Naturalis Historia (page 20)

Pline l'Ancien · Arts Libéraux

Texte français, domaine public · Source : remacle.org · 27 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LXXIV. [1] Pour l'érysipèle on emploie: l'aizoon, les feuilles pilées de la ciguë, la racine de la mandragore. On la coupe en rondelles comme le concombre, et d'abord on la suspend sur du vin qui cuve, puis à la fumée; ensuite on la broie dans du vin ou du vinaigre. Il est encore bon d'employer en topique : le vin de myrte, deux onces de menthe, une once de soufre vif, le tout pilé ensemble dans du vinaigre; la suie, dans du vinaigre. Il y a plusieurs espèces d'érysipèles, entre autres celui qui, occupant la demi-circonférence du corps, est appelé zoster, et qui tue s'il en occupe toute la circonférence : pour cet érysipèle on emploie le plantain avec la terre cimoliée, la verveine seule, la racine de la persolata; pour les érysipèles serpigineux, la racine du cotylédon avec du vin miellé, l'aizoon, le suc de la mercuriale dans du vinaigre.

LXXV. (XII.) [1] On emploie en topique pour les luxations la racine de polypode. La douleur et les gonflements sont guéris par la graine de psyllium, par les feuilles de plantain pilées avec un peu de sel, par la graine de verbascum bouillie dans du vin et pilée, par la ciguë avec de l'axonge. On emploie en topique les feuilles de l'éphémerum (XXV, 107) sur les tumeurs et les engorgements qui sont encore susceptibles de résolution.

LXXVI. [1] C'est surtout dans les yeux que l'effet de la jaunisse parait singulier : comment la bile pénètre-t-elle des membranes aussi ténues et aussi denses? Hippocrate (Aph., IV, 62 et 64) a enseigné que dans la fièvre la jaunisse après le septième jour est un symptôme mortel; nous savons pourtant que plusieurs ont vécu même après ce funeste pronostic. Au reste, la jaunisse vient aussi sans fièvre; on la combat par la grande centaurée, prise comme nous avons dit (XXV, 30) en boisson; par la bétoine; par l'agaric, trois oboles dans un cyathe de vin vieux; par les feuilles de verveine, trois oboles dans une hémine de vin chaud, pendant quatre jours.

[2] Mais le remède le plus actif est le suc de la quintefeuille, trois cyathes en potion avec du sel et du miel. On prend en potion la racine de cyclaminos à la dose de trois drachmes, dans un lieu chaud et à l'abri de tout refroidissement; en effet, elle provoque des sueurs couleur de bile. On emploie les feuilles de tussilage dans de l'eau; la graine des deux espères de mercuriale, mêlée à la boisson, ou bouillie soit avec de l'absinthe, soit avec des pois chiches; les baies de l'hysope prises avec de l'eau ; le lichen, en observant, pendant qu'on en use, de s'abstenir de toute autre sorte d'herbage; le polythrix (XXV, 83), donné dans du vin; la saponaire, dans du vin miellé.

LXXVII. [1] Il survient assez communément, et dans toutes les parties du corps, une éruption qui cause de très grandes incommodités, et qu'on nomme furoncle, maladie quelquefois mortelle chez les personnes épuisées; on emploie dans ce cas les feuilles de pycnocomum (scabiosa ambrosioides, Sibth.) pilées avec de la polenta; il faut que le furoncle n'ait pas encore fait pointe. Les feuilles de l'éphedrum (XXVI, 20 ), en topique, dissipent aussi les furoncles.

LXXVIIII. [1] Des fistules se creusent dans toutes les parties du corps, par la faute des médecins qui pratiquent mal les incisions. On les traite par la petite centaurée, en y ajoutant des lotions avec le miel bouilli; par le suc de plantain en injection; par la quintefeuille, avec du sel et du miel; par le ladanum, avec le castoréum; par le cotylédon, avec de la moelle de cerf, le tout appliqué chaud; par la moelle de la racine du verbascum, réduite à la ténuité d'un collyre, et injectée dans la fistule; par la racine de l'aristoloche; par le suc du tithymale.

LXXIX. [1] Les collections et les inflammations se guérissent par les feuilles de l'argémone en cataplasme. Pour les duretés et collections de toute sorte on emploie la verveine, ou la quintefeuille bouillie dans du vinaigre; les feuilles ou la racine du verbascum ; l'hysope appliquée dans du vin; la racine de l'acoron, tout en fomentant la partie malade avec la décoction de cette plante; par l'aizoon. On traite les contusions, les duretés et les ulcères sinueux, par l'illecebra (sedum acre, L.) (XXV, 103). On obtient l'extraction de tous les corps étrangers entrés dans les chairs, à l'aide des feuilles du tussilage, du daucus, de la graine de léontopodium (evax pygmaeus) pilée dans de l'eau avec de la polenta. Sur les suppurations ou applique les feuilles du pycnocomum (XXVI, 77 ) pilées avec la polenta, ou la graine de cette plante, ou l'orchis. Un remède excellent pour les affections des os, c'est, dit-on, la racine du satyrion en topique. Pour les ulcères rongeants et toutes les collections ou emploie l'algue marine (XXVI, 66) avant qu'elle soit desséchée. La racine d'alcea (XXVII, 6) dissipe les collections.

LXXX. [1] Les brûlures se guérissent à l'aide du plantain, de la bardane, au point qu'on n'en voit pas la marque. On emploie en topique les feuilles de cette dernière plante, bouillies dans l'eau et pilées; les racines du cyclaminos, avec l'aizoon; l'espèce d'hypéricon que nous avons appelé corion (XXVI, 52).

LXXXI. [1] Aux nerfs et aux articulations conviennent : le plantain pilé avec du sel, l'argémone broyée dans du miel. On frotte avec le suc du peucedanum les personnes affectées de spasme, de tétanos. Pour les duretés des nerfs on emploie en topique le suc de l'aegilops (XXV, 93); pour les douleurs, l'érigeron dans du vinaigre. En cas de spasme et d'opisthotonos, il est avantageux d'être frotté avec l'épithymum (XXVI, 35), avec la graine de l'hypéricon appelé coris (XXVI, 53 ), et de prendre en boisson cette même graine. Le phryidon (XXV, 76) guérit, dit-on, même les nerfs coupés si on l'applique immédiatement, pilé ou mâché. Pour le spasme, Le tremblement, l'opisthotonos, on administre en boisson la racine d'alcea (XXVII, 6) dans de l'eau miellée. De cette manière aussi elle réchauffe dans les frissons.

LXXXII. [1] La graine rouge de la pivoine arrête l'écoulement du sang; même propriété dans la racine; mais c'est au clymenos (XXV, 33) qu'il faut avoir recours quand le sang est rejeté ou par la bouche, ou par les narines, ou parle siège, ou pur l'utérus. On emploie la lysimachia, soit en boisson, soit en topique, soit introduite dans les narines; la graine du plantain ; la quintefeuille en boisson et en topique; la graine de ciguë pilée dans de l'eau et introduite dans les narines, si le sang s'échappe par cette voie; l'aizoon (XXV, 102), la racine d'astragale. Le sang est encore arrêté par l'ischaemon (XXV, 45) et par l'achillea.

LXXXIII. (XIII.) [1] L'equisetum, appelé hippuris par les Grecs (oquisetum limosum, L. ), et que nous avons condamné en parlant des prés (XVIII, 67, 8) (c'est une espèce de poil de la terre, semblable à des crins de cheval ), l'equisetum consume la rate des coureurs (XI, 80) : on le fait bouillir dans un vase de terre neuf, autant que le vase en peut contenir, jusqu'à réduction de deux tiers : pendant trois jours on boit une hémine de cette décoction; avant de s'y mettre, on s'abstient pendant un jour entier de tout aliment gras. Les Grecs varient sur cette plante : suivant les un, qui le nomment hippuris. Il a les feuilles semblables à celles du pin, et est noirâtre ; il possède des vertus tellement admirables, qu'il suffit d'en toucher le malade pour arrêter les hémorragies; suivant les autres, cette plante, appelée tantôt hippuris, tantôt ephedros, tantôt anabase (ephedra fragilis, L. ), croît auprès des arbres, sur lesquels elle grimpe, et d'où elle pend en touffes chevelues, nombreuses, noires comme est la queue des chevaux : elle a les branches articulées ; peu de feuilles, minces et petites ;

[2] la graine ronde, semblable à celle de la coriandre; la racine ligneuse; on la trouve principalement dans les lieux boisés. Elle a des propriétés astringentes. Le suc, renfermé dans les narines, arrête l'épistaxis; il arrête aussi le cours de ventre. Pris à la dose de trois cyathes dans du vin doux, il guérit la dysenterie; il est diurétique. Il guérit la toux, l'orthopnée, les ruptures, les affections serpigineuses. On prend en potion les feuilles pour les maladies des intestins et de la vessie. Il contient l'entérocèle. On décrit encore un autre hippuris (equisetum telmateia), à touffes plus courtes, plus molles, plus blanches. On prétend que celui-ci est très bon pour la coxalgie, et, appliqué avec du vinaigre, pour les plaies, à cause ide sa propriété hémostatique. On applique aussi sur les plaies le nymphaea pilé. Le peucedanum avec la graine de cyprès se prend en potion, lorsque le sang est rejeté par la bouche ou s'échappe par les voies inférieures. Le sidéritis (XXV, 15) a tant de puissance, qu'attaché à la blessure même récente d'un gladiateur il ferme le passage au sang, effet que produisent aussi la cendre ou le charbon de la férule, et, avec plus d'efficacité encore, le champignon qui croît près de la racine de cette plante.

LXXXIV. [1] Pour l'épistaxis on regarde comme efficace la graine de ciguë pilée dans de l'eau et introduite dans la narine, la stéphanornélis dans de l'eau. La poudre de bétoine prise dans du lait de chèvre et le plantain pilé arrêtent le sang qui s'échappe par la mamelle. On donne dans les vomissements de sang le suc de plantain. Pour les éruptions erratiques du sang on recommande la racine de persolata, appliquée avec du vieux oing.

LXXXV. [1] Pour les ruptures, les convulsions, les chutes de haut, on recommande la grande centaurée, la racine de gentiane pilée ou bouillie, le suc de bétoine, qui convient aussi aux maladies causées par les efforts de la voix ou de la poitrine, le ;milices, le scordion, l'aristoloche en boisson. Pour les contusions et les chutes on emploie l'agaric en boisson, à la dose de deux oboles dans trois cyathes de vin miellé, ou, s'il y a fièvre, dans de l'eau miellée; le verbascum à la fleur d'un jaune d'or, la racine d'acoron, toutes les espèces d'aizoon ; mais le suc de la plus grande a le plus d'efficacité; la décoction de la racine de grande consoude, le daucus cru. L'érysithales (cnicus erysithales, Wild.), dont la fleur est jaune et la feuille semblable à celle de l'acanthe, se prend en potion dans du vin; de même le chamaerops (XXIV, 80); l'irio (XVIII, 10, 7), dans un potage; le plantain, de toutes les façons.

LXXXVI. [1] Le phtiriasis, qui enleva le dicta teur Sylla (XI, 39; XX, 32 ), et qui engendre dans le sang même du patient les insectes destinés a ronger le corps, est combattu par le suc de l'uva taminia (XXIII, 13 et 14) ou celui de l'ellébore; on frotte le malade avec ces sucs, mêlés à l'huile. L'uva taminia, bouilli dans du vinaigre, débarrasse les hardes de cette vermine.

LXXXVII. (XIV.) [1] Il y a des ulcères de beaucoup d'espèces, et on les traite de plusieurs manières différentes. La racine de tous ses panacès, dans du vin chaud, s'emploie en typique sur les ulcères fluents. Le panacès que nous avons appelé chironion (XXV, 13) est particulièrement dessiccatif. Pilé avec du miel, il ouvre les tumeurs; on s'en sert pour les ulcères serpigineux qui sont désespérés, en l'amalgamant avec la fleur de cuivre traitée par le vin ; et pour cela on se sert soit de la fleur, soit de la graine, soit de la racine. La même plante, avec la polenta, est bonne pour les vieilles plaies, que détergent aussi l'héraclion sidérion (XXV, 15), l'apollinaris, le psyllium, la tragacantha, le scordotis avec du miel.

[2] La poudre de scordotis jetée seule sur les fongosités les consume. La polemonia guérit les ulcères appelés cacoèthes. La grande centaurée, en cataplasme ou saupoudrée sur le mal, les feuilles de la petite bouillies ou pilées, détergent aussi et guérissent les vieux ulcères. On applique sur les plaies récentes les follicules du clymenos. Sur les ulcères serpigineux on applique de la gentiane, soit la racine pilée ou bouillie dans de l'eau jusqu'à consistance de miel, soit le suc; sur les plaies, le lycium (sorte d'onguent) (XXIV,77) préparé avec la gentiane.

[3] La lysimachia guérit les plaies récentes; le plantain, les plaies de toute espèce, particulièrement celles des femmes, des vieillards et des enfants. Cette plante, attendrie par l'action du feu, est meilleure : avec du cérat, elle déterge les ulcères à bords épais, et elle arrête les ulcères rongeants ; Il faut, après l'avoir appliquée pilée, la recouvrir de ses propres feuilles. La chélidoine dessèche les suppurations, les collections et les clapiers. Elle dessèche si bien les plaies, qu'on l'emploie au lieu de spode. On l'applique avec de l'axonge sur les plaies désespérées. Le dictame (XXV, 53) à l'intérieur fait tomber les flèches, et à l'extérieur fait sortir des chairs les autres traits;

[4] on la prend en boisson, une obole des feuilles dans un cyathe d'eau. Même propriété à peu près dans le pseudo-dictame. Ces deux plantes dissipent aussi les suppurations. L'aristoloche cautérise les ulcères putrides, déterge, avec du miel, les ulcères sordides, et enlève les vers ainsi que les callosités qui se forment dans les ulcères, tous les corps étrangers enfoncés dans les chairs, particulièrement les flèches, et, avec de la résine, les esquilles osseuses; seule, elle remplit les cavités des ulcères; avec l'iris, dans du vinaigre, elle ferme les plaies récentes. La verveine, la quintefeuille avec du sel et du miel, cicatrisent les vieux ulcères.

[5] Les racines de la persolata s'appliquent sur les blessures récentes faites par le fer; les feuilles, sur les vieilles plaies; les unes et les autres avec de l'axonge, et par-dessus on met les feuilles de la plante. Le damasonium s'emploie comme pour les scrofules (XXVI, 121. Les feuilles du verbascum s'emploient dans du vinaigre ou dans du vin. La verveine est bonne pour toutes les espèces d'ulcères soit calleux, soit putrides. La racine du nymphaea heraclia guérit les ulcères fluents; de même la racine du cyclaminos, soit seule, soit dans du vinaigre, soit avec du miel. La même racine est bonne contre les stéatomes; l'hysope, contre les ulcères fluents, ainsi que le peucedanum, qui a tant de puissance pour les plaies récentes, qu'il fait exfolier les os. Les anagallis ont les mêmes propriétés ; ils arrêtent les ulcères rongeants et les fluxions; ils sont avantageux aussi dans les plaies récentes, surtout chez les vieillards.

[6] Les feuilles fraîches de la mandragores avec le cérat s'emploient pour les apostèmes et les ulcères de mauvaise nature; pour les plaies on se sert de la racine, avec du miel ou de l'huile. La ciguë incorporée à de la farine avec du vin, et l'aizoon, guérissent les herpès, les ulcères rongeants, les ulcères putrides. L'érigeron s'emploie pour les ulcères vermineux. Pour les plaies récentes on se sert de la racine d'astragale. Les vieux ulcères sont détergés par les deux espèces d'hypoeisthis. La graine du léontepodium pilée dans de l'eau, et appliquée avec de la polenta, fait sortir des chairs le fer des flèches; de même la graine du pycnocome. Le tithymale characias, soit par son suc, soit par la décoction de ses branches avec de la polenta et de l'huile, arrête les ulcères gangréneux, phagédéniques, putrides. Autant font les racines de l'orchis; et de plus, soit sèches, soit récentes, dans du vinaigre et du miel, elles guérissent les ulcères cacoèthes. L'oenothéra (XXVI, 69), employé seul, guérit les ulcères qui deviennent malins. Les Scythes traitent les plaies avec la scythice (XXV, 42).

[7] L'argémone dans du miel est très bonne pour 'les carcinomes. Pour les plaies trop tôt fermées on emploie la racine d'asphodèle bouillie comme nous avons dit (XXII, 33 ), pilée avec de la polenta, et appliquée; pour toutes les espèces de plaies, l'apollinaris. La racine d'astragale réduite en poudre est .bonne pour les ulcères humides; de même le callithrix (XXII, 30) bouilli dans de l'eau. On se sert en particulier, pour les ulcérations produites par la chaussure, de la verveine, de la lysimachia pilée, du nymphaea séché, et réduit en poudre. Pour ces mimes ulcérations invétérées le polythrix vaut mieux.

LXXXVIII. [1] Le polycnemon (ziziphora captata, L.) ressemble à la cunila bubula : il a la graine du pouliot, beaucoup de rejetons, de nombreuses articulations, des tètes de fleur d'une odeur forte et agréable. Mâché on l'applique sur les plaies faites par le fer, et ou ne l'enlève que le cinquième jour. La grande consoude cicatrise rapidement; de même le sidéritis. On fait de ce dernier un cataplasme avec le miel. La graine et les feuilles da verbascum, cuites dans du vin et pilées, font sortir tous les corps étrangers enfoncés dans les chairs; de même les feuilles de la mandragore avec de la polenta ; de même les racines du cyclaminos avec du miel. Les feuilles du trixago broyées dans de l'huile s'appliquent surtout sur les ulcères serpigineux, ainsi que l'algue broyée dans du miel. La bétoine s'emploie pour les carcinomes et les vieilles taches noires, avec addition de sel.

LXXXIX. [1] Les verrues sont enlevées par l'argémone dans du vinaigre, ou par la racine du batrachion (XXV, 109 ), qui fait tomber aussi les ongles malades, par les feuilles ou le suc, employé en topique, des deux mercuriales. Toutes les espèces de tithymale enlèvent toutes sortes de verrues, toutes les excroissances membraneuses, et les boutons du visage. Le ladanum donne une belle couleur aux cicatrices. (XV.) Le voyageur qui porte de l'armoise (XXV, 81) et de la sauge attachées sur lui ne ressent point, dit-on, de lassitude.

XC. [1] Un spécifique universel pour les maladies des femmes est la graine noire de la pivoine (XXV, 10) dans de l'eau miellée; une vertu emménagogue appartient à la racine de la même plante. La graine du panacès avec l'absinthe, le scordotis à l'intérieur et à l'extérieur, provoquent les règles et les sueurs. La bétoine, à la dose d'une drachme dans trois cyathes de vin, se prend contre toutes les affections de matrice ou les suites de couches. On arrête les règles trop abondantes avec un cataplasme d'achillea ou un bain de siège dans la décoction de cette plante. Sur les mamelles on applique la graine de la jusquiame dans du vin; sur la vulve la racine en cataplasme; sur les mamelles, la chélidoine.

[2] Les racines de panacès en pessaire font sortir l'arrière-faix en retard ou le foetus mort. Le panacès même, pris dans du vin ou appliqué en pessaire avec du miel, déterge la matrice. La polemonla prise dans du vin chasse l'arrière-faix. L'odeur de cette plante brûlée est bonne pour l'hystérie. Le suc de la petite centaurée, en boisson et en fomentation, est emménagogue, ainsi que la racine de la grande, qui est bonne de la même manière pour les douleurs de la matrice. Cette racine, ratissée et en pessaire, fait sortir le foetus mort. Pour les douleurs de matrice on fait avec le plantain un pessaire dans de la laine; pour les suffocations hystériques on le prend en boisson.

[3] Mais ce qui a le plus d'efficacité, c'est le dictame; il est emménagogue; il fait sortir les foetus morts et ceux qui sont placés de travers. On prend dans de l'eau une obole des feuilles; et il est tellement actif, qu'on se garde même d'en porter dans la chambre de femmes enceintes. Il opère non seulement en boisson, mais encore en topique et en fumigation. Le pseudo-dictame vient après : pour qu'il soit emménagogue, il faut le faire bouillir à la dose d'un denier avec du vin pur. Mais l'aristoloche a plus d'usages : avec de la myrrhe et du poivre, en boisson ou en pessaire, elle est emménagogue, et provoque la sortie de l'arrière-faix et du foetus mort. Cette plante, surtout la petite espèce (XXV, 54), en fomentation, en fumigation ou en pessaire, empêche la chute de la matrice. On guérit les suffocations hystériques et la dysménorrhée, avec l'agaric, trois oboles dans un cyathe de vin vieux ; avec la verveine en pessaire, dans de la graisse de porc récente; avec l'antirrhinon, dans de l'huile rosat et du miel.

[4] La racine du nymphaea de Thessalie (XXV, 37) en pessaire guérit les douleurs de matrice ; prise dans du vin rouge, elle arrête les pertes : au contraire, la racine du cyclaminos en boisson et en pessaire est emménagogue. Un bain de siége dans la décoction de cette plante guérit les affections de la vessie. Le cissanthemos, en boisson, chasse l'arrière-faix, périt la matrice. La racine supérieure du xiphium est emménagogue, une drachme en boisson dans du vinaigre. Le peucedanum, brûlé, soulage par son odeur les suffocations hystériques. Le psyllium, à la dose d'une drachme dans trois cyathes d'eau miellée, fait très bien couler les flueurs blanches. La graine de la mandragore, en potion, déterge la matrice; le suc, en pessaire, provoque l'éruption des règles et la sortie du foetus mort; d'un autre côté, la graine avec du soufre vif (XXXV, 50) arrête les règles trop abondantes : au contraire, le batrachion, en boisson ou en aliment, est emménagogue.

TRAITANT DES AUTRES ESPÈCES D'HERBES ET DE REMÈDES.

