Le Secret de Marie (page 2)
27. La troisiène dévotion à la Sainte Vierge, connue et
pratiquée de très peu de personnes, est celle-ci que je vais
découvrir. [B. LA PARFAITE PRATIQUE DE DEVOTION A MARIE] [1. En quoi elle consiste]
28. Ame prédestinée, elle consiste à se donner tout entier,
en qualité d'esclave, à Marie et à Jésus par elle; ensuite, à
faire toute chose avec Marie, en Marie, par Marie et pour
Marie.
J'explique ces paroles.
29. Il faut choisir un jour remarquable pour se donner, se
consacrer et sacrifier volontairement et par amour, sans
contrainte, tout entier, sans aucune réserve, son corps et son
âme; ses biens extérieurs de fortune, comme sa maison, sa
famille et ses revenus; ses biens intérieurs de l'âme, savoir:
ses mérites, ses grâces, ses vertus et satisfactions.
Il faut remarquer ici qu'on fait sacrifice, par cette
dévotion, à Jésus par Marie, de tout ce qu'une âme a de plus
cher et dont aucune religion n'exige le sacrifice, qui est le
droit qu'on a de disposer de soi-même et de la valeur de ses
prières, de ses aumônes, de ses mortification et
satisfactions; en sorte qu'on en laisse l'entière disposition
à la très Sainte Vierge, pour appliquer selon sa volonté à la
plus grande gloire de Dieu qu'elle seule connaît parfaitement.
30. On laisse en sa disposition toute la valeur satisfactoire
et impétratoire de ses bonnes oeuvres: ainsi, après l'oblation
qu'on en a faite, quoique sans aucun voeu, on n'est plus
maître de tout le bien qu'on a fait; mais la très Sainte
Vierge peut l'appliquer, tantôt à une âme du purgatoire, pour
la soulager ou délivrer, tantôt à un pauvre pécheur pour le
convertir.
31. On met bien, par cette dévotion, ses mérites entre les
mains de la Sainte Vierge; mais c'est pour les garder, les
augmenter, les embellir, parce que nous ne pouvons nous
communiquer les uns aux autres les mérites de la grâce
sanctifiante, ni de la gloire...
Mais on lui donne toutes ses prières et bonnes oeuvres,
en tant qu'impétratoires et satisfactoires, pour les
distribuer et appliquer à qui il lui plaira; et si, après
s'être ainsi consacré à la Sainte Vierge, on désire soulager
quelque âme du purgatoire... sauver quelque pécheur, soutenir
quelqu'un de nos amis par nos prières, nos aumônes, nos
mortifications, nos sacrifices, il faudra le lui demander
humblement, et s'en tenir à ce qu'elle en déterminera, sans le
connaître; étant bien persuadé que la valeur de nos actions,
étant dispensée par la même main dont Dieu se sert pour nous
dispenser ses grâces et ses dons, ils ne peuvent manquer
d'être appliqués à sa plus grande gloire.
32. J'ai dit que cette dévotion consiste à se donner à Marie
en qualité d'esclave. Il faut remarquer qu'il y a trois sortes
d'esclavage.
Le premier est l'esclavage de la nature; les hommes bons
et mauvais sont esclaves de Dieu en cette manière.
Le second, c'est l'esclavage de contrainte; les démons et
les damnés sont les esclaves de Dieu en cette manière.
Le troisiène, c'est l'esclavage d'amour et de volonté; et
c'est celui par lequel nous devons nous consacrer à Dieu par
Marie, de la manière la plus parfaite dont une créature se
puisse servir pour se donner à son Créatuer.
33. Remarquez encore qu'il y a bien de la différence entre un
serviteur et un esclave. Un serviteur veut des gages pour ses
services; l'esclave n'en a point. Le serviteur est libre de
quitter son maître quand il voudra et il ne le sert que pour
un temps; l'esclave ne le peut quitter justement, il lui est
livré pour toujours. Le serviteur ne donne pas à son maître
droit de vie et de mort sur sa personne; l'esclave se donne
tout entier, en sorte que son maître pourrait le faire mourir
sans qu'il en fût inquiété par la justice.
