Le Secret admirable du très saint Rosaire (page 3)

Louis-Marie Grignion de Montfort · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Le Secret admirable du très saint Rosaire · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

58. Concluez votre prière avec l'Eglise et dites: "Sainte

Marie ", sainte au corps et en l'âme, sainte par un dévouement

singulier et éternel au service de Dieu, sainte en qualité de

Mère de Dieu qui vous a douée d'une éminente sainteté,

convenable à cette dignité infinie.

"Mère de Dieu", qui êtes aussi notre Mère, notre Avocate

et Médiatrice, la Trésorière et Dispensatrice des grâces de

Dieu, procurez-nous promptement le pardon de nos péchés et

notre réconciliation avec la divine Majesté.

"Priez pour nous pécheurs", vous qui avez tant de

compassion des misérables, qui ne méprisez et ne rebutez point

les pécheurs, sans lesquels vous ne seriez pas la Mère du

Sauveur.

"Priez pour nous maintenant", pendant le temps de cette

vie courte, fragile et misérable, "maintenant", car nous

n'avons d'assuré que ce moment présent, maintenant que nous

sommes attaqués et environnés nuit et jour d'ennemis puissants

et cruels.

"Et à l'heure de notre mort", si terrible et si

périlleux, où nos forces sont épuisées, où nos esprits et nos

corps sont abattus par la douleur et la crainte; à l'heure de

notre mort que Satan redouble ses efforts afin de nous perdre

pour jamais; à cette heure que ce sera la décision de notre

sort pour toute l'éternité bienheureuse ou malheureuse. Venez

au secours de vos pauvres enfants, ô Mère pitoyable, ô

l'avocate et le refuge des pécheurs, chassez loin de nous, à

l'heure de la mort, les démons nos accusateurs et vos ennemis,

dont l'aspect effroyable nous épouvante. Venez nous éclairer

dans les ténèbres de la mort. Conduisez-nous, accompagnez-nous

au tribunal de notre juge, votre Fils; intercédez pour nous,

afin qu'il nous pardonne et nous reçoive au nombre de vos élus

dans le séjour de la gloire éternelle. "Amen". Ainsi soit-il.

59. Qui n'admirera l'excellence du saint Rosaire, composé de

ces deux divines parties: l'Oraison dominicale et la

Salutation angélique? Y a-t-il de prière plus agréable à Dieu

et à la sainte Vierge, plus facile, plus douce et plus

salutaire aux hommes? Ayons-les toujours au coeur et dans la

bouche pour honorer la très sainte Trinité, Jésus-Christ notre

Sauveur et sa très sainte Mère. De plus, à la fin de chaque

dizaine, il est bon d'ajouter le Gloria Patri, etc., c'est-à-

dire: Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Comme il

était au commencement, comme il est maintemant et il sera dans

tous les siècles des siècles.

Ainsi soit-il. TROISIEME DIZAINE

Excellence du saint Rosaire dans la méditation

de la vie et de la Passion

de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

60. Un mystère est une chose sacrée et difficile à

comprendre. Les oeuvres de Jésus-Christ sont toutes sacrées et

divines, parce qu'il est Dieu et homme tout ensemble. Celles

de la sainte Vierge sont très saintes, parce qu'elle est la

plus parfaite de toutes les pures créatures. On appelle avec

raison les oeuvres de Jésus-Christ et de sa sainte Mère des

mystères, parce qu'elles sont remplies de quantité de

merveilles, de perfections et d'instructions profondes et

sublimes, que le Saint-Esprit découvre aux humbles et aux âmes

simples qui les honorent.

On peut encore appeler les oeuvres de Jésus et de Marie

des fleurs admirables, dont l'odeur et la beauté ne sont

connues que de ceux qui les approchent, qui les flairent et

qui les ouvrent par une attentive et sérieuse méditation.

61. Saint Dominique a partagé la vie de Jésus-Christ et de la

sainte Vierge en quinze mystères, qui nous représentent leurs

vertus et leurs principales actions comme quinze tableaux dont

les traits doivent nous servir de règle et d'exemple pour la

conduite de notre vie. Ce sont quinze flambeaux pour guider

nos pas dans ce monde; quinze miroirs ardents pour connaître

Jésus et Marie, pour nous connaître nous-mêmes et pour allumer

le feu de leur amour dans nos coeurs; quinze fournaises pour

nous consumer entièrement de leurs célestes flammes.