I. Études des anciens sur ce sujet. - II. Aconit ou thélyphonon ou cammoron ou pardalianches ou scorpion; remèdes, IV. - III. Aethiopis, IV. - IV. Agératon, IV. - V. Aloès, XXIX. - VI. Alcea, XXIX. - VII. Alypon, I. - VIII Alsine, pour les mêmes usages que l'helxine, V. - IX. Androsaces, VI. - X. Androsermon ou ascyron, VI - XI. Ambrosia ou botrys ou armoise, III. - XII. Anonis ou ononis, V. - XIII. Anagyros ou acopon, III. - XIV. Anonymos, II. - XV. Aparine ou omphacocarpos ou philanthropos, III - XVI. Arction ou arcture, V. - XVII. Asplénon ou hemionios, II. - XVIII. Asclepias, II. - XIX. Aster ou bubonion, III. - XX. Ascyron ou ascyroïdes, II. - XXI. Alfacate, III. - XXII. Alcibium, I. - XXIII. La crête de coq, II. - XXIV. Alon ou symphyton des pierres, XIV. - XXV. Algue rousse, I. - XXVI. Acteae, I. - XXVII. Vigne sauvage, IV. - XXVIIl. Absinthe: espèces, IV; remèdes, XLVIII. - XXIX. Absinthe marine ou seriphium. - XXX. Ballote ou porreau noir, III. - XXXI. Botrys ou ambrosia ou armoise, I. - XXXII. Brabyla, Il. - XXXIII. Bryon marin, V. - XXXIV. Buplevron, I. - XXXV. Catanance, I. Cemos, I. - XXXVI. Calsa, II. - XXXVII. Autre calsa ou anchuse ou rhinochisia, II. - XXXVIII. Cicreae, III. - XXXIX. Cirsion, I. - XL. Crataeognon; espèces, III ; remèdes, VIII. - XLI. Crocodilion, II. - XLII. Orchis ou cynosorchis, IV. - XLIII. Chrysolachanum; espèces, II ; remèdes, III. Coagulum de terre, II. - XLIV. Culicus ou strumus ou strychnos, VI. - XV. Conferva, II. - XLVI. Grain de Gnide, II. - XLVII. Dipacos, III. - XLVIII. Dryopteris, III. - XLIX. Dryophonon, I. - L. Elatine, II. - LI. Empetros ou calcifraga, IX. - LII. Epipactis ou elleborine, II. - LIII. Epimédion, III. - LIV. Ennéaphyllon, III. - LV. Deux espèces de fougères que, parmi les Grecs, les uns appellent pteris, les autres blachnon, ou thelypteris, ou nymphaea pteris. - LVI. Cuisse de bœuf. - LVII. Galeopsis ou galéopdolon ou galion, VI. - LVIII. Glaux, I - LIX. Glaucion, III. Collyrion, II. - LX. Glycyside ou paeonia ou pentorobon, XX. - LXI. Gusphalium ou chamaezélon, VI. - LXII. Gallidraga, I. - LXIII. Holcus, I. - LXIV. Hyosiris, - LXV. Holostéon, III. - LXVI. Hippophaeston, VIII. - LXLII. Hypoglossa, I. - LXVIII. Hypécoon, I. - LXIX. Idaea, IV. - LXX. Isopyron, II. - LXXI. Lathyris, II. - LXXII. Leontopétalon, II. - LXXIII. Lycapsos, II. - LXXIV. Lithospermon ou aegonychon ou dios pyron ou heracleos, II.- LXXV. Mousse qui vient sur les pierres. - LXXVI. Limeum , I. - LXXVII. Leuce ou mésoleuce et leucas, III. - LXXVIII. Leucographis, V. - LXXIX. Médion, III. - LXXX. Myosotis ou myosota, III. - LXXXI. Myagros, I. - LXXXII. Nyma, I. - LXXXIII. Natrix, I. - LXXXIV. Odontitis, I. - LXXXV. Othonna, II - LXXXVI. Onusma, I. - LXXXVII. Onopordon, V. - LXXXVIII. Osyris, IV. - LXXXIX. Oxys, II. - XC. Polyanthemum ou batrachios, III. - XCI. Polygnomon, ou thalassias, ou carcinéthron, ou clema, ou myrtopetalos, ou sanguinaria, ou oreos; espèces, IV; remèdes, XI. - XCII. Pancratium, XII. - XLIII. Peplis ou sycé ou méconion aphrodes, III. - XCIV. Périclyménon, V. - XCV. Pelecinum, I - XCVI. Polygala, I. - XCVII. Potérion, ou phrynion, ou nevars, IV. - XCVIII. Phalangites ou phalangion, ou lescacanthon, IV. - XCIX. Phyteuma, I. - C. Phyllon, I - CI.

Phellandrion, II. - CII. Phalaris, II. - CIII. Polyrrhizon, V. - CIV. Proserpinaca, V. - CV. Rhacoma, XXXVI. - CVI. Réséda, II. - CVII. Stoechas, III. - CVIII. Solanum, que les Grecs appellent strychnos, II.- CIX. Smyrnium, XXXII. Sinon, II. - CX. Teléphion, IV. - CXI. Trichomanes, V. - CXII. Thalitruum. - CXIII. Thalapsi, IV. - CXIV. Trachinia, I. - CXV. Tragonis, I. - CXVI. Tragos ou scorpion, IV. - CXVII. Tragopogon, I. - CXVIII. De la durée des propriétés des herbes. - CXIX. De quelle façon les vertus de chaque plante sont le plus efficaces. - CXX. Maladies particulières à diverses nations.

Résumé : Remèdes, histoires et observations, 752.

Auteurs :

Pompeius Lenaeus, Sextius Niger qui a écrit en grec, Julius Bassus qui a écrit en grec, Autonius Castor, Celse.

Auteurs étrangers:

Théophraste, Apollodore de Citium, Démocrite, Aristogiton, Orphée, Pythagore, Magon, Ménandre quI a écrit des choses utiles à la vie, Nicandre. Médecins :

Mnésisthée, et les mêmes que dans le livre précèdent.

I (I.) [1] Certes, à mesure que j'avance dans mon travail, mon admiration pour l'antiquité augmente. Plus le nombre des plantes dont il me reste à parler est grand, plus je me sens enclin à vénérer chez les anciens tant de zèle à faire des découvertes, tant de générosité à nous les transmettre. Leur libéralité à cet égard semblerait avoir dépassé la munificence même de la nature, si la connaissance des plantes était une œuvre humaine; mais maintenant il est bien évident que c'est l'œuvre des dieux, ou du moins une inspiration divine (01), là même où l'homme a été l'inventeur (02); et que c'est la mère commune de toutes choses qui à la fois les a engendrées et enseignées.

Est-il, si nous voulons convenir de la vérité, est-il dans la civilisation quelque chose de plus merveilleux que de voir l'herbe scythique (XXV, 43) nous arriver des Palus-Méotides, et l'euphorbe du mont Atlas et de par delà les colonnes d'Hercule? de voir dans une autre direction, et la où la nature semble expirer, l'herbe britanica (XXV, 6, 4) apportée des îles de l'Océan situées hors des limites terrestres , et l'herbe aethiopis (XXIII, 3), des contrées brûlées par les astres? de voir enfin cet échange perpétuel, entre les différents points du globe, de plantes utiles à la santé des hommes? Nous le devons à l'immensité majestueuse de la paix romaine, cette paix qui fait connaître aux plages et aux nations les plus éloignées les unes des autres, non seulement les hommes, mais encore les montagnes et leurs pics sourcilleux perdus dans les nuages, leurs productions et leurs végétaux. Puisse être éternel ce bienfait des dieux, qui semblent avoir donné les Romains au monde comme une seconde lumière pour l'éclairer!

II. (II.) [1] Qui pourrait être, je le répète, assez reconnaissant des soins et de la diligence des anciens? Il est certain que de tous les poisons le plus prompt est l'aconit, jusque-là que les femelles des animaux, si on en frotte seulement leurs parties naturelles (XXV, 75 ), meurent le même jour; c'est le poison avec lequel M. Caelius (03) (VII, 50 , 5; XXXV, 46, 5) accusa Calpurnius Bestia d'avoir donné la mort à ses femmes endormies; de la cette péroraison violente contre le doigt meurtrier du coupable. C'est ce poison qui, d'après la mythologie, naquit de l'écume de Cerbère tiré des enfers par Hercule, et qui, pour cette raison, abonde dans les environs d'Héraclée du Pont, où l'on montre le trou conduisant aux enfers (VI, 1).

[2] Et cependant les anciens ont fait tourner l'aconit au profit de la santé de l'homme : il combat le venin des scorpions, ce qu'on a expérimenté en le donnant dans du vin chaud. Telle est la nature de cette plante vénéneuse, qu'elle tue l'homme, à moins qu'elle n'ait chez l'homme quelque chose à tuer; elle s'attaque à cela seul, comme avant trouvé au dedans un ennemi digne d'elle : tout se borne à ce combat de venin à venin, quand elle en rencontre un dans le corps de l'homme; et, chose admirable! deux principes également pernicieux s'anéantissent ainsi l'un l'autre dans l'homme, pour que l'homme ne soit pas anéanti. Bien plus, les anciens nous ont transmis des remèdes neutralisant les bêtes. et ils nous ont appris comment se neutralisent même des animaux venimeux. Au seul attouchement de l'aconit, les scorpions sont frappés de torpeur (XXV, 75) ; ils restent sans couleur et sans mouvement, et semblent avouer leur défaite.

[3] L'ellébore blanc (XXV, 21, 23 et 75) les secourt; le contact de cette plante dissipe leur engourdissement; l'aconit cède alors à deux ennemis, au sien propre, et à celui de tous. Après cela, celui qui penserait qu'aucun homme ait pu jamais faire ces découvertes serait ingrat envers les dieux et leurs présents. On frotte de la chair avec l'aconit, et, pour peu que les panthères en goûtent, elles meurent; sans ce moyen, elles rempliraient le pays qu'elles habitent : c'est pour cela que quelques-uns ont nommé cette plante pardalianches. Mais il est reconnu que ces animaux, en pareil cas, évitent la mort en mangeant des excréments humains (VIII, 41, 4). Qui peut douter que le hasard seul ait fait trouver ce remède, et que toutes les fois que le cas arrive, encore aujourd'hui, il ne soit nouveau pour l'animal, puisque, entre animaux, ni procédés ni expériences ne peuvent se transmettre?

[4] (III.) Le hasard, oui le hasard, voilà donc la divinité à qui nous devons tant d'inventions utiles à la vie ! bien entendu que sons ce nom on comprend la nature, qui produit et enseigne toutes choses; et nous sommes placés entre deux alternatives égales, ou d'admettre qu'à chaque fois les panthères font la découverte dont il s'agit, ou d'admettre que cette connaissance est innée chez elles. A un autre point de vue, il est honteux que tous les animaux, excepté l'homme, connaissent ce qui leur est salutaire. Nos ancêtres ont déclaré que l'aconit est un ingrédient très bon à mêler dans les compositions ophtalmiques, professant de la sorte qu'il n'existe aucun mal sans quelque mélange de bien.

[5] En conséquence, quoique nous n'ayons décrit aucun poison, il doit nous être permis de décrire celui-ci, quand ce ne serait. que pour le faire reconnaître. L'aconit (doronichum pardalianches, L.) a les feuilles du cyclaminos (XXV, 67) ou du concombre, jamais plus de quatre, partant de la racine et légèrement velues. La racine, de médiocre grosseur, ressemble à une écrevisse de mer (cammaron) ; aussi quelques-uns l'ont-ils appelé cammaron. D'autres l'ont nommé thélyphonon (tue-femelle), pour la cause que nous avons dite. La racine est un peu recourbée, à la façon de la queue des scorpions; de là le nom de scorpion donné par des auteurs à la plante. D'autres ont préféré l'appeler myoctonos (tue-rat), parce que l'odeur fait mentir les rats de fort loin. L'aconit naît sur les pierres nues qu'on nomme acones (sans poussière); et de là, suivant quelques auteurs, le nom d'aconit, parce que cette plante n'a rien autour d'elle, pas même de la poussière, pour se nourrir; car telle est la raison que ces derniers donnent du nom d'aconit. D'après d'autres, le nom provient de ce que cette plante a pour faire mourir la même force que l'acone (akonê ), ou pierre à aiguiser, a pour user l'acier, et que, dès qu'elle est appliquée, l'activité s'en fait sentir.

III.

(IV.) [1] L'aethiopis (salvia aethiopis, L.) a les feuilles semblables à celles du phlomos (XXV, 73) grandes, nombreuses et velues dès la racine; la tige carrée, raboteuse, ressemblant à celle de la bardane, et offrant de nombreux goussets; la graine semblable à l'ers, blanche et double; les racines nombreuses, longues, charnues, mol-lasses, et d'un goût visqueux: sèches, elles noircissent, et deviennent si dures qu'on les prendrait pour des cornes. Outre l'Éthiopie, cette plante croît sur le mont Ida de la Troade et en Messénie. On récolte la racine en automne, et on la fait sécher an soleil pendant quelques jours, pour qu'elle ne se moisisse pas. On l'administre en boisson dans du vin blanc, pour les affections de la matrice; en décoction, pour la coxalgie, la pleurésie et les maux de gorge. Mais celle qui vient d'Éthiopie est la meilleure et soulage immédiatement.

IV. [1] L'agératon, plante ferulacée (hypericon origanifolium), haute de deux palmes, ressemble à l'origan, et porte une fleur en forme de bulle d'or. La fumée de cette plante, qu'on brûle, est diurétique et emménagogue. Elle est encore plus active quand on l'emploie en bain de siège. Son nom vient de ce qu'elle se conserve très longtemps sans se faner (agêraton, sans-vieillesse).

V. [1] L'aloès a de la ressemblance avec la scille , si ce n'est qu'il est plus grand, et qu'il a les feuilles plus grasses et à dentelures obliques. La tige est délicate, rouge au milieu, assez semblable à l'anthericum (XXIII, 68, 2). Il n'a qu'une racine, enfoncée en terre comme un pieu. L'odeur en est forte, la saveur amère. L'aloès le plus estimé vient de l'Inde, mais l'Asie en produit aussi ; toutefois on n'emploie pas ce dernier, si ce n'est les feuil-les fraîches, pour les plaies ; en effet, ces feuilles, ainsi que le suc, sont merveilleusement agglutinatives. C'est en vue de cette propriété qu'on le cultive ; et on le sème, comme le grand aizoon, dans des vases qui se terminent en cône. Quelques-uns incisent la tige avant la maturité de la graine, pour obtenir le suc; d'autres incisent les feuilles mêmes.

[2] On trouve aussi des larmes qui s'échappent d'elles-mêmes et se collent; aussi recommande-t-on de battre l'endroit où l'aloès est planté, afin que ces larmes ne soient pas absorbées par le sol. Des auteurs out écrit qu'on trouvait en Judée, au-dessus de Jérusalem, un aloès minéral (espèce de bitume) ; mais c'est l'espèce la plus mauvaise, la plus noire et la plus humide. Le meilleur aloès est gras, luisant, roux, friable, compact comme la substance du foie, et se liquéfiant aisément. Il faut rejeter celui qui est noir, dur, mêlé de sable, et dont le goût d'ail-leurs fait connaître la mauvaise qualité. On le falsifie avec la gomme et le suc d'acacia. [3] Il est astringent, il resserre et échauffe doucement. On l'emploie à beaucoup d'usages, mais principalement à relâcher le ventre; car, de tous les médicaments qui produisent cet effet, il est presque le seul qui soit en même temps stomachique, tant il est loin d'avoir aucune qualité nuisible à l'estomac. On le prend à la dose d'une drachme. Quand l'estomac ne garde pas les aliments, ou le donne dans deux cyathes d'eau tiède ou froide, à la dose d'une cuillerée, à prendre deux ou trois fois par jour, à des intervalles réglés d'après les circonstances. On l'administre fréquemment aussi comme purgatif, à la dose de trois drachmes. Il agit davantage si on mange après l'avoir pris. Avec du vin astringent, il empêche les cheveux de tomber : il faut à cet effet s'en frotter la tête au soleil, à rebrousse-poil. [4] Appliqué sur les tempes et le front, dans du vinaigre ou de l'huile rosat, ou employé, mais plus délayé, en affusion sur la tête, il calme la céphalalgie. On reconnaît généralement qu'il guérit toutes les affections des yeux, mais particulièrement les démangeaisons et les granulations des paupières, ainsi que les taches et les sugillations, en topique avec du miel, surtout le miel du Pont. On l'emploie pour les amygdales, les gencives et toutes les ulcérations de la bouche. Les crachements de sang, s'ils sont peu considérables, se guérissent avec une drachme d'aloès bue dans de l'eau ou bien dans du vinaigre. Seul ou dans du vinaigre, il arrête les hémorragies qui viennent des plaies ou de tout autre endroit. C'est d'ailleurs un très bon médicament pour les plaies, qu'il amène à cicatrisation.

[5] On l'emploie pour les ulcérations du membre viril, pour les condylomes, pour les rhagades du siège, tantôt dans du vin, tantôt dans du vin cuit, tantôt sec et seul , suivant que le traitement exige qu'on adoucisse ou réprime le mal. Il arrête doucement l'excès du flux hémorroïdal. On le donne en lavement dans la dysenterie. Si les digestions sont pénibles, on en prend peu de temps après le repas. On le donne dans la jaunisse, trois oboles dans de l'eau. Pour nettoyer l'intérieur, on en administre des pilules composées de miel cuit ou de térébenthine. Il enlève les excroissances membraneuses des doigts. Pour les compositions ophtalmiques on le lave, afin de faire tomber au fond la partie terreuse, ou bien on le grille sur un tesson en le remuant de temps en temps avec une plume, pour qu'il soit grillé également partout.

VI. [1] L'alcea (malope malatchoides, L.) a les feuilles semblables à celles de la verveine (XXV, 55), qu'on appelle aussi aristéréon, trois ou quatre tiges pleines de feuilles, la fleur de la rose, des racines blanches, ordinairement au nombre de six, longues d'une coudée, obliques. Il faut pour cette plante une terre grasse, qui ne soit pas sèche. La racine avec du vin ou de l'eau se donne dans la dysenterie, le cours de ventre, les ruptures et le spasme.

VII.

[1] L'alypon (globularia alypum, L.) est une petite tige à tête molle, peu différente de la bette, âcre et visqueuse au goût, très piquante et très chaude. Cette plante est purgative dans de l'eau miellée, avec un peu de sel. La moindre dose est de deux drachmes, la moyenne de quatre, et la plus forte de six. On donne quelquefois ce purgatif dans du bouillon de poulet (04).

VIII. [1] L'alsine ou myosoton (parietaria cretica, L.) croît dans les bois; c'est de là que vient le nom d'alsine. Elle commence à se montrer vers le milieu de l'hiver, et se sèche au mi-lieu de l'été. Quand elle sort de terre, les feuilles ressemblent aux oreilles des rats. Mais nous ferons connaître (XXVII, 80) une autre plante qui mérite mieux le nom de myosotis (oreille de rat). L'alsine serait la même chose que l'helxine (parietaria diffusa, L.), si elle n'était plus petite et moins velue. Elle croît dans les jardins et surtout dans les murailles (05). Quand on la broie elle exhale une odeur de concombre. On s'en sert pour les collections, les inflammations, et pour tous les cas où on emploie l'helxine; mais elle est moins active. On s'en sert en topique, particulièrement pour les fluxions des yeux. On s'en sert aussi pour les parties honteuses et pour les ulcères, avec de la farine d'orge. On en instille le suc dans les oreilles. IX. [1] L'androsaces (meadrepora acetabulum, L.) est une plante blanche, amère, sans feuilles, portant, sur de petites tiges, des follicules qui contiennent la graine. Elle croit particulièrement en Syrie, dans les lieux maritimes. On la donne aux hydropiques, à la dose de deux drachmes, pilée en bouillie, dans de l'eau, ou du vinaigre, ou du vin. Elle est, en effet, très diurétique. On s'en sert dans la goutte, à l'intérieur et a l'extérieur. La graine a les mêmes propriétés.

X. [1] L'androsaemon (hypericum perfolialum, Wild.), ou, suivant d'autres, ascyron, a de la ressemblance avec l'hypéricon dont nous avons parlé (XXVI, 53 et 54), mais il a les tiges plus grandes, plus touffues et plus rouges. Les feuilles, blanches, ont la figure de celles de la rue ; les graines, des graines du pavot noir. Les branches supérieures, broyées, rendent un suc couleur de sang; elles ont une odeur résineuse. Cette plante croît dans les vignes. On l'ôte de terre vers le milieu de l'automne, et on la suspend. On l'emploie en purgatif, pilée avec la graine et prise en potion le matin, ou après le repas, à la dose de deux drachmes, soit dans de l'eau miellée, soit dans du vin, soit dans de l'eau pure, la potion entière allant à un setier.

[2] Elle évacue la bile. Elle est surtout excellente pour la coxalgie; mais le lendemain il faut avaler de la racine de câprier, mêlée avec de résine, à la dose d'une drachme, puis recommencer au bout de quatre jours; après la purgation même, on fait boire du vin aux personnes robustes, de l'eau aux personnes faibles. On s'en sert en topique pour la goutte, les brûlures et les plaies; elle est hémostatique.

XI. [1] L'ambrosia (ambrosia maritima, L.) est un nom vague, qui a flotté entre beaucoup de plantes, mais qui en désigne spécialement une, touffue, garnie de branches, à tige mince, haute d'environ trois palmes, ayant la racine plus courte d'un tiers, et les feuilles vers le bas de la tige semblables à celles de la rue. La graine, portée sur de petites branches, est en grappes pendantes, d'une odeur vineuse; aussi cette plante est-elle nommée par quelques-uns botrys (raisin); d'autres la nomment artemisia (armoise). Les Cappadociens s'en font des couronnes. On l'emploie comme résolutif.

