Naturalis Historia (page 23)

Pline l'Ancien · Arts Libéraux

Texte français, domaine public · Source : remacle.org · 27 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

En Afrique, aux environs d'Utique, on forme des amas de sel semblables à des collines; quand ils se sont durcis par l'action du soleil et de la lune, l'eau ne peut plus tes liquéfier, et c'est à peine si le fer les entame.

7. Dans la Crète, cependant, on fait du sel sans eau douce; on se contente d'introduire l'eau de mer dans les salines. En Égypte, le sel est formé par la mer elle-même, qui se répand dans le sol, où, je pense, le Nil a déposé un suc. Il se fait encore avec l'eau de puits qu'on amène dans les salines. A Babylone, le premier produit de la condensation est un bitume liquide semblable à l'huile, et dont on se sert même pour les lampes. Cette substance enlevée, le sel se trouve dessous. En Cappadoce, on introduit dans les salines de l'eau de puits et de fontaine. En Chaonie, on fait bouillir l'eau d'une fontaine, et par le refroidissement on obtient un sel faible qui n'est même pas blanc. Dans la Gaule et la Germanie, on verse de l'eau salée sur des bois enflammés.

XL. 1. Dans une partie de l'Espagne on tire des puits une eau appelée saumure, et on croit qu'il n'est pas indifférent de la verser sur tel ou tel bois : le meilleur est le chêne, la cendre qui en provient ayant par elle-même le goût du sel. Ailleurs on recommande le coudrier. Ainsi, en versant de l'eau salée sur du bois ou change le charbon môme en sel. Tout sel fait avec du bois est noir. Je trouve dans Théophraste que les Ombriens étaient dans l'habitude de faire bouillir dans de l'eau des cendres de roseaux et de joncs, jusqu'à ce qu'il ne restât plus que peu de liquide. On fait aussi recuire la saumure des salaisons, et quand tout l'humide est évaporé, le sel reprend sa forme. Le plus agréable est celui qui provient de la saumure de mènes.

XLI. 1. Parmi les sels marins, le plus estimé est celui de Salamine de Chypre; parmi les sels d'étangs, celui de Tarente et celui de Phrygie, qu'on nomme de Tatta; ces deux sels sont bons pour les yeux. Celui qu'on apporte de Cappadoce dans des vaisseaux de brique donne, dit-on, de l'éclat à la peau; celui que nous avons appelé de Citium (XXXI, 39) en efface mieux les rides ; aussi en frotte-t-on, avec de la nielle, le ventre après l'accouchement. Plus le sel est sec, plus il est salé. De tous, celui de Tarente est le plus agréable et le plus blanc. Au reste, plus le sel est blanc, plus il est friable. La pluie adoucit toute espèce de sel; mais la rosée le rend plus agréable. Le vent d'aquilon en rend la formation plus abondante; il ne s'en fait pas par le vent du midi.

2. La fleur de sel ne se forme que par les vents de l'aquilon. Le sel de Tragasa et le sel d'Acanthus (IV, 17, 5), ainsi nommé du nom d'une ville, ne décrépitent ni ne pétillent au feu, non plus que l'écume et les raclures de sel, ni le sel très fin. Le sel d'Agrigente résiste au feu, et décrépite dans l'eau. Il y a aussi des différences de couleur : rouge à Memphis, le sel est roux sur les bords de l'Oxus, et pourpré à Centuripes. A Géla en Sicile, il est si luisant, qu'il réfléchit les images des objets. En Cappadoce, on a un sel fossile, couleur de safran, transparent et de très bonne odeur. Pour les usages médicaux, les anciens estimaient surtout le sel de Tarente; après celui-là, tous les sels marins; et, parmi ces derniers, principalement celui qui provient de l'écume de mer.

3. Pour les maladies des yeux des bêtes de somme et des boeufs on se sert du sel de Tragasa et du sel de la Bétique. On aime d'autant plus pour les ragoûts et les aliments un sel, qu'il se fond plus facilement et aussi qu'il est plus humide ; en effet, le goût en est moins amer: tels sont les sels de l'Attique et de l'Eubée. Un sel piquant et sec, comme celui de Mégare, est plus propre à la conservation des viandes. On confit aussi le sel en y ajoutant des substances odoriférantes. Il sert de sauce, il excite l'appétit, il relève tous les aliments ; et le fait est que parmi les innombrables assaisonnements dont nous usons le goût propre au sel domine toujours.

4. En mangeant du garum, c'est encore la saveur du sel qu'on recherche. Bien plus, rien mieux que le sel ne fait manger les moutons, les bêtes à cornes et les bêtes de somme; il augmente la quantité du lait, et donne meilleur goût au fromage. On ne peut donc vivre agréablement sans sel; et c'est une substance tellement nécessaire, que le nom en est appliqué même aux plaisirs de l'esprit; ou les nomme en effet sales (sels). Tous les agréments de la vie, l'extrême gaieté, le délassement du travail, n'ont pas de mot qui les caractérise le mieux.

5. Il entre aussi pour quelque chose dans les honneurs et les rétributions militaires, puisque c'est de là que vient le mot de salaire. Le sel était en grande estime chez les anciens, comme on le voit par le nom de la voie Salaria, ainsi nommée parce que, en vertu d'une convention, les Sabins faisaient venir leur sel par cette voie. Le roi Ancus Mucius donna au peuple, dans un congiaire, six mille boisseaux de sel, et il fut le premier qui établit des salines. Varron rapporte que les anciens faisaient du sel un plat; et le proverbe nous montre qu'ils le mangeaient avec du pain. Mais c'est surtout dans les sacrifices que l'on voit l'importance du sel : il ne s'en fait aucun où l'on n'offre des gâteaux salés.

XLII. 1. Ce qui distingue les salines dont les t produits sont purs, c'est une certaine efflorescence de sel très légère et très blanche. On donne encore le nom de fleur de sel à une substance totalement différente, plus humide, safranée, ou rousse; on dirait la rouille du sel; elle se distingue non seulement de l'écume du sel, mais du sel lui-même, par une odeur désagréable qui ressemble à celle du garum. Cette substance se trouve en Égypte, et il paraît qu'elle y est portée par le Nil; cependant on la rencontre aussi dans quelques fontaines, où elle surnage.

Ce qui en est le meilleur est une espèce de substance huileuse; car il y a (et ceci mérite d'être observé) de la graisse même dans le sel.

2. On sophistique et on colore cette substance avec de la terre rouge, ou le plus souvent avec de la brique pilée. Cette sophistication se découvre avec l'eau qui enlève cette fausse couleur; au lieu que la coloration naturelle ne peut être enlevée que par l'huile. Les parfumeurs se servent beaucoup de cette substance pour colorer leurs drogues. Dans les vases, cette fleur de sel est blanche à la surface; le milieu est plus humide, comme nous venons de le dire. Elle est âcre, échauffante, mauvaise à l'estomac, sudorifique. Dans du vin et de l'eau, elle purge. On l'emploie dans les médicaments acopes (délassants) et dans les liniments détersifs. Elle est très efficace pour faire tomber les cils. On agite le sédiment qui se forme au fond, pour faire reparaître la couleur de safran. Outre ces substances, on donne encore dans les salines le nom de salsugo, ou salsilago, à une substance entièrement liquide, plus salée que l'eau de mer, mais moins active. XLIII. 1. On nomme garum une autre espèce de liqueur fort recherchée. On le prépare avec des intestins de poisson et d'autres parties qu'autrement on jetterait ; on les fait macérer dans le sel, de sorte que c'est le résultat de la putréfaction de ces ingrédients. Le garum se faisait autrefois avec un poisson appelé garus (XXXII, 53) par les Grecs, qui prétendaient que la vapeur de sa tête brûlée avait la propriété de faire sortir l'arrière faix.

2. (VIII.) Aujourd'hui le meilleur se fait avec le scombre, dans les poissonneries de Carthage Spartarla (Carthagène fabricant le spart) (XIX, 7). On l'appelle le garum des alliés, et deux conges (0 litr., 48) ne se payent guère moins de mille pièces d'argent. Il n'y a pour ainsi dire pas de substance, à l'exception des parfums, qui se paye aussi cher. Le garum fait même la réputation des pays d'où il vient. Les scombres se pêchent sur les côtes de la Mauritanie et sur celles de la Bétique, à Cartéia, lorsqu'ils entrent de l'Océan dans la Méditerranée, et on n'en fait aucun autre usage. On renomme encore pour le garum Clazomènes, Pompéi, Leptis, comme pour la saumure Antipolis (Antibes), Thurium, et déjà même la Dalmatie.

XLIV. 1. L'alex, rebut du garum, est une lie grossière et mal filtrée : cependant on commence à le préparer séparément avec un tout petit poisson, du reste sans usage; c'est l'apua (IX, 74, 5) des Latins, I'aphye des Grecs (anchois), ainsi nommé parce qu'il est engendré de la pluie (ἀ, φύω, non engendré). Les habitants de Forum-Julii (Fréjus) font l'alex avec un poisson qu'ils nomment loup. L'alex est devenu ensuite un objet de luxe, et on en a fait une infinité d'espèces. De même du garum : on en prépare ayant la couleur de vin vieux miellé, et si agréablement délayé qu'on peut le boire. On en prépare aussi un autre, consacré aux observances religieuses et aux rites des Juifs ; on le fait avec des poissons sans écaille.

2. C'est de la sorte que l'alex s'est étendu aux huîtres, aux hérissons de mer, aux orties marines, aux homards, aux foies de surmulet. On s'est mis à faire putréfier le sel de mille manières pour piquer la sensualité. Nous nous sommes laissé aller à cette excursion en faveur des goûts de notre temps. Toutefois ces substances ne laissent pas que d'être de quelque usage en médecine. L'alex guérit la gale des moutons : on le verse sur la peau, qu'on incise. Il est bon contre les morsures du chien et du dragon marin (vive) : on l'applique dans de la charpie. Le garum guérit les brûlures récentes; mais il faut le verser sans en prononcer le nom. Il est utile aussi contre la morsure des chiens, et surtout du crocodile; contre les ulcères serpigineux ou sordides. Il est d'un merveilleux secours contre les ulcérations et les douleurs de la bouche et des oreilles.

3. La saumure ou ce salsugo dont nous avons parlé ont des propriétés astringentes, piquantes, atténuantes, siccatives. On s'en sert dans la dysenterie, même quand les ulcérations ont envahi les intestins. On en fait des lavements pour la coxalgie et le flux coeliaque invétéré. Dans l'intérieur des terres on en use en fomentation, à la place de l'eau de mer. XLV. (IX.) 1. Le sel est par lui-même d'une nature ignée; cependant il est ennemi du feu, et le fuit; il corrode tout. Il est, pour le corps vivant, astringent, siccatif et resserrant. Il préserve même les cadavres de la putréfaction, les faisant ainsi durer pendant des siècles. En fait de propriétés médicales, il est piquant, échauffant, détersif, atténuant, résolutif; seulement il est mauvais à l'estomac, si ce n'est pour exciter l'appétit. On l'emploie contre les morsures des serpents, avec l'origan, le miel et l'hysope; contre le céraste, avec l'origan, ou la poix de cèdre, ou la poix ordinaire, ou le miel. Il est bon contre les scolopendres, à l'intérieur, dans du vinaigre; contre les piqûres des scorpions, à l'extérieur, dans de l'huile ou du vinaigre, avec un quart de graine de lin ;

2. contre les frelons et les guêpes, et autres insectes semblables, dans du vinaigre; contre les migraines, les ulcères de la tête, les pustules ou papules, et les verrues commençantes de cette partie, avec du suif de veau. On s'en sert pour les maladies des yeux, pour réprimer les excroissances qui se font sur ces organes et les végétations qui se forment sur tout le corps, mais spécialement les végétations des yeux; aussi le fait-on entrer dans les collyres et les emplâtres. Pour ces usages on recherche surtout le sel de Tana ou de Caunus. Pour les ecchymoses des yeux, suite de coups, on emploie le sel avec quantité égale de myrrhe et de miel, ou avec de l'hysope dans de l'eau chaude, et on 3 fomente la partie avec le salsugo.

3.

Pour cela on préfère le sel d'Espagne; et pour la cataracte on le broie avec du lait sur de petites pierres. On l'applique en particulier sur les contusions, enveloppé dans un petit linge; on renouvelle fréquemment cette application, qu'on fait avec de l'eau chaude. Ou le met dans de la charpie sur les ulcères de la bouche qui jettent; on en frotte les gencives tuméfiées. Égrugé bien fin, il dissipe les granulations de la langue. On dit que les dents ne se carient ni ne se gâtent si tous les matins, à jeun, on tient du set sous la langue jusqu'à ce qu'il soit fondu. Il guérit les lèpres, les furoncles, le lichen, les affections psoriques, avec du raisin sec dont on a ôté les pépins, du suif de boeuf, de l'origan, du levain ou du pain. Pour cela on se sert surtout du sel de Thèbes, que l'on choisit aussi pour les démangeaisons.

4. Ce sel est bon encore avec du miel pour les amygdales et la luette. Tout sel est bon pour l'angine; mais, de plus, il faut en même temps faire des frictions sur les parties extérieures avec de l'huile, du vinaigre et de la poix liquide. Le sel mêlé à du vin purge sans faire de mal. Bu dans du vin, il chasse les vers intestinaux. Tenu sous la langue, il permet aux convalescents de supporter la chaleur des bains. Mis dans des sacs, et fréquemment humecté avec de l'eau chaude, il soulage les douleurs nerveuses, surtout aux épaules et aux reins. A l'intérieur et à l'extérieur, employé chaud dans ces mêmes sacs, il guérit les coliques, les tranchées et les douleurs des hanches; broyé avec de la farine dans du miel et de l'huile, il guérit la goutte. C'est surtout dans cette maladie qu'il faut mettre à profit la remarque d'après laquelle, pour le corps entier, rien n'est plus utile que le sel et le soleil; aussi voyons-nous que les pêcheurs ont le corps dur comme la corne; mais cette remarque ne pouvait être mieux placée qu'à propos de la goutte.

5. Le sel enlève les cors aux pieds et les engelures. Pour les brûlures on l'emploie en topique ou on le fait manger, et il empêche le développement des ampoules. Pour les érysipèles et les ulcères serpigineux on s'en sert avec le vinaigre ou l'hysope; pour les carcinomes, avec l'uva taminia (XXIII, 13) ; pour les ulcères phagédéniques, grillé avec la farine d'orge; on applique par-dessus un linge trempé dans du vin. Chez les ictériques on en fait des frictions, avec de l'huile et du vinaigre, à côté du feu, jusqu'à ce qu'ils suent, pour les délivrer des, démangeaisons qu'ils ressentent. On frotte les personnes lasses avec du sel et de l'huile.

6. Beaucoup ont traité les hydropiques avec le sel, ont fait des onctions avec le sel et l'huile dans les ardeurs de la fièvre, et out dissipé les toux invétérées en en mettant sur la langue. On l'a employé en lavement dans les coxalgies; on en a fait un topique pour les ulcères fongueux ou putrides. On l'applique sur les morsures des crocodiles, avec du vinaigre, dans des linges, de manière à engourdir préalablement la plaie. On le donne à l'intérieur, dans du vinaigre miellé, contre l'opium. Avec de la farine et du miel on l'applique sur les luxations et sur les excroissances de chair.

7. Dans le mal de dents on en fait un collutoire avec le vinaigre, ou l'on frotte la dent douloureuse avec du sel et de la résine. Pour tous ces usages l'écume de sel est plus agréable et plus efficace. Mais toute espèce de sel est bonne dans les médicaments acopes (délassants), quand il s'agit d'échauffer, et dans les médicaments détersifs, quand il s'agit d'atténuer et de rendre plus lisse la peau. En topique le sel guérit la gale des moutons et des boeufs : on le leur donne à lécher. On le jette avec la salive dans les yeux des bêtes de somme. Voilà ce que nous avons à dire sur le sel.

XLVI. (X.) 1. C'est ici l'endroit de parler du nitre, qui ne diffère pas beaucoup du sel; et il faut en parler avec d'autant plus de soin, qu'il est évident que les médecins qui en ont traité n'en ont pas connu la nature; de tous les auteurs Théophraste est celui qui a été le moins inexact. On trouve en Médie, dans des vallées toutes blanches de sécheresse, un nitre en petite quantité, qu'on nomme halmyrhax. En Thrace, les environs de Philippes en donnent, en moins grande quantité encore, un qui est terreux, et qu'on nomme nitre sauvage. Quant à celui qui provient des cendres de chêne, on n'en a jamais fait beaucoup, et depuis longtemps on y a complètement renoncé.

2. On rencontre en plusieurs lieux des eaux nitreuses, mais elles sont trop peu chargées pour se condenser. Il s'en trouve de très bon, et abondamment, à Lites, en Macédoine; on le nomme chalastrique; il est blanc, pur, et très semblable au sel. Au milieu du lac qui le produit, jaillit une petite source d'eau douce. Le nitre s'y forme vers le lever du Chien, pendant neuf jours; puis il cesse de se produire pendant neuf autres jours, après quoi il y a encore neuf jours de formation, et puis un repos. D'où l'on voit que c'est la nature du sol qui produit le nitre; car, hors des époques de formation, ni le soleil ni les pluies n'y font rien.

3. Il faut remarquer encore cette particularité : bien que la petite source soit toujours jaillissante, le lac ne croit pas et n'a pas d'écoulement. S'il pleut dans les jours où se forme le nitre, la pluie le rend plus salé; les vents de l'Aquilon le détériorent, parce qu'ils remuent fortement la vase. Voilà pour le nitre natif.

4. L'Égypte fabrique du nitre en beaucoup plus grande abondance, mais d'une qualité inférieure, car il est brun et pierreux.

Il se prépare à peu près de la même manière que le sel : seulement, tandis qu'on introduit l'eau de la mer dans les salines, on introduit l'eau du Nil dans les nitrières; celles-ci, quand le Nil se retire, sont imbibées d'un suc nitreux pendant quarante jours consécutifs, et non, comme en Macédoine, avec des intermittences. S'il a plu, on introduit moins d'eau du fleuve. Dès que le nitre commence à se former, on l'enlève, pour qu'il ne se fonde pas dans les nitrières. Ce nitre contient aussi une sorte d'huile propre à guérir la gale des animaux.

5. Mis en tas, il se conserve longtemps. Chose singulière, dans le lac Ascanius et dans quelques fontaines près de Chalcis, les eaux sont douces et potables à la surface, et nitreuses au fond. La partie la plus ténue du nitre est la meilleure; aussi préfère-t-on l'écume de nitre cependant on a besoin du nitre impur pour quelques usages; par exemple pour teindre en pourpre, et pour toutes sortes de teintures; on l'emploie aussi beaucoup pour la fabrication du verre, de laquelle nous parlerons en son lieu (XXXVI, 65 ).

6. Il n'y avait autrefois en Égypte de nitrières qu'aux environs de Naucratis et de Memphis. Les moins bonnes étaient celles de Memphis; car là le nitre en tas prend la dureté de la pierre, et beaucoup de ces tas ont formé de véritables rocs. On en fait des vases ; on fond fréquemment la pierre de nitre avec du soufre, et l'on fait cuire le tout au feu de charbon. On se sert aussi de ce nitre pour tout ce qu'on veut garder longtemps. En Égypte, il y a des nitrières où le nitre est roux comme la terre d'où il provient. L'écume de nitre, dont on fait le plus de cas, ne se produisait, suivant les anciens, que quand la rosée était tombée; il fallait que cela arrivât quand la nitrière, sur le point de donner du nitre, n'en donnait pas encore ; et il ne se formait point d'écume de nitre dans une nitrière en pleine activité, même quand il y tombait de la rosée.

7. D'autres en attribuaient la formation à la fermentation des tas de nitre. D'après les médecins de l'âge suivant, l'écume de nitre se recueille en Asie, dans des grottes où cette substance découle des rochers: ces grottes sont appelées Colyces; le produit qu'elles fournissent se sèche au soleil. L'écume de nitre qui vient de Lydie est regardée comme la meilleure. On la reconnaît à ces caractères : elle est très peu pesante, très friable, et presque de couleur de pourpre. On l'apporte en petites masses. Celle d'Égypte vient dans des vases enduits de poix, pour qu'elle ne se fonde pas; et on donne à ces vases la dernière façon en les faisant sécher au soleil.

