Le Horla (page 11)
— Où tu voudras. Il doit en rester deux ou trois dans le pays. Déniche et apporte.
Je me levai. Il faisait trop chaud devant ce feu. Marchas reprit :
— Veux-tu une idée ?
— Oui.
— Va trouver le curé.
— Le curé ? Pour quoi faire ?
— Invite-le à souper et prie-le d’amener une femme.
— Le curé ! Une femme ! Ah ! ah ! ah !
Marchas reprit avec une extraordinaire gravité :
— Je ne ris pas. Va trouver le curé, raconte-lui notre situation. Il doit s’embêter affreusement, il viendra. Mais dis-lui qu’il nous faut une femme au minimum, une femme comme il faut, bien entendu, puisque nous sommes tous des hommes du monde. Il doit connaître ses paroissiennes sur le bout du doigt. S’il y en a une possible pour nous, et si tu t’y prends bien, il te l’indiquera.
— Voyons, Marchas ? À quoi penses-tu ?
— Mon cher Garens, tu peux faire ça très bien. Ce serait même très drôle. Nous savons vivre, parbleu ! et nous serons d’une distinction parfaite, d’un chic extrême. Nomme-nous à l’abbé, fais-le rire, attendris-le, séduis-le et décide-le !
— Non, c’est impossible.
Il rapprocha son fauteuil et, comme il connaissait mes côtés faibles, le gredin reprit :
— Songe donc comme ce serait crâne à faire et amusant à raconter. On en parlerait dans toute l’armée. Ça te ferait une rude réputation.
J’hésitais, tenté par l’aventure. Il insista :
— Allons, mon petit Garens. Tu es chef de détachement, toi seul peux aller trouver le chef de l’Église en ce pays. Je t’en prie, vas-y. Je raconterai la chose en vers, dans la Revue des Deux Mondes, après la guerre, je te le promets. Tu dois bien ça à tes hommes. Tu les fais assez marcher depuis un mois.
Je me levai en demandant :
— Où est le presbytère ?
— Tu prends la seconde rue à gauche. Au bout, tu trouveras une avenue ; et, au bout de l’avenue, l’église. Le presbytère est à côté.
Je sortais ; il me cria :
— Dis-lui le menu pour lui donner faim !
Je découvris sans peine la petite maison de l’ecclésiastique, à côté d’une grande vilaine église de briques. Je frappai à coups de poing dans la porte, qui n’avait ni sonnette ni marteau, et une voix forte demanda de l’intérieur :
— Qui va là ?
Je répondis :
— Maréchal des logis de hussards.
J’entendis un bruit de verrous et de clef tournée, et je me trouvai en face d’un grand prêtre à gros ventre, avec une poitrine de lutteur, des mains formidables sortant de manches retroussées, un teint rouge et un air brave homme.
Je fis le salut militaire.
— Bonjour, monsieur le curé.
Il avait craint une surprise, une embûche de rôdeurs, et il sourit en répondant :
— Bonjour, mon ami ; entrez.
Je le suivis dans une petite chambre à pavés rouges, où brûlait un maigre feu, bien différent du brasier de Marchas.
Il me montra une chaise, et puis me dit :
— Qu’y a-t-il pour votre service ?
— Monsieur l’abbé, permettez-moi d’abord de me présenter.
Et je lui tendis ma carte.
Il la reçut et lut à mi-voix :
« Le comte de Garens. »
Je repris :
— Nous sommes ici onze, monsieur l’abbé, cinq en grand’garde et six installés chez un habitant inconnu. Ces six-là se nomment Garens, ici présent, Pierre de Marchas, Ludovic de Ponderel, le baron d’Étreillis, Karl Massouligny, le fils du peintre, et Joseph Herbon, un jeune musicien. Je viens, en leur nom et au mien, vous prier de nous faire l’honneur de souper avec nous. C’est un souper des Rois, monsieur le curé, et nous voudrions le rendre un peu gai.
Le prêtre souriait. Il murmura :
— Il me semble que ce n’est guère l’occasion de s’amuser.