Mais il est aisé de voir que l'esclave de contrainte a la
plus étroite des dépendances, qui ne peut proprement convenir
qu'à un homme envers son Créateur. C'est pourquoi les
chrétiens ne font point de tels esclaves; il n'y a que les
Turcs et les idolâtres qui en font de la sorte.
34. Heureuse et mille fois heureuse est l'âme libérale qui se
consacre à Jésus par Marie, en qualité d'esclave d'amour,
après avoir secoué par le baptême l'esclavage tyrannique du
démon! [2. Excellence de cette pratique]
35. Il me faudrait beaucoup de lumières pour décrire
parfaitement l'excellence de cette pratique, et je dirai
seulement en passant:
1 Que se donner ainsi à Jésus par les mains de Marie,
c'est imiter Dieu le Père qui ne nous a donné son Fils que par
Marie, et qui ne nous communique ses grâces que par Marie;
c'est imiter Dieu le Fils qui n'est venu à nous que par Marie,
et qui, nous ayant donné l'exemple pour faire comme il a fait,
nous a sollicités à aller à lui par le même moyen par lequel
il est venu à nous, qui est Marie; c'est imiter le Saint-
Esprit qui ne nous communique ses grâces et ses dons que par
Marie. N'est-il pas juste que la grâce retourne à son auteur,
dit saint Bernard, par le même canal par lequel elle nous est
venue?
36. 2 Aller à Jésus-Christ par Marie, c'est véritablement
honorer Jésus-Christ, parce que c'est marquer que nous ne
sommes pas dignes d'approcher de sa sainteté infinie
directement par nous-mêmes, à cause de nos péchés, et que nous
avons besoin de Marie, sa sainte Mère, pour être notre avocate
et notre médiatrice auprès de lui, qui est notre médiateur.
C'est en même temps s'approcher de lui comme de notre
médiateur et notre frère, et nous humilier devant lui comme
devant notre Dieu et notre juge: en un mot, c'est pratiquer
l'humilité qui ravit toujours le coeur de Dieu...
37. 3 Se consacrer ainsi à
Jésus par Marie, c'est mettre
entre les mains de Marie nos bonnes actions qui, quoiqu'elles
paraissent bonnes, sont très souvent souillées et indignes des
regards et de l'acceptation de Dieu devant qui les étoiles ne
sont pas pures.
Ah! prions cette bonne Mère et Maîtresse que, ayant reçu
notre pauvre présent, elle le purifie, elle le sanctifie, elle
l'élève et l'embellisse de telle sorte qu'elle le rende digne
de Dieu. Tous les revenus de notre âme sont moindres devant
Dieu, le Père de famille, pour gagner son amitié et sa grâce,
que ne serait devant le roi la pomme véreuse d'un pauvre
paysan, fermier de sa Majesté, pour payer sa ferme. Que
ferait le pauvre homme, s'il avait de l'esprit et s'il était
bien venu auprès de la reine? Amie du pauvre paysan et
respectueuse envers le roi, n'ôterait-elle pas de cette pomme
ce qu'il y a de véreux et de gâté et ne la mettrait-elle pas
dans un bassin d'or entouré de fleurs; et le roi pourrait-il
s'empêcher de la recevoir, même avec joie, des mains de la
reine qui aime ce paysan... Modicum quid offerre desideras?
manibus Mariae tradere cura, si non vis sustinere repulsam. Si
vous voulez offrir quelque chose à Dieu, dit saint Bernard,
mettez-[le] dans les mains de Marie, à moins que vous ne
vouliez être rebuté.
38. Bon Dieu que tout ce que nous faisons est peu de chose!
Mais mettons-le dans les mains de Marie par cette dévotion.