La sainte Vierge a enseigné à saint Dominique cette

excellente méthode de prier et lui a ordonné de la prêcher,

afin de réveiller la piété des chrétiens et de faire revivre

l'amour de Jésus-Christ dans leurs coeurs. Elle l'enseigna

aussi au bienheureux Alain de la Roche. "C'est une prière très

utile, lui dit-elle, c'est un service qui m'est fort agréable,

que de réciter cent cinquante Salutations angéliques. Il me

l'est encore davantage, et ceux-là feront encore beaucoup

mieux qui réciteront les salutations avec la méditation de la

vie, de la passion et de la gloire de Jésus-Christ, car cette

méditation est l'âme de ces oraisons". En effet, le Rosaire,

sans la méditation des mystères sacrés de notre salut, ne

serait presque qu'un corps sans âme, une excellente matière

sans sa forme qui est la méditation, qui le distingue des

autres dévotions.

62. La première partie du

Rosaire contient cinq mystères,

dont le premier est l'Annonciation de l'archange Gabriel à la

sainte Vierge; le second, la Visitation de la sainte Vierge à

sainte Elisabeth; le troisième, la Nativité de Jésus-Christ;

le quatriène, la Présentation de l'Enfant Jésus au temple et

la purification de la sainte Vierge; le cinquième, le

Recouvrement de Jésus dans le temple parmi les docteurs. On

appelle ces Mystères joyeux à cause de la joie qu'ils ont

donné à tout l'univers. La sainte Vierge et les anges furent

comblés de joie au moment heureux où le Fils de Dieu

s'incarna. Sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste furent

remplis de joie par la visite de Jésus et de Marie. Le ciel et

la terre se sont réjouis à la naissance du Sauveur. Siméon fut

consolé et comblé de joie, quand il reçut Jésus dans ses bras.

Les docteurs étaient ravis d'admiration en entendant les

réponses de Jésus; et qui exprimera la joie de Marie et de

Joseph en retrouvant Jésus après trois jours d'absence?...

63. La seconde partie du Rosaire se compose aussi de cinq

mystères que l'on appelle Mystères douloureux, parce qu'ils

nous représentent Jésus-Christ accablé de tristesse, couvert

de plaies, chargé d'opprobres, de douleurs et de tourments. Le

premier de ces mystères est la prière de Jésus et son Agonie

au jardin des Olives; le second, sa Flagellation; le

troisième, son Couronnement d'épines; le quatrième, le

Portement de Croix; le cinquième, son Crucifiement et sa mort

sur le Calvaire.

64. La troisième partie du

Rosaire contient cinq autres

mystères qu'on appelle glorieux, parce que nous y contemplons

Jésus et Marie dans le triomphe et dans la gloire. Le premier

est la Résurrection de Jésus-Christ; le second, son Ascension

au ciel; le troisième, la Descente du Saint-Esprit sur les

apôtres; le quatrième, l'Assomption de la glorieuse Vierge; le

cinquième, son Couronnement.

Voilà les quinze fleurs odoriférantes du Rosier mystique

sur lesquelles les âmes pieuses s'arrêtent comme de sages

abeilles, pour en cueillir le suc admirable et en composer le

miel d'une dévotion solide.

65. Le soin principal de l'âme chrétienne est de tendre à la

perfection. Soyez les fidèles imitateurs de Dieu, comme ses

enfants bien-aimés, nous dit le grand Apôtre. Cette obligation

est comprise dans le décret éternel de notre prédestination,

comme l'unique moyen ordonné pour parvenir à la gloire

éternelle. Saint Grégoire de Nysse dit gracieusement que nous

sommes des peintres. Notre âme est la toile d'attente sur

laquelle nous devons appliquer le pinceau, les vertus sont les

couleurs qui doivent relever son éclat, et l'original que nous

devons copier, c'est Jésus-Christ, l'image vivante qui

représente parfaitement le Père éternel. Comme donc un peintre

pour tirer un portrait au naturel se met devant les yeux

l'original, et qu'à chaque coup de pinceau qu'il donne il

regarde, de même le chrétien doit toujours avoir devant les

yeux la vie et les vertus de Jésus-Christ, pour ne rien dire,

ne rien penser, ne rien faire qui n'y soit conforme.