Je répondis :
— Nous nous battons tous les jours, Monsieur. Quatorze de nos camarades sont morts depuis un mois, et trois sont restés par terre, hier encore. C’est la guerre. Nous jouons notre vie à tout instant, n’avons-nous pas le droit de la jouer gaiement ? Nous sommes Français, nous aimons rire, nous savons rire partout. Nos pères riaient bien sur l’échafaud ! Ce soir, nous voudrions nous dégourdir un peu, en gens comme il faut, et non pas en soudards, vous me comprenez. Avons-nous tort ?
Il répondit vivement :
— Vous avez raison, mon ami, et j’accepte avec grand plaisir votre invitation.
Il cria :
— Hermance !
Une vieille paysanne, tordue, ridée, horrible, apparut et demanda :
— Qué qui a ?
— Je ne dîne pas ici, ma fille.
— Où que vous dînez donc ?
— Avec MM. les hussards.
J’eus envie de dire : « Amenez votre bonne, pour voir la tête de Marchas », mais je n’osai point.
Je repris :
— Parmi vos paroissiens restés dans le village, en voyez-vous quelqu’un ou quelqu’une que je puisse inviter aussi ?
Il hésita, chercha et déclara :
— Non, personne !
J’insistai :
— Personne !… Voyons, monsieur le curé, cherchez. Ce serait très galant d’avoir des dames. Je m’entends, des ménages ! Est-ce que je sais, moi ? Le boulanger avec sa femme, l’épicier, le… le… le… l’horloger… le… le cordonnier… le… le pharmacien avec la pharmacienne… Nous avons un bon repas, du vin, et serions enchantés de laisser un bon souvenir aux gens d’ici.
Le curé médita longtemps encore, puis prononça avec résolution :
— Non, personne.
Je me mis à rire :
— Sacristi ! monsieur le curé, c’est ennuyeux de n’avoir pas une reine, car nous avons une fève. Voyons, cherchez. Il n’y a pas un maire marié, un adjoint marié, un conseiller municipal marié, un instituteur marié ?…
— Non, toutes les dames sont parties.
— Quoi, il n’y a pas dans tout le pays une brave bourgeoise avec son bourgeois de mari, à qui nous pourrions faire ce plaisir, car ce serait un plaisir pour eux, un grand, dans les circonstances présentes ?
Mais tout à coup le curé se mit à rire, d’un rire violent qui le secouait tout entier, et il criait :
— Ah ! ah ! ah ! j’ai votre affaire, Jésus, Marie, j’ai votre affaire ! Ah ! ah ! ah ! nous allons rire, mes enfants, nous allons rire. Et elles seront bien contentes, allez, bien contentes, ah ! ah !… Où gîtez-vous ?
J’expliquai la maison en la décrivant. Il comprit :
— Très bien. C’est la propriété de M. Bertin-Lavaille. J’y serai dans une demi-heure avec quatre dames !!!… Ah ! ah ! ah ! quatre dames !!!…
Il sortit avec moi, riant toujours, et me quitta, en répétant :
— Ça va ; dans une demi-heure, maison Bertin-Lavaille.
Je rentrai vite, très étonné, très intrigué.
— Combien de couverts ? demanda Marchas en m’apercevant.
— Onze. Nous sommes six hussards, plus M. le curé et quatre dames.
Il fut stupéfait. Je triomphais.
Il répétait :
— Quatre dames ! Tu dis : quatre dames ?
— Je dis : quatre dames.
— De vraies femmes ?
— De vraies femmes.
— Bigre ! Mes compliments !
— Je les accepte. Je les mérite.
Il quitta son fauteuil, ouvrit la porte et j’aperçus une belle nappe blanche jetée sur une longue table autour de laquelle trois hussards en tablier bleu disposaient des assiettes et des verres.
— Il y aura des femmes ! cria Marchas.
Et les trois hommes se mirent à danser en applaudissant de toute leur force.