8. Pour être bon, le nitre doit être très menu et très spongieux, et poreux. En Égypte, on le falsifie avec de la chaux, falsification qui se reconnaît au goût : le nitre pur se fond facilement, tandis que le nitre falsifié reste sur la langue, qu'il pique. Le nitre qu'on saupoudre de chaux exhale une odeur forte. On le brûle dans un vaisseau couvert, pour qu'il n'éclate pas. Du reste, le nitre ne pétille point dans le feu; il n'engendre et ne nourrit rien, tandis que les salines produisent des herbes, et la mer tant d'animaux; la mer, qui du reste ne donne naissance qu'à des algues. Mais on reconnaît que le nitre est plus acre que le sel, non seulement d'après ce fait, mais encore parce que les nitrières détruisent très vite les souliers. D'ailleurs les nitrières sont salubres; elles éclaircissent la vue; on n'y contracte point d'ophtalmies;

9. les ulcérations qu'on y apporte se guérissent très promptement, mais celles qu'on y gagne, tardivement. Le nitre en friction avec de l'huile provoque la sueur et relâche le corps. On met dans le pain du nitre de Chalastra, en guise de sel. Avec les raiforts (XIX, 26, 5), on se sert du nitre d'Égypte; il les attendrit, mais il blanchit et gâte les autres mets. Il donne aux choux une couleur plus verte. En médecine il est échauffant, atténuant, mordicant, astringent, siccatif, ulcératif. Il est bon dans les cas où il faut appeler quelque humeur, ou résoudre ou picoter doucement et atténuer, comme pour les papules et les pustules. Quelques-uns pour cet usage le brûlent, l'éteignent avec du vin astringent, le broient, et l'emploient ainsi préparé, sans huile, dans les bains. Avec de l'iris en poudre et de l'huile verte, il réprime les sueurs excessives.

10. On s'en sert en topique avec une figue, ou bouilli dans du vin de raisin sec jusqu'à réduction de moitié, pour effacer les cicatrices des yeux et les granulations des paupières, et pour dissiper les taies. Bouilli avec du vin de raisin sec dans une écorce de grenade, il est bon pour les ptérygions. En onction avec du miel, il éclaircit la vue. Il guérit le mal de dents, en collutoire dans du vin avec du poivre, ou bouilli avec des poireaux. Brûlé et employé en dentifrice, il nettoie les dents qui noircissent. Il tue la vermine de la tète et les lentes, appliqué dans de l'huile avec de la terre de Samos. Dissous dans du vin, ou l'injecte dans les oreilles qui suppurent.

11. Dans du vinaigre, il enlève les saletés des oreilles. Introduit sec dans cette partie, il fait passer les bourdonnements et les tintements. A poids égal, avec la terre cimoliée et le vinaigre, on en fait un liniment dont on se frotte au soleil pour guérir le vitiligo blanc. Mêlé avec de la résine ou avec du raisin sec, blanc, dont on broie les pépins avec le nitre, il emporte les furoncles. Il guérit l'inflammation des testicules; avec l'axonge, les éruptions pituiteuses de tout le corps. Contre la morsure des chiens, on y ajoute de la résine, et on l'applique dès le début avec du vinaigre.

12. Avec la chaux et le vinaigre, on en fait un topique pour les morsures des serpents, pour les ulcères phagédéniques, pour les ulcères serpigineux ou putrides.

DE PLINE L'ANCIEN

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE.

TOME SECOND. LIVRE XXXI

Traduction française : É. LITTRÉ

LIVRE XXXI,

TRAITANT DES REMÈDES TIRÉS DES EAUX

I. Choses merveilleuses touchant les eaux.

II. Différences des eaux.

III. Remèdes tirés des eaux.

IV. Quelles eaux rendent les femmes fécondes. Quelles eaux guérissent la folie.

V. Quelles eaux guérissent les calculeux.

VI. Quelles eaux guérissent les plaies.

VII. Quelles eaux préservent de l'avortement.

VIII. Quelles eaux enlèvent les taches de la peau.

IX. Quelles eaux donnent une couleur à la laine des moutons.

X. Quelles eaux changent la couleur du corps humain.

XI. Quel les eaux donnent la mémoire; quelles eaux l'enlèvent.

XII. Quelles eaux rendent les sens plus subtils ou plus obtus. Quelles eaux rendent la voix harmonieuse.

XIII. Quelles eaux dégoûtent du vin. Quelles eaux enivrent.

XIV. Quelles eaux remplacent l'huile.

XV. Quelles eaux sont salées et amères.

XVI. Quelles eaux rejettent des pierres. Quelles eaux font rire ou pleurer. Quelles eaux passent pour guérir l'amour.

XVII. Eaux qui, mêlées dans une boisson, restent chaudes pendant trois jours.

XVIII. Merveilles des eaux. Eaux dans lesquelles tout s'enfonce, dans lesquelles rien ne s'enfonce.

XIX. Eaux qui donnent la mort. Poisson venimeux.

XX. Eaux qui deviennent pierres ou qui forment des pierres.

XXI. De la bonté des eaux.

XXII. Des défauts des eaux.

XXIII. Épreuve des eaux.

XXIV. De l'eau Marcia.

XXV. De l'eau Vierge.

XXVI. Moyen de trouver les eaux.

XXVII. Signes de l'existence des eaux.

XXVIII. Différences des eaux d'après les espèces de terrains.

XXIX. De l'état des eaux d'après les saisons.

XXX. Observation historique au sujet de l'éruption subite ou du tarissement de sources.

XXXI. Moyen de conduire les eaux.

XXXII. Comment on doit user des eaux minérales.

XXXIII. Comment on doit user des eaux de mer. Utilité de la navigation.

XXXIV. Comment on peut faire de l'eau de mer au milieu des terres.

XXXV. Mélange d'eau de mer et de miel, ou thalassomeli.

XXXVI. Hydromel.

XXXVII. Remèdes contre les eaux étrangères.

XXXVIII. Remèdes tirés de la mousse, vi. Remèdes tirés du sable.

XXXIX. Du sel; de ses espèces; de sa fabrication ; des remèdes qu'il fournit ; observations, cciv.

XL. De la saumure.

XLI. Des meilleurs sels; faits historiques, cxx.

XLII. Fleur de sel, xx. Salsugo, ii.

XLIII. Garum, xv.

XLIV. Alex, viii

XLV. Nature du sel. Écume du sel.

XLVI. Du nitre ; de ses espèces ; de sa fabrication; des remèdes qu'il fournit; observations, ccxxi.

Broyé avec une figue, on l'emploie, chez les hydropiques, à l'intérieur et à l'extérieur. Il dissipe les tranchées, pris en décoction, à la dose d'une drachme, avec de la rue, ou de l'aneth, ou du cumin. Il remet les personnes fatiguées, en friction avec l'huile et le vinaigre. Contre les refroidissements et les frissons, on en frotte les pieds et les mains du malade avec de l'huile ; il remédie aux démangeaisons chez les ictériques, surtout donné avec du vinaigre.

13. Bu dans de l'oxycrat,c'est un antidote pour les champignons vénéneux. Bu dans de l'eau, il guérit ceux qui ont avalé le bupreste, et provoque le vomissement. On le donne, avec le laser (XIX, 15), à ceux qui ont bu du sang de taureau. Avec du miel et du lait de vache, il guérit les ulcérations de la face. Pour les brûlures, on le fait griller jusqu'à ce qu'il noircisse, et on l'applique pilé. On le donne en lavement pour les douleurs du ventre et des reins, pour le tétanos, pour les douleurs des nerfs. En cas de paralysie de la langue, on le donne dans du pain. Pour l'asthme, on le prend dans de la ptisane (décoction d'orge). La fleur de nitre guérit les vieilles toux : on l'unit à poids égal au galbanum et à la térébenthine, et on donne de ce mélange gros comme une fève.

14. On fait cuire le nitre, puis, après l'avoir délayé avec la poix liquide, on l'administre dans l'angine. La fleur de nitre avec l'huile de cyprus (XII, 51), employée en friction au soleil, soulage les goutteux. En boisson dans du vin, il guérit l'ictère. Il dissipe les flatuosités. Il arrête l'épistaxis, si on en respire la vapeur dans de l'eau bouillante. Mélangé avec l'alun, il guérit le perrigo. Dans de l'eau, et employé chaque jour en fomentation, il dissipe la mauvaise odeur des aisselles. Mêlé avec la cire, il cicatrise les ulcères nés de la pituite; de cette façon aussi, il est bon pour les nerfs. On le donne en lavement pour le flux coeliaque. Beaucoup ont recommandé de l'employer en friction, avec de l'huile, avant l'accès en froid, ainsi que contre les lèpres et les taches de rousseur. Il est avantageux de prendre un bain de nitre pour la goutte, l'atrophie, l'opisthotonos et le tétanos. Le nitre, cuit avec du soufre, se change en pierre.

XLVII. (XI.) 1. Nous avons, en parlant des productions marines, indiqué les espèces d'éponges (IX, 69). Quelques-uns les divisent ainsi : On a regardé comme mâles les éponges qui sont percées de petits trous, épaisses, promptes à s'imbiber, et que, par luxe, on teint quelquefois même en pourpre; comme femelles, celles qui ont des trous plus grands et non interrompus. Parmi les éponges mâles, il en est d'une espèce plus dure, qu'on nomme boucs : ce sont celles qui ont les trous les plus petits et les plus rapprochés. On a trouvé le moyen de les blanchir : on choisit les plus fines; on les prend fraîches, quand elles ont reçu pendant l'été l'écume du sel marin. Puis on les expose à la lune et aux gelées blanches, retournées, c'est-à-dire par le côté qui était adhérent; et cela pour que la blancheur les pénètre. Nous avons dit que c'était un animal (IX, 69) ; les éponges ont même du sang. Quelques-uns rapportent qu'elles se gouvernent par le sens de l'ouïe ; qu'elles se contractent au son qui les frappe, en rendant une humeur abondante; qu'on ne peut les détacher de la pierre, et que c'est pour cela qu'on les coupe, opération pendant laquelle il s'en échappe une matière sanieuse.

2. On préfère à toutes les autres celles qui ont été produites du côté de l'aquilon. Les médecins assurent que c'est dans ce cas que l'esprit qui les anime dure le plus longtemps; qu'elles nous sont utiles par cet esprit même, en le mêlant au nôtre; que par cette raison on préfère les éponges les plus récentes et les plus humides; qu'elles valent moins si on s'en sert dans de l'eau chaude, moins si on les huile, moins si on les applique sur une personne dont on a huilé le corps ; enfin, que les éponges épaisses ont le moins d'adhérence. Les éponges les plus fines sont employées à faire des plumasseaux : appliquées avec du vin miellé sur les yeux, ces plumasseaux en dissipent le gonflement; ils sont très bons pour absterger la chassie, et pour cela il faut qu'ils soient très fins et très souples. Dans les fluxions oculaires, on applique les éponges elles-mêmes, avec de l'oxycrat. Pour la céphalalgie, on s'en sert en topique avec du vinaigre chaud. Du reste, les éponges récentes sont résolutives, émollientes, adoucissantes. Vieilles, elles ne réunissent pas les plaies.

3. On s'en sert pour nettoyer, pour étuver, pour couvrir après la fomentation les parties malades, jusqu'à ce qu'on applique un autre appareil. En topique, elles sèchent les ulcères humides et ceux des vieillards. Les éponges sont très bonnes pour fomenter les fractures et les plaies. On s'en sert pour absorber le sang dans les incisions, pour qu'on puisse voir les parties que l'on coupe. Sur les plaies enflammées, on les applique elles-mêmes, tantôt sèches, tantôt imbibées, soit de vinaigre, soit de vin ou d'eau fraîche. Lorsqu'on les applique imbibées d'eau de pluie, elles empêchent de se tuméfier les paties récemment incisées. On les applique encore sur les parties intactes, mais affectées d'une congestion occulte qu'il s'agit de résoudre, et sur les tumeurs qu'on appelle apostèmes : on fait d'abord une onction avec le miel cuit.

4. On les applique sur les articulations, imbibées tantôt avec du vinaigre salé, tantôt avec de l'oxycrat; et si l'inflammation est vive, avec de l'eau. On les trempe dans l'eau salée, pour les appliquer sur les callosités; dans le vinaigre, pour les appliquer sur les piqûres de scorpions. Dans le traitement des plaies elles remplacent la laine en suint, employées soit avec le vin et l'huile, soit avec l'eau salée. La différence qui s'y trouve, c'est que la laine est émolliente, et que les éponges sont astringentes, et absorbent les humeurs viciées. On attache autour des hydropiques des éponges soit sèches, soit Imbibées d'eau tiède ou d'oxycrat, suivant qu'il est besoin de couvrir ou dessécher doucement la peau. On les applique aussi dans les maladies où il est besoin de chaleur: on les arrose d'eau bouillante, et on les exprime entre deux planches. De cette façon, elles constituent aussi un topique bon pour l'estomac et pour les trop grandes ardeurs de la fièvre. Rien de plus efficace que l'éponge imbibée d'oxycrat pour les affections de la rate, de vinaigre pour l'érysipèle.

5. Il faut l'appliquer de manière qu'elle s'étende largement jusque sur les parties saines. Une éponge imbibée de vinaigre ou d'eau froide arrête l'hémorragie ; imbibée d'eau salée chaude et fréquemment renouvelée, elle fait disparaître la lividité produite par un coup récent. Humectée d'oxycrat, elle enlève la tuméfaction et la douleur des testicules. Sur la morsure des chiens on met avec avantage de l'éponge hachée, qu'on humecte de temps eu temps de vinaigre, ou d'eau froide, ou de miel. La cendre d'éponge d'Afrique (IX, 69), avec du suc de poireau et un breuvage de sel et d'eau froide, est bonne pour l'hemoptysie. La même cendre, en topique sur le front, soit avec de l'huile, soit avec du vinaigre, guérit la fièvre tierce; l'éponge d'Afrique en particulier, imbibée d'oxycrat, résout les tumeurs. La cendre de toutes les éponges brûlées avec de la poix arrête le sang des blessures. Quelques-uns, pour cet usage, ne brûlent avec la poix que les éponges à larges pores.

6. Pour les yeux, on tes brûle dans un pot de terre crue; cette cendre est excellente pour les granulations des paupières, pour les excroissances charnues, et pour tout ce qu'on veut déterger, resserrer, remplir : pour cet usage, le mieux est de laver la cendre. Dans les maladies, les éponges remplacent les strigiles ( instruments à nettoyer le corps) et les linges. Elles défendent très bien la tête contre l'action du soleil. Les médecins, par ignorance, les comprennent toutes sous deux noms : les éponges d'Afrique, qu'ils regardent comme plus fortes, et celles de Rhodes, qui sont plus douces pour les fomentations. Aujourd'hui les plus fines se trouvent dans les environs de la ville d'Antiphellos (V, 28, 1). Trogue-Pompée rapporte que du côté de la Lycie, dans la haute mer, là d'où on a retiré des éponges, il se forme les plumasseaux les plus fins; et Polybe, que ces plumasseaux, suspendus au-dessus d'un malade, lui font passer des nuits plus tranquilles. Maintenant nous allons revenir aux animaux de la mer et des eaux.

LV. Poissons qu'aucun auteur n'a nommés. Résumé : Remèdes, histoires et observations, 990. Auteurs : Licinius Macer,. Trébius Niger, Sextius Niger qui a écrit en grec, le poète Ovide, Cassius, Hemina, Mécène, Iacchus, Sornatius. Auteurs étrangers : Juba, Andréas, Salpé, Apion, Pélops, Apelle de Tbasos, Thrasylle, Nicandre.

I. 1. Nous voilà arrivés, en suivant l'ordre des choses, au point culminant de la nature et de ses merveilles. Et tout d'abord se présente spontanément un exemple incomparable de sa puissance mystérieuse; il n'est pas besoin de rien chercher au delà; rien n'est égal ou analogue à ce phénomène,dans lequel la nature triomphe d'elle-même, et en triomphe de plus d'une façon. Qu'y a-t-il de plus violent que la mer, les vents, les tourbillons et les tempêtes? Et où les hommes ont-ils travaillé avec plus d'industrie à la seconder, que sur les flots, avec leurs voiles et leurs rames? Ajoutons à tout cela la force indicible des marées, et la mer entière qui se change en un fleuve.

2. Cependant toutes ces puissances, alors même qu'elles agissent dans le même sens, un seul et très petit poisson, appelé échénéis (IX, 41), suffit pour les contrebalancer. Que les vents soufflent, que les tempêtes se déchaînent, il commande â leur fureur, comprime ces agents formidables, et force les navires à rester immobiles, les navires que ne retiendraient pas les câbles les plus gros, les ancres les plus pesantes; il met un frein à cette violence; il dompte la rage des éléments, et cela sans aucun effort, sans tirer sur le bâtiment, sans faire rien autre que s'y attacher. C'est bien peu de chose, et contre tant de forces combinées cela suffit pour empêcher les vaisseaux de marcher. Les flottes armées en guerre se garnissent de tours, pour que sur la mer même on puisse combattre comme de dessus un rempart.

3. O vanité humaine! ces proues garnies d'airain et de fer, afin de porter des coups redoutables, peuvent être enchaînées et retenues prisonnières par un chétif poisson d'un demi-pied ! On dit qu'à la bataille d'Actium il retint la galère prétorienne d'Antoine, pressé de parcourir la ligne et d'exhorter les siens, et le força de passer sur un autre bâtiment. La flotte Césarienne, profitant de ces délais, eut l'avantage de l'impétuosité dans l'attaque. De notre temps, il retint le navire de l'empereur Caligula, qui revenait d'Astura à Antium. De la sorte, un petit poisson doit figurer parmi les présages; car à peine ce prince fut-il revenu à Rome, qu'il fut percé par les armes mêmes qui le gardaient.

4. L'immobilité du vaisseau n'avait pas été longtemps un mystère; on en avait compris aussitôt la cause en voyant que de toute la flotte la seule quinquérème de l'empereur n'avançait pas : à l'instant on plongea autour du navire pour chercher ce qui l'arrêtait, et l'on trouva un échénéis attaché au gouvernail ; on le montra à Caligula, indigné qu'un tel obstacle eût ralenti sa marche, et rendu impuissante la bonne volonté de quatre cents rameurs. II est certain que ce qui l'étonna le plus, c'est que ce poisson, qui par son adhérence arrêtait le navire, n'eut plus le même pouvoir lorsqu'il fut dedans. D'après ceux qui le virent alors et ceux qui l'ont vu depuis, il ressemble à un grand limaçon. Nous avons rapporté des opinions diverses quand nous avons parlé de l'échéneis, en traitant des poissons (IX, 41);

5. et nous ne doutons pas que toutes les espèces d'echénéis n'aient la même puissance, comme le témoignent ces conques célèbres consacrées dans le temple de Vénus à Guide (IX, 41), pour avoir pareillement arrêté un vaisseau. Quelques auteurs latins ont donné à l'échénéis le nom de remora (echeneis remora, L.). Chose singulière! parmi les Grecs les uns ont prétendu que porté en amulette, comme nous l'avons dit (IX, 41), il prévient les fausses couches et conduit à terme les femmes disposées à avorter; et les autres, que gardé dans le sel et porté également en amulette il hâte l'accouchement, ce qui lui a fait donner le surnom d'odinolytès (faisant cesser les douleurs puerpérales). Quoi qu'il en soit, après l'exemple d'un navire ainsi retenu, comment révoquer en doute aucune puissance de la nature, aucune de ses forces effectives dans les remèdes fournis par ses productions spontanées?

II. 1. Eh quoi ! sans même l'exemple de l'échénéis, ne suffirait-il pas de citer la torpille (IX, 67), autre habitant de la mer? Même de loin, même touchée seulement du bout d'un bâton ou d'une verge, elle engourdit les bras les plus vigoureux, elle enchaîne les pieds les plus rapides à la course. Si cet exemple nous oblige à confesser qu'il est une force capable d'affecter les membres par l'odeur seule et par une espèce d'exhalaison, que ne devons-nous point espérer de la puissance de tous les remèdes?

III. 1. Ce qu'on raconte du lièvre marin (IX, 72) n'est pas moins admirable ; c'est un poison pour les uns, pris en boisson on en aliment; pour les autres, regardé seulement. Une femme enceinte ne fit-elle qu'apercevoir un lièvre marin femelle est prise aussitôt de nausées et de vomissements, et ne tarde pas à avorter. Le préservatif est le mâle, que l'on fait durcir dans du sel, de manière qu'il puisse être porté dans un bracelet. Ce même être, dans la mer, n'est plus nuisible, même si on le touche. Le seul animal qui le mange sans en mourir, c'est le surmulet; il en est quitte pour devenir mou, et sa chair est alors fade et moins agréable.

2. Les personnes empoisonnées par le lièvre marin sentent le poisson; c'est le premier signe qui décèle cet empoisonnement. Au reste, elles meurent au bout d'autant de jours qu'en a vécu le lièvre; aussi Licinius Macer dit que ce poison n'agit point en temps déterminé.