Comme nous nous serons donnés tout à fait à elle, autant qu'on
se peut donner, en nous dépouillant de tout en son honneur,
elle nous sera infiniment plus libérale, elle nous donnera
"pour un oeuf un boeuf", elle se communiquera toute à nous
avec ses mérites et ses vertus; elle mettra nos présents dans
le plat d'or de sa charité; elle nous revêtira comme Rébecca
fit Jacob, des beaux habits de son Fils aîné et unique Jésus-
Christ, c'est-à-dire de ses mérites qu'elle a à sa
disposition: et ainsi, comme ses domestiques et esclaves,
après nous être dépouillés de tout pour l'honorer, nous aurons
doubles vêtements: Omnes domestici ejus vestiti sunt
duplicibus: vêtements, ornements, parfums, mérites et vertus
de Jésus et Marie dans l'âme d'un esclave de Jésus et Marie
dépouillé de soi-même et fidèle en son dépouillement.
39. 4 Se donner ainsi à la
Sainte Vierge, c'est exercer dans
le plus haut point qu'on peut la charité envers le prochain,
puisque se faire volontairement son captif, c'est lui donner
ce qu'on a de plus cher, afin qu'elle en puisse disposer à sa
volonté en faveur des vivants et des morts.
40. 5 C'est par cette dévotion qu'on met ses grâces, ses
mérites et vertus en sûreté, en faisant Marie la dépositaire
et lui disant: "Tenez, ma chère Maîtresse, voilà ce que, par
la grâce de votre Fils, j'ai fait de bien; je ne suis pas
capable de le garder à cause de ma faiblesse et de mon
inconstance, à cause du grand nombre et de la malice de mes
ennemis qui m'attaquent jour et nuit. Hélas! si l'on voit
tous les jours les cèdres du Liban tomber dans la boue, et des
aigles, s'élevant jusqu'au soleil, devenir des oiseaux de
nuit; mille justes de même tombent à ma gauche et dix mille à
ma droite, mais, ma puissante et très puissante Princesse,
gardez tout mon bien, de peur qu'on ne me le vole, tenez-moi,
de peur que je ne tombe; je vous confie en dépôt tout ce que
j'ai: Depositum custodi. - Scio cui credidi. Je sais bien qui
vous êtes, c'est pourquoi je me confie tout à vous; vous êtes
fidèle à Dieu et aux hommes, et vous ne permettrez pas que
rien ne périsse de ce que [je] vous confie; vous êtes
puissante, et rien ne peut vous nuire, ni ravir ce que vous
avez entre les mains." Ipsam sequens non devias; ipsam rogans
non desperas; ipsam cogitans non erras; ipsa tenente, non
corruis; ipsam protegente, non metuis; ipsa duce, non
fatigaris; ipsa propitia, pervenis (Saint Bernard, Inter
flores, cap. 135.) Et ailleurs: Detinet Filium ne percutiat;
detinet diabolum ne noceat; detinet virtutes ne fugiant;
detinet merita ne pereant; detinet gratiam ne effluat. Ce sont
les paroles de Saint Bernard qui expriment en substance tout
ce que je viens de dire. Quand il n'y aurait que ce seul
motif pour m'exciter à cette dévotion, comme [étant] le moyen
de me conserver et augmenter même dans la grâce de Dieu, je ne
devrais respirer que feu et flammes pour elle.
41. 6 Cette dévotion rend une âme vraiment libre de la
liberté des enfants de Dieu. Comme pour l'amour de Marie, on
se réduit volontairement en l'esclavage, cette chère
Maîtresse, par reconnaissance, élargit et dilate le coeur, et
fait marcher à pas de géant dans la voie des commandements de
Dieu. Elle ôte l'ennui, la tristesse et le scrupule. Ce fut
cette dévotion que Notre-Seigneur apprit à la chère Agnés de
Langeac, religieuse morte en odeur de sainteté, comme un moyen
assuré pour sortir des grandes peines et perplexités où elle
se trouvait: "Fais-toi, lui dit-il, esclave de ma Mère et
prends la chaînette"; ce qu'elle fit; et dans le moment,
toutes ses peines cessèrent.
