Naturalis Historia (page 21)
XXII. [1] La salive d'une femme à jeun passe pour bonne aux yeux pleins de sang; bonne aussi contre les fluxions, cas auquel il faut en mouiller de temps en temps les coins des yeux enflammés; pratique encore plus efficace si la femme s'est abstenue la veille d'aliment et de vin. Je trouve aussi que l'on soulage la céphalalgie en attachant autour de la tête une bandelette de femme.
XXIII. [1] Après cela il n'y a plus de limite : la grêle, les tourbillons, la foudre, toutes les tempêtes célestes, sont détournées par une femme qui, ayant ses règles, se découvre. Sur mer il n'est pas besoin qu'elle ait ses règles; il suffit qu'elle se découvre pour calmer l'orage. Quant aux règles mêmes, qui produisent des choses monstrueuses, comme nous l'avons dit en lieu et place (VII, 13), on en tire de sinistres présages. Qu'il nous soit permis d'en rapporter quelques-uns. Si les règlent coïncident avec une éclipse de lune ou de soleil, les maux qu'elles causent sont irrémédiables; il en est de même quand elles coïncident avec l'absence de la lune : alors le coït est funeste et mortel pour les mâles.
[2] C'est dans ce temps qu'elles ternissent la pourpre, tant ces circonstances en augmentent la force. Dans toute autre époque les règles coulant, si la femme fait nue le tour d'un champ de blé, on voit tomber les chenilles, les vers, les scarabées, et les autres insectes nuisibles. Métrodore de Scepsis dit que ce procédé a été découvert, en Cappadoce, à propos de la pullulation des cantharides, et qu'en conséquence les femmes y parcourent les champs avec leurs jupes retroussées. Ailleurs l'usage veut qu'elles aillent pieds nus, avec la chevelure et la ceinture dénouée; mais il faut prendre garde que cela se fasse au lever du soleil, car la semence se dessécherait. L'attouchement d'une femme en cet état gâte ressource les jeunes vignes, et fait mourir incontinent la rue et le lierre, plantes douées de vertus très puissantes.
[3] En voila beaucoup sur la farce de ces purgations : cependant il est encore certain que les abeilles désertent leur ruche touchée par une femme en cet état; que les lins noircissent dans la chaudière; que le fil du rasoir s'émousse dans la main du barbier; que les vases de cuivre touchés contractent une odeur fétide et se rouillent, surtout si la lune est alors à son décours; que les cavales, si elles sont pleines, avortent par l'attouchement, bien plus, par le seul regard de la femme, même de loin, si elle est à sa première menstruation après la perte de sa virginité, ou si vierge elle est alors menstruée pour la première fois. Le bitume de Judée ne cède qu'à la force du sang menstruel :un fil d'une étoffe qui a été imbibée de ce sang en détruit l'adhérence, comme nous l'avons dit (VII, 13).
[4] Le feu même, qui triomphe de tout, ne peut triompher du sang menstruel : ce sang incinéré, si on en saupoudre les étoffes à laver, altère en effet la pourpre, et ternit l'éclat des couleurs. Cette substance malfaisante n'épargne même pas le sexe qui en est la source : elle provoque l'avortement chez une femme enceinte qu'on en frotte, ou qui seulement passe par-dessus. Laïs et Eléphantis ont écrit au sujet des abortifs des choses tout à fait contradictoires, indiquant, par exempte, un charbon de racine de chou, ou de myrte, ou de tamarix, éteint dans ce sang; disant que les ânesses sont sans concevoir autant d'années qu'elles ont mangé de grains d'orge trempés dans ce sang; énumérant enfin tant d'autres propriétés monstrueuses ou inconciliables, car l'une assure que la fécondité est procurée par les mêmes moyens que l'autre indique pour rendre une femme stérile: le meilleur est de n'en rien croire.
[5] Bythus de Dyrrachium prétend que les miroirs ternis (VII, 13) par l'aspect de femmes ayant leurs règles redeviennent brillants si ces mêmes femmes regardent ces miroirs par derrière; et que toute mauvaise influence des menstrues est détruite si les femmes ont sur elles le poisson appelé surmulet. D'un autre côte, beaucoup de gens attribuent des vertus médicinales à une substance aussi malfaisante, assurant qu'on en fait un topique pour la goutte, et que les femmes en cet état adoucissent les écrouelles, les parotides, les tumeurs, les érysipèles, les furoncles, les fluxions des yeux. D'après Laïs et Salpé, la morsure des chiens enragés et les fièvres tierces et quartes sont guéries avec de la laine de bélier noir imbibée de sang menstruel, et renfermée dans un bracelet d'argent;
[6] d'aprés Diotimus de Thèbes, il suffit d'un petit morceau d'étoffe quelconque, ou même d'un fil, ainsi trempé dans ce sang et porté dans un bracelet. La sage-femme Sotira dit qu'un moyen très efficace de guérir les fièvres tierces et quartes est d'en frotter la plante des pieds du malade, ce qui est d'un effet encore bien plus sûr si l'opération est faite par la femme elle-même, et à l'insu du malade. C'est aussi, d'après elle, un moyen de faire cesser l'accès des épileptiques. Le médecin Icétidas garantit la guérison de la fièvre quarte par le coït, pourvu que ce soit au début des règles. Tout le monde convient que si une personne mordue par un chien a de l'horreur pour l'eau et les boissons, il suffit de mettre sous sa coupe un lambeau d'étoffe imprégné de ce sang, pour dissiper l'hydrophobie: sans doute elle cesse, grâce à la sympathie signalée par les Grecs, attendu que les chiens qui goûtent de ce sang deviennent enragés, comme nous l'avons dit (VII, 13).
[7] Ce sang incinéré, avec addition de farine de cheminée (suie) et de cire, guérit les ulcères de toutes les bêtes de somme: cela est certain. II est certain aussi que les taches faites aux étoffes par ce sang ne peuvent être enlevées que par l'urine de la femme dont il provient; que ce sang incinéré, mêlé seul à l'huile rosat, calme, appliqué au front, les douleurs de tête, surtout chez les femmes, et que cet écoulement est de la qualité la plus violente chez les femmes dont la virginité a été détruite par la nature seule et l'âge. On convient aussi, et c'est ce que je crois le plus volontiers, qu'Il suffit de toucher avec ce sang les poteaux d'une porte pour rendre vains les maléfices des mages, espèce d'hommes très menteurs, comme on peut s'en convaincre.
[8] Voici, en effet, une de leurs promesses les plus modestes : Prendre les rognures des ongles des pieds et des mains du malade, les amalgamer avec de la cire; dire qu'on cherche un remède pour la fièvre tierce, quotidienne ou quarte, et appliquer le tout avant le lever du soleil, à la porte d'une autre maison, voilà le remède qu'ils recommandent pour ces maladies. Combien menteurs si la re cette est fausse: combien coupables si la maladie se transporte, en effet, par ce moyen ! Ceux dont les secrets sont les plus innocents prescrivent de jeter les rognures des ongles de tous les doigts à l'entrée des fourmilières, de prendre la première fourmi qui entraîne de ces rognure, et de l'attacher au cou, ce qui guérit la maladie.
XXIV. (VIII.) [1] Voilà ce qu'il est permis de rapporter, et encore, le plus souvent, il a fallu de mander pardon au lecteur. Le reste n'est qu'un tissu d'horreurs et d'infamies, et nous nous hâtons de laisser l'exposé des remèdes tirés de l'homme. Maintenant nous allons parler des animaux, et des effets les plus remarquables. Le sang de l'éléphant, surtout de l'éléphant mâle, arrête toute les fluxions qu'on nomme rhumatismes. On enlève, dit-on, avec la raclure d'ivoire incorporée à du miel attique les taches de la face; avec la sciure, les paronychies. L'attouchement de la trompe calme la douleur de tête, surtout si l'animal éternue en même temps. La partie droite de la trompe, appliquée avec de la terre rouge de Lemnos, est aphrodisiaque. Le sang est bon dans la consomption; le foie, dans l'épilepsie.
XXV. [1] La graisse de lion avec de l'huile rosat préserve la peau du visage de toute espèce de taches, et en conserve la blancheur. Elle guérit les parties gelées par la neige et les tumeurs des articulations. Les mages imposteurs promettent un crédit facile auprès du peuple et des rois à ceux qui se sont frottés avec cette graisse, surtout avec celle d'entre les sourcils de l'animal, endroit où il ne peut y en avoir. Même promesse avec les dents du lion, surtout celles du côté droit, et avec les barbes de la mâchoire Inférieure. Le fiel, avec addition d'eau, employé en onction, éclaircit la vue; avec addition de la graisse du même animal, il dissipe l'épilepsie; mais il faut ne faire qu'en goûter, et, aussitôt après l'avoir pris, courir pour le digérer. Le coeur, en aliment, guérit la fièvre quarte; la graisse, avec l'huile rosat, les fièvres quotidiennes. Les bêtes fuient ceux qui s'en sont frottés; on croit même qu'elle sauve des embûches.
XXVI. [1] La cervelle de chameau, desséchée et prise en boisson dans du vinaigre, guérit, dit-on, l'épilepsie: de même le fiel, bu avec du miel, ce qui de plus guérit l'angine. On prétend que la queue desséchée relâche le ventre, et que la cendre de la fiente, avec de l'huile, rend les cheveux bouclés. La cendre guérit la dysenterie, en topique, et en boisson à la dose d'une pincée; elle guérit aussi l'épilepsie. On dit que l'urine est très bonne pour les foulons; qu'elle l'est aussi pour les ulcères humides; que les barbares la gardent pendant cinq ans, et qu'ils la prennent en boisson à la dose d'une hémine comme purgatif; que les soies de la queue, tordues et portées au bras gauche, guérissent les fièvres quartes.
XXVII. [1] De tous les animaux l'hyène est celui duquel les mages racontent le plus de merveilles, allant jusqu'à lui attribuer même la connaissance des arts magiques et la vertu d'attirer à soi (VIII, 44) les hommes, auxquels elle fait perdre l'esprit. Nous avons rapporté (VIII, 44) le changement de sexe auquel l'hyène est assujettie annuellement, et les autres monstruosités qu'elle présente : maintenant nous exposerons tout ce qu'on en rapporte dans la médecine. On dit que l'hyène est particulièrement l'effroi des panthères, à tel point que celles-ci ne cherchent même pas à se défendre, et qu'elles n'attaquent pas un homme ayant sur lui de la peau d'hyène.
[2] Chose merveilleuse! si l'on suspend vis-à-vis l'une de l'autre les peaux d'une hyène et d'une panthère, les poils de la peau de panthère tombent. Quand l'hyène fuit devant le chasseur, elle tourne, dit-on, à droite, et va occuper les traces du chasseur, qu'elle laisse passer devant elle; si elle réussit le chasseur est frappé d'aliénation, et même tombe de cheval; mais si elle tourne à gauche c'est la preuve qu'elle faiblit et qu'elle sera bientôt prise. On la prend, ajoute-t-on, plus facilement quand le chasseur a fait sept noeuds à sa ceinture, et au fouet qui fait obéir son cheval. De plus, comme le charlatanisme des mages est subtil et plein de subterfuges, ils recommandent de la prendre à l'époque où la lune passe par le signe des Gémeaux, la peau conservant alors presque tous ses poils.
[3] On prétend que la peau de la tête attachée à la tête du malade guérit la céphalalgie; que le fiel, appliqué sur le front, guérit l'ophtalmie ou préserve même complètement de cette affection, bouilli dans trois cyathes de miel attique, et employé en onction avec une once de safran; que cette préparation dissipe les nuages et la cataracte, et que si on l'a laissée vieillir, elle éclaircit mieux la vue, qu'il faut la garder dans une boîte de cuivre; qu'elle guérit l'argema, les granulations des yeux, les excroissances, les taies; qu'on guérit la cataracte en frottant l'oeil du suc qui sort du foie de l'hyène, cuit frais avec du miel bien écumé;
[4] qu'on fait cesser le mal des dents en les touchant avec les dents d'hyène correspondantes, ou en les y attachant; que les épaules de l'animal calment les douleurs des épaules et des bras; que les dents arrachées du côté gauche de sa mâchoire, étant enveloppées dans de la peau de mouton ou de bouc, et portées en amulette, guérissent les maux d'estomac; que les poumons pris en aliment sont bons pour le flux céliaque; que la cendre des poumons appliquée avec de l'huile soulage les maux d'estomac; que la moelle du dos avec de l'huile vieille et le fiel est bonne pour les nerfs; que le foie goûté trois fois avant l'accès guérit la fièvre quarte; que la goutte est guérie par la cendre de l'épine dorsale, avec la langue et le pied droit d'un veau marin et du fiel de taureau, le tout cuit également, et appliqué dans une peau d'hyène; que pour la même maladie on emploie le fiel avec la pierre d'Assos (XXXVI, 27): que pour le tremblement, le spasme, les soubresauts, les palpitations de coeur, il faut manger un peu du coeur cuit, incinérer le reste, et appliquer la cendre avec la cervelle d'hyène;
[5] que cette même composition ou le fiel seul est dépilatoire, pourvu qu'on ait préalablement arraché les poils qu'on ne veut pas laisser revenir; qu'on ôte par ce moyen les cils nuisibles; que la chair des lombes mangée et appliquée avec de l'huile guérit les douleurs lombaires; qu'on guérit la stérilité des femmes en donnant à manger un oeil d'hyène avec de la réglisse et de l'aneth, tellement qu'on garantit la conception en trois jours. On raconte qu'une des grandes dents attachée avec un fil préserve des frayeurs nocturnes, et de la terreur qu'inspirent les ombres.
[6] On recommande dans le délire de faire des fumigations avec une de ces dents, et de l'attacher sur la poitrine du malade avec la graisse des reins, ou le foie ou la peau. On garantit une femme contre les fausses couches, si elle porte au cou, dans une peau de gazelle, la chair blanche de la poitrine de l'hyène, sept poils, et les parties génitales du cerf. Les parties naturelles du même animal prises dans du miel sont aphrodisiaques; suivant le sexe, même chez les hommes qui auraient de l'aversion pour les femmes. Bien plus, on assure que ces mêmes parties naturelles et une certaine vertèbre conservées avec le cuir adhérent maintiennent la concorde dans une maison entière : cette vertèbre est appelée atlantion, c'est la première de l'épine. C'est aussi un remède pour l'épilepsie.
[7] L'odeur de la graisse brûlée met en fuite les serpents. La mâchoire broyée avec de l'anis, et prise en aliment, calme le frisson. En fumigation elle est emménagogue. On pousse le charlatanisme jus qu'à assurer qu'un homme portant au bras une dent du côté droit de la mâchoire supérieure ne manquera jamais avec un javelot l'objet qu'il vise. Le palais de l'hyène desséché et chauffé avec de l'alun d'Égypte guérit la mauvaise odeur et les ulcères de la bouche; il faut renouveler trois fois dans la bouche ce mélange. Les chiens n'aboient pas après ceux qui ont une langue d'hyène dans leur soulier, sous la plante du pied.
[8] La partie gauche de la cervelle appliquée au nez adoucit les maladies pernicieuses, soit des hommes, soit des animaux. La peau du front préserve des fascinations. La chair du cou, soit mangée, soit séchée, et prise en boisson, guérit la douleur des lombes; les nerfs du dos et des épaules en fumigation, les douleurs nerveuses. Les barbes approchées des lèvres d'une femme sont un philtre amoureux. Le foie donné en breuvage délivre des tranchées et des calculs. Le coeur pris en aliment ou en boisson est un remède pour toutes les douleurs du corps; la rate, pour la rate; l'épiploon avec de l'huile, pour les ulcères enflammés; la moelle, pour les douleurs de l'épine et pour les courbatures.
[9] Les nerfs des reins pris en boisson dans du vin avec de l'encens restituent la fécondité enlevée par un maléfice. La matrice donnée en boisson avec l'écorce d'une grenade douce est bonne pour la matrice des femmes. Dans un accouchement laborieux, la graisse des lombes en fumigations délivre aussitôt la femme. La moelle du dos en amulette est un secours contre les vaines imaginations. Les parties génitales de l'hyène mâle en fumigation guérissent le spasme. Pour l'ophtalmie, les ruptures, les inflammations, on emploie l'attouchement des pattes, qu'on a conservées, les pattes gauches pour les parties droites, les pattes droites pour les parties gauches. La patte gauche portée par-dessus une femme en travail est mortelle; la patte droite procure un accouchement facile. La vésicule qui a contenu le fiel prise dans du vin ou en aliment guérit la maladie cardiaque (10);
[10] la vessie prise dans du vin, l'incontinence d'urine. L'urine qu'on trouve dans la vessie même, avalée avec de l'huile, du sésame et du miel, est avantageuse dans les maladies invétérées. On emploie en fumigation, pour les ruptures, la première côte et la huitième; pour les accouchements, les os de l'épine; pour les tranchées, le sang pris avec de la polenta. En marquant avec ce sang les poteaux des portes on arrête partout les pratiques des mages, qui ne peuvent plus ni évoquer les dieux ni leur parler, de quelque façon qu'ils l'essayent, soit par les lampes, soit par le bassin, soit par l'eau, soit par la boule (XXX, 5). La chair mangée est efficace contre la morsure du chien enragé; le foie est encore plus efficace.
[11] Des chairs ou des ossements humains, lorsqu'il s'en trouve dans l'estomac d'une hyène tuée, sont, en fumigation, un remède pour la goutte. Si parmi ces restes il se rencontre des ongles, c'est un présage de mort pour quelqu'un de ceux qui ont pris l'animal. Les excréments ou les os qu'il rend lorsqu'on le tue sont des préservatifs contre les maléfices des mages. La fiente qu'on trouve dans les intestins, desséchée, est bonne en boisson pour la dysenterie. Appliquée avec la graisse d'oie elle soulage ceux dont la santé générale a été dérangée par une substance malfaisante. Se frotter avec la graisse et coucher sur la peau d'une hyène guérit les personnes mordues par un chien. D'un autre côté, en frottant quelqu'un avec la cendre de l'astragale gauche et le sang de belette bouillis ensemble on le rend odieux à tout le monde; même résultat si l'on fait cuire un oeil d'hyène.
[12] Mais voici qui l'emporte surtout : on indique le rectum de l'hyène comme un moyen de se défendre des iniquités des chefs et des puissants, de réussir dans les demandes, les jugements et les procès; il suffit de l'avoir sur soi. L'anus, attaché au bras gauche, est un philtre si puissant, qu'il suffit que celui qui le porte regarde une femme pour être suivi par elle aussitôt. La cendre des poils de cette partie, appliquée avec de l'huile sur les hommes qui sont livrés à des débauches honteuses, les rend non seulement pudiques, mais encore austères.
XXVIII. [1] On ne compte guère moins de fables sur le crocodile. Celui qui vit sur la terre et sur l'eau est très grand; on en distingue en effet deux espèces. Les dents de la mâchoire droite du crocodile amphibie attachées au bras droit sont, si nous y ajoutons fol, aphrodisiaques. Les dents canines remplies d'encens, car elles sont creuses, guérissent les fièvres réglées; mais il faut que le malade reste cinq jours sans voir celui qui les lui a attachées. On attribue la même vertu contre l'invasion des frissons fébriles aux petites pierres tirées du ventre. Pour le même effet les Égyptiens frottent de sa graisse leurs malades. L'autre crocodile (VIII, 39) lui ressemble, mais il est beaucoup plus petit; il ne vit que sur la terre et parmi les fleurs les plus odorantes;
[2] aussi recherche-t-on beaucoup ses intestins, imprégnés d'une odeur agréable. Ce qu'on nomme crocodilée est une substance très bonne pour les affections des yeux, et pour les cataractes ou les nuages; ou l'emploie en onction avec le suc de poireau. Appliquée avec de nulle de cyprus (XII, 51) elle enlève les boutons de la face; avec de l'eau elle guérit toutes les maladies dont la nature est de s'étendre sur le visage, et elle rend à la peau son éclat. Elle fait disparaître le lentigo, les boutons et toutes les taches. Contre l'épilepsie on la prend dans du vinaigre miellé, à la dose de deux oboles. En pessaire elle est emménagogue.
[3] La meilleure est la plus blanche, friable, la moins pesante, et donnant une odeur de ferment entre les doigts quand on la comprime. Elle se lave comme la céruse. On la sophistique avec de l'amidon ou de la terre cimoliée; mais la sophistication la plus ordinaire est de prendre des crocodiles, et de ne les nourrir que de riz. On recommande comme un remède souverain contre la cataracte de se frotter les yeux avec du fiel incorporé dans du miel. On assure qu'il est salutaire dans les affections de matrice de faire des fumigations avec les intestins et le reste du corps de l'animal; ou bien d'entourer la femme avec de la laine imprégnée de cette vapeur. La cendre de la peau des deux crocodile appliquée avec du vinaigre sur les parties qu'il est besoin d'inciser, ou l'odeur de cette peau brûlée, rend complètement insensible à l'action de l’instrument tranchant.