Tout était prêt. Nous attendions. Nous attendîmes près d’une heure. Une odeur délicieuse de volailles rôties flottait dans toute la maison.
Un coup frappé contre le volet nous souleva tous en même temps. Le gros Ponderel courut ouvrir, et, au bout d’une minute à peine, une petite bonne Sœur apparut dans l’encadrement de la porte. Elle était maigre, ridée, timide, et saluait coup sur coup les quatre hussards effarés qui la regardaient entrer. Derrière elle, un bruit de bâtons martelait le pavé du vestibule, et dès qu’elle eut pénétré dans le salon, j’aperçus, l’une suivant l’autre, trois vieilles têtes en bonnet blanc, qui s’en venaient en se balançant avec des mouvements différents, l’une chavirant à droite, tandis que l’autre chavirait à gauche. Et, trois bonnes femmes se présentèrent, boitant, traînant la jambe, estropiées par les maladies et déformées par la vieillesse, trois infirmes hors de service, les trois seules pensionnaires capables de marcher encore de l’établissement hospitalier que dirigeait la Sœur Saint-Benoît.
Elle s’était retournée vers ses invalides, pleine de sollicitude pour elles ; puis, voyant mes galons de maréchal des logis, elle me dit :
— Je vous remercie bien, monsieur l’officier, d’avoir pensé à ces pauvres femmes. Elles ont bien peu de plaisir dans la vie, et c’est pour elles en même temps un grand bonheur et un grand honneur que vous leur faites.
J’aperçus le curé, resté dans l’ombre du couloir et qui riait de tout son cœur. À mon tour, je me mis à rire, en regardant surtout la tête de Marchas. Puis montrant des sièges à la religieuse :
— Asseyez-vous, ma Sœur ; nous sommes très fiers et très heureux que vous ayez accepté notre modeste invitation.
Elle prit trois chaises contre le mur, les aligna devant le feu, y conduisit ses trois bonnes femmes, les plaça dessus, leur ôta leurs cannes et leurs châles qu’elle alla déposer dans un coin ; puis, désignant la première, une maigre à ventre énorme, une hydropique assurément :
— Celle-là est la mère Paumelle, dont le mari s’est tué en tombant d’un toit et dont le fils est mort en Afrique. Elle a soixante-deux ans.
Puis elle désigna la seconde, une grande dont la tête tremblait sans cesse :
— Celle-là est la mère Jean-Jean, âgée de soixante-sept ans. Elle n’y voit plus guère, ayant eu la figure flambée dans un incendie et la jambe droite brûlée à moitié.
Elle nous montra, enfin, la troisième, une espèce de naine, avec des yeux saillants, qui roulaient de tous les côtés, ronds et stupides.
— C’est la Putois, une innocente. Elle est âgée de quarante-quatre ans seulement.
J’avais salué les trois femmes comme si on m’eût présenté à des Altesses Royales, et, me tournant vers le curé :
— Vous êtes, monsieur l’abbé, un homme précieux, à qui nous devrons tous ici de la reconnaissance.
Tout le monde riait, en effet, hormis Marchas, qui semblait furieux.
— Notre Sœur Saint-Benoît est servie ! cria tout à coup Karl Massouligny.
Je la fis passer devant avec le curé, puis je soulevai la mère Paumelle, dont je pris le bras et que je traînai dans la pièce voisine, non sans peine, car son ventre ballonné semblait plus pesant que du fer.
Le gros Ponderel enleva la mère Jean-Jean, qui gémissait pour avoir sa béquille ; et le petit Joseph Herbon dirigea l’idiote, la Putois, vers la salle à manger, pleine d’odeur de viandes.
Dès que nous fûmes en face de nos assiettes, la Sœur tapa trois coups dans ses mains, et les femmes firent, avec la précision de soldats qui présentent les armes, un grand signe de croix rapide. Puis le prêtre prononça, lentement, les paroles latines du Benedicite.
On s’assit, et les deux poules parurent, apportées par Marchas, qui voulait servir pour ne point assister en convive à ce repas ridicule.