66. C'est pour nous aider dans l'important ouvrage de notre

prédestination, que la sainte Vierge a ordonné à saint

Dominique d'exposer aux fidèles qui récitent le Rosaire les

mystères sacrés de la vie de Jésus-Christ, non seulement afin

qu'ils l'adorent et le glorifient, mais principalement afin

qu'ils règlent leur vie et leurs actions sur ses vertus. Or,

comme les enfants imitent leurs parents en les voyant et en

conversant avec eux; qu'ils apprennent leur langage en les

entendant parler; qu'un apprenti, en voyant travailler son

maître, apprend son art; de même les fidèles confrères du

Rosaire, en considérant sérieusement et dévotement les vertus

de Jésus-Christ, dans les quinze mystères de sa vie,

deviennent semblables à ce divin Maître, avec le secours de sa

grâce et par l'intercession de la sainte Vierge.

67. Si Moïse ordonna au peuple hébreu, de la part de Dieu

même, de ne jamais oublier les bienfaits dont il avait été

comblé, à plus forte raison le Fils de Dieu peut-il nous

commander de graver dans notre coeur et d'avoir sans cesse

devant les yeux les mystères de sa vie, de sa passion et de sa

gloire, puisque ce sont autant de bienfaits dont Il nous a

favorisés et par lesquels Il nous a montré l'excès de son

amour pour notre salut. "O vous tous qui passez, dit-il,

arrêtez-vous et considérez s'il y eut jamais douleurs

semblables aux douleurs que j'endure pour votre amour.

Souvenez-vous de ma pauvreté et de mes abaissements, pensez à

l'absinthe et au fiel que j'ai pris pour vous dans ma

passion".

Ces paroles et beaucoup d'autres qu'on pourrait alléguer

nous convainquent assez de l'obligation que nous avons de ne

pas nous contenter de réciter le Rosaire vocalement en

l'honneur de Jésus-Christ et de la sainte Vierge, mais de le

réciter avec la méditation des mystères sacrés.

68. Jésus-Christ, le divin

Epoux de nos âmes, notre très doux

ami, Jésus désire que nous nous souvenions de ses bienfaits et

que nous les estimions sur toutes choses; il a une joie

accidentelle, aussi bien que la sainte Vierge avec tous les

saints du paradis, lorsque nous méditons dévotement et avec

affection sur les mystères sacrés du Rosaire, qui sont les

effets les plus signalés de son amour pour nous et les plus

riches présents qu'il puisse nous faire, puisque c'est par de

tels présents que la sainte Vierge même et tous les saints

jouissent de la gloire.

La bienheureuse Angèle de Foligno pria un jour Notre-

Seigneur de lui enseigner à quel exercice elle l'honorerait le

plus. Il lui apparut attaché à la croix et lui dit: "Ma fille,

regarde mes plaies". Elle apprit de ce très aimable Sauveur

que rien ne lui est plus agréable que la méditation de ses

souffrances. Ensuite il lui découvrit les blessures de sa tête

et plusieurs circonstances de ses tourments et lui dit: "J'ai

souffert tout cela pour ton salut, que peux-tu faire qui égale

mon amour pour toi?"

69. Le saint sacrifice de la messe honore infiniment la très

sainte Trinité, parce qu'il représente la passion de Jésus-

Christ et que nous y offrons les mérites de son obéissance, de

ses souffrances et de son sang. Toute la cour céleste en

reçoit aussi une gloire accidentelle, et plusieurs docteurs,

avec saint Thomas, nous disent pour la même raison, qu'elle se

réjouit de la communion des fidèles, parce que le Saint-

Sacrement est un mémorial de la passion et de la mort de

Jésus-Christ, et que, par ce moyen, les hommes participent à

ses fruits et avancent l'affaire de leur salut.

Or, le saint Rosaire, récité avec la méditation des

mystères sacrés, est un sacrifice de louanges à Dieu pour le

bienfait de notre Rédemption et un dévot souvenir des

souffrances, de la mort et de la gloire de Jésus-Christ. Il

est donc vrai que le Rosaire cause une gloire, une joie

accidentelle à Jésus-Christ, à la sainte Vierge et à tous les

bienheureux, car ils ne désirent rien de plus grand, pour

notre bonheur éternel, que de nous voir occupés à un exercice

aussi glorieux à notre Sauveur et aussi salutaire pour nous.