[4] Le sang des deux crocodiles, en onction, éclaircit la vue et efface les taies. Le corps même, à l'exception de la tête et des pieds, se donne, bouilli, pour la coxalgie, et guérit la toux invétérée, particulièrement chez les enfants, ainsi que les douleurs lombaires Ces animaux ont aussi une graisse dont le contact fait tomber les poils. Cette graisse, en onction, protège contre les crocodiles; et on l'instille dans les morsures qu'ils ont faites. Le coeur, attaché dans la laine d'une brebis noire sans mélange d'aucune autre couleur, et provenant d'une première portée, guérit, dit-on, la fièvre quarte.
XXIX. [1] Aux crocodiles nous joindrons des animaux très semblables, et pareillement exotiques. Et d'abord le caméléon, que Démocrite a jugé digne d'être l'objet d'un livre spécial, et dont chaque membre est consacré. Nous avons lu, non sans un grand divertissement, ce livre, qui nous a découvert et dévoilé les mensonges et le charlatanisme des Grecs. Le caméléon ressemble pour la grosseur au crocodile terrestre; il n'en diffère que parce que la courbure de son épine forme un angle plus sensible, et qu'il a la queue plus large. Il est, dit-on, le plus timide des animaux, et c'est pour cela qu'il change de couleur. Il a un ascendant particulier sur toute l'espèce des éperviers : on prétend qu'il les attire lorsqu'ils volent au-dessus de lui, et qu'il les livre ainsi sans résistance aux autres animaux, qui les mettent en pièces.
[2] Démocrite raconte que la tête et le gosier du caméléon, brûlés avec du bois de chêne, déterminent la pluie et le tonnerre: même effet avec le foie brûlé sur une tulle. Les autres particularités qu'il rapporte appartenant aux maléfices, nous les omettrons, bien que les regardant comme fausses, et nous ne continuons que pour faire voir le ridicule de ces choses : par exemple, l'oeil droit arraché à l'animal vivant efface avec le lait de chèvre les taies; la langue, en amulette, garantit des dangers de l'accouchement;
[3] le caméléon favorise l'accouchement s'il se trouve alors dans la maison, mais si on l'y apporte du dehors il est très pernicieux. La langue, enlevée l'animal vivant, a de l'influence sur l'issue des procès. Le coeur, attaché avec de la laine noire de la première tonte, guérit la fièvre quarte. La patte droite de devant, attachée au bras gauche arec de la peau d'hyène, est souveraine contre les vols et les terreurs nocturnes. La mâchoire (11) du côté droit préserve des frayeurs et des paniques. La patte gauche, brûlée dans un four avec la plante appelée également chamaeléon (XX, 21), avec addition d'onguent , mise en pastilles : ces pastilles, renfermées dans un vase de bois, rendent, si nous y ajoutons foi, invisible celui qui les a. L'épaule droite donne la victoire sur les adversaires ou les ennemis, surtout si, après avoir jeté à terre les nerfs du même membre, on le foule aux pieds.
[4] Quant à dire à quelles monstruosités Démocrite consacre l'épaule gauche et comme envoie les songes que l'on veut et à qui l'on veut, j'en ai honte; tous ces songes sont dissipés par l'attouchement du pied droit. La léthargie causée par le pied droit est dissipée par le pied gauche. On guérit la céphalalgie en versant sur la tête du vin dans lequel on a fait macérer un des flancs de l'animal. En frottant les pieds avec de la cendre de la cuisse ou du pied gauche, mêlée avec du lait de truie, on y fait venir la goutte.
[5] On est tenté de croire que des onctions faites pendant trois jours avec le fiel guérissent la cataracte (12) ; que ce fiel versé goutte à goutte sur du feu met en fuite les serpents: que jeté dans de l'eau il force les belettes à se rassembler; qu'appliqué sur le corps il est dépilatoire. On attribue le même effet au foie appliqué avec un poumon de grenouille buissonnière. En outre, on affirme que le foie triomphe des philtres amoureux; que les mélancoliques se guérissent en buvant dans de la peau de caméléon le suc de la plante appelée chamaeléon; que si avec les intestins et ce qu'ils contiennent (or on sait que cet animal ne prend (VIII, 51) aucune nourriture), mis dans de l'urine de guenon, on frotte la porte de ses ennemis, ceux-ci deviennent l'objet de la haine universelle;
[6] que la queue arrête le cours des fleuves et des torrents, et endort les serpents; que cette même queue, préparée avec le cèdre et la myrrhe, et attachée à une branche double de palmier, fend les eaux que l'on en frappe, de sorte qu'on voit distinctement tout ce qu'elles renferment: et plût aux dieux que Démocrite lui-même eût été touché de ce merveilleux rameau, auquel il attribue encore la vertu d'arrêter un bavardage Immodéré ! Il est évident que ce philosophe, d'ailleurs sagace et qui a bien mérité du genre humain, a été égaré par un désir excessif d'être utile aux hommes.
XXX. [1] A la même catégorie appartient le scinque (VIII, 38), que quelques-uns ont appelé crocodile de terre, mais dont la peau est plus blanche et plus mince. Toutefois la différence principale qui le sépare du crocodile, c'est l'arrangement de ses écailles, tournées de la queue vers la tête. Le plus grand est celui de l'Inde, puis celui de l'Arabie. On les apporte salés. La tête et les pieds, pris dans du vin blanc, sont aphrodisiaques, surtout avec le satyrion (XXVI, 62) et la graine de roquette, chaque substance à la dose d'une drachme, avec addition de deux drachmes de poivre ; on en fait des pastilles d'une drachme, qu'on prend en buisson. La chair des flancs, à la dose de deux oboles, avec de la myrrhe et du poivre, prise à l'intérieur de la même façon, passe pour produire le même effet, avec plus d'énergie. Au dire d'Apelle, le scinque est bon contre les blessures faites par les flèches empoisonnées, pris avant et après. C'est aussi un ingrédient des antidotes célèbres. Sextius prétend que bu dans une hemine de vin, à la dose de plus d'une drachme, il cause la mort. Il ajoute que le bouillon de scinque pris avec du miel est antiaphrodisiaque.
XXXI. [1] Il est entre le crocodile et l'hippopotame une certaine affinité, habitant le même fleuve, et étant l'un et l'autre amphibies. L'hippopotame est, comme nous l'avons dit (VIII, 40), l'inventeur de la saignée. il abonde au-dessus de la préfecture de Saïs. La cendre de sa peau, appliquée avec de l'eau, guérit les tumeurs; sa graisse, les fièvres froides, ainsi que sa fiente en fumigation. Les dents du côté gauche guérissent les douleurs de dents : on scarifie les gencives avec. La peau du côte gauche du front appliquée sur les aines est antiaphrodisiaque. La cendre de la même partie répare la perte des cheveux. On prend une drachme du testicule, dans de l'eau, contre les serpents. Les peintres emploient le sang de cet animal.
XXXII. [1] Aux pays étrangers appartiennent encore les lynx, qui, de tous les quadrupèdes, ont la vue la plus perçante. On prétend dans l'île de Carpathos obtenir un remède très efficace en brûlant tous leurs ongles avec la peau: cette cendre prise en boisson réprime le libertinage des hommes; et il suffit d'en asperger les femmes pour obtenir chez elles le même effet. Elle guérit aussi les démangeaisons. L'urine du lynx est un remède contre la dysurie; aussi cet animal s'empresse-t-il, dit-on, de la recouvrir de terre avec ses pattes aussitôt qu'il l'a rendue (VIII, 57): on l'indique encore comme un remède pour le mal de gorge. Voilà pour les animaux étrangers.
XXXIII. [1] Maintenant retournons au monde romain, et parlons d'abord des remèdes communs mais excellents, que nous tirons des animaux; (IX.) par exemple, du lait. Le meilleur à chacun est le lait maternel. Il est très mauvais que les nourrices conçoivent ; les enfants ainsi nourris se nomment colostrats (XI, 96), attendu que le lait se coagule en fromage dans leur estomac : on donne le nom de colostrum au premier lait après les couches, lequel forme un congulum spongieux. Le lait le plus nourrissant est celui de femme, quel qu'il soit, ensuite celui de chèvre; d'ou peut-être la mythologie a dit que Jupiter fut nourri de ce dernier lait. Le lait le plus doux après celui de femme est celui de chamelle; le plus actif est celui d'ânesse.
[2] Celui des espèces et: des individus de grande taille passe plus facile ment que tout autre. Le lait de chèvre est le plus convenable à l'estomac, parce que cet animal vit plus de feuilles que d'herbe. Celui de vache est plus médicinal. Celui de brebis est plus doux et plus nutritif, mais convient moins à l'estomac, parce qu'il est plus gras. Toute espèce de lait est plus aqueux an printemps qu'en été, et provenant de pâturages verts. Le meilleur est celui qui reste sur l'ongle sans couler. Il fait moins de mal quand il a bouilli, surtout avec des cailloux de mer. Le lait de vache est le plus relâchant. Tout lait qui a bouilli gonfle moins.
[3] On emploie le lait en boisson pour toutes les ulcérations internes, surtout pour celles des reins, de la vessie, des intestins, de la gorge, des poumons; à l'extérieur, pour les démangeaisons de la peau, pour les éruptions pituiteuses, après un peu de diète. Nous avons dit, en parlant des plantes (XXV, 53, 3), com ment en Arcadie on fait prendre le lait de vache pour la phtisie, la consomption et la cachexie. On cite des exemples de guérison (13) de la podagre et de la chiragre, par l'usage du lait d'ânesse. A ces espèces de lait les médecins en ont ajouté un qu'ils ont appelé schistos (caillé); on le prépare de cette manière: On prend du lait de chèvre de préférence, on le fait bouillir dans un vase de terre neuf, on le remue avec des branches de figuier fraîches, en ajoutant autant de cyathes (0 litr., 045) de vin miellé qu'il y a d'hémines (0 litr., 27) de lait.
[4] Quand le mélange bout, pour qu'il ne se répande pas, on y met un cyathe d'argent plein d'eau froide, et l'on prend garde qu'il ne tombe de cette eau dans le lait. Tiré du feu, il se divise en se refroidissant, et le sérum se sépare du lait. Quelques-uns font bouillir jusqu'à réduction des deux tiers ce même sérum, déjà rendu très puissant par le vin miellé, et le laissent refroidir à l'air. La meilleure manière de prendre ce sérum est par hémines, à des intervalles réglés, pendant cinq jours. Il est avantageux, après avoir bu, de se faire porter en voiture ou autrement. On le donne pour l'épilepsie, la mélancolie, la paralysie, la lèpre, l'éléphantiasis, les maladies articulaires.
[5] Le lait s'administre en lavement pour les érosions produites par les médicaments, et, dans l'ardeur de la dysenterie, bouilli avec des cailloux de mer ou de la décoction d'orge. Le lait de vache ou de brebis est meilleur pour les érosions d'Intestins. On le donne aussi en lavement, trait fraîchement, pour la dysenterie. On le donne cru pour les affections du colon, de la matrice; pour les morsures de serpents, ou contre le venin, pris à l'intérieur, de la chenille de pin, du bupreste, de la cantharide ou de la salamandre. On recommande en particulier le lait de vache à ceux qui ont pris du colchique, de la ciguë, du dorycnion (convolvulus doryrcnium) ou du lièvre marin. On recommande le lait d'ânesse pour le plâtre, la céruse, le soufre et le vif-argent, ainsi que pour la constipation dans les fièvres. C'est un très bon gargarisme pour l'ulcération de la gorge. On le donne à l'intérieur aux malades affaiblis qui veulent réparer leurs forces et qui sont affectés de ce qu'on appelle atrophie, ainsi qu'aux fébricitants sans céphalalgie.
[6] Les anciens faisaient un grand secret d'administrer aux enfants avant de manger, ou lorsqu'ils sentaient de la chaleur au fondement en allant à la selle, une hémine de lait d'ânesse, ou, à défaut de lait d'ânesse, de lait de chèvre. Un remède souverain dans l'orthopnée, c'est le sérum de lait de vache, avec addition de cresson. On étuve les yeux dans l'ophtalmie avec un mélange composé d'une hémine de lait et de quatre drachmes de sésame pilé. Le lait de chèvre guérit les affections de la rate : pour cela, après avoir fait jeûner les chèvres pendant deux jours, on les alimente le troisième avec du lierre; et alors on boit leur lait pendant trois jours consécutifs, sans autre nourriture. D'un autre côté, l'usage du lait est contraire à la céphalalgie, aux affections du foie, de la rate, des nerfs ; aux fièvres, aux vertige, à moins qu'on ne veuille purger ; aux catarrhes, à la toux, à l'ophtalmie. Le lait de truie est excellent pour le ténesme, la dysenterie, et aussi la phtisie. Des auteurs ont soutenu qu'il était aussi très salutaire aux femmes.
XXXIV. [1] Nous avons parlé des différentes sortes de fromages, en traitant des mamelles et des autres parties des animaux (XI, 97). Sextius attribue les mêmes qualités au fromage fait du lait de cavale et appelé hippace qu'à celui de vache. Les fromages non salés, c'est-à-dire frais, conviennent à l'estomac. Le vieux fromage resserre le ventre, diminue l'embonpoint, et vaut encore mieux pour l'estomac. En général, les salaisons diminuent l'embonpoint, et les aliments doux l'augmentent. Le fromage récent, avec du miel, efface les meurtrissures. Le fromage mou resserre le ventre. En pastilles que l'on fait bouillir dans du vin astringent, puis griller sur un plat avec du miel, il apaise les tranchées. Le fromage appelé sapron (avancé), broyé dans du vin avec du sel et des sorbes sèches, et pris à l'intérieur, guérit le flux céliaque. Le fromage de chèvre, broyé et appliqué, guérit le charbon des parties génitales: même effet quand il est aigre, appliqué avec de l'oxymel. Dans le bain, on le fait alterner avec l'huile, en friction, pour enlever les taches du corps.
XXXV. [1] Du lait aussi provient le beurre, mets exquis pour les nations barbares, et dont chez elles l'usage distingue les riches du peuple. Il se fait surtout de lait de vache; d'où le nom qu'il porte (bouturon, fromage de vache). Le plus gras est celui de brebis. On en fait aussi avec le lait de chèvre. En hiver on chauffe le lait, en été on se borne à l'agiter beaucoup en de longs vases qui ne reçoivent l'air que par un petit trou pratiqué au- dessous de leur orifice lui-même, bien bouché. On ajoute un peu d'eau pour le faire aigrir.
[2] La partie la plus caillée surnage : on l'ôte en mettant du sel, c'est ce qu'on nomme oxygala; on fait cuire le reste en des pots : là ce qui surnage est le beurre, qui est de nature huileuse. Plus l'odeur est forte, plus on en fait cas. Vieux, il entre dans plusieurs compositions. Il est, de sa nature, astringent, adoucissant, incarnant, purgatif.
XXXVI. [1] On prépare encore l'oxygala d'une autre manière, en mêlant du lait aigre avec le lait récent qu'un veut faire aigrir; ainsi préparé il est très bon pour l'estomac: nous en dirons les propriétés en lieu et place (14).
XXXVII. [1] Parmi les remèdes commun, le plus estimé ensuite est la graisse, surtout la graisse de porc, dont les anciens faisaient même un usage religieux. Aujourd'hui encore les nouvelles mariées en entrant dans la demeure conjugale ont pour habitude de mettre, avec le doigt, de cette graisse aux poteaux de la porte. On la fait rancir de deux manières, ou avec du sel ou sans sel; plus elle est vieille, mieux elle vaut. On l'appelle axonge (15), mot que les Grecs ont commencé à introduire dans leurs livres. La cause des propriétés de la graisse de porc n'est rien moins qu'occulte, puisque cet animal se nourrit de la racine des plantes; aussi son fumier même sert-il à une infinité d'usages.
[2] Pour cette raison, nous ne parlons ici que du porc nourri en plein champ, dont la femelle, surtout celle qui n'a point porté, donne le lard le plus utile. Toutefois, celui du sanglier l'est encore davantage On emploie l'axonge pour amollir, échauffer, résoudre, déterger. Quelques médecins la recommandent pour la goutte avec de la graisse d'oie, du suif de taureau et du suint; si la douleur persiste, avec de la cire, du myrte, de la résine et de la poix. L'axonge préparée sans sel guérit les brûlures, même celles que produit la neige; avec de la cendre d'orge et de la noix de galle en quantités égales, les engelures. Elle est bonne pour les écorchures, ainsi que pour dissiper les fatigues et les courbatures causées par de longues marches. Pour les toux invétérées on fait cuire de la graisse fraîche, à la dose de trois onces, dans trois cyathes de vin, avec du miel.
[3] La vieille graisse même, quand elle s'est rancie sans sel, prise en pilules, guérit la phtisie; car, en général, on n'emploie la graisse salée que dans les cas où il faut déterger, et lorsqu'il n'y a point d'ulcération. Quelques-uns font cuire pour la phtisie trois onces d'axonge et de vin miellé dans trois cyathes de vin; et, attachant des compresse trempées dans ce mélange aux flancs, à la poitrine et aux épaules de ceux qui ressentent les atteintes de cette maladie, ils leur font prendre, tous les quatre jours, de la poix liquide dans un oeuf; et telle est la force de cette graisse, qui appliquée même au genou elle revient à la bouche, et que les malades croient la cracher. Les femmes se servent très avantageusement, comme cosmétique, de la graisse d'une truie qui n'a pas porté.
[4] Toute espèce de graisse est bonne contre la gale: on y mêle un tiers de suif avec de la poix, et on fait chauffer le tout ensemble. L'axonge non salée, employée en pessaire, arrête les avortements imminents. Avec de la céruse ou de l'écume d'argent, elle donne aux cicatrices la couleur du reste de la peau. Avec du soufre, elle guérit les ongles rugueux.
[5] Elle empêche les cheveux de tomber. Avec un quart de noix de galle, elle cicatrise les ulcères de la tête des femmes. Fumée elle empêche les cils de tomber. On la donne aux phtisiques par once, bouillie avec une hémine de vin vieux, jusqu'à ce que le tout soit réduit à trois onces; quelques-uns y ajoutent un peu de miel. Avec de la chaux on en fait un topique pour les tumeurs, les furoncles, l'endurcissement des mamelles. Elle guérit les ruptures, les convulsions, les luxations; avec l'ellébore blanc, les clous, les crevasses, les callosités; avec la poudre d'un pot qui a contenu des salaisons, les parotides ainsi que les scrofules. En friction, dans le bain , elle fait disparaître les démangeaisons et les papules. On l'emploie encore pour la goutte, d'une autre façon : mêlez avec de la graisse de la vieille huile, et ajoutez de la pierre sarcophage (XXXVI, 27) en poudre, et de la quintefeuille pilée dans du vin, ou avec de la chaux, ou avec de la cendre. On en fait encore un emplâtre particulier, très bon contre l'inflammation des ulcères : on mêle avec soixante-quinze deniers de graisse en poids cent deniers d'écume d'argent. On regarde comme utile d'appliquer sur les ulcères de la graisse de verrat, et si l'ulcère est serpigineux, d'y ajouter de la résine.
[6] Les anciens employaient surtout l'axonge à graisser les essieux pour faire tourner plus aisément les roues: c'est de là que vient le nom d'axonge (axis, essieu; ungere, oindre). Dans cet emploi, où elle se mêle à la rouille des roues, elle devient un remède pour les affections du siège et des parties viriles. Les anciens médecins estimaient surtout la graisse tirée des reins; ils en ôtaient les veines, la lavaient plusieurs fois dans de l'eau de pluie, la faisaient cuire à diverses reprises dans un vase de terre neuf, et alors la mettaient en réserve. II est certain que salée elle est plus émolliente, échauffante, résolutive, et qu'elle est encore plus utile ayant été lavée dans du vin. Masurius rapporte que les anciens donnaient la palme à la graisse de loup, et que pour cette raison les nouvelles mariée étaient dans l'usage d'en frotter les poteaux des portes pour détourner les maléfices.
XXXVIII. [1] Le suif est chez les ruminants ce que la graisse est chez le porc. On l'emploie à d'autres usages, mais il n'a pas moins d'efficacité. Pour préparer toute espèce de suif on ôte les veines, on le lave dans de l'eau de mer ou de l'eau salée ; on le pile dans un mortier en y versant de l'eau de mer, puis on le fait cuire à diverses reprises jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucune odeur, et enfin on le fait blanchir en l'exposant continuellement au soleil. Le plus estimé est celui des reins. Si on veut employer du vieux suif en médicament, un recommande de le faire fondre d'abord, puis de le lavera plusieurs reprises avec de l'eau froide, de le faire fondre de nouveau en y versant un vin qui ait beaucoup de parfum, et de le faire cuire et recuire de cette façon jusqu'à ce que toute mauvaise odeur disparaisse. Plusieurs prescrivent en particulier de traiter de la même manière la graisse des taureaux, des lions, des panthères et des chameaux ; nous en dirons les usages en lieu et place.
XXXIX. [1] Les moelles rentrent encore dans la même catégorie. Toutes sont émollientes, incarnantes , siccatives, échauffantes. La plus estimée est celle de cerf, puis celle de veau, puis celle de bouc et de chèvre. On les prépare avant l'automne, en les lavant fraîches et en les faisant sécher à l'ombre. On les fend et on les passe au tamis, on les exprime avec des linges, et on les met en réserve dans des pots de terre, en des endroits frais.
