Le Secret de Marie (page 3)

Louis-Marie Grignion de Montfort · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Le Secret de Marie sur l'esclavage de la Sainte Vierge · 3 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

57. Enfin, Marie devient toute chose à cette âme auprès de

Jésus-Christ: elle éclaire son esprit par sa pure foi. Elle

approfondit son coeur par son humilité, elle l'élargit et

l'embrase par sa charité, elle le purifie par sa pureté, elle

l'anoblit et l'agrandit par sa maternité. Mais à quoi est-ce

que je m'arrête? Il n'y a que l'expérience qui apprend ces

merveilles de Marie, qui sont incroyables aux gens savants et

orgueilleux, et même au commun des dévots et dévotes...

58. Comme c'est par Marie que Dieu est venu au monde pour la

première fois, dans l'humiliation et l'anéantissement, ne

pourrait-on pas dire aussi que c'est par Marie que Dieu

viendra une seconde fois, comme toute l'Eglise l'attend, pour

règner partout et pour juger les vivants et les morts? Savoir

comment cela se fera, et quand cela se fera, qui est-ce qui le

sait? Mais je sais bien que Dieu, dont les pensées sont plus

éloignées des nôtres que le ciel ne l'est de la terre, viendra

dans un temps et de la manière la moins attendue des hommes,

même les plus savants et les plus intelligents dans l'Ecriture

sainte, qui est fort obscure sur ce sujet.

59. L'on doit croire encore que sur la fin des temps. et

peut-être plus tôt qu'on ne pense, Dieu suscitera de grands

hommes remplis du Saint-Esprit et de celui de Marie, pour

[par] lesquels cette divine Souveraine fera de grandes

merveilles dans le monde, pour détruire le péché et établir le

règne de Jésus-Christ, son Fils, sur celui du monde corrompu;

et c'est par le moyen de cette dévotion à la très Sainte

Vierge, que je ne fais que tracer et amoindrir par ma

faiblesse, que ces saints personnages viendront à bout de

tout... [5. Les pratiques extérieures]

60. Outre la pratique intérieur de cette dévotion, dont nous

venons de parler, il y en a d'extérieures qu'il ne faut pas

omettre ni négliger... [La consécration et son renouvellement]

61. La première, c'est de se donner à Jésus-Christ, en

quelque jour remarquable, par les mains de Marie, de laquelle

on se fait esclave, et de communier à cet effet, ce jour-là,

et le passer en prières: laquelle consécration on renouvellera

au moins tous les ans, au même jour. [L'offrande d'un tribut à la Sainte Vierge]

62. La seconde pratique, c'est de donner tous les ans, au

même jour, un petit tribut à la Sainte Vierge, pour lui

marquer sa servitude et sa dépendance: ç'a toujours été

l'hommage des esclaves envers leurs maîtres. Or, ce tribut

[est] ou quelque mortification, ou quelque aumône ou quelque

pélerinage, ou quelques prières. Le bienheureux Marin, au

rapport de son frère, saint Pierre Damien, prenait la

discipline publiquement tous les ans, au même jour, devant un

autel de la Sainte Vierge. On ne demande ni conseille cette

ferveur; mais, si l'on ne donne pas beaucoup à Marie, l'on

doit au moins offrir ce qu'on lui présente avec un coeur

humble et bien reconnaissant... [La célébration spéciale de la fête de l'Annonciation]

63. La troisième est de célébrer tous les ans, avec une

dévotion particulière, la fête de l'Annonciation, qui est la

fête principale de cette dévotion, qui a été établie pour

honorer et imiter la dépendance où le Verbe éternel se mit en

ce jour, pour notre amour... [La récitation de la Petite Couronne et du Magnificat]

64. La quatriènme pratique extérieure est de dire tous les

jours, sans obligation à aucun péché, si l'on y manque, la

Petite Couronne de la Très Sainte Vierge, composée de trois

Pater et de douze Ave, et de réciter souvent le Magnificat,

qui est l'unique cantique que nous ayons de Marie, pour

remercier Dieu de ses bienfaits et pour en attirer de

nouveaux; surtout, il ne faut pas manquer de le réciter après

la sainte communion, pour action de grâces, comme le savant

Gerson tient que la Sainte Vierge même faisait après la

communion... [Le port de la chaînette]

65. Le cinquième, c'est de porter une petite chaine bénite au

cou, ou au bras, ou au pied, ou au travers du corps. Cette

pratique peut absolument s'omettre, sans intéresser le fond de

cette dévotion; mais cependant il serait pernicieux de la

mépriser et condamner, et dangereux de la négliger...