70. L'Evangile nous assure qu'un pécheur qui se convertit et

fait pénitence cause de la joie à tous les anges. Si c'est

assez pour réjouir les anges qu'un pécheur quitte ses péchés

et en fasse pénitence, quelle joie, quelle jubilation sera-ce

pour toute la cour céleste, quelle gloire pour Jésus-Christ

même, de nous voir sur la terre, méditer dévotement et avec

amour sur ses abaissements, sur ses tourments, sur sa mort

cruelle et ignominieuse? Y a-t-il rien de plus efficace, pour

nous toucher et nous porter à une sincère pénitence?

Le chrétien qui ne médite pas sur les mystères du Rosaire

montre une grande ingratitude pour Jésus-Christ et le peu

d'estime qu'il fait de tout ce que le divin Sauveur a souffert

pour le salut du monde. Sa conduite semble dire qu'il ignore

la vie de Jésus-Christ, qu'il se met fort peu en peine

d'apprendre ce qu'il a fait, ce qu'il a souffert pour nous

sauver. Ce chrétien doit fort craindre que, n'ayant pas connu

Jésus-Christ, ou que l'ayant mis en oubli, Il ne le rejette au

jour du jugement avec ce reproche: "Je vous dis en vérité que

je ne vous connais point".

Méditons donc sur la vie et les souffrances du Sauveur

par le saint Rosaire, apprenons à le bien connaître et à

reconnaître ses bienfaits, afin qu'il nous reconnaisse pour

ses enfants et pour ses amis au jour du jugement.

71. Les saints faisaient leur principale étude de la vie de

Jésus-Christ, ils ont médité sur ses vertus et sur ses

souffrances, et, par ce moyen, ils sont arrivés à la

perfection chrétienne. Saint Bernanrd a commencé par cet

exercice, qu'il a toujours continué. "Dès le commencement de

ma conversion, dit-il, je fis un bouquet de myrrhe composé des

douleurs de mon Sauveur; je mis ce bouquet sur mon coeur,

pensant aux fouets, aux épines et aux clous de la passion.

J'appliquai tout mon esprit à méditer tous les jours sur ces

mystères".

C'était aussi l'exercice des saints martyrs: nous

admirons comment ils ont triomphé des plus cruels tourments.

D'où pouvait venir cette admirable constance des martyrs, dit

saint Bernard, sinon des plaies de Jésus-Christ, sur

lesquelles ils faisaient leur plus fréquente méditation? Où

était l'âme de ces généreux athlètes, lorsque leur sang

coulait et que leur corps était broyé par les supplices? Leur

âme était dans les plaies de Jésus-Christ et ces plaies les

rendaient invincibles.

72. La très sainte Mère du Sauveur ne s'est occupée toute sa

vie qu'à méditer sur les vertus et les souffrances de son

Fils. Lorsqu'elle entendit les anges chanter à sa naissance

leur cantique d'allégresse, lorsqu'elle vit les pasteurs

l'adorer dans l'étable, son esprit fut rempli d'admiration et

elle méditait toutes ces merveilles. Elle comparait les

grandeurs du Verbe incarné à ses profonds abaissements; la

paille et la crèche, à son trône et au sein de son Père; la

puissance d'un Dieu, à la faiblesse d'un enfant; sa sagesse, à

sa simplicité.

La sainte Vierge dit un jour à sainte Brigitte: "Lorsque

je contemplais la beauté, la modestie, la sagesse de mon Fils,

mon âme était transportée de joie, et lorsque je considérais

ses mains et ses pieds qu'on percerait avec des clous, je

versais un torrent de larmes, le coeur me fendait de tristesse

et de douleur".

73. Après l'Ascension de Jésus-Christ, la sainte Vierge passa

le reste de sa vie à visiter les lieux que ce divin Sauveur

avait sanctifiés par sa présence et par ses tourments. Là,

elle méditait sur l'excès de sa charité et sur les rigueurs de

sa passion. C'était encore l'exercicie continuel de Marie-

Madeleine pendant les trente années qu'elle vécut dans la

Sainte-Baume. Enfin saint Jerôme dit que c'était la dévotion

des premiers fidèles. De tous les pays du monde ils venaient

en Terre Sainte pour graver plus profondément dans leurs

coeurs l'amour et le souvenir du Sauveur des hommes, par la

vue des objets et des lieux qu'il avait consacrés par sa

naissance, par ses travaux, par ses souffrances et par sa

mort.