XL. [1] Entre tous les remèdes communs fournis par les animaux, on peut dire que le fiel est au rang des plus efficaces. Par sa vertu, il échauffe il mord, il divise, il attire, il résout. On regarde comme plus pénétrant celui des petits animaux; aussi !e préfère-t-on pour les compositions ophtalmiques. Le fiel de taureau est le plus puissant; on l'emploie même comme mordant pour dorer le bronze et les cuirs. Tout fiel se prépare de la façon suivante : On le prend frais; on lie avec un gros fil l'orifice de la poche; on le met tremper pendant une demi-heure dans l'eau bouillante, puis on le fait sécher à l'ombre, et on le garde dans du miel. On rejette le fiel du cheval; il est rangé parmi les poisons. C'est pour cela qu'il n'est pas permis au flamine des sacrifices de toucher un cheval ; et cependant on immole un cheval à Rome dans les cérémonies publiques.
XLI. [1] Bien plus, le sang de cheval est corrosif; de même le sang des cavales, excepté des cavales vierges, ronge le bord des ulcères et les élargit. Le sang de taureau, frais, est réputé un poison, exceptée à Aegyra (IV, 6, 1);car dans ce lieu la prêtresse de la Terre, lorsqu'elle va rendre quelque oracle, boit du sang de taureau avant des cendre dans la caverne. Telle est la force de la sympathie souvent signalée, qu'elle est quelquefois produite par la religion, ou par la nature du lieu. On rapporte que Drusus (XXXIII, 6, 4), tribun du peuple, but du sang de chèvre, voulant par sa pâleur accuser Q. Caepion, son ennemi, de lui avoir donné du poison, et exciter la haine contre lui. Le sang de bouc a tant de force, qu'il n'y a point de meilleure trempe pour le fer, qui se polit mieux avec la rouille produite par ce sang, qu'avec la lime. Le sang des animaux ne pouvant être regardé comme au remède général, il faut parler séparément des propriétés de chaque espèce.
XLII. [1] Nous allons donc exposer les remèdes, maladie par maladie : c'est contre les serpents qu'il y en a le plus. Personne n'ignore que les cerfs sont destructeurs de ces reptiles (VIII, 10, 7) et qu'Ils les tirent de leurs trous pour les manger. Ce n'est pas seulement le cerf entier et vivant qui est funeste aux serpents; ses membres, séparément, ont la même vertu. La fumée du bois brûlé les met en fuite, comme nous avons dit (VIII, 50) ; mais on prétend que les os du haut du gosier, brûlés, les rassemblent. L'on dort en sûreté sur des peaux de cerf, sans craindre l'approche de ces reptiles. La présure de cerf, prise dans du vinaigre, est un antidote contre la blessure faite par les serpents; et si on en a seulement touché, on est à l'abri pour ce jour-là de leur attaque.
[2] Les testicules séchés, ou l'organe mâle, sont salutaires, donnés dans du vin ; de même l'estomac, nommé centipellio (le bonnet). Il suffit d'avoir sur soi une dent de cerf, ou d'avoir été frotté de la moelle ou du suif de cerf ou de faon, pour mettre en fuite les serpents. On préfère aux plus grands remèdes la caillette d'un faon tiré de l'utérus de sa mère, comme nous l'avons dit (VIII, 50). Du sang de cerf. si l'on brûle en même temps du dracontion (XXXI, 91), du cunilago (XX, 63), de l'anchuse, à un feu de bois de lentisque, rassemble, dit-on, les serpents, qui se dispersent si, ôtant le sang, on ajoute du pyrèthre. Je trouve dans les auteurs grecs un animal plus petit que le cerf, lui ressemblant par le pelage, qui se nommerait ophion (XXX, 52), et ne se verrait qu'en Sardaigne : je pense qu'il n'existe plus, aussi ne dirai-je rien des remèdes qu'on en tirait. (X.)
[3] Contre les serpents on vante la cervelle de sanglier avec le sang, ainsi que le foie desséché et pris avec de la rue dans du vin, ou la graisse avec du miel et de la résine. Même propriété du foie de verrat, mais seulement du lobe de la vésicule, à la dose de quatre deniers, et de la cervelle avalée dans du vin. On dit que la corne de chèvre ou le poil brûlés mentent en fuite les serpents; que la cendre de cette corne, à l'intérieur ou à l'extérieur, est souveraine contre les morsures de ces reptiles; que le lait de chèvre pris avec l'uva taminia (XXIII, 13 et 14), ou l'urine du même animal avec le vinaigre scillitique, ont la même propriété, ainsi que le fromage de chèvre appliqué avec de l'origan ou le suif avec de la cire.
[4] On indique encore, comme on le verra, mille remèdes tirés de cet animal, ce qui m'étonne; car on prétend qu'il n'est jamais sans fièvre (VIII, 46). Les animaux sauvages du même genre, qui est très nombreux, comme nous l'avons dit (VIII, 79 ), sont encore plus efficaces. Les boucs ont des propriétés particulières. Démocrite en attribue encore davantage au bouc dont la mère n'a porté que lui. On recommande d'appliquer sur les morsures des serpents la fiente de chèvre bouillie dans du vinaigre, et la rendre de cette fiente fraîche dans du vin. En général, les personnes qui se rétablissent difficilement, après avoir été mordues par les serpents, se refont très bien dans les étables à chèvres.
[5] Ceux qui veulent un remède plus efficace attachent sur-le-champ à la plaie les intestins d'une chèvre tuée exprès, avec les excréments qui s'y trouvent. D'autres font brûler de la chair fraîche de chevreau avec le poil, et par cette fumigation chassent les serpents. On emploie encore pour les morsures de serpent, et aussi pour le scorpion et la musaraigne, la peau récente de chevreau, ainsi que la chair et la fiente d'un cheval nourri dans les champs, ou la présure de lièvre dans du vinaigre. On dit que les personnes frottées avec la présure de lièvre sont à l'abri de toutes les piqûres venimeuses. La crotte de chèvre, bouillie avec du vinaigre, est un remède excellent pour les piqûres des scorpions; le lard et le bouillon de porc, pour ceux qui ont avalé un bupreste.
[6] Bien plus, si une personne dit à un âne, à l'oreille, qu'elle a été piquée par un scorpion, le mal passe, dit-on, aussitôt à l'âne. Toutes les bêtes venimeuses sont d'ailleurs mises en fuite par la fumée du poumon de cet animal. Il est avantageux de faire faire aux individus piqués par un scorpion des fumigations avec la fiente de veau.
XLIII. [1] Quelques-uns coupent jusqu'au vif autour des blessures faites par un chien enragé; puis ils y appliquent de la chair de veau, et donnent à l'intérieur ou du bouillon de veau ou de l'axonge broyée avec de la chaux. On affirme que l'application d'un foie de bouc garantit de toute atteinte de l'hydrophobie. On recommande encore la crotte de chèvre appliquée avec du vin, les excréments de blaireau, de coucou et d'hirondelle, bouillis, et pris en boisson. Pour les autres morsures des bêtes, on applique du fromage de chèvre sec avec de l'origan, et on en administre à l'intérieur; pour les morsures faites par l'homme, de la chair de boeuf cuite, celle de veau est plus efficace, pourvu qu'on ne l'ôte pas avant le cinquième jour.
XLVI. [1] On dit qu'un mufle de loup séché protège contre les maléfices; et pour cette raison on en attache à la porte des maisons de la campagne. La peau du cou tout entier passe pour avoir la même vertu; car l'influence de l'animal est si puissante, que, sans compter ce que nous en avons dit (VIII, 34), il suffit que les chevaux mettent le pied sur ses traces, pour être frappés de torpeur (XXVIII, 81).
XLV. [1] Quand on a avalé du vif-argent, le lard est le remède. Le lait d'ânesse, à l'intérieur, amortit les poisons, et en particulier la jusquiame, le gui, la ciguë, le lièvre marin, l'opocarpathum (16), le pharicon (17), le dorycnum (XXVIII, 21), et l'effet du lait caillé dans l'estomac; car le lait qui vient à se cailler dans cet organe est aussi un poison (XX, 53). Nous indiquerons plusieurs autres usages du lait d'ânesse : seulement on se souviendra qu'il doit être pris fraîchement trait ou chauffé peu de temps après, car aucun ne s'évente plus tôt. Les os de l'âne, concassés et bouillis, se donnent contre le poison du lièvre marin.
[2] Les ânes sauvages ont les mêmes propriétés, mais plus actives. Les Grecs n'ont point parlé du cheval sauvage (VIII, 16), parce qu'il n'y en avait point dans leur pays: néanmoins on doit penser qu'il a les mêmes propriétés, mais plus fortes, que le cheval. Le lait de cavale triomphe du venin du lièvre marin et des poisons des flèches. Les Grecs n'ont point expérimenté les propriétés des urus ou bisons, qui remplissent les forêts de l'Inde; on doit croire que chez cet animal tout est proportionnellement plus fort.
[3] On dit que le lait de vache est le re mède de tous les poisons, et surtout des poisons indiqués plus haut; que si on a pris de l'ephemerum (colchique) ou des cantharides, il les fait revomir, et que le bouillon de chèvre neutralise de même les cantharides. Contre les poisons qui tuent par ulcération on a recours au suif de veau ou de boeuf. Quand on a avalé des sangsues le beurre est le remède, avec du vinaigre que l'on a chauffé à l'aide d'un ferrement. Il est, même seul, utile contre les poisons; car si on n'a pas d'huile il en tient lieu. Avec du miel il guérit les morsures des mille-pieds.
[4] Le bouillon de tripes pris à l'intérieur passe pour triompher des poisons susdits, et en particulier de l'aconit et de la ciguë: la même propriété est attribuée au suif de veau. Le fromage de chèvre frais se donne à ceux qui ont bu du gui. Le lait de chèvre est un remède contre les cantharides, et, avec l'uva taminia (XXIII, 13 et 14), contre un breuvage d'ephemerum (colchique). Le sang de chèvre, cuit avec la moelle, se prend contre le venin des flèches; le sang de chevreau, contre les autres poisons; la présure de chevreau, contre la glu provenant du chamaeléon blanc (XXIII, 21) et contre le sang de taureau, contre lequel on a aussi la présure de lièvre dans du vinaigre.
[5] La présure de lièvre, ou de chevreau ou d'agneau, à la dose d'une drachme dans du vin, est bonne contre la pastenague et contre la piqûre ou la morsure de tous les animaux marins. On incorpore aussi la présure de lièvre dans les antidotes. Le papillon que la lumière des lampes attire est compté parmi les substances malfaisantes ; on lui oppose le foie de chèvre. Le fiel de la chèvre est un préservatif contre les maléfices faits avec la belette des champs (XXXIX, 16). (XI.) Maintenant revenons à l'exposition des maladies par espèces.
XLVI. [1] Le graisse d'ours, avec addition de ladanum et d'adiantum (XXIII, 30), empêche les cheveux de tomber, et guérit l'alopécie et la chute des sourcils, avec les champignons des lampes et la suie qui se trouve à leur bec. Avec le vin elle est bonne pour le porrigo, maladie que guérit aussi la cendre de corne de cerf dans du vin. Cette substance empêche la vermine de se mettre dans les cheveux. Pour le porrigo on emploie encore le fiel de chèvre, avec de la terre cimoliée et du vinaigre; on laisse un peu sécher cette préparation sur la tête. Le fiel de truie avec l'urine de taureau a la même propriété; s'il est vieux, il périt de plus, avec addition de soufre, les éruptions furfuracées.
[2] La rendre des parties génitales d'un âne rend, dit- on, les cheveux plus épais, et les empêche de blanchir; il faut l'appliquer, broyée avec du plomb et de l'huile, sur la tête rasée. Les parties génitales d'un ânon, avec l'urine, ont la même vertu; on y ajoute du nard pour rendre cette préparation moins dégoûtante. On traite l'alopécie par le fiel de taureau, chauffé avec de l'alun d'Égypte. On guérit très bien les ulcères humides de la tête avec l'urine de taureau, et aussi avec de la vieille urine d'homme, pourvu qu'on y ajoute du cyclaminos (XXV, 67) et du soufre. Mais le fiel de veau est encore plus efficace. Cette substance, chauffée avec du vinaigre, détruit aussi les lentes. Le suif de veau pilé avec du sel est très bon pour les ulcères de la tête;
[3] on vante aussi la graisse de renard, mais particulièrement les excréments de chat appliqués avec une quantité égale de moutarde. La poudre ou la cendre de corne de chèvre, et surtout de bouc, avec addition de nitre, de graine de tamarix, de beurre et d'huile, empêche merveilleusement les cheveux de tomber; il faut préalablement raser la tête. La cendre de chair de chèvre, appliquée avec de l'huile, rend les sourcils noirs. Le lait de chèvre enlève, dit-on, les lentes; la fiente avec du miel guérit l'alopécie. La cendre de la corne des pattes avec de la poix empêche les cheveux de tomber. On calme la douleur de tête avec la cendre de lièvre et de l'huile de myrte; on la guérit aussi en buvant l'eau qui reste de la boisson d'un boeuf ou d'un âne, et, si nous y ajoutons foi, en portant en amulette les parties génitales d'un renard mâle. La cendre de corne de cerf appliquée avec du vinaigre, ou de l'huile rosat, ou de l'huile d'iris, a le même effet.
XLVIl. [1] Pour les fluxions des yeux on emploie en topique le suif de boeuf cuit avec de l'huile. La cendre de corne de cerf s'emploie de la même façon pour les granulations des yeux; on regarde comme plus efficaces les pointes mêmes du bois. Il est avantageux dans la cataracte de faire des frictions avec les excréments du loup. La cendre de ces mêmes excréments avec du miel attique est bonne en onctions pour la vue trouble; il en est de même du fiel d'ours. La graisse de sanglier avec de l'huile rosat est bonne pour les épinyctides. La cendre de corne d'âne appliquée avec du lait d'ânesse enlève les taies et taches des yeux.
[2] La moelle de boeuf prise à la jambe droite de devant, et pilée avec de la suie, est bonne aux affections causes par les elle, aux maux des paupières et des angles de l'oeil. Pour cet usage on en fait avec la suie une espèce de calliblépharon (fard des paupières ). La meilleure suie se fait avec une mèche de papyrus et de l'huile de sésame; on fait tomber cette suie dans un vase neuf, avec une plume. Elle est très efficace pour empêcher de repousser les cils qu'on a arrachés. On fait des collyres avec le fiel de boeuf et un blanc d'oeuf ; on délaye cette préparation dans de l'eau, et on s 'en frotte pendant quatre jours.
[3] Le suif de veau avec la graisse d'oie et le suc d'ocirnum (basilic?) est excellent pour les affections des paupières. La moelle de veau arec un poids égal de cire et d'huile, ou d'huile rosat et addition d'un oeuf, forme un topique pour les granulations des paupières. Le fromage de chèvre mou appliqué avec de l'eau chaude calme les fluxions des yeux; s'il y a gonflement on l'applique avec du miel: dans les deux cas il faut fomenter l'oeil avec du sérum chaud. Dans les ophtalmies sèches on emploie en topique des rognons de porc brûlés et pilés. On prétend que les chèvres n'ont jamais d'ophtalmies, parce qu'elles mangent certaines herbes. II en est de même des chevreuils; aussi recommande-t-on d'avaler, à la nouvelle lune, la fiente de ces animaux, enveloppée dans de la cire; et comme ils voient aussi bien la nuit que le jour, on pense que le sang de bouc guérit cette affection de la vue appelée par les Grecs nyctalopie. On attribue la même vertu au foie de chèvre cuit dans du vin astringent.
[4] Quelques-uns frottent les yeux avec le suc qui s'écoule d'un foie de chèvre rôti, ou avec le fiel du même animal, et prescrivent de se nourrir de cette viande, et d'exposer, pendant quelle cuit, les yeux malades à la vapeur qui en sort: d'après eux, il importe aussi que le foie soit de couleur rousse. On recommande encore d'exposer les yeux à la va peur d'un foie bouilli dans un pot de terre, ou, suivant d'autres, rôti. Le fiel de chèvres s'emploie à plusieurs usages : avec le miel, contre les brouillards de la vue; avec un tiers d'ellébore blanc, contre la cataracte ; avec du vin, contre les taies, l'albugo, les brouillards, le ptérygton, l'argena; avec le suc de chou, pour les paupières: on arrache d'abord les cils, et on laisse la préparation sécher sur la partie; avec du lait de femme, contre les éraillements des yeux: pour toutes ces affections on regarde comme plus efficace le fiel vieux.
[5 ] On ne rejette pas non plus la fiente appliquée avec du miel pour les fluxions de yeux; la moelle de chèvre ou le poumon de lièvre, pour les douleurs des yeux : le fiel de chèvre avec du vin cuit ou du miel, pour les brouillards de la vue. On recommande contre l'ophtalmie de frotter les yeux avec de la graisse de loup ou de la moelle de porc. On assure que ceux qui portent dans un bracelet une langue de renard sont à l'abri de l'ophtalmie.
XVLIII. [1] La douleur et les affections de l'oreille sont guéries par l'urine de sanglier conservée dans un vase de verre; par le fiel de sanglier, ou de porc ou de boeuf, avec parties égales d'huile de ricin et d'huile rosat; mais surtout par le fiel de taureau chauffé avec du suc de poireau, ou avec du miel s'il y a suppuration: ce dernier, chauffé seul dans une écorce de grenade, est bon contre la mauvaise odeur des oreilles. Avec du lait de femme, il guérit très bien les fractures des oreilles. Quelques-uns pensent qu'il faut se laver les oreilles avec cette substance quand l'ouïe devient dure ; d'autres, après avoir lavé les oreilles avec de l'eau chaude, y font mettre un mélange de ce fiel, de vieille peau de serpent et de vinaigre, le tout enveloppé dans de la laine.
[2] Si la surdité est considérable on instille dans les oreilles ce fiel chauffé avec la myrrhe et la rue dans une écorce de grenade, ou du lard très gras, et des excréments d'âne récents, avec de l'huile rosat : tout cela doit être chauffé. On préfère l'écume de cheval, ou la cendre d'excréments de cheval récent, avec de l'huile rosat; le suif de bœuf avec de la graisse d'oie; le beurre frais; l'urine de chevreau ou de taureau, ou de la vieille urine de foulon chauffée au point que la vapeur sorte par le cul du bocal ;on y mêle aussi un tiers de vinaigre, et un peu de l'urine d'un veau qui n'a point encore goûté l'herbe. On applique aussi aux oreilles, après les avoir échauffée, la bouse du veau mêlée avec son fiel, la peau que quittent les serpents: tous ces remèdes s'enveloppent dans de la laine.
[3] On emploie encore le suif de veau avec de la graisse d'oie et du suc d'ocimum (basilic?), de la moelle de veau, à laquelle on mêle du cumin broyé, et qu'on injecte; contre les douleurs d'oreilles on se sert du sperme de verrat, recueilli de la truie avant qu'il tombe à terre. La colle faite avec les parties génitales du veau, et dissoute dans l'eau, s'emploie pour les fractures de l'oreille. Dans les autres affections de cette partie on se sert de la graisse de renard, du fiel de chèvre, avec de l'huile rosat tiède ou du jus de poireau ; et quand il y a quelque rupture, avec du lait de femme. On recommande le fiel de boeuf avec l'urine de chèvre ou de boue, en cas de dureté de l'oreille ou de suppuration. Pour quoi que ce soit, on pense que ces substances sont plus efficaces lorsqu'elles ont été fumées vingt jours dans une corne de chèvre. On vante encore la présure de lièvre à la dose d'un tiers de denier, avec un demi-denier de sacopenum (XX, 75), dans du vin amminéen (XIX, 4, 2) . La graisse d'ours, mêlée à poids égal avec de la cire et du suif de taureau, dissipe les parotides; quelques-uns emploient aussi l'hypocisthis (XXVI, 31) et le beurre appliqué seul, pourvu qu'on fomente préalablement la partie avec une décoction de fenugrec, ce qui est plus efficace avec le strychnos (XXI, 105). On se sert aussi des testicules de renard et du sang de taureau séché et broyé. L'urine de chèvre échauffée s'instille dans les oreilles. On applique encore les excréments de cet animal avec de l'axonge.
XLIX. [1] La cendre de corne de cerf raffermit les dents et calme les douleurs qu'elles causent, soit en friction, soit en collutoire ; quelques-uns regardent la poudre de corne non brûlée comme plus efficace pour les mêmes usages. On fait des dentifrices de ces deux façons. La cendre de la tête du loup est un grand remède; et il est certain qu'il se trouve presque toujours dans ses excréments des os qui en amulette ont la même efficacité. On instille dans l'oreille de la présure de lièvre contre la douleur de dent. La cendre de la tête du lièvre est un dentifrice; avec addition de nard, elle dissipe la mauvaise odeur de la bouche; quelques-uns aiment mieux y mêler de la cendre de tête de souris. On trouve latéralement dans le lièvre un os pointu comme une aiguille; on conseille, dans le mal de dents, de faire des scarification avec cet os.