On assure que dans l'Inde le lièvre marin n'est jamais pris vivant; qu'a son tour il trouve dans l'homme un poison qui le tue, et qu'il meurt touché seulement du doigt dans la mer : là il est beaucoup plus gros, comme aussi tous les autres animaux. IV. 1. Juba, dans ces livres sur l'Arabie qu'il a i adressés à Caïus César, fils d'Auguste, dit qu'il y a des moules dont les coquilles tiennent trois hémines (0 Iitr., 81); qu'un cétacé de six cents pieds de long et de trois cent soixante de large entra dans un fleuve d'Arabie ; qu'on fait commerce de la graisse de cette espèce d'animal, et que dans cette contrée on frotte les chameaux avec la graisse de toute espèce de poisson, pour les préserver des taons (XI, 34, 3) par l'odeur de cette graisse.

V. (II.) 1. Je trouve digne d'admiration ce qu'Ovide a rapporté sur l'instinct des poissons dans son livre intitulé Halieutique. Le scare pris dans la nasse ne cherche pas à s'échapper par la tête, et se garde bien de s'engager dans les osiers perfides; mais il se tourne, à coups de queue il élargit les orifices, et s'échappe de la sorte à reculons : si un autre scare, en dehors de la nasse, l'aperçoit engagé dans ces efforts, il le saisit par la queue, et le seconde ainsi dans ses tentatives de délivrance. Le loup de mer (IX, 24), entouré par le filet, laboure le sable avec sa queue, et s'y enterre jusqu'à ce que le filet soit passé.

2. La murène, loin de fuir les mailles, les recherche, sachant bien qu'avec son dos rond et glissant, et sa souplesse à se replier, elle élargira les ouvertures du filet, et s'échappera. Le poulpe recherche les hameçons, les saisit de ses bras sans les mordre, et ne les quitte pas qu'il n'ait rongé l'amorce tout autour, ou qu'il ne se sente tiré hors de l'eau. Le muge sait très bien aussi qu'il y a un hameçon sous l'amorce, et il n'est pas dupe de l'embûche; inspiré par son avidité, il frappe l'hameçon de sa queue, et fait tomber l'appât.

3. Le loup de mer a moins de prévoyance et d'adresse, mais le remords de son imprudence lui donne un grand courage; car, dès qu'il se sent pris à l'hameçon, il se démène violemment, déchire la plaie, et échappe au piège. Les murènes avalent au delà de l'hameçon, atteignent la ligne de leurs dents, et la coupent. Le même poète rapporte que l'anthias (IX, 85), pris à l'hameçon, se retourne, et coupe la ligne avec une arête tranchante dont il a le dos armé.

4. D'après Licinius Macer, les murènes ne sont que femelles, et elles fraient avec les serpents, comme nous l'avons dit (IX, 39) : en conséquence les pêcheurs, pour les attirer et les prendre, contrefont le sifflement des serpents. Il ajoute qu'elles engraissent dans les eaux battues, qu'un coup de bâton ne les tue pas, mais qu'il suffit de les toucher avec la férule (XX, 98) pour leur donner la mort. Chez elles, la vie réside dans la queue; cela est constant. On les tue très rapidement en les frappant sur cette partie, difficilement en les frappant sur la tête. Ce qui a été touché par le poisson appelé rasoir (le rason), sent le fer. L'orbe (la mole ou meule) est incontestablement le plus dur des poissons; il est rond, sans écailles, et tout tête.

VI. 1. Trébius Niger rapporte que le milvago (IX, 43) annonce changement de temps toutes les fois qu'on le voit voltiger hors de l'eau ; que le xiphias ou espadon ale museau aigu; qu'avec cette arme il perce les vaisseaux et les coule bas dans l'Océan, près d'un endroit de la Mauritanie appelé Cotta, non loin du fleuve Lixus. Le même dit que les calmars s'élancent en si grande quantité hors de l'eau, qu'ils submergent les vaisseaux.

VII. 1. Les poissons viennent manger à la main ; cela se voit dans plusieurs maisons de campagne impériales. Mais ce que les anciens ont rapporté â cet égard, ils l'ont vu avec admiration, non dans les piscines, mais dans les étangs naturels; par exemple, au château d'Elore en Sicile, non loin de Syracuse. Dans la fontaine de Jupiter Labrandéen, les anguilles mangent à la main; elles portent en outre des boucles d'oreilles. Il en est de même à Chios, auprès du temple des Vieillards; en Mésopotamie, dans la fontaine de Chabura, dont nous avons parlé (XXXI, 22 ).

VIII. 1. A Myres, en Lycie, les poissons de la t fontaine d'Apollon Curien viennent, appelés trois fois par la flûte, donner des présages : dévorent-ils avidement les viandes qu'on leur jette, c'est bon signe pour le consultant; c'est mauvais signe s'ils les repoussent avec la queue. A Hiérapolis en Syrie, les poissons du lac de Vénus obéissent à la voix des officiers du temple : Ils viennent, parés d'anneaux d'or; ils flattent pour qu'on les gratte, et tiennent la gueule ouverte pour qu'on y introduise la main. A la roche d'Hercule, sur la côte du territoire Stabien, en Campanie, les mélanures prennent avidement le pain qu'on leur jette dans la mer; mais ils. ne s'approchent d'aucun aliment où il y ait un hameçon.

IX. 1. Voici encore des particularités non moins merveilleuses : les poissons sont amers à l'île de Pelé (V, 38, 2), a Clazomènes, à côté de la roche de Scylla (III,14, 2) en Sicile, à Leptis d'Afrique, sur la côte d'Eubée, à Dyrrachium. Ailleurs ils sont si salés qu'on les prendrait pour des salaisons, autour de Céphalénie, d'Ampélos (IV, 17, 4, ou IV, 20, 3), de Paros et des rochers de Délos: dans le port de cette dernière île, ils ont une saveur douce; différences qu'il faut sans contredit attribuer à l'alimentation. Apion dit que le plus gros des poissons est le porc, appelé orthragoriscos par les Lacédémoniens, et qu'il grogne quand on le prend. De telles variations naturelles de saveur peuvent tenir non à la nourriture, mais, ce qui est plus singulier, à certaines localités; nous en avons un exemple sous la main : il est constant qu'à Bénévent, en Italie, il faut saler de nouveau toutes les salaisons.

X. 1.

Cassius Hémina dit que les poissons de mer ont été en usage à Rome dès sa fondation; je cite textuellement ses paroles : "Numa fit une loi par laquelle il interdisait dans les banquets funéraires l'usage des poissons sans écailles; c'était une loi d'épargne, qui avait pour but de diminuer les frais des festins publics et privés, et des repas près des pulvinaires (sorte de reposoirs); il voulut empêcher qu'en achetant les poissons sans écailles pour les repas funéraires on n'en fit hausser le prix, et qu'on ne les accaparât."

XI. 1. Autant nous attachons de prix aux perles de l'Inde, desquelles nous avons suffisamment parlé (IX, 54), autant les Indiens en attachent an corail. Dans le fait, c'est l'imagination des peuples qui fait le prix de ces choses. Il vient, il est vrai, du corail dans la mer Rouge, mais plus noir que le nôtre. Dans le golfe Persique on nomme le corail lace. Le plus estimé se trouve dans le golfe Gallique, autour des îles Stoechades, et dans la mer de Sicile, autour des îles Éoliennes et du cap Drépanum. Il en vient aussi à Gravisque, et devant Naples de Campanie. A Érythres il est très rouge, mais tendre, et pour cela de peu de prix. Le corail a la configuration d'un arbrisseau; il est de couleur verte;

2. les baies qu'il porte sont blanches et molles sous l'eau; au dehors elles deviennent aussitôt dures et rouges, et ont l'apparence et le volume des cornouilles. On dit qu'il suffit de le toucher pendant qu'il est encore vivant pour le pétrifier, et que pour cette raison on cherche à le prévenir, l'arrachant avec un filet ou le coupant avec un fer bien aiguisé : c'est cette espèce de tonte qui lui a fait, ajoute-t-on, donner le nom de corail (κουρά, tonte). On estime surtout celui qui est le plus rouge et le plus rameux, qui n'est ni raboteux ni pierreux, et, d'un autre côté, sans vides ni trous. Les grains de corail sont aussi estimés dans l'Inde, même par les hommes, que les grosses perles de l'Inde le sont par nos femmes ;

3. leurs aruspices et leurs devins pensent que c'est un amulette excellent pour écarter les périls; de la sorte, le corail est pour eux un objet d'ornement et de religion. Avant qu'on connût la prédilection des Indiens pour le corail, les Gaulois en ornaient leurs glaives, leurs boucliers et leurs casques. Maintenant l'exportation rend cette matière si rare, qu'on ne la voit plus guère dans les pays qui la produisent.

4. Une branche de corail pendue au cou d'un enfant passe pour le mettre en sûreté. Calciné, pulvérisé et bu dans de l'eau, le corail est bon pour les tranchées, les affections vésicales et calculeuses. Pris de la même façon dans du vin, ou, s'il y a de la fièvre, dans de l'eau, il est soporatif. Il résiste longtemps au feu. On ajoute que ce médicament, pris souvent à l'intérieur, consume la rate. Il est excellent pour ceux qui rejettent ou qui crachent du sang. On en incorpore la cendre aux compositions ophtalmiques ; il est en effet astringent et réfrigérant. Il remplit les creux des ulcères; il efface les cicatrices.

XII. 1. Quant à la répugnance des choses entre elles, appelée par les Grecs antipathie, il n'y a rien de plus vénéneux que la pastenague, poisson de mer dont le piquant tue les arbres, comme nous l'avons dit (IX, 72). Cependant le galéos (le milandre) la poursuit. Il donne, il est vrai, la chasse à d'autres poissons, mais particulièrement aux pastenagues, comme sur terre la belette aux serpents, tant ces animaux sont friands du poi¬son même. Les personnes piquées par la pastenague sont guéries par le galéos; elles le sont aussi par le surmulet et le laser.

XIII. (III.) 1. Il faut admirer encore la puissance de la nature dans les animaux qui vivent sur la terre et dans l'eau. Tels sont les bièvres ( VIII, 47), qu'on nomme castors; leurs testicules portent le nom de castoréum. Sextius, auteur très exact en matière médicale, assure que ces animaux, quand on les prend, ne se coupent pas les testicules. Il ajoute que ces organes sont petits, resserrés et adhérents à l'épine, et qu'on ne peut les enlever sans donner la mort à l'animal; qu'on falsifie le castoréum avec les reins du castor, qui sont gros, tandis que les vrais testicules sont très petits; qu'en outre il ne faut pas les confondre avec deux vésicules qu'on ne voit chez aucun autre animal; que dans ces vésicules se trouve une liqueur que l'on conserve en la salant;

2. qu'ainsi on distingue le vrai du faux, parce que le premier est dans deux vésicules suspendues à un cordon commun ; que le vrai même se sophistique avec un mélange de sang et de gomme, ou de gomme ammoniaque; qu'en effet ces follicules doivent avoir la couleur de cette dernière gomme, être revêtus de leur tunique, contenir une liqueur ayant la consistance d'un miel mêlé de cire, répandre une odeur forte, avoir, un goût amer et âcre, et être friables. Le castoréum le plus efficace vient du Pont et de la Galatie, puis de l'Afrique. Flairé, il provoque l'éternuement. Il est soporatif, si on en frotte la tête avec de l'huile rosat et du peucedanum; il produit, bu dans de l'eau pure, le même effet, ce qui le rend utile dans les phrénitis. En fumigation, il réveille les léthargiques ; en fumigation ou en pessaire, il dissipe les suffocations hystériques. Il fait venir les règles et l'arrière-faix, pris à la dose de deux drachmes dans de l'eau, avec du pouliot.

3. Il guérit le vertige, l'opisthotonos, le tremblement, le spasme, les affections nerveuses, la coxalgie, les maux d'estomac, la paralysie, en onction, ou broyé jusqu'à consistance de miel avec la graine du vitex, dans du vinaigre ou de l'huile rosat; on l'emploie de cette dernière façon contre l'épilepsie.

DE PLINE L'ANCIEN

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE.

TOME SECOND. LIVRE XXXII

Traduction française : É. LITTRÉ

LIVRE XXXII, TRAITANT DES REMÈDES QUE FOURNISSENT LES ANIMAUX AOUATIQUES (18). I. Du rémora.

II. De la torpille, vii.

III. Du lièvre marin, v.

IV. Merveilles de la mer Rouge.

V. De l'instinct des poissons.

VI. Propriétés admirables des poissons.

VII. Où ils mangent à la main.

VIII. Où des réponses se donnent par l'intermédiaire des poissons ; et où ils reconnaissent la voix. .

IX. Où les poissons sont amers; où ils sont salés; où ils sont doux. Qu'il y a des sympathies et des antipathies de localités.

X. Quand les poissons de mer ont commencé à être en usage pour la premlère fois. Règlement du roi Numa touchant les poissons.

XI. Du corail ; remèdes et observations, xlix.

XII. De la haine des animaux marins entre eux. Du galéos, du surmulet et de la pastenague.

XIII. Des animaux amphibies. Du castoréum; remèdes et observations, lvi.

XIV. De la tortue ; remèdes et observations, lxvi.

XV. Remèdes tirés des animaux aquatiques, par ordre de maladies.

XVI. Contre les poisons et les maléfices. De la dorade, de l'étoile de mer.

XVII. Contre les morsures de serpent, de chien, et contre les animaux venimeux. Du dragon marin. Des poissons salés. De la sardine. Du cybium.

XVIII. Baudroie. Grenouille. Grenouille rubette ; observations, xxxv.

XIX. Enhydris, vi. Écrevisses de rivière xiv ; écrevisses de mer, vii.- Limaçons d'eau douce, vii. Coracins, iv. Cochons de mer.

XX. Veau marin. Murène. Hippocampe. Hérisson de mer.

XXI. Des huîtres; de leurs espèces; observations et remèdes, lix. Pourpres.

XXII.Algue marine, ii.

XXIII. Pour l'alopécie, les cheveux, et les ulcères de la tète : rat marin. Scorpion marin. Sangsues. Murex. Coquilles, etc.

XXIV. Pour les yeux et les cils : graisse de poisson. Callionyme, Fiel de coracin. Sèche. Ichthyocolle.

XXV. Pour les affections des oreilles : batia, bacchus ou myxon. Poux de mer, etc.

XXVI. Pour les douleurs de dents : chien de mer, etc.

XXVII. Pour les lichens et les taches du visage: Cétacé. Dauphin. Colytie ou corytie. Halcyoneum. Thon, etc.

XXVIII. Pour les scrofules, les parotides, les angines et les affections de la gorge : Mènes. Scolopendre. Sauras. Conque. Silure, etc.

XXIX. Pour la toux et les affections de poitrine.

XXX. Pour les douleurs du foie et du côté. Strombe ou conque longue. Tethée, etc.

XXXI. Pour les affections du ventre : Chou marin. Myaces. Mitule. Péloride. Sériphium. Érythin, etc.

XXXII. Pour la rate, les calculs et les affections de la vessie : Sole, turbot, blendée, ortie de mer, poumon de mer, onyches, etc.

XXXIII. Pour les entérocèles et les affections du siège : De la couleuvre aquatique. De l'hydre. Du muge. De la pélamide, etc.

XXXIV. Pour les tumeurs, pour les affections des parties génitales : Sciène. Perche. Squatine. Smaride, etc.

XXXV. Pour l'incontinence d'urine : Ophidion, etc.

XXXVI. Pour la goutte et les douleurs de jambes : Bièvre. Bryon, etc.

XXXVII. Pour les épileptiques.

XXXVIII. Pour les fièvres : Aselle. Pagre. Baleine, etc.

XXXIX. Pour le léthargus, la cachexie, l'hydropisie.

XL. Pour la brûlure et l'érysipèle.

XLI. Pour les affections des nerfs.

XLII. Pour arrêter le sang et pour en tirer : Polypes. Sangsues, etc.

XLIII. Pour l'extraction des corps étrangers.

XIV. Pour les ulcères, les carcinômes et les charbons

XLV. Pour les verrues et l'âpreté des ongles : Glanis, etc.

XLVI. Pour les maladies des femmes : Glaucisque, etc.

XLVII. Pour faire tomber les poils : épilatoires.

XLVIII. Pour les maladies des enfants.

XLIX. Pour empêcher l'ivresse : Rubellion. Anguille. Raisin de mer.

L. Pour réprimer ou exciter les désirs vénériens : Hippopotamie. Dent decrocodile, etc.

LI. Pour les maladies des animaux.

LII. Des autres animaux aquatiques. Adarca ou calamochnus. Calamus. Encre de sèche, etc.

LIII. Noms de tous les animaux qui vivent dans la mer, clxxvi..

LIV. Noms qui se trouvent dans Ovide.

2 13 ; XXVIII, 23); le surmulet, comme nous l'avons rapporté (XXVIII, 23, 5), en amortit les effets. Ce même poisson, en topique ou en aliment, est bon contre la pastenague, contre les scorpions terrestres et marins, contre les dragons et les araignées phalanges. La tête fraîche de ce poisson, incinérée, est souveraine contre tous les poisons, et en particulier contre les champignons. On dit que si on enduit de sang de renard une étoile de mer, et qu'on la cloue aux linteaux supérieurs de la porte ou à la porte même avec un clou d'airain, les maléfices ne pourront être introduits dans la maison, ou, introduits, seront neutralisés.

XVII. 1. Les blessures faites par les dragons marins (la vive) et les scorpions marins (une scorpène) se guérissent par leur chair même, appliquée sur la lésion ; les morsures des araignées se guérissent de même. En somme, contre tout venin introduit soit en boisson, soit par une piqûre, soit par une morsure, il n'est point de meilleur remède que le bouillon de dragon marin et de scorpion marin. La médecine tire aussi du secours des poissons séchés. Si on a été mordu par un serpent ou piqué par une bête venimeuse, on se trouve bien de manger du poisson salé, de boire des coups de vin pur, et de rejeter le tout par le vomissement vers le soir. Cette recette réussit surtout contre le lézard chalets, et les serpents céraste, seps (XXIII, 29), élops et dipsas. Contre le scorpion il faut prendre le poisson salé en plus grande quantité, ne pas le vomir, et endurer la soif qu'il cause. On l'emploie aussi en topique sur la plaie. On ne connaît pas de remède plus efficace contre la morsure du crocodile. La sardine est bonne en particulier contre la morsure du serpent prester. On emploie encore le poisson salé en topique, contre la morsure du chien enragé; et quand même la plaie n'aurait pas été brûlée à l'aide du fer, et le corps évacué à l'aide de clystères, cela seul suffirait. Le poisson salé est un topique, dans du vinaigre, contre le dragon marin. Le cybium (IX, 18, 2) a la même propriété. Contre le venin du piquant avec lequel blesse le dragon marin, on emploie en topique ou le dragon marin lui-même, ou sa cervelle entière.

XVIll. 1. Le bouillon des grenouilles de mer (baudroies), cuites au vin et au vinaigre, s'administre à l'intérieur contre les venins, contre le venin de la grenouille de buisson et contre les salamandres. Manger la chair des grenouilles de rivière, ou en boire le bouillon, est bon et coutre le lièvre marin et contre les serpents susdits; contre les scorpions, on s'en sert dans du vin. Démocrite assure que si on arrache la langue à une grenouille vivante, sans aucune des parties auxquelles elle tient, et si, après avoir laissé retomber la grenouille dans l'eau, on applique cette langue, à l'endroit où le coeur bat, sur une femme endormie, cette femme répondra vrai à toutes les interrogations.

2. Les mages disent bien d'autres choses; et si leurs assertions étaient vraies, il faudrait regarder les grenouilles comme bien plus utiles à la société que les lois. En effet, on les perce avec un roseau qui va des parties naturelles â la bouche ; le mari fiche le roseau dans le sang menstruel de la femme, et celle-ci se dégoûte de ses amants. Voici qui est avéré : la chair de grenouille mise à l'hameçon est un excellent appât pour les pourpres. On dit que la grenouille a deux foies (XI, 76); qu'il faut les exposer aux fourmis, et que le foie attaqué par ces insectes est un antidote contre tous les poisons. Il est des grenouilles vivant seulement dans les buissons; pour cette raison on les nomme buissonnières, comme nous avons dit (VIII, 48) ; les Grecs leur donnent le nom de phrynes; ce sont les plus grosses de toutes; elles ont comme deux cornes, et sont pleines de maléfices. Les auteurs en racontent à l'envi des merveilles ; si on les apporte au sein du peuple, le silence s'établit.

