Le Malade imaginaire (page 6)

Molière · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Malade imaginaire · 8 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

argan.

Fais-le venir.

Scène IX.

ARGAN, BÉRALDE.

béralde.

Vous êtes servi à souhait. Un médecin vous quitte ; un autre se présente.

argan.

J’ai bien peur que vous ne soyez cause de quelque malheur.

béralde.

Encore ! Vous en revenez toujours là.

argan.

Voyez-vous, j’ai sur le cœur toutes ces maladies-là que je ne connois point, ces…

Scène X.

ARGAN, BÉRALDE ; TOINETTE, en médecin.

toinette.

Monsieur, agréez que je vienne vous rendre visite, et vous offrir mes petits services pour toutes les saignées et les purgations dont vous aurez besoin.

argan.

Monsieur, je vous suis fort obligé. (À Béralde.) Par ma foi, voilà Toinette elle-même.

toinette.

Monsieur, je vous prie de m’excuser : j’ai oublié de donner une commission à mon valet ; je reviens tout à l’heure.

Scène XI.

ARGAN, BÉRALDE.

argan.

Hé ! ne diriez-vous pas que c’est effectivement Toinette ?

béralde.

Il est vrai que la ressemblance est tout à fait grande ; mais ce n’est pas la première fois qu’on a vu de ces sortes de choses, et les histoires ne sont pleines que de ces jeux de la nature.

argan.

Pour moi j’en suis surpris ; et…

Scène XII.

ARGAN, BÉRALDE, TOINETTE.

toinette.

Que voulez-vous, monsieur ?

argan.

Comment ?

toinette.

Ne m’avez-vous pas appelée ?

argan.

Moi ? non.

toinette.

Il faut donc que les oreilles m’aient corné.

argan.

Demeure un peu ici pour voir comme ce médecin te ressemble.

toinette.

Oui, vraiment ! J’ai affaire là-bas ; et je l’ai assez vu.

Scène XIII.

ARGAN, BÉRALDE.

argan.

Si je ne les voyois tous deux, je croirois que ce n’est qu’un.

béralde.

J’ai lu des choses surprenantes de ces sortes de ressemblances ; et nous en avons vu, de notre temps, où tout le monde s’est trompé.

argan.

Pour moi, j’aurois été trompé à celle-là ; et j’aurois juré que c’est la même personne.

Scène XIV.

ARGAN, BÉRALDE ; TOINETTE, en médecin.

toinette.

Monsieur, je vous demande pardon de tout mon cœur.

argan.

Cela est admirable.

toinette.

Vous ne trouverez pas mauvais, s’il vous plaît, la curiosité que j’ai eue de voir un illustre malade comme vous êtes ; et votre réputation, qui s’étend partout, peut excuser la liberté que j’ai prise.

argan.

Monsieur, je suis votre serviteur.

toinette.

Je vois, monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j’aie ?

argan.

Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six ou vingt-sept ans.

toinette.

Ah, ah, ah, ah, ah ! j’en ai quatre-vingt-dix.

argan.

Quatre-vingt-dix !

toinette.

Oui. Vous voyez en effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.

argan.

Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans !

toinette.

Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d’illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m’occuper, capables d’exercer les grands et beaux secrets que j’ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m’amuser à ce menu fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fiévrotes, à ces vapeurs, et à ces migraines. Je veux des maladies d’importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine ; c’est là que je me plais, c’est là que je triomphe ; et je voudrois, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l’agonie, pour vous montrer l’excellence de mes remèdes et l’envie que j’aurois de vous rendre service.

argan.

Je vous suis obligé, monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

toinette.

Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l’on batte comme il faut. Ah ! je vous ferai bien aller comme vous devez. Ouais ! ce pouls-là fait l’impertinent ; je vois bien que vous ne me connoissez pas encore. Qui est votre médecin ?

argan.

Monsieur Purgon.

toinette.

Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade ?

argan.

Il dit que c’est du foie, et d’autres disent que c’est de la rate.

toinette.

Ce sont tous des ignorants. C’est du poumon que vous êtes malade.

argan.

Du poumon ?

toinette.

Oui. Que sentez-vous ?

argan.

Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

toinette.

Justement, le poumon.

argan.

Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux.

toinette.

Le poumon.

argan.

J’ai quelquefois des maux de cœur.

toinette.

Le poumon.

argan.

Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.

toinette.

Le poumon.

argan.

Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c’étoient des coliques.

toinette.

Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez ?

argan.

Oui, monsieur.

toinette.

Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin ?

argan.

Oui, monsieur.

toinette.

Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir ?

argan.

Oui, monsieur.

toinette.

Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture ?

argan.

Il m’ordonne du potage,

toinette.

Ignorant !

argan.

De la volaille,

toinette.

Ignorant !

argan.

Du veau,

toinette.

Ignorant !

argan.

Des bouillons,

toinette.

Ignorant !

argan.

Des œufs frais ;

toinette.

Ignorant !

argan.

Et le soir, de petits pruneaux pour lâcher le ventre ;

toinette.

Ignorant !

argan.

Et surtout de boire mon vin fort trempé.

toinette.

Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il faut boire votre vin pur ; et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande ; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main ; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.

argan.

Vous m’obligerez beaucoup.

toinette.

Que diantre faites-vous de ce bras-là ?

argan.

Comment ?

toinette.

Voilà un bras que je me ferois couper tout à l’heure, si j’étois que de vous.

argan.

Et pourquoi ?

toinette.

Ne voyez-vous pas qu’il tire à soi toute la nourriture, et qu’il empêche ce côté-là de profiter ?

argan.

Oui ; mais j’ai besoin de mon bras.

toinette.

Vous avez là aussi un œil droit que je me ferois crever, si j’étois en votre place.

argan.

Crever un œil ?

toinette.

Ne voyez-vous pas qu’il incommode l’autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt : vous en verrez plus clair de l’œil gauche.

argan.

Cela n’est pas pressé.

toinette.

Adieu. Je suis fâché de vous quitter sitôt ; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier.

argan.

Pour un homme qui mourut hier ?

toinette.

Oui : pour aviser et voir ce qu’il auroit fallu lui faire pour le guérir. Jusqu’au revoir.

argan.

Vous savez que les malades ne reconduisent point.

Scène XV.

ARGAN, BÉRALDE.

béralde.

Voilà un médecin, vraiment, qui paroît fort habile !

argan.

Oui ; mais il va un peu bien vite.

béralde.

Tous les grands médecins sont comme cela.

argan.

Me couper un bras et me crever un œil, afin que l’autre se porte mieux ! J’aime bien mieux qu’il ne se porte pas si bien. La belle opération, de me rendre borgne et manchot !

Scène XVI.

ARGAN, BÉRALDE, TOINETTE.

toinette, feignant de parler à quelqu’un.

Allons, allons, je suis votre servante. Je n’ai pas envie de rire.

argan.

Qu’est ce que c’est ?

toinette.

Votre médecin, ma foi, qui me vouloit tâter le pouls.

argan.

Voyez un peu, à l’âge de quatre-vingt-dix ans !

béralde.

Oh çà ! mon frère, puisque voilà votre monsieur Purgon brouillé avec vous, ne voulez-vous pas bien que je vous parle du parti qui s’offre pour ma nièce ?

argan.

Non, mon frère : je veux la mettre dans un couvent, puisqu’elle s’est opposée à mes volontés. Je vois bien qu’il y a quelque amourette là-dessous, et j’ai découvert certaine entrevue secrète qu’on ne sait pas que j’aie découverte.

béralde.

Hé bien ! mon frère, quand il y auroit quelque petite inclination, cela seroit-il si criminel ? Et rien peut-il vous offenser, quand tout ne va qu’à des choses honnêtes, comme le mariage ?

argan.

Quoi qu’il en soit, mon frère, elle sera religieuse ; c’est une chose résolue.

béralde.

Vous voulez faire plaisir à quelqu’un.

argan.

Je vous entends. Vous en revenez toujours là, et ma femme vous tient au cœur.

béralde.

Hé bien ! oui, mon frère ; puisqu’il faut parler à cœur ouvert, c’est votre femme que je veux dire ; et, non plus que l’entêtement de la médecine, je ne puis vous souffrir l’entêtement où vous êtes pour elle, et voir que vous donniez, tête baissée, dans tous les pièges qu’elle vous tend.

toinette.

Ah ! monsieur, ne parlez point de madame ; c’est une femme sur laquelle il n’y a rien à dire, une femme sans artifice, et qui aime monsieur, qui l’aime… On ne peut pas dire cela.

argan.

Demandez-lui un peu les caresses qu’elle me fait ;

toinette.

Cela est vrai.

argan.

L’inquiétude que lui donne ma maladie ;

toinette.

Assurément.

argan.

Et les soins et les peines qu’elle prend autour de moi.

toinette.

Il est certain. (À Béralde.) Voulez vous que je vous convainque, et vous fasse voir tout à l’heure comme madame aime monsieur ? (À Argan.) Monsieur, souffrez que je lui montre son bec jaune et le tire d’erreur.

argan.