[2] L'os de l'astragale du boeuf raffermit les dents ébranlées et douloureuses dont on l'approche allumé. La cendre de ce même os avec de la myrrhe est un dentifrice. Les os des pieds de cochon brûlés ont le même effet; de même ceux qui s'emboîtent dans la cavité cetyloïde. On sait qu'introduits dans le gosier des bêtes de somme ils guérissent les vers des dents, et que brûlés ils raffermissent les dents. Les dents ébranlées par un coup sont raffermies par le lait d'ânesse ou par la cendre des dents du même animal, ainsi que par la poudre des lichens du cheval, injectée dans l'oreille avec de l'huile. Par lichen j'entends non l'hippomane (VIII, 66), substance malfaisante que j'omets, mais des durillons qui se forment au genou du cheval et au-dessus du sabot.
[3] De plus, dans le coeur du cheval (XI, 70), on trouve un os semblable aux plus grandes dents canines. On prétend qu'une dent malade dont on scarifie la gencive avec cet os ou avec une dent tirée de la mâchoire d'un cheval mort et de l'ordre de celle qui fait mal, cesse aussitôt d'être douloureuse. Anaxilaüs a écrit que brûler dans des lampes la liqueur qui s'échappe des cavales après qu'elles ont été saillies fait paraître (18) les assistants monstrueusement affublés de têtes de cheval, et qu'il en est de même des ânesses. Quant à l'hippomane, il a une telle force pour les maléfices, que, jeté dans la fonte d'une figure d'airain qui doit représenter une jument d'Olympie, il excite le rut le plus furieux chez les étalons qui en approchent.
[4] Un autre remède pour les dents est la colle de menuisier bouillie dans de l'eau, appliquée, et ôtée peu après; on lave aussitôt les dents avec du vin dans lequel ont bouilli des écorces de grenades douces. On regarde aussi comme un remède de se laver les dents avec du lait de chèvre ou du fiel de taureau. La cendre de l'os frais de l'astragale des chèvres, et, pour ne pas nous répéter, de tous les quadrupèdes nourris dans les fermes, forme un bon dentifrice.
L. (XII.) [1] On croit que le lait d'ânesse efface les rides du visage, rend la peau plus délicate, et en entretient la blancheur. On sait que certains femmes s'en fomentent le visage sept cents fois par jour, observant scrupuleusement ce nombre. Poppée, femme de l'empereur Néron, mit le lait d'ânesse à la mode; elle s'en faisait même des bains, et pour cela elle avait des troupeaux d'ânesses qui la suivaient dans ses voyages (XI, 95). Les boutons que l'âcreté de la pituite produit sur le visage disparaissent frottés avec du beurre, et encore mieux si on y mêle de la céruse. Du beurre pur, et par-dessus de la farine d'orge, gué rissent les affections serpigineuses de la face.
[2] On guérit les ulcères du visage en y appliquant, encore humide, la poche d'une vache qui vient de mettre bas. Ce qui suit paraîtra frivole; cependant il ne faut pas l'omettre, en faveur des femmes qui tiennent à leur teint : l'astragale d'un jeune taureau blanc, bouilli pendant quarante jours et quarante nuits, jusqu'à ce qu'Il soit liquéfié, et appliqué sur un linge, entretient la blancheur de la peau et en efface les rides. On dit que la bouse de taureau donne du vermillon aux joues ; que la crocodilée même (XXVIII, 28) ne fait pas mieux, mais qu’il faut se laver avant et après avec de l'eau froide. Le hâle, et tout ce qui altère la coloration de la peau, se corrige à l'aide de la bouse de veau pétrie à la main, avec de l'huile et de la gomme.
[3] Les ulcérations et les crevasses de la bouche guérissent avec du suif de veau ou de boeuf, joint à de la graisse d'oie et du suc d'ocimum (basilic ?). II est une autre mixture faite avec le suif de veau, la moelle de cerf et les feuilles de l'aubépine, le tout pilé ensemble. La moelle avec de la résine, quand même ce ne serait que de la moelle de vache, et le bouillon de vache, ont la même vertu. Un remède souverain contre les lichens du visage, c'est la colle préparée avec les parties génitales des veaux, fondue dans du vinaigre avec le soufre vif, et remuée avec une branche de figuier : on s'en met deux fois par jour, et elle doit être récente. Cette même colle, bouillie dans du miel et du vinaigre, guérit la lèpre, contre laquelle on a aussi le foie de bouc appliqué chaud. L'éléphantiasis est guéri par le fiel de chèvre; les éruptions lépreuses et furfuracées, par le fiel de taureau avec addition de nitre, par l'urine d'âne vers le lever du Chien. Les taches du visage sont enlevées par le fiel de taureau ou d'âne délayé dans de l'eau sans addition; on a soin, lorsque le visage a pelé, d'éviter le soleil et le grand air.
[4] Pour le même effet on emploie le fiel de taureau ou de veau, avec de la graine de cunila (XX, 61) et de la cendre d'une corne de cerf, qui doit avoir été brûlée au lever de la Canicule. Le suif de l'âne fait revenir la couleur aux cicatrices et aux parties attaquées par le lichen et la lèpre. Le fiel de bouc efface de plus le lentigo, avec addition de fromage, de soufre vif et de cendre d'éponge, jusqu'à consistance de miel. Certains ont préféré se servir de vieux fiel en y mêlant du son chaud au poids d'une obole, et quatre fois autant de miel; mais il faut auparavant bien frotter les taches. Le suif de bouc est efficace aussi avec la nielle, le soufre et l'iris. On s'en sert pour les crevasses des lèvres, avec la graisse d'oie, la moelle de cerf, la résine et la chaux. Je lis, dans certains auteurs, que ceux qui ont des taches de lentigo ne sont point propres aux cérémonies magiques.
LI. [1] Le lait de vache ou de chèvre est bon pour les ulcérations des tonsiles ou de la trachée-artère. On l'emploie en gargarisme, tiède, comme il vient d'être trait ou chauffé ; le lait de chèvre vaut mieux bouilli avec de la mauve et un peu de sel. Le bouillon de tripes, en gargarisme, est bon pour les ulcérations de la langue et de la trachée-artère. Ou emploie particulièrement pour les amygdales, en topique, les reins de renard séchés et broyés avec du miel; pour l'angine, le fiel de taureau ou de chèvre avec du miel. Le foie de blaireau, dans de l'eau, guérit la mauvaise odeur de la bouche; le beurre, les ulcérations.
[2] Frotter à l'extérieur avec de la bouse fait, dit-on, rendre par la bouche ou tomber dans l'estomac une épine ou tout autre corps engagé dans le gosier. Les scrofules sont dissipées par le fiel de sanglier ou de boeuf, appliqué chaud. Quant à la présure de lièvre avec du vin, sur un linge, on ne l'applique que sur les scrofules ulcérées. On résout encore les tumeurs scrofuleuses par la cendre de la corne du pied d'un âne ou d'un cheval, appliquée dans de l'huile ou de l'eau; par l'urine chaude; par la cendre d'un pied de boeuf, dans de l'eau ; par de la bouse très chaude, dans du vinaigre; par du suif de chèvre, avec de la chaux; par des excréments de chèvre bouillis dans du vinaigre; par des testicules de renard. On emploie aussi le savon inventé dans les Gaules pour rendre les cheveux blonds : il se prépare avec du suif et des cendres; le meilleur se fait avec des cendres de hêtre et du suif de chèvre; il est de deux sortes, mou et liquide. L'un et l'autre sont en usage chez les Germains, et les hommes s'en servent plus que les femmes.
LII. [1] Pour les douleurs du cou on se frotte avec du beurre ou de la graisse d'ours; pour le torticolis, avec le suif de boeuf, lequel est bon aussi contre les scrofules avec de l'huile. La douleur avec inflexibilité, qu'on nomme opisthotonos, est guérie avec de l'urine de chèvre instillée dans les oreilles, ou avec des excréments de chèvre appliqués avec des oignons. On traite les ongles contus en y attachant le fiel d'un animal quelconque; les excroissances des doigts, avec le fiel de taureau séché et dissous dans de l'eau chaude. Quelques-uns y ajoutent du soufre et de l'alun, le tout a poids égal.
LIII. [1] La toux se traite par le foie de loup dans du vin chaud, par le fiel d'ours avec addition do miel, par la cendre des sommités d'une corne de boeuf, par la salive de cheval bue pendant trois jours (mais on prétend que le cheval meurt), par le poumon de cerf, avec le gosier du même animal, séché à la fumée, puis broyé dans du miel et donné chaque jour en éclegme: pour cela celui du cerf daguet est plus efficace. L'hémoptysle se guérit par la cendre de cerne de cerf, par la présure de lièvre à la dose d'un tiers de denier, avec de la terre de Samos et du vin de myrte, à l'intérieur. La cendre des excréments du lièvre, prise le soir dans du vin, calme la toux de la nuit. La fumée des poils de lièvre bridés fait sortir du poumon les matières qu'on a peine à cracher.
[2] Les ulcérations purulentes de la poitrine et du poumon, et la mauvaise haleine provenant du poumon sont très bien guéries par le beurre, cuit avec une dose égale de miel attique jusqu'à ce qu'il devienne roux, et pris le matin à la dose une cuillerée. Quelques-uns, au lieu de miel, ont conseillé d'ajouter la résine du mélise. Sil y a hémoptysie, on indique comme utile le sang de boeuf pris en petite quantité et avec du vinaigre; le sang de boeuf, car il y aurait imprudence à ce fier au sang de taureau. Pour les crachements de sang invétérés on prend, dans de l'eau chaude, trois oboles de colle de taureau.
LIV. (XIII.) [1] On traite les ulcérations de l'estomac par le lait d'ânesse et aussi par le lait de vache; les déchirements, par la chair de boeuf culte avec du vinaigre et du vin; les fluxions, par la cendre de corne de cerf; les hématémèses, par le sang de chevreau récent, bu chaud à la dose de trois cyathes, avec une quantité égale de fort vinaigre; par de la présure de chevreau, prise à la dose d'une partie sur deux parties de vinaigre.
LV. [1] Les douleurs de foie se guérissent par le foie de loup sec, pris dans du vin miellé; par le foie d'âne sec, avec deux parties de persil et trois noix, broyé dans du miel et pris en aliment: par le sang de bouc, préparé en aliment. Pour l'asthme ce qu'il y a de plus efficace, c'est le sang des chevaux sauvages (VIIII, 16), en boisson; puis le lait d'ânesse bouilli avec des oignons, et réduit de tette façon en petit lait, qu'on prend tiède : on ajoute sur trois hémines de lait un cyathe de cendre infusé dans de l'eau, puis délayé dans du miel. Le foie de renard ou le poumon dans du vin noir, ou le fiel d'ours dans de l'eau, rend aussi la respiration plus libre.
LVI. [1] Pour les douleurs lombaires et tout ce qui a besoin d'émollients, il convient de faire des frictions avec de la graisse d'ours, ou de mêler dans le vin qu'on boit la cendre de vieux excréments de sanglier ou de pourceau. Les mages supportent Ici aussi leurs mensonges. D'abord on calme la rage des boucs en leur frottant la barbe avec cette composition ; et on la leur coupe ensuite, ils ne passent jamais dans un autre troupeau. Ils mêlent à la fiente de porc de la fiente de chèvre, et ils recommandent de la tenir aussi chaude que possible dans le creux de la main, sur le linge mouillé; mais il faut si la douleur est à gauche faire cela de la main droite ; si à droite, de la gauche. Ils veulent aussi que pour cet emploi on ramasse ce crottin avec la pointe d'une aiguille d'airain.
[2] La prescription est de tenir le remède dans la main jusqu'à ce qu'on sente que la chaleur est parvenue aux lombes. Puis ils font frotter la main avec un poireau pilé, et les lombes avec le crottin même, incorporé dans du miel. Ils conseillent encore pour le même mal d'avaler des testicules de lièvre. Pour la coxalgie, ils appliquent de la bouse de vache chauffée dans des feuilles sur la cendre. Pour les douleurs des reins, ils prescrivent d'avaler crus les reins d'un lièvre, ou cuits, mais sans y toucher avec les dents. Ils assurent qu'il suffit d'avoir sur soi un astragale de lierre pour être à l'abri des maux de ventre.
LVII. [1] Les affections de la rate se guérissent par le fiel de sanglier ou de porc en boisson, ou par la cendre de corne de cerf dans du vinaigre, mais surtout par une vieille rate d'âne (on en ressent l'effet au bout de trois jours). Les premiers excréments rendus par un ânon (les Syriens donnent à cela le nom de polea), s'administrent dans du vinaigre miellé. On donne encore une langue de cheval sèche dans du vin, remède souverain que Caecilius Bion dit avoir appris des barbares. La rate de boeuf s'emploie de la même manière; mais si elle est fraîche on la fait manger rôtie ou bouillie. On fait encore avec vingt gousses d'ail pilées et un setier de vinaigre, le tout dans une vessie de boeuf, un topique pour le douleurs de la rate.
[2] Les mages recommandent pour le même mal d'acheter la rate d'un veau au prix qu'on la fait, sans marchander, circonstance importante pour leur superstition; de la couper en long, d'en attacher un morceau de chaque côté de la tunique du malade; de laisser tomber ces morceaux à ses pieds en lui mettant cette tunique, puis de des ramasser, et de les faire sécher à l'ombre. Pendant que tout cela se fait, la rate du malade se dégonfle, et bientôt la guérison est complète. On emploie utilement aussi le poumon de renard séché dans la cendre et pris dans de l'eau, et en topique la rate de chevreau.
LVIII. (XIV.) [1] Le cours de ventre est arrêté par le sang de cerf, par la cendre de corne de cerf, par le foie du sanglier pris frais, sans sel, dans du vin; par le foie de porc rôti, ou le foie de bouc bouilli dans cinq hémines de vin; par la présure de lièvre, gros comme un pois chiche, dans du vin, ou s'il y a fièvre, dans de l'eau. D'autres ajoutent de la noix de galle; d'autres encore se contentent du sang de lièvre seul, avec du lait bouilli. On prend, dans de l'eau, la cendre de crottin de cheval, la cendre de la base d'une vieille corne de taureau, qu'on met simplement dans de l'eau ; le sang de bouc cuit sur la braise, la décoction d'une peau de chèvre cuite avec son poil.
[2] La présure de cheval, le sang ou la ruelle ou le foie de chèvre, relâche le ventre; de même le fiel de loup, attaché à l'ombilic avec de l'élaterion (XX,2), le lait de cavale en boisson, le lait de chèvre avec du sel et du miel, le fiel de chèvre avec du suc de cyclaminos (XXV, 67) et un petit morceau d'alun (quelques-uns y ajoutent de préférence du nitre et de l'eau), le fiel du taureau pilé avec de l'absinthe et réduit en forme de suppositoire, le beurre pris en grande quantité.
[3] L'affection coeliaque et la dysenterie sont guéries par le foie de vache, la cendre de corne de cerf à la dose d'une pincée dans de l'eau, la présure de lièvre pétrie dans du pain, ou s'il y a flux de sang, dans de la polenta, la cendre des excréments de sanglier, ou de porc, ou de lièvre, mê lée dans du vin tiède, en boisson. On compte aussi parmi les remèdes du flux coeliaque et de la dysenterie le bouillon de veau, qu'on donne communément. Le lait d'ânesse en boisson est plus avantageux si on ajoute du miel. La cendre de crottin d'âne dans du vin n'est pas moIns efficace pour ces deux affections. De même la polea indiquée plus haut (XXVIII, 57). On recommande même, s'il y a flux de sang, la présure de cheval, que quelques-uns nomment hippace, la cendre de crottin de cheval, la poudre des dents pilées du même animal, le lait de vache cuit en boisson.
[4] Pour la dysenterie on recommande d'ajouter un peu de miel, et s'il y a des tranchées, de la cendre de corne de cerf ou du fiel de taureau mêlé à du cumin, et d'appliquer sur l'ombilic des tranches de citrouille. Pour les deux affections on donne en lavement du fromage de vache frais; du beurre, à la dose de quatre hémines, avec deux onces de térébenthine, ou avec une décoction de mauve ou avec de l'huile rosat. On donne encore le suif de veau ou de boeuf. On fait cuire la moelle de ces animaux avec de la farine, un peu de cire et de l'huile, de manière que cela puisse être avalé. On pétrit cette moelle dans du pain. On administre le lait de chèvre bouilli jusqu’à réduction de moitié ;s'il y a des tranchées on y ajoute du vin de mère-goutte.
[5] Pour les tranchées quelques-uns pensent qu'il suffit d'administrer même une seule prise de présure de lièvre dans du vin tiède. Ceux qui sont plus prudents appliquent sur le ventre un topique fait avec du sang de chèvre, de la farine d'orge et de la résine. On recommande pour toutes les inflammation du ventre d'appliquer du fromage mou; pour l'affection cœliaque et la dysenterie, du fromage vieux pilé dans de la farine, un cyathe de fromage dans trois cyathes de vin.
[6] Le sang de chèvre cuit avec la moelle guérit la dysenterie. On traite le flux coeliaque par le foie rôti de chèvre, et mieux par le foie de bouc cuit dans du vin astringent et pris en boisson, ou appliqué sur l'ombilic avec de l'huile de myrte; quelques-uns le font cuire dans trois setiers d'eau, jusqu'à et qu'il soit réduit à une hémine, et y ajoutent de la rue. On se sert de la rate rôtie de chèvre ou de bouc, du suif de bouc dans du pain cuit à la cendre, de la graisse des reins de la chèvre : on l'avale seule aussitôt, et on la prend dans de l'eau médiocrement froide; quelques-uns administrent le suif de chèvre bouilli dans de l'eau, avec de la polenta, du cumin, de l'aneth et du vinaigre. Dans l'affection coeliaque on applique sur le ventre du crottin de chèvre, cuit avec du miel. Pour l'affection coeliaque et la dysenterie on se sert de la présure de chevreau gros comme une fève dans du vin de myrte, en boisson ; du sang de chevrean arrangé en un mets appelé sangulculus. Pour la dysenterie on donne en lavement la colle de taureau fondue dans de l'eau chaude. La fiente de veau bouillie dans da vin dissipe les flatuosité.
[7] On recommande beaucoup pour les affections intestinales la présure de cerf cuite avec des lentilles et de la bette, et prise en aliment ; la cendre du poil de lièvre bouillie avec du miel, le lait de chèvre en boisson, cuit avec de la mauve et un peu de sel: si on y ajoute de la présure, le remède n'en vaut que mieux. La même vertu appartient au suif de chèvre dans un potage quelconque; on avale, aussitôt après, de l'eau froide. La cendre des cuisses de chevreau est, dit-on, un merveilleux remède pour les hernies, ainsi que la fiente de lièvre bouillie avec du miel, et dont on prend tous les jours gros comme une fève: ces deux remèdes passent pour avoir guéri des personnes dans un état désespéré. On vante en core la décoction d'une tête de chèvre avec son poil.
LIX. [1] Le ténesme, c'est-à-dire une envie fréquente et sans effet d'aller à la selle, se guérit par le lait d'ânesse ou le lait de vache en boisson. Les vers intestinaux sont expulsés par la cendre de corne de cerf en boisson. Les os que nous avons dit se trouver dans les excréments du loup (XXVIII, 49)„ attachés au bras, guérissent les affections du colon, pourvu qu'ils n'aient point touché la terre. La polean dont nous avons parlé ci-dessus (XXVIII, 57), est excellente, cuite dans du sapa (XIV, 11, 2); de même la poudre d'excréments de porc avec addition de cumin, dans une décoction de rue: de même la cendre d'un jeune bois de cerf mêlée à des escargots d'Afrique pilés avec leur coquille, et bue dans du vin.
LX. (XV.) [1] On traite les maux de vessie et l'affection calculeuse par l'urine de sanglier et par la vessie même de cet animal, prise en aliment : ces deux substances sont plus efficaces si préalablement on les a mises à la fumée. II faut manger cette vessie bouillie; et si c'est pour une femme, on prend la vessie d'une truie. On trouve dans le foie du sanglier et du porc commun de petits calculs ou des corps blancs, semblables par la dureté à de petites pierres; on les pile et on les prend dans du vin, ce qui, dit-on, fait sortir les calculs. L'urine du sanglier lui est tellement à charge (VIII, 77, 4), que s'il ne l'a rendue il n'a pas la force de s'enfuir, et qu'il est accablé par les chasseurs comme s'il était enchaîné; on dit qu'elle brûle et consume les calculs. Les reins de lièvre séchés pris dans du vin font sortir les pierres.
[2] Dans la cuisse de porc nous avons dit (XXVIII, 49) qu'il y a des os articulaires; la décoction en est utile aux affections urinaires. Les reins d'âne, séchés, pilés et donnés dans du vin pur, guérissent la vessie. Les lichens ou tubérosités calleuses des jambes du cheval, prises dans du vin ou dans du vin miellé pendant quarante jours, font sortir les calculs. On recommande la cendre du sabot de cheval dans du vin ou de l'eau; les excréments, dans du vin miellé, des chèvres, et mieux des chè vres sauvages; la cendre de poil de chèvre. Pour le charbon des parties génitales on emploie la cervelle ou la sang de sanglier ou de porc; pour les affections serpigineuses de ces parties, le foie de ces animaux brûlé, surtout on applique sur le ventre du crottin de chèvre, cuit avec du miel. Pour l'affection coeliaque et la dysenterie on se sert de la présure de chevreau gros comme une fève dans du vin de myrte, en boisson ; du sang de chevreau arrangé en un mets appelé sangulculus. Pour la dysenterie on donne en lavement la colle de taureau fondue dans de l'eau chaude. La fiente de veau bouillie dans da vin dissipe les flatuosité.