3. Si on jette dans de l'eau bouillante un petit os qu'elles ont au côté droit, le vase devient froid, et ne peut plus se réchauffer qu'on n'ait ôté ce petit os. On se le procure en exposant la grenouille aux fourmis, qui en rongent les chairs; on garde ces petits os un à un dans l'huile. Il y en a un autre dans le côté gauche; jeté dans de l'eau, il paraît la faire bouillir; on le nomme apocynon (ἀπὸ κυνός, repousse-chien) ; il arrête la furie des chiens. Mis dans la boisson, il excite l'amour et les querelles; en amulette, il est aphrodisiaque. Au contraire, l'osselet du côté droit est un puissant réfrigérant : celui-ci, attaché au malade dans de la peau d'un agneau fraîchement écorché, guérit la fièvre quarte et les autres fièvres ; il réprime l'amour. La rate de ces grenouilles est un antidote contre les poisons qu'on fait avec elles. Leur fiel est encore plus efficace. XIX. 1. Il est une couleuvre qui vit dans l'eau : ceux qui font la chasse des crocodiles portent sur eux la graisse et le fiel de cette couleuvre : c'est pour eux, dit-on, un merveilleux secours, ces monstres n'osant rien entreprendre contre un pareil préservatif, qui est encore plus efficace si on y mêle l'herbe potamogiton (XXVI, 33 ). Les écrevisses de rivières, fraîches, pilées et bues dans de l'eau, ou leur cendre conservée, sont utiles contre tous les poisons, en particulier contre les piqûres des scorpions, avec du lait d'ânesse, ou, si l'on n'en a pas, avec du lait de chèvre ou tout autre lait. Il faut aussi y ajouter du vin. Ces mêmes écrevisses, broyées avec du basilic, tuent les scorpions.

2. Elles ont la même vertu coutre les morsures de tous les animaux venimeux, et en particulier contre la musaraigne, les couleuvres, le lièvre marin et la grenouille buissonnière. Leur cendre conservée est bonne pour ceux que met en danger l'hydrophobie, à la suite de la morsure d'un chien enragé.

Quelques-uns y ajoutent de la gentiane, le tout administré dans du vin. Si l'hydrophobie est déclarée, on fait des pastilles avec cette cendre et du vin, et on les donne à prendre. Si on attache ensemble dix écrevisses avec une poignée de basilic, les mages prétendent que tous les scorpions du lieu se rassembleront autour de ces écrevisses. Sur les piqûres de scorpion, ils appliquent avec le basilic les écrevisses mêmes ou leur cendre.

3. Les écrevisses de mer ont moins de vertu dans tous ces cas. Thrasyllus dit que rien n'est plus opposé aux serpents que les écrevisses; que les cochons piqués se guérissent en en mangeant; que quand le soleil est dans le signe du Cancer les serpents sont au supplice. La chair, crue ou cuite, des escargots de rivière est bonne contre les piqûres des scorpions; plusieurs, à cet effet, en gardent de salée. On s'en sert aussi en topique sur la plaie même. Le coracin (IX, 32) est un poisson particulier au Nil, il est vrai; mais nous écrivons pour l'univers entier. La chair de ce poisson, en topique, est bonne pour les piqûres des scorpions. Parmi les poissons venimeux il faut ranger le porc marin (XX, 9 et 7, 4), qui a dans le dos un piquant causant de très vives souffrances : le remède est le limon ramassé sur le corps même de ce poisson.

XX. 1. Dans l'hydrophobie, suite de la morsure d'un chien enragé, on frotte la face avec de l'huile de veau marin, laquelle est plus efficace si l'on y joint de la moelle d'hyène, de l'huile de lentisque, et de la cire. Un remède contre la morsure des murènes, c'est la cendre de leur tête calcinée. La pastenague sert aussi de remède à la blessure qu'elle fait : on réduit en cendre l'individu qui a piqué ou toute autre, et on applique cette cendre dans du vinaigre. Si on veut en manger, il faut lui ôter du dos tout ce qui est safrané, et retrancher la tête entière. On ne doit la laver que médiocrement, non plus que les testacés; autrement on ôte l'agrément de la saveur. Le poison du lièvre marin est détruit par des hippocampes (IX, 1) pris en breuvage. Les hérissons de mer sont excellents contre le dorycnium (XXI, 105 ). Le bouillon en est particulièrement bon à ceux qui ont été empoisonnés par le suc du carpathium. La décoction des écrevisses de mer passe pour efficace contre le dorycnium ; elle l'est surtout contre le venin du lièvre marin.

XXI. (VI.) 1. Ce venin est aussi combattu par les huîtres. Ce que j'ai déjà dit des huîtres (IX, 79) ne peut paraître suffisant, puisqu'il s'agit d'un mets qui a la palme sur la table des riches. Elles se plaisent aux eaux douces, et aux lieux où plusieurs fleuves se jettent dans la mer; aussi celles de la haute mer sont petites et peu nombreuses: cependant il s'en produit dans des rochers et des endroits fort éloignés des eaux douces, témoin les environs de Grynium et de Myrina. Elles suivent généralement dans leur croissance le cours de la lune, comme nous l'avons dit dans le chapitre relatif aux productions marines (IX, 50, 2); mais c'est surtout au commencement de l'été et quand le soleil pénètre dans les bas-fonds, qu'elles sont pleines de lait (IX, 74, 6).

2. Voici sans doute la raison pour laquelle les huîtres de la haute mer sont plus petites : l'opacité de l'eau arrête leur croissance, et les tient dans un état de tristesse et de dégoût. Les huîtres varient en couleur, rousses en Espagne, brunes en Illyrie, noires de chair et d'écaille à Circéi. Dans tout pays on estime davantage celles qui sont grasses sans être gluantes, et remarquables par leur épaisseur plutôt que par leur largeur. Elles doivent avoir été pêchées, non dans un lieu fangeux ou sablonneux, mais sur un fond ferme; le ligament qui les attache à la coquille doit être court et non charnu; l'huître ne doit pas être frangée sur le bord, et doit tenir tout entière dans le creux de la coquille.

3. Les gourmets ajoutent un caractère: c'est que l'huître soit bordée d'on filet couleur de pourpre. A ce signe ils les reconnaissent comme de bonne qualité, et les nomment callibléphares (belles-paupières). Les huîtres se trouvent bien de voyager, et d'être transportées dans des eaux nouvelles ; ainsi l'on prétend que les huîtres de Brindes, parquées dans l'A verne, tout en conservant leur goût propre, prennent la saveur de celles du lac Lucrin (IX, 79 ). Voilà ce que nous avons à dire sur l'huître même.

4. Parlons maintenant des diverses provenances de ce coquillage, et ne frustrons aucune plage de la gloire qui lui appartient. Mais nous parlerons par une bouche étrangère, par celle d'un homme qui a été le plus habile de notre temps en cette matière; voici les propres paroles de Mucianus : "Les huîtres de Cyzique sont plus grandes que celles du Lucrin, plus douces que celles de la Bretagne, plus sapides que celles du Médoc, plus piquantes que celles de Leptis, plus pleines que celles de Lucus (III, 4, 1 ), plus sèches que celles de Coryphas (V, 32, 2), plus tendres que celles de l'Istrie, plus blanches que celles de Circéi." Mais, n'en déplaise à Mucianus, il n'en est pas de plus agréables ni de plus délicates que ces dernières. D'après les historiens d'Alexandre, il y a dans la mer des Indes des huîtres d'un pied; chez nous, le nomenclateur de je ne sais quel prodigue a nommé certaines huîtres tridacnes (trois fois mordu), voulant faire entendre qu'elles étaient si grosses, qu'il fallait y mordre à trois reprises.

5. Nous rassemblons ici toutes les propriétés médicales des huîtres : elles sont souveraines pour rétablir l'estomac ; elles remédient au dégoût. La sensualité a imaginé de les frapper de neige, confondant ainsi ce qui se trouve au sommet des montagnes et en fond de la mer. Elles relâchent doucement le ventre. Cuites avec du vin miellé, elles guérissent le ténesme qui est sans ulcération. Elles détergent les ulcérations de la vessie.

Cuites toutes closes dans leurs écailles, elles sont merveilleuses pour les catarrhes. La cendre des écailles, incorporée dans du miel, est bonne pour la luette et les amygdales. On s'en sert dans de l'eau pour les parotides, les tumeurs, les duretés des mamelles, les ulcères de la tète. Les femmes s'en servent pour effacer leurs rides. On en saupoudre les parties brûlées; c'est un bon dentifrice. Dans du vinaigre, elle guérit les démangeaisons et les éruptions pituiteuses. Pilée crue, la coquille guérit les scrofules et les engelures des pieds. Les pourpres sont bonnes contre les poisons. XXII. 1. Quant aux algues marines, Nicandre dit que c'est une thériaque (bonne contre les serpents). Il y en a de plusieurs espèces, comme nous avons dit (XXVI, 66 ), savoir, l'algue à feuille longue et large, l'algue à feuille rouge, l'algue à feuille frisée. La plus estimée est celle qui se rencontre dans la merde Crète, près de la terre, sur les rochers. On l'emploie dans la teinture des laines, et elle fixe la couleur d'une manière indélébile. Nicandre recommande de la donner dans du vin.

XXIII. (VII.) 1. La cendre de l'hippocampe (IX, 1), mêlée à du nitre et à du saindoux, ou avec du vinaigre seulement, guérit l'alopécie. La poudre d'os de sèche sert à préparer la peau à l'application des médicaments nécessaires. On guérit encore l'alopécie par la cendre du rat de mer (IX, 35), avec de l'huile; par le hérisson marin calciné avec sa chair; par le fiel du scorpion marin (XXXII, 17); par la cendre de trois grenouilles qu'on calcine vives dans un pot, appliquée avec du miel, et mieux avec de la poix liquide. On noircit les cheveux avec des sangsues qu'on a laissées se putréfier soixante jours dans du vin noir. D'autres recommandent de mettre un setier de sangsues et deux setiers de vinaigre dans un vase de plomb, de laisser ce mélange se putréfier pendant soixante jours, et de s'en frotter les cheveux au soleil. D'après Sornatius, cette préparation est si pénétrante, que sien s'en servant on n'a pas la précaution de tenir de l'huile dans la bouche, les dents deviennent noires. La cendre du test des murex et des pourpres s'applique utilement avec du miel sur les ulcères de la tête; la poudre de la coquille du conchylion (coquillage â pourpre), même non calcinée, fournit avec l'eau un bon topique. Dans la céphalalgie on emploie le castoréum avec le peucédanum (XXV, 70) et l'huile rosat. XXIV. 1. La graisse de tous les poissons, tant d'eau douce que de mer, fondue au soleil et incorporée avec du miel, est excellente pour éclaircir la vue ; il en est de même du castoréum avec le miel. Le fiel du callionyme guérit les taies et les excroissances des yeux. De tous les poissons c'est celui qui a le plus de fiel, opinion que Ménandre exprime aussi dans ses Comédies. Ce poisson s'appelle aussi uranoscope, parce qu'il a les yeux placés sur la tête. Le fiel de coracin (IX, 32) éclaircit la vue. Le fiel du scorpion de mer roux (XXXII, 17), avec de l'huile vieille ou du miel attique, dissipe les cataractes commençantes; il faut faire l'onction trois fois, en laissant quelques jours d'intervalle.

2. La même substance enlève les taies. On prétend que le surmulet en aliment affaiblit la vue. Le lièvre marin est par lui-même vénéneux, mais sa cendre empêche de repousser, après avulsion, les cils nuisibles des paupières ; pour cet usage les plus petits lièvres marins valent le mieux. On emploie aussi les pétoncles salés, broyés avec de la résine de cèdre. Le sang des grenouilles nommées diopètes et calamites, appliqué avec de la larme de vigne sur les paupières, après l'avulsion des cils, produit le même effet. La poudre d'os de sèche appliquée avec du lait de femme guérit le gonflement et la rougeur des yeux ; appliquée seule, elle dissipe les granulations.

3. Ceux qui pratiquent cette opération renversent les paupières; ils ne laissent le médicament que peu de temps; après l'avoir enlevé, ils oignent la partie avec de l'huile rosat, et adoucissent l'inflammation par un cataplasme de pain. La même poudre appliquée dans du vinaigre guérit la nyctalopie. Cette substance, réduite en cendre, fait sortir la cataracte; elle guérit les taies, avec du miel ; les ptérygions, avec du sel et de la cadmie, de chaque une drachme. Elle dissipe aussi les taies chez les bê¬tes de somme. On dit que si l'on frotte les paupières avec les petits os de ce poisson, on les guérit. Les hérissons de mer, dans du vinaigre, font disparaître les épinyctides. Il faut les brûler avec des peaux de vipères et avec des grenouilles, et saupoudrer les boissons avec cette poudre, au dire des mages, qui promettent d'éclaircir la vue à l'aide de cette préparation.

4. On donne le nom d'ichthyocolle à un poisson dont la peau est gluante; la colle qu'on en tire porte le même nom; cette colle enlève les épinyctides. Quelques-uns prétendent que l'ichthyocolle se fait avec le ventre du poisson, et non, comme la colle du taureau, avec la peau. On estime l'ichthyocolle du Pont. Elle est blanche, sans veines, sans écailles, et se fond très rapidement. Pour l'employer il faut la couper en petits morceaux, la . faire tremper dans de l'eau ou du vinaigre pendant un jour et une nuit, puis la piler avec des cailloux de mer, pour qu'elle se fonde plus facilement. On assure qu'elle est bonne dans les douleurs de tête, et pour effacer les rides de la peau.

5. L'oeil droit d'une grenouille pour l'oeil droit, l'oeil gauche pour l'oeil gauche, suspendu au con avec une étoffe d'une laine non teinte, guérissent l'ophtalmie. Si on arrache les yeux pendant la conjonction de la lune, portés également en amulette dans une coquille d'oeuf, ils guérissent les taies. Le reste de la grenouille, en topique, dissipe les meurtrissures. On dit que les yeux d'une écrevisse portés en amulette au cou guérissent l'ophtalmie.

Il est une petite grenouille vivant surtout dans les roseaux et dans les herbages, muette, de couleur verte, et quand les boeufs l'avalent gonflant leur ventre. Si on racle avec une spatule l'humeur de son corps et qu'on en frotte les yeux, cela, dit-on, éclaircit la vue. Quant à la chair même, on en fait un topique en cas de douleur des yeux.

6. Autre recette : On jette quinze grenouilles dans un vase de terre neuf, on les transperce avec un jonc; on mêle l'humeur qui s'écoule alors avec la larme de la vigne blanche (bryonia cretica, L.), et, après avoir ôté les cils nuisibles, on guérit les paupières, instillant avec une aiguille cette préparation dans les endroits où étaient les cils arrachés. Mégès préparait un dépilatoire des paupières en faisant mourir et putréfier dans du vinaigre des grenouilles; et pour cela il employait surtout les grenouilles variées qui naissent en grand nombre pendant les pluies d'automne. On pense que la cendre de sangsues appliquée dans du vinaigre produit le même effet; il faut les calciner dans un vase de terre neuf. Le foie de thon desséché, à la dose de quatre deniers, en onction avec de l'huile de cèdre pendant neuf mois, fait tomber les poils.

XXV. 1. Le fiel du poisson appelé batia (raie), frais ou même gardé dans du vin, est très bon pour les oreilles, ainsi que celui du bacchus (IX, 28), que quelques-uns nomment myxon, et celui du callionyme (uranoscope) instillé avec de l'huile rosat, ou le castoréum avec le suc de pavot. Il y a un animal dit pou de mer (IX, 71); on recommande de le broyer et de l'instiller avec du vinaigre dans les oreilles. La laine teinte avec la pourpre est à elle seule très utile dans ces cas; quelques-uns l'humectent avec du vinaigre et du nitre.

2. Il en est qui recommandent particulièrement contre tous les maux d'oreilles un cyathe d'excellent garum, avec plus d'un cyathe et demi de miel et un cyathe de vinaigre : on fait cuire le tout à un feu doux dans un gobelet neuf; on ôte de temps en temps l'écume avec une plume, et quand il cesse de s'en produire, on instille cette préparation tiède. Si les oreilles sont tuméfiées, les mêmes auteurs recommandent d'adoucir d'abord le mal avec le suc de coriandre. La graisse de grenouille, instillée, apaise sur-le-champ les douleurs. Le jus d'écrevisse de rivière avec de la farine d'orge est très efficace pour les plaies des oreilles. La cendre de coquilles de murex avec du miel, ou de conchylion (XXXII, 23) avec du vin miellé, guérit les parotides.

XXVI. 1. On calme les maux de dents en scarifiant les gencives avec les os du dragon marin (la vive), ou en se frottant une fois par en les dents avec la cervelle de chien de mer cuite et gardée dans de l'huile. Il est aussi très bon de scarifier les gencives avec le piquant de la pastenague; on le broie encore, et, appliqué avec de l'ellébore blanc, il fait tomber les dents sans douleur. On compte parmi les remèdes la cendre de poisson salé calciné dans un vase de terre, à laquelle on ajoute du marbre en poudre. Le vieux cybium (IX, 18, 2), brûlé dans un vase neuf, puis broyé, est bon aussi pour le mal de dents. On recommande également les arêtes de tout poisson salé calcinées, broyées et appliquées.

2. On fait cuire une grenouille dans une hémine de vinaigre, on se lave les dents avec ce sue, et on le garde dans la bouche. Si l'on avait de la répugnance pour cette pratique, Sallustius Dionysius faisait suspendre par les pattes de derrière des grenouilles, de manière que l'humeur découlât de leur bouche dans du vinaigre bouillant, et il faisait répéter cela sur plusieurs grenouilles; à ceux qui avaient l'estomac moins susceptible, il faisait manger les grenouilles dans leur jus. On croit que cette recette guérit surtout les dents mâchelières, et que le vinaigre, préparé comme il a été dit plus haut, raffermit surtout les dents mobiles. Pour ce dernier cas, quelques-uns font macérer dans une hémine de vin deux grenouilles auxquelles on a coupé les pattes, et ils recommandent de laver avec cette préparation les dents branlantes.

3. D'autres conseillent d'attacher les grenouilles entières à la mâchoire; d'autres font cuire dix grenouilles dans trois setiers de vinaigre jusqu'à réduction au tiers, à l'effet de raffermir les dents mobiles. Certains ont fait cuire les coeurs de trente-six grenouilles dans un setier de vieille huile, sous une tourtière de cuivre, et ils ont instillé ce liquide dans l'oreille du côté douloureux de la mâchoire. D'autres ont appliqué sur les dents le foie d'une grenouille, cuit et broyé avec du miel. Toutes les préparations susdites sont plus efficaces avec la grenouille de mer (baudroie). Si les dents sont cariées et donnent une mauvaise odeur, on recommande de faire sécher de la chair d'un cétacé dans un four pendant la nuit, puis d'y ajouter un poids égal de sel, et d'employer ce mélange en dentifrice. Les Grecs nomment enhydris une couleuvre vivant dans l'eau. Avec les quatre dents supérieures de cet animal on scarifie les gencives, quand la douleur occupe les dents supérieures, et vice versa; d'autres se bornent à employer la dent canine. On emploie encore la cendre des écrevisses. Quant a la cendre des murex, elle est un dentifrice.

XXVII. 1. On traite les lichens et les lèpres par la i graisse de veau marin, par la cendre de mènes (sparus mana) avec trois oboles de miel, par le foie de la pastenague cuit dans de l'huile, par la cendre d'hippocampe ou de dauphin appliquée avec de l'eau. Après l'excoriation produite, on emploie un traitement cicatrisant. Quelques-uns rôtissent un foie de dauphin dans un vase de terre jusqu'à ce qu'il s'en écoule une graisse semblable à de l'huile, et ils font des onctions avec cette graisse.

La cendre de la coquille des murex ou des conchylions (XXXII, 23), en topique avec du miel, efface les taches du visage chez les femmes. Elle étend et polit la peau; pour cela on l'applique sept jours, et au huitième on fait une fomentation avec du blanc d'oeuf. Au genre du murex appartiennent les coquilles appe¬lées par les Grecs coluthies ou coryphies; également turbinées, mais beaucoup plus petites, elles ont plus d'efficacité; elles entretiennent la bonne odeur de la bouche.