Comment ?

toinette.

Madame s’en va revenir. Mettez-vous tout étendu dans cette chaise, et contrefaites le mort. Vous verrez la douleur où elle sera quand je lui dirai la nouvelle.

argan.

Je le veux bien.

toinette.

Oui ; mais ne la laissez pas longtemps dans le désespoir, car elle en pourroit bien mourir.

argan.

Laisse-moi faire.

toinette, à Béralde.

Cachez-vous, vous, dans ce coin-là.

Scène XVII.

ARGAN, TOINETTE.

argan.

N’y a-t-il point quelque danger à contrefaire le mort ?

toinette.

Non, non. Quel danger y auroit-il ? Étendez-vous là seulement. (Bas.) Il y aura plaisir à confondre votre frère. Voici madame. Tenez-vous bien.

Scène XVIII.

BÉLINE ; ARGAN, étendu dans sa chaise ; TOINETTE.

toinette, feignant de ne pas voir Béline

Ah ! mon Dieu ! Ah ! malheur ! quel étrange accident !

béline.

Qu’est-ce, Toinette ?

toinette.

Ah ! madame !

béline.

Qu’y a-t-il ?

toinette.

Votre mari est mort.

béline.

Mon mari est mort ?

toinette.

Hélas ! oui ! le pauvre défunt est trépassé.

béline.

Assurément ?

toinette.

Assurément ; personne ne sait encore cet accident-là ; et je me suis trouvée ici toute seule. Il vient de passer entre mes bras. Tenez, le voilà tout de son long dans cette chaise.

béline.

Le ciel en soit loué ! Me voilà délivrée d’un grand fardeau. Que tu es sotte, Toinette, de t’affliger de cette mort !

toinette.

Je pensois, madame, qu’il fallût pleurer.

béline.

Va, va, cela n’en vaut pas la peine. Quelle perte est-ce que la sienne ? et de quoi servoit-il sur la terre ? Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours ; sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes et valets.

toinette.

Voilà une belle oraison funèbre !

béline.

Il faut, Toinette, que tu m’aides à exécuter mon dessein ; et tu peux croire qu’en me servant, ta récompense est sûre. Puisque, par un bonheur, personne n’est encore averti de la chose, portons-le dans son lit, et tenons cette mort cachée, jusqu’à ce que j’aie fait mon affaire. Il y a des papiers, il y a de l’argent, dont je veux me saisir ; et il n’est pas juste que j’aie passé sans fruit auprès de lui mes plus belles années. Viens, Toinette ; prenons auparavant toutes ses clefs.

argan, se levant brusquement.

Doucement.

béline.

Ahi !

argan.

Oui, madame ma femme, c’est ainsi que vous m’aimez ?

toinette.

Ah ! ah ! le défunt n’est pas mort.

argan, à Béline, qui sort.

Je suis bien aise de voir votre amitié, et d’avoir entendu le beau panégyrique que vous avez fait de moi. Voilà un avis au lecteur, qui me rendra sage à l’avenir, et qui m’empêchera de faire bien des choses.

Scène XIX.

BÉRALDE, sortant de l’endroit où il s’étoit caché ; ARGAN, TOINETTE.

béralde.

Hé bien ! mon frère, vous le voyez.

toinette.

Par ma foi, je n’aurois jamais cru cela. Mais j’entends votre fille. Remettez-vous comme vous étiez, et voyons de quelle manière elle recevra votre mort. C’est une chose qu’il n’est pas mauvais d’éprouver ; et, puisque vous êtes en train, vous connoîtrez par là les sentiments que votre famille a pour vous.

(Béralde va se cacher.)

Scène XX.

ARGAN, ANGÉLIQUE, TOINETTE.

toinette, feignant de ne pas voir Angélique.

Ô ciel ! ah ! fâcheuse aventure ! Malheureuse journée !

angélique.

Qu’as-tu, Toinette ? et de quoi pleures-tu ?

toinette.

Hélas ! j’ai de tristes nouvelles à vous donner.

angélique.

Hé ! quoi ?

toinette.

Votre père est mort.

angélique.

Mon père est mort, Toinette ?

toinette.

Oui. Vous le voyez là, il vient de mourir tout à l’heure d’une foiblesse qui lui a pris.

angélique.

Ô ciel ! quelle infortune ! quelle atteinte cruelle ! Hélas ! faut-il que je perde mon père, la seule chose qui me restoit au monde ; et qu’encore, pour un surcroît de désespoir, je le perde dans un moment où il étoit irrité contre moi ! Que deviendrai-je, malheureuse ? et quelle consolation trouver après une si grande perte ?