[3] On recommande beaucoup pour les affections intestinales la présure de cerf cuite avec des lentilles et de la bette, et prise en aliment ; la cendre du poil de lièvre bouillie avec du miel, le lait de chèvre en boisson, cuit avec de la mauve et un peu de sel: si on y ajoute de la présure, le remède n'en vaut que mieux. La même vertu appartient au suif de chèvre dans un potage quelconque; on avale, aussitôt après, de l'eau froide. La cendre des cuisses de chevreau est, dit-on, un merveilleux remède pour les hernies, ainsi que la fiente de lièvre bouillie avec du miel, et dont on prend tous les jours gros comme une fève: ces deux remèdes passent pour avoir guéri des personnes dans un état désespéré. On vante encore la décoction d'une tête de chèvre avec son poil.
LXI. [1] Pour les affections du siège on a un excellent remède dans le fiel d'ours avec la graisse; quelques-uns ajoutent de l'écume d'argent (litharge) et de l'encens. Le beurre aussi est bon avec de la graisse d'oie et de l'huile rosat; les doses de ces ingrédients sont réglées par la nature même, car il faut qu'ils soient faciles à appliquer en onction. Le fiel de taureau sur de la charpie est un excellent remède; il cicatrise les rhagades. Pour les enflures dans cette partie on emploie le suif de veau, pris surtout aux aines ; on y mêle de la rue. Pour les autres affections on a le sang de chèvre avec de la polenta. Le fiel de chèvre guérit spécialement les condylomes, ainsi que le fiel de loup dans du vin. Le sang d'ours dissipe les tumeurs et les apostèmes de toutes les parties; de même le sang de taureau sec et pilé.
[2] Mais le remède par excellence est, dit-on, le calcul de l'onagre, que cet animal, quand on le tue, rend avec son urine: ce calcul, d'abord liquide, se solidifie à terre; attaché à la cuisse, il dissipe toutes les fluxions et délivre de toutes les suppurations; mais il est rare à trouver, tous les onagres n'en ont pas: le remède n'en est que plus célèbre. On se loue de l'urine d'âne avec la nielle, de la cendre de sabot de cheval appliquée avec de l'huile et de l'eau; du sang de cheval, surtout d'étalon; du sang de boeuf, du fiel de boeuf.
[3] La viande de boeuf appliquée chaude a les mêmes effets, ainsi que la cendre de la corne du pied de boeuf dans de l'eau ou du miel; l'urine de chèvre; la chair de bouc cuite dans de l'eau; les excréments de bouc cuits avec du miel; le fiel de verrat; l'urine de porc appliquée dans de la laine. On sait que l'équitation écorche les cuisses, ce qui cause de fortes cuissons: le meilleur remède est de se frotter les parties avec de l'écume ramassée à la bouche même du cheval. Les aines se tuméfient aussi à la suite d'ulcères; on les guérit en mettant dans la plaie trois crins de cheval noués de trois noeuds.
LXII. (XVI.) [1] Pour la goutte on emploie la graisse d'ours et le suif de taureau à poids égal avec de la cire; quelques-uns ajoutent de l'hypocisthis (XXVII, 31) et de la noix de galle; d'autres préfèrent le suif de bouc avec les excréments de chèvre, le safran, la moutarde ou des tiges de lierre pilées, de la pariétaire ou des fleurs de concombre sauvage. On se sert de la bouse de vache avec la lie de vinaigre. On vante les excréments d'un veau qui n'a pas encore mangé d'herbe, ou le sang de taureau sans autre addition; un renard cuit vivant, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que les os: en loup cuit vivant dans de l'huile, jusqu'à consistance de cérat; le suif de bouc, avec partie égale d'elxine (XXI, 56) et un tiers de moutarde; la cendre des excréments de chèvre avec de l'axonge. On dit encore qu'il est très avantageux, dans la coxalgie, de brûler le dessous des gros orteils avec ces excréments bouillants ;
[2] que le fiel d'ours et les pattes de lièvre attachées à la partie malade sont un excellent remède pour les affections articulaires; qu'on adoucit la goutte en portant sur soi continuellement une patte de lièvre coupée sur l'animal vivant. La graisse d'ours guérit les engelures et les crevasses des pieds; elle est très efficace avec addition d'alun. Même propriété dans le suif de chèvre, dans la poudre de dents de cheval, dans le fiel de sanglier ou de porc, dans le poumon de ces animaux appliqué avec la graisse, quand même les pieds auraient été blessés ou meurtris par quelque choc. Pour les pieds gelés on a la cendre de poil de lièvre; pour la contusion des pieds on a le poumon de lièvre haché ou incinéré. Les coups de soleil se traitent très bien par la graisse d'âne ou par le suif de boeuf, avec de l'huile rosat; les cors, les crevasses, les oignons, par la fiente de sanglier ou de porc appliquée fraîche, et ôtée le troisième jour; par la cendre de l'astragale de ces animaux, par le poumon de sanglier, ou de porc, ou de cerf.
[3] Les écorchures causées par les chaussures se traitent par l'urine d'âne appliquée avec la boue qui s'y est mêlée; les cors, par le suif de boeuf avec la fleur d'encens; les engelures, par du cuir brûlé, surtout si ce cuir vient d'un vieux soulier; les lésions que produit la chaussure, par la cendre d'une peau de chèvre dans de l'huile. On calme les douleurs des varices par la cendre de fiente de veau cuite avec des bulbes de lis et un peu de miel; préparation qui convient pour toutes les inflammations et les menaces de suppuration (19); elle convient aussi pour la goutte et les maladies articulaires, mais encore mieux la fiente de veau mâle. Pour les articulations foulées on emploie le fiel de sanglier ou de porc appliqué sur un linge chaud, la fiente d'un veau qui n'a pas encore mangé d'herbe, la fiente de chèvre cuite avec du miel dans du vinaigre. On traite les ongles malades par le suif de veau, par le suif de chèvre, en y mêlant de la sandaraque. On enlève les verrues à l'aide de la cendre d'excréments de veau dans du vinaigre, à l'aide de la boue produite par l'urine d'âne.
LXIII.
[1] Dans l'épilepsie il est bon de manger des testicules d'ours, ou d'avaler, dans du lait de cavale ou dans de l'eau, des testicules de sanglier; d'avaler de l'urine de sanglier dans du vinaigre miellé: elle est plus efficace quand elle s'est desséchée dans sa vessie. On donne encore des testicules de porc séchés et broyés dans du lait de truie; avant et après, pendant plusieurs jours, on s'abstient de vin. On donne des poumons de lièvres salés, avec un tiers d'encens, dans du vin blanc, pendant trente jours; la présure du même animal; la cervelle d'âne dans de l'eau miellée, exposée auparavant à la fumée dans des feuilles, à la dose d'une demi–once par jour; la cendre du sabot d'âne prise en boisson pendant un mois entier, à la dose de deux cuillerées; les testicules d'âne gardés dans du sel et mêlés à une boisson, surtout au lait d'ânesse ou à de l'eau. La poche dans laquelle est enveloppé l'ânon, surtout quand c'est un mâle, mise sous le nez d'un épileptique à l'approche de l'accès, le prévient. Il en est qui recommandent de manger le coeur d'un âne mâle et noir, avec du pain, en plein air, à la première ou à la seconde lune; d'autres prescrivent la chair, d'autres le sang délayé avec da vinaigre, pendant quarante jours; quelques-uns mêlent de l'urine de cheval avec de l'eau ferrée prise chez les serruriers, et la même boisson leur sert à guérir la folie. Pour l'épilepsie on donne en boisson le lait de cavale, et, dans du vinaigre miellé, les lichens ou callosités des jambes des chevaux. On donne la chair de chèvre rôtie sur le bûcher d'un homme, prescription des mages. On donne le suif de chèvre cuit dans la vésicule biliaire de cet animal, avec un poids égal de fiel de taureau ; il faut que la vésicule n'ait pas touché la terre, et on doit le boire debout. dans de l'eau. L'odeur de corne de chèvre ou de cerf brûlée fait déclarer l'épilepsie. On dit que l'urine d'ânon en onction avec du nard est bonne pour les coups de sang.
LXIV. [1] Contre l'ictère on a la cendre de corne de cerf, le sang d'ânon dans du vin. La fiente rendue par un ânon aussitôt après sa naissance, gros comme une fève dans du vin, guérit l'ictère en trois jours; la fiente de poulain a la même propriété.
LXV. [1] On a pour les fractures un remède souverain : la cendre des mâchoires d'un sanglier ou d'un porc. Le lard bouilli, et attaché autour de la partie, les consolide avec une merveilleuse rapidité. Pour les fractures de côtes on recommande comme remède unique la fiente de chèvre dans du vin vieux ; elle ouvre, elle attire, elle guérit.
LXVI. [1] La chair de cerf est un fébrifuge, comme nous l'avons dit (VIII, 50, 8). Les fièvres réglées sont guéries, si nous en croyons les mages, par l'oeil droit d'un loup, salé, et porté en amulette. Il est une espèce de fièvre qu'on appelle amphémèrine : on s'en guérit, dit-on, en avalant dans deux hémines d'eau trois gouttes de sang tirées de la veine de l'oreille d'un âne. Pour la lièvre quarte les mages recommandent d'attacher des excréments de chat avec le doigt d'un hibou, et, pour qu'il n'y ait pas récidive, de garder cela jusqu'après le terme du septième accès.
[2] Qui a pu, dites-moi, inventer un pareil remède? Quel est ce mélange ? Pourquoi a-t-on choisi de préférence le doigt d'un hibou? De plus modestes ont dit qu'il fallait prendre dans du vin, avant l'accès de la fièvre quarte, le foie d'un chat tué au décours de la lune, gardé dans du sel. Les mêmes mages appliquent sur les doigts des pieds la cendre de la bouse de boeuf arrosée avec de l'urine d'enfant, et attachent aux mains un coeur de lièvre. Avant l'accès, ils font boire de la présure. On donne aussi avec du miel de fromage de chèvre frais, dont on a exprimé avec soin le petit-lait.
LXVII. (XVII. ) [1] Pour la mélancolie on donne la bouse de veau cuite dans du vin. On réveille les léthargiques avec les callosités des jambes de l'âne appliquées aux narines dans du vinaigre; avec la fumée de la corne ou des poils de chèvre ; avec le foie de sanglier; aussi le donne-t-on aux personnes engourdies. Pour la phtisie on a le foie de loup dans du vin, le lard d'une truie maigre nourrie d'herbe, la chair d'âne avec le bouillon qui en provient: c'est de cette façon qu'on guérit généralement dans l'Achaïe cette maladie. On dit que la fumée de la bouse de vache sèche, quand l'animal est au vert, avalée à l'aide d'un roseau, est bonne pour les phtisiques.
[2] On donne en boisson la pointe de la corne de boeuf brûlée, avec du miel, à la dose de deux cuillerées. Le suif de chèvre dans un potage d'alica, (XVIII, 29, 4) ou frais, fondu avec du vin miellé à la dose d'une once par cyathe, et remué avec une branche de rue, est, au dire de bon nombre de personnes, un remède pour la phtisie et la toux. Un auteur digne de fois affirme qu'un phtisique désespéré fut rétabli par un cyathe de suif de bouquetin et pareille mesure de lait. Il en est qui ont écrit s'être bien trouvés de la cendre de fiente de porc dans du vin de raisin sec et du poumon de cerf, surtout de cerf daguet, séché à la fumée et broyé dans du vin.
LXXIII. [1] Pour l'hydropisie on a l'urine contenue dans la vessie de sanglier, et donnée à petite dose; celle qui a séché dans la vessie est plus efficace. On donne, à la dose de trois cuillerées dans une hémine de vin miellé, la cendre de la bouse de taureau de préférence, mais aussi de boeuf (je parle d'animaux élevés dans les herbages); on appelle cette bouse bolbiton (ordure) : on prend de la bouse de vache pour les femmes, de la bouse de taureau pour les hommes, distinction dont les mages ont voulu faire un mystère. On emploie en topique la bouse de veau mâle, la cendre de la fiente de veau avec la graine du staphylinus (daucus carotta, Sibth.) par égale portion, dans du vin; le sang de chèvre avec la moelle: on croit le sang de bouc encore plus efficace, surtout si l'animal a été nourri de lentisque.
LXIX. [1] Pour l'érysipèle on emploie en topique la graisse d'ours, surtout celle des reins, la bouse de veau récente ou la bouse de vache, le fromage de chèvre sec avec du poireau, des raclures de peau de cerf obtenues avec la pierre ponce et broyées dans du vinaigre; quand il y a rougeur et prurit, l'écume de cheval ou la cendre du sabot: pour les éruptions pituiteuses, la cendre du crottin d'âne avec du beurre; pour les papules noires, le fromage de chèvre sec, délayé dans du miel et du vinaigre: l'opération se fait dans le bain, et on n'emploie pas d'huile; pour les pustules, la cendre de fiente de porc dans de l'eau, en topique, ou la cendre de corne de cerf.
LXX. [1] Pour les luxations on a la fiente récente de sanglier ou de porc, la bouse de veau, l'écume de verrat récente avec du vinaigre, les crottes de chèvre avec du miel, la chair de boeuf en topique. Pour les gonflements on emploie la fiente de porc chauffée dans un test, et pilée avec de l'huile. Toutes les duretés du corps sont très bien amollies par la graisse de loup en topique. Quant aux abcès dont il s'agit de procurer l'ouverture, on a un excellent remède dans la bouse de vache chauffée sur la cendre, ou dans la crotte de chèvre cuite avec du vin ou du vinaigre. On traite les furoncles par le suif de boeuf mêlé au sel, ou s'il y a douleur, trempé dans l'huile, liquéfié et sans sel : on emploie de la même manière le suif de chèvre.
LXXI. [1] Pour les brûlures on a la graisse d'ours avec les oignons de lis, la fiente sèche de sanglier ou de porc, la cendre de leurs soies provenant des brosses qui servent à blanchir les murailles, broyée avec de la graisse ; la cendre de l'astragale d'un boeuf avec de la cire et de la moelle de cerf ou de taureau, la fiente de lièvre. Les crottes de chèvre guérissent, dit-on, les brûlures sans cicatrice. On fait avec les oreilles et les parties génitales de taureau une excellente colle, qui est tout ce qu'il y a de mieux pour les brûlures; mais aussi rien de plus sujets être falsifié avec de vieilles peaux quelconques, et même des souliers bouillis. La colle de Rhodes est celle qui trompe le moins; aussi les peintres et les médecins l'emploient-ils. Plus elle est blanche, meilleure elle est; on rejette celle qui est noire et ligneuse.
LXXII. [1] Pour les douleurs de nerfs on regarde comme très utile la crotte de chèvre cuite dans du vinaigre avec du miel, quand même le nerf tendrait à la putréfaction. On traite les ruptures et les contusions par la fiente de sanglier ramassée au printemps et séchée. On traite de même ceux qui se sont donné un effort eu conduisant les quadriges, ceux qui ont été blessés par la roue, ceux qui ont des meurtrissures, de quelque façon que ce soit; on peut l'employer même récente; Il en est qui la croient plus efficace cuite dans du vinaigre. On prétend même que cette fiente réduite en poudre, et bue dans du vinaigre, est bonne pour les ruptures, les blessures et les chutes. Les plus difficiles en prennent la cendre dans de l'eau; et l'on rapporte que l'empereur Néron était dans l'usage de se rafraîchir avec cette bois son, voulant, même de la sorte, se recommander auprès des conducteurs de char. La fiente de porc passe pour avoir presque autant de vertu.
LXXIII. (XVIII.) [1] On arrête les hémorragies par la présure de cerf dans du vinaigre, par la présure de lièvre, par la cendre du poil de lièvre, par la cendre du crottin d'âne: le crottin venant des mâles est plus efficace; on y mêle du vinaigre, et on l'applique avec de la laine sur toutes les hémorragies. On emploie de même le poil de la tête et de la cuisse du cheval; la cendre de la bouse du veau, dans du vinaigre; la cendre de la corne ou de la fiente de chèvre, dans du vinaigre ; le suc qui s'écoule du foie de bouc haché, et qui passe pour plus efficace; la cendre du foie de chèvre, ou de bouc prise dans du vin ou appliquée dans du vinaigre aux narines; la cendre d'une outre de bouc à mettre le vin, avec un poids égal de résine: ce remède arrête le sang et agglutine la plaie. La présure de chevreau dans du vinaigre, et la cendre des cuisses brûlées de cet animal passent pour avoir la même vertu.
LXXIV. [1] Les ulcères des jambes et des cuisses se traitent par la graisse d'ours avec de la terre rouge; les ulcères serpigineux, par le fiel de sanglier avec de la résine et de la céruse, par la cendre des mâchoires de sanglier ou de porc, par la fiente de porc appliquée sèche, par la fiente de chèvre chauffée dans du vinaigre. On déterge et on cicatrise les autres ulcères par le beurre, par la cendre de corne de cerf, par la moelle de cerf, par le fiel de taureau avec de l'huile de cyprus (XII, 51) ou d'iris. Sur les blessures faites par le fer on applique la fiente récente de porc, ou cette fiente séchée en poudre.
[2] Quand les ulcères sont phagédéniques et fistuleux on y met du fiel de taureau avec du suc de poireau ou du lait de femme; on y met encore du sang en poudre avec la plante appelée cotylédon (XXV, 101). On traite les carcinome par la présure de lièvre arrosée de vin, avec pareil poids de câpres; la gangrène, par le fiel d'ours appliqué avec une plume; les ulcères serpigineux, en les saupoudrant avec la cendre de sabot d'âne. Le sang de cheval corrode les chairs par une vertu septique; il en est de même du charbon de crottin sec de cheval : on traite les ulcères phagédéniques par la cendre de cuir de bœuf avec du miel. La chair de veau, ainsi que la bouse de vache avec du miel, empêche le gonflement des plaies récentes. La cendre de cuisse de veau dans du lait de femme guérit les ulcères sordides et les ulcères cacoéthes; la colle de taureau fondue, ôtée au bout de trois jours, les plaies récentes faites par le fer. Le fromage de chèvre sec, dans du vinaigre et du miel, déterge les ulcères. Le suif avec de la cire arrête le progrès des ulcères serpigineux, et, avec de la poix et du soufre, les guérit entièrement. La cendre des cuisses de chevreau, dans du lait de femme, a la même vertu pour les ulcères cacoéthes. La cervelle de truie guérit les charbons, rôtie et en topique.
LXXV. [1] La gale de l'homme se guérit très bien par la moelle d'âne, par l'urine du même animal appliquée avec la boue; par le beurre, qui réussit dans la gale des bêtes de somme avec de la résine chaude; par la colle de taureau fondue dans du vinaigre, avec addition de chaux ; par le fiel de chèvre, avec de l'alun calciné. La fiente de boeuf guérit l'éruption appelée boa (XXIV, 35, 3) du nom du remède qu'on emploie. On traite la gale des chiens avec le sang frais de boeuf; on frotte l'animal une seconde fois avec ce sang lorsqu'il est sec, et le lendemain on le nettoie avec de la cendre de lessive.
LXXVI. [1] On fait sortir les épines et autres corps étrangers par les excréments de chat, par la crotte de chèvre dans du vin, par une présure quelconque, mais surtout par celle de lièvre, avec de la fleur d'encens et de l'huile, ou avec un poids égal de glu, ou avec la propolis. On ramène à la couleur du reste du corps les cicatrices noires, avec du suif d'âne; le fiel de veau échauffé les efface; les médecins y ajoutent de la myrrhe, du miel et du safran, et le gardent dans une boîte de cuivre; d'autres y mêlent de la fleur de cuivre (XXXIV, 24).
LXXVII. (XIX.) [1] On provoque les menstrues avec le fiel de taureau en pessaire dans de la laine en suint (Olympias de Thèbes y ajoute de l'hysope et du nitre), avec la cendre de corne de cerf en boisson; la même cendre, en topique, est bonne pour les maux de la matrice, ainsi que le fiel de taureau en pessaire à la dose de deux oboles, avec de l'opium. II est bon de faire des fumigations pour la matrice avec le poil de cerf. On prétend que les biches se sentant pleines avalent un petit caillou; ce caillou, trouvé dans leurs excréments ou dans la matrice (car il se rencontre quelquefois aussi dans cet organe), empêche, porté en amulette, l'avortement. On trouve encore dans le coeur et dans la matrice de petits os très bons pour les femmes enceintes et pour celles qui accouchent.