XII. [1] L'anonis (XXI, 58 ), que quelques-uns préfèrent nommer ononis, a beaucoup de branches, et ressemblerait au fenugrec s'il n'était: plus garni de rejets et plus velu. Il est d'une odeur agréable; après le printemps il devient épineux. On le mange confit dans de la saumure. Appliqué frais sur les ulcères, il en ronge les bords. On fait cuire la racine dans de l'oxycrat pour le mal de dents. Pris en potion avec du miel, il expulse les calculs. Pour l'épilepsie on le donne dans de l'oxymel, bouilli jusqu'à réduction de moitié.

XIII. [1] L'anagyros (anagyris foetida, L.), appelée par quelques-uns acopos (délassante), est rameuse, d'une odeur forte, à fleur de chou; la graine est dans des cornets assez longs, et de figure rénale; elle se durcit au temps de la moisson. On applique les feuilles sur les collections ; on les attache aux femmes dont l'accouchement est laborieux, en ayant soin de les ôter aussitôt après le part. Si le foetus mort ne sort pas , si l'arrière-faix ou les règles sont en retard, on administre une drachme de feuilles dans du vin cuit. C'est de cette façon qu'on les donne pour l'asthme. On les prescrit dans du vin vieux pour la piqûre des araignées phalanges. La racine s'emploie comme résolutive et maturative. La graine, mâchée, provoque le vomissement.

XIV. [1] Pour l'anonyme (06), ç'a été un nom de n'en avoir pas. On l'apporte de la Scythie. Elle a été vantée par Hicésius, médecin qui n'est pas une petite autorité, et par Aristogiton. Elle est excellente pour les plaies, pilée dans de l'eau et appliquée; en boisson, pour les coups qui ont porté sur les mamelles ou la région précordiale, ainsi que pour les crachements de sang. On a pensé aussi qu'en cas de plaie il fallait la faire prendre en boisson. On ajoute, ce qui est, je crois, un conte, que fraîche si on la brûle elle sert de soudure et pour le fer et pour le cuivre.

XV. (V.) [1] L'aparine (galium aparine, L. ), ou omphacocarpos ou philanthropos (XXIV, 116), est rameuse, velue, portant d'intervalle en intervalles cinq ou six feuilles, rangées circulairement autour des branches. La graine est ronde, dure, concave et douceâtre. Elle croît dans les champs de blé, dans les jardins ou les prés; elle s'attache aux vêtements par ses aspérités.

On emploie contre la morsure des serpents la graine, en boisson dans du vin, une drachme; ainsi que contre la piqûre des araignées phalanges. Les feuilles, en topique, arrêtent les hémorragies des plaies. On instille le suc dans les oreilles.

XVI. [1] L'arction (arctium lappa, L.), nommé par quelques-uns arcturus, a les feuilles semblables à celles du verbascum, si ce n'est qu'elles sont plus velues, la tige longue, molle, la graine du cumin. Il croît dans les terrains pierreux. La racine en est tendre, blanche et douce. On le fait bouillir dans du vin pour le mal de dents, et on garde cette décoction dans la bouche. On le prend en boisson pour la coxalgie et la strangurie. On l'applique, avec du vin sur les brûlures et les engelures, qu'on fomente aussi avec la racine et la graine pilée, dans du vin.

XVII. [1] L'asplenum (asplenium ceterach, L. ), nommé par quelques-uns hémionion, a des feuilles nombreuses, longues d'un tiers de pied, une racine limoneuse, percée de trous comme celle de la fougère, blanche et chevelue. II n'a ni tige, ni fleur, ni graine. Il croît dans les pierres, sur les murailles ombragées, humides. Le plus estimé est celui de Crète. La décoction de ses feuilles dans du vinaigre prise en boisson pendant quarante jours consume, dit-on, la rate ; il faut en même temps mettre ces feuilles en cataplasme sur l'hypocondre gauche. L'asplenum fait aussi cesser le hoquet. Il ne faut pas en donner aux femmes, car il les rend stériles. XVIII. [1] L'asclépias (asclepias vincetoxicum, L. ) (07) a les feuilles du lierre, de longues branches, des racines nombreuses, menues, odorantes ; la fleur d'une odeur forte et désagréable, la graine de la securidaca (coronilla securidaca, L. ). Il croît dans les montagnes. Les racines guérissent les tranchées et les blessures faites par les serpents, tant en boisson qu'en topique.

XIX. [1] L'aster (aster amellus, L.) (XXVI ,58) est appelé par quelques-uns bubonion, vu que c'est un remède souverain pour les affections des aines. C'est une petite tige, portant des feuilles oblongues au nombre de deux ou trois, et ayant, à la sommité, de petites têtes rayonnées, en forme d'étoile. On le prend en boisson contre le venin des serpents. Mais quand il s'agit de l'aine, on recommande de le cueillir de la main gauche, et de I'attacher à la ceinture. II est utile aussi porté en amulette, dans les douleurs coxalgiques.

XX. [1] L'ascyron et l'ascyroïdes (heypericum perforatum, L.) sont semblables entre eux et à l'hypéricon (XXVI, 53); mais l'ascyroïdès a les branches plus grandes, férulacées, tout à fait rouges, avec de petites têtes jaunes. La graine, renfermée dans de petits calices, est menue, noire, résineuse. Les sommités, écrasées, tachent comme du sang. Aussi, quelques-uns l'ont-ils appelé androsaemon (sang d'homme). On emploie la graine pour la coxalgie, en boisson, deux drachmes dans un setier d'hydromel. Elle lâche le ventre et évacue la bile. On s'en sert en topique pour la brûlure.

XXI. [1] L'aphaca (vicia cracca, L.) a les feuil-les extrêmement petites; elle est un peu plus haute que la lentille. Elle porte de plus grandes gousses, qui renferment trois ou quatre graines plus noires, plus humides et plus petites que la lentille. Elle croît dans les champs. Elle a des qualités plus astringentes que la lentille, du reste s'emploie de même et produit les mêmes effets. La graine en décoction arrête les débordements d'estomac et de ventre.

XXII. [1] Je n'ai point trouvé dans les auteurs ce que c'est que l'alcibion (echium rubrum , Jacq.) ; mais j'ai trouvé qu'on se sert de la racine et des feuilles pilées, a l'intérieur et à l'extérieur, pour les morsures des serpents; les feuilles, une poignée, pilée avec trois cyathes de vin pur; la racine, trois drachmes pour la même quantité de vin.

XXIII. [1] L'alectorolophos (rhinanthus crista galli, L.) ou la crête, comme nous l'appelons, a les feuilles semblables à une crête de coq et nombreuses, la tige menue, la graine noire dans des gousses. Il est bon peur la toux, cuit avec des fèves concassées et du miel ; il est bon aussi pour les taies des yeux. On jette la graine entière dans l'oeil; loin de troubler la vue, elle attire à soi tout ce qui l'offusquait; alors elle change de couleur: de noire qu'elle était, elle commence à blanchir, se gonfle, et sort d'elle-même.

XXIV. (VI.) [1] La plante que nous nommons alus (coris monspeliensis, L.) (XXVI, 26), et que les Grecs nomment symphyton des pierres, ressemble à la cunila bubula (XXVI, 26), a les feuilles petites, trois ou quatre branches partant de la racine, des sommités semblables à celles du thym. Elle est ligneuse, odorante, d'une saveur douce et qui provoque la salive. La racine est longue et rousse. Elle croît parmi les pierres, d'où vient le surnom de pétrée qu'elle porte. Elle est très bonne pour les douleurs de côté, pour les reins, pour les tranchées, pour la poitrine, pour les poumons, pour l'hémoptysie, pour les maux de gorge.

[2] On emploie à l'intérieur la racine pilée et bouillie dans du vin, et parfois aussi à l'extérieur. De plus, mâchée elle calme la soif, et elle est particulièrement rafraîchissante pour le pou-mon. On s'en sert en cataplasme pour les luxations et les contusions. Elle adoucit les intestins. Cette plante resserre le ventre, cuite dans de la cendre, dépouillée de ses follicules, pilée avec neuf grains de poivre, et prise dans de l'eau. Elle a une telle efficacité pour la guérison des blessures, qu'elle agglutine ensemble les viandes avec lesquelles on la fait cuire; de là le nom que les Grecs lui ont donné (somphuton, consoude). C'est aussi un remède pour les os fracturés.

XXV. (VII.) [1] L'algue rousse (XXVI, 66) est bonne contre les piqûres des scorpions.

XXVI.

[1] L'actaea (actaea spicata, L) a les feuilles d'une odeur forte, les tiges raboteuses et garnies de noeuds, une graine noire comme celle du lierre et des baies molles. Elle croit dans des. lieux ombragés, incultes, humides. On en donne plein un acétabule (0 litr., 068) pour les maladies internes des femmes.

XXVII. [1] L'ampelos agria (vigne sauvage) (tamus comununis) a les feuilles dures, d'une cou-leur cendrée, comme nous l'avons dit en traitant des plantes cultivées (XXIII, 14) ; des sarments longs, noueux, rouges comme la fleur que nous avons appelée flamme de Jupiter, en traitant des violettes (XXI, 33 et 38). La semence ressemble au grain de la grenade. La racine, bouillie dans trois cyathes d'eau avec addition de deux cyathes de vin de Cos, relâche doucement le ventre, et se donne pour cette raison aux hydropiques. Elle guérit les affections de la matrice et les taches du visage chez les femmes. Dans la coxalgie, on se sert utilement de cette plante pilée avec ses feuilles, et appliquée avec son suc.

XXVlll. [1] II y a plusieurs espèces d'absinthe: la santonique (artmisia santonica, L.), appelée ainsi d'une cité des Gaules; la pontique, du Pont, où les bestiaux s'en engraissent, ce qui fait qu'on les trouve sans fiel (XI, 75) : c'est la meilleure absinthe; celle d'Italie est beaucoup plus amère; l'intérieur de celle du Pont est doux. Il convient de faire connaître l'usage de cette plante, l'une des plus aisées à trouver et des plus utiles, d'ailleurs employée spécialement dans les cérémonies religieuses du peuple romain. En effet, dans les fêtes latines il se fait des courses de quadriges au pied du Capitole, et on donne au vainqueur de l'absinthe à boire, nos ancêtres ayant jugé sans doute que c'était assez l'honorer que de lui donner pour prix la santé. L'absinthe fortifie l'estomac; aussi fait-on, comme nous l'avons dit (XIV, 19), un vin d'absinthe.

[2] On en donne à boire la décoction dans l'eau, décoction ainsi préparée : on fait bouillir six drachmes de feuilles, avec les branches, dans trois setiers d'eau de pluie, et on laisse refroidir cette décoction à l'air pendant un jour et une nuit. Il faut aussi y ajouter du sel. L'usage de cette préparation est très ancien. On se sert aussi de l'infusion d'absinthe, car c'est le nom qu'il faut donner à cette façon de l'employer. Lorsqu'on la fait infuser dans quelque quantité d'eau que ce soit, il faut que le vase reste couvert pendant trois jours. On use rarement de l'absinthe pilée, ainsi que du suc tiré par expression. Ce suc s'ex prime de la graine lorsqu'elle commence à grossir : on la fait tremper dans l'eau pendant trois jours si elle est fraîche, ou pendant sept jours si elle est sèche; ensuite on en met dix hémines (2 litr., 7) dans quarante-cinq setiers d'eau; on fait cuire dans un vase de cuivre jusqu'à réduction au tiers; on filtre, puis on fait cuire lentement jusqu'à consistance de miel, comme le suc qu'on tire de la petite centaurée. Mais le suc d'absinthe préparé de cette manière fait mal à l'estomac et à la tête, au lieu que la décoction dont nous avons parlé est très salutaire.

[3] En effet, celle-ci resserre l'estomac, fait sortir la bile, est diurétique, amollit le ventre, le guérit s'il est douloureux, chasse les vers, et dissipe les faiblesses d'estomac et les flatuosités, avec le sili (XX, 18), le nard celtique et un peu de vinaigre. Elle fait cesser le dégoût, elle aide la digestion; elle enlève les crudités, avec la rue, le poivre et le sel. Les anciens donnaient l'absinthe en purgatif : six drachmes de la graine dans un setier d'eau de mer gardée, avec trois drachmes de sel et un cystite de miel. On rend cette préparation plus efficace en doublant la dose de sel; mais comme la graine ne se broie pas aisément, il faut y mettre du soin. Quelques-uns l'ont même donnée dans de la polenta à la dose sus-dite, en y ajoutant du pouliot.

[4] D'autres on fait prendre aux enfants les feuilles dans une figue sèche, pour en masquer l'amertume. Prise avec de l'iris, I'absinthe nettoie la poitrine. Dans l'ictère on la prescrit crue, en boisson, avec de l'ache ou de l'adiante (XXII, 30). Contre les flatuosités, on la prend par petits coups, chaude dans de. l'eau; pour les affections du foie, avec le nard celtique; pour les affections de la rate, avec du vinaigre, ou de la bouillie, ou une figue. Dans du vinaigre, elle combat les mauvais effets des champignons et ceux de la glu (ixias, XXII, 21) (08); dans du vin, ceux de la ciguë, et le venin de la musaraigne, du dragon marin et du scorpion. L'absinthe est très bonne pour éclaircir la vue : on en fait un topique avec le vin cuit, pour les fluxions des yeux ; avez le miel, pour les contusions. La vapeur de la décoction guérit les oreilles, ou si elles suppurent on pile l'absinthe avec du miel.

[5] Trois ou quatre petites branches d'absinthe, avec une racine de nard celtique et six cyathes d'eau, sont diurétiques et emménagogues. L'absinthe est en particulier emménagogue, prise avec du miel ou en pessaire dans de la laine. Avec du miel et du nitre, c'est un remède pour l'angine. Dans de l'eau , elle guérit les épinyctides. On en fait un topique pour les plaies récentes avant qu'elles aient été touchées par l'eau; on s'en sert en outre pour les ulcérations de la tête. On l'emploie particulièrement en cataplasme pour les douleurs viscérales, avec de la cire de Chypre ou avec des figues. Elle guérit les démangeaisons. Il ne faut pas la donner dans la fièvre. Bue pendant la navigation, elle empêche le mal de mer; portée sur le ventre, elle empêche le gonflement des aines. Flairée, elle provoque le sommeil. Elle produit le même effet mise sons le chevet à l'insu de la personne. Placée dans les hardes elle les préserve des vers. En onction, dans l'huile, ou brûlée en fumigation, elle chasse les cousins.

L'encre à écrire dans laquelle on a mêlé du suc de cette plante garantit l'écriture contre les rats. La cendre d'absinthe mêlée avec de l'huile rosat et de l'onguent rosat noircit les cheveux.

XXIX. [1] Il est aussi une absinthe marine (XXXII, 31, 5) (artemisia maritima, L.), nommée par quelques-uns seriphium; la plus estimée croît à Taposiris d'Égypte. Les initiés aux mystères d'Isis en portent un rameau à la main. Elle a la feuille plus étroite que la précédente, et est moins amère. Elle fait mal à l'estomac, relâche le ventre, et chasse les vers intestinaux. On la prend en breuvage avec de l'huile et du sel , ou délayée dans un potage fait avec la farine de blé de trois mois. On en fait cuire une poignée dans un setier d'eau jusqu'à réduction de moitié.

XXX. (VIII.) [1] Les Grecs donnent le nom de ballote (ballota nigra, L. ), ou melamprasion (XX, 89) (09), à une plante rameuse à tige noire, quadrangulaire, à feuilles velues, couvrant les tiges, plus grandes que celtes du poireau, plus foncées, et d'odeur forte. Les feuilles pilées, et appliquées avec du sel, ont de l'efficacité contre les morsures de chien; cuites dans la cendre et enveloppées dans une feuille de chou, contre les condylomes. Cette plante avec du miel déterge les ulcères sordides. XXXI. [1] Le botrys (chenopodium botrys, L.) est une plante touffue, à petites branches jaunes; la graine est tout autour des branches; les feuil-les ressemblent à celles de la chicorée. Cette plante se trouve sur le bord des torrents. C’est un remède pour l'orthopnée. Les Cappadociens la nomment ambrosia; d'autres, artemisia.

XXXII. [1] La brabyla (prune de damas) a des propriétés astringentes, à la façon du coing : c'est tout ce que les auteurs en disent.

XXXIII. [1] Le bryon marin est (XXXII, 36 ) (ulva lactuca, L.), sans aucun doute, une plante partant des feuilles semblables à celles de la laitue; il est rugueux et comme resserré sur lui-même, sans tige, les feuilles s'échappant du haut de la racine. Le bryon croit principalement. sur les rochers et sur les coquillages engagés dans le sable. Il a pour propriété spéciale de sécher, de resserrer. Il arrête toutes les collections, toutes les inflammations, surtout celles de la goutte, et il est bon dans tous les cas où il s'agit de rafraîchir.

XXXIV. [1] Je trouve que l'on donne la graine de bupleuron (XXII, 35) pour les morsures des serpents, et qu'on fomente les plaies avec la décoction de cette plante, en y ajoutant des feuilles de mûrier ou d'origan.

XXXV. [1] Le catanance (ornithopus compressus, L.) est une herbe de Thessalie, qu'il est inutile que nous décrivions, car on ne l'emploie que dans les philtres. Pour faire voir la vanité des arts magiques, il n'est pas hors de propos de remarquer que cette plante a été choisie pour l'usage indiqué parce qu'en se desséchant elle se recoquille comme les serres d'un milan mort. Pour la même raison, nous passerons sous silence le cernos (gnaphalium leontopodiurn, L. ).

XXXVI. [1] Il y a deux espèces de calsa. L'une (arum arisarum) est semblable à l'arum (XXIV, 94) et croît dans les terres labourées ; on la recueille avant qu'elle se dessèche. Mêmes usages que ceux de l'arum. On prend en boisson la racine, comme purgatif et comme emménagogue. La tige, bouillie avec ses feuilles parmi des légumes, guérit le ténesme.

XXXVII. [1] L'autre espèce (anchusa tinctoria) est appelée par quelques-uns anchusa (XXII, 23); par d'autres, rhinoechisia. Les feuilles sont celles de la laitue, mais plus longues, velues. La racine est rouge, et en topique avec de la polenta elle guérit les érysipèles; prise à l'intérieur avec du vin blanc, les affections du foie.

XXXVIII. [1] La circaea (circea lutetania , L.) (10) ressemble au strychnos cultivé (solanum nigrum) : fleur noire, très petite ; graine menue comme le millet, se formant dans des espèces de cornets; racine haute d'un demi-pied, ordinairement triple ou quadruple, blanche, odorante, d'une saveur chaude. Elle croît sur les rochers exposés au soleil. On la fait infuser dans du vin, et on l'administre pour les douleurs et les affections de la matrice; il faut que trois onces de la racine pilée aient macéré dans trois setiers de vin pendant un jour et une nuit. Cette même potion fait sortir l'arrière-faix. La graine prise dans du vin ou de l'eau miellée diminue le lait.

XXXIX. [1] Le cirsion (crarduus tenuiflorus, L.) est une tige menue et tendre, haute de deux coudées , triangulaire, et entourée de feuilles épineuses; les piquants sont matis. Les feuilles sont semblables à celles de la buglosse, plus petites, blanchâtres. Au sommet le cirsion a de petites têtes pourpres qui tombent en duvet. Cette plante, ou la racine, attachée au lieu douloureux, guérit, dit-on, les douleurs des varices.

XL. [1] Le crataeogonon (crucianella monspeliaca, L.) est semblable à un épi de froment. Il est formé de plusieurs tuyaux qui partent d'une seule racine, et il est rempli de noeuds. Il croît dans les lieux ombragés; la graine est semblable au millet, et d'un goût très âpre. Si un homme et une femme en avalent dans du vin, avant le repas, trois oboles dans trois cyathes d'eau, l'enfant, même conçi depuis quarante jours, sera, dit-on, du sexe masculin. Il est un autre crataeogonos appelé thélygonos (XXVI, 91). On reconnaît celui-ci à la douceur du goût. Des auteurs prétendent que des femmes qui prennent en boisson la fleur du crataeogonos conçoivent avant quarante jours.

[2] Ces mêmes plantes, avec du miel, guérissent les vieux ulcères noirs, en remplissent les sinus, et rendent de la chair aux parties atrophiées. Elles détergent les parties suppurantes; elles dissipent: les tumeurs; elles adoucissent la goutte, toutes les fluxions, et sur-tout celles des mamelles. Sous le nom de crataegos ou de crataegon, Théophraste (Hist.

II, 15)) entend un arbre appelés en Italie aquifolia (XXIV, 72) (11). XLI. [1] Le crocodilion (carrduus pycnocephalus, L.) a la forme du chamaeléon noir (brotera corymbosa). La racine est longue, uniformément grosse, et d'une odeur piquante. Il croît dans les terrains sablonneux. En boisson, il fait sortir par les narines beaucoup de sang épais, et de la sorte, dit-on, consume la rate. XLII. [1] Le cynosorchis, appelé par quelques-uns orchis, a les feuilles de l'olivier, molles, au nombre de trois, étendues sur le sol dans la longueur d'un demi-pied, la racine bulbeuse , oblongue, et divisée en deux parties (XXVI, 62) l'une supérieure, qui est plus dure, l'autre inférieure, qui est plus molle. Cette racine se mange cuite, comme des bulbes; on la trouve ordinairement dans les vignobles. Si les hommes mangent la grosse partie, des enfants mâles, dit-on, seront engendrés; si les femmes mangent la petite, des enfants femelles. En Thessalie, les hommes prennent en boisson, dans du lait de chèvre la partie la plus molle, pour s'exciter au coït, et la plus dure, pour réprimer leurs désirs ; l'une détruit l'effet de l'autre.