Scène XXI.

ARGAN, ANGÉLIQUE, CLÉANTE, TOINETTE.

cléante.

Qu’avez-vous donc, belle Angélique ? et quel malheur pleurez-vous ?

angélique.

Hélas ! je pleure tout ce que dans la vie je pouvois perdre de plus cher et de plus précieux ; je pleure la mort de mon père.

cléante.

Ô ciel ! quel accident ! quel coup inopiné ! Hélas ! après la demande que j’avois conjuré votre oncle de lui faire pour moi, je venois me présenter à lui, et tâcher, par mes respects et par mes prières, de disposer son cœur à vous accorder à mes vœux.

angélique.

Ah ! Cléante, ne parlons plus de rien. Laissons là toutes les pensées du mariage. Après la perte de mon père, je ne veux plus être du monde, et j’y renonce pour jamais. Oui, mon père, si j’ai résisté tantôt à vos volontés, je veux suivre du moins une de vos intentions, et réparer par là le chagrin que je m’accuse de vous avoir donné. (Se jetant à ses genoux.) Souffrez, mon père, que je vous en donne ici ma parole, et que je vous embrasse pour vous témoigner mon ressentiment.

argan, embrassant Angélique.

Ah ! ma fille !

angélique.

Ahi !

argan.

Viens. N’aie point de peur, je ne suis pas mort. Va, tu es mon vrai sang, ma véritable fille ; et je suis ravi d’avoir vu ton bon naturel.

Scène XXII.

ARGAN, BÉRALDE, ANGÉLIQUE, CLÉANTE, TOINETTE.

angélique.

Ah ! quelle surprise agréable ! Mon père, puisque, par un bonheur extrême, le ciel vous redonne à mes vœux, souffrez qu’ici je me jette à vos pieds, pour vous supplier d’une chose. Si vous n’êtes pas favorable au penchant de mon cœur, si vous me refusez Cléante pour époux, je vous conjure au moins de ne me point forcer d’en épouser un autre. C’est toute la grace que je vous demande.

cléante, se jetant aux genoux d’Argan.

Hé ! monsieur, laissez-vous toucher à ses prières et aux miennes ; et ne vous montrez point contraire aux mutuels empressements d’une si belle inclination.

béralde.

Mon frère, pouvez-vous tenir là contre ?

toinette.

Monsieur, serez-vous insensible à tant d’amour ?

argan.

Qu’il se fasse médecin, je consens au mariage. (À Cléante.) Oui, faites-vous médecin, je vous donne ma fille.

cléante.

Très volontiers, monsieur. S’il ne tient qu’à cela pour être votre gendre, je me ferai médecin, apothicaire même, si vous voulez. Ce n’est pas une affaire que cela, et je ferois bien d’autres choses pour obtenir la belle Angélique.

béralde.

Mais, mon frère, il me vient une pensée. Faites-vous médecin vous-même. La commodité sera encore plus grande, d’avoir en vous tout ce qu’il vous faut.

toinette.

Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt ; et il n’y a point de maladie si osée que de se jouer à la personne d’un médecin.

argan.

Je pense, mon frère, que vous vous moquez de moi. Est-ce que je suis en âge d’étudier ?

béralde.

Bon, étudier ! Vous êtes assez savant ; et il y en a beaucoup parmi eux qui ne sont pas plus habiles que vous.

argan.

Mais il faut savoir bien parler latin, connoître les maladies, et les remèdes qu’il y faut faire.

béralde.

En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela ; et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.

argan.

Quoi ! l’on sait discourir sur les maladies quand on a cet habit-là ?

béralde.

Oui. L’on n’a qu’à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.

toinette.

Tenez, monsieur, quand il n’y auroit que votre barbe, c’est déjà beaucoup ; et la barbe fait plus de la moitié d’un médecin.

cléante.

En tout cas, je suis prêt à tout.

béralde, à Argan.

Voulez-vous que l’affaire se fasse tout à l’heure ?

argan.

Comment, tout à l’heure ?

béralde.

Oui, et dans votre maison.

argan.

Dans ma maison ?

béralde.

Oui. Je connois une Faculté de mes amies, qui viendra tout à l’heure en faire la cérémonie dans votre salle. Cela ne vous coûtera rien.

argan.

Mais moi, que dire ? que répondre ?

béralde.

On vous instruira en deux mots, et l’on vous donnera par écrit ce que vous devez dire. Allez-vous-en vous mettre en habit décent. Je vais les envoyer querir.

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