Mais je criai : « Vite le champagne ! » Un bouchon sauta avec un bruit de pistolet qu’on décharge, et, malgré la résistance du curé, et de la bonne Sœur, les trois hussards assis à côté des trois infirmes leur versèrent de force dans la bouche leurs trois verres pleins.
Massouligny, qui avait la faculté d’être chez lui partout et à l’aise avec tout le monde, faisait la cour à la mère Paumelle de la façon la plus drôle. L’hydropique, dont l’humeur était restée gaie, malgré ses malheurs, lui répondait en badinant avec une voix de fausset qui semblait factice, et elle riait si fort des plaisanteries de son voisin que son gros ventre semblait prêt à monter et à rouler sur la table. Le petit Herbon avait entrepris sérieusement de griser l’idiote et le baron d’Étreillis, qui n’avait pas l’esprit alerte, interrogeait la Jean-Jean sur la vie, les habitudes et le règlement de l’hospice.
La religieuse, effarée, criait à Massouligny :
— Oh ! oh ! vous allez la rendre malade ; ne la faites pas rire comme ça, je vous en prie, Monsieur. Oh ! Monsieur…
Puis elle se levait et se jetait sur Herbon pour lui arracher des mains un verre plein qu’il vidait prestement, entre les lèvres de la Putois.
Et le curé riait à se tordre, répétait à la Sœur :
— Laissez donc, pour une fois, ça ne leur fait pas de mal. Laissez donc.
Après les deux poules, on avait mangé le canard, flanqué des trois pigeons et du merle ; et l’oie parut, fumante, dorée, répandant une odeur chaude de viande rissolée et grasse.
La Paumelle, qui s’animait, battit des mains ; la Jean-Jean cessa de répondre aux questions nombreuses du baron, et la Putois poussa des grognements de joie, moitié cris et moitié soupirs, comme font les petits enfants à qui on montre des bonbons.
— Permettez-vous, dit le curé, que je me charge de cet animal. Je m’entends comme personne à ces opérations-là.
— Mais certainement, monsieur l’abbé.
Et la Sœur dit :
— Si on ouvrait un peu la fenêtre ? Elles ont trop chaud. Je suis sûre qu’elles seront malades.
Je me tournai vers Marchas :
— Ouvre la fenêtre une minute.
Il l’ouvrit, et l’air froid du dehors entra, fit vaciller les flammes des bougies et tournoyer la fumée de l’oie, dont le prêtre, une serviette au cou, soulevait les ailes avec science.
Nous le regardions faire, sans parler maintenant, intéressés par le travail alléchant de ses mains, saisis d’un renouveau d’appétit à la vue de cette grosse bête dorée, dont les membres tombaient l’un après l’autre dans la sauce brune, au fond du plat.
Et tout à coup, au milieu de ce silence gourmand qui nous tenait attentifs, entra, par la fenêtre ouverte, le bruit lointain d’un coup de feu.
Je fus debout si vite, que ma chaise roula derrière moi ; et je criai :
— Tout le monde à cheval ! Toi, Marchas, tu vas prendre deux hommes et aller aux nouvelles. Je t’attends ici dans cinq minutes.
Et pendant que les trois cavaliers s’éloignaient au galop dans la nuit, je me mis en selle avec mes deux autres hussards, devant le perron de la villa, tandis que le curé, la Sœur et les trois bonnes femmes montraient aux fenêtres leurs têtes effarées.
On n’entendait plus rien, qu’un aboiement de chien dans la campagne. La pluie avait cessé ; il faisait froid, très froid. Et bientôt, je distinguai de nouveau le galop d’un cheval, d’un seul cheval qui revenait.
C’était Marchas. Je lui criai :
— Eh bien ?
Il répondit :
— Rien du tout, François a blessé un vieux paysan, qui refusait de répondre au : « Qui vive ? » et qui continuait d’avancer, malgré l’ordre de passer au large. On l’apporte, d’ailleurs. Nous verrons ce que c’est.