2. L'ichthyocolle efface les rides de la peau, et l'étend ; pour cela on la fait cuire dans l'eau pendant quatre heures, puis on la broie, et on la réduit en consistance de miel. Ainsi préparée, on la met dans un vase neuf. Quand on veut s'en servir, on en prend quatre drachmes, auxquelles on a joute deux drachmes de soufre, deux d'anchuse et huit d'écume d'argent (litharge) ; on arrose ce mélange d'eau, et on broie le tout ensemble. On applique sur le visage cet enduit, qu'on enlève par ablution au bout de quatre heures. La cendre des os de sèche guérit le lentigo et les autres taches du visage. Elle enlève les chairs fougueuses, et guérit les ulcères humides. On traite les affections psoriques avec une grenouille cuite dans cinq hémines d'eau de mer; il faut laisser réduire la décoction jusqu'à la viscosité du miel.

3. (VIII.) L'alcyoneum est une production de la mer: quelques-uns pensent qu'il vient du nid des alcyons et des céyx (le mâle de l'alcyon); d'autres, de la concrétion de l'écume marine; d'autres, du limon ou d'une certaine substance lanugineuse que la mer fournit. I I y en a de quatre sortes : l'alcyoneum cendré, serré, à odeur forte; l'alcyoneum mou, plus doux au toucher, et dont l'odeur ressemble à celle de l'algue; l'alcyoneum vermiculé et blanc; l'alcyoneum poreux, et semblable à une éponge pourrie.

4. Le meilleur est celui qui est presque pourpre ; on l'appelle aussi Milésien ; mais plus il est blanc, moins on l'estime. Les alcyoneum ont pour propriété d'excorier et de déterger. Pour s'en servir, on les fait calciner, et on les applique sans huile. Ils enlèvent merveilleusement les lèpres, les lichens, le lentigo, avec du lupin et deux oboles de soufre. On se sert aussi de l'alcyoneum pour les taies. Andréas a employé pour les lèpres la cendre d'écrevisses avec de l'huile; Attale, pour les ul¬cérations de la bouche, la graisse fraîche de thon.

XXVIII. 1. La saumure des mènes (XXXIII, 27) et la cendre de leurs têtes, avec du miel, guérit les scrofules. Pour le même mal il est bon de se faire piquer, sans blessure cependant, avec le petit os de la queue du poisson de mer appelé rhina (squatine); il faut faire cela tous les jours, jusqu'à ce que la cure soit complète. La même propriété appartient au piquant de la pastenague et au lièvre marin en topique; mais l'emploi de ces deux moyens ne doit durer qu'un instant. On se sert encore des écailles du hérisson de mer, broyées et appliquées avec du vinaigre; des écailles de la scolopendre de mer (IX, 67 ), dans du miel; de l'écrevisse de rivière, broyée ou calcinée, avec du miel.

2. On a un secours merveilleux dans l'os de sèche broyé, et appliqué avec du vieux oing. Pour les parotides on emploie aussi cette prépa¬ration, ainsi que le foie du saurus, poisson de mer. On va jusqu'à broyer avec du vieux oing des fragments de jarres à salaisons pour les parotides et les scrofules; on emploie de même la cendre de murex dans de l'huile. On traite les raideurs du cou par le pou de mer en boisson à la dose d'une drachme, par le castoréum pris avec du poivre dans du vin miellé, mêlé à une décoction de grenouilles dans de l'huile et du sel, afin qu'on avale le jus de ces grenouilles. On traite de même l'opisthotonos et le tétanos; pour le spasme ou ajoute du poivre.

3. La cendre des têtes de mènes salées, en topique dans du miel, guérit l'angine. II en est de même du suc de grenouilles bouillies dans du vinaigre : ce suc est bon aussi pour les amygdales. Les écrevisses de rivière broyées, une pour une hémine d'eau, guérissent l'angine, en gargarisme, ou en breuvage dans du vin et de l'eau chaude. Le garum appliqué sur la luette avec une cuiller la guérit. Les silures frais ou salés, en aliment, font du bien à la voix.

XXIX. 1. Les surmulets gardés provoquent le vomissement, broyés et pris en breuvage. Le castoréum avec un peu d'ammoniac, pris à jeun dans du vinaigre miellé, est très bon pour l'asthme. La même potion, dans du vinaigre miellé chaud, calme les spasmes de l'estomac. Des grenouilles cuites sur le plat dans leur jus, comme du poisson, passent pour guérir la toux. On les suspend par les pattes, on reçoit leur bave dans un plat, on les ouvre, on leur ôte les entrailles, et en les confit. Il y a une petite grenouille qui monte sur les arbres, et qui de là coasse; si on lui crache dans la bouche et qu'on la lâche ensuite, cela guérit, dit-on, la toux. On recommande aussi pour l'hémoptysie de broyer la chair d'un escargot cru, et de la boire dans de l'eau chaude.

XXX. (IX.) 1. Pour les douleurs du foie on fait périr le scorpion marin( une scorpène) dans du vin que l'on boit. La chair de la conque longue (ou strombe; XXXII, 39), prise dans du vin miellé et de l'eau en égale quantité, ou, s'il y a fièvre, dans de l'eau miellée, produit le même effet. On calme tes douleurs de côté avec des hippocampes administrés grillés, avec les têthes, semblables aux huîtres, pris eu aliment. Dans la coxalgie on donne en lavement de la saumure de silure. On administre pendant quinze jours trois oboles de conques délayées dans deux setiers de vin.

XXXI. 1. Le jus de silures et la torpille en aliment relâchent le ventre. II y a un chou marin (XX, 38) semblable au chou cultivé; mauvais pour l'estomac, il purge très facilement; mais à cause de son âcreté on le fait cuire avec de la viande grasse.

Le court-bouillon de tous tes poissons est relâchant; il est diurétique aussi, surtout avec du vin. Le meilleur se fait avec le scorpion marin, l'iulis (labrus iulis) et tous les saxatiles, pourvu qu'ils n'aient ni mauvaise odeur ni graisse; il faut les faire cuire avec de l'aneth, de l'ache, de la coriandre, du poireau, de l'huile et du sel. Le vieux cybium (IX, 18) est purgatif aussi;

2. il évacue en particulier les crudités, la pituite et la bite. lien est de même des myax (moules ), dont nous allons exposer ici toute l'his¬toire naturelle. Ils se réunissent en tas comme les murex (IX, 60), et vivent au milieu des algues. Ils sont les meilleurs en automne, et là où beaucoup d'eau douce vient se mêler à la mer; aussi estime-t-on le plus ceux d'Égypte. A mesure que l'hiver avance, ils contractent de l'amertume et une coloration rouge. Leur jus passe pour évacuer le ventre et la vessie, déterger les intestins, ouvrir toutes les voies, purger les reins, diminuer le sang et la graisse.

3. Aussi sont-ils très bons aux hydropiques, aux femmes lors de leurs menstrues, aux ictériques, aux goutteux et à ceux qui souffrent des flatuosités, ainsi que dans l'obésité, dans les maladies de la bile, de la pituite, du poumon, du foie, de la rate, et dans tes rhumatismes. Le seul inconvénient, c'est qu'ils irritent la gorge et émoussent la voix. Ils guérissent les ulcères qui sont serpigineux ou qui ont besoin d'être détergés, ainsi que les carcinomes. Calcinés comme les murex et appliqués avec du miel, ils guérissent les morsures faites par les chiens ou par les hommes, les lèpres, le lentigo. Leur cendre, lavée, remédie aux brouillards de la vue, aux granulations, aux taies, aux affections des gencives et des dents, aux éruptions pituiteuses. Les myax servent d'antidote pour le do¬rycnion et l'opocarpathon (XXXII, 20 ).

4. Les myax se subdivisent en deux espèces : les mitules, qui ont un goût de sel et une odeur forte ;les myisces, plus ronds, un peu plus petits, garnis d'aspérités, et qui ont la coquille plus mince et la chair d'une saveur plus douce. La cendre des mitules, comme celle des murex, a une vertu caustique, et s'emploie pour les lèpres, le lentigo et les taches; on la lave comme le plomb, pour l'épaississement des paupières, pour les taies, pour les brouillards de la vue, pour tes ulcères sordides des autres parties, pour les pustules de à la tête.

5. Avec la chair on fait un topique pour les morsures des chiens. Quant aux pélorides (XXXII, 53, 4), elles relâchent le ventre; de même le castoréum, à la dose de deux drachmes, dans de l'eau miellée. Ceux qui veulent une action plus forte ajoutent une drachme de la racine sèche du concombre cultivé et deux drachmes d'aphronitre. Les téthes dissipent les tranchées et les gonflements; on les trouve suçant les feuilles marines ; c'est plutôt une sorte de champignon qu'un poisson. Ils guérissent le ténesme et les affections des reins. Il naît dans la mer une absinthe (XXVII, 29) nommée par quelques-uns seriphium; elle se trouve principalement dans le voisinage de Taposiris d'Égypte. Plus petite que l'absinthe terrestre, elle purge et débarrasse le ventre des animaux parasites.

6. La sèche aussi est purgative ; on la donne à manger, cuite avec de l'huile, du sel et de la farine. Les mènes (XXXII, 27) salées, appliquées à l'ombilic avec du fiel de taureau, sont laxatives. Le jus de poissons cuits sur un plat avec des laitues dissipe le ténesme. Les écrevisses de rivière broyées et bues dans de l'eau resserrent le ventre et sont diurétiques; dans du vin blanc et privées de leurs pattes, elles chassent les calculs, à la dose de trois oboles, avec de ta myrrhe et de l'iris, de chaque une drachme.

7. Le castoréum avec la graine de daucus et de persil, une pincée de chaque, dans quatre cyathes de vin miellé chaud, dissipe l'iléus et les flatuosités; les tranchées, avec de l'aneth dans du vin. Les érythins, en aliment, resserrent le ventre. On traite la dysenterie par les grenouilles cuites avec la scille et disposées en trochisque, ou par leur coeur broyé avec du miel, comme le prescrit Nicératus. Pour la jaunisse il faut vivre avec du poisson salé et poivré, en s'abstenant de toute autre chair.

XXXII. 1. On guérit la rate avec une sole en topique, avec une torpille, avec le turbot vivant, qu'on laisse aller ensuite à la mer. Le scorpion marin, étouffé dans du vin, est un spécifique pour les affections vésicales et calculeuses, ainsi que la pierre qu'on trouve dans sa queue, prise à la dose d'une obole; le foie de l'enhydris (XXXII, 26, 3); la cendre des blendies, avec de la rue. On trouve aussi dans la tète du bacchus (IX, 28) des espèces de petites pierres; prises dans de l'eau, elles sont souveraines pour les calculeux. On recommande l'ortie de mer bue dans du vin, le poumon marin cuit dans de l'eau.

2. Les oeufs de sèche sont diurétiques, et dissipent les humeurs pituiteuses des reins. Les écrevisses de rivière, broyées dans du lait d'ânesse, guérissent très bien les ruptures et les convulsions. Les hérissons de mer, broyés avec leurs épines et bus dans du vin, chassent les calculs; il faut une hémine de vin pour chaque hérisson. On continue ce breuvage jusqu'à ce que les bons effets s'en manifestent. La chair du hérisson est d'ailleurs un aliment profitable pour cette maladie. Les peignes de mer en aliment purgent la vessie; les mâles sont appelés par les uns donax (roseau), par les autres aules (tuyau); les femelles, onyx (ongle). Les mâles sont diurétiques, les femelles ont la chair plus douce et sont d'une seule couleur. Les oeufs de sèche sont également diu¬rétiques, et purgent les reins.

XXXIII. 1. Pour l'entérocèle on emploie le lièvre marin broyé avec du miel.

Le foie de la couleuvre d'eau (XXXII, 19 et 26, 3) et celui de l'hydre (XXIX, 22), broyés et en breuvage, sont bons pour les calculeux. On guérit la coxalgie avec le silure salé, en lavement, après, avoir préalablement évacué le ventre. Si le siège est écorché, on y applique de la cendre de têtes de muge et de surmulet; on les calcine dans un vase de terre; l'application doit se faire avec du miel. La cendre de têtes de mènes (XXXII, 27) est bonne pour les rhagades et les condylomes, ainsi que la cendre de têtes de pélamides (XXXII, 53, 6) salées ou de cybium (IX, 18), avec du miel. La torpille en topique guérit la chute du rectum. La cendre d'écrevisses de rivière, avec de l'huile et de la cire, guérit les crevasses au siège. Les écrevisses de mer produisent le même effet.

XXXIV. 1. Le cocarin salé guérit les tumeurs, ainsi que les intestins et les écailles calcinées de l'ombre; lé scorpion marin, bouilli dans du vin avec lequel on fomente la partie malade. Le test des hérissons de mer, broyé et appliqué avec de l'eau, combat les tumeurs commençantes. La cendre des murex et des pourpres s'emploie dans les deux cas, soit qu'il faille résoudre les tumeurs commençantes, soit qu'il faille les faire aboutir quand elles sont mûres. Quelques-uns composent ainsi ce topique : cire et encens, vingt drachmes; écume d'argent ( litharge), quarante; cendre de murex, dix; huile vieille, une hémine.

2. Tout poisson salé, cuit, appliqué seul, est utile. Les écrevisses de rivière, pilées, dissipent les pustules des parties génitales, ainsi que la cendre de têtes de mènes, et la chair de mènes cuite et appliquée. La cendre de tètes de perche salée, avec du miel, produit le même effet; ou bien la cendre de têtes de pélamide (XXXII, 53, 6), ou bien la cendre de peau de squatine. C'est cette peau qu'on emploie, avons-nous dit (IX, 14), à polir le bois. Ainsi la mer fournit des secours même à l'art du menuisier. On se sert encore des smarides (sparus smaris) en topique; de la cendre de test de murex ou de pourpre, avec du miel : ces coquillages sont plus efficaces calcinés avec leur chair. Les poissons salés cuits avec du miel éteignent en particulier les charbons des parties génitales. Pour le testicule relâché on fait un topique avec la bave d'escargot (XXX, 22, 2).

XXXV. 1. On remédie à l'incontinence d'urine par les hippocampes grillés et pris plusieurs fois en aliment ; par l'ophidien, petit poisson semblable au congre, qu'on donne avec un oignon de lis; par de petits poissons qu'on retire du ventre de celui qui les a avalés, et qu'on calcine: il faut boire cette cendre dans de l'eau. On recommande aussi de brûler ( XXX, 22) des escargots d'Afrique avec leur chair, et d'en avaler la cendre dans du vin de Signia.

XXXVI. 1. Pour la goutte et les maladies des articulations on se sert de l'huile dans laquelle ont bouilli des intestins de grenouilles. On se sert aussi de la cendre de grenouilles buissonnières avec de la vieille graisse; quelques-uns ajoutent de la cendre d'orge, et mettent égale dose de ces trois ingrédients. On recommande aussi pour la goutte aux pieds de frotter la partie malade avec un lièvre marin frais; de se chausser avec des souliers de peau de castor, principalement de castor du Pont, ou bien de peau de veau marin., animal dont la graisse est utile aussi, de même que le bryon, dont nous avons parlé (XXVII, 33); il ressemble à la laitue, mais il a les feuilles plus rugueuses, et est sans tige.

2. La propriété en est styptique; en topique, il adoucit les fluxions goutteuses. Il en est de même de l'algue, dont nous avons aussi parlé (XXVI, 66) ; il faut avoir la précaution de ne pas l'appliquer sèche. On guérit les engelures avec le poumon marin, avec la cendre d'écrevisses de mer dans de l'huile, avec les écrevisses de rivière pilées, pétries dans de la cendre et de l'huile, et avec de la graisse de silure. Dans les articulations on calme les fluxions avec des grenouilles fraîches appliquées de temps en temps; quelques-uns recommandent de les mettre fendues par le milieu. Le suc des moules et des coquillages donne de l'embonpoint.

XXXVII. 1. Les épileptiques, comme nous l'avons dit (VIII, 49 ), boivent de la présure de veau marin avec du lait de cavale ou d'ânesse, ou avec du suc de grenade; quelques-uns la prennent avec du vinaigre miellé; d'autres en font des pilules sans rien autre, elles avalent. Le castoréum, dans trois cyathes de vinaigre miellé, s'administre à jeun. En lavement, il est excellent pour ceux qui ont de fréquents accès : il faudra prendre deux drachmes de castoréum, un setier de miel et d'huile, et autant d'eau. Dans l'accès même, il est utile de le faire flairer avec du vinaigre. On donne encore le foie de la belette marine (la lote), et le sang de rat ou de tortue.

XXXVIII. (X.) 1. On coupe les fièvres réglées en faisant manger du foie de dauphin avant l'accès; on fait mourir des hippocampes dans de l'huile rosat, avec laquelle on se frotte dans les fièvres froides ; on les fait porter aussi en amulette aux malades. On fait porter de même dans un linge les petites pierres qu'on trouve dans la tête du poisson asellus (IX, 28) lors de la pleine lune. On. attribue la même vertu à la plus longue dent du pagre de rivière (IX, 24), suspendue avec un cheveu, pourvu que le malade soit cinq jours sans voir celui qui aura attaché cet amulette. Pour guérir de la fièvre quarte, on choisit un carrefour; là, on fait bouillir dans de l'huile des grenouilles; on en jette les chairs, et on frotte les malades avec cette décoction.

2. Il en est qui étouffent les grenouilles dans de l'huile, les attachent au malade à son insu, et le frottent avec l'huile. Le coeur des grenouilles porté en amulette diminue le froid des fièvres, ainsi que l'huile dans laquelle on a fait cuire leurs entrailles.

Mais le meilleur remède pour les fièvres quartes, c'est de porter en amulette soit des grenouilles auxquelles on a retranché les doigts, soit le foie ou le coeur de la grenouille buissonnière dans une étoffe de couleur cendrée. Les écrevisses de rivière broyées dans de l'huile et de l'eau sont utiles dans les fièvres, si avant l'accès on frotte le malade avec ce mélange ; quelques-uns y ajoutent du poivre. D'autres recommandent dans les fièvres quartes de boire à la sortie du bain une décoction de ces écrevisses dans du vin, réduite au quart ; d'autres prescrivent d'avaler l'oeil gauche d'une écrevisse.

3. Les mages promettent la guérison de la fièvre tierce si avant le lever du soleil on attache en amulette au malade les yeux d'écrevisses, qu'on rejette à l'eau ainsi aveuglées. Ils assurent que ces mêmes yeux portés en amulette, avec de la chair de rossignol dans un morceau de peau de cerf, chassent le sommeil et tiennent éveillé. Quand des malades tournent à la léthargie on leur fait flairer de la présure de baleine ou de veau marin; d'autres emploient chez les léthargiques le sang de tortue en topique, la fièvre tierce, dit -on, se guérit par les vertèbres de perches, portées en amulette. La fièvre quarte, par des escargots de rivière frais, en aliment ; quelques-uns, pour cet usage, les conservent dans du sel, et les donnent, broyés, en breuvage.

XXXIX. 1. Les strombes putréfiés dans du vinaigre excitent par leur odeur les léthargiques ; ils sont utiles aussi dans la maladie cardiaque. Les cachectiques qui maigrissent et dépérissent se trouvent bien des têthes (XXXII, 30) avec la rue et le miel. On traite l'hydropisie par la graisse de dauphin fondue, qu'on fait boire avec du vin : comme cette substance a un goût répugnant, on y remédie en mettant sous les narines un peu d'essence ou d'odeur, ou en les obturant d'une manière quelconque. La chair de strombe, pilée et donnée dans trois hémines de vin miellé et autant d'eau, ou, s'il y a fièvre, dans de l'eau miellée, est bonne encore aux hydropiques, ainsi que le jus d'écrevisses de rivière avec du miel.

2. On emploie la grenouille d'eau cuite dans du vin vieux et de la farine, la chair en aliment et la décoction en breuvage, ou bien une tortue à laquelle on coupe les pattes, la tête, la queue, qu'on vide, et qu'on assaisonne suffisamment pour en ôter la fadeur. Les écrevisses de rivière, cuites dans leur jus, passent pour être bonnes aux phtisiques.

XL. 1. La cendre d'écrevisses de mer ou de rivière, avec de l'huile, guérit les brûlures; avec de l'ichthyocolle et de la cendre de grenouilles, les brûlures faites par l'eau bouillante. Ce traitement fait même revenir les poils, pourvu que la cendre soit d'écrevisses de rivière; et on pense qu'il faut l'incorporer avec de la graisse d'ours et de la cire. La cendre de peau de castor est un bon topique. Des grenouilles vivantes, appliquées par le ventre, éteignent l'érysipèle : on recommande de les assujettir par les pattes de derrière, afin de les faire haleter davantage et de les rendre plus utiles. On se sert aussi de la cendre de tètes de silure, de la cendre de poisson salé, dans du vnaigre. On guérit le prurit et la gale, non seulement de l'homme, mais encore des quadrupèdes, avec le foie de la pastenague cuit dans de l'huile.