[2] Quant à l'espèce de pierre ponce qu'on rencontre de même dans le ventre des vaches, nous en avons parlé à propos des boeufs (XI, 79, 3). La graisse de loup en topique amollit la matrice; le foie en calme les douleurs. II est avantageux aux femmes qui vont accoucher de manger de la chair de loup, ou, si elles sont en travail, d'avoir auprès d'elles une personne qui en ait mangé, tant cet animal a de vertu contre les maléfices; mais quand cette personne vient de dehors elle gâte tout.
[3] Le lièvre est aussi d'un grand usage pour les femmes; le poumon sec, en boisson, est favorable à la matrice; le foie, pris dans de l'eau avec de la terre de Samos, est emménagogue. La présure facilite la sortie de l'arrière-faix (il faut s'abstenir de bain la veille) ; en pessaire dans de la laine avec du safran et du suc de poireau, elle fait sortir les foetus morts. On pense que les parties génitales femelles d'un lièvre, en aliment, font concevoir des mâles; qu'il en est de même des testicules et de la présure de cet animal; que l'embryon arraché du ventre d'une hase rend la fécondité à une femme qui a cessé de concevoir ; mais, au lieu de l'embryon, les mages font boire à l'homme de la sanie de lièvre. Ils donnent à une jeune fille neuf grains de fiente de lièvre, pour que les mamelles n'augmentent pas de volume; ils appliquent la présure avec du miel, pour le même motif; le sang de lièvre, là où ils veulent empêcher les poils arrachés de repousser.
[4] Pour les gonflements de la matrice, il est avantageux d'employer en topique la fiente de sanglier ou de porc, avec de l'huile; cette même fiente séchée et en poudre, mise dans la boisson, dissipe encore mieux ces flatuosités, quand même les femmes affectées seraient grosses ou en couche. En administrant du lait de truie avec du vin miellé, on facilite l'accouchement; pris seul, ce lait fait venir le lait aux accouchées qui en manquent. En frottant le sein d'une femme avec du sang de truie, on l'empêche de trop grossir. Si le sein est douloureux, on calme la douleur en faisant boire du lait d'ânesse; ce lait, pris avec du miel, est emménagogue. Le vieux suif d'âne guérit les ulcération de la matrice; en pessaire sur de la laine, il en ramollit les duretés :
[5] seul, appliqué dans de l'eau, frais ou vieux, il est une sorte de dépilatoire. Une vieille rate du même animal, appliquée dans de l'eau sur le sein, fait venir le lait abondamment. Brûlée, la fumée dissipe l'hystérie. La fumée de sabot d'âne active l'accouchement, et fait même sortir les avortons. Ou ne l'emploie pas non plus en d'autres cas, car elle fait mourir le fruit vivant. Le crottin d'âne appliqué frais arrête, dit-on, merveilleusement les pertes. Il en est de même de la cendre de ce crottin, qui en pessaire est bonne pour la matrice. L'écume de cheval appliquée pendant quarante jours avant que les premiers poils sortent les empêche de paraître. Il en est de même de la décoction de corne de cerf, qui est plus efficace si la corne est récente. Le lait de cavale en injection est bon pour la matrice.
[6] Lorsqu'on sent que l'enfant est mort dans le ventre de la mère, la callosité des jambes de cheval prise dans de l'eau douce le fait sortir; même effet avec la fumée de sabot de cheval ou avec le crottin sec. Le beurre en injection empêche la chute de la matrice. Le fiel de boeuf avec de l'huile rosat ouvre une matrice durcie; à l'extérieur on applique une peau de mouton avec de la térébenthine. On dit que la fumée de bouse de taureau empêche la chute de la matrice et facilite l'accouchement, et que l'usage du lait de vache en boisson aide à la conception. Il est certain que des femmes deviennent stériles pour avoir souffert dans le travail de l'accouchement: Olympus de Thèbes assure qu'on guérit cette cause de stérilité en frottant la partie avant le rapprochement avec du fiel de taureau, de la graisse de serpent, du vert-de-gris et du miel.
[7] Le fiel de veau, dont on enduit les parties pendant les règles au moment des approches, amollit la dureté du ventre; en onction sur l'ombilic il diminue le flux menstruel, et en général il est bon pour la matrice: la dose est un denier de fiel, un tiers de denier d'opium, quantité suffisante d'huile d'amandes; le tout s'applique avec de la peau de moûton. Le fiel du veau mâle, broyé avec la moitié de son poids de miel, se conserve pour les maux de matrice. Si une femme mange vers l'époque de la conception de la chair de veau pillée avec de l'aristoloche, on lui promet qu'elle engendrera un garçon. La moelle de veau cuite dans de l'eau avec du suif et appliquée avec du vin est bonne et pessaire pour les ulcérations de la matrice: il en est de même de la graisse de renard et de la fiente de chat. Cette dernière s'applique avec de la résine et de l'huile rosat.
[8] On regarde comme très utile à la matrice les fumigations avec la corne de chèvre. Le sang des chèvres sauvages avec le palmier de mer (XIII, 49) est dépilatoire. Le fiel des autres chèvres, injecté, amollit les callosités de la matrice, et après le flux menstruel facilite la conception. Il a aussi des propriétés dépilatoires si on le laisse appliqué pendant trois jours sur l'endroit épilé. Les sages-femmes assurent que l'urine de chèvre en boisson et la fiente en topique arrêtent les pertes, quelque considérables qu'elles soient.
[9] La membrane où le chevreau naissant est enveloppé, desséchée et avalée dans du vin, fait sortir l'arrière-faix, On croit utile dans les affections de matrice de faire des fumigations avec le poil de chevreau, et dans les pertes d'administrer la pressure de chevreau, ou d'appliquer la graine de jusquiame. Si l'on frotte les lombes d'une femme avec le sang des tiques prises à un boeuf sauvage noir, on lui inspire de l'aversion pour les plaisirs de l'amour, au dire d'Osthanes: on produit le même effet en faisant boire de l'urine de bouc, où l'on mêle du nard pour en ôter le dégoût.
LXXVIII [1] Aux enfants rien n'est plus utile que le beurre, soit seul, soit avec du miel, en particulier dans la dentition, pour les ulcérations des gencives et pour les ulcérations de la bouche. Une dent de loup en amulette empêche les enfants d'avoir peur, et les préserve des maladies de la dentition; la peau de loup produit le même effet. Les plus grosses dents d'un loup attachées au cou des chevaux les rendent, dit-on, infatigables à la course. La présure de lièvre appliquée sur le sein des nourrices arrête la diarrhée des enfants. Le foie d'âne avec un peu de panax, instillé dans la bouche, préserve les enfants de l'épilepsie et d'autres maladies; on recommande de faire cela pendant quarante jours.
[2] En jetant une peau d'âne sur un enfant on l'empêche d'être sujet aux frayeurs. Les premières dents qui tombent aux poulains, attachées au cou des enfants, rendent ta dentition facile; plus sûrement encore si elles n'ont pas touché la terre. Pour les maux de rate on fait manger la rate de boeuf dans du miel, et on l'emploie en topique. Pour les ulcères humides on remploie avec du miel. La rate de veau cuite dans du vin, broyée et appliquée, guérit les aphtes. Les mages font passer une cervelle de chèvre par un anneau d'or, et en font distiller dans la bouche des enfants avant qu'on leur ait donné à téter, pour les préserver de l'épilepsie et des autres maladies de l'enfance. La crotte de chèvre attachée au cou des enfants dans un morceau d'étoffe les empêche de se tourmenter, et surtout les filles. Si on frotte les gencives avec du lait de chèvre ou de la cervelle de lièvre, on rend la dentition facile.
LXXIX. [1] Caton pense que la chair de lièvre en aliment fait dormir. L'opinion vulgaire est qu'elle embellit pour neuf jours, pur jeu de mots sans doute (lepus, lièvre; lepos, grâce) ; mais cette opinion est trop accréditée pour qu'il n'y ait point quelque raison au fond. D'après les mages, le fiel de chèvre, mais seulement d'une chèvre sacrifiée, appliqué en onction sur les yeux ou mis sous l'oreiller, procure le sommeil. On empêche la sueur en se frottant avec de la cendre de corne de chèvre, incorporée dans de I'huile de myrte.
LXXX. [1] Parmi les aphrodisiaques on compte le fiel de sanglier à l'extérieur, la moelle de porc à l'intérieur, le suif d'âne avec de la graisse de jars à l'extérieur, l'humeur qui s'échappe d'une cavale qui vient d'être saillie, et que Virgile même (Georg., III; 280à a décrite, les testicules de cheval séchés et pulvérisés, de manière à être mis dans une boisson; le testicule droit d'un âne pris dans du vin à dose convenable, ou attaché au bracelet; l'écume du même animal recueillie après le coït sur un morceau d'étoffe rose, et mise dans de l'argent, comme le prescrit Osthanes. Salpé ordonne de tremper sept fois les parties génitales d'un âne dans de l'huile bouillante, et de frotter avec cette huile les parties naturelles; Bialcon veut qu'on en avale la cendre, ou qu'on boive l'urine d'un taureau qui vient de saillir, et qu'on se frotte le pubis avec la boue de cette urine. Au contraire les crottes de souris en topique ont pour les hommes une propriété antiaphrodisiaque. Le poumon rôti de sanglier ou de porc garantit de l'ivresse; il faut le manger à jeun le jour même : celui de chevreau produit le même effet.
LXXXI. (XX.) [1] On raconte en outre des merveilles des mêmes animaux. Un fer de cheval détaché du sabot, ce qui arrive souvent, mis en dépôt quelque part, est un remède pour le hoquet; il suffit de se rappeler l'endroit où on l'a mis. Le foie de loup ressemble à un sabot de cheval; et les chevaux qui montés par un cavalier suivent la trace des loups ne tardent pas à crever. Les astragales des pores ont la propriété d'exciter la discorde. Dans les incendies, si on peut ôter des étables un peu de fumier, on en fait sortir plus ai sèment les animaux, et les brebis et les boeufs ne s'y rejettent pas.
[2] La chair des boucs perd l'odeur forte qui lui est naturelle si le jour qu'on les tue on leur donne à manger du pain d'orge ou à boire du laser (XIX, 15) délayé dans de l'eau. Aucune viande salée au décours de la lune n'est sujette aux vers. Enfin on a tellement tout examiné, que je trouve qu'un lièvre sourd s'engraisse plus promptement. Quant aux remèdes pour les animaux, si une bête de somme a un flux de sang, il faut lui administrer un lavement de la fiente de porc dans du vin. Dans les maladie des boeufs on emploie le suif, le soufre vif, l'ail sauvage, un oeuf cuit; tout cela pilé se donne dans du vin: on emploie encore la graisse de renard. Le bouillon de chair de cheval en boisson guérit les maladies des porcs. On guérit les maladies de tous les quadrupèdes en faisant cuire une chèvre tout entière avec sa peau, et une grenouille buissonnière. Les renards ne touchent jamais aux volailles qui ont mangé un foie sec de renard, ou si le coq père de ces volailles a coché les poules, ayant au cou un morceau de la peau de ce même animal. La même propriété appartient au fiel de belette.
XL. Pour les parotides.
Résumé : Remèdes, histoires et observations, 854.
Auteurs :
M. Varron , L. Pison, Verrius Flaccus, Valérius Antias, Nigidius, Cassius Hemina, Cicéron , Plaute, Celse, Sextius Niger qui a écrit en grec, le médecin Caecilius, Metellus Sciplon, le poète Ovide, Licinius Macer. Auteurs étrangers :
Philopator, Homère, Aristote, Orphée, Démocrite, Anaxilaüs Médecins :
Botrys, Apollodore , Archidème , Aristogène, Xénocrate, Diodore, Chrysippe le philosophe, Horus, Nicandre Apollonius de Pitane.
I. 1. La nature des remèdes et la multiplicité des médicaments déjà dits et encore à dire nous oblige à entrer dans quelques détails sur l'art même de la médecine. Je n'ignore pas cependant qu'avant moi personne n'a traité ce sujet en latin, et que si toute entreprise nouvelle est difficile et d'un succès douteux, cela est vrai surtout pour cette matière, si peu susceptible d'agrément et si laborieuse à exposer. Tous ceux qui sont au fait des choses demanderont vraisemblablement comment on a pu abandonner, dans la pratique de la médecine, des moyens tout préparés et si convenables : on s'étonnera, on s'indignera qu'aucun art n'ait été plus inconstant et ne soit encore sujet à plus de variations, bien que le plus lucratif de tous. Le fait est que la médecine a commencé par mettre ses inventeurs au rang des dieux, et leur donner la consécration du ciel; Y et encore aujourd'hui on implore pour les maladies, de plusieurs manières, le secours des oracles. Elle augmenta ensuite sa célébrité en se chargeant d'un attentat, et feignant qu'Esculape avait été frappé de la foudre pour avoir ressuscité Tyndarée. Néanmoins elle ne cessa pas de raconter que d'autres, par son moyen, avaient été rendus à la vie. Elle avait déjà un certain éclat dès le temps de la guerre de Troie, époque où les traditions deviennent plus certaines; mais elle était bornée au traitement des blessures.
II. 1. La suite de son histoire, chose étrange, reste cachée dans la nuit la plus profonde jusqu'a la guerre du Péloponnèse; alors elle fut remise en honneur par Hippocrate, né à Cos, île des plus célèbres et des plus puissantes, et consacrée à Esculape. C'était l'usage que les personnes guéries écrivissent dans le temple de ce dieu les remèdes qui leur avaient réussi, afin qu'on en pût profiter dans les cas semblables : Hippocrate , dit-on, copia ces inscriptions, et, après avoir (c'est du moins l'opinion de Varron chez nous) incendié le temple, il institua la médecine appelée clinique. Dans la suite , la profession devint de plus en plus lucrative; car Prodlcus, né à Selymbrie, et l'un de ses disciples, fonda ce qu'on appelle l'iatraleptique, et trouva moyen d'enrichir jusqu'aux baigneurs et frotteurs employés par les médecins.
III. 1. Les règles de ces anciens furent changées par Chrysippe avec un verbiage immense; mais à lui aussi sa doctrine fut grandement modifiée, et elle le fut par son disciple Érasistrate fils de la fille d'Aristote. Érasistrate ayant guéri le roi Antiochus, nous rappellerons, afin de commencer à inscrire les profits de la médecine, qu'il fut gratifié de cent talents ( 575,000 fr.) par le roi Ptolémée, fils d'Antiochus.
IV. 1. Une autre secte, surnommée empirique t parce qu'elle ne consultait que l'expérience, prit naissance dans la Sicile, et eut pour chef Acron d'Agrigente, recommandé par le témoignage d'Empédocle le physicien. V. 1. Ces écoles, longtemps en dissidence, furent toutes condamnées par Hérophile, qui fit correspondre, suivant les âges, les battements du pouls a des mesures musicales (XI, 88). Cette secte fut à son tour abandonnée, parce qu'on ne pouvait lui appartenir sans être lettré. Celle même dont Asclépiade fut, comme nous avons dit (XXVI, 7 et 8 ), le fondateur, éprouva aussi des modifications. Son disciple Thémison, qui y fut fidèle dans ses premiers écrits, la modifia, après la mort du maître, qui ne tarda pas à survenir, en un système à lui. Ce système fut renversé par Antonius Musa (XIX, 38, 4), disciple de Thémison, et autorisé par le dieu Auguste, qu'il avait tiré d'une maladie dangereuse par une méthode contraire.
2. Je passe sous silence beaucoup de médecins et de très célèbres, tels que les Cassius, les Calpetanus, les Arruntius, les Albutius, les Rubrius. Les honoraires qu'ils recevaient annuellement des princes montaient à deux cent cinquante mille sesterces (52,500 fr.). Q. Stertinius voulait que les princes lui sussent gré de sa modération, parce qu'il se contentait de cinq cent mille sesterces par an (105,000 fr.) ; et, en effet, il montrait, en énumérant les maisons, que la ville lui en rapportait six cent mille (126,000 fr.). L'empereur Claude donnait au frère de ce médecin de pareils honoraires; et les deux frères, quoiqu'ils eussent épuisé leur fortune à orner Naples d'édifices publies, laissèrent à leurs héritiers trente millions de sesterces (6,300,000 fr. ). Arruntius était jusque-là le seul qui eût eu autant d'argent. Puis vint Vectius Valens, célèbre par ses liaisons adultères avec Messaline, femme de l'empereur Claude, et qui , outre la médecine, cultivait l'éloquence. Étant ainsi dans la faveur, il établit une nouvelle secte.
3. La même époque vit, sous le règne de Néron, la médecine passer entre les mains de Thessalus, qui ne laissait debout aucun des préceptes des anciens, et déclamait avec une sorte de fureur contre les médecins de tous les siècles; avec quelle discrétion et avec quel esprit? c'est ce qu'on peut apprécier par un seul trait : il se donna sur son tombeau , qui est le long de la voie Appienne, le titre d'latronice (vainqueur des médecins). Aucun histrion, aucun palefrenier des cavales du Cirque n'avait, quand il sortait en public, un cortège plus nombreux. Au milieu de cette vogue, son crédit fut éclipsé par celui de Crinas, de Marseille.
Crinas, pour paraître plus précautionné et plus religieux, joignait deux arts: il donnait les aliments d'après le mouvement des astres, consigné sur des éphémérides mathématiques, et observait les heures.
4. Tout récemment, il vient de laisser dix millions de sesterces (2,100,000 fr.), après avoir dépensé une somme presque égale à construire les murailles de sa ville natale , et à bâtir dans d'autres villes. C'étaient là les maîtres de nos destinées, quand tout à coup Charmis, de la même ville de Marseille, fit invasion dans Rome Non seulement il condamna les anciens médecins, mais encore il proscrivit les bains chauds, et il persuada, même dans la rigueur de l'hiver, de se baigner à l'eau froide. Il plongea les malades dans les bassins; on voyait des vieillards consulaires mettre de l'ostentation à se geler; nous avons même sur cela le témoignage personnel de Sénèque (Epist. 53 et 83). Il n'est pas douteux que tous ces gens-là, cherchant la vogue par quelque nouveauté, l'achetaient aux dépens de notre vie.
5. De là ces misérables débats au chevet des malades, personne n'accédant à l'avis déjà émis, de peur de paraître subordonné à un autre; de là cette funeste inscription sur un tombeau : LE GRAND NOMBRE DE MÉDECINS M'A TUÉ. La médecine varie tous les jours, après avoir été tant de fois modifiée. Nous sommes poussés par le vent du charlatanisme grec; et il est évident que le premier d'entre eux habile à pérorer devient aussitôt l'arbitre de notre vie et de notre mort; comme si des milliers de peuples ne vivaient pas sans médecins, non pas, il est vrai, sans médecine; tel fut le peuple romain (XX, 33) pendant plus de six cents ans; cependant il n'a jamais été lent à recevoir les arts utiles; il a même accueilli la médecine avec avidité, jusqu'à ce que, épreuve faite , il l'ait condamnée.
VI. 1. C'est ici le lieu de retracer ce qui s'est passé de plus remarquable chez nos pères à ce sujet. Cassius Hemina, auteur des plus anciens, rapporte que le premier médecin qui vint à Rome fut Archagathus du Péloponnèse, fils de Lysanias, sous le consulat de L. Æmilius et de L. Julius, l'an de Rome 535, qu'on lui donna le droit quiritaire, et qu'on lui acheta des deniers publics une boutique, dans le carrefour Acilien ; qu'il fut appelé Vulnerarius (médecin des plaies), à cause de sa spécialité; que d'abord la venue fut merveilleusement agréable, mais qu'ensuite sa cruauté à couper et à brûler lui fit donner le nom de bourreau , et dégoûta de l'art et de tous les médecins. C'est ce qu'on peut très bien comprendre d'après M. Caton, personnage à l'autorité duquel le triomphe et la censure n'ont que la moindre part, tant il vaut par lui-même. Nous rapportons ses propres paroles.
VII. 1. "Je vous parlerai de ces Grecs, mon fils Marcus, en temps et lieu. Je vous marquerai ce que je trouve d'excellent à Athènes, et je démontrerai qu'il est bon de prendre une teinture de leurs lettres, mais non de les approfondir. C'est une race perverse et indocile. Croyez qu'un oracle vous parle quand je vous dis : Toutes les fois que celte nation apportera ses connaissances elle corrompra tout. Ce sera bien pis si elle nous envoie ses médecins : ils ont juré entre eux de tuer tous les barbares à l'aide de la médecine; ils exercent cette profession moyennant salaire, pour gagner leur confiance et les perdre facilement. Nous aussi ils nous appellent barbares, et nous flétrissent même plus que les autres, en nous donnant le sobriquet d'Opiques. Une fois pour toutes, je vous interdis les médecins." VIII. 1. Caton, qui écrivait ceci, est mort l'an 605 de Rome, et à l'âge de quatre-vingt-cinq ans : on ne niera donc pas qu'il ait eu une expérience suffisante, soit dans la durée de la république, soit dans la durée de sa propre vie. Quoi donc! penserons-nous qu'il ait condamné une chose excellente? Non sans doute, car il retrace les moyens médicaux par lesquels Il a procuré à lui et à sa femme une longue vieillesse; or, ces moyens sont ceux dont nous traitons ici. Il déclare encore qu'il a un livre de recettes à l'aide duquel il soigne son fils, ses esclaves et ses amis; c'est ce livre que nous donnons ici, divisé suivant l'ordre des maladies. Les anciens condamnaient l'art, mais non la chose;
2. surtout ils ne voulaient pas que la vie des hommes fût au prix d'un énorme salaire; et c'est pour cela, dit-on, que, même en recevant Esculape, ils lui construisirent un temple hors de la ville, ut puis dans une île; c'est pour cela que lorsqu'ils chassèrent les Grecs de l'Italie, longtemps après Caton, les médecins furent spécialement compris dans le décret. J'enchérirai sur leur prévoyance. La médecine est le seul des arts de la Grèce que jusqu'à présent ta gravité romaine ne cultive pas, quelque lucratif qu'il soit. Peu de Romains s'en sont mêlés, et ceux-là même se sent faits Grecs aussitôt. Bien plus, il n'y a d'autorité, même chez les ignorants et ceux qui ne savent pas le grec, que pour les médecins qui écrivent dans cette langue; et l'on a moins de confiance pour ce qui concerne la santé si l'on comprend.