J’ordonnai de remettre les chevaux à l’écurie et j’envoyai mes deux soldats au devant des autres, puis je rentrai dans la maison.
Alors le curé, Marchas et moi, nous descendîmes un matelas dans le salon pour y déposer le blessé ; la Sœur, déchirant une serviette, se mit à faire de la charpie, tandis que les trois femmes éperdues restaient assises dans un coin.
Bientôt, je distinguai un bruit de sabres traînés sur la route ; je pris une bougie pour éclairer les hommes qui revenaient ; et ils parurent, portant cette chose inerte, molle, longue et sinistre, que devient un corps humain quand la vie ne le soutient plus.
On déposa le blessé sur le matelas préparé pour lui ; et je vis du premier coup d’œil que c’était un moribond.
Il râlait et crachait du sang qui coulait des coins de ses lèvres, chassé de sa bouche à chacun de ses hoquets. L’homme en était couvert ! Ses joues, sa barbe, ses cheveux, son cou, ses vêtements, semblaient en avoir été frottés, avoir été baignés dans une cuve rouge. Et ce sang s’était figé sur lui, était devenu terne, mêlé de boue, horrible à voir.
Le vieillard, enveloppé dans une grande limousine de berger, entr’ouvrait par moments ses yeux mornes, éteints, sans pensée, qui paraissaient stupides d’étonnement, comme ceux des bêtes que le chasseur tue et qui le regardent, tombées à ses pieds, aux trois quarts mortes déjà, abruties par la surprise et par l’épouvante.
Le curé s’écria :
— Ah ! c’est le père Placide, le vieux pasteur des Moulins. Il est sourd, le pauvre, et n’a rien entendu. Ah ! mon Dieu ! vous avez tué ce malheureux !
La Sœur avait écarté la blouse et la chemise, et regardait au milieu de la poitrine un petit trou violet qui ne saignait plus.
— Il n’y a rien à faire, dit-elle.
Le berger, haletant affreusement, crachait toujours du sang avec chacun de ses derniers souffles, et on entendait dans sa gorge, jusqu’au fond de ses poumons, un gargouillement sinistre et continu.
Le curé, debout au-dessus de lui, leva sa main droite, décrivit le signe de la croix et prononça, d’une voix lente et solennelle, les paroles latines qui lavent les âmes.
Avant qu’il les eût achevées, le vieillard fut agité d’une courte secousse, comme si quelque chose venait de se briser en lui. Il ne respirait plus. Il était mort.
M’étant retourné, je vis un spectacle plus effrayant que l’agonie de ce misérable : les trois vieilles, debout, serrées l’une contre l’autre, hideuses, grimaçaient d’angoisse et d’horreur.
Je m’approchai d’elles, et elles se mirent à pousser des cris aigus, en essayant de se sauver, comme si j’allais les tuer aussi.
La Jean-Jean, que sa jambe brûlée ne portait plus, tomba tout de son long par terre.
La Sœur Saint-Benoît, abandonnant le mort, courut vers ses infirmes, et sans un mot pour moi, sans un regard, les couvrit de leurs châles, leur donna leurs béquilles, les poussa vers la porte, les fit sortir et disparut avec elles dans la nuit profonde, si noire.
Je compris que je ne pouvais même les faire accompagner par un hussard, car le seul bruit du sabre les eût affolées.
Le curé regardait toujours le mort.
S’étant enfin retourné vers moi :
— Ah ! quelle vilaine chose, dit-il.
SAUVÉE
Elle entra comme une balle qui crève une vitre, la petite marquise de Rennedon, et elle se mit à rire avant de parler, à rire aux larmes comme elle avait fait un mois plus tôt, en annonçant à son amie qu’elle avait trompé le marquis pour se venger, rien que pour se venger, et rien qu’une fois, parce qu’il était vraiment trop bête et trop jaloux.
La petite baronne de Grangerie avait jeté sur son canapé le livre qu’elle lisait et elle regardait Annette avec curiosité, riant déjà elle-même.