74. Tous les chrétiens n'ont qu'une foi, n'adorent qu'un

Dieu, n'espèrent qu'une même félicité dans le ciel; ils ne

connaissent qu'un médiateur qui est Jésus-Christ; tous doivent

imiter ce divin modèle, et pour cela considérer les mystères

de sa vie, de ses vertus et de sa gloire. C'est une erreur de

s'imaginer que la méditation des vérités de la foi et des

mystères de la vie de Jésus-Christ ne regarde que les prêtres,

les religieux et ceux qui se sont retirés des embarras du

monde. Si les religieux et les ecclésiastiques sont obligés de

méditer sur les grandes vérités de notre sainte religion pour

répondre dignement à leur vocation, les gens du monde y sont

au moins autant obligés, à cause des dangers où ils sont tous

les jours de se perdre. Ils doivent donc s'armer du fréquent

souvenir de la vie, des vertus et des souffrances du Sauveur,

que nous représentent les quinze mystères du saint Rosaire.

25 Rose

RICHESSE DE SANCTIFICATION

RENFERMEES DANS LES PRIERES

ET LES MEDITATIONS DU ROSAIRE.

75. Jamais personne ne pourra comprendre les richesses

admirables de sanctification qui sont renfermées dans les

prières et dans les mystères du saint Rosaire. Cette

méditation des mystères de la vie et de la mort de Notre-

Seigneur Jésus-Christ est, pour tous ceux qui en font usage,

la source des fruits les plus merveilleux. Aujourd'hui, on

veut des choses qui frappent, qui émeuvent, qui produisent

dans l'âme des impressions profondes. Qu'y a-t-il au monde de

plus émouvant que cette histoire merveilleuse de notre

Rédempteur se déroulant à nos yeux en quinze tableaux nous

rappelant les grandes scènes de la vie, de la mort et de la

gloire du Sauveur du monde? Quelles prières sont plus

excellentes et plus sublimes que l'Oraison dominicale et l'Ave

de l'ange? Là sont renfermés tous nos désirs, tous nos

besoins.

76. La méditation des mystères et des prières du Rosaire est

la plus facile de toutes les oraisons, parce que la diversité

des vertus, des états de Jésus-Christ que l'on étudie, récrée

et fortifie merveilleusement l'esprit et empêche les

distractions. Les savants trouvent dans ces formules la

doctrine la plus profonde, et les petits, les instructions les

plus familières.

Il faut passer par cette méditation facile, avant de

s'élever au degré le plus sublime de la contemplation. Telle

est la pensée de saint Thomas d'Aquin, et le conseil qu'il

nous donne, quand il dit qu'il faut s'exercer d'abord comme

dans un champ de combat par l'acquisistion de toutes les

vertus dont nous avons le parfait modèle dans les mystères du

Rosaire; car c'est là, dit le savant Cajetan, que nous

acquerrons l'union intime avec Dieu, sans laquelle la

contemplation n'est qu'une illusion capable de séduire les

âmes.

77. Si les faux illuminés de nos jours ou les quiétistes

avaient suivi ce conseil, ils n'auraient pas fait de si

terribles chutes, ni causé tant de scandales dans la dévotion.

C'est une étrange illusion du démon de croire qu'on puisse

faire des oraisons plus sublimes que celles du Pater et de

l'Ave, en abandonnant ces divines oraisons qui sont le

soutien, la force et la garde de l'âme.

J'avoue qu'il n'est pas toujours nécessaire de les

réciter vocalement et que la prière intérieure, en un sens,

est plus parfaite que la vocale; mais je vous assure qu'il est

très dangereux, pour ne pas dire pernicieux, de quitter de son

propre mouvement la récitation du chapelet ou du Rosaire sous

prétexte d'une plus parfaite union à Dieu. L'âme finement

orgueilleuse, trompée par le démon du midi, fait tout ce

qu'elle peut intérieurement pour s'élever au degré sublime des

oraisons des saints, méprise et quitte pour cela ses anciennes

manières de prier, bonnes pour les âmes du commun. Elle ferme

d'elle-même l'oreille aux prières et au salut d'un ange et

même à l'oraison qu'un Dieu a faite, pratiquée et commandée:

"Sic orabitis: Pater noster" et Vous prierez ainsi, et, par

là, elle tombe d'illusion en illusion, et de précipice en

précipice.