42. Pour autoriser cette dévotion, il faudrait rapporter ici
toutes les bulles et les indulgences des papes et les
mandements des évêques en sa faveur, les confréries établies
en son honneur, l'exemple de plusieurs saints et grands
personnages qui l'ont pratiquée; mais je passe tout cela sous
silence... [3. Sa formule interieure et son esprit]
44. Ce n'est pas assez de s'être donné une fois à Marie, en
qualité d'esclave; ce n'est pas même assez de le faire tous
les mois, et toutes les semaines: ce serait une dévotion toute
passagère, et elle n'élèverait pas l'âme à la perfection où
elle est capable de l'élever. Il n'y a pas beaucoup de
difficulté à s'enrôler dans une confrérie, à embrasser cette
dévotion et à dire quelques prières vocales tous les jours,
comme elle prescrit; mais la grande difficulté est d'entrer
dans l'esprit de cette dévotion qui est de rendre une âme
intérieurement dépendante et esclave de la très Sainte Vierge
et de Jésus par elle.
J'ai trouvé beaucoup de personnes, qui, avec une ardeur
admirable, se sont mises sous leur saint esclavage, à
l'extérieur; mais j'en ai bien rarement trouvé qui en aient
pris l'esprit et encore moins qui y aient persévéré.
[Agir avec Marie]
45. 1 La pratique essentielle de cette dévotion consiste à
faire toutes ses actions avec Marie, c'est-à-dire à prendre la
Sainte Vierge pour le modèle accompli de tout ce qu'on doit
faire.
46. C'est pourquoi, avant d'entreprendre quelque chose, il
faut renoncer à soi-même et à ses meilleures vues; il faut
s'anéantir devant Dieu, comme de soi incapable de tout bien
surnaturel et de toute action utile au salut; il faut recourir
à la très Sainte Vierge, et s'unir à elle et à ses intentions,
quoique inconnues; il faut s'unir par Marie aux intentions de
Jésus-Christ, c'est-à-dire se mettre comme un instrument entre
les mains de la très Sainte Vierge afin qu'elle agisse en
nous, de nous et pour nous, comme bon lui semblera, à la plus
[grande] gloire de son Fils, et par son Fils, Jésus, à la
gloire du Père; en sorte qu'on ne prenne de vie intérieur et
d'opération spirituelle que dépendamment d'elle... [Agir en Marie]
47. 2 Il faut faire toute chose en Marie, c'est-à-dire qu'il
faut s'accoutumer peu à peu à se recueillir au-dedans de soi-
même pour y former une petite idée ou image spirituelle de la
très Sainte Vierge. Elle sera à l'âme l'Oratoire pour y faire
toutes ses prières à Dieu, sans crainte d'être rebutée; la
Tour de David pour s'y mettre en sûreté contre tous ses
ennemis; la Lampe allumée pour éclairer tout l'intérieur et
pour brûler de l'amour divin; le Reposoir sacré pour voir Dieu
avec elle; et enfin son unique Tout auprès de Dieu, son
recours universel. Si elle prie, ce sera en Marie; si elle
reçoit Jésus par la sainte communion, elle le mettra en Marie
pour s'y complaire; si elle agit, ce sera en Marie; et partout
et en tout elle produira des actes de renoncement à elle
même... [Agir par Marie]
48. 3 Il faut n'aller jamais à
Notre-Seigneur que par son
intercession et son crédit auprès de lui, ne se trouvant
jamais seul pour le prier... [Agir pour Marie]
49. 4 Il faut faire toutes ses actions pour Marie, c'est-à-
dire qu'étant esclave de cette auguste Princesse, il faut
qu'elle ne travaille plus que pour Elle, que pour son profit,
que pour sa gloire, comme fin prochaine, et pour la gloire de
Dieu, comme fin dernière. Elle [doit] donc en tout ce qu'elle
fait, renoncer à son amour propre, qui se prend presque
toujours pour fin d'une manière presque imperceptible, et
répéter souvent du fond du coeur: O ma chère Maîtresse, c'est
pour vous que je vais ici ou là, que je fais ceci ou cela, que
je souffre cette peine ou cette injure!