Voici les raisons qu'on a de porter cette marque

extérieure: 1 pour se garantir des funestes chaînes du péché

originel et actuel, dont nous avons été liés; 2 pour honorer

les cordes et les liens amoureux dont Notre-Seigneur a bien

voulu être garotté, pour nous rendre vraiment libres; 3 comme

ces liens sont des liens de charité, traham eos in vinculis

caritatis, c'est pour nous faire souvenir que nous ne devons

agir que par le mouvement de cette vertu; [4] enfin, c'est

pour nous faire ressouvenir de notre dépendance de Jésus et de

Marie, en qualité d'esclave, qu'on a coutume de porter

semblables chaînes.

Plusieurs grands personnages, qui s'étaient faits

esclaves de Jésus et de Marie, estimaient tant ces chaînettes

qu'ils se plaignaient de ce qu'il ne leur était pas permis de

les traîner publiquement à leur pied comme les esclaves des

Turcs.

O chaînes plus précieuses et plus glorieuses que les

colliers d'or et de pierres précieuses de tous les empereurs,

puisqu'elles nous lient à Jésus-Christ et à sa sainte Mère, et

en sont les illustres marques et livrées!

Il faut remarquer qu'il est à propos que les chaînes, si

elles ne sont pas d'argent, soient au moins de fer, à cause de

la commodité...

Il ne les faut jamais quitter pendant la vie, afin

qu'elles nous puissent accompagner jusqu'au jour du jugement.

Quelle joie, quelle gloire, quel triomphe pour un fidèle

esclave, au jour du jugement, que ses os, au son de la

trompette se lèvent de terre encore liés par la chaîne de

l'esclavage, qui apparemment ne sera point pourrie! Cette

seule pensée doit animer fortement un dévôt esclave à ne la

jamais quitter, quelque incommode qu'elle puisse être à la

nature. [SUPPLEMENT]

[ORAISONS A JESUS ET A MARIE] ORAISON A JESUS

66. Mon aimable Jésus, permettez-moi de m'adresser à vous

pour vous témoigner la reconnaissance où je suis de la grâce

que vous m'avez faite, en me donnant à votre sainte Mère par

la dévotion de l'esclavage, pour être mon avocate auprès de

votre Majesté, et mon supplément universel dans ma très grande

misère. Hélas! Seigneur, je suis si misérable que, sans cette

bonne Mère, je serais infailliblement perdu. Oui, Marie m'est

nécessaire auprès de vous, partout: nécessaire pour vous

calmer dans votre juste colère, puisque je vous ai tant

offensé tous les jours; nécessaire pour arrêter les châtiments

éternels de votre justice que je mérite; nécessaire pour vous

regarder, pour vous parler, vous prier, vous approcher et vous

plaire; nécessaire pour sauver mon âme et celle des autres;

nécessaire, en un mot, pour faire toujours votre sainte

volonté et procurer en tout votre plus grande gloire.

Ah! que ne puis-je publier par tout l'univers cette

miséricorde que vous avez eue envers moi! Que tout le monde ne

connait-[il] que, sans Marie, je serais déjà damné! Que ne

puis-je rendre de dignes actions de grâces d'un si grand

bienfait! Marie est en moi, haec facta es mihi. Oh! quel

trésor! Oh! quelle consolation! Et je ne serais pas, après

cela, tout à elle! Oh! quelle ingratitude, mon cher Sauveur!

Envoyez-moi plutôt la mort que ce malheur m'arrive: car j'aime

mieux mourir que de vivre sans être tout à Marie.

Je l'ai mille et mille fois prise pour tout mon bien avec

saint Jean l'Evangéliste, au pied de la croix et je me suis

autant de fois donné à elle; mais, si je ne l'ai pas encore

bien fait selon vos désirs, mon cher Jésus, je le fais

maintenant comme vous le voulez que je le fasse; et si vous

voyez en mon âme et mon corps quelque chose qui n'appartienne

pas à cette auguste Princesse, je vous prie de me l'arracher

et de le jeter loin de moi, puisque, n'étant pas à Marie, il

est indigne de vous.