78. Croyez-moi, mon cher confrère du Rosaire, voulez-vous

arriver à un haut degré d'oraison sans pourtant l'affecter et

sans tomber dans les illusions du démon si ordinaires aux

personnes d'oraison, dites tous les jours, si vous pouvez,

votre Rosaire entier ou du moins le chapelet.

Y êtes-vous déjà arrivé par la grâce de Dieu, si vous

voulez vous y conserver et y croître dans l'humilité,

conservez la pratique du saint Rosaire, car jamais une âme qui

dit son Rosaire tous les jours ne sera formellement hérétique

ni trompée par le démon; c'est une proposition que je

signerais de mon sang.

Si cependant Dieu, par sa très grande miséricorde, vous

attire au milieu de votre chapelet aussi puissammment que

quelques saints, laissez-vous aller à son attrait, laissez

Dieu opérer et prier en vous et y réciter le Rosaire à sa

manière, et que celui-là vous suffise dans la journée.

Mais si vous n'êtes que dans la contemplation active ou

oraison ordinaire, de quiétude, de présence de Dieu et

d'affection, vous avez encore moins de raison de quitter le

Rosaire, et bien loin de reculer dans l'oraison et la vertu en

le récitant, qu'au contraire, il vous sera un aide merveilleux

et la véritable échelle de Jacob, où il y avait 15 échelons,

par lesquels vous irez de vertu en vertu, de lumières en

lumières, et arriverez facilement sans tromperie jusqu'à la

plénitude de l'âge de Jésus-Christ.

79. Gardez-vous bien d'imiter l'opiniâtreté de cette dévote

de Rome dont les merveilles du Rosaire parlent tant. C'était

une personne si dévote et si fervente qu'elle faisait

confusion par sa sainte vie aux religieux les plus austères de

l'Eglise de Dieu.

Voulant consulter saint Dominique et s'étant confessée à

lui, il lui imposa pour pénitence de dire un seul Rosaire et

par conseil de le dire tous les jours. Elle s'excusa sur ce

sujet et dit qu'elle a ses exercices réglés, qu'elle gagne

tous les jours les stations de Rome, qu'elle porte la haire,

le cilice, qu'elle prend la discipline plusieurs fois par

semaine, qu'elle fait tant de jeûnes et autres pénitences.

Saint Dominique la presse et represse à suivre son conseil,

elle n'en veut rien faire; elle sort comme scandalisée du

confessionnal de voir le procédé de ce nouveau directeur pour

elle, qui lui voulait persuader une dévotion qu'elle ne

pouvait goûter.

Voilà qu'étant en oraison et ravie en extase, elle voit

son âme obligée de paraître devant le Souverain Juge. Saint

Michel met toutes ses pénitences et autres prières dans un

bassin de la balance et de l'autre tous ses péchés et

imperfections. Saint Michel hausse la balance, le bassin de

ses bonnes oeuvres s'en va en l'air et ne peut contrepeser le

bassin de ses péchés et imperfections. Tout alarmée, elle crie

miséricorde, elle s'adresse à la sainte Vierge, son avocate,

laquelle laissa tomber dans le bassin de ses bonnes oeuvres le

seul Rosaire qu'elle avait dit pour pénitence, lequel fut si

pesant qu'il contrepesa tous ses péchés aussi bien que toutes

ses bonnes oeuvres. Elle fut reprise en même temps de la

sainte Vierge de ce qu'elle avait refusé de suivre le conseil

de son serviteur Dominique, de dire le saint Rosaire tous les

jours. Etant revenue à elle-même, elle alla se jeter aux pieds

de saint Dominique, lui raconta ce qui lui était arrivé, lui

demanda pardon de son incrédulité, promit de dire le Rosaire

tous les jours et arriva par ce moyen à la perfection

chrétienne, et à la gloire éternelle.

Apprenez de là, personnes d'oraison, la force, le prix et

l'importance de cette dévotion du saint Rosaire avec la

méditation des mystères.