50. Prends bien garde, âme prédestinée, de croire qu'il est
plus parfait d'aller tout droit à Jésus, tout droit à Dieu
dans ton opération et intention; si tu veux y aller sans
Marie, ton opération, ton intention sera de peu de valeur;
mais y allant par Marie, c'est l'opération de Marie en toi,
et, par conséquent, elle sera très relevée et très digne de
Dieu.
51. De plus, prends bien garde de te faire violence pour
sentir et goûter ce que tu dis et fais: dis et fais tout dans
la pure foi que Marie a eue sur la terre, qu'elle te
communiquera avec le temps; laisse à ta Souveraine, pauvre
petite esclave, la vue claire de Dieu, les transports, les
joies, les plaisirs, les richesses, et ne prends pour toi que
la pure foi, pleine de dégoûts, de distractions, d'ennuis, de
sécheresse; dis: Amen, ainsi soit-il, à ce que fait Marie, ma
Maîtresse, dans le ciel; c'est ce que fais de meilleur pour le
présent...
52. Prends bien garde encore de te tourmenter si tu ne jouis
pas sitôt de la douce présence de la Sainte Vierge en ton
intérieur. Cette grâce n'est pas faite à tous; et quand Dieu
en favorise une âme par grande miséricorde, il lui est bien
aisé de la perdre si elle n'est pas fidèle à se recueillir
souvent; et si ce malheur t'arrivait, reviens doucement et
fais amende honorable à ta Souveraine. [4. Les effets qu'elle produit dans l'âme fidèle]
53. L'expérience t'en apprendra infiniment plus que je ne
t'en dis, et tu trouveras, si tu as été fidèle au peu que je
t'ai dit, tant de richesse et de grâces en cette pratique que
tu en seras surprise et ton âme sera toute remplie
d'allégresse...
54. Travaillons donc, chère âme, et faisons en sorte que, par
cette dévotion fidèlement pratiquée, l'âme de Marie soit en
nous pour glorifier le Seigneur, que l'esprit de Marie soit en
nous pour se réjouir en Dieu son Sauveur. Ce sont là les
paroles de saint Ambroise: Sit in singulis anima Mariae ut
magnificet Dominum, [sit] in singulis spiritus Mariae [ut]
exultet in Deo... Et ne croyons pas qu'il y eut plus de
gloire et de bonheur à demeurer dans le sein d'Abraham, qui
est le Paradis, que dans le sein de Marie, puisque Dieu y a
mis son trône. Ce sont les paroles du saint abbé Guerric: "Ne
credideris majoris esse felicitatis habitare in sinu Abrahae,
qui [vocatur] Paradisum, quam in sinu Mariae in quo Dominus
thronum suum posuit."
55. Cette dévotion, fidèlement pratiquée, produit une
infinité d'effets dans l'âme. Mais le principal don que les
âmes possèdent, c'est d'établir ici-bas la vie de Marie dans
une âme, en sorte que ce n'est plus l'âme qui vit, mais Marie
en elle, ou l'âme de Marie devient son âme, pour ainsi dire.
Or, quand par une grâce ineffable, mais véritable, la divine
Marie est Reine dans une âme, quelles merveilles n'y fait-elle
point? Comme elle est l'ouvrière des grandes merveilles,
particulièrement à l'intérieur, elle y travaille en secret, à
l'insu même de l'âme qui, par sa connaissance détruirait la
beauté de ses ouvrages...
56. Comme elle est partout Vierge féconde, elle porte dans
tout l'intérieur où elle est la pureté de coeur et de corps,
la pureté en ses intentions et ses desseins, la fécondité en
bonnes oeuvres. Ne croyez pas, chère âme, que Marie, la plus
féconde de toutes les créatures, et qui est allée jusqu'au
point de produire un Dieu, demeure oiseuse en une âme fidèle.
Elle la fera vivre sans cesse en Jésus-Christ, et Jésus-Christ
en elle. Filioli mei, quos iterum parturio donce formetur
Christus in vobis (Gal 4,19), et si Jésus-Christ est aussi
bien le fruit de Marie en chaque âme en particulier que par
tout le monde en général, c'est particulièrement dans l'âme où
elle est que Jésus-Christ est son fruit et son chef-d'oeuvre.