XLIII. [1] Le chrysolachanum (artiplex hortensis, L.) croît dans les lieux plantés de pins. Il ressemble à la laitue. Appliqué sans délai, il guérit les nerfs coupés. On indique aussi une autre espèce de cbrysolachalurm (XX, 93 ) à fleurs d'or, à feuilles de chou ; on la mange cuite , comme un légume tendre. Cette plante, portée par les ictériques de manière qu'ils puissent la voir, guérit, dit-on, l'ictère. Je ne sais pas si c'est là tout ce qu'il y a à dire sur le chrysolachanum, mais c'est tout ce que je trouve. Car c'est un défaut commun à nos derniers botanistes d'indiquer brièvement, par le nom seul, et comme vulgairement connues, les plantes qui leur sont familières: c'est ainsi qu'ils disent que le coagulum terrestre (12) pris en boisson dans du vin ou de l'eau arrête le cours de ventre et guérit la rétention d'urine.

XLIV. [1] Ils disent de même que les feuilles du cuculus (salanum nigrum, L.) (XXI, 105) pilées avec du vinaigre guérissent les blessures faites par les serpents et les scorpions ; quelques-uns le nomment strumus, d'autres lui donnent le nom grec de strychnos. II porte des grains noirs. Un cyathe du suc de ces grains, avec deux cyathes de vin miellé, guérit les douleurs lombaires; versé sur la tête avec de l'huile rosat, la céphalalgie. La plante même s'emploie contre les scrofules.

XLV. [1] La conferve est particulière aux rivières, et surtout à celles qui descendent des Alpes. Elle est ainsi nommée, de ses propriétés agglutinatives. C'est plutôt une éponge d'eau douce qu'une mousse ou une herbe; elle est serrée, filamenteuse et fistuleuse. Je sais qu'un émondeur qui, étant tombé du haut d'un arbre, s'était fracturé presque tous les os, a été guéri par cette plante. On lui en entoura tout le corps; et toutes les fois qu'elle séchait on l'arrosait avec l'eau où elle avait trempé. On ne l'ôtait que rarement, et seulement pour en mettre d'autre, quand celle qui y était faisait défaut. Il se rétablit avec une rapidité à peine croyable. XLVI. (IIX.) [1] Le coccus de Gnide (daphne gnidium (XIII, 35) a la couleur du coccus ou graine d'écarlate. Il est plus gros qu'un grain de poivre, et d'une qualité extrêmement chaude; aussi l'avale-t-on dans du pain, pour qu'il ne brûle pas la gorge en la traversant: c'est un antidote souverain coutre la ciguë.

XLVII. [1] Le dipsacos (XXVI, 108) (chardon à foulon) arrête le cours de ventre. Il a les feuilles de la laitue, et au milieu de ces feuilles, sur le dos, des tubercules épineux. La tige, haute de deux coudées, est hérissée de ces mêmes épines. Deux feuilles embrassent les nœuds, et forment une aisselle dans laquelle se ramasse une rosée salée. Au sommet sont de petites têtes hérissées encore d'épines. Il croît dans les lieux humides. Il guérit les crevasses du siège; il guérit aussi les fistules : pour cela on fait bouillir la racine dans du vin jusqu'à consistance de cire, afin que cette préparation puisse être introduite dans la fistule. Il guérit aussi les verrues de toute espèce , auxquelles quelques-uns appliquent le suc contenu, comme nous avons dit, dans l'aisselle des feuilles.

XLVIII. [1] Le dryopteris (asplenium adiantum nigrum, L.), semblable à la fougère, croît sur les arbres : feuilles douceâtres, à dentelures fines; racine chevelue. Il est caustique; aussi la racine pilée sert elle d'épilatoire : on s'en frotte jusqu'à ce qu'elle excite la sueur; puis on s'en frotte une seconde lois et une troisième, sans essuyer la sueur. XLIX. [1] Le dryophonon (lepidum draba, L.) est une plante semblable, à tiges menues, hautes d'une coudée, entourées de tous côtés de feuilles de la grandeur du pouce, et qui ressemblent à celles de l'oxymyrsine (petit houx), mais plus blanches et plus molles; à fleur blanche, semblable à celle du sureau. On mange les tiges bouillies; on emploie la graine eu guise de poivre.

L. [1] L'élatine (linaria graeca, Bory) a les feuilles de l'helxine, très petites, velues, rondes; de petits rejets, hauts d'un demi-pied, au nombre de cinq ou six, garnis de feuilles dès la racine. elle croît dans Ies blés. Elle est acerbe au goût, et pour cela efficace dans les fluxions des yeux on pile les feuilles avec de la polenta, et ou les applique entre deux linges. L'élatine cuite avec de la graine de lin, et prise en potage, délivre de !a dysenterie.

Ll. [1] L'empetros (frankenia pulverulenta, L.), nommé chez nous calcifraga (brise-chaux), croît dans les montagnes maritimes, et presque sur la pierre. Plus il est voisin de la mer, moins il est sale. Pris en boisson, il évacue la bile et la pituite. Plus il est éloigné dans les terres, plus on le trouve amer. Il évacue les eaux. On le prend dans un bouillon ou dans de l'hydromel.

En vieillissant il devient inerte. Frais et bouilli dans l'eau ou pilé, il est diurétique, et brise les calculs. Ceux qui veulent donner créance à cette propriété affirment que les cailloux avec lesquels on le fait bouillir se brisent..

LII. [1] L'épipactis (neottia spiralis), appelé par d'autres elléborine (XIII, 35), est une petite plante à feuilles exiguës, excellente en boisson contre les affections du foie et les poions.

LIII. [1] L'épimédion (marsilea quadrifolia, L.) est une tige de médiocre grandeur, portant des feuilles semblables à celles du lierre, au nombre de dix ou de douze, ne fleurissant jamais, à racine menue, noire, d'une odeur forte. Il croît dans les lieux humides. Il a des propriétés astringentes et réfrigérantes, dont les femmes doivent se garder. Les feuilles, pilées dans du vin, empêchent la gorge des jeunes filles de croître.

LIV. [1] L'ennéaphyllon (dentaria enneaphylle, L.), qui a neuf longues feuilles, est de qualité caustique. On en fait un topique, mais on l'enveloppe dans de la laine, de peur qu'il ne brûle le côté; en effet, il fait venir aussitôt. des cloches. Il est excellent pour les douleurs des lombes et de la hanche.

LV. [1] Il y a deux espèces de fougères. Elles n'ont ni fleurs ni graines. En grec, on nomme pteris ou blechnos (aspidium filix mas, L.) celle qui d'une seule racine produit de nombreux rejetons dépassant souvent deux coudées en hauteur, et n'ayant pas une odeur forte ; c'est la fou-gère mâle. L'autre est nommée en grec thélypteris ou nymphraa pteris (pteris aquilina, L. ). Celle-ci n'a qu'une seule tige, peu garnie de branches; elle est plus courte, plus molle, plus touffue, et revêtue de feuilles engaînantes dès la racine.

[2] La racine de l'une et de l'autre engraisse les cochons. Les feuilles de toutes deux sont dé-coupées en forme d'ailes, d'où le nom grec (pteris). Les racines de toutes deux s'étendent obliquement, et sont noires, surtout ayant séché. Il faut les faire sécher au soleil. Les fougères croissent partout, mais surtout dans une terre froide. Le temps de les lever de terre est au coucher des Pléiades (XVIII; 59). On n'emploie cette racine qu'au bout de trois ans, jamais avant ni après. Les fougères chassent les vers intestinaux ; les taenia, avec du miel ; les autres, en boisson dans du vin doux pendant trois jours. Les deux espèces sont très contraires à l'estomac; elles relâchent le ventre, évacuant d'abord la bile, puis les eaux. Elles débarrassent encore plus sûrement du taenia, avec une dose égale de scamrnonée.

[3] Contre les rhumatismes, la racine, à la dose de deux oboles, se prend dans de l'eau après un jour d'abstinence; mais on mange auparavant du miel. On ne doit donner ni l'une ni l'autre aux femmes, car elles causent l'avortement chez les femmes enceintes, la stérilité chez les autres. On répand sur les ulcères de mauvaise apparence la poudre de fougère, ainsi que sur le cou des bêtes de somme. Les feuilles tuent les punaises et écartent les serpents; aussi est-il bon d'en joncher les endroits suspects. Brûlées, elles mettent en fuite par leur odeur ces animaux. Les médecins font un choix dans les fougères : la meilleure est celle de Macédoine ; au second rang est celle de Cassiope.

LVI. [1] On donne le nom de cuisse de boeuf (13) à une plante qui a aussi son utilité; elle est bonne pour les nerfs; on l'emploie fraîche, pilée dans du vinaigre et du sel.

LVII. [1] Le galéopsis, ou galeobdolon (serofularia peregrina, L.) , ou galion, a la tige et les feuilles de l'ortie, mais plus lisses, et exhalant, pilées, une odeur forte. La fleur est pourpre. Il croît partout, le long des haies et des sentiers. Les feuilles et les tiges, pilées dans du vinaigre et appliquées, guérissent les duretés, les carcinomes, les scrofules, et dissipent les tumeurs et les parotides. Il est utile aussi de fomenter la partie avec la décoction. Cette plante, avec du sel, guérit les ulcères putrides et la gangrène.

LVIII. [1] Le glaux (sennnebiera coronopus, Poir.) s'appelait jadis eugalactos (bon-au-lait). Il ressemble par les feuilles au cytise et à la lentille, si ce n'est que le dessous en est plus blanc. Les branches, au nombre de cinq ou six, rampent à terre; très menues à la racine. Il en sort de petites fleurs pourpres. Il se trouve près de la mer. On le fait cuire dans un potage de fleur de farine, pour augmenter la quantité du lait. Il convient, en en prenant, d'user de bains.

LIX. (X.) [1] Le glaucion (glaucium flavus, L.) (XX, 78) croît dans la Syrie et la Parthie plante peu élevée, feuilles touffues, presque semblables à celles du pavot, plus petites cependant et plus sales; odeur repoussante, saveur amère et astringente. Il produit une graine de couleur safranée ; on la met dans un vase enduit d'un lut de terre, qu'on place dans une tourtière; puis on la retire pour en exprimer un suc qui prend le même nom. On emploie et ce suc et les feuilles pilées contre les fluxions des yeux, qui toutes se dissipent à l'instant; aussi en fait-on un collyre appelé par les médecins diaglaucion. Cette plante rappelle aussi le lait supprimé; à cet effet, on la prend dans de l'eau.

LX. [1] Le glycyside, ou paeonia, ou pentorobos, (pivoine) a une tige de deux coudées, accompagnée de deux ou trois autres, un peu rousse, à peau de laurier; des feuilles semblables à celles de l'isatis (pastel ), mais plus grasses, plus rondes et plus petites; des graines qui sont dans des gousses, et dont les unes sont rougeâtres et les autres noires. Le glycyside est de deux espèces : on regarde comme femelle celui aux racines duquel adhèrent des espèces de glands allongés, au nombre de six ou huit environ. Le mâle (XXV, 10) en a davantage, parce qu'il jette plusieurs racines longues d'un palme, et blanches; il (14) est d'une saveur astringente.

[2] Les feuilles du glycyside femelle sentent la myrrhe, et sont plus touffues. Les deux espèces croissent dans les forêts. On dit (XXV, 10) qu'il faut les arracher de nuit: de jour, ce serait dangereux, parce qu'on serait assailli par le pivert, qui s'attaque aux yeux. On ajoute qu'en arrachant la racine on s'expose à une chute du rectum. Ce sont là, je pense ; de vaines fables imaginées par le charlatanisme. Cette plante est employée à divers usages : les graines rouges arrêtent les pertes rouges; on en prend à peu près quinze dans du vin noir. Les graines noires guérissent la matrice : on en prend le même nombre dans du vin cuit ou du vin ordinaire.

[3] La racine, dans du vin, guérit toutes les douleurs de ventre, et est purgative. Elle guérit l'opisthotonos, l'ictère, les reins, la vessie; bouillie dans du vin, la trachée-artère et l'estomac. Elle arrête la diarrhée. On la mange contre l'aliénation mentale; mais dans ce cas il ne faut pas en prendre plus de quatre drachmes. Les grains noirs, pris dans du vin à la dose indiquée, guérissent le cauchemar. Dans la cardialgie il est bon de s'en servir à l'intérieur et à l'extérieur. La graine noire guérit les suppurations récentes; la graine rouge, les vieilles suppurations. Les deux graines sont un remède contre les morsures des serpents, et chez les enfants contre les calculs, quand la difficulté d'uriner commence. LXI. [1] Le gnaphalion ou chamaezelon (santolina maritima) a les feuilles blanches et molles: on s'en sert en guise de bourre, à laquelle en effet elles ressemblent. On l'administre dans du vin astringent pour la dysenterie. Il arrête le flux de ventre et les pertes. On le donne en lavement dans le ténesme; on l'applique sur les ulcères putrides. LXII. [1] Xénocrate nomme gallidraga (dipsnacus pilosus, L.) une plante ressemblant au leucacanthus (centaurea dalmatica, Peter.). Elle croît dans les marais; épineuse, à tige férulacée, haute, et portant au sommet quelque chose de semblable à un oeuf. Là, la plante grandissant, se forment, dit-on, de petits vers (XXV, 108) qu'on met dans une boîte, et qu'on porte en amulette avec du pain au bras du côté où l'on a mal aux dents, ce qui enlève soudain la douleur ; mais ils ne peuvent servir plus d'un an , et encore faut-il qu'ils n'aient point touché la terre.

LXIII. [1] L'holcus (hordeum murinum, L.) croît dans les rochers arides ; il a un épi au sommet, un chaume menu; il ressemble à l'orge, qui repousse après avoir été coupée. L'holcus, attaché autour de la tête ou du bras, fait sortir les barbes d'épis entrées dans les chairs; pour cela quelques-uns le nomment aristida (arista, épi).

LXIV. [1] L'hyoseris (15) (centaurea nigra, L.) ressemble à la chicorée ; mais il est plus petit et plus rude au toucher; pilé c'est pour les blessures un topique excellent.

LXV. [1] L'holosteon (tout-os) (holosteum umbellatum) est très mou, nommé ainsi par antiphrase par les grecs, qui appellent la bile le doux (ta glukea). Il est délié, au point. de ressembler à des cheveux, long de quatre doigts, semblable au gramen, à feuilles étroites et d'une saveur astringente. Il croît sur les collines terreuses. En boisson dans du vin, on l'emploie pour les convulsions et les ruptures. Il agglutine aussi les plaies. En effet, il colle ensemble les viandes auxquelles on le mêle. LXVI. [1] L'hippophaeston (centaurea spinosa) (16) est une de ces épines qu'emploient les foulons (XXIV, 68) ; il est sans tige, sans fleur ne portant que de petites têtes vides ; les feuilles sont petites, nombreuses; il est de couleur d'herbe, et a de petites racines blanches, molles. On exprime l'été le suc de ces racines, pour lâcher le ventre, à !a dose de trois oboles, surtout dans l'épilepsie, les tremblements, l'hydropisie, les ver-tiges, l'orthopnée, les paralysies commençantes.

LXVII. (XI.) [1] L'hypoglossa (ruscus hypoglossum, L.) a les feuilles semblables à celles du myrte sauvage, concaves, épineuses, et présentant une petite feuille qui sort en forme de langue. Une couronne faite avec ces feuilles, et mise sur la tête, diminue la céphalalgie.

LXVIII. [1] L'hypécoan (hypecoum procumbens, L.) croît dans les champs de blé ; il a les feuilles de la rue; même propriété que le suc de pavot. LXIX. [1] La plante nommée idaea (uvularia amplexi folia) a les feuilles de l'oxymyrsine (petit houx), A ces feuilles sont adhérents des espèces de pampres qui portent la fleur. Cette plante arrête le cours de ventre, le flux menstruel et toutes les pertes de sang. Elle est de nature astringente et réprimante.

LXX. [1] L'isopyron (fumaria crapreolata, L.) est appelé par quelques-uns phasiolos (haricot), parce que la feuille, semblable a celle de l'anis, se tortille comme une vrille. Au haut de la tige il y a comme de petites têtes pleines d'une graine semblable à celle du melanthion (nigella sativa, L.). Dans du miel ou de l'eau miellée, elle est très bonne pour la toux et les autres affections de poitrine, ainsi que pour le foie.

LXXI. [1] Le Iathyris (eupharbia lathyris) a des feuilles nombreuses, semblables à celles de la laitue, et plusieurs bourgeons menus (17) ou la graine est renfermée comme la câpre dans un follicule. Quand ces boutons sont secs, on en tire des grains gros comme le poivre blanc, doux, faciles à décortiquer. Vingt de ces grains, dans de l'eau pure ou dans de l'eau miellée, guérissent les hydropiques; ils évacuent aussi la bile. Ceux qui veulent être purgés plus fortement les prennent avec les follicules mêmes. Comme ils font mal à l'estomac, on a imaginé de les donner avec du poisson, ou dans du bouillon de poulet.

LXXII.

[1] Le leontopetalon (XXVI, 34)) (evax pygmaeus, L.) (18), appelé par d'autres rhapeion, a la feuille du chou, la tige haute d'un demi-pied, beaucoup de branches latérales, la graine au sommet, dans des gousses, et pareille au pois chiche la racine semblable au raifort, grande et noire. II croît dans les champs. La racine, prise dans du vin, combat le venin de toutes les espèces de serpents. Aucune substance n'est plus rapidement efficace. On la donne aussi dans la coxalgie.

LXXIII. [1] Le Iycapsos (echium italicum, L.) a les feuilles plus longues et plus grosses que la laitue ne les a ; la tige longue, velue, accompagnée de plusieurs autres tiges hautes d'une coudée; la fleur petite et rouge. Il croît dans les campagnes. On en fait avec la farine d'orge un topique pour l'érysipèle . Dans les fièvres, le suc, mêlé à l'eau chaude, est sudorifique.

LXXIV. [1] Parmi toutes les plantes aucune n'est plus admirable que le lithospermon (lithospermim tenuiflorum, L.), appelé aussi aegonycbon ou diospyron, ou heracleos. Cette plante est haute de cinq pouces environ ; elle a les feuilles une fois plus grandes que celles de la rue; les branches ligneuses, de la grosseur du jonc. Elle porte près des feuilles des espèces de petites barbes solitaires ,et, au haut de ces barbes, de petites pierres blanches et rondes comme des perles , de la grosseur d'un pois chiche, et dures comme des cailloux. Ces pierres, là où elles sont attachées aux pédicules, ont de petits trous, et à l'intérieur la graine. Le lithospermon croît, il est vrai, en Italie; mais le plus estimé est celui de Crète. Je n'ai rien vu parmi les plantes qui m'ait causé plus d'étonnement : [2] l'ornement est tel, qu'on croirait qu'un lapidaire a dispose des perles blanches symétriquement entre les feuilles, tant est recherché et difficile le travail qui a disposé ainsi une pierre naissant d'une plante. Des auteurs rapportent que le lithospermon est rampant à terre; pour moi, je l'ai vu arraché, et non sur pied. Il est certain que ces petites pierres, prises à la dose d'une drachme dans du vin blanc , brisent les calculs, les chassent, et dissipent la difficulté d'uriner. Nulle autre plante, à sa seule vue, ne montre avec autant d'évidence à quel remède elle est propre. D'ailleurs l'aspect en est tel, que, même sans recourir a un herboriste de profession, on peut la reconnaître immédiatement.

LXXV. [1] II croît près des rivières, sur des pierres communes, une mousse sèche et blanche. On frotte la pierre qui porte cette mousse avec une autre pierre et de la salive, puis, avec la première pierre, on touche l'impétigo; celui qui touche dit : Peugete, kantharides; lukos agrios umme diôkei (Fuyez, cantharides ; le loup sauvage vous poursuit).

LXXVI. [1] Les Gaulois donnent le nom de limeum (19) à une plante avec laquelle les chasseurs empoisonnent leurs flèches (XXV, 25), préparation qu'ils appellent le poison du cerf. On met dans trois modius (25 litr., 92) de salivatum (potion qu'employaient les vétérinaires) autant de cette plante qu'il en faut pour empoisonner une seule flèche (20); et, dans les maladies des boeufs, on leur fait avaler une forte dose de cette préparation. Il faut ensuite les attacher à la crèche jusqu’ ce qu'ils soient purgés, car ordinairement ce remède les rend furieux ; s'il survient de la sueur, on leur fait des affusions d'eau froide.

LXXVII. [1] Le leuce (lamium maculatum, L.), semblable à la mercuriale, a été ainsi nommé parce qu'une ligne blanche parcourt le milieu de la feuille; aussi, quelques-uns l'appellent-ils mesoleucon. Le suc guérit les fistules; la plante même broyée, les carcinomes. Peut-être est-elle la même que le leucas (lamiurn striatum, L. ), qui est efficace contre tous les animaux venimeux de la mer. Les auteurs n'en donnent pas la description, disant seulement que le leucas sauvage, dont les feuilles sont plus larges, est plus efficace, et que l'autre a la graine plus âcre.

LXXVIII. [1] Je n'ai trouvé dans aucun livre ce qu'est le leucographis (carduus leucographus, L.). Cela m'étonne d'autant plus qu'on dit cette plante bonne dans l'hémoptysie, à la dose de trois oboles avec du safran ; bonne aussi dans le flux coeliaque, et pilée dans l'eau, et en topique, propre à guérir les pertes des femmes, à entrer dans les compositions ophtalmiques, et à cicatriser les ulcères qui se forment dans les parties délicates du corps.

LXXIX. (XII.) [1] Le médion (convolvutus althaeoides, L.) a les feuilles de l'iris cultivé, la tige haute de trois pieds, et, sur cette tige, une fleur grande, pourpre, ronde; la graine menue; la racine d'un demi-pied. Il croît dans les rochers ombragés. La racine à la dose de deux drachmes dans du miel arrête les règles : on prend cette préparation pendant quelques jours. La graine pilée dans du vin arrête aussi les pertes.