XLI. 1. L'opercule des pourpres, broyé, agglutine les nerfs, même coupés en travers. Dans le tétanos on se trouve bien de prendre, dans du vin, de la présure de veau marin à la dose d'une obole, ainsi que de l'ichthyocolle. Pour le tremblement on se frotte avec du castoréum dans de l'huile. Je trouve que le surmulet pris en aliment attaque les nerfs.

XLII. 1. Le poisson, en aliment, passe pour augmenter le sang. Le polype, broyé et appliqué, arrête les hémorragies; on ajoute sur ce dernier les particularités suivantes : Il rend de lui-même une saumure; par conséquent on est dispensé d'en mettre en le faisant cuire; il faut le couper avec un roseau; en effet, il est gâté par le fer, qui le détériore, étant de nature antipathique. Pour arrêter les hémorragies, on emploie encore en topique la cendre de grenouille ou le sang desséché; quelques-uns recommandent cette grenouille que les Grecs nomment calamite, parce qu'elle vit parmi les roseaux et les arbrisseaux; c'est la plus petite et la plus verte de toutes; on prescrit d'en employer le sang et la cendre.

2. D'autres ordonnent, s'il s'agit d'une épistaxis, d'injecter dans les narines la cendre de jeunes grenouilles d'eau ayant encore leur queue, calcinées dans un vase neuf. On use, en différentes circonstances, des sangsues pour ôter du sang; elles ont pour objet, comme les ventouses médicinales, de tirer le sang superflu et d'ouvrir les pores.

L'inconvénient, c'est que tous les ans, vers la même époque, on sent renaître le besoin d'y avoir recours. Plusieurs médecins ont pensé que les sangsues pouvaient être employées dans la goutte. Elles se détachent par satiété et par le poids du sang qu'elles ont sucé, ou bien on les fait tomber en les saupoudrant de sel.

3. Quelquefois cependant elles laissent leur tête dans la plaie, ce qui la rend incurable; et cet accident a causé la mort de plusieurs personnes, notamment de Messalinus (X, 27), patricien consulaire, qui s'était fait appliquer des sangsues aux genoux. Au lieu d'apporter un remède elles apportent un poison, et ce sont surtout les rousses que l'on redoute pour cela. Aussi on les coupe avec des ciseaux dès qu'elles ont commencé à sucer, et le sang coule ensuite comme par un tube. Les têtes des sangsues ainsi coupées se contractent peu à peu, et elles ne restent point dans la plaie. La sangsue est antipathique (XXIX, 17) aux punaises, que l'on tue â l'aide d'une fumigation de sangsues.

La cendre de peau de castor, brûlée avec de la poix liquide, arrête les épistaxis; on la pétrit avec du suc de poireau. XLIII. 1. Pour retirer les traits engagés dans les chairs on emploie la cendre d'os de sèche, celle de test de pourpre dans de l'eau, la chair de poisson salé, les écrevisses de rivière broyées, la chair du silure de rivière en topique, fraîche ou salée : ce poisson se trouve dans le Nil (IX, 17 ) et dans d'autres fleuves; sa cendre et sa graisse ont la même propriété; la cendre de son épine dorsale tient lieu de spodium (XXXIV, 33). XLIV. 1. On traite les ulcères serpigineux on fongueux par la cendre de têtes de mènes (XXXII,. 27.) on de silures; tes carcinomes, par la tête de perche salée, ce qui est plus efficace si on ajoute du sel à la cendre de ces perches, et qu'on la pétrisse avec la sarriette à tête (XX, 65) et l'huile. La cendre d'écrevisses de mer brûlées avec du plomb arrête les carcinomes; celle d'écrevisses de rivière, avec du miel et de la charpie de lin, est bonne aussi pour cet usage; quelques-uns aiment mieux mêler à la cendre de l'alun et du miel. On traite les ulcères phagédéniques par le silure salé, et pilé avec de la sandaraque; les ulcères cacoèthes, les nomes, les ulcères putrides, par le cybium (IX, 18) vieux.

2. 1. Les vers qui s'y engendrent se détruisent par le fiel de grenouille. On dilate et on dessèche les fistules en y introduisant de la chair de poisson salé avec une tente. Cette chair, pétrie en forme d'emplâtre et appliquée, dissipe en deux jours toutes les callosités et les ulcères putrides et serpigineux. L'alex (XXXI, 44) aussi déterge, dans de la charpie, les ulcères; de même la cendre du test des hérissons de mer. Les coracins salés, en topique, dissipent les charbons; il en est de même de la cendre des surmulets salés. Quelques-uns emploient la tête seulement du surmulet avec du miel ou la chair du coracin. La cendre des murex, avec de l'huile, enlève les tumeurs ; le fiel du scorpion marin, les cicatrices. XLV. 1. Pour ôter les verrues on emploie en topique le foie de glanis (IX, 67), la cendre de têtes de mènes broyée avec de l'ail (ces substances doivent être crues pour les thymia ou boutons verruqueux), le fiel du scorpion marin roux, les smarides broyées. L'alex bouilli et la cendre de mènes guérissent les ongles rugueux.

XLVI. 1. Les femmes se procurent abondance de lait en prenant des glaucisques dans leur jus, des smarides (XXXII, 27) dans de l'eau d'orge, ou bouillies avec du fenouil. La cendre de test de murex ou de pourpre, avec du miel, est efficace pour la guérison des mamelles. En topique, les écrevisses de rivière ou celles de mer ont la même vertu. La chair de murez, en topique, guérit la maladie appelée poil (XXVI, 92). Les squatlnes en topique empêchent l'accroissement des mamelles. De la charpie enduite de graisse de dauphin et enflammée fait revenir les hystériques; il en est de même des strombes putréfiés dans du vinaigre.

2. La cendre de tête de mène ou de perche, avec du sel, de la sarriette et de l'huile, guérit la matrice; en fumigation elle fait sortir l'arrière-faix. On Instille la graisse de veau marin fondue dans les narines des femmes pâmées par suffocation hystérique; pour le même cas on emploie en topique la présure de cet animal dans de la laine. Le poumon marin en amulette procure très bien l'écoulement des menstrues; il en est de même des hérissons de mer broyés vivants, et pris dans du vin doux. Les écrevisses de rivière broyées dans du vin, et avalées, arrêtent le flux menstruel. Le silure, particulièrement celui d'Afrique, en fumigation facilite, dit-on, l'accouchement.

3. Les écrevisses prises dans de l'eau arrêtent le flux menstruel; avec de l'hysope elles procurent la bonne évacuation des règles. Si la mère suffoque dans l'accouchement, elles sont encore utiles en breuvage. On les administre, soit fraîches, soit sèches, en boisson, pour empêcher l'avortement. Hippocrate se sert, pour la purgation menstruel le et pour les foetus morts, de cinq écrevisses qu'on broie avec la racine de patience, avec de la rue et du noir de fumée, et qu'on administre dans du vin miellé. Les écrevisses, cuites dans leur jus avec de la patience et de l'ache, facilitent la purgation menstruelle et donnent abondance de lait.

4. Dans une fièvre accompagnée de douleurs. de tête et de pulsations dans les yeux, chez Ire femmes, on dit qu'elles sont utiles, administrées dans du vin astringent. Le castoréum, dans du vin miellé, est bon pour les règles. Dans la suffocation hystérique on le fait flairer avec du vinaigre et de la poix, ou on en fait des trochisques qu'on emploie en pessaires. Pour l'arrière-faix, il est avantageux de s'en servir avec le panax dans quatre cyathes de vin, et quand on a souffert du froid, à la dose de trois oboles. Mais si une femme enceinte marche sur du castoréum ou sur un castor, on dit qu'elle avorte, et que si on en porte par-dessus elle, l'accouchement devient périlleu. Ce que je trouve au sujet de la torpille est merveilleux : si on la prend la lune étant dans la Balance, et qu'on la garde trois jours en plein air, elle procure dans la suite un accouchement facile toutes les fois qu'on l'apporte près d'une femme en travail.

5. Le piquant de la pastenague, attaché à l'ombilic, passe aussi pour favoriser l'accouchement; il faut l'arracher à une pastenague vivante, que l'on rejette ensuite dans la mer. Je trouve que ce qui est appelé ostracium par quelques-uns et par d'autres onyx (opercule des murex) (XXXII, 41), en fumigation, est très bon pour les suffocations hystériques, qu'il a l'odeur du castoréum, et qu'il est plus efficace si on le brûle avec cette substance ; que, incinéré, il guérit les vieux ulcères cacoèthes.

Quant aux charbons et aux carcinomes des parties naturelles des femmes, rien, dit-on, n'est plus efficace qu'une écrevisse femelle broyée avec de la fleur de sel, après la pleine lune, et appliquée avec de l'eau.

XLVII. 1. On emploie comme épilatoire le sang, le fiel, le foie du thon, soit frais, soit gardé; le foie même broyé, et conservé avec de la résine de cèdre dans nue boîte de plomb. Salpé, la sage-femme, a indiqué ce moyen pour déguiser l'âge des jeunes esclaves. La même propriété appartient au poumon de mer, au sang et au fiel du lièvre marin, et au lièvre marin même étouffé dans de l'huile; à la cendre d'écrevisse et à la cendre de scolopendre de mer, avec de l'huile; à l'ortie de mer, broyée dans du vinaigre scillitique; à la cervelle de torpille, appliquée avec de l'alun le sixième jour de la lune.

2. La sanie de la petite grenouille que nous avons décrite dans le traitement des yeux (XXXII, 24, 5) est un épilatoire très efficace, si on l'applique récente; ainsi que la grenouille même, séchée, broyée, puis cuite dans trois hémines, jusqu'à réduction an tiers, ou cuite avec de l'huile en même quantité dans un vase de cuivre. D'autres composent un épilatoire avec quinze grenouilles, par le procédé employé dans le chapitre des yeux (XXXII, 24). Les sangsues grillées dans un vase de terre, et appliquées avec du vinaigre, ont la même propriété dépilatoire : cette fumée portée par ceux qui les grillent sur les punaises tue cet insecte (XXXII, 42, 3). Je trouve des exemples de l'emploi, pendant plusieurs jours, du castoréum dans du miel, comme dépilatoire. Nul dépilatoire ne doit être appliqué qu'après révulsion préalable des poils.

XLVIII. 1. On soulage considérablement les enfants qui sont dans la dentition et qui ont mal aux gencives, en frottant ces parties avec la cendre des dents d'un dauphin, ou en les touchant avec la dent même du dauphin. Une dent de cet animal, en amulette, empêche les terreurs soudaines; la dent du chien de mer a la même propriété. Quant aux ulcères qui se produisent dans les oreilles ou dans toute autre partie du corps, on les guérit par le jus d'écrevisses de rivière avec de la farine d'orge. Ces écrevisses, broyées dans de l'huile, sont, en friction, utiles pour les autres maladies. Une éponge humectée souvent avec de l'eau froide, une grenouille appliquée par le dos sur la tête, sont des remèdes très efficaces pour le siriasis des enfants (inflammation cérébrale) : on assure qu'en retirant la grenouille on la trouve desséchée.

XLIX. 1. Le surmulet étouffé dans du vin, ou le poisson rubellio (ou érythin, IX, 23), ou deux anguilles, ou la grappe de mer (IX, 1, 3), pourris dans du vin, font, quand on boit de cette préparation, prendre le vin en aversion.

L. 1. Comme anaphrodisiaques, on a l'échénéis (IX, 41 ), ta peau du côté gauche du front de l'hippopotame attachée dans de la peau d'agneau, le fiel d'une torpille vivante appliqué sur les parties génitales. Sont au contraire aphrodisiaques, la chair d'escargots de rivière conservée dans du sel et administrée dans du vin, l'érythin pris en aliment, le foie d'une grenouille diopète ou calamite attaché dans de la peau de grue, une dent mâchelière de crocodile attachée au bras, ou encore un hippocampe, ou les nerfs d'une grenouille buissonnière attachés au bras droit. On cesse d'aimer une personne si l'on porte une grenouille buissonnière dans de la peau d'un mouton récemment écorché.

LI. 1. Une décoction de grenouilles dans de l'eau, et réduite jusqu'à consistance de liniment, guérit la gale des chevaux. On dit qu'un cheval ainsi traité n'est plus atteint de la gale. Salpé assure qu'un chien perd la faculté d'aboyer si on lui fait avaler dans un gâteau une grenouille vive. LII. 1. Parmi les productions des eaux il faut aussi parler du calamochnus (XVI, 66, 3 ), nommé en latin adarca; il s'engendre, autour des petits roseaux, du mélange de l'écume d'eau douce et de l'écume d'eau de mer. II a une propriété échauffante. Aussi est-il bon dans les médicaments acopes (délassants) et contre les frissons. Il efface le lentigo sur le visage des femmes.

2. L'adarca nous donne occasion de parler aussi des roseaux. La racine du roseau phragmites (XVI, 66 ; XXIV, 50 ) pilée fraîche guérit les luxations; en topique avec du vinaigre, elle guérit les douleurs dorsales. L'écorce du roseau cyprien, nommé aussi donax, incinérée, guérit l'alopécie et les vieux ulcères. Les feuilles sont bonnes pour l'extraction des corps étrangers enfoncés dons les chairs, et pour l'érysipèle. La fleur de sa panicule entrée dans l'oreille rend sourd (XXIV, 50).

3. L'encre de la sèche a tant de force, que, au dire d'Anaxilaus, si on en met dans une lampe, la, lumière est changée, et toutes les personnes paraissent des Éthiopiens. La grenouille buissonnière, cuite dans de l'eau et donnée en breuvage, guérit les maladies des pourceaux, comme fait aussi la cendre d'une grenouille quelconque. Si on frotte du bois avec un poumon marin, ce bois parait tout en feu, tellement qu'il pourrait servir de torche.

LIII. (XI.) 1. Après avoir complété l'exposition des propriétés des animaux aquatiques, il ne parait pas hors de propos de donner la liste des poissons vivant dans le sein de tant de mers si vastes, qui s'enfoncent dans l'intérieur des terres à une profondeur de tant de milliers de pas, et qui, presque aussi grandes que le monde même, en occupent l'extérieur. Ces animaux sont au nombre de cent soixante-quatorze espèces. Je les indiquerai nom par nom, ce qu'on ne saurait faire à l'égard des animaux terrestres et des oiseaux. En effet, nous ne connaissons pas les quadrupèdes ni les oiseaux de l'Inde entière, de la Scythie, de l'Éthiopie et dés déserts; et cependant pour l'homme même les variétés que nous avons pu trouver sont très nombreuses.

2.

En breuvage on s'en sert contre les flatuosités, les tranchées et les poisons; seulement, suivant l'espèce de poison, on l'incorpore différemment : contre les scorpions, on le fait boire dans du vin; contre les phalanges et les autres araignées, dans du vin miellé, si on veut provoquer le vomissement, ou, si on veut le faire garder, avec de la rue; contre le lézard chalets (XXIX, 32 ), avec du vin de myrte; contre le céraste et le prester, avec le panax ou la rue, dans du vin; contre les autres serpents, avec du vin.

4. La dose suffisante est deux drachmes de castoréum sur une drachme des autres ingrédients. II est bon en particulier contre le gui, dans du vinaigre ; contre l'aconit, dans du lait ou de l'eau; contre l'ellébore blanc, dans de l'eau miellée et nitrée. Il guérit aussi les maux de dents : pour cela on le broie et on l'injecte avec de l'huile dans l'oreille du côté souffrant. Il vaut mieux pour les douleurs d'oreilles, si on le mêle au méconium (sorte d'opium; XX, 76, 4 ). En onction avec du miel attique, il éclaircit la vue; dans du vinaigre, il arrête le hoquet. L'urine même du castor combat les venins, et, pour cette raison, on l'Incorpore dans les antidotes. D'après l'opinion de quelques-uns, on ne saurait mieux la conserver que dans la vessie même de l'animal.

XIV. (IV.) 1. Les tortues sont également amphibies, et leurs propriétés ne sont pas moindres, méritant d'ailleurs une place honorable, soit à cause de l'emploi de leur écaille (IX, 12 ), soit à cause de la singularité de leur conformation. On distingue les tortues en terrestres, marines, tortues des eaux fangeuses, tortues d'eau douce ; ces dernières sont appelées, par certains Grecs, émydes. La chair des tortues de terre s'emploie particulièrement en fumigation, et on la dit salutaire pour écarter les artifices magiques et pour combattre les poisons. Ces tortues abondent en Afrique; là, dit-on, on leur coupe la tête et les pattes, et on les donne en antidote.

2. On ajoute que mangées dans leur propre jus elles dissipent les écrouelles, les maladies de la rate, et l'épilepsie. Le sang éclaircit la vue et enlève la cataracte. On met ce sang en pilules dans de la farine, on le garde, et, quand il en est besoin, on le donne dans du vin contre le venin de tous les serpents, des araignées et autres animaux venimeux. Il est avantageux d'employer contre la cataracte, en onction, le fiel de tortue avec du miel attique, et de l'instiller dans la piqûre des scorpions. La cendre de la carapace, pétrie avec du vin et de l'huile, guérit les crevasses et les ulcérations des pieds. Les raclures de la superficie de l'écaille, données en boisson, sont antiaphrodisiaques; ce qui est d'autant plus étonnant, que la poudre de la carapace entière passe pour être un aphrodisiaque actif.

3. Quant à l'urine de tortue, je ne pense pas qu'on puisse se la procurer autrement qu'en ouvrant l'animal vivant. Parmi les prodiges que les mages en racontent, il y a ceci, qu'elle est souveraine contre la piqûre de l'aspic, mais plus efficace encore si on y mêle des punaises. Les oeufs de tortue durcis s'appliquent sur les tumeurs scrofuleuses, et sur les ulcères produits par la brûlure ou par le froid.

4. On les fait avaler pour les douleurs d'estomac. La chair de la tortue de mer, mêlée avec celle de la grenouille, est un remède admirable contre la salamandre. Le fait est que rien n'est plus contraire à la salamandre que la tortue. Le sang guérit le vide de l'alopécie, le parrigo, et tous les ulcères de la tête ; il faut le laisser dessécher, et ensuite le laver doucement. Pour les douleurs d'oreilles, on l'instille avec du lait de femme. Contre l'épilepsie, on le mange dans de la fleur de farine : on mêle trois hé mines de ce sang avec une hémine de vinaigre. On le donne aussi dans l'asthme, mais avec une hémine du vin. Pour ce dernier cas, on le donne encore avec la farine d'orge, mêlé aussi à du vinaigre; et de ce mélange on fait prendre gros comme une fève : cela se prend matin et soir; puis, au bout de quelques jours, deux fois le soir. Dans l'accès même de l'épilepsie, s'il n'est pas violent, on fait desserrer les dents au malade, pour lui instiller de ce sang dans la bouche.

5. Dans le spasme, on le donne en lavement avec du castoréum. Quiconque se frotte trois fois par an les dents avec du sang de tortue n'en souffre jamais. Ce sang dissipe l'asthme et ce qu'on nomme orthopnée; pour cette dernière affection, on le donne dans la polenta. Le fiel de tortue éclaircit la vue, efface les cicatrices, guérit les amygdalites, les angines, et toutes les affections de la bouche. Il est spécifique pour les ulcères rongeants de cette partie et des testicules. Appliqué aux narines, il fait redresser sur leurs pieds les épileptiques ; mêlé au vinaigre avec la vieille peau des couleuvres, c'est un remède unique pour la suppuration des oreilles :

6. quelques-uns ajoutent du fiel de boeuf et du bouillon de tortue, mettant également une vieille peau de couleuvre; mais ils font consommer la tortue dans du vin. Le fiel appliqué avec du miel guérit toutes les affections des yeux. Le fiel de la tortue de mer, avec le sang de la tortue de rivière et du lait, guérit même les cataractes. Le fiel teint les cheveux des femmes.

7. Contre la salamandre, il suffit de boire le bouillon de la chair de tortue. La troisième espèce de tortue vit dans la bourbe et les marais. Cette tortue a la carapace semblable au plastron, et non pas bombée; elle est désagréable à voir. Cependant on en tire aussi quelques secours médicinaux; on en jette trois dans un feu de sarment; aussitôt que leurs écailles s'ouvrent, on les retire du feu; alors on arrache leur chair, qu'on fait cuire dans un conge d'eau avec un peu de sel.

