Le Médecin malgré lui (page 2)

Molière · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Médecin malgré lui · 4 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Valère

Faut-il, monsieur, qu’une personne comme vous s’amuse à ces grossières feintes, s’abaisse à parler de la sorte ! qu’un homme si savant, un fameux médecin, comme vous êtes veuille se déguiser aux yeux du monde, et tenir enterré des beaux talents qu’il a !

Sganarelle, à part.

Il est fou.

Valère

De grâce, monsieur, ne dissimulez point avec nous.

Sganarelle

Comment ?

Lucas

Tout ce tripotage ne sart de rian ; je savons cen que je savons.

Sganarelle

Quoi donc ! que me voulez-vous dire ? Pour qui me prenez-vous ?

Valère

Pour ce que vous êtes, pour un grand médecin.

Sganarelle

Médecin vous-même ; je ne le suis point, et je ne l’ai jamais été.

Valère, bas.

Voilà sa folie qui le tient. (Haut.) Monsieur, ne veuillez point nier les choses davantage ; et n’en venons point, s’il vous plaît, à de fâcheuses extrémités.

Sganarelle

À quoi donc ?

Valère

À de certaines choses dont nous serions marris.

Sganarelle

Parbleu ! venez-en à tout ce qu’il vous plaira ; je ne suis point médecin, et ne sais ce que vous me voulez dire.

Valère, bas.

Je vois bien qu’il faut se servir du remède. (Haut.) Monsieur, encore un coup, je vous prie d’avouer ce que vous êtes.

Lucas

Hé ! tétigué ! ne lantiponez point davantage, et confessez à la franquette que v’s êtes médecin.

Sganarelle, à part.

J’enrage.

Valère

À quoi bon nier ce qu’on sait ?

Lucas

Pourquoi toutes ces fraimes-là ? À quoi est-ce que ça vous sert ?

Sganarelle

Messieurs, en un mot autant qu’en deux mille, je vous dis que je ne suis point médecin.

Valère

Vous n’êtes point médecin ?

Valère

Non.

Lucas

V’s n’êtes pas médecin ?

Sganarelle

Non, vous dis-je.

Valère

Puisque vous le voulez, il faut donc s’y résoudre.

(Ils prennent chacun un bâton, et le frappent.)

Sganarelle

Ah ! ah ! ah ! messieurs, je suis tout ce qu’il vous plaira.

Valère

Pourquoi, monsieur, nous obligez-vous à cette violence ?

Lucas

À quoi bon nous bailler la peine de vous battre ?

Valère

Je vous assure que j’en ai tous les regrets du monde.

Lucas

Par ma figué ! j’en sis fâché, franchement.

Sganarelle

Que diable est ceci, messieurs ? De grâce, est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin ?

Valère

Quoi ! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d’être médecin ?

Sganarelle

Diable emporte si je le suis !

Lucas

Il n’est pas vrai qu’ous sayez médecin ?

Sganarelle

Non, la peste m’étouffe ! (Ils recommencent à le battre.) Ah ! ah ! Hé bien ! messieurs, oui, puisque vous le voulez, je suis médecin, je suis médecin ; apothicaire encore, si vous le trouvez bon. J’aime mieux consentir à tout que de me faire assommer.

Valère

Ah ! voilà qui va bien, monsieur : je suis ravi de vous voir raisonnable.

Lucas

Vous me boutez la joie au cœur, quand je vous vois parler comme ça.

Valère

Je vous demande pardon de toute mon ame.

Lucas

Je vous demandons excuse de la libarté que j’avons prise.

Sganarelle, à part.

Ouais ! seroit-ce bien moi qui me tromperois, et serois-je devenu médecin sans m’en être aperçu ?

Valère

Monsieur, vous ne vous repentirez pas de nous montrer ce que vous êtes ; et vous verrez assurément que vous en serez satisfait.

Sganarelle

Mais, messieurs, dites-moi, ne vous trompez-vous point vous-mêmes ? Est-il bien assuré que je sois médecin ?