LXXX. [1] Le myosota , ou myosotis (asperugo procumbens, L.), est une plante lisse, poussant d'une seule racine plusieurs tiges un peu rouges , fistuleuses, garnie dès le bas de feuilles étroites, oblongues, aiguës sur le dos, noires, opposées à des intervalles réguliers, avec de petites tiges secondaires, qui partent de l'aisselle des feuilles; la fleur est bleue. La racine, grosse comme le doigt, est pourvue d'un chevelu abondant. La qualité de cette racine est septique et exulcérante; aussi guérit-elle l'aegilops. Les Égyptiens prétendent que si le vingt-sept du mois qu'ils appellent thot (21), jour qui tombe d'ordinaire dans notre mois d'août, on se frotte le matin, avant d'avoir parlé, avec le suc de cette herbe, ou n'aura pas mal aux yeux de l'année.

LXXXI. [1] Le myagros (neslia paniculata, Desv.) est une plante férulacée, semblable par ses feuilles à la garance, et haute de trois pieds. La graine est huileuse, et on en tire en effet une huile.

On guérit les ulcérations de la bouche en les frottant avec ce suc.

LXXXII. [1] La plante appelée nigina (plante inconnue) a trois longues feuilles, semblables à celles de la chicorée; appliquée sur les cicatrices, elle leur donne une bonne couleur.

LXXIII. [1] On nomme natrix (ononis natrix, L.) une plante dont la racine, tirée de terre, sent le bouc. On l'emploie dans le Picenum pour écarter des femmes tout ce que la crédulité populaire comprend sous le nom de Fatui (démons nocturnes) ; pour moi, je crois que les personnes qu'une pareille recette soulage doivent être mises au nombre des hallucinées.

LXXXIV. [1] L'odontitis (euphrasia odontites. L.) est une espèce de foin. Il jette d'une seule racine plusieurs petites tiges serrées, pleines de noeuds, triangulaires, noirâtres. Les noeuds sont garnis de petites feuilles, plus longues cependant que celles du polygonon (XXVII, 91). La graine, semblable à l'orge, est dans les aisselles des feuilles. La fleur est pourpre, petite. Il croît dans les prés. Une poignée des tiges bouillie dans du vin astringent guérit le mal de dents : il faut garder cette décoction dans la bouche.

LXXXV. [1] L'othonna (22), qui croît dans la Syrie, ressemble à la roquette : feuilles percées de beaucoup de trous, fleur du safran, ce qui l'a fait nommer par quelques-uns anémone. Le suc est employé dans les compositions ophtalmiques: en effet, il est un peu piquant et échauffant, et il resserre en desséchant. Il nettoie les cicatrices, les taies, et tout ce qui offusque la vue. Quelques-uns recommandent de laver cette plante, de la faire sécher, et d'en former des pastilles.

LXXXVI. [1] L'onosma (onosma echiodes, L.) a trois feuilles, longues d'environ trois doigts, étalées sur la terre, découpées comme celles de l'anchuse, sans tige, sans fleur, sans graine. Une femme grosse si elle en mange, ou si elle marche dessus, avorte, dit-on.

LXXXVII. [1] L'onopordon (onopordum acanthium, L.) fait rendre, dit-on, des vents bruyants aux ânes qui en mangent. Il est diurétique et emménagogue, arrête le cours de ventre, dissipe les suppurations et les collections. LXXXVIII. [1] L'osyris (osyris alba, L.) porte de petites branches noires, menues, flexibles, et sur les branches des feuilles foncées comme celles du lin. La graine qui est sur les branches, noire d'abord, change. ensuite de couleur et rougit; on en fait des cosmétiques pour les femmes. La décoction des racines, en boisson, guérit l'ictère. Ces racines, coupées avant la maturité de la graine et séchées au soleil arrêtent le cours de ventre; recueillies après la maturité et bouillies dans un potage, elles guérissent les fluxions abdominales; on les prend aussi seules, pilées dans de l'eau de pluie.

LXXXIX. [1] L'oxys (oxalis acetosella, L.) a trois feuilles; on le donne pour les relâchements de l'estomac; ceux qui ont une entérocèle en mangent.

XC. [1] Le pnoyanthemum (XXV, 109) (ranunculus polyanthemos, L.), appelé par quelques-uns batrachion, excorie par sa propriété caustique les cicatrices, et leur donne une bonne couleur; il efface aussi les taches de la peau. XCI. [1] Les Grecs donnent le nom de polygonon à la plante que nous appelons sauguinaria (renouée, polygonum aviculare, L.). Elle ne s'élève pas de terre. Elle a les feuilles de la rue et la semence du gramen. Le suc, instillé dans les narines, arrête l'épistaxis. Pris avec du vin , il supprime l'écoulement de sang, d'où qu'il vienne, et les hémoptysies. Ceux qui distinguent plusieurs espèces de polygonon veulent que celui-ci soit le mâle, et qu'il soit appelé calligonon, soit à cause de ta quantité de sa graine, soit à cause de ses branches touffues.

[2] On le nomme encore polygonaton, eu égard à la multitude de ses noeuds, ou teuthalis, ou carcinethron, ou clema; beaucoup lui donnent le nom de myrtopetalon. D'autres, au contraire, prétendent que c'est la plante femelle, et que le mâle est plus grand, moins noir, plus noueux , et que la graine vient sous toutes les feuilles. Quoi qu'il en soit, ces plantes ont des propriétés astringentes et réfrigérantes. La graine relâche le ventre; prise a plus haute dose, elle est diurétique, et arrête les fluxions; s'il n'y a point de fluxions, elle est sans effet.

[3] Dans les ardeurs d'estomac on emploie les feuilles en topique. On les emploie encore en topique pour les douleurs de vessie et l'érysipèle. On instille le suc dans les oreilles qui suppurent. On l'emploie seul pour les maux d'yeux. On le donnait dans les fièvres, avant l'accès, à la dose de deux cyathes, surtout dans les fièvres tierces et quartes, ainsi que pour le choléra, la dysenterie et le relâchement d'estomac. La troisième espèce se nomme oréon (equisetum pallidum, Bory), croissant dans les montagnes, semblable à un roseau tendre, n'ayant qu'une tige, des noeuds nombreux et emboîtés les uns dans les autres, les feuilles du sapin, et une racine qui n'est d'aucun usage. Cette espèce est moins active que les précédentes. On l'emploie particulièrement dans la coxalgie.

[4] La quatrième espèce est nommée polygonon sauvage (ephedra distachya, L.). C'est un arbrisseau qui est presque un arbre; la racine est ligneuse, la tige rouge comme celle du cèdre; les rameaux, semblables à ceux du spart, sont longs de deux palmes, avec trois ou quatre noeuds noirâtres. Cette espèce est aussi de nature astringente, et a le goût du coing. On la fait cuire dans de l'eau jusqu'à réduction des deux tiers, ou, après l'avoir réduite en poudre, étant sèche, on en saupoudre les ulcérations de la bouche et les parties écorchées. On la mâche pour les maladies des gencives. Elle arrête les ulcères rongeants, les ulcères serpigineux, ou ceux qui se cicatrisent difficilement; en particulier, elle guérit les ulcérations causées par la neige.

Les herboristes l'emploient pour l'angine ; dans la céphalalgie, ils en font une couronne qu'ils mettent sur la tête; ils en entourent le col pour les fluxions des yeux. Dans les fièvres tierces, quelques-uns l'arrachent de la main gauche, et l'attachent en amulette; ils en font même autant pour les hémorragies; et il n'est pas de plante qu'ils gardent à l'état sec plus que le polygonon.

XCII. [1] Le pancration (pancratium martimum), L.) est appelé plus volontiers par quelques-uns petite scille : feuilles du lis blanc, plus longues et plus épaisses; racine consistant en un grand oignon de couleur rousse. Il relâche le ventre, le suc pris avec la farine d'ers. Il déterge les ulcères. On le donne avec du miel pour l'hydropisie et les maladies de la rate. D'autres le font bouillir jusqu'à ce que l'eau devienne douce; ensuite ils jettent cette eau, pilent la racine, et en forment des trochisques qu'ils font sécher au soleil; ils s'en servent pour les ulcères de la tête, et pour tout ce qui a besoin d'être détergé; ils en donnent pour la toux une pincée dans du vin, et ils prescrivent cette substance en loch pour les douleurs de côté ou la péripneumonie. On l'administre dans du vin pour la sciatique, pour les tranchées, et pour provoquer les règles. XCIII. [1] Le péplis (euphorbia peplis, L.), ou syce, ou méconion, ou mécon aphrodes, est frutescent sur une seule racine mince : feuilles semblables à celles de la rue, un peu plus larges; graine logée sous les feuilles, ronde, plus petite que celle du pavot blanc. On le cueille d'ordinaire dans les vignobles, au temps de la moisson ; on le fait sécher avec la graine en mettant au-dessous de quoi la recevoir. En boisson, la graine purge, évacuant la bile et la pituite. La dose moyenne est un acétabule dans trois hémines d'eau miellée. On en mêle dans les aliments et les ragoûts, pour tenir le ventre libre.

XCIV. [1] Le périclyménos (XXXV, 33) (lonerica periclymenurn, L.) est frutescent aussi; il a d'espace en espace, deux feuilles blanchâtres et molles. Au sommet, entre les feuilles, est la graine, dure et difficile à arracher. II croît dans les terres de labour et les baies, s'entortillant autour de tous les appuis qu'il rencontre. On fait sécher la graine à l'ombre, on la pile, et on en fait des pastilles. Ces pastilles, dissoutes, se donnent dans trois cyathes de vin blanc, pendant trente jours, pour les maux de la rate, qu'il consume et fait rendre, soit par des urines sanguinolentes, soit par les selles, ce qu'on reconnaît dès la dixième jour. Les feuilles, bouillies, sont diurétiques. On les emploie dans l'orthopnée. Prises en boisson de la même façon, elles facilitent. I'accouchement et chassent l'arrière-faix.

XCV. [1] Le pélécinus (coronilla securidaca, L. ), que nous avons dit croître dans les champs de blé (XVIII, 44, 5), pousse beaucoup de rejetons, et a les feuilles du pois chiche. La graine est dans des gousses recourbées comme des cornets, et au nombre de trois ou quatre; elle ressemble à celle de la nielle; elle est amère et stomachique; on l'incorpore dans les antidotes.

XCVI. [1] Le polygala (polygala venelusa, Sibth.) atteint la hauteur d'un palme; les feuilles, semblables à celles de la lentille, sont placées en haut de la tige; la saveur est astringente. En boisson, il fait venir abondamment le lait.

XCVII. [1] Le potérion (XXV, 76)) (astragalus creticus, L. ), suivant d'autres phrynion, ou névras, étale un grand nombre de rejetons, est hérissé d'épines avec un duvet épais, des feuilles petites, rondes; des branches longues, molles, ployantes, grêles; une heur allongée et verte. La graine n'est d'aucun usage, mais elle est d'un goût piquant, et odorante. Il se trouve sur les collines arrosées. Il a deux ou trois racines, longues de deux coudées, nerveuses, blanches, fermes. On le lève de terre en automne. La tige, coupée, donne un suc gommeux. La racine est, dit-on, admirable pour la guérison des blessures, surtout, en topique, pour celles des nerfs, même tranchés. La décoction, prise avec du miel, est bonne aussi pour les relâchements, les faiblesses et les coupures des nerfs.

XCVlIl. [1] Le phalangites (hemorocallis liliastrum, L.) (23) est appelé par quelques-uns phalangion, par d'autres leucanthémon, ou, comme je trouve dans quelques livres, leucacantha. ll n'a jamais moins de deux petites branches, qui vont en sens opposé : fleur blanche, semblable au lis rouge ; graine noire, large, ayant la forme d'une demi-lentille, mais beaucoup plus mince; racine menue et verte. La feuille, ou la fleur, ou la graine, s'emploie contre les blessures faites par les scorpions, les araignées phalanges et les serpents, et aussi contre les tranchées.

XCIX. [1] Je crois inutile de décrire le phy teuma (reseda phyteuma, L. ), car on ne l'emploie que dans les philtres.

C. [1] Les Grecs nomment phyllon (XXVI, 91) (mercurialis perennis, L.) une plante qui croît dans les montagnes, parmi les rochers. Le phyl-Ion femelle est plus vert; il a une tige menue, la racine petite, la graine ronde, semblable à celle du pavot. Ce phylion fait engendrer des filles. Le phylion mâle, qui ne diffère de l'autre que par la graine, laquelle ressemble à une olive naissante, fait engendrer des garçons. L'un et l'autre se prennent dans du vin.

CI. [1] Le phellandrion (24) croit dans les endroits marécageux : il a la feuille de l'ache; on en prend la graine pour la pierre et les incommodités de la vessie.

CII. [1] Le phalaris (phalaris nodosa, L.) a une tige longue, menue, semblable à un chaume ; au sommet, une fleur penchée. La graine ressemble au sésame. Cette graine, prise dans du vin ou du vinaigre, avec du miel et du lait, brise les calculs, Elle guérit aussi les affections de la vessie. CIII. [1] Le polyrrhizon (25) a les feuilles du myrte et des racines nombreuses.

Ces racines, pilées, se donnent dans du vin coutre la morsure des serpents; elles sont bonnes aussi pour les quadrupèdes.

CIV. [1] La proserpinaca (polygonum aviculare, L.) (26), plante commune, est un remède excellent contre la piqûre des scorpions. Pilée avec addition de saumure et d'huile où des anchois ont été confits, elle guérit, dit-on, admirablement l'angine (XXVI, 11) ; on ajoute même que, quelque fatigué qu'on soit, la voix manquât-elle par lassitude, il suffit d'en mettre sous la langue pour être aussitôt délassé, et que si on ['avale il s'en suit un vomissement salutaire.

CV. [1] Le rhacoma (rhubarbe, rheum rhaponlicum, L.) est apporté des contrées situées au delà du Pont. La racine est semblable au costus noir (XII, 25), mais plus petite et un peu plus rousse, sans odeur, d'un goût échauffant et astringent; pilée, elle donne un suc de la couleur du vin, un peu safrané. En topique, elle calme les inflammations et les fluxions; elle guérit les plaies. Appliquée avec du vin cuit, elle adoucit les fluxions des yeux; avec du miel, elle est bonne pour les ecchvmoses:; avec du vinaigre, pour les autres lividités. Réduite en poudre, on la met sur les ulcères ma-lins, et on la donne à l'intérieur, à la dose d'une drachme, dans de l'eau, pour l'hémnplysie; on l'administre pour la dysenterie et le flux céliaque, dans du vin s'il n'y a pas de fièvre, dans de l'eau s'il y en a. On la broie plus aisément. quand on l'a fait tremper auparavant pendant la nuit. La décoction se donne en boisson, à double me-sure, pour les ruptures, les convulsions, les contusions, les chutes de haut.

[2] Quand il y a douleur de poitrine, on ajoute un peu de poivre et de myrrhe. Si l'estomac est relâché, on l'administre dans de l'eau froide ; de même pour les toux invétérées et l'expectoration purulente; de même pour le foie, la rate, la coxalgie, les affections des reins, l'asthme, l'orthopnée. Pilée à la dose de trois oboles, et prise dans du vin cuit, elle guérit les irritations de la trachée-artère; la dé. coction produit le même effet. Dans du vinaigre, eu topique, elle guérit le lichen. On la prend en boisson pour les flatuosités, les refroidissements,, les fièvres froides, le hoquet, les tranchées, les distensions intestinales, les pesanteurs de tête, les vertiges mélancoliques, les courbatures et les convulsions.

CVI. [1] Aux environs d'Ariminum on connaît une plante appelée réséda (reseda alba, L.) : elle dissipe les fluxions et toutes les inflammations. Ceux qui l'emploient ajoutent ces paroles : Réséda, sois le réséda (sédatif) des maladies; sais-tu, sais-tu qui a ici fait ses petits? que les racines n'aient ni tête ni pieds. On doit dire ces paroles trois fois et cracher trois fois.

CVII. [1] Le stoechas (lavandula stoechas, L.) ne croît que dans les îles ( III, 5) de même nom. C'est une plante odorante. Elle a le feuillage de l'hysope, et le goût amer. En boisson elle est emménagogue; elle soulage les douleurs de poitrine. On l'incorpore aussi dans les antidotes.

CVIII. (XIII) [1] Le solanum (XXI, 105) (solanum nigrum, L) est appelé par les Grecs strychnos, comme le marque Corn. Celse (De re med., II, 33), et est astringent et réfrigérant.

CIX. [1] Le smyrnion (XIX, 48 et 62) (smyrnium perfoliatum, L.) a la tige de l'ache, les feuilles plus larges, placées principalement autour des rejetons, qui sont nombreux. C'est de ces rejetons que sortent les feuilles, grasses et repliées vers la terre. Cette plante a une odeur parfumée et agréable, avec une certaine âcreté. La couleur est d'un jaune pâle. Elle porte sur ses tiges des ombelles comme l'aneth. La graine est ronde, noire, et se sèche au commencement de l'été. La racine aussi est odorante, d'un goût âcre et piquant, juteuse et molle; elle est noire extérieurement, blanche intérieurement. L'odeur est à peu près celle de la myrrhe, d'on le nom de la plante. Le smyrnion croit sur les collines pierreuses ou couvertes de terre. On l'emploie comme échauffant. Les feuilles et la racine sont diurétiques et emménagogues. La graine arrête le cours de ventre, La racine, en topique, dissipe les fluxions, les suppurations non anciennes, et les duretés.

[2] Elle est bonne contre les araignées phalanges et les serpents, prise dans du vin, avec addition de cachrys, ou de polion, ou de mélisse ; mais il faut fractionner la dose, parce que, prise tout à la fois, elle est vomitive; aussi l'administre-t-ou quelquefois avec de la rue. La graine ou la racine guérissent la toux et l'orthopnée, ainsi que les affections de la poitrine, de la rate, des reins, de la vessie; la racine, les ruptures, les convulsions. Elle facilite aussi les accouchements et la sortie de l'arrière-faix.

[3] On la donne encore dans du vin, avec le chethmos (crithmum maritimum, L.), pour la coxalgie. Elle est sudorifique et carminative; aussi dissipe-t-elle les flatuosités de l'estomac. Elle mène à cicatrisation les plaies. On exprime aussi de cette racine un suc utile pour les femmes et pour les besoins de la poitrine et des viscères ; il est en effet échauffant, digestif et purgatif. La graine se donne en particulier, à l'intérieur, aux hydropiques, chez lesquels on emploie aussi à l'extérieur et le suc et un cataplasme fait avec l'écorce sèche. On s'en sert enfin dans les ragoûts avec le vin miellé, l'huile et le garum, surtout pour les viandes bouillies. Le sinon (sinon amomurn, L.) (27), d'une saveur très semblable à celle du poivre, est digestif; il est efficace dans les maux d'estomac.

CX. [1] Le téléphion (cerinthe aspera) ressemble, par sa tige et ses feuilles, au pourpier. Il part de la racine sept ou huit rameaux bien garnis de feuilles épaisses et charnues. Il croît dans les lieux cultivés, et surtout entre les vignes. On l'emploie en topique pour le lentigo; quand il est sec, on l'enlève.

On l'emploie de même pour le vitiligo, pendant trois mois environ, l'espace de six heures le jour ou la nuit; puis on applique de la farine d'orge. Le téléphion guérit les blessures et les fistules. CXI. [1] Le trichomanes (asclepiurn trichomanes) (XXV, 86) ressemble à l'adianton (XXII, 30), mais il est plus grêle et plus foncé. Les feuilles, semblables à celles de la lentille, sont serrées, amères et opposées. La décoction, prise dans du vin blanc avec addition de cumin sauvage, guérit la strangurie. En topique, elle empêche les cheveux de tomber, ou s'ils sont déjà tombés, elle les fait repousser. Le trichomanes, pilé et appliqué avec de l'huile, guérit l'alopécie. Il suffit d'en goûter pour éternuer. CXII. [1] Le thalitruum (thalictrum flavum, L.) a les feuilles de la coriandre, mais un peu plus grasses, et la tige du pavot. II croît partout, principalement dans les campagnes. Les feuilles, avec du miel, guérissent les ulcères.

CXIII. [1] Le thlaspi est de deux espèces : l'un (capsella bursa pastoris) a les feuilles étroites, de la longueur et de la largeur du doigt, tour-nées vers la terre, divisées à la pointe; la tige d'un demi-pied, non sans branches; la graine renfermée dans une espèce de disque et ressemblant à la lentille, si ce n'est qu'elle a des brisures, d'où le nom de la plante; la fleur est blanchâtre. Ce thlaspi croit dans les sentiers et les haies. La graine, d'un goût âpre, évacue par haut et par bas la bile et la pituite; la dose en est un acétabule (0 litr., 168). On donne cette plante en lavement pour la coxalgie, jusqu'à ce que le malade rende du sang par les selles (28). Elle est emménagogue aussi; mais elle tue le foetus. L'autre thlaspi (lanaria annua, L.) (29), nommé par quelques-uns napy (moutarde) persique, a de larges feuilles et de grandes racines. On s'en sert aussi pour la coxalgie, en lavement. Les deux thlaspis sont bons pour les aines; on recommande à celui qui les cueille de dire qu'il les prend contre les maux des aines, contre toutes les fluxions et contre les plaies, et de les arracher d'une seule main.

CXIV. [1] Les auteurs ne décrivent pas la trachinia (30), et je crois que la promesse de Démocrite est fausse ; car ce serait un prodige si cette plante, portée en amulette, consumait la rate en trois jours.

CXV. [1] Le tragonis (XIII, 36),ou tragion (hype-ricum hircinum) (31), ne croît que dans les plages maritimes de l'île de Crète. Il ressemble au genévrier par la graine, la feuille et les branches. Le suc laiteux de cette plante épaissi en gomme, ou la graine, fait, en topique, sortir les dards enfoncés dans les chairs. On pile la plante récente, et on l'applique avec du vin, ou on emploie la plante sèche pulvérisée, avec du miel.. Elle fait venir le lait en abondance, et est un remède unique pour les mamelles. CXVI. [1] Il y a encore une autre plante appelée tragos (salsolatragus) (32) (XIII, 37), et par quelques-uns scorpion, haute d'un demi-pied, poussant beaucoup de rejetons, dépourvue de feuilles, portant de petites grappes rougeâtres, et donnant un grain semblable à celui du froment, dont le bout est aigu. Cette plante croît, comme la précédente, sur les plages maritimes. Dix ou douze sommités des rameaux de cette plante, pilées et prises dans du vin, sont un remède pour le flux céliaque, la dysenterie, l'hémoptysie et les pertes.