67. O Saint-Esprit! accordez-moi toutes ces grâces et

plantez, arrosez et cultivez en mon âme l'aimable Marie, qui

est l'Arbre de vie véritable, afin qu'il croisse, qu'il

fleurisse et apporte du fruit de vie avec abondance. O Saint-

Esprit! donnez-moi une grande dévotion et un grand penchant

vers votre divine Epouse, un grand appui sur son sein maternel

et un recours continuel à sa miséricorde, afin qu'en elle vous

formiez en moi Jésus-Christ au naturel, grand et puissant,

jusqu'à la plénitude de son âge parfait. Ainsi soit-il. ORAISON A MARIE

pour ses fidèles esclaves

68. Je vous salue, Marie, Fille bien-aimée du Père Eternel;

je vous salue, Marie, Mère admirable du Fils; je vous salue,

Marie, Epouse très fidèle du Saint-Esprit; je vous salue,

Marie, ma chère Mère, mon aimable Maîtresse et ma puissante

Souveraine, je vous salue, ma joie, ma gloire, mon coeur et

mon âme! Vous êtes toute à moi par miséricorde, et je suis

tout à vous par justice. Et je ne le suis pas encore assez:

je me donne à vous tout entier de nouveau, en qualité

d'esclave éternel, sans rien réserver pour moi ni pour autre.

Si vous voyez encore en moi quelque chose qui ne vous

apartienne pas, je vous supplie de le prendre en ce moment, et

de vous rendre la Maîtresse absolue de mon pouvoir; de

détruire et déraciner et d'y anéantir tout ce qui déplait à

Dieu, et d'y planter, d'y élever et d'y opérer tout ce qui

vous plaira.

Et que la lumière de votre foi dissipe les ténèbres de

mon esprit; que votre humilité profonde prenne la place de mon

orgueil; que votre contemplation sublime arrête les

distractions de mon imagination vagabonde; que votre vue

continuelle de Dieu remplisse ma mémoire de sa présence; que

l'incendie de la charité de votre coeur dilate et embrase la

tiédeur et la froideur du mien; que vos vertus prennent la

place de mes péchés; que vos mérites soient mon ornement et

mon supplément devant Dieu. Enfin, ma très chère et bien-aimée

Mère, faites, s'il se peut, que je n'aie point d'autre esprit

que le vôtre pour connaître Jésus-CHrist et ses divines

volontés; que je n'aie point d'autre âme que la vôtre pour

louer et glorifier le Seigneur; que je n'aie point d'autre

coeur que le vôtre pour aimer Dieu d'un amour pur et d'un

amour ardent comme vous.

69. Je ne vous demande ni visions, ni révélations, ni goûts,

ni plaisirs même spirituels. C'est à vous de voir clairement

sans ténèbres; c'est à vous de goûter pleinement, sans

amertume; c'est à vous de triompher glorieusement à la droite

de votre Fils dans le ciel, sans aucune humiliation; c'est à

vous de commander absolument aux anges et aux hommes et aux

démons, sans résistance, et enfin de disposer, selon votre

volonté, de tous les biens de Dieu, sans aucune réserve.

Voilà, divine Marie, la très bonne part que le Seigneur

vous a donnée et qui ne vous sera jamais ôtée; et ce qui me

donne une grande joie. Pour ma part, ici-bas, je n'en veux

point d'autre que celle que vous avez eue, savoir: de croire

purement, sans rien goûter ni voir; de souffir joyeusement,

sans consolation des créatures; de mourir continuellement à

moi-même sans relâche; et de travailler fortement jusqu'à la

mort, pour vous, sans aucun intérêt, comme le plus vil de vos

esclaves. La seule grâce que je vous demande, par pure

miséricorde, c'est que, tous les jours et moments de ma vie,

je dise trois fois Amen: Ainsi soit-il, à tout ce que vous

avez fait sur la terre, lorsque vous y viviez; Ainsi soit-il,

à tout de que vous faites à présent dans le ciel; Ainsi soit-

il, à tout ce que vous faites en mon âme, afin qu'il n'y ait

que vous à glorifier pleinement Jésus en moi pendant le temps

et l'éternite. Ainsi soit-il. LA CULTURE ET L'ACCROISSEMENT

DE L'ARBRE DE VIE

AUTREMENT LA MANIRE

DE FAIRE VIVRE ET RéGNER MARIE

DANS NOS MES. [1. Le Saint Esclavage d'amour. Arbre de vie.]

70. Avez-vous compris, âme prédestinée, par l'opération du

Saint-Esprit, ce que je viens de dire ? Remerciez-en Dieu!

