khirôn

184

Thestylis

221

Médailles antiques

225

Péristèris

230

Paysage

232

Les Bucoliastes

234

Kléarista

239

Symphonie

241

Le Retour d’Adônis

242

Hèraklès solaire

244

Églogue

245

Études latines

248

I. Lydie

248

II. Licymnie

249

III. Thaliarque

250

IV. Lydé

251

V. Phyllis

252

VI. Vile Potabis

253

VII. Glycère

253

VIII. Hymne

254

IX. Néère

255

X. Phidylé

256

XI. [sans titre]

256

XII. Salinum

257

XIII. Hymne

258

XIV. Pholoé

259

XV. Tyndaris

259

XVI. Pyrrha

260

XVII. Lydia

260

XVIII. Envoi

261

Les Éolides

262

Fultus Hyacintho

266

Phidylé

267

Chant alterné

270

Les Oiseaux de proie

274

Hypatie et Cyrille

275

Poésies diverses :

Juin

290

Midi

292

Nox

294

Chansons écossaises :

Jane

296

Nanny

297

Nell

298

La Fille aux cheveux de lin

299

Annie

301

La Chanson du rouet

302

Souvenir

303

Les Étoiles mortelles

306

Dies iræ

309

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