CXVII. [1] Le tragopogon (tragodon crocifolium, L. ), nommé par d'autres come, a la tige petite, les feuilles du safran, la racine longue et douce, et au haut de la tige un calice large et noir. Il croît dans les terrains rocailleux, et est sans usage.

CXVIII. [1] Voilà tout ce que nous avons appris ou découvert sur les plantes qui soit digne de mémoire. En terminant cette matière, il ne nous paraît pas hors de propos de remarquer que les propriétés des substances végétales varient suivant leur ancienneté. C'est, comme nous l'avons dit (XX, 3), l'élatérion qui dure le plus longtemps.. Le chaméléon noir dure quarante ans ; la centaurée n'en passe pas douze ; le peucedanum, six; l'aristoloche et la vigne sauvage se gardent pendant une année, à l'ombre. Remarquons qu'aucun animal, en dehors de ceux qui vivent dans les plantes, n'attaque les racines dont nous avons parlé, excepté le spondyle, espèce d'insecte qui les attaque toutes.

CXIX. [1] C'est aussi un fait reconnu, que la force et l'efficacité de toutes les racines est moindre si elles sont recueillies après la maturité du fruit; et qu'il en est de même des graines si on incise avant leur maturité la racine pour en tirer le suc. Au reste, l'habitude amortit l'effet de toutes les plantes; et les substances dont on s'est servi journellement se trouvent sans action utile ou nuisible alors qu'on a besoin de les employer. Toutes les plantes ont des effets plus puissants dans les lieux froids et exposés à l'aquilon, ainsi que dans les lieux secs. CXX. [1] Il y a de plus parmi les nations des différences considérables. Ainsi nous apprenons que les Égyptiens, les Arabes, les Syriens, les Ciliciens, sont sujets aux vers et aux lombrics, taudis que les Grecs et les Phygiens en sont complètement exempts, Cela est encore moins surprenant que de voir, l'Attique et la Béotie étant limitrophes, les Thébains sujets à cette incommodité, qui épargne les Athéniens. Cette considération nous ramène aux propriétés des animaux eux-mêmes et aux remèdes qu'ils apportent en naissant, les plus sûrs de tous peut-être.

[5] Cette plante, qui, comme nous l'avons dit (XXV, 109), est âcre et brûlante lorsqu'elle est crue, est, lors s qu'elle est cuite, d'un bon usage, avec du sel, cic l'huile et du cumin. Le daucus en boisson détermine très aisément l'éruption des règles et la sortie de l'arrière-faix. Le ladanum, en fumigation, guérit l'hystérie. Dans les douleurs et les ulcérations de la matrice on l'emploie en topique, La scammenée en boisson ou en pessaire fait sortir les foetus morts. Les deux hypéricons (XXVI, 53 et 54) en pessaire sont emménagogues. Mais la plante qui parait à Hippocrate (De morb. mul., I, t. 10 ) la plus efficace est le crethmos dans du vin, soit la graine, soit la racine. L'écorce fait sortir aussi l'arrière-faix. Cette plante prise dans de l'eau est bonne pour les suffocations hystériques; de même la racine du géranion, qui convient particulièrement pour l'arrière-faix et pour les pneumatoses de la matrice. L'hippuris en boisson et en pessaire déterge l'utérus. Le polygonus (XXVII, 91) en boisson et la racine d'althaea sont emménagogues, ainsi que les feuilles du plantain et l'agaric dans de l'eau miellée.

[6] L'armoise pilée, en pessaire, dans de l'huile d'iris, ou avec une figue, ou avec de la myrrhe, guérit les affections de matrice. La racine en boisson est tellement active, qu'elle fait sortir les foetus morts. Un bain de siège dans une décoction des branches de cette plante est emménagogue, et facilite la sortie de l'arrière-faix; de même les feuilles en boisson, à la dose d'une drachme. Elles produisent encore les mêmes effets, appliquées seules sur le ventre ou avec de la farine d'orge. Pour les maladies intérieures des femmes on recommande encore l'acoron, les deux conyza (XXI, 29), et le crethmos. Les deux anthyllis, en potion dans du vin, sont très bons pour la matrice, pour les tranchées utérines, pour le retard de l'arrière-faix. Le callithrix en fomentation guérit les parties secrètes, enlève les pellicules blanches de la tête, et, pilé dans de l'huile, colore les cheveux. Le géranion dans du vin blanc, l'hypocisthis dans du vin rouge, arrêtent les pertes.

[7] L'hysope soulage les suffocations utérines. La racine de verveine, en boisson dans de l'eau, est excellente pour tous les accidents qui surviennent pendant ou après l'accouchement. Au peucedanum quelques-uns mêlent dans du vin rouge la graine de cyprès pilée. La graine du psyllium bouillie dans l'eau, et tiède, adoucit toutes les inflammations de l'utérus. La grande consoude broyée dans du vin rouge est emménagogue. Le scordotis en boisson, une drachme de suc dans quatre cyathes d'eau miellée, accélère l'accouchement. On donne aussi pour cela avec succès les feuilles de dictame dans de l'eau : Il est certain qu'une obole de ces feuilles, quand même l'enfant serait mort dans l'utérus, le fait sortir sur-le-champ sans aucun mal pour la femme; même effet avec le pseudo¬dictame, mais plus lent; avec le cyclaminos en amulette; avec le cissanthémos en boisson; avec la bétoine en poudre dans de l'eau miellée.

XCI. [1] L'arsénogonon et le thélygonon (mercurialis perennis, L.) sont des herbes qui ont des grappes semblables aux fleurs de l'olivier, mais plus pâles, et une graine blanche comme celle du pavot. On prétend que le thélygonon pris en boisson fait concevoir des filles. L'arsénogonon n'en diffère que par sa graine, qui ressemble à celle de l'olivier. Ajouterons-nous foi à ce qu'on dit, que l'arsénogonon pris eu boisson fait concevoir des garçons? D'autres prétendent que ces deux plantes ressemblent à l'ocimum, mais que la graine de l'arsénogonon, laquelle est double, a de la ressemblance avec les testicules.

XCII. [1] L'aizoon, que nous avons nommé digitellus (XXV, 102), est souverain pour les affections des mamelles. On fait venir le lait en abondance avec l'érigeron dans du vin cuit; avec le sonchus (XXII, 44), cuit dans de la farine. La plante appelée mastos (mamelle), en topique, guérit l'affection des mamelles appelée poil, qui survient après l'accouchement, ainsi que le masque des nouvelles accouchées et d'autres affections de la peau. La gentiane, le nymphaea herscha en topique, la racine de cyclaminos, enlèvent toutes les taches de la peau. Les grains de la cacalia, incorporés à de la cire liquide, font une pommade qui tend la peau du visage et en efface les rides. La racine de l'acoron corrige tous les vices de la peau.

XCIII. [1] La lysimachia rend les cheveux blonds. L'hypéricon, nommé aussi corion, les rend noirs; de même l'ophrys (ophrys bifolia, L.), qui ressemble au chou dentelé, et qui n'a que deux feuilles; de même la polemonia bouillie dans de l'huile. Nous rangeons, nous, les épilatoires parmi les cosmétiques propres aux femmes, encore que les hommes en fassent maintenant usage. On regarde comme très efficace l'archézostis (XXVI, 70), le suc du tithymale, dont on se frotte soit au soleil, avec de l'huile, à plusieurs reprises, soit après s'être arraché les poils. L'hysope, dans de l'huile, guérit la gale des quadrupèdes; le sidéritis, en particulier, l'esquinancie des cochons. Maintenant passons aux espèces de plantes dont il nous reste à parler.

DE PLINE L'ANCIEN

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE.

TOME SECOND. LIVRE XXVII

Traduction française : É. LITTRÉ

livre XXVI - livre XXVIII

LIVRE XXVII,

En effet, la nature, cette mère de tous les êtres, n'a produit aucun animal uniquement pour se repaître ou être la pâture des autres; elle a encore enfermé dans leurs entrailles des moyens salutaires, elle qui en a mis dans les choses même insensibles: mais ici elle a voulu que ces secours de notre vie, les plus puissants de tous, fussent puisés dans une autre vie; grand et admirable objet qui s'offre maintenant à notre contemplation. FIN DU LIVRE XXVII.

NOTES DU VINGT-QUATRIEME LIVRE.

(01) Divinum Vulg. - Divinam Editt. ante Hard., Brolier, Sillig.

(02) Etiarn quum homo inveniret; eamdemque omnium parentem et genuisse haec et ostendisse, nullo vitae miraculo majore, si verum fateri volurnus. Scythicam herbam Vulg. - J'ai changé la ponctuation.

(03) Caecilius Vulg. - Il faut lire Caelius; voyez la note 25 du livre VII. (04) Ea purgatione quibus datur Vulg. - Ea purgatio quibusdam datur Vet. Dalech.

(05) Pline dit au commencement que l'alsine croît dans les bois; et ici, qu'elle croît dans les jardins et sur les murs. Il s'est exprimé négligemment, en divisant ainsi ce qui est relatif aux lieux de cruissanee de cette plante. Le fait est qu'elle vient sur les murs de jardin, sur les décombres, dans les plaines, mais aussi dans les montagnes jusqu'à une hauteur de 1500 pieds, et sur des rochers ombragés. Voy. Fraas, Synopsis, p. 235.

(06) On a désigné pour cette plante l'ajuga pyramidalis et l'ajuga iva; mais Pline ne donnant aucune description, el nul autre auteur ancien ne parlant de cette plante, il est impossible de la déterminer.

(07) M. Fraas, Synopsis, p. 159, détermine ainsi l'asclépias des auteurs grecs : "Asclepias Dioscoridis mihi, caule recto velutino, foliis ovalo-cordatis, acuminatis, floribus umbellatis, axillaribus, sessilibus, nigro-purpureis."

(08) Il paraît qu'ici Pline, par le mot de gui, viscum, en-tend l'ixias on chamaeléon (XXII , 21); c'est du moins ce qui résulte d'un passage de Scribonius Largus, comp, CXCI: Ixia, quam quidam chamaeleonta vocant.... pota mentem abalienat,... Adjuvantur autern laesi ab ea absinthio poto cum vino.

(09) Porrum nigrum Vulg. - Melamprasion Vett. Ed. ante Hard.

(10) M. Fraas, Synopsis., p. 160, propose, mais avec doute, le cynanchum monspeliacum.

(11) Pline se trompe. Le crataegos de Théophraste est le crataegus azarolla, et l'aquifolia des Latins est le houx, (12) On ne sait ce qu'est le coagulum terrestre. Quelques-uns ont indiqué le serapia abortiva. Mais, comme dit Hardouin, c'est une pure divination. (13) La cuisse-de-boeuf, n'étant pas décrite, ne peut être déterminée. Des commentateurs ont indiqué le leonurus cardiaca, (14) Ea gustu Vulg. - Ea om. Regg. Codd., Edit. Prin ceps, Brotier. (15) Hyosiris Vulg. - Hyoseris Reg. I, Brotier.

(16) D'après M. Fraas, Synopsis, p. 204, l'hippophæston de Dioscoride est la centaurea spinosa. Cependant il avoue que la phrase, Il n'a ni tige ni fleur, ne convient pas à la centaurea spinosa; mais il ajoute que cette phrase ne convient pas non plus à nulle autre synonymie. II serait porté à croire que Dioscoride a fait quelque confusion, et que l'emploi industriel de la plante indique la centaurea nigra, et l'emploi médical l'euphorbia spinosa.

(17) Tenuiora germina multa, in quibus semen lunicu lis continetur Editt. ante Hard., Sillig. - Tenuiora... continetur om. Vulg.

(18) Le léontopétalon et le léontopodion sont la même plante. Voy. Dioscoride in Nothis : οἱ δὲ λεοντοπόδιον, οἱ δὲ λευκήορον, οἱ δὲ ῥαπήιον. (19) On ne sait ce qu'est le limeum : des commenta-teurs ont désigné le ranunculus thora, L., d'autres le doronicum pardalianches. On ne connaît pas en Gaule de plante assez vénéneuse pour produire les effets indiqués dans ce chapitre.

(20) Una sagitta Vulg. - Unam sagiltam Chiffet, Sillig.

(21) Thiatin Vulg. - Thoti Cod. Reg., Brotier, Sillig.

(22) L'othonna est une plante indéterminée. Sprengel a désigné le tagetes patula, L.; mais tous les tagetes sont indigènes de l'Amérique méridionale. (23) Les commentateurs ont désigné l'anthericum liliastrum; mais M. Fraas, Synopsis, p. 251, désigne le Iloydia graeca, Salisb. Il s'appuie sur Dioscoride. A la vérité, il convient que la fin de la description de Pline est en désaccord avec cette détermination; mais il pense que le jugement de Pline, si constamment faux dans les choses botaniques, ne doit pas être ici pris en considération. Les autres espèces d'anthericum qu'on a proposées n'ont pas encore été trouvées en Grèce; mais le Iloydia græca est commun, dans tout le territoire, sur des collines et des promontoires de 600 à 1.500 pieds d'élévation (dans le Péloponnèse, dans l'Attique et dans les îles). (24) On ne sait ce qu'est le phellandrion; les auteurs grecs ne l'ont pas décrit. Onl a songé au phellandrium aquaticum, L.

(25) Le polyrrhizon a été rapporté à l'aristolochia pistalochia, L., parce que Pline, XXV, , donne le nom de polyrrhizon à une espèce d'aristoloche. Mais cette aristoloche n'a pas les feuilles de myrte que Pline attribue à son polyrrhizon. Il ne paraît donc pas possible de déterminer celui-ci. (26) Apulée, c. 18, dit : De proserpinaca, sive polygono. Pomygonon alii,.... alii polygonatum,.... Romani sanguinariam, Itali proserpinacam. Les commentateurs en ont conclu que la proserpinaca et le polygonon (voy. XXV11, 91) étaient la même plante.

(27) D'après les commentateurs, le sinon de Pline est le sison de Dioscoride, soit par une faute de lecture de la part de Pline, soit par une faute des copistes.

(28) Le texte de Dioscoride est Ἐγκλύζεται δὲ ἰσχιαλικούς· ἄγει δὲ καὶ αἷμα ποθέν : Le thlaspi se donne en lavement pour la coxalgie; en boisson, il fait sortir le sang. II est évident que Pline a lu trop rapidement son texte grec, où il n'est pas question de lavement purgatif qui aille jusqu'au sang (29) Pour le second thlaspi les commentateurs ont désigné la lanaria annua, L. Mais la description est si écourtée, qu'il n'y a aucune confiance à mettre en cette détermination.

(30) On ne sait ce qu'est la trachinia ; la description manque.

(31) La détermination de cette plante est fort incertaine; M. Fée la rapporte avec doute au pistachier; M. Fraas, Synopsis, p. 182, à l'origanum maru, mais avec un point: d'interrogation, (32) M. Fraas, ib., p, 227, voit dans le tragos l'ephedra distachya.

DE PLINE L'ANCIEN

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE.

TOME SECOND. LIVRE XXVIII

Traduction française : É. LITTRÉ

LIVRE XXVIll,

TRAITANT DES REMÈDES TIRÉS DES ANIMAUX

I et II Remèdes tirés de l'espèce humaine. - III. Les paroles ont-elles quelque vertu médicatrice ? - IV. Que l'on peut et conserver et détourner l'effet des prodiges - V. Usages divers. - VI. Remèdes tirés de l'homme et observations. CCXXVI. - VII. De la salive. - VIII. Du cérumen. - IX. Des cheveux, des dents, etc. - X. Du sang, du coït, etc. - XI. Des morts. - XII. Rêveries diverses des magiciens. - XIII. Des ordures provenant du corps humain. - XIV. Remèdes qui dépendent de la volonté de l'homme. - XV. De l'éternuement. - XVI. Du coït. - XVII. Remèdes divers. - XVIII. De l'urine.- XIX. Pronostics relatifs à la santé, tirés de l'urine. - XX. De la femme : remèdes. - XXI. Du lait de la femme. - XXII. De la salive de la femme. - XXIII. Du sang des règles. - XXIV. Des animaux étrangers : de l'éléphant, - XXV. Du lion, - XXVI. Du chameau, - XXVII. De l'hyène, - XXVIII. Du crocodile, XIX. De la crocodilée, XI. - XXIX. Du caméléon, - XXX. Du scinque, IV. - XXXI. De l'hippopotame, VII. - XXXII. Du lynx, V. - XXXIII. Remèdes communs, tirés des animaux sauvages ou des animaux apprivoisés de même espèce. Usage du lait, et observations, LIV. - XXXIV. Des fromages, XII. - XXXV. Du beurre, XXV. - XXXVI. Du petit-lait, I. - XXXVII. Usage de la graisse, et observations, LII. - XXXVIII. Du suif. - XXXIX. De la moelle. - XL. Du fiel. - XLII. Du sang. - XLII. Remèdes particuliers tirés des animaux et rangés par ordre de maladies : contre les serpents : du cerf, III; du chevreau; de l'ophion, du sanglier, XII; des chèvres et des boucs, XCVI; de l'âne, LXXVI. - XLIII. Contre la morsure du chien enragé : remèdes tirés du veau, LVIII. - XLIV. Contre les maléfices. - XLV. Contre les poisons. - XLVI. Pour la tête et l'alopécie. - XLVII. Pour les affections des yeux. - XLVIII. Pour les douleurs et les affections des oreilles. - XLIX. Pour les douleurs de dents. - L. Pour les affections du visage. - LI. Pour les amygdales et les tumeurs strumeuses. - LII. Pour les douleurs du cou. - LIII. Pour la toux et le crachement de sang. - LIV. Pour les douleurs d'estomac.- LV. Pour les douleurs de foie et l'asthme. - LVI. Pour les douleurs des lombes. - LVII. Pour la guérison de la rate. - LVIII. Pour le bas-ventre. - LIX. Pour le ténesme, le ténia, et la colique. - LX. Pour la vessie et Ies calculs. - LXI. Pour les affections des parties génitales et du siège.- LXII. Pour la goutte et les douleurs de pied. - LXIII. Pour l'épilepsie. - LXIV. Pour l'ictère. - LXV. Pour les fractures des os. - LXVI. Pour les fièvres. - LXVII. Pour la mélancolie, le léthargus et la phtisie.- LXVIII. Pour l'hydropisie. - LXIX. Pour l'érysipèle et les éruptions dues à la pituite.- LXX. Pour les luxations, les endurcissements et les furoncles. - LXXI. Pour les brûlures. De l'épreuve de la colle de taureau, et remèdes qu'on en tire, VII. - LXXII. Pour les douleurs des nerfs et les contusions. - LXXIII. Pour arréter les hémorragies. - LXXIV. Pour les ulcères et les carcinomes. - LXXV. Pour la gale. - LXXVI. Pour l'extraction des corps enfoncés dans nos parties, et pour la guérison des cicatrices. - LXXVII. Pour les maladies des femmes. - LXXVIII. Pour les maladies des enfants. - LXXIX. Pour le sommeil et la sueur. - LXXX. Aphrodisiaques; contre l'Ivresse. - LXXXI. Observations remarquables touchant les animaux. Remèdes tirés du sanglier, VII; du porc, IX; du cerf, III; du loup, XXVII; de l'ours, XXIV; de l'onagre, XII; de l'âne, LXXVI; du fumier d'ânon, III; du cheval sauvage, XI; de la présure de pou lain, I; du cheval, XIII; du fromage de jument, I; du boeuf sauvage, II; du boeuf, LXXXI; du taureau, LIII; du veau, LIX; du lièvre, LXIV; du renard, XX; du blaireau, II du chat, V; de la chèvre, CXIV; du bouc, XXXI; du chevreau, XXI.

Résumé : Remèdes, histoires et observations, 1682.

Auteurs :

M. Varron, L. Pison, Fabianus, Valérius Antias, Verrius Flaccus, Caton le Censeur, Servius Sulpicius, Licinius Macer, Celse, Massurius, Sextus Niger qui a écrit en grec, Bithus de Dyrrachium, Opilius médecin, Granius médecin.

Auteurs étrangers :

Démocrite, Apollonius qui a écrit sur l'art d'employer les aromates, Milétus, Artémon, Sextilius, Antaeus, Homère, Théophraste, Lysimaque, Attale, Xénocrate, Orphée qui a écrit sur les choses spéciales, Archélaüs qui a écrit sur le même sujet, Démétrius, Sotira, Laïs, Eléphantis, Salpé, Olympias Thébaine, Diotime Thébain, lollas, Micton de Smyrne, Aeschine médecin, Hippocrate, Aristote, Métrodore, Icétidas médecin, Hésiode, Dalion, Caecilius, Bion qui a écrit sur les vertus des substances, Anaxilaüs, le roi Juba.

I. (1) [1] Nous aurions épuisé l'exposition de toutes les choses produites entre le ciel et la terre, et il ne resterait à palier que des substances fossiles, si l'étude des propriétés médicinales des herbes et des arbrisseaux ne nous détournait de notre chemin, et ne nous conduisait vers les remèdes, plus puissants, que fournissent les animaux, eux-mêmes sujets aux remèdes. Nous qui avons décrit les plantes, la beauté des fleurs, et tant de végétaux rares et difficiles à trouver, nous tairons-nous sur les ressources qu'il y a dans l'homme même pour l'homme, et sur tous ces remèdes vivants qui sont parmi nous ? Non; d'autant que la vie est un tourment si elle n'est exempte de douleurs et de maladies.