C'est un secret inconnu de presque tout le monde. Si vous

avez trouvé le trésor caché dans le champ de Marie, la perle

précieuse de l'Evangile, il faut tout vendre pour l'acquérir;

il faut que vous fassiez un sacrifice de vous-même entre les

mains de Marie, et vous perdre heureusement en elle pour y

trouver Dieu seul.

Si le Saint-Esprit a planté dans votre âme le véritable

Arbre de vie, qui est la dévotion que je viens de vous

expliquer, il faut que vous apportiez tous vos soins à le

cultiver, afin qu'il donne son fruit en son temps. Cette

dévotion est le grain de sénevé dont il est parlé dans

l'Evangile, qui étant, ce semble, le plus petit de tous les

grains, devient néanmoins bien grand et pousse sa tige si haut

que les oiseaux du ciel, c'est-à-dire les prédestinés, y font

leur nid et y reposent à l'ombre dans la chaleur du soleil et

s'y cachent en sûreté contre les bêtes féroces. [2. La manière de le cultiver.]

Voici, âme prédestinée, la manière de le cultiver:

71. 1 Cet arbre, étant planté dans un coeur bien fidèle,

veut être en plein vent, sans aucun appui humain; cet arbre,

étant divin, veut toujours être sans aucune créature qui

pourrait l'empêcher de s'élever vers son principe, qui est

Dieu. Ainsi, il ne faut point s'appuyer de son industrie

humaine ou de ses talents purement naturels, ou du crédit et

de l'autorité des hommes: il faut avoir recours à Marie et

s'appuyer [sur] son secours.

72. 2 Il faut que l'âme, où cet arbre est planté, soit sans

cesse occupée comme un bon jardiner, à le garder et regarder.

Car cet arbre, étant vivant et devant produire un fruit de

vie, veut être cultivé et augmenté par un continuel regard et

contemplation de l'âme; et c'est l'effet d'une âme parfaite

d'y penser continuellement et d'en faire sa principale

occupation.

73. Il faut arracher et couper les chardons et les épines qui

pourraient suffoquer cet arbre avec le temps ou l'empêcher

d'apporter son fruit: c'est-à-dire qu'il faut être fidèle à

couper et trancher, par la mortification et violence à soi-

même, tous les plaisirs inutiles et vaines occupations avec

les créatures, autrement crucifier sa chair, et garder le

silence et mortifier ses sens.

74. 3 Il faut veiller à ce que les chenilles ne

l'endommagent point. Ces chenilles sont l'amour-propre de soi-

même et des ses aises, qui mangent les feuilles vertes et les

belles espérances que l'Arbre avait du fruit: car l'amour de

soi-même et l'amour de Marie ne s'accordent aucunement.

75. 4 Il ne faut pas laisser les bêtes en approcher. Ces

bêtes sont les péchés, qui pourraient donner la mort à l'Arbre

de vie par leur seul attouchement: il ne faut même pas que

leur haleine donne dessus, c'est-à-dire les péchés véniels,

qui sont toujours très dangereux si on ne s'en fait point de

peine...

76. 5 Il faut arroser continuellement cet arbre divin, de

ses communions, ses messes et autres prières publiques et

particulières; sans quoi cet arbre cesserait de porter du

fruit.

77. 6 Il ne faut pas se mettre en peine s'il est soufflé et

secoué du vent, car il est nécessaire que le vent des

tentations le souffle pour le faire tomber, que les neiges et

les gelées l'entourent pour le perdre; c'est-à-dire que cette

dévotion à la Sainte Vierge sera nécessairement attaquée et

contredite; mais pourvu qu'on persévère à le cultiver, il n'y

a rien à craindre. [3. Son fruit durable: Jésus-Christ.]

78. Ame prédestinée, si vous cultivez ainsi votre Arbre de

vie nouvellement planté par le Saint-Esprit en votre âme, je

vous assure qu'en peu de temps il croîtra si haut que les

oiseaux du ciel y habiteront, et il deviendra si parfait

qu'enfin il donnera son fruit d'honneur et de grâce en son

temps, c'est-à-dire l'aimable et l'adorable Jésus qui a

toujours été et qui sera l'unique fruit de Marie.

Heureuse une âme en qui Marie, l'Arbre de vie, est

plantée; plus heureuse celle en qui elle est accrue et

fleurie; très heureuse, celle en qui elle porte son fruit;

mais la plus heureuse de toutes est celle qui goûte et

conserve son fruit jusqu'à la mort et dans les siècles des

siècles. Ainsi soit-il.

Qui tenet, teneat.

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