8. On fait cuire jusqu'à réduction au tiers, et cette décoction s'administre à l'intérieur pour la paralysie et la goutte. Le fiel évacue la pituite et le sang corrompu; bu dans de l'eau froide, il resserre le ventre. Les tortues de la quatrième espèce vivent dans les rivières. On les dépouille de leur écaille; on broie leur graisse avec l'herbe nommée aizoon, en y joignant de l'huile de lis et de la graine de lis. Avec cette préparation on oint les malades, excepté la tête, avant l'accès, puis on les enveloppe bien et on leur fait boire de l'eau chaude : cette recette guérit, dit-on, la fièvre quarte. On ajoute que la tortue doit être prise au quinzième jour de la lune, pour qu'on y trouve plus de graisse, et que le malade doit être oint le seizième. Le sang de cette même espèce de tortue, versé goutte à goutte sur la tête, dissipe la céphalalgie; il guérit aussi les scrofules.

9. Quelques-uns recommandent de recevoir dans un vaisseau de terre neuf le sang de la tortue, que l'on renverse sur le dos, et à laquelle on coupe la tête avec un couteau de cuivre; ils disent que le sang ainsi recueilli, de quelque espèce qu'il provienne, est bon pour l'érysipèle, pour les ulcères humides de la tête et les verrues. Les mêmes auteurs assurent que la fiente de toutes les tortues dissipe les tumeurs. Ajoutons une particularité, tout incroyable qu'elle est : quelques-uns prétendent que des navires qui portent la patte droite d'une tortue marchent plus lentement.

XV. 1. Maintenant nous allons ranger les poissons par maladies, non que nous ignorions que l'exposition de toutes les propriétés d'un animal est plus agréable et excite plus d'admiration; mais la méthode que nous suivons est plus utile ; elle offre les remèdes par maladies; et, de fait, tel remède convient à tel individu et ne convient pas à tel autre, et tel remède se trouve eu tel lieu plus facilement qu'en tel autre.

XVI. (V.) 1. Nous avons dit en quelle contrée se produisait le miel vénéneux (XXI, 44) : la chair de la dorade en est l'antidote. Le miel, même pur, cause quelquefois de l'anorexie, et une indigestion qui est très grave : coupez les pattes, la tête et la queue d'une tortue, faites-la bouillir, et vous vous guérirez, d'après Pélops. Dans le même cas, Apellès prescrit le scinque. Ce qu'est le scinque, nous l'avons dit (VIII, 38; XXVIII, 30). Nous avons aussi indiqué à plusieurs reprises combien les menstrues des femmes sont vénéneuses (VII,

Ajoutons Taprobane et les autres îles de l'Océan dont on raconte des fables. Certes on conviendra qu'il est impossible de comprendre toutes les espèces d'animaux dans un seul tableau. Mais dans l'Océan, tout immense qu'il est, il n'existe rien qui ne soit connu et, chose singulière, les productions que la nature a cachées dans les profondeurs sont les moins ignorées. Commençons par les monstres. On trouve les arbres, les physétères, les baleines (IX, 3), les pristes (IX, 2 ), les tritons (IX, 4), les néréides, les éléphants, les hommes marins, les roues (IX, 3), les orques (IX, 5 ), les béliers (IX, 4), les muscules (IX, 88), d'autres béliers (IX, 67) en forme de poisson, les dauphins (IX, 7 ), et les veaux marins (IX, 15) célébrés par Homère (Od., IV, 436), les tortues qui servent au luxe ( IX, 13 ),

3. les castors qu'emploie la médecine (XXXII, 13), et au genre desquels appartient la loutre (mais ce dernier animal n'entre jamais dans la mer, et nous ne parlons ici que des animaux marins). Ajoutons les chiens de mer (IX, 70 ), les dromons (94), les raies cornues (IX, 40), les épées, les scies, les hippopotames (VIII, 39) et les crocodiles (VIII, 37) communs à la mer, à la terre et aux fleuves; et les suivants, communs à la mer seulement et aux fleuves : thons, thynnides (thons femelles), silures, coracins, perches. A la mer seule appartiennent l'esturgeon (IX, 27), la dorade( IX, 25), l'aselle (IX., 28), l'acharne (perca labrax), l'aphye (anchois), l'alopex (IX, 67), l'anguille, l'araignée, le boca, la batie (raie), le bacchus (IX, 28 ), la grenouille de mer (IX, 40), les belones ou aiguilles (IX, 57), le balane (sorte de moule), le corbeau, le citharus le moins estimé des turbots, le chalcis (IX, 71),

4. le cobio (ou gobius), le callarias (IX, 28), de l'espèce des aselles, s'il n'était plus petit; le collas de Parium et celui de Sexita (nom d'une ville de la Bétique), les plus petits des lacertes, le colias des Palus-Méotides, qui est un peu plus gros; le cybium, c'est le nom, quand elle est coupée par morceaux, de la pélamide qui au bout de quarante jours remonte du Pont dans les Palus-Méotides; la cordyle (IX, 18), très petite pélamide qui prend ce nom quand du Palus-Méotide elle gagne le Pont; le canthare, le callionyme ou uranoscope (XXXII, 24), le cinède, seul poisson qui soit jaune; la Cnide que nous nommons ortie (IX, 68), les différentes espèces d'écrevisses (IX, 51), les chames striées, les chames unies, les chames pélorides, différant par l'espèce et par la rondeur; les chames glycymérides, plus grosses que les précédentes; les coluthies ou coryphies (XXXII, 27), les différentes espèces de coquillage, parmi lesquelles sont les huîtres perlières; les cochlées (XI, 51, 5), dans la classe desquelles sont les pentadactyles; les hélix et les actinophores, avec lesquels on chante (il faut mettre à part les cochlées rondes, dont on se sert pour mesurer l'huile); le concombre marin (IX, 1), le cynops, le cammarus,

5. le cynosdexia, le dragon (la vive) (quelques-uns le distinguent du dracuncule; il ressemble à la gerricule, et porte aux branchies des aiguillons tournés vers la queue; il blesse comme le scorpion quand on le prend avec la main), l'érythin, l'échénéis (IX, 41), le hérisson de mer, l'éléphant noir (homard), espèce de langouste ayant quatre pattes bifides et de plus deux bras à double articulation, et portant des pinces dentelées; le faber (IX, 32 ) ou zeus, le glaucisque, le glanis (IX, 67 ), le congre, la gerris, le galéos (un squale) (IX, 70), le garus (XXXI, 43), le hippus, le hippurus (IX, 24), l'hirondelle (IX, 43 ), le halipleumon (IX, 71), l'hippocampe (IX, 1, 3 ), le hépar, l'hélacatène (108),

6. l'ictinus ou milan (IX, 43), l'iulis (labrus iulis), le genre des lacertes, le calmar volant (IX, 45), la langouste, la lanterne (IX, 43), le liparis, le lamyre, le lièvre marin (IX, 72; XXXII, 3), le lion (IX, 51), qui a les bras de l'écrevisse et le corps de la langouste; le surmulet, le merle de mer (IX, 20, 4), renommé parmi les saxatiles, le muge, le mélanure, la mène (IX, 42), le méryx, la murène, le mys (IX, 56, 4 ), le mitule (XXXII, 31), le myisque (XXXII, 31), le murex (IX, 61 ), l'oculata, l'ophidion (XXXII, 35), les huîtres, les oties (patelles), l'orcyn, qui est la plus grande des pélamides (elle ne revient pas dans le Palus-Méotide; elle ressemble au tritomon, et gagne à vieillir) ; l'orbe (XXXII, 5, 4), l'orthragorisque (XXXII, 9); le phagre (IX, 24), le phycis (IX, 42), poisson saxatile; la pélamide (IX, 18) (la plus grosse espèce se nomme apolecte; elle est plus dure que le tritomon), le porc (IX, 17), le phthir, le passer ou carrelet (IX, 36), la pastenague (IX, 40), diverses espèces de poulpes (IX, 48), les peignes (IX, 51) (c'est en été qu'ils sont le plus gros et le plus noirs; les plus estimés sont ceux de Mitylène, de Tyndaris, de Salone, d'Altinum, d'Antium, de l'île de Pharos (v, 34 ), près d'Alexandrie en Égypte), les pétoncles, les pourpres, les percides, les pinnes (IX, 66), les pinnotères (IX, 51); la rhine (IX, 40 ) ou squatus des Latins, le turbot, le scare (IX, 29), qui tient aujourd'hui le premier rang,

7. la sole, le sarge (IX, 30), la squille (cancer squilla), la sarda, nom que l'on donne à une espèce de longue pélamide qui vient de l'Océan, le scombre (IX, 19), la saupe (IX, 32), le spare, la scorpène, le scorpion, le scladée, la sciène (IX, 24), la scolopendre (IX, 67), le smyre, la sèche, le strombe ou conque, le solen ou aulos, ou donax ( XXXII, 32 ), ou onyx, ou dactyle (IX, 51 et 87 ); le spondyle, la smaride (XXXII, 34 ), l'étoile (IX, 86), l'éponge; le tourd (IX, 20), célèbre parmi les saxatiles; le thon, le thranis, nommé par d'autres xiphias; la thrissa, la torpille (IX, 67), les tèthes (XXXII, 30), le tritomon (120), pélamide d'une grande espèce, et dont on fait trois cybium; la conque de Vénus (IX, 52), la grappe (IX, 1), le xiphias (IX., 1 ).

LIV. 1. A cette énumération nous ajouterons les noms indiqués dans le poème d'Ovide, et qu'on ne trouve dans aucun autre auteur; mais peut-être ces espèces appartiennent au Pont-Euxin, sur les côtes duquel il commença, dans le dernier temps de sa vie, ce poème resté inachevé : ce sont : le boeuf, le cercyre vivant dans les rochers, l'orphus (IX, 24 ), l'érythin rouge, le sparule, les mormyres diaprées, le chrysohrys de couleur d'or; en outre, la perche, le bouc,

2. le mélanure, qui plaît par sa queue; l'épode, fort large. Entre autres particularités remarquables sur les poissons, Ovide dit que la channe (IX, 23) conçoit d'elle-même, que le glaucus (IX., 25) ne paraît jamais en été, que le pompile (IX, 47) accompagne les vaisseaux dans leur traversée, que le chromis (IX, 42) fait un nid sur les eaux. Il dit aussi que l'hélops est inconnu à nos mers, montrant l'erreur de ceux qui prennent l'esturgeon pour l'hélops. Beaucoup, entre toutes les chairs de poissons, ont donné là palme à la chair de l'hélops.

3. Nous terminerons cette liste par l'indication de plusieurs poissons qui ne sont mentionnés par aucun auteur : tel est le poisson nommé en latin sudis, en grec sphyræna (pieu ou marteau), dont le nom indique la forme du museau. C'est une des plus grandes espèces; il est rare, mais assez bon. On donne le nom de jambon à une espèce de conque très commune autour des îles du Pont-Euxin. On les trouve plantées toutes droites dans le sable, présentant l'aspect d'un jambon allongé fiché en terre; elles sont béantes là où l'eau est limpide, cherchant ainsi à saisir leur proie. Cette ouverture n'a pas moins d'un pied; les bords sont garnis de dents très minces en forme de peigne; à l'intérieur, au lieu, de ligament, il y a un grand morceau de chair. Dans l'île d'Aenaria, j'ai vu une hyène de mer qu'on avait prise. En outre, la mer rejette certaines substances qui sont comme des excrétions et qui ne méritent pas d'être relatées, tenant plutôt de la nature des algues que de celle des animaux.

DE PLINE L'ANCIEN

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE.

TOME SECOND. LIVRE XXXIII

Traduction française : É. LITTRÉ

LIVRE XXXIII,

TRAITANT DES MÉTAUX.

I. Des métaux. - II. De l'or. - III. Quelle estime on peut d'abord peur ce métal. - IV. De l'origine des anneaux d'or. - V. De la quantité de l'or chez les anciens. - VI. Du droit de porter l'anneau d'or. - VII. Des décuries de juges. - VIII. De l'ordre équestre. - IX. Combien de fois le nom de l'ordre équestre a été changée. - X. Des dons militaires en or et en argent. - X. Quand, pour la première fois, une couronne d'or a été donnée. - XII. Autre emploi de l'or dans la parure des femmes. - XIII. De la monnaie d'or. Quand, pour la première fois, on a frappé de la monnaie de cuivre, d'argent et d'or. Quel était l'usage du cuivre avant l'emploi de ces métaux. Quelle a été la plus grande somme d'argent dans le premier recensement. Combien de fois, et à quelles époques, on a modifié la valeur du cuivre et de l'argent monnayé. - XIV. Sur la soif de l'or. - XV. Quels sont ceux qui ont possédé le plus d'or et d'argent. - XVI. Quand, pour la première fois, l'argent a-t-il été employé à décorer l'amphithéâtre; quand, la scène. xvi - XVII. A quelles époques le trésor du peuple romain a-t-il contenu le plus d'or et d'argent ? - XVIII. Quand, pour la première fois, on a doré les lambris. - XIX. Quelles sont les causes qui font que l'or a le plus de valeur. - XX. Procedé pour dorer. - XXI. Comment on trouve l'or. - XXII. De l'orpiment. - XXIII. De l'électrum. - XXIV. Premières statues d'or. - XXV. Remèdes tirés de l'or, VIII. - XXVI. Chrysocolle.- XXVII. Emploi de cette substance dans la peinture. - XXVIII. Remèdes tirés de la chrysocolle, VI. - XXIX. De la chrysocolle des orfèvres, ou santerne. - XXXX. Merveilles de la nature dans la soudure et l'affinage des substances métalliques. - XXXI. Se l'argent. - XXXII. Du vif-argent. - XXXIII. Du stimmi ou stibi ou alabastre ou lithasis ou larbase ou platyophthaimos. - XXXIV. Remèdes qu'on en tire, VII. - XXXV. De la scorie d'argent ; remèdes qu'elle fournit. - XXXVI. Du minium : à quel usage religieux il servait chez les anciens. - XXXVII. Découverte et origine du minium. - XXXVIII. Cinnabre. - XXXIX. Emploi du cinnabre et du minium en peinture. - XL. Diverses espèces du minium. - XLI. De l'hydrargyre. - XLII. De la dorure de l'argent. - XLIII. Des pierres de touche de l'or. - XLIV. Des espèces de l'argent, et des moyens de l'éprouver. - XLV. Des miroirs. - XLVI. De l'argent d'Égypte. - XLVII. Opulence excessive. Quels sont ceux qui ont eu les plus grandes richesses. - XLVIII. Quand pour la premiers fois le peuple romain a fait des cotisations volontaires. - XLIX. Du luxe dans les vases d'argent. - L. Exemples de la simplicité des anciens dans l'usage de l'argent. - LI. A quelle époque on a pour la première fois plaqué les lits en argent.- LII. Quand on a fait des plats d'argent d'une dimension énorme; quand on a ajouté de l'argent aux buffets; quand pour la première fois on a fait des plats appelés tympans. - LIII. Prix énorme de l'argent ciselé. - LIV. Des statues d'argent. - LV. Chefs-d'oeuvre en argent renommés, et artistes célèbres en ce genre.- LVI. Du sil; quels sont ceux qui l'ont employé les premiers dans la peinture, et comment. - LVII. De l'azur. - LVIII. Remèdes tirés de l'azur.

Résumé : Remèdes, histoires et observations, 1125.

Auteurs :

L Pison, Valérius Antias, Verrius, M. Varron, C. Nepos, Messala, Junius Gracchanus, Atticus Pomponius, Mucianus, Calvus Licinius, Bocchus, Fetialis, Fenestella, Valerius Maximus, Julius Bassus qui a écrit en grec sur la médecine, Sextius Niger qui a écrit de même, le poète Marsus.

Auteurs étrangers :

Démocrite, Théophraste, Juba, Timée l'historien qui a écrit sur les remèdes fournis par les métaux, Héraclide, Andréas, Diagoras, Botrys, Archidème, Dionysius, Aristogène, Démoclès, Mnénis, le médecin Attale, le médecin Xénocrate, Théomneste, Nymphodore, Iollas, Apollodore, Pasitèle qui a écrit sur les chefs-d'oeuvre, Antigone qui a écrit sur la ciselure, Menaechme qui a écrit sur le même sujet, Xénocrate qui a écrit sur le même sujet, Duris qui a écrit sur le même sujet, Ménandre qui a écrit sur les ouvrages de ciselure, Héliodore qui a écrit sur les offrandes des Athéniens, Métrodore de Scepsis.

I. Nous allons parler maintenant des métaux, la richesse par excellence, et le signe de la valeur des choses.

L'industrie, pour divers motifs, fouille le sein de la terre. Ici elle creuse pour satisfaire l'avarice, et va chercher l'or, l'argent, l'électrum, le cuivre ; là, pour satisfaire le luxe, elle poursuit les pierres précieuses employées à décorer les murailles ou à parer les mains ; ailleurs, elle sert un courage furieux en extrayant le fer, plus à gré que l'or même au milieu de la guerre et du carnage. Nous suivons toutes les veines de la terre, et, vivant sur les excavations que nous avons faites, nous nous étonnons que parfois elle s'entr'ouvre ou qu'elle tremble ! comme si l'indignation ne suffisait pour arracher de pareils châtiments à cette mère sacrée ! Nous pénétrons dans ses entrailles, nous cherchons des richesses dans le séjour des mânes : ne semble-t-il pas qu'elle ne soit ni assez bienfaisante ni assez féconde là où nos pieds la foulent ? Et ce n'est guère pour aller chercher des remèdes que nous entreprenons ces travaux. Quel est en effet celui qui dans de pareilles fouilles s'est proposé la médecine pour but ? Et de fait c'est à sa superficie qu'elle produit les substances médicinales, comme les céréales, prodigue et facile pour tout ce qui nous est utile. Les substances qu'elle a cachées dans ses profondeurs, qui ne sont pas produites avec rapidité, voilà ce qui nous pousse, voilà ce qui nous conduit dans les régions infernales. En se laissant aller à l'imagination, que l'on calcule combien il faudra de siècles pour mettre fin à ces travaux qui l'épuisent, et jusqu'où pénétrera notre cupidité ! Combien notre vie serait innocente, combien heureuse, combien même voluptueuse, si nous ne désirions que ce qui se trouve à la surface de la terre, en un mot, que ce qui est à notre portée !

II. On extrait l'or, et avec l'or la chrysocolle, ainsi nommée d'après ce métal, afin qu'elle paraisse plus précieuse. C'était peu d'avoir trouvé une substance aussi pernicieuse à la société, il a fallu que cette espèce de sanie de l'or fût aussi une chose de prix. Ailleurs la cupidité cherchait de l'argent, elle rencontre du minium ; s'applaudissant, en attendant, de sa trouvaille, elle imagine l'emploi de cette terre rouge. O que de prodigalité dans l'esprit de l'homme ! de combien de façons n'avons-nous pas augmenté la valeur des choses ! L'art du dessin s'est appliqué à l'or et à l'argent ; et en les ciselant nous avons rendu ces métaux plus précieux. L'homme a appris à défier la nature. Les passions vicieuses ont donné un nouvel essor à l'art : on s'est plu à graver sur les coupes des images luxurieuses, et à boire dans des obscénités. Puis ces métaux ont passé de mode, on s'en est dégoûté ; l'or et l'argent étaient trop communs : on a extrait de la terre encore les vases murrhins et les vases de cristal, dont la fragilité même fait tout le prix : ce fut une preuve d'opulence, et la vraie gloire du luxe, de posséder ce qui pouvait périr tout entier dans un moment. On ne s'est pas arrêté là : nous buvons dans une masse de pierreries, nous enchâssons des émeraudes dans nos coupes ; pour nous enivrer, nous aimons à tenir dans nos mains les richesses de l'Inde, et l'or n'est plus qu'un accessoire.

III. (I.) Plût aux dieux qu'on pût bannir à jamais de la société cette faim maudite de l'or, pour me servir de l'expression employée par les écrivains les plus célèbres ; l'or, objet des invectives de toutes les nobles âmes ; l'or, découvert pour la perte de l'humanité ! Heureux le siècle où il n'y avait de commerce que de simples échanges en nature ! C'est ce qui se pratiquait du temps de la guerre de Troie, s'il en faut croire Homère. Les besoins de la vie avaient, je pense, amené ce commerce ; aussi Homère (Il., VII, 472) dit-il que les uns faisaient des achats avec des cuirs de boeuf, les autres avec du fer, avec des dépouilles enlevées aux ennemis. Toutefois il est lui-même admirateur de l'or ; et il rapporte, évaluant le prix des objets, que Glaucus échangea des armes d'or valant cent boeufs pour les armes de Diomède, qui n'en valaient que neuf (I1., VI, 234). C'est par le même mode d'évaluation que les amendes portées par les anciennes lois, même à Rome, sont, non pas en argent, mais en bétail.

