Le Malade imaginaire (page 8)
flore.
Mon jeune amant, dans ce bois,
Des présents de mon empire
Prépare un prix à la voix
Qui saura le mieux nous dire
Les vertus et les exploits
Du plus auguste des rois.
climène.
Si Tircis a l’avantage,
daphné.
Si Dorilas est vainqueur,
climène.
À le chérir je m’engage.
daphné.
Je me donne à son ardeur.
tircis.
Ô trop chère espérance !
dorilas.
Ô mot plein de douceur !
tircis et dorilas.
Plus beau sujet, plus belle récompense
Peuvent-ils animer un cœur ?
Les violons jouent un air pour animer les deux bergers au combat, tandis que Flore, comme juge, va se placer au pied d’un arbre qui est au milieu du théâtre, avec deux Zéphyrs, et que le reste, comme spectateurs, va occuper les deux côtés de la scène.
tircis.
Quand la neige fondue enfle un torrent fameux,
Contre l’effort soudain de ses flots écumeux,
Il n’est rien d’assez solide
Digues, châteaux, villes et bois,
Hommes et troupeaux à la fois,
Tout cède au courant qui le guide :
Tel, et plus fier et plus rapide,
Marche LOUIS dans ses exploits.
TROISIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Les bergers et bergères du côté de Tircis dansent autour de lui, sur une ritournelle, pour exprimer leurs applaudissements.
dorilas.
Le foudre menaçant qui perce avec fureur
L’affreuse obscurité de la nue enflammée,
Fait, d’épouvante et d’horreur,
Trembler le plus ferme cœur ;
Mais, à la tête d’une armée,
LOUIS jette plus de terreur.
QUATRIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Les bergers et bergères du côté de Dorilas font de même que les autres.
tircis.
Des fabuleux exploits que la Grèce a chantés
Par un brillant amas de belles vérités
Nous voyons la gloire effacée ;
Et tous ces fameux demi-dieux,
Que vante l’histoire passée,
Ne sont point à notre pensée
Ce que LOUIS est à nos yeux.
CINQUIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Les bergers et bergères du côté de Tircis font encore la même chose.
dorilas.
LOUIS fait à nos temps, par ses faits inouïs,
Croire tous les beaux faits que nous chante l’histoire
Des siècles évanouis ;
Mais nos neveux, dans leur gloire,
N’auront rien qui fasse croire
Tous les beaux faits de LOUIS.
SIXIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Les bergers et bergères du côté de Dorilas font encore de même.
SEPTIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Les bergers et bergères du côté de Tircis et de celui de Dorilas se mêlent et dansent ensemble.
Scène IV.
FLORE, PAN ; DEUX ZÉPHYRS, dansants ; CLIMÈNE, DAPHNÉ ; TIRCIS, DORILAS ; FAUNES, dansants ; BERGERS ET BERGÈRES, chantants et dansants.
pan.
Laissez, laissez, bergers, ce dessein téméraire ;
Hé ! que voulez vous faire ?
Chanter sur vos chalumeaux
Ce qu’Apollon sur sa lyre,
Avec ses chants les plus beaux,
N’entreprendroit pas de dire :
C’est donner trop d’essor au feu qui vous inspire ;
C’est monter vers les cieux sur des ailes de cire,
Pour tomber dans le fond des eaux.
Pour chanter de LOUIS l’intrépide courage,
Il n’est point d’assez docte voix,
Point de mots assez grands pour en tracer l’image ;
Le silence est le langage
Qui doit louer ses exploits.
Consacrez d’autres soins à sa pleine victoire ;
Vos louanges n’ont rien qui flatte ses désirs :
Laissez, laissez là sa gloire,
Ne songez qu’à ses plaisirs.
chœur.
Laissons, laissons là sa gloire,
Ne songeons qu’à ses plaisirs.
flore, à Tircis et à Dorilas.
Bien que, pour étaler ses vertus immortelles,
La force manque à vos esprits,
Ne laissez pas tous deux de recevoir le prix,
Dans les choses grandes et belles,
Il suffit d’avoir entrepris.
HUITIÈME ENTRÉE DE BALLET
Les deux Zéphyrs dansent avec deux couronnes de fleurs à la main, qu’ils viennent donner ensuite aux deux bergers.
climène et daphné, donnant la main à leurs amants.
Dans les choses grandes et belles,
Il suffit d’avoir entrepris.
tircis et dorilas.
Ah ! que d’un doux succès notre audace est suivie !
flore et pan.
Ce qu’on fait pour LOUIS, on ne le perd jamais.
climène, daphné, tircis, dorilas.
Au soin de ses plaisirs donnons-nous désormais.
flore et pan.
Heureux, heureux qui peut lui consacrer sa vie !
chœur.
Joignons tous dans ces bois
Nos flûtes et nos voix :
Ce jour nous y convie ;
Et faisons aux échos redire mille fois :
LOUIS est le plus grand des rois ;
Heureux, heureux qui peut lui consacrer sa vie !
NEUVIÈME ENTRÉE DE BALLET.
Faunes, bergers et bergères, tous se mêlent, et il se fait entre eux des jeux de danse ; après quoi ils se vont préparer pour la comédie.
AUTRE PROLOGUE.
Scène I.
UNE BERGÈRE, chantante.
Votre plus haut savoir n’est que pure chimère,
Vains et peu sages médecins ;
Vous ne pouvez guérir, par vos grands mots latins
La douleur qui me désespère :
Votre plus haut savoir n’est que pure chimère.
Hélas ! hélas ! je n’ose découvrir
Mon amoureux martyre
Au berger pour qui je soupire,
Et qui seul peut me secourir.
Ne prétendez pas le finir,
Ignorants médecins ; vous ne sauriez faire :
Votre plus haut savoir n’est que pure chimère.
Ces remèdes peu sûrs, dont le simple vulgaire
Croit que vous connoissez l’admirable vertu,
Pour les maux que je sens n’ont rien de salutaire ;
Et tout votre caquet ne peut être reçu
Que d’un malade imaginaire.
Votre plus haut savoir n’est que pure chimère,
Vains et peu sages médecins, etc.
Le théâtre change et représente une chambre.
benigne: benigne
fideles: fideles
frequens: frequens
montaigne: montaigne
voi: voi