[2] Nous mettrons ici tous nos soins, au risque de faire naître l'ennui, notre projet étant d'avoir moins d'égard à l'agrément qu'à l'utilité. Nos recherches s'étendront jusqu'aux choses étrangères et aux usages des barbares; ce que nous rapportons, nous le rapportons sous la garantie des auteurs : cependant nous nous sommes appliqué à ne choisir que des faits établis par l'uniformité des témoignages, et nous avons préféré l'exactitude à l'abondance. Mais il est un avertissement très nécessaire à donner : nous avons déjà parlé des propriétés des animaux et des découvertes qui leur sont dues (en effet, ils ne nous ont pas moins servi en découvrant des re mèdes, qu'ils ne nous servent en nous en fournissant) : ici nous indiquerons seulement les secours médicinaux qu'on y trouve; sujet, du reste, que nous n'avons pas complètement omis dans les livres consacrés aux animaux. Ce qui nous reste à dire, quoique d'un genre différent, y est donc lié.

II. [1] Nous commencerons par l'homme, et notre première recherche sera en lui pour lui-même, au tout d'abord se présente une immense difficulté (XXVIII, 2). Les épileptiques boivent le sang des gladiateurs, sorte de coupes vivantes. Quoi ! on ne peut sans horreur voir les bêtes féroces en faire autant dans la même arène; et ces malade; regardent comme très efficace de recueillir sur l'homme même, et de la plaie béante, le sang chaud, fumant, et pour ainsi dire la vie elle-même, tandis qu'on regarderait comme une monstruosité d'approcher une bouche humaine de la plaie saignante d'une bête farouche ! D'autres recherchent la moelle des fémurs et la cervelle des enfants.

[2] Il y a même eu parmi les Grecs bon nombre de gens qui ont indiqué la saveur de chaque viscère, de chaque partie, ayant tout essayé jusqu'aux rognures des ongles, comme s'il fallait pour recouvrer la santé devenir bête féroce, et mériter la maladie par le remède même : tentatives justement frappées d'inutilité, si elles échouent. On ne se permet point de regarder les entrailles humaines : que sera-ce de les manger ! Qui a inventé ces horreurs ? C'est toi que j'accuse ici, destructeur de tout droit humain, artisan de monstruosités, qui as le premier fait de tels essais, sans doute pour que les hommes ne t'oubliassent point !

[3] Quel est celui qui a songé à goûter de chaque partie humaine ? Quelle conjecture l'a conduit ? Rome peut avoir été l'origine d'une telle médecine ? Qui a su rendre les poisons plus innocents que les remèdes ? Je veux que ces horribles usages soient dus à des barbares, à des étrangers... Mais les Grecs ne les ont-ils pas faits leurs ? Il existe des mémoires de Démocrite où l'on trouve que les os de la tête d'un malfaiteur sont plus utiles pour certaines maladies, et pour d'autres ceux de la tête d'un ami et d'un hôte.

[4] Appolonius a écrit que c'était un excellent remède pour le mal de dents, de scarifier les gencives avec une dent d'un homme mort de mort violente; Miletus, que le fiel de l'homme guérissait les cataractes. Artémon a fait faire, dans le crâne d'un homme tué et non brûlé, de l'eau puisée à une fontaine la nuit, pour l'épilepsie; Antaeus a fait avec le crâne d'un pendu des pilules pour la morsure du chien enragé. Bien plus, les hommes ont servi à guérir les bêtes : dans la tympanite des boeufs, on a perforé les cornes, et on y a introduit des os humains; dans certaines maladies des porcs, on leur a donné du froment qui avait passé la nuit dans un endroit où avait été tué ou brûlé un homme. Loin de nous, loin de nos écrits de pareilles choses !

[5] Nous ne rapporterons pas d'abominables pratiques, mais nous indiquerons les remèdes que peut fournir l'homme : ainsi le lait des nouvelles accouchées a pu être utile, de même que la salive, les attouchements et choses semblables. Nous ne regardons pas la vie comme tellement désirable, qu'il faille la prolonger à tout prix. Qui que tu sois qui penses autrement, tu n'en mourras pas moins, et tu auras vécu souillé ou abominable. Aussi, parmi les remèdes de l'âme on doit mettre au premier rang cette maxime : De tous les biens donnés à l'homme par la nature, il n'en est pas de plus grand qu'une mort opportune; et ce qu'il y a de mieux en cela, c'est que chacun peut se la procurer.

III. (II.) [1] Au sujet des remèdes fournis par l'homme, il s'élève d'abord une grande question toujours pendante : Les paroles et les charmes magiques ont-ils quelque puissance ? S'ils en ont, il conviendra de les rapporter à l'homme. Consultés en particulier, les gens les plus sages n'en croient rien; et cependant, en masse, les actes de tous les instants impliquent, sans qu'on s'en aperçoive, la croyance à cette puissance. Ainsi on pense que sans une formule de prière il serait inutile d'immoler des victimes, et que les dieux ne pourraient être convenablement consultés. De plus, il y a des paroles diverses, les unes d'impétration, les autres de dépulsion, d'autres de recommandation.

[2] Nous avons vu que des personnes revêtues de magistratures souveraines ont prononcé des formules déterminées : pour n'omettre ou ne transposer aucun mot, un homme prononce la formule qu'il lit sur le rituel, un autre est préposé pour suivre toutes les paroles, un autre est chargé de faire observer le silence, un musicien joue de la flûte pour qu'aucune autre parole ne soit entendue; et ces deux faits remarquables sont consignés, à savoir : que toutes les fois qu'un sacrifice a été troublé par des imprécations, ou que la prière a été mal récitée, aussitôt le lobe du foie ou le coeur de la victime a disparu ou a été doublé, sans que la victime ait bougé.

[3] On conserve encore, comme un témoignage immense, la formule que les Décius, père et fils, prononcèrent en se dévouant. On a la prière récitée par la vestale Tuccia, lorsque, accusée d'Inceste, elle porta de l'eau dans un crible, l'an de Rome 609. Un homme et une femme, Grecs d'origine ou de quelqu'une des autres nations avec qui nous étions alors en guerre, ont été enterrés vivants dans le marché aux boeufs; et cela s'est vu même de notre temps.

[4] La prière usitée dans ce sacrifice, laquelle est récitée d'abord par le chef du collège des Quindécemvirs, arrachera certainement à celui qui la lira l'aveu de la puissance de ces formules, puissance confirmée par huit cent trente ans de succès. Aujourd'hui nous croyons que nos vestales retiennent sur place, par une simple prière, les esclaves fugitifs qui ne sont point encore sortis de Rome. Si l'on admet cela, si l'on pense que les dieux exaucent quelques prières ou se laissent ébranler par ces formules, il faut concéder le tout (01). Le fait est que nos pères ont perpétuellement rapporté des exemples confirmatifs, assurant même qu'on peut, ce qui est le plus difficile de tout ceci, attirer la foudre du ciel, comme nous l'avons dit en son lieu (II, 54).

IV. [1] L. Pison, dans le premier livre de ses Annales, rapporte que le roi Tullus Hostilius (II, 54), ayant voulu, d'après les livres de Numa, évoquer Jupiter du ciel à l'aide du sacrifice prescrit par ce prince, fut frappé de la foudre pour n'avoir pas accompli exactement le rit. D'ailleurs beaucoup d'auteurs font voir, qu'avec des paroles on change de grandes destinées et d'importants présages : pendant qu'on jetait sur le mont Tarpéien les fondements du temple, on trouva une tête humaine; des députés furent pour cela envoyés (02) à Olenus Calenus, le plus célèbre des devins d'Étrurie; celui-ci, comprenant la gloire et le succès attachés à ce présage, essaya de les transporter à sa nation par une question : il traça devant lui sur la terre, avec son bâton, la figure d'un temple; et s'adressant aux députés :

[2] "Voici donc ce que vous dites, Romains : c'est ici que sera le temple de Jupiter très bon, très grand, c'est ici que nous avons trouvé la tête." La tradition constante des Annales est que le destin aurait passé à l'Étrurie si les députés, prévenus par le fils du devin, n'avaient répondu : "Ce n'est pas ici précisément que nous disons que la tête a été trouvée; c'est à Rome." On rapporte qu'il en fut de même quand un quadrige de terre cuite, destiné à être placé sur le sommet du même temple, eut extraordinairement grossi dans le four, et que, une seconde fois, le présage fut fixé à Rome de la même façon. Cela suffit pour montrer par des exemples que l'effet des présages est en notre puissance, et que la valeur qu'ils ont dépend de la manière dont on les reçoit.

[3] Du moins, dans la doctrine des augures, c'est un principe que les imprécations et les auspices, quels qu'ils soient, sont nuls pour ceux qui au début d'une entreprise quelconque déclarent n'y donner aucune attention, ce qui est un des plus grands bienfaits de la bonté divine; car enfin ne lit-on pas dans les lois mêmes des Douze Tables, en termes précis : Celui qui jettera un sort sur les moissons...; et dans un autre endroit : Celui qui prononcera un maléfice...

[4] Verrius Flaccus cite ses auteurs, auteurs qu'il juge dignes de foi, lorsqu'il dit que dans les sièges on faisait avant tout évoquer par des prêtres romains le dieu tutélaire de la ville, et qu'on lui promettait à Rome le même culte ou un culte plus grand. Ce rit est resté dans la discipline des pontifes, et il est certain que l'on a tenu caché le nom (03) de la divinité tutélaire de Rome, pour empêcher quelque ennemi d'en faire autant.

[5] Au reste, tout le monde craint pour soi d'être l'objet d'imprécations; de là l'usage quand on a avalé des oeufs ou des escargots d'en briser aussitôt les coquilles, ou de les percer avec la cuiller. De là cette imitation amoureuse des enchantements, dans Théocrite chez les Grecs, dans Catulle chez les Latins, et en dernier lieu dans Virgile (Ecl. VIII). Beaucoup croient aussi que les ouvrages de poterie se brisent par les paroles; d'autres admettent que les serpents mêmes répondent à l'enchantement par l'enchantement, qu'ils n'ont que cette sorte d'intelligence, et qu'ils se rassemblent au chant des Marses, même dans le repos de la nuit.

[6] On va jusqu'à écrire sur les murailles certaines paroles contre les incendies. Mais il n'est pas aisé de dire ce qui décrédite le plus tout cela, ou les mots barbares et impossibles à prononcer, ou les mots latins bizarres, et qu'on peut d'autant moins s'empêcher de trouver ridicules, que notre imagination attend toujours quelque chose d'infini, de capable d'ébranler la divinité, ou plutôt d'assez puissant pour lui commander. Homére (Od., XIX, 457) a dit qu'Ulysse arrêta par un charme le sang qui s'échappait d'une blessure reçue à la cuisse; Théophraste (De enthusiasmo, ap. Athen. XIV, p. 624), que la coxalgie est guérie par le même moyen. Caton a rapporté une formule bonne pour les luxations (XVII, 46, 6) : M. Varron, pour la goutte. Le dictateur César, après une chute dangereuse de toiture, ne manquait jamais, à ce qu'on rapporte, dès qu'il était assis en voiture, de répéter trois fois une certaine formule, pour être garanti d'accident en voyage; précaution qu'aujourd'hui, à notre connaissance, on prend généralement.

V. [1] Pour confirmer ce qui vient d'être dit, je veux en appeler au sentiment intime de chacun. Pourquoi, en effet, nous souhaitons-nous réciproquement une heureuse année au premier jour de l'an ? Pourquoi, dans les purifications publiques, choisit-on pour conduire les victimes des gens porteurs de noms heureux ? Pourquoi usons-nous d'adoration particulière pour prévenir les maléfices, invoquant la Némésis grecque, dont, pour cette raison, la statue est à Rome dans le Capitole, bien que cette déesse n'ait point de nom en latin (XI, 103) ? Pourquoi, lorsque nous parlons des morts, protestons-nous que nous n'en voulons point à leur mémoire ?

[2] Pourquoi croyons-nous que les nombres impairs ont pour toute chose plus de vertu, vertu qui se reconnaît dans les fièvres à l'observation des jours ? Pourquoi aux premiers fruits disons-nous que ceux-ci sont vieux, et que nous en souhaitons de nouveaux ? Pourquoi salue-t-on ceux qui éternuent, ce que Tibère, qui était certainement le plus sombre des hommes, exigeait, dit-on, même en voiture ? Quelques personnes trouvent qu'il est plus religieux alors de nommer ceux qu'on salue. Les absents (c'est une opinion reçue) sont avertis que l'on parle d'eux par le tintement de leurs oreilles. Attale [Phitométor] assure que si en voyant un scorpion on dit deux, l'insecte s'arrête, et ne pique point. Et, à propos de scorpion, personne en Afrique n'entreprend quoi que ce soit sans avoir prononcé auparavant le mot Afrique;

[3] tandis que dans les autres pays on commence par demander aux dieux leur bonne volonté. Est-on à table, nous voyons chacun ôter l'anneau qui est au doigt. Il est encore bien d'autres pratiques religieuses. En portant de la salive avec son doigt derrière son oreille, on croit adoucir les inquiétudes de l'esprit. Quand on veut marquer de la faveur le proverbe nous ordonne de nous presser les pouces. Pour saluer nous portons la main droite à la bouche, et nous tournons tout le corps à droite; inflexion que les Gaulois font à gauche, la regardant comme plus religieuse. Les hommes de toutes les nations s'accordent à frapper dans leurs mains quand il éclaire.

[4] Si dans un repas on vient à parler d'incendie nous répandons, pour écarter k présage, de l'eau sous les tables. On regarde comme un très mauvais présage de balayer le plancher quand quelqu'un se lève de table, ou d'ôter la table ou le buffet pendant que boit un convive. II y a de Servius Sulpicius, homme du premier rang, un écrit où il explique pourquoi il ne faut pas quitter la table; car de son temps on ne comptait pas encore plus de tables que de convives. Après un éternuement on regarde comme un détestable présage de rapporter un plat ou une table si l'un ne mange pas après cela quelque chose, ou de cesser complètement de manger.

[5] Ces pratiques ont été établies par ceux qui croyaient les dieux présents dans toutes les affaires et à tous les instants, et qui par cette piété nous les ont laissés propices, malgré nos vices. On a encore noté qu'il ne s'établit un silence complet et soudain dans une table que lorsque le nombre des convives est pair, et qu'il en résulte danger pour la considération de l'un quelconque d'entre eux. Anciennement on rendait un morceau tombé de la main, du moins à table; et on défendait de souffler dessus pour le nettoyer. On tire augure des paroles ou des pensées dans le moment où cet accident arrive, accident qui est du plus funeste présage s'il échoit à un pontife célébrant le repas de Pluton. L'expiation est de remettre le morceau sur la table, et de le brûler en présence du dieu Lare. On assure que les médicaments sont inutiles si avant de les administrer on les a posés par hasard sur une table.

[6] Se couper les ongles pendant les marchés de Rome sans dire mot et en commençant par l'index est regardé comme de mauvais augure pour les affaires pécuniaires. On dit que toucher à ses cheveux le dix-septième jour de la lune et le vingt-neuvième les empêche de tomber et préserve du mal de tête. Une loi rurale observée dans la plupart des métairies de l'Italie défend aux femmes en marchant dans la campagne de tourner leurs fuseaux, ou même de les porter découverts, parce que c'est contraire à toute chose espérée, et particulièrement aux moissons.

[7] II n'y a pas longtemps, M. Servilius Nonianus, prince de la cité, à la première crainte de l'ophtalmie, avant d'articuler le nom de mal, et avant que personne lui en eût parlé, portait au cou un papier enveloppé dans du linge, et marqué des deux lettres grecques P et  A : Mutianus, trois fois consul, portait de la même façon une mouche vivante dans un petit linge blanc; et ces deux personnages affirmaient qu'à l'aide de ces amulettes ils étaient préservés de l'ophtalmie. II existe contre la grêle contre plusieurs sortes de maladies, contre les brûlures, certaines incantations, dont quelques-unes même ont été éprouvées; mais, au milieu de la grande diversité des opinions, je n'ose les faire connaître, et là dessus je laisse chacun penser ce qu'il voudra.

VI. (III.) [1] En parlant des singularités des nations (VII, 2 ), nous avons fait connaître des hommes à nature monstrueuse et à regard malfaisant, ainsi que plusieurs propriétés des animaux, qu'il est superflu de répéter. Le corps de certains hommes est tout entier médicinal : par exemple, les hommes de ces familles redoutées des serpents guérissent les personnes mordues, soit par un simple attouchement, soit par une légère succion. A cette catégorie appartiennent les Psylles, les Marses, et ceux qu'on nomme Ophiogènes (VII, 2, 5) dans l'île de Chypre (04). Un certain Evagon, appartenant à cette famille et député à Rome, fut, par forme d'expérience, mis par les consuls dans un tonneau rempli de serpents, qui, à l'admiration universelle, ne firent que le lécher.

[2] Le signe commun à cette famille, si elle subsiste encore, est une odeur forte qui se fait sentir au printemps. La sueur même de ces hommes n'était pas moins un remède que leur salive. Les individus qui naissent à Tentyris, île du Nil, sont si redoutés des crocodiles (VIII, 38), que leur voix seule fait fuir ces animaux. La présence de ces différentes espèces d'hommes antipathiques aux serpents suffit pour guérir, cela est certain; de même que les plaies s'aggravent à l'entrée de ceux qui ont été autrefois mordus par un serpent ou un chien. Ces derniers font également avorter les couvées des poules et le fruit du bétail. Quand le venin est une fois entré dans le corps, il en reste tant, que les personnes qui ont été infectées deviennent elles-mêmes venimeuses : le remède est de leur faire d'abord laver les mains, et d'asperger avec cette eau ceux que l'on traite.

[3] D'un autre côté, les individus qui ont été piqués par le scorpion ne le sont jamais à l'avenir par les frelons, les guêpes et les abeilles : on s'en étonnera moins quand on saura qu'un habit qui a été porté à un enterrement n'est pas attaqué par les vers, et qu'on ne peut guère tirer les serpents de leurs trous si ce n'est en employant la main gauche; (IV.) quand on saura que des secrets trouvés par Pythagore un des plus certains est celui-ci, à savoir, que dans les noms imposés aux enfants un nombre impair de voyelles annonce claudication, perte de la vue, ou autre accident du côté droit; et un nombre pair, du côté gauche. Les accouchements laborieux se terminent, dit-on, à l'instant lorsque quelqu'un fait passer par-dessus la maison où est la femme en travail une pierre ou un trait qui ait tué en trois coups trois animaux, un homme, un sanglier et un ours :

[4] le succès est plus probable quand on se sert d'un javelot de vélite tiré, sans avoir touché terre, du corps d'un homme; porté dans la maison, ce javelot produit les mêmes effets. De la même façon, les flèches tirées du corps sans avoir touché la terre, et mises sous le lit, produisent l'effet des philtres : c'est ce qu'on lit dans Orphée et Archélaüs; et encore, que l'on guérit les épileptiques en leur faisant manger de la chair d'une bête percée du fer avec lequel un homme a été tué. Quelques individus ont une vertu médicinale en certaines parties de leur corps; tel était le pouce du roi Pyrrhus, comme nous l'avons dit (VII, 2, 12). A Élis on montrait une côte de Pélops, qu'on assurait être d'ivoire. Aujourd'hui encore, bien des gens, par religion, ne veulent pas se raser les signes au visage.

VII. [1] La salive d'un homme à jeun est, comme nous l'avons enseigné (VII, 2, 7), le premier des antidotes contre les serpents; mais il importe d'en signaler à la société les autres propriétés. Nous crachons pour nous préserver de l'épilepsie, c'est-à-dire que nous repoussons la contagion. De la même façon, nous écartons les fascinations et la mauvais présage de la rencontre d'une personne boitant du pied droit. Nous demandons aux dieux grâce pour quelque espérance trop présomptueuse en crachant dans notre sein. Par la même raison, il est d'usage dans tous les remèdes de cracher trois fois en conjurant le mal, et d'aider ainsi les effets des médicaments, comme aussi de marquer trois fois avec de la salive, à jeun, les furoncles naissants.

[2] Voici quelque chose de merveilleux, mais facile a expérimenter : si on se repent d'avoir porté un coup de près ou de loin, il n'y a qu'il cracher aussitôt dans la paume de la main avec laquelle on a frappé : à l'Instant la personne frappée cesse de ressentir de la douleur. C'est ce qu'on vérifie souvent après avoir roué de coups une bête de somme, à laquelle ce moyen fait aussitôt reprendre son allure. Quelques-uns, au contraire, rendent les coups plus pesants en crachant auparavant dans leur main, de la manière susdite. Ne refusons donc pas de croire qu'on guérit les lichens et les lèpres en les frottant tous les jours avec de la salive, à jeun; qu'on guérit l'ophtalmie en y faisant pareille onction le matin; les carcinomes, en pétrissant avec de la salive la plante appelée mal de la terre (XXV, 54, 3) : le torticolis, en portant de la salive, à jeun, avec la main droite au jarret droit, avec la main gauche au jarret gauche; qu'enfin, si quelque animalcule est entré dans l'oreille, il suffit de cracher dans cette partie pour l'en faire sortir.

[3] C'est un préservatif contre les sortilèges, de cracher sur son urine après l'avoir rendue, de cracher dans le soulier du pied droit avant de le mettre, de cracher en traversant un endroit où l'on a couru quelque danger. Marcion de Smyrne, qui a écrit un livre sur les effets des médicaments non composés, rapporte que la sa live fait crever les scolopendres marines, ainsi que les rubètes et les grenouilles. Opillus dit qu'elle fait crever les serpents si on leur crache dans la gueule au moment ou ils l'ont béante. Salpé prétend qu'on dissipe l'engourdissement d'un membre quelconque en crachant dans son sein, ou en touchant avec de la salive la paupière supérieure.