IV. Celui-là commit le crime le plus funeste à la société, qui mit le premier un anneau d'or à son doigt. Quel fut le coupable, la tradition ne le dit pas ; car je regarde comme fabuleux tout ce qu'on raconte de Prométhée (XXXVII,1): je fais que l'antiquité l'a représenté avec un anneau de fer ; mais elle a voulu figurer une chaîne, et non pas un ornement. Quant à l'anneau de Midas, qui, tourné le chaton en dessous rendait invisible, c'est (qui ne le voit ?) un conte encore plus fabuleux. Ce sont donc les mains, et justement les mains gauches, qui ont mis l'or en faveur, non pas du moins les mains romaines, qui portaient pour tout ornement l'anneau de fer, insigne de la vertu guerrière. Il n'est pas facile de dire quel était l'usage suivi par les rois de Rome : la statue de Romulus, au Capitole, n'a pas d'anneau ; les autres statues, même celle de Lucius Brutus, n'en ont pas non plus ; mais on en voit aux statues de Numa et de Servius Tullius. Cette absence d'anneau m'étonne, surtout chez les Tarquins, qui étaient originaires de la Grèce (XXXV,5) ; or, c'est de la Grèce que vient l'usage des anneaux, quoique encore aujourd'hui, à Lacédémone, on n'en porte que de fer. Cependant Tarquin l'Ancien, cela est constant, est le premier qui donna une bulle d'or, et il la donna à son fils pour avoir tué un ennemi avant d'avoir quitté la robe prétexte : depuis, l'usage s'est établi de donner pour ornement une pareille bulle aux enfants de ceux qui ont servi dans la cavalerie, et une simple courroie aux autres. C'est pour cela que je m'étonne de voir la statue de Tarquin sans anneau. Au reste, je trouve des discussions sur le nom même de l'anneau. Le nom donné par les Grecs est dérivé du doigt (daktulion) ; le nom donné par nos ancêtres, de l'ongle (ungulus); depuis, les Grecs et les Latins ont appelé les anneaux symboles. Ce qui est certain, c'est que pendant longtemps, même les sénateurs romains n'eurent point d'anneaux d'or. En effet, l'Etat en donnait seulement à ceux qu'on envoyait en ambassade chez les nations étrangères, probablement parce qu'on remarquait que parmi les étrangers les hommes de grande dignité en portaient. Mais, à moins d'avoir reçu de l'Etat un anneau d'or, ce n'était point l'usage d'en porter, et d'ordinaire on triomphait sans cet ornement : en sorte que le triomphateur, sur la tête de qui on tenait par derrière une couronne étrusque d'or (XXI,4), n'avait au doigt qu'un anneau de fer, semblable peut-être à celui de l'esclave qui tenait la couronne. C'est ainsi que C. Marius triompha de Jugurtha. On rapporte qu'il ne prit l'anneau d'or qu'à son troisième consulat (an de Rome 651). Ceux même qui avaient reçu l'anneau d'or à l'occasion d'une ambassade ne le portaient qu'en public, et reprenaient l'anneau de fer dans l'intérieur de la maison. De là vient qu'encore aujourd'hui on envoie en cadeau à la fiancée un anneau de fer, qui même est sans pierre. Je ne vois pas non plus qu'on ait connu les anneaux au temps d'Ilion ; du moins Homère n'en fait pas mention : car s'il parle (Il., VI, 168) de tablettes envoyées en qualité de lettres (XIII,21), d'étoffes renfermées dans des coffrets (Od., VIII,421, 443, 447), de vases d'or et d'argent, il indique que tout cela est marqué par le propriétaire à l'aide d'un noeud et non d'un anneau. Il ne dit pas non plus que les chefs tirant au sort à qui répondrait à la provocation (Il., VII,175) aient fait usage d'anneaux ; et quand il énumère les produits de la forge des dieux (Il., XVIII,40), il n'est pas, à cette origine, question d'anneaux ; il ne parle que d'agrafes et d'objets servant à la toilette des femmes, tels que des boucles d'oreilles. Certes le premier qui imagina de porter des anneaux ne le fit qu'avec hésitation ; et il mit cet ornement à la main gauche, qu'on tient cachée ; au lieu que sûr que la chose était honorable il l'eût étalé à la main droite. Si la gêne a pu être comptée pour quelque chose, cette gêne, plus grande à la main gauche, qui tient le bouclier, montrerait aussi que l'usage de l'anneau a dû être tardif. Le même Homère (Il., XVII,52) parle d'hommes portant de l'or dans les cheveux, ce qui me fait douter si l'usage des anneaux est dû aux hommes ou aux femmes.

V. A Rome il n'y eut pendant longtemps que très peu d'or. Le fait est qu'après la prise de la ville par les Gaulois, lorsqu'on traita de l'achat de la paix, on ne put ramasser que mille livres pesant d'or. Je n'ignore pas que sous le troisième consulat de Pompée il se perdit deux mille livres pesant d'or qui étaient dans le trône de Jupiter Capitolin, et qui y avaient été déposées par Camille ; d'où on a généralement inféré que la rançon de la ville avait été de la même somme. Mais cet excédant de mille livres provenait du butin fait sur les Gaulois, grossi de l'or dont ils avaient dépouillé les temples de la portion de Rome occupée par eux. On sait d'ailleurs que les Gaulois étaient dans l'usage de porter de l'or sur eux dans les combats, témoin l'histoire de Torquatus. Il est donc évident que ce qui fut pris sur les Gaulois et ce qu'ils avaient enlevé aux temples ne fit que doubler la somme de la rançon ; et c'est ce que l'augure entendait lorsqu'il répondit que Jupiter Capitolin avait rendu le double. Ajoutons en passant, puisqu'il est question d'anneaux, que l'officier préposé à la garde de Jupiter Capitolin ayant été arrêté brisa dans sa bouche le chaton de son anneau, et expira sur-le-champ, faisant disparaître le seul témoin du vol. Ainsi donc, l'an de Rome 364, lors de la prise de la ville, il s'y trouvait au plus deux mille livres d'or ; et cependant le cens y avait déjà compté cent cinquante-deux mille cinq cent soixante-treize têtes libres. Dans cette même Rome, trois cent sept ans plus tard, l'or que C. Marius le fils enleva du temple du Capitole incendié et des autres temples, et qu'il transporta à Préneste, montait à treize mille livres : c'est du moins la somme figurant sur l'inscription dans le triomphe de Sylla, qui rapporta à Rome cette dépouille, et de plus six mille livres d'argent. Le même Sylla avait la veille porté en triomphe quinze mille livres d'or et cent quinze mille livres d'argent, fruit de ses autres conquêtes.

VI. Il ne paraît pas que l'usage des anneaux ait été commun avant le temps de Cn. Flavius, fils d'Annius. Ce Flavius publia la liste des jours fastes, sur lesquels les citoyens étaient journellement obligés d'interroger un petit nombre de grands personnages. Il était fils d'un affranchi, et il avait été lui-même scribe d'Appius Coccus, sur le conseil duquel il avait recueilli ces jours en consultant continuellement, et en interprétant avec sagacité les réponses. La publication de cette liste lui acquit tant de faveur auprès du peuple, qu'il fut nommé édile curule avec Q. Anicius de Préneste, qui peu d'années auparavant e tait ennemi de Rome, à l'exclusion de C. Poetelius et de Domitius, dont les pères avaient été consuls (ans de Rome 428 et 432). Ce ne fut pas tout ; on le fit en même temps tribun du peuple. Cela suscita une telle indignation, que, au rapport de nos plus anciennes Annales, les anneaux furent déposés. On pense communément que l'ordre équestre en fit autant ; mais c'est une erreur. En effet, ce qui a induit à ajouter aux sénateurs les chevaliers, c'est l'addition : Les phalères furent même déposées. Il est relaté aussi dans les Annales que les anneaux furent déposés par la noblesse, et non par le sénat tout entier. Cela se passait sous le consulat de P. Sempronius et de L. Sul picius (l'an de Rome 449). Flavius voua un temple à la Concorde s'il réconciliait les ordres avec le peuple ; et comme pour cette dépense on ne vota point de fonds de l'Etat, il fit construire avec les amendes infligées aux usuriers ne chapelle d'airain dans la Grécostase (VII,60,1), qui alors était au-dessus des Comices. Il grava sur une table d'airain que cette chapelle avait été dédiée deux centquatre ans après le temple du Capitole. Ainsi cela se passa quatre cent quarante-huit ans après la fondation de Rome, et c'est là le premier fait qui montre un usage commun des anneaux. Un second fait, qui est de la deuxième guerre punique, témoigne que cet usage était devenu général ; sans cela, comment Annibal aurait-il pu envoyer ces trois boisseaux d'anneaux à Carthage ? C'est par un anneau disputé dans une enchère que commencèrent les inimitiés entre Caepion et Drusus (XXVIII,41), d'où vinrent la guerre sociale (II, 85) et tant de désastres. Cependant, alors même tous les sénateurs n'avaient pas d'anneaux d'or, puisque, d'après les souvenirs de nos grands-pères, beaucoup de citoyens qui avaient même été préteurs conservèrent l'anneau de fer jusqu'à la fin de leurs jours. C'est ce que Fenestella rapporte de Calpurnius (XXII,6) et de Manilius, qui avait été lieutenant de C. Marius dans la guerre de Jugurtha. Beaucoup d'historiens disent la même chose de ce L. Fufidius à qui Scaurus a adressé l'histoire de sa vie. Dans la famille des Quintius, personne, pas même les femmes, ne portait d'or ; et aujourd'hui encore la plus grande partie des peuples de la terre, même de ceux qui vivent sous notre empire, ne connaissent pas l'usage des anneaux. Ni dans l'Orient ni en Egypte on ne se sert de sceau, et maintenant encore toute la garantie est dans l'écriture. En cela comme en tout le reste, le luxe a introduit différentes modes : les uns ont enchâssé dans les anneaux des pierres jetant les feux les plus vifs, et on a chargé ses doigts du patrimoine d'une famille opulente, comme nous le dirons dans le livre des pierreries ; les autres ont gravé diverses figures, en sorte que tantôt l'or et tantôt la matière fait de la bague un objet de prix. Pour certaines pierres, le luxe défend de les entamer par le burin ; et il commande de les porter unies, afin qu'on n'aille pas croire qu'on se serve de ces anneaux pour cacheter. Ou bien encore il veut que certaines pierres, même du côté qui regarde le doigt, ne soient pas cachées par l'or ; et par mille petits cail1oux il ôte du prix à ce métal. D'autres, au contraire, ne mettent point de pierreries, et ne scellent qu'avec l'or même. Cette mode date du règne de l'empereur Claude. Aujourd'hui il n'y a pas jusqu'aux esclaves qui n'entourent d'or le fer de leurs anneaux ; d'autres même en portent d'or pur. Cet abus vient de l'île de Samothrace (IV, 23, 9), comme le nom de ces anneaux le fait connaître. Les anneaux se portaient d'abord à un seul doigt, à celui qui est à côté du plus petit ; c'est ce que nous voyons dans les statues de Numa et de Servius Tullius : ensuite on en a mis au doigt le plus voisin du pouce, mode qu'on a suivie, même pour les statues des dieux ; plus tard on eut la fantaisie d'en orner même le petit doigt. Dans les Gaules et dans la Bretagne on en mettait, dit-on, au doigt du milieu. Aujourd'hui ce doigt est le seul qu'on excepte ; les autres doigts en sont chargés. On a même de plus petits anneaux pour les petites phalanges, et des gens en mettent trois au seul petit doigt. D'autres n'en portent qu'un seul à ce même doigt : c'est là le cachet d'un cachet qui, soigneusement renfermé comme un objet rare et trop précieux pour être profané en servant d'anneau, se tire de l'écrin comme d'un sanctuaire ; en sorte qu'en ne portant qu'un anneau au petit doigt, on indique fastueusement qu'on en a sous clef de plus précieux. Quelques-uns font parade du poids de leurs anneaux ; d'autres seraient fatigués s'ils en avaient plus d'un à la fois ; certains, dans leur sollicitude pour leurs pierreries, roulent en anneau une mince lame d'or et en remplissent l'intérieur d'une matière légère, pensant par là diminuer les risques d'une chute. D'autres renferment des poisons sous les pierres précieuses, comme fit Démosthène, le plus grand orateur de la Grèce, et portent des bagues afin de pouvoir mourir. Enfin, les anneaux servent à la plupart des crimes commis par la cupidité. Quel n'était pas le bonheur de nos ancêtres et l'innocence d'un temps où rien ne se cachetait ! Aujourd'hui il faut sceller avec l'anneau les aliments et les boissons, pour prévenir les vols : voilà le service qu'ont rendu ces légions d'esclaves, cette tourbe étrangère logée dans nos maisons, si nombreuse, qu'il faut un nomenclateur pour nous rappeler les noms de nos serviteurs. Il y a loin de là aux moeurs de nos aïeux : alors on n'avait qu'un esclave appelé Marcipore ou Lucipore du nom de son maître, et prenant avec lui nourriture commune ; aussi n'était-il pas besoin de se garder dans la maison contre ceux qui l'habitaient : aujourd'hui nous nous procurons à grands frais des mets qui nous seront volés, et ceux qui nous les voleront. Ce n'est plus même assez de mettre les clefs sous cachet ; on dérobe l'anneau d'un homme endormi ou mourant ; et les affaires les plus graves de la vie dépendent de ce petit instrument : depuis quand, on ne le sait. Cependant on peut, ce semble, en admettre l'importance chez les étrangers dès le temps de Polycrate, tyran de Samos, qui recouvra par la capture d'un poisson cet anneau favori qu'il avait jeté à la mer. Polycrate fut mis à mort vers l'an 230 de Rome. L'usage de l'anneau doit avoir pris de l'extension avec l'usure ; ce qui le prouve, c'est l'habitude vulgaire de tirer son anneau en signe d'arrhes, habitude qui remonte sans doute au temps où c'était le gage le plus prompt à trouver. Nous pouvons donc pleinement affirmer que chez nous l'usage de la monnaie est antérieur à celui des anneaux. Nous parlerons bientôt de la monnaie (XXXIII, 13).

VII. Les anneaux, quand l'usage en fut adopté, distinguèrent l'ordre équestre du peuple, comme la tunique distinguait le sénat de ceux qui portaient l'anneau : toutefois, cette dernière distinction ne s'est introduite que tard ; et nous trouvons dans les auteurs que la tunique laticlave était portée même par les crieurs publics (praeco), témoin le père de Lucius Aelius Stilon, qui valut à son fils le surnom de Praeconinus. Mais les anneaux ont véritablement inséré entre le peuple et les sénateurs un ordre intermédiaire, qui est le troisième. Le titre de chevalier, dû jadis au cheval militaire, est maintenant attribué à un certain cens ; et cela n'est pas ancien : quand le dieu Auguste régla les décuries, la plupart des juges portaient l'anneau de fer, et on les appelait, non chevaliers, mais juges ; le nom de chevaliers était réservé aux escadrons composés de ceux à qui l'Etat fournissait un cheval. Il n'y eut aussi dans le commencement que quatre décuries de juges, et à peine chaque décurie renfermait-elle mille personnes, attendu que les provinces n'étaient pas encore admises à cette charge. Il s'est conservé quelque chose de cette exception, puisque encore aujourd'hui les nouveaux citoyens ne remplissent pas de fonctions de juges dans les décuries. (II.) Les décuries elles-mêmes furent distinguées par différents noms : tribuns du trésor, élus et juges. De plus, il y avait les neuf cents, choisis parmi toutes les décuries pour garder les scrutins à suffrages dans les comices : dénominations ambitieuses qui ne servaient qu'à diviser l'ordre, l'un se vantant d'être un des neuf cents, tandis que l'autre se qualifiait d'élu ou de tribun.

VIII. Enfin, la neuvième année du règne de Tibère l'ordre équestre fut réuni en un seul corps. Un décret fixa le droit de porter l'anneau, sous le consulat de C. Asinius Pollion et de C. Antistius Vétus, l'an de Rome 775. Chose étrange, ce fut un incident presque futile qui donna lieu à ce changement : C. Sulpicius Galba, cherchant, jeune encore, à se faire un nom auprès du prince en poursuivant les teneurs de tavernes, vint se plaindre au sénat, disant que les délinquants échappaient d'ordinaire à la punition, grâce à leur anneau ; sur quoi il fut statué que nul n'aurait le droit de porter l'anneau si lui, son père et son aïeul paternel, tous de condition libre, n'avaient possédé quatre cent mille sesterces (84,000 fr.) de bien, et n'avaient été, aux termes de la loi Julia sur les théâtres, admis à s'asseoir dans les quatorze rangées de sièges. Par la suite on se mit à briguer en masse l'anneau équestre ; et à cause de ces distinctions l'empereur Caligula créa une cinquième décurie. Le faste en est venu au point que les décuries, qu'on ne pouvait compléter sous le dieu Auguste, sont aujourd'hui plus qu'au complet, et qu'on voit de toutes parts des gens ne faire qu'un saut de l'esclavage à l'anneau d'or, ce qui n'était jamais arrivé jadis, puisque même des chevaliers et des juges se reconnaissaient à l'anneau de fer. Cet abus devint si fréquent, que Flavius Proculus, un des chevaliers, déféra à l'empereur Claude, alors censeur, quatre cents prévenus pour cette cause. Ainsi, tandis qu'on veut distinguer l'ordre équestre d'avec les simples citoyens de condition libre, il est envahi par les esclaves. Les Gracques furent les premiers qui attachèrent à l'ordre équestre le titre de juges, cherchant à la fois une popularité séditieuse et l'abaissement du sénat. Après la chute des Gracques, l'autorité du nom équestre se fixa, à travers les incidents variés des séditions, sur les publicains, qui pendant quelque temps furent les hommes de la troisième classe. Enfin M. Cicéron consolida le nom équestre lors de son consulat et de la conspiration de Catilina, se vantant sans cesse d'être sorti de cet ordre, et le faisant l'objet spécial de ses prévenances, pour s'en concilier l'appui. C'est depuis ce temps que les chevaliers ont définitivement formé le troisième corps de l'Etat, et que le nom de l'ordre équestre a été ajouté à la formule : le sénat et le peuple romain ; et si aujourd'hui même l'ordre équestre n'est nommé qu'après le peuple, c'est qu'il n'a été constitué que le dernier.

IX. La dénomination des chevaliers, même de ceux qui la tenaient de leur service dans la cavalerie, a souvent varié : ils furent nommés célères sous Romulus et les rois, puis flexumines, ensuite trossules, parce qu'ils avaient pris, sans aucun secours de l'infanterie, une ville d'Etrurie nommée Trossulum, et située à neuf mille pas en deçà de Volsinies. Cette dernière désignation subsista jusqu'après la mort de C. Gracchus ; du moins trouve-t-on ce fait attesté dans les écrits de Junius, surnommé Gracchanus, à cause de son amitié pour ce tribun : «Quant à ce qui regarde l'ordre équestre, dit Junius, on donnait à ses membres le nom de trossules ; on leur donne maintenant celui de chevaliers, et nombre de chevaliers rougissent d'être appelés trossules, parce qu'ils ne connaissent pas le sens de cette dénomination». Et après cela Junius en expose la raison, que j'ai indiquée plus haut, et ajoute que, bon gré mal gré, ils sont encore appelés trossules.

X. L'or est le sujet de quelques autres distinctions, qui ne doivent pas non plus être omises. Nos aïeux donnèrent des colliers d'or aux troupes auxiliaires et aux étrangers, mais ils n'en donnèrent jamais que d'argent aux citoyens ; de plus, ils donnèrent des bracelets aux citoyens, et jamais aux étrangers.

XI. Quant aux couronnes d'or, ce qui doit paraître étonnant, ils en ont accordé même aux citoyens. Je n'ai trouvé nulle part le nom du premier qui en reçut une ; mais on sait qui le premier décerna cette distinction. D'après L. Pison, ce fut le dictateur A. Postumius (an de Rome 323) : ayant forcé le camp des Latins auprès du lac Régille, il accorda, sur le produit du butin, une couronne d'or à celui qui avait le plus contribué à ce succès. L. Lentulus, consul (an de Rome 479), en donna une du poids de cinq livres à Servius Cornélius Merenda, après la prise d'une ville samnite. Pison Frugi en décerna une à son fils ; mais, la prenant sur ses propres deniers, il lui en légua la valeur par la première clause de son testament.

XII. (III.) Dans les sacrifices, pour honorer les dieux, on n'a rien imaginé de plus que de dorer les cornes des victimes, mais des grandes seulement, qu'on leur immole. Le luxe de l'or fit parmi les militaires de grands progrès ; et l'on a des lettres de M. Brutus, écrites des plaines de Philippes, où il s'indigne contre les agrafes d'or portées par les tribuns. Mais toi-même, Brutus, tu n'as pas parlé de l'or que les femmes portent aux pieds ; nous aussi, nous avons