3. Dans le fait, c'est le seul art où l'on en croie tout d'abord quiconque se dit expert , quoique jamais l'imposture ne soit plus dangereuse. Mais c'est ce qu'on n'envisage point, tant on est séduit par la douceur d'espérer. Il n'y a d'ailleurs aucune loi qui châtie l'ignorance, aucun exemple de punition capitale. Les médecins apprennent à nos risques et périls; ils expérimentent en tuant avec une impunité souveraine, et le médecin est le seul qui puisse donner la mort. Que dis-je? on rejette le tort sur le malade; on accuse son intempérance, et l'on fait le procès de ceux qui ont succombé.
4.
Il est d'usage que les juges des décuries soient passés par la censure des empereurs; les informations vont jusqu'à pénétrer dans l'intérieur des maisons; on fait venir de Cadix et des Colonnes d'Hercule un homme pour juger une affaire d'un écu; l'exil ne peut être prononcé que par quarante-cinq personnes légalement élues; mais quand il s'agit de la vie du juge lui-même, de quelles gens est composé le conseil qui peut le tuer immédiatement ! Nous n'avons que ce que nous méritons. Personne ne veut savoir ce qui est nécessaire à son propre salut. Nous nous promenons par les jambes d'autrui, nous reconnaissons par les yeux d'autrui, nous saluons grâce à la mémoire d'autrui, nous ne vivons que par autrui ; tes biens précieux de la nature et les instruments de la vie sont perdus pour nous; nous ne regardons comme à nous que nos délices.
5. Je n'abandonnerai pas Caton exposé pari moi à la haine d'une profession si ambitieuse, ni ce sénat qui pensait comme lui; et je le ferai sans rappeler les crimes de la médecine, comme on pourrait s'y attendre. Quelle profession en effet est plus fertile en empoisonnements ou en captations frauduleuses de testaments? Ajoutons les adultères même dans le palais des princes, par exemple l'adultère d'Eudémus avec Livie, femme de Drusus César, et celui de Valens avec l'impératrice que j'ai citée. N'imputons point, si l'on veut, ces désordres à l'art ; ne les imputons qu'aux individus. Caton, je pense, n'y songeait pas plus pour Rome qu'il ne songeait aux impératrices.
6. Je passerai même sous silence l'avarice, les marchés cupides quand la destinée est pendante, les douleurs taxées, les arrhes prélevées sur la mort, et ces secrets du métier, par exemple: déplacer seulement, au lieu de l'extraire, le corps opaque dans l'oeil Aussi, rien ne parait-il plus avantageux que le grand nombre de ces aventuriers; ce n'est pas la pudeur,. c'est la concurrence qui leur fait baisser leurs prix. On sait que ce Charmis, dont nous avons parlé, passa marché avec un malade de province pour deux cent mille sesterces ( 42,000 fr.); que l'empereur Claude confisqua sur Alcon le chirurgien, con damné, dix millions de sesterces (2,100, 000 fr.) ; et que ce chirurgien, exilé dans les Gaules, ayant été rappelé, engagea autant en peu d'années.
7. Mais que ces faits soient personnels; n'accusons même pas l'ignorance et la bassesse de la tourbe médicale, l'abus qu'ils font des remèdes et des bains chauds où ils promènent leurs malades, la diète impitoyable qu'ils imposent, les aliments dont les mêmes accablent plusieurs fois le jour des hommes défaillants, mille tâtonnements pour réparer le mal qu'ils ont fait, les ordres qu'ils donnent même pour la cuisine et la composition des parfums, car ils n'ont rien omis de ce qui flatte la sensualité.
L'importation de drogues exotiques, et ces tarifs fixés par les étrangers (XXIV, 1, 4), auraient sans doute déplu à nos ancêtres ; mais ce n'est pas là non plus ce que prévoyait Caton quand il condamnait l'art médical
8. On donne le nom de thériaque à une composition que le luxe a imaginée; on la prépare avec des substances étrangères, tandis que la nature a donné tant de remèdes qui suffiraient pris un à un. L'antidote de Mithridate est fait avec cinquante-quatre ingrédients dont aucun m'est à la même dose, et il y a tel qu'on prescrit de mettre à la soixantième partie d'un denier. Quel dieu malfaisant leur a enseigné ces duperies? car la subtilité humaine ne pouvait aller jusque-là. C'est manifestement une vaine ostentation de science, et un charlatanisme monstrueux. Au reste, les médecins eux-mêmes ne savent pas ce qu'ils font; et j'ai appris que communément, au lieu de cinabre des Indes (sang-dragon), ils mettent dans les compositions médicales du minium, faute de distinguer les noms; or le minium est un poison : nous le montrerons en parlant des couleurs (XXXIII, 38 ).
9. Ces erreurs, à la vérité, n'intéressent le salut que de tel ou tel individu; mais les pratiques redoutées de Caton et prévues par lui, pratiques regardées comme beaucoup plus innocentes et de peu de conséquence, au point que les premiers médecins de Rome n'hésitent pas à les avouer, ces pratiques auxquelles nous nous soumettons même en santé, voilà ce qui a perdu les moeurs de l'empire; ce sont ces frictions avec l'huile et la cire comme pour les combats de la lutte, frictions qu'on prétend purement médicinales; ce sont ces bains brûlants dont on nous a persuadé que l'usage est salutaire pour la digestion des aliments, ces bains d'où chacun sort affaibli , et d'où l'on emporte les plus obéissants pour les enterrer;
10. ce sont ces boissons prises à jeun, ces vomissements qu'on excite pour boire ensuite sans mesure; ces épilations efféminées pour lesquelles ils nous fournissent leurs résines, et le pubis des femmes cessant même d'être partie secrète. Disons la vérité : la corruption morale n'a pas de cause plus active que la médecine, et elle justifie tous les jours la prédiction de Caton, et cet oracle de sa sagesse; qu'il faut prendre une teinture des sciences grecques sans les approfondir.
11. Voilà ce qu'il y avait à dire pour le sénat, pour six cents ans d'existence de la république romaine , contre un art où, par la plus fallacieuse des conditions, les gens de bien donnent de l'autorité aux plus dangereux charlatans, et aussi contre les préventions stupides de quelques-uns, qui s'imaginent qu'il n'y a de bons remèdes que les remèdes chers.
Aussi je m'attends bien que certains dédaigneront ce que j'ai à dire sur les animaux; et pourtant Virgile (Georg., I, 181, et IV, 243) n'a pas dédaigné de nommer sans aucune nécessité tes fourmis, les charançons et les blattes ennemies de la lumière, qui forment leurs nids dans les ruches; Homère (Il., XVII, 570) n'a pas dédaigné de décrire, an milieu des combats des dieux, l'acharnement de la mouche ; ni la nature, quia engendré l'homme, d'engendrer ces animalcules. Apprécions donc non les choses, mais les causes et les effets.
IX. 1. Nous commencerons par des remèdes reconnus, c'est-à-dire par les laines et les oeufs, pour donner la première place aux substances principales. Toutefois, chemin faisant, il sera nécessaire d'en mentionner quelques-unes hors de leur place. Après tout, la pompe des expressions ne ferait pas défaut à la matière, si notre seul but n'était pas de rechercher ce qui est digne de foi ; car tout d'abord on cite des remèdes tirés de la cendre et du nid du phénix , comme si cela avait quelque certitude, et n'était pas une fable : c'est une dérision d'indiquer des remèdes qui ne peuvent revenir qu'au bout de mille ans. (II.) Les anciens Romains avaient attribué à la laine une importance même religieuse, ordonnant que les nouvelles mariées toucheraient avec la laine la porte de leur demeure.
2. Outre l'habillement et la protection contre le froid , la laine fournit, étant en suint, plusieurs remèdes dans de l'huile, du vin ou du vinaigre, suivant qu'il faut adoucir ou exciter, resserrer ou dilater. On l'applique sur les membres luxés, sur les nerfs douloureux, et ou l'humecte fréquemment; quelques-uns ajoutent même du sel pour les luxations; d'autres appliquent, avec la laine, de la rue pilée et de la graisse. On s'en sert de même pour les contusions et les tumeurs. Elle rend, dit-on, l'haleine agréable, si l'on s'en frotte les dents et les gencives avec addition de miel.
3. Elle est bonne pour la phrénitis, en fumigation. Pour arrêter l'épistaxis, on l'introduit dans les narines avec de l'huile rosat, ou, d'une autre façon, on en tamponne les oreilles. On en fait avec le miel un topique pour les vieux ulcères. Trempée dans du vin ou du vinaigre ou de l'eau froide et de l'huile, et exprimée, elle guérit les plaies. La laine de bélier lavée dans de l'eau froide, puis trempée dam de l'huile, calme les inflammations de la matrice dans les maladies des femmes. S'il y a chute de matrice, la fumigation de cette laine y remédie, La laine grasse, en cataplasme et en pessaire, fait sortir les foetus morts; elle arrête les pertes. On en tamponne les morsures des chiens enragés, et on ne la détache qu'au bout de sept jours. Avec de l'eau froide elle guérit les envies.
4. Humectée avec un mélange chaud de nitre, de soufre, d'huile, de vinaigre et de poix liquide, et appliquée deux fois par jour aussi chaude que possible, elle calme les douleurs lombaires. On arrête les hémorragies en faisant autour des membres des ligatures avec la laine en suint de bélier. La plus estimée est celle du cou; quant à la provenance, la meilleure est celle de la Galatie, de Tarente, de l'Attique et de Milet. Pour les écorchures , les coups, les meurtrissures, les contusions, les foulures, les bosses, les chutes, les douleurs de tête et autres, l'inflammation d'estomac, on fait un topique avec la laine en suint, le vinaigre et l'huile rosat. On en applique la cendre sur les contusions , les blessures, les brûlures. Elle entre dans les compositions ophtalmiques. On l'emploie dans les fistules et dans les suppurations de l'oreille.
5. Outre cela, quelques-uns prennent de cette même laine venant de la toute ou arrachée de la toison, en coupent le bout, la font sécher et la cardent, puis la mettent dans un vase de terre qui n'ait point été cuit au feu, l'arrosent de miel, et la brûlent; d'autres la disposent par lits avec des copeaux de pin, et, après l'avoir arrosée d'huile, y mettent le feu ; ils en broient ensuite avec la main la cendre dans de petits pots de terre en l'imbibant d'eau, puis la laissent reposer; ils répètent plusieurs fois cette opération en changeant l'eau, jusqu'à ce que cette cendre ne soit plus que légèrement astringente, sans être mordante. Mise en réserve, c'est une substance détersive , très efficace pour nettoyer les paupières.
X. 1. Bien plus, la crasse des moutons, la sueur de leurs cuisses et de leurs aisselles, qui s'attache aux laines (c'est ce qu'on nomme suint), ont des usages presque innombrables. On donne la préférence au suint des moutons de l'Attique. On l'obtient de plusieurs façons; voici la meilleure : On ramasse la laine fraîchement tondue des dites parties, ou toutes les crasses de l'animal pénétrées de suint; on les fait un peu bouillir, à feu lent, dans un vase de cuivre; on laisse refroidir; on recueille dans un vase de terre la graisse qui surnage, et l'on fait bouillir une seconde fois la première matière; on lave dans de t'eau froide les deux graisses obtenues; on les passe à la toile; on les expose à l'action du soleil jusqu'à ce qu'elles deviennent blanches et transparentes;
2. alors on les garde dans une botte d'étain. Pour être bonne, il faut que cette graisse conserve l'odeur de la crasse, et que, frottée avec la main dans de t'eau, elle ne se liquéfie pas, mais blanchisse comme de la céruse. C'est un très bon remède pour les inflammations des yeux et les duretés des paupières. Quelques-uns font griller sur un test la matière première jusqu'a ce qu'il n'y reste plus de graisse, la croyant, de cette façon, meilleure pour les excoriations et les duretés des paupières, pour les granulations de l'angle de l'oeil et pour le larmoiement.
Le suint guérit les ulcérations, non seulement des yeux, mais encore de la bouche et des parties génitales, avec de la graisse d'oie; les inflammations de la vulve, les rhagades du siége et les condylomes avec du mélilot et du beurre. Nous en détaillerons les autres usages en lieu et place.
3. La crasse de la queue du mouton, formée en pilules, puis séchée à l'ombre et pulvérisée, est un topique excellent pour les dents même branlantes et pour les gencives, si des ulcérations carcinomateuses s'y étendent. La laine nettoyée, appliquée ou seule ou avec du soufre, guérit les douleurs sourdes; la cendre, les affections des parties génitales. La laine a tant de vertu, qu'on l'applique même par-dessus les médicaments. C'est avant tout un remède pour les moutons eux-mêmes, lorsqu'ils sont dégoûtés et ne mangent pas; car, en leur liant très fortement la queue avec de la laine qu'on en arrache, on leur rend aussitôt l'appétit. On prétend que le bout de la queue qui est au delà du noeud ne tarde pas à mourir.
Xl. (III.) 1. On associe la laine avec les oeufs, et on s'en sert en topique sur le front coutre l'inflammation oculaire : pour cet usage, il n'est pas besoin qu'elle ait été traitée par la saponaire; il suffit d'y mêler un blanc d'oeuf avec de la fleur d'encens. Le blanc d'oeuf, appliqué seul , arrête l'inflammation des yeux , et en calme la chaleur; quelques-uns préfèrent le combiner au safran , et ils l'emploient un lieu d'eau dans les collyres. Chez les enfants, pour l'ophtalmie, on ne se sert guère d'autre remède : on l'unit au beurre frais. Les oeufs broyés avec de l'huile adoucissent l'érysipèle; par-dessus on attache des feuilles de bette.
2. On emploie le blanc d'oeuf battu avec la gomme ammoniaque, pour redresser les cils ; avec les pignons et un peu de miel, pour les boutons du visage. On s'en frotte le visage pour n'être pas hâlé. Si on applique aussitôt un oeuf sur les brûlures faites par l'eau chaude, il ne s'y forme point d'ampoule. Quelques-uns y mêlent de la farine d'orge et un peu de sel. Pour les plaies provenant de brûlures, rien de meilleur que l'orge grillée, un blanc d'oeuf et du saindoux. On se sert du même remède pour les affections du siége, surtout chez les enfants, même lorsqu'il y a chute du fondement. On emploie pour les crevasses des pieds un blanc d'oeuf cuit avec deux deniers de céruse, pareil poids d'écume d'argent (litharge ), un peu de myrrhe et du vin.
3. Pour l'érysipèle, on bat un blanc d'oeuf avec de l'amidon. On dit aussi que le titane d'oeuf agglutine les plaies et expulse les calculs. Le jaune d'oeuf, cuit jusqu'à être dur, avec un peu de safran, du miel et du lait de femme, forme un, topique qui adoucit les maux d'yeux. On applique aussi sur les yeux de la laine avec de l'huile rosat et du vin miellé, ou bien de la laine avec de la graine pilée d'ache et de la polenta dans du vin miellé.
4. Un jaune seul, avalé liquide et sans toucher les dents, est bon pour la toux, pour les catarrhes et les irritations de la gorge. On l'emploie en particulier cru, à l'intérieur et à l'extérieur, contre la morsure du serpent hémorrhoïs. Il est bon pour les reins, pour les irritations et les ulcérations de la vessie, et pour l'hémoptysie. On fait prendre pour la dysenterie cinq jaunes d'oeuf crus, dans une hémine de vin, avec la cendre de la coquille et un mélange de suc de pavot et de vin. On donne dans le flux céliaque le jaune d'oeuf, avec un poids égal de raisin cuit et gras et d'écorce de grenade pendant trois jours, par égales portions; ou , d'une autre façon, les jaunes de trois oeufs avec trois onces de vieux lard et de miel, trois cyathes de vin vieux, le tout broyé jusqu'à consistance de miel; on en donne, quand besoin est, dans de l'eau , gros comme une noisette; ou bien, après avoir fait macérer la veille trois oeufs eu coque dans le vinaigre, on en fait frire les jaunes dans l'huile. C'est ainsi qu'on s'en sert pour la lienterie; mais pour l'hémoptysie on administre le jaune avec trois cyathes de moût. Les jaunes d'oeuf s'appliquent sur les meurtrissures, si elles sont un peu anciennes, avec des oignons et du miel. Cuits et pris dans du vin, ils arrêtent les pertes. Crus et appliqués avec de l'huile ou du vin, on les emploie pour les gonflements de matrice.
5. Ils sont bons pour les douleurs du cou, avec la graisse d'oie et l'huile rosat. On les emploie pour les maladies du siége, durcis au feu et encore chauds ; pour les condylomes, avec de l'huile rosat. Pour les brûlures on les fait durcir dans l'eau, puis on les met sur des charbons jusqu'à ce que les coquilles soient brûlées ; alors on applique le jaune avec de l'huile rosat. L'oeuf est tourné tout entier en jaune, et on l'appelle sitiste (nourri) quand on le retire après une incubation de trois jours. Les petits encore contenus dans les oeufs raffermissent l'estomac relâché; on les prend avec moitié d'une noix de galle , et on a soin de ne manger rien autre avant deux heures. Ou donne encore aux dysentériques les poulets cuits dans l'oeuf même, avec une hémine de vin astringent et une quantité égale d'huile et de polenta. La pellicule de la coquille d'un oeuf cru ou cuit guérit les fissures des lèvres.
6. La cendre de la coquille, avalée dans du vin, les éruptions de sang ; mais il faut brûler la coquille sans la pellicule : on prépare aussi de la sorte un dentifrice. La même cendre en topique avec la myrrhe arrête les pertes. La résistance des coquilles est si grande que, dans une direction perpendiculaire aucune force, aucun poids ne peut les briser tant qu'on ne dévie pas de cette direction. Les oeufs entiers pris dans du vin avec de la rue, de l'aneth et du cumin, facilitent l'accouchement. Avec de l'huile et de la résine de cèdre ils guérissent la gale et le prurit; avec du cyclaminos (XXV, 67 ), les ulcères humides de la tête.
Pour l'expectoration purulente et sanguinolente, on administre un oeuf cru chauffé avec du suc de poireau et du miel grec en quantité égale. On donne dans la toux des oeufs cuits et broyés avec du miel, ou crus, avec du vin de raisins secs et de l'huile en quantité égale.
7. Pour les affections des parties viriles on compose un topique avec un oeuf, trois cyathes de ce même vin et une demi-once d'amidon; on s'en sert après le bain. On fait pour les morsures de serpents un topique avec des oeufs cuits et broyés et du cresson. On sait de combien de façons ils sont utiles comme nourriture, arrivant dans l'estomac malgré le gonflement de la gorge, et adoucissant en passant la partie par leur chaleur. C'est la seule substance qui, dans les maladies, nourrisse sans charger, et réunisse les avantages des aliments solides et liquides. Nous avons dit que la coquille d'oeuf macérée dans du vinaigre se ramollit (X, 80) : on restaure les malades atteints de flux céliaque à l'aide d'oeufs ainsi préparés, qu'on pétrit avec la farine en une sorte de pain : quelques-uns aiment mieux les faire rôtir, ramollis de la sorte, sur un plat; de cette façon les oeufs arrêtent non seulement le cours de ventre, mais encore les pertes ; ou si le flux est plus impétueux , on les fait prendre crus, dans de l'eau , avec la farine.
8. On emploie encore les jaunes seuls, bouillis dans du vinaigre jusqu'à ce qu'ils deviennent durs; puis on les fait griller avec du poivre pilé, pour arrêter le flux de ventre. On prépare pour la dysenterie un remède souverain, que voici : Versez un oeuf dans un vase de terre neuf, puis, pour que toutes les doses soient égales, ajoutez du miel, du vinaigre et de l'huile, de chaque plein la coquille de l'oeuf; battez et mêlez le tout : plus ces ingrédients ont de qualité plus le remède est efficace. D'autres, au lieu d'huile et de vinaigre, ajoutent, à même dose, de la résine rouge et du vin. Il y a encore une autre préparation : la quantité d'huile seulement reste la même; on met deux soixantièmes de denier d'écorce de pin, un soixantième d'écorce du végétal que nous avons appelé rhus (XXIV, 51 ), cinq oboles de miel ; on fait bouillir le tout ensemble, et on ne prend de nourriture que quatre heures après le remède.