80. Quoi de plus élevé en oraison que sainte Madeleine, qui

était portée sept fois le jour par les anges au-dessus du

Saint Pillon, laquelle avait été à l'école de Jésus-Christ et

de sa sainte Mère, et, cependant, lorsqu'elle demandait un

jour à Dieu un bon moyen pour s'avancer en son amour et

arriver à la plus haute perfection, l'archange saint Michel

vient de la part de Dieu lui dire qu'il n'en savait point

d'autre que de considérer au milieu d'une croix, qu'il lui

planta au devant de sa caverne, les mystères douloureux

qu'elle avait vu opérer de ses propres yeux.

Que l'exemple de saint François de Sales, ce grand

directeur des âmes spirituelles de son siècle, vous oblige à

vous rendre d'une si sainte confrérie, puis que, tout saint

qu'il était, il s'obligea par voeu de le dire tout entier tous

les jours autant de temps qu'il vivrait.

Saint Charles Borromée le récitait aussi tous les jours

et recommandait fort cette dévotion à ses prêtres et

ecclésiastiques dans les séminaires et à tout son peuple.

Le bienheureux Pie V, l'un des grands papes qui ait

gouverné l'Eglise, récitait tous les jours le Rosaire. Saint

Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence, saint Ignace,

saint François Xavier, saint François de Borgia, sainte

Thérèse, saint Philippe de Néri, pllusieurs autres grands

hommes que je passe sous silence, ont excellé en cette

dévotion. Suivez leurs exemples, vos directeurs en seraient

bien aise, et s'ils sont informés des fruits que vous en

pouvez retirer, ils vous y exciteront les premiers.

81. Pour vous animer encore davantage à cette dévotion des

grandes âmes, j'ajoute que le Rosaire récité avec la

méditation des mystères:

2 purifie nos âmes du péché; 3 nous rend victorieux de tous nos ennemis; 4 nous

rend la pratique des vertus facile;

5 nous embrase de l'amour de Jésus-Christ; 6 nous enrichit de grâces et de mérites; 7

nous fournit de quoi payer toutes nos dettes à Dieu et aux

hommes, et enfin, nous fait obtenir de Dieu toutes sortes de

grâces.

82. La connaissance de Jésus-Christ est la science des

chrétiens et la science du salut; elle surpasse, dit saint

Paul, toutes les sciences humaines en prix et en excellence:

1 pour la dignité de son objet, qui est un Dieu homme, en

présence duquel tout l'univers n'est qu'une goutte de rosée ou

un grain de sable; 2 pour son utilité; les sciences humaines

ne nous remplissent que de vent et de fumée de l'orgueil; 3

pour sa nécessité; car on ne peut être sauvé, si on n'a la

connaissance de Jésus-Christ, et celui qui ignore toutes les

autres sciences sera sauvé, pourvu qu'il soit éclairé de la

science de Jésus-Christ. Heureux Rosaire qui nous donne cette

science et connaissance de Jésus-Christ, en nous faisant

méditer sa vie, sa mort et passion et sa gloire.

La reine de Saba, admirant la sagesse de Salomon,

s'écria: "Heureux vos domestiques et vos serviteurs qui sont

toujours en votre présence et entendent les oracles de votre

sagesse"; plus heureux les fidèles qui méditent attentivement

la vie, les vertus, les souffrances et la gloire du Sauveur,

parce qu'ils acquièrent par ce moyen, sa parfaite connaissance

dans laquelle consiste la vie éternelle. Haec est vita

aeterna.

83. La sainte Vierge a révélé au bienheureux Alain

qu'aussitôt que saint Dominique prêcha le Rosaire, les

pécheurs endurcis furent touchés et pleurèrent amèrement leurs

crimes; les jeunes enfants même firent des pénitences

incroyables, la ferveur fut si grande, partout où il prêchait

le Rosaire, que les pécheurs changèrent de vie et édifièrent

tout le monde par leurs pénitences et l'amendement de leur

vie.

Si vous sentez votre conscience chargée de quelques

péchés, prenez votre Rosaire, en récitant une partie en

l'honneur de quelques mystères de la vie, de la passion ou de

la gloire de Jésus-Christ, et soyez persuadé que, pendant que

vous méditerez et honorerez ces mystères, Il montrera ses

plaies sacrées à son Père au ciel. Il plaidera pour vous et

vous obtiendra la contrition et le pardon de vos péchés. Il

dit un jour au bienheureux Alain: "Si ces misérables pécheurs

récitaient souvent mon Rosaire, ils participeraient aux

mérites de ma passion, et, comme leur Avocat, j'apaiserais la

divine Justice".

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