[4] Si nous ajoutons foi à ce qui vient d'être dit, croyons encore à l'efficacité des pratiques suivantes : A l'arrivée d'un étranger, ou quand on regarde un enfant endormi, la nourrice crache trois fois. quoiqu'il soit déjà sous la protection du dieu Fascinus, protecteur non seulement des enfants, mais encore des généraux, divinité dont le culte, confié aux vestales, fait partie de la religion romaine; ce Fascinus qu'on attache au char des triomphateurs comme le médecin de l'en vie, de même qu'une voix chargée d'une semblable expiation les avertit de se retourner (05), afin de conjurer derrière eux la fortune, ce bourreau de la gloire.

VIII. [1] La morsure de l'homme compte parmi les plus dangereuses. Le remède est le cérumen; ce qui ne doit point étonner, puisque cette matière, appliquée sur-le-champ, guérit les blessures faites par les scorpions et les serpents. Le cérumen provenant des oreilles de la personne blessée vaut mieux pour elle; il guérit aussi les envies. Une dent humaine réduite en poudre est un antidote contre la morsure des serpents.

IX. [1] Les premiers cheveux qu'on coupe aux enfants, et en général les cheveux de tous les impubères, attachés autour des membres goutteux, calment, dit-on, les attaques. Les cheveux des hommes guérissent dans de vinaigre les morsures des chiens, dans de l'huile ou du vin les plaies de tête. On dit, s'il faut le croire, que les cheveux d'un homme détaché de la croix guérissent les fièvres quartes. La cendre de cheveux guérit les carcinomes. La première dent qui tombe à un enfant, pourvu qu'elle ne touche pas la terre, enchâssée dans un bracelet et portée continuellement au bras, garantit des maux de matrice.

[2] Le gros orteil, lié à l'orteil voisin, guérit les tumeurs des aines. A la main droite, les deux doigts du milieu, légèrement attachés ensemble avec une bandelette de lin, préservent des catarrhes et des ophtalmies. Une pierre rendue par un calculeux, attachée sur le pubis, soulage, dit-on, les autres calculeux, guérit aussi les douleurs de foie, et accélère l'accouchement. Granius a ajouté qu'une pierre tirée par la taille était plus efficace. On procure un prompt accouchement à une femme en travail si l'homme dont elle a conçu, déliant sa ceinture, la met à cette femme, l'ôte ensuite, après avoir prononcé pour formule : "Je l'ai liée et je la délierai", et se retire aussitôt.

X. [1] Le sang de l'homme même, de quelque partie qu'il sorte, est un topique très efficace pour l'angine, au dire d'Orphée et d'Archélaüs; et, appliqué sur la bouche de ceux qui viennent de tomber d'épilepsie, il les fait se relever aussi tôt. Suivant d'autres, pour l'épilepsie il faut piquer les gros orteils et mettre au visage quelques gouttes de sang qui sort, ou bien qu'une vierge touche le malade du pouce droit; d'où ils conjecturent que dans cette maladie il faut user de la chair d'animaux vierges. Eschine, d'Athènes, guérissait avec la cendre des excréments les angines, les amygdalites, la chute de la luette et les carcinomes : il appelait ce médicament botryon. Plusieurs sortes de maladies se résolvent au premier coït ou à la première éruption des règles (VIII, 51, 4), 41; sinon, ces maladies, surtout l'épilepsie, deviennent chroniques. Bien plus, on assure que les personnes blessées par les serpents et les scorpions sont soulagées par le coït, mais que les femmes qui s'y prêtent souffrent de cette copulation. On assure que ceux qui, en se lavant les pieds, se touchent trois fois les yeux avec l'eau du bain, ne sont sujets ni à l'ophtalmie ni à aucune incommodité de la vue.

Xl. [1] La main d'un individu enlevé par une mort prématurée guérit, assure-t-on, par le contact les scrofules, les parotides, les angines. Quelques-uns prétendent qu'il suffit d'être touché du revers de la main gauche d'un mort quelconque, pourvu qu'il soit du sexe du malade. Arracher avec les dents, en tenant les mains derrière le dos, un fragment d'un bois frappé par la foudre, et appliquer ce fragment sur une dent douloureuse, est, dit-on, propre à enlever la douleur. Il en est qui prescrivent de recevoir sur la dent malade la fumée de la dent d'une personne de son sexe, ou d'y attacher une dent canine prise à un mort non enseveli. On dit que la terre trouvée dans un crâne fait tomber les cils;

[2] que s'il y a crû quelque herbe cette herbe mâchée fait tomber les dents, et que les ulcères circonscrits avec un ossement humain ne font pas de progrès. D'autres prennent de l'eau de trois puits différents à mesures égales, mêlent ces eaux ensemble, en font d'abord une libation dans un vase de terre neuf, et administrent le restant en boisson pour les fièvres tierces, dans l'accès : les mêmes, pour les fièvres quartes, attachent au cou du malade un fragment, enveloppé dans de la laine, d'un clou pris à une croix, ou une corde ayant servi à un crucifiement; et après la guérison ils cachent cette amulette dans une caverne où le soleil ne pénètre pas.

XII. [1] Voici des rêveries des mages : Une pierre à rémouleur, sur laquelle on a aiguisé beaucoup de ferrements, mise, sans qu'il le sache, sous l'oreiller d'un homme défaillant par l'effet de quelque poison, lui fait déclarer ce qu'on lui a donné, en quel lieu, en quel temps, mais sans lui faire nommer l'auteur du crime. Un homme foudroyé qu'on retourne du côté de sa blessure parle aussitôt, cela est certain. Quelques-uns, pour guérir les tumeurs des aines, y attachent un fil pris à la toile, auquel ils font neuf ou sept nœuds, nommant à chaque noeud quelque veuve; on attache encore avec un fil un clou ou quelque autre chose sur quoi on ait marché, et on fait porter le tout au malade, pour que la plaie ne fasse aucun mal.

[2] On arrache les verrues depuis le vingtième jour de la lune en regardant cet astre, couché sur le dos dans un sentier, en tenant les bras étendus au-dessus de la tête, et en se frottant avec tout ce qu'on peut attraper. On dit qu'en extirpant un cor au moment où tombe une étoile, on le guérit sur-le-champ; que si on verse du vinaigre (06), sur les gonds des portes, il s'y forme une boue qui, appliquée au front, guérit le mal de tête; que la corde d'un pendu dont on s'entoure les tempes produit le même effet. Si une arête de poisson s'est fixée dans la gorge, il suffit, pour la taire tomber, de plonger les pieds dans l'eau froide; si c'est un os de quelque autre animal, on applique sur la tête des fragments du même os (07); si c'est du pain, on met du même pain dans l'une et l'autre oreille.

XIII. [1] En Grèce, où l'on fait argent de tout, les gymnases ont mis au rang des remèdes les plus efficaces jusqu'à la crasse du corps humain (XV, 5). Les raclures du corps des athlètes sont émollientes, échauffantes, résolutives, incarnantes, propriétés résultant du mélange de la sueur et de l'huile. On les emploie en pessaire dans l'inflammation et la contraction de la matrice. Employées ainsi, elles sont emménagogues. Elles guérissent l'inflammation du siège et les condylomes, les douleurs des nerfs, les luxations, les nodosités des articulations. Les raclures obtenues à la suite des bains sont plus efficaces pour les mêmes usages; aussi les incorpore-t-on aux médicaments suppurants. Les raclures auxquelles on mêle du cérat et de la boue relâchent à la vérité les articulations, réchauffent et résolvent avec plus d'efficacité, mais ont moins de vertu pour le reste.

[2] Des auteurs très célèbres ont proclamé (recherche impudente et qui dépasse toute croyance)i le fluide spermatique comme un remède souverain contre les piqûres des scorpions. D'un autre côté, on recommande pour les femmes, en pessaire, contre la stérilité, le premier excrément rendu par les enfants, et nommé méconium. Que dis-je ? on est allé jusqu'a racler les murailles mêmes des gymnases; et on prétend que ces ordures ont une primauté échauffante, et résolvent les tumeurs. On les applique sur les ulcères des vieillards et des enfants, sur les écorchures et sur les brûlures.

XIV. [1] Il ne faut pas non plus oublier les remèdes qui dépendent de la volonté humaine : s'abstenir de tout aliment ou de toutes boissons, ou seulement de vin, ou de viande, ou de bains, quand la santé exige un de ces retranchements, est rangé parmi les remèdes les plus utiles. Dans celte catégorie entrent l'exercice du corps, celui de la voix, les onctions, les frictions suivant l'art. Une friction forte resserre, une friction douce amollit; fréquente, elle amaigrit; modérée, elle engraisse. Mais rien n'est plus salutaire que de se promener ou de se faire porter, et cela de plusieurs façons : l'équitation est très bonne à l'estomac et aux cuisses; la navigation, à la phtisie (XXXII, 33); le changement de lieu, aux maladies de longue durée. On peut encore se guérir par le sommeil ou par le lit, ou par des vomissements non trop répétés.

[2] Coucher sur le dos est avantageux à la vue; sur le ventre, à la toux : sur les côtés, au rhume. Suivant Aristote et Fabianus, c'est vers le printemps et l'automne qu'on rêve le plus, et dans le coucher sur le dos, tandis que dans le coucher sur le ventre on ne rêve pas. Théophraste prétend que la digestion se fait plus rapidement sur le côté droit, et plus difficilement sur le dos. Le plus puissant des remèdes, qu'on peut toujours s'administrer soi-même, c'est le soleil, ainsi que les frictions avec les linges et le brosses. Se faire verser de l'eau chaude sur la tête avant le bain de vapeur, et de l'eau froide ensuite, est une pratique très salutaire; de même, prendre de l'eau froide avant les aliments, en boire de temps en temps en mangeant, en avaler avant de s'endormir, et, si cela convient, interrompre son sommeil pour en reprendre encore.

[3] Il faut remarquer qu'aucun animal n'aime à boire chaud, et qu'ainsi boire chaud n'est pas naturel. On a des expériences qui prouvent que pour empêcher la mauvaise haleine il faut se laver la bouche avec du vin pur avant de s'endormir; qu'il faut se la rincer le matin avec de l'eau froide, un nombre impair de fois, pour se préserver du mal de dents; qu'on se garantit de l'ophtalmie en se lavant les yeux avec de l'oxyrat; (V.) qu'enfin un régime varié, sur lequel on ne s'observe pas (08), contribue à la santé générale.

[4] Hippocrate (De rat. vict. acut.) assure que les entrailles des personnes qui ne déjeunent passe fatiguent plus tôt que celtes des autres; mais il a fait cette observation en vue d'un régime modère, et non des festins; car dans le fait la tempérance est ce qu'il y a de plus utile. L. Lucullus avait chargé un de ses esclaves de réprimer sa gourmandise, et, comble d'ignominie, un vieillard chargé de triomphes se faisait arrêter la main à table, même quand il dînait au Capitole. N'est-il pas honteux d'obéir plus facilement à son esclave qu'à soi-même ?

XV. (VI.) [1] Les éternuements provoqués par une plume soulagent la pesanteur de tête. On dit que baiser les naseaux d'une mule produit le même effet. Les éternuements font cesser le hoquet. Pour le hoquet, Varron conseille de se gratter alternativement la paume de chaque main; et on prescrit communément de transporter son anneau de la main gauche au plus long doigt de la droite, ou de plonger les mains dans de l'eau chaude. Théophraste dit que les vieillards éternuent plus difficilement que les autres.

XVI. [1] Démocrite condamnait les plaisirs de l'amour comme une action violente, dans laquelle s'élance du corps humain un autre homme. Il est certain que le mieux est d'en user rarement : cependant ils donnent du ton aux athlètes devenus trop pesants, et rétablissent la voix quand de claire elle devient voilée. Ils guérissent les douleurs des lombes, l'obscurcissement de la vue, l'aliénation et la mélancolie.

XVII. [1] Se tenir assis, les doigts entrelacés les uns dans les autres en engrenure, auprès d'une femme grosse ou d'une personne à qui l'on administre un médicament, est un maléfice; découverte qu'on fit, dit-on, quand Alcmène accoucha d'Hercule. C'est encore pis si les doigts embrassent un seul genou ou tous les deux. Il y a encore maléfice à mettre les cuisses tantôt sur un genou, tantôt sur l'autre; aussi nos ancêtres ont défendu, dans les assemblées des généraux et des magistrats, cette posture, comme mettant obstacle à tout ce qui pouvait s'y traiter. Ils l'ont défendue aussi dans les sacrifices et les prières publiques.

[2] Quant à l'usage de se découvrir la tête en présence des magistrats, ils l'ont établi, non comme marque de respect, mais pour la santé, d'après Varron, parce que la tête se fortifie par l'habitude d'être découverte. Quand il est entré quelque chose dans un oeil, il est bon de comprimer l'autre; quand de l'eau a pénétré dans l'oreille droite, de sauter sur le pied gauche, la tête penchée sur l'épaule droite, et de faire la même chose en sens contraire pour l'oreille gauche. Si la salive cause de la toux, il faut se faire souffler au front par quelqu'un. Si la luette est tombée il faut qu'un homme prenant le malade par le sommet de la tête, avec les dents, le tienne suspendu.

[3] Dans la douleur de cou on frotte les jarrets, dans la douleur de jarret on frotte le cou. Si on est pris au lit de crampes dans les jarrets ou dans les jambes, on mettra les pieds à terre; si la crampe occupe le membre gauche, on saisit avec la main droite le gros orteil gauche, et vice versa pour le membre droit. On serre les extrémités du corps ou le bout de l'oreille, pour faire cesser les frissons ou une épistaxis excessive.

[4] On attache avec de la toile ou du papyrus les parties génitales à leur extrémité, ou la cuisse au milieu, pour arrêter l'incontinence d'urine. Pour les faiblesses d'estomac on se serre les pieds, ou on met les mains dans de l'eau chaude. Il est très salutaire dans beaucoup de cas de parler peu : on sait que Mécène Melissus (09) s'assujettit pendant trois ans au silence, après une hémoptysie suite d'une convulsion. Quand on tombe de voiture; quand, montant ou étendu, on est menacé de quelque accident, et quand un coup arrive, Il est très avantageux de retenir sa respiration; procédé dont on doit l'Indication à un animal, comme nom l'avons dit (VIII, 58).

[5] Enfoncer un clou de fer dans l'endroit où a porté d'abord la tête d'un épileptique qui tombe, passe pour délivrer de cette maladie. Uriner dans le bain, couché sur le ventre, calme, dit-on, les douleurs des reins, des lombes et de la vessie. Il est étonnant combien les blessures guérissent plus promptement lorsqu'on at tache l'appareil avec le noeud d' Hercule : on dit même qu'une ceinture attachée avec ce noeud et portée tous les jours a une certaine utilité, qui est due à Hercule, inventeur de ce noeud. Démétrius a fait un livre sur le nombre quatre, et il explique pourquoi il ne faut jamais boire quatre cyathes ou quatre setiers. Il est bon de se frotter le derrière des oreilles dans l'ophtalmie, et le front dans le larmoiement. Un présage tiré de l'homme lui-même, et montrant que la mort n'est pas à craindre dans la maladie actuelle, c'est la possibilité de se voir dans la pupille du malade comme dans un miroir.

XVIII. [1] L'urine est dans les auteurs un sujet considérable non seulement de spéculations théoriques, mais encore d'observations religieuses. On y a fait des distinctions méthodiques. Celle des eunuques est, dit-on, bonne pour rendre les femmes fécondes. Parmi les remèdes tirés de l'urine dont on peut parler honnêtement, celle des enfants impubères est souveraine centre la bave de l'aspic ptyas, ainsi nommé patte qu'il lance, comme en crachant, son venin dans les yeux des hommes. Elle l'est aussi contre l'aibuco, les taches, les taies, l'argema, les maladies des paupières; contre les brûlures, avec la farine d'ers; contre la suppuration des oreilles et les petits vers qui s'y engendrent, bouillie jusqu'à réduction de moitié avec une tête de poireau dans un vase de terre neuf. La vapeur de cette décoction est encore emménagogue.

[2] Salpé recommande d'en étuver les yeux pour raffermir la vue, et en fait un liniment pour les coups de soleil, avec un blanc d'oeuf, et plus efficacement avec celui d'un oeuf d'autruche, liniment qu'on laisse appliqué deux heures. On se sert de l'urine pour enlever les taches d'encre. L'urine d'homme guérit la goutte; ce qui le prouve, ce sont les foulons, qui, assure-t-on, sont préservés de la sorte de cette maladie. A de l'urine vieille on mêle de la cendre d'huître calcinée, pour les éruptions qui surviennent au corps des enfants et pour tous les ulcères humides; on en fait un topique pour les chairs rongées, les brûlures, les affections du siège, les rhagades et les piqûres des scorpions.

[3] Les accoucheuses les plus célèbres ont déclaré qu'aucune autre lotion ne guérit plus efficacement les démangeaisons corps, et, avec addition de nitre, les ulcères de la tête, le porrigo, les ulcères rongeants, et surtout ceux des parties génitales. Au reste, l'urine de chacun (qu'on nous permette de le dire) vaut le mieux, appliquée toute récente et seule, pour les morsures des chiens, ou les piquants que les hérissons ont laissés dans les chairs; on l'applique avec une éponge ou de la laine. Pétrie avec de la cendre, elle est bonne pour la morsure des chiens enragés et pour celle des serpents. Quant aux scolopendres, on dit une chose merveilleuse : il suffit que celui qui a été blessé par ces animaux se touche le haut de la la tête avec une goutte de son urine, pour être aussitôt guéri.

XIX. [1] L'inspection de l'urine fournit des indications sur la santé. Si le matin elle est incolore et ensuite jaune, le premier état indique que la digestion se fait; le second, qu'elle est faite. Quand l'urine est rouge, mauvais signe; très mauvais quand elle est noire. Une urine bulleuse et épaisse est mauvaise. Un sédiment blanc menace de l'invasion d'une douleur les articulations ou les viscères. Une urine verte annonce une maladie des viscères; pâle, une maladie bilieuse; rouge, une maladie du sang.

[2] Mauvaise aussi est l'urine où se montrent comme du son et de petits nuages. Une urine ténue et claire est mauvaise. Une urine épaisse et puante est mortelle, et chez les enfants une urine ténue et aqueuse. Les mages défendent que pour uriner on se découvre en face du soleil ou de la lune, ou qu'on arrose avec l'urine l'ombre de qui que ce soit. Hésiode (Op. et Dies, 727) conseille d'uriner contre un corps placé en face, de peur qu'en se découvrant on n'offense quelque divinité. Osthanes assure que pour se préserver contre toute substance funeste il faut, le matin, faire tomber de son urine sur son pied.

XX. (VII.) [1] Les remèdes qu'on dit tirés du corps de la femme approchent des plus étonnants prodiges: et nous ne parlons pas ici des enfants nés avant terme, coupés par morceaux pour de criminelles pratiques, ni des horreurs du sang menstruel, ni de tant d'autres recettes révélées non seulement par les sages-femmes, mais encore par les courtisanes elles-mêmes. On dit que l'odeur des cheveux de femme brûlés fait fuir les serpents; que la même odeur dissipe les suffocation hystériques: que la cendre, s'ils ont été brûlés dans un vase de terre ou avec de l'écume d'argent (litharge), guérit les granulations et le prurigo des yeux; avec du miel, les ulcères des enfants et les verrues; avec du miel et de l'encens, les plaies de tête et tous les clapiers des ulcères; avec de la graisse de porc, les tumeurs et la goutte; qu'en topique elle arrête l'érysipèle, l'hémorragie et les fourmillements.

XXI. [1] Quant à l'usage du lait de femme, on s'accorde à dire que ce liquide est très doux, très délicat, très bon, dans les fièvres de longue durée et le flux céliaque, surtout le lait d'une femme qui a sevré. On le trouve très efficace dans le malacla, dans les déchirements d'estomac, dans les fièvres; avec de l'encens, dans les fluxions des mamelles. Si on l'instille directement dans l'oeil, où un coup a fait extravaser le sang, qui est douloureux ou pris de fluxion, il produit de très bons effets, surtout avec du miel et du suc de narcisse, ou de la fleur d'encens. Dans tous les cas le lait d'une femme qui est accouchée d'un entant mâle est le plus efficace, et encore plus celui d'une femme qui a mis au monde deux jumeaux mâles: Il faut qu'elles s'abstienne de vin et d'aliments âcres.

[2] Mêlé à du blanc d'oeuf, et appliqué sur le front avec de la laine, il fait cesser les fluxions des yeux. Quand une grenouille a aspergé l'oeil de sa bave, c'est un remède excellent. Contre la morsure du même animal on l'emploie à l'intérieur et à l'extérieur. On assure qu'une personne qui a été frottée avec le lait de la mère et de la fille en même temps est préservée pour la durée entière de sa vie de toute affection des yeux. Mélangé avec un peu d'huile il guérit les affections des oreilles; chauffé avec de la graisse d'oie il fait cesser la douleur d'oreille causée par un coup. Si l'oreille exhale une mauvaise odeur, comme cela est ordinaire dans les longues maladies de cette partie, on y introduit de la laine imbibée avec ce lait où on a délayé du miel. On l'instille avec de l'élatérion (XX, 2) dans les yeux qui restent jaunes à la suite de l'ictère. En boisson c'est un re mède souverain contre les breuvages empoisonnés, préparés avec le lièvre marin, le bupreste; contre le dorycnion (convolvulvus dorycnium), au dire d'Aristote;

[2] contre la folie produite par un breuvage de jusquiame. On recommande d'en faire un topique avec la ciguë pour la goutte :d'autres emploient (XXX, 23) le suint de la laine et la graisse d'oie; préparation dont on se sert aussi pour les douleurs de la matrice. En boisson, au dire de Rabirius, il arrête le cours de ventre, et est emménagogue. Le lait d'une femme accouchée d'une fille n'est souverain que pour la guérison des affections du visage. Le lait de femme guérit les maladies des poumons; si on y mêle l'urine d'un garçon impubère ou du miel attique, à la dose d'une cuillerée chaque, je trouve que cette préparation fait cesser les bourdonnements d'oreilles. On prétend que les chiens auxquels on fait boire du lait d'une femme accouchée d'un garçon ne deviennent jamais enragés.

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