9. Beaucoup guérissent les tranchées en administrant en boisson deux oeufs et quatre gousses d'ail, le tout broyé ensemble, et chauffé dans une hémine de vin. Enfin, pour n'oublier aucun des mérites des oeufs , j'ajouterai que le blanc uni à la chaux vive sert à raccommoder le verre cassé. Telle est la puissance de l'oeuf, que du bois qui en a été arrosé ne prend pas feu, et qu'une étoffe qu'on en a mouillée ne brûle pas. Nous n'avons encore parlé que des oeufs de poule, et cependant ceux des autres oiseaux rendent de grands services, comme nous le dirons en son lieu.
XlI. 1. En outre, il est une espèce d'oeuf très renommé dans les Gaules, et dont les Grecs n'ont pas parlé : en été il se rassemble une multitude innombrable de serpents qui s'enlacent, et sont collés les uns aux autres, tant par la bave qu'ils jettent que par l'écume qui transpire de leur corps; il en résulte une boule appelée oeuf de serpent. Les druides disent que cet oeuf est lancé en l'air par les sifflements de ces reptiles; qu'il faut alors le recevoir dans une sale sans lui laisser toucher la terre; que le ravisseur doit s'enfuir à cheval, attendu que les serpents le poursuivent jusqu'à ce qu'une rivière mette une barrière entre eux et lui; qu'on reconnaît cet oeuf s'il flotte contre le courant, même attaché à de l'or.
2. Mais comme les mages sont ingénieux à donner le change sur leurs fraudes, ils prétendent qu'il faut choisir une certaine lune pour se procurer cet oeuf comme s'il dépendait de la volonté humaine de faire cadrer l'opération des serpents avec l'époque indiquée. J'ai vu, pour mon compte, un de ces oeufs fameux chez les druides; il était de la grosseur d'une moyenne pomme ronde; la coque en était cartilagineuse, avec de nombreuses cupules semblables à celles des bras des poulpes. On le préconise merveilleusement pour le gain des procès et l'accès auprès des souverains; mais cela est si faux, qu'un chevalier romain du pays des Vocontiens, qui pendant un procès portait un de ces oeufs dans son sein, fut mis à mort par le dieu Claude, empereur, sans aucun autre motif que je sache. Toutefois ces entrelacements de serpents, cette concorde d'animaux féroces, paraissent être le motif pour lequel les nations étrangères ont entouré de serpents le caducée , en symbole de paix : l'usage est que ces serpents du caducée n'aient pas de crête.
XIII. 1. Ayant à parler, dans ce livre, des œufs d'oie, qui sont très utiles, et de l'oie elle-même, nous devons faire honneur à la Commagène d'une préparation très célèbre : cette composition, qui est du plus grand usage, salait avec la graisse d'oie; on y ajoute dans la Commagène, partie de la Syrie, du cinnamome, de la casia (XII, 43), du poivre blanc, de l'herbe appelée commagène; les vaisseaux où on met ce mélange s'enfouissent dans la neige. Il est d'une odeur agréable, très utile dans les frissons, les convulsions, les douleurs sourdes ou subites, et pour toutes les affections qu'on traite par les compositions acopes (ἄκοπος, qui ôte la fatigue); c'est à la fois un parfum et un médicament.
2. On le prépare encore ailleurs, dans la Syrie, mais d'une autre manière : on épure la graisse de l'oiseau comme nous avons dit (XXVIII, 38 ), on y ajoute de l'érycisceptrum (XXIV, 69), du xylobalsamum (XII, 54, 5 ), de l'élate-palmier (XII, 62), du jonc, de chaque autant que de graisse; on fait faire à ce mélange deux ou trois bouillons avec du vin. On fait cette préparation pendant l'hiver, parce qu'elle ne prend point en été, à moins qu'on n'y mêle de la cire.
On tire encore beaucoup de remèdes de l'oie aussi bien que du corbeau ; et cela m'étonne, car l'oie et le (x, 15) corbeau sont, dit-on, malades à la fin de l'été et au commencement de l'automne. XIV. 1. Nous avons parlé de l'honneur qu'ont mérité les oies en faisant découvrir les Gaulois escaladant le Capitole (X, 26 ). (IV.) Pour le même sujet, on fait subir tous les ans à des chiens la peine de leur négligence en les crucifiant vifs sur une fourche de sureau, entre le temple de la Jeunesse et celui de Summanus. Mais quant à ce dernier animal, nous sommes forcé d'entrer dans quelque détail, à cause des usages des anciens. Nos pères regardaient les petits chiens qui tétaient encore comme un aliment si pur, qu'ils s'en servaient même comme victimes pour les sacrifices expiatoires. On immole un jeune chien à Genita Mana ; et encore aujourd'hui on sert de la chair de jeune chien dans les repas faits en l'honneur des dieux. Cette viande était employée solennellement dans les repas d'inauguration des pontifes, comme le montrent les comédies de Plaute. On regarde le sang de chien comme souverain contre les poisons des flèches. Cet animal parait aussi avoir enseigné à l'homme à vomir. Nous rapporterons encore en lien et place d'autres remèdes très vantés fournis par le chien. XV. 1. Maintenant reprenons l'ordre que nous nous sommes prescrit. Contre les morsures des serpents on tient pour efficace la fiente récente de brebis cuite dans du vin, et employée en topique; des rats coupés en deux, et appliqués. Cet animal a des propriétés qui ne sont pas à mépriser, surtout lors de l'ascension des astres, comme nous l'avons dit (XI, 76) , époque à laquelle le nombre des lobes de son foie croit et décroît avec la lune. Les mages prétendent que le porc suit celui qui lui donne à manger un foie de rat dans une figue, et que cela a le même effet sur l'homme; mais qu'on détruit le charme en avalant un verre d'huile.
XVI. 1. Il y a deux espèces de belettes : l'une sauvage, plus grande, nommée par les Grecs ictis (furet), a un fiel qu'on dit très efficace contre les aspics, et vénéneux dans les autres cas (XXIX, 33). L'autre (belette), qui erre dans nos maisons, et qui, suivant Cicéron, chaque jour transporte ses petits et change de retraite, fait la chasse aux serpents. La chair de cette dernière, gardée dans du sel, se donne à la dose d'un denier, dans trois cyathes, aux personnes blessées par les animaux venimeux; ou bien on fait boire dans du vin l'estomac du même animal, farci avec de la coriandre et gardé. Le petit de la belette est encore plus efficace.
XVII. 1. Il est des choses révoltantes, recommandées par les auteurs avec une telle assurance, qu'il n'est pas possible de les omettre, puisque enfin c'est de la sympathie ou de l'antipathie des choses que proviennent les remèdes. Ainsi les punaises, animal infect et dont le nom seul cause du dégoût, sont vantées contre les morsures des serpents et surtout de l'aspic, ainsi que contre toute sorte de venins; et la preuve, c'est, dit-on, que les poules ne meurent pas de la piqûre de l'aspic le jour qu'elles ont mangé des punaises, et que leur chair alors est très avantageuse à ceux qui ont été blessés par ce reptile. De ces recettes qu'on rapporte, la plus supportable est d'appliquer les punaises sur la morsure avec du sang de tortue; on les emploie en fumigation pour faire lâcher prise aux sangsues; on les donne en breuvage pour tuer les sangsues avalées par les animaux. Quelques-uns les écrasent avec du sel et du lait de femme, et humectent les yeux avec ce mélange, ou y mêlent du miel et de l'huile rosat, et s'en servent pour les oreilles.
2. On brûle les punaises des champs qui naissent dans les mauves, et on injecte dans les oreilles la cendre, mêlée à l'huile rosat. Quant aux autres remèdes que l'on rapporte pour la guérison des vomiques, des fièvres quartes et d'autres maladies, et qui consistent à avaler des punaises dans un oeuf, dans de la cire, ou dans une fève, je les regarde comme mensongers et indignes d'être relatés: cependant on les emploie dans le traitement de la léthargie, sur cet argument qu'elles triomphent des propriétés soporifiques de l'aspic ; on en donne sept dans un cyathe d'eau, quatre seulement aux enfants. Dans la strangurie, en les applique au canal de l'urètre. Tant il est vrai que la nature, cette mère de toutes choses, n'a rien engendré sans de puissantes raisons! Bien plus, on a assuré que deux punaises attachées au bras gauche avec de la laine volée à des bergers guérissent les fièvres nocturnes, et, attachées avec une étoffe rose, les fièvres diurnes. D'un autre côté, la scolopendre est l'ennemie des punaises; aussi, en fumigation, elle les tue.
XVIII. 1. Les aspics (hadje) tuent par l'engourdissement et le sommeil. De tous les serpents ce sont ceux qui fout les blessures les moins curables. Leur venin, s'il entre dans le sang ou s'il touche une plaie récente, donne la mort aussitôt; plus lentement, s'il touche un vieil ulcère; mais, avalé en quelque grande quantité que ce soit, il ne nuit point. En effet, il n'est pas d'une qualité corrosive; aussi peut-on manger impunément les animaux qu'il a tués. J'hésiterais à rapporter la recette suivante, si M. Varron, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, n'avait écrit que le plus sûr remède contre la blessure faite par les aspics est que la personne blessée boive sa propre urine.
XIX. 1. Quant au basilic (VIII, 33), que fuient les serpents eux-mêmes, qui tue par sa seule odeur, et qui, dit-on, donne même par le regard la mort à l'homme, son sang a été merveilleusement célébré par les mages. Il se fige comme la poix, dont il a la couleur; délayé, il devient d'un rouge plus vif que le cinabre.
Ils lui attribuent encore la propriété de faire réussir près des puissances dans les demandes, près des dieux dans les prières; de guérir les maladies et de préserver des maléfices: certains le nomment sang de Saturne.
XX. 1. Le dragon est sans venin. Sa tête , mise sous le seuil d'une porte après qu'on s'est rendu les dieux propices par des prières convenables, appelle, dit-on, le bonheur sur la maison. Ses yeux, gardés puis broyés avec du miel et employés en onction, empêchent les personnes même timides de s'effrayer de spectres nocturnes. La graisse du coeur, attachée au bras dans de la peau de chevreuil avec des nerfs de cerf, fait gagner les procès. La première vertèbre facilite l'accès auprès des puissances. Les dents, attachées dans de la peau de chevreuil avec des nerfs de cerf, rendent les maîtres doux, et disposent les grands à accorder des grâces. Mais ce qui passe tout, c'est la composition par laquelle les mages menteurs rendent invincible : prenez la queue et la tête du dragon, les poils du front du lion, la moelle du même animal, l'écume d'un cheval victorieux, les ongles d'un chien attachés alternativement dans de la peau de cerf avec des nerfs de cerf et de chevreuil. Il n'importe pas moins de réfuter de pareilles recettes que d'indiquer les remèdes des morsures de serpent, car de pareilles fourberies empoisonnent les moeurs. La graisse de dragon met en fuite les animaux venimeux ; il en est de même de la fumée de la graisse d'ichneumon; ils fuient aussi les individus frottés avec des orties pilées dans du vinaigre.
XXI. 1. La tête d'une vipère, même d'une autre que celle qui a fait la morsure, est un topique dont l'utilité n'a pas de limites. Il est aussi très avantageux de tenir la bête même, avec un bâton, à la vapeur de l'eau bouillante; on dit qu'alors elle rappelle son enchantement. On peut encore employer en topique la cendre de la vipère. D'après Nigidius, les serpents, par une nécessité naturelle, reviennent à l'individu qu'ils ont blessé. Les Scythes fendent en deux la tête entre les ouïes, pour tirer une petite pierre que la vipère effrayée avale, dit-on ; d'autres emploient la tête tout entière.
2. On fait avec la vipère des pastilles nommées par les Grecs thériaques : pour cela on coupe l'animal à trois doigts de la tête et de la queue, on ôte les intestins et la lividité adhérente à l'épine; le reste du corps se fait cuire dans une terrine avec de l'eau et de l'aneth; on retire les os, on ajoute de la farine de froment, et ou forme des pastilles qu'on fait sécher à l'ombre; elles servent dans plusieurs médicaments. Il est bon de faire remarquer que cette préparation ne se fait qu'avec la vipère. Quelques-uns, après avoir nettoyé la vipère comme il vient d'être dit, font cuire la graisse avec un setier d'huile jusqu'à réduction de moitié : de cette préparation, quand besoin est, on ajoute trois gouttes dans de l'huile, et on s'en frotte pour mettre en fuite tous les animaux.
XXII. 1. De plus, il est certain que contre toutes les blessures faites par les serpents, même les blessures incurables, on a un secours dans les entrailles des serpents eux-mêmes employées en topique, et que ceux qui ont une fois avalé un foie de vipère cuit ne sont jamais, dans la suite, blessés par les serpents. La couleuvre n'est pas venimeuse, si ce n'est à certains jours du mois où elle est irritée par la lune; maison n'a qu'à la prendre vive, la broyer dans de l'eau, et fomenter la plaie avec cette préparation. Bien plus, on suppose qu'elle fournit un grand nombre de remèdes, comme nous l'exposerons au fur et à mesure ; et pour cela elle est consacrée à Esculape. Démocrite en a donné des préparations monstrueuses pour entendre le langage des oiseaux. Le serpent d'Esculape a été apporté d'Épidaure à Rome; depuis, on en nourrit communément même dans les maisons;
2. en sorte que si les incendies n'en détruisaient de temps en temps les germes, on ne pourrait résister à leur fécondité. Il existe aussi une très belle espèce de serpent qui vit sur la terre et dans l'eau : ce sont les hydres, dont le venin ne le cède à celui d'aucun autre serpent. Leur foie, gardé, est le remède des morsures qu'ils ont faites. Un scorpion écrasé combat le venin des lézards. On fait aussi avec les lézards un maléfice que voici : On noie un de ces animaux dans du vin, et ceux qui boivent de ce vin ont bientôt la face couverte de lentigo; c'est pour cela que les femmes jalouses de la beauté de leurs rivales font étouffer des lézards dans des pommades; on y remédie avec un jaune d'oeuf, du miel et du nitre. Le foie de lézard pilé dans de l'eau rassemble, dit-on, les belettes.
XXIII. 1. De tous les animaux venimeux le plus formidable est la salamandre; les autres ne frappent que des individus, ne tuent jamais d'un seul coup plusieurs personnes , sans compter qu'après avoir tué un homme ils périssent, dit-on, du remords de leur crime, et que la terre ne les reçoit plus (II, 63, 3) ;mais la salamandre peut donner la mort à des populations imprudentes. Si elle grimpe sur un arbre, elle infecte de son venin tous les fruits, et fait périr ceux qui en mangent par sa propriété frigorifique, aussi redoutable que l'aconit. Bien plus, si elle touche même de la patte le bois dans lequel ou fait cuire le pain, ou si elle tombe dans un puits, le pain et l'eau sont empoisonnés.
2. Sa bave répandue sur une partie quelconque du corps, même au bout du pied, fait tomber tous les poils. Cependant ce reptile si venimeux est mangé par certains animaux, les cochons par exemple, grâce à cette antipathie signalée entre les choses. D'après ce qui est rapporté, il est vraisemblable qu'après les animaux qui mangent la salamandre, ce sont, avant tout, les cantharides en breuvage ou le lézard en aliment qui neutralisent ce venin.
Nous avons indiqué, et nous indiquerons en lieu et place, les autres antidotes.
3. Quant aux propriétés que les mages lui attribuent contre les incendies, attendu que c'est le seul animal qui éteigne le feu, si elles étaient vraies, Rome en aurait déjà fait l'expérience. Sextius dit que la salamandre conservée dans du miel après qu'on a ôté les intestins, les pattes et la tète, est un aphrodisiaque; il nie qu'elle éteigne le feu.
XXIV. 1. Parmi les oiseaux, les vautours sont ceux dont on retire le plus de secours contre les serpents. On a noté que les noirs ont moins de vertu. L'odeur de leurs plumes brûlées met, dit-on, les reptiles en fuite. On assure qu'en portant sur soi le coeur de cet oiseau, on est à l'abri, non seulement des attaques des serpents , mais encore de celles des bêtes féroces, des voleurs, et de la colère des rois.
XXV. 1. La chair d'une volaille vivante, appliquée toute chaude, dompte le venin des serpents; il en est de même de la cervelle de volaille prise dans du vin. Les Parthes préfèrent appliquer sur la plaie la cervelle de poule. Le bouillon de volaille est excellent dans ce cas, et pour beaucoup d'autres encore il est d'une utilité merveilleuse. Les panthères et les lions ne touchent pas ceux qui s'en sont frottés, surtout si on y a fait cuire de l'ail. Le bouillon d'un vieux coq relâche davantage le ventre ; il est bon aussi pour les fièvres de longue durée, l'engourdissement des membres, le tremblement et les douleurs articulaires, pour les douleurs de tète, les épiphoras, les flatuosités, le dégoût, le ténesme commençant, les maladies du foie, des reins, de la vessie, les indigestions, l'asthme; aussi existe-t-il des formules pour le préparer.
2. Il est plus efficace si on le fait avec le chou marin (XXII, 33), ou le cybium (thon mariné) (IX, 15), ou le câprier, ou l'ache, ou la mercuriale, ou le polypode, ou l'aneth. Le mieux est de faire bouillir la volaille avec les herbes susdites dans trois canges d'eau jusqu'à réduction à trois hémines, de laisser refroidir au grand air, et donner en temps opportun, après un vomissement préalable. Je ne passerai pas sous silence une merveille, quoiqu'elle ne regarde pas la médecine : si on met de la chair de poule avec de l'or qui se fond, cette chair absorbe le métal ; ainsi elle est le poison de l'or: mais, en revanche, si l'on attache au cou des coqs un collier de bois de sarment, ils ne chantent pas.
XXVI. 1. On a contre les serpents la chair batelle de pigeon ou d'hirondelle hachée menu, les pattes de hibou brûlées avec l'herbe appelée plumbago (XXV, 97). A l'occasion de cet oiseau je n'omettrai pas un exemple du charlatanisme des mages: entre autres mensonges prodigieux, ils prétendent que le coeur de hibou appliqué sur la mamelle gauche d'une femme qui dort lui fait dire tous ses secrets; en outre, que ceux qui dans la bataille ont ce coeur sur eux s'y comportent vaillamment.
2. Ils tirent aussi de l'oeuf de cet oiseau des remèdes pour les cheveux; or, je le demande, qui a pu jamais voir un oeuf de hibou, puisque c'est un prodige de voir seulement l'oiseau? Qui d'ailleurs en a pu faire l'expérience, et sur les cheveux? Les mages .promettent encore de faire boucler les cheveux avec le sang d'un jeune hibou. Ce qu'ils disent de la chauve-souris parait être du même genre : si, après avoir porté un de ces animaux vivant trois fois autour de la maison, on le cloue en dehors de la fenêtre, la tête en bas, c'est un amulette; il protège également les bergeries quand on l'a porté autant de fois alentour, et qu'on le suspend par les pattes au haut de la porte. On recommande, parmi les principaux remèdes contre les serpents, le sang de la chauve-souris avec un chardon. XXVII. 1. L'araignée phalange est Inconnue à l'Italie; il y en a de plusieurs espèces : l'une ressemble à la fourmi, mais est beaucoup plus grosse; elle a la tête rousse, le reste du corps noir, et semé çà et là de taches blanches. La piqûre en est plus douloureuse que celle de la guêpe. Elle vit ordinairement autour des fours et des moulins. Le remède est de montrer à la personne blessée une autre araignée de la même espèce; aussi en conserve-t-on de mortes pour cet effet. On en neuve de desséchées, qui, pilées et prises en breuvage, guérissent la même piqûre. Les petits de la belette, comme nous l'avons dit plus haut (XXIX, 16 ), ont la même propriété.
2. Les Grecs donnent aussi le nom de phalange à une autre araignée, qu'ils distinguent par le surnom de loup (XI, 28). La troisième espèce, aussi nommée phalange, est une araignée velue, à tête fort grosse. Quand on l'ouvre, on y trouve, dit-on, deux petits vers, qui, mis sur une femme , dans de la peau de cerf, a vaut le lever du soleil, l'empêchent de concevoir: c'est ce qu'on lit dans les mémoires de Cécilius. Cette propriété n'agit qu'un an. De tous les moyens empêchant de concevoir, c'est le seul que je me permette de rapporter, faveur dont ont besoin quelques femmes surchargées d'enfants par leur fécondité. La quatrième espèce, appelée rhagion, a la forme d'un grain de raisin noir, une très petite bouche sous le ventre, des pieds très courts et comme ébauchés.
3. Elle cause, par sa piqûre, autant de douleur que le scorpion. L'urine que rend le blessé présente comme des toiles d'araignées. L'astérion serait en tout semblable s'il ne s'en distinguait par des raies blanches; sa piqûre fait trembler les genoux. La phalange bleue est pire que ces deux-là; elle est couverte d'un duvet noir; sa piqûre trouble la vue, et fait vomir des matières semblables à des toiles d'araignées. Une espèce encore plus mauvaise est celle qui ne diffère du frelon qu'en ce qu'elle n'a point d'ailes; sa piqûre cause le marasme.