Lucas

Oui, par ma figué !

Sganarelle

Tout de bon ?

Valère

Sans doute.

Sganarelle

Diable emporte si je le savois !

Valère

Comment, vous êtes le plus habile médecin du monde.

Sganarelle

Ah ! ah !

Lucas

Un médecin qui a gari je ne sais combien de maladies.

Sganarelle

Tudieu !

Valère

Une femme étoit tenue pour morte il y avoit six heures ; elle étoit prête à ensevelir, lorsque, avec une goutte de quelque chose, vous la fîtes revenir et marcher d’abord par la chambre.

Sganarelle

Peste !

Lucas

Un petit enfant de douze ans se laissit choir du haut d’un clocher, de quoi il eut la tête, les jambes et les bras cassés ; et vous, avec je ne sais quel onguent, vous fîtes qu’aussitôt il se relevit sur ses pieds, et s’en fut jouer à la fossette.

Sganarelle

Diantre !

Sganarelle

Enfin, monsieur, vous aurez contentement avec nous, et vous gagnerez ce que vous voudrez en vous laissant conduire où nous prétendons vous mener.

Sganarelle

Je gagnerai ce que je voudrai ?

Valère

Oui.

Sganarelle

Ah ! je suis médecin, sans contredit. Je l’avois oublié ; mais je m’en ressouviens. De quoi est-il question ? Où faut-il se transporter ?

Valère

Nous vous conduirons. Il est question d’aller voir une fille qui a perdu la parole.

Sganarelle

Ma foi, je ne l’ai pas trouvée.

Valère, bas, à Lucas

Il aime à rire. à Sganarelle. Allons, monsieur.

Sganarelle

Sans une robe de médecin ?

Valère

Nous en prendrons une.

Sganarelle, présentant sa bouteille à Valère

Tenez cela, vous : voilà où je mets mes juleps.

(puis se tournant vers Lucas en crachant.)

Vous, marchez là-dessus, par ordonnance du médecin.

Lucas

Palsanguenne ! v’là un médecin qui me plaît ; je pense qu’il réussira, car il est bouffon.

Fin du premier acte

ACTE II

Le théâtre représente une chambre de la maison de Géronte.

Scène I

Géronte, Valère, Lucas, Jacqueline.

Valère

Oui, monsieur, je crois que vous serez satisfait ; et nous vous avons amené le plus grand médecin du monde.

Lucas

Oh ! morguenne ! il faut tirer l’échelle après ceti-là, et tous les autres ne sont pas daignes de li déchausser ses souliés.

Valère

C’est un homme qui a fait des cures merveilleuses.

Lucas

Qui a gari des gens qui étiant morts.

Valère

Il est un peu capricieux, comme je vous ai dit ; et, parfois, il a des moments où son esprit s’échappe, et ne paroît pas ce qu’il est.

Lucas

Oui, il aime à bouffonner ; et l’an diroit parfois, ne v’s en déplaise, qu’il a quelque petit coup de hache à la tête.

Valère

Mais, dans le fond, il est toute science ; et bien souvent il dit des choses tout à fait relevées.

Lucas

Quand il s’y boute, il parle tout fin drait comme s’il lisoit dans un livre.

Valère

Sa réputation s’est déjà répandue ici ; et tout le monde vient à lui.

Géronte

Je meurs d’envie de le voir ; faites-le-moi vite venir.

Valère

Je le vais quérir.

Scène II

Géronte, Jacqueline, Lucas

Jacqueline

Par ma fi, monsieu, ceti-ci fera justement ce qu’ant fait les autres. Je pense que ce sera quessi queumi ; et la meilleure médeçaine que l’an pourroit bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon mari, pour qui alle eût de l’amiquié.

Géronte

Ouais ! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses !

Lucas

Taisez-vous, notre minagère Jacquelaine ; ce n’est pas à vous à bouter là votre nez.

Jacqueline

Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n’y feront rian que de l’iau claire ; que votre fille a besoin d’autre chose que de rhibarbe et de séné, et qu’un mari est un emplâtre qui garit tous les maux des filles.

Géronte

Est-elle en état maintenant qu’on s’en voulût charger, avec l’infirmité qu’elle a ? Et lorsque j’ai été dans le dessein de la marier, ne s’est-elle pas opposée à mes volontés ?

Jacqueline

Je le crois bian ; vous l’y vouliez bailler eun homme qu’alle n’aime point. Que ne preniais-vous ce monsieur Liandre, qui li touchoit au cœur ? alle auroit été fort obéissante ; et je m’en vas gager qu’il la prendroit, li, comme alle est, si vous la li vouillais donner.

Géronte

Ce Léandre n’est pas ce qu’il faut ; il n’a pas du bien comme l’autre.

Jacqueline

Il a eun oncle qui est si riche, dont il est hériquié.

Géronte

Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons. Il n’est rien tel que ce qu’on tient ; et l’on court grand risque de s’abuser, lorsque l’on compte sur le bien qu’un autre vous garde. La mort n’a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de messieurs les héritiers ; et l’on a le temps d’avoir les dents longues, lorsqu’on attend pour vivre le trépas de quelqu’un.

Jacqueline

Enfin, j’ai toujours ouï dire qu’en mariage, comme ailleurs, contentement passe richesse. Les pères et les mères ant cette maudite couteume de demander toujours, Qu’a-t-il ? et Qu’a-t-elle ? et le compère Piarre a marié sa fille Simonette au gros Thomas pour un quarquié de vaigne qu’il avait davantage que le jeune Robin, où alle avoit bouté son amiquié ; et v’là que la pauvre criature en est devenue jaune comme un coing, et n’a pas profité tout depuis ce temps-là. C’est un bel exemple pour vous, monsieu. On n’a que son plaisir en ce monde ; et j’aimerois mieux bailler à ma fille eun bon mari qui li fût agriable, que toutes les rentes de la Biausse.

Géronte

Peste ! madame la nourrice, comme vous dégoisez. Taisez-vous, je vous prie ; vous prenez trop de soin, et vous échauffez votre lait.

Lucas, frappant, à chaque phrase qu’il dit, sur l’épaule de Géronte.

Morgue ! tais-toi, t’es eune impartinente. Monsieu n’a que faire de tes discours, et il sait ce qu’il a à faire. Mèle-toi de donner à teter à ton enfant, sans tant faire la raisonneuse. Monsieu est le père de sa fille ; et il est bon et sage pour voir ce qu’il ly faut.

Géronte

Tout doux ! Oh ! tout doux.

Lucas, frappant encore sur l’épaule de Geronte.

Monsieu, je veux un peu la mortifier, et ly apprendre le respect qu’alle vous doit.

Géronte

Oui. Mais ces gestes ne sont pas nécessaires.

Scène III

Valère, Sganarelle, Géronte, Lucas, Jacqueline

Valère

Monsieur, préparez-vous. Voici notre médecin qui entre.

Géronte, à Sganarelle.

Monsieur, je suis ravi de vous voir chez moi, et nous avons grand besoin de vous.

Sganarelle, en robe de médecin, avec un chapeau des plus pointus.

Hippocrate dit… que nous nous couvrions tous deux.

Géronte

Hippocrate dit cela ?

Sganarelle

Oui.

Géronte

Dans quel chapitre, s’il vous plaît ?

Sganarelle

Dans son chapitre… des chapeaux.

Géronte

Puisque Hippocrate le dit, il le faut faire.

Sganarelle

Monsieur le médecin, ayant appris les merveilleuses choses…

Géronte

À qui parlez-vous, de grâce ?

Sganarelle

À vous.

Géronte

Je ne suis pas médecin

Sganarelle

Vous n’êtes pas médecin ?

Géronte

Non, vraiment

Sganarelle

Tout de bon ?

Géronte

Tout de bon.

(Sganarelle prend un bâton, et bat Géronte comme on l’a battu.)

Ah ! ah ! ah !

Sganarelle

Vous êtes médecin maintenant ; je n’ai jamais eu d’autres licences.

Géronte, à Valère

Quel diable d’homme m’avez-vous là amené ?

Valère

Je vous ai bien dit que c’étoit un médecin goguenard.

Géronte

Oui : mais je l’enverrois promener avec ses goguenarderies.

Lucas

Ne prenez pas garde à ça, monsieu ; ce n’est que pour rire.

Géronte

Cette raillerie ne me plaît pas.

Sganarelle

Monsieur, je vous demande pardon de la liberté que j’ai prise.

Géronte

Monsieur, je suis votre serviteur.

Sganarelle

Je suis fâché…

Géronte

Cela n’est rien.

Sganarelle

Des coups de bâton…

Géronte

Il n’y a pas de mal.

Sganarelle

Que j’ai eu l’honneur de vous donner.

Géronte

Ne parlons plus de cela. Monsieur, j’ai une fille qui est tombée dans une étrange maladie.

Sganarelle

Je suis ravi, monsieur, que votre fille ait besoin de moi ; et je souhaiterois de tout mon cœur que vous en eussiez besoin aussi, vous et toute votre famille, pour vous témoigner l’envie que j’ai de vous servir.

Géronte

Je vous suis obligé de ces sentiments.

Sganarelle

Je vous assure que c’est du meilleur de mon ame que je vous parle.

Géronte

C’est trop d’honneur que vous me faites.

Sganarelle

Comment s’appelle votre fille ?

Géronte

Lucinde.

Sganarelle

Lucinde ! Ah ! beau nom à médicamenter ! Lucinde !

Géronte

Je m’en vais voir un peu ce qu’elle fait.

Sganarelle

Qui est cette grande femme-là ?

Géronte

C’est la nourrice d’un petit enfant que j’ai.

Scène IV

Sganarelle, Jacqueline, Lucas.

Sganarelle, à part.

Peste ! le joli meuble que voilà ! (Haut.) Ah ! nourrice, charmante nourrice, ma médecine est la très humble esclave de votre nourricerie, et je voudrois bien être le petit poupon fortuné qui tetât le lait de vos bonnes grâces. (Il lui porte la main sur le sein.) Tous mes remèdes, toute ma science, toute ma capacité est à votre service ; et…

Lucas

Avec votre parmission, monsieu le médecin, laissez là ma femme, je vous prie.

Sganarelle

Quoi ! elle est votre femme ?

Lucas

Oui.

Sganarelle

Ah ! vraiment je ne savois pas cela, et je m’en réjouis pour l’amour de l’un et de l’autre.

(Il fait semblant de vouloir embrasser Lucas et embrasse la nourrice.)

Lucas, tirant Sganarelle, et se remettant entre lui et sa femme.

Tout doucement, s’il vous plaît.

Sganarelle

Je vous assure que je suis ravi que vous soyez unis ensemble : je la félicite d’avoir un mari comme vous ; et je vous félicite, vous, d’avoir une femme si belle, si sage, et si bien faite comme elle est.

(Faisant encore semblant d’embrasser Lucas, qui lui tend les bras, il passe dessous, et embrasse encore la nourrice.)

Lucas, le tirant encore.

Hé ! tétigué ! point tant de compliments, je vous supplie.

Sganarelle

Ne voulez-vous pas que je me réjouisse avec vous d’un si bel assemblage ?

Lucas

Avec moi tant qu’il vous plaira, mais avec ma femme, trêve de sarimonie.

Sganarelle

Je prends part également au bonheur de tous deux : et si je vous embrasse pour vous témoigner ma joie, je l’embrasse de même pour lui en témoigner aussi.

(Il continue le même jeu.)

Lucas, le tirant pour la troisième fois.

Ah ! vartigué, monsieur le médecin, que de lantiponages !

Scène V

Géronte, Sganarelle, Lucas, Jacqueline.

Géronte

Monsieur, voici tout à l’heure ma fille qu’on va vous amener.

Sganarelle

Je l’attends, monsieur, avec toute la médecine.

Géronte

Où est-elle ?

Sganarelle, se touchant le front.

Là-dedans.

Géronte

Fort bien.

Sganarelle, en voulant toucher les tetons de la nourrice.

Mais, comme je m’intéresse à toute votre famille, il faut que j’essaie un peu le lait de votre nourrice, et que je visite son sein.

(Il s’approche de Jacqueline.)

Lucas, le tirant, et lui faisant faire la pirouette.

Nannain, nannain ; je n’avons que faire de ça.

Sganarelle

C’est l’office du médecin de voir les tétons des nourrices.

Lucas

Il gnia office qui quienne, je sis votre sarviteur.

Sganarelle

As-tu bien la hardiesse de t’opposer au médecin ? Hors de là.

Lucas

Je me moque de ça.

Sganarelle, en le regardant de travers.

Je te donnerai la fièvre.

Jacqueline, prenant Lucas par le bras, et lui faisant faire aussi la pirouette.

Ote-toi de là aussi ; est-ce que je ne sis pas assez grande pour me défendre moi-même, s’il me fait queuque chose qui ne soit pas à faire ?

Lucas

Je ne veux pas qu’il te tâte, moi.

Sganarelle

Fi, le vilain, qui est jaloux de sa femme !

Géronte

Voici ma fille.

Scène VI

Lucinde, Géronte, Sganarelle, Valère, Lucas, Jacqueline.

Sganarelle

Est-ce là la malade ?

Géronte

Oui, Je n’ai qu’elle de fille ; et j’aurois tous les regrets du monde si elle venoit à mourir.

Sganarelle

Qu’elle s’en garde bien ! Il ne faut pas qu’elle meure sans l’ordonnance du médecin.

Géronte

Allons, un siège.

Sganarelle, assis entre Géronte et Lucinde.

Voilà une malade qui n’est pas tant dégoûtante, et je tiens qu’un homme bien sain s’en accommoderoit assez.

Géronte

Vous l’avez fait rire, monsieur.

Sganarelle

Tant mieux : lorsque le médecin fait rire le malade, c’est le meilleur signe du monde. (à Lucinde.) Hé bien ! de quoi est-il question ? Qu’avez-vous ? quel est le mal que vous sentez ?

Lucinde, répond par signes, en portant la main à sa bouche, à sa tête et son menton

Han, hi, hou, han.

Sganarelle

Hé ! que dites-vous ?

Lucinde, continue les mêmes gestes.

Han, hi, hon, han, han, hi, hon.

Sganarelle

Quoi ?

Lucinde

Han, hi, hon.

Sganarelle, la contrefaisant

Han, hi, hon, han, ha. Je ne vous entends point. Quel diable de langage est-ce là ?

Géronte

Monsieur, c’est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusques ici on en ait pu savoir la cause ; et c’est un accident qui a fait reculer son mariage.

Sganarelle

Et pourquoi ?

Géronte

Celui qu’elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les choses.

Sganarelle

Et qui est ce sot-là, qui ne veut pas que sa femme soit muette ? Plût à Dieu que la mienne eût cette maladie ! je me garderois bien de la vouloir guérir.

Géronte

Enfin, monsieur, nous vous prions d’employer tous vos soins pour la soulager de son mal.

Sganarelle

Ah ! ne vous mettez pas en peine. Dites-moi un peu : ce mal l’oppresse-t-il beaucoup ?

Géronte

Oui, monsieur.

Sganarelle

Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs ?

Géronte

Fort grandes.

Sganarelle

C’est fort bien fait Va-t-elle où vous savez ?

Géronte

Oui.

Sganarelle

Copieusement ?

Géronte

Je n’entends rien à cela.

Sganarelle

La matière est-elle louable ?

Géronte

Je ne me connois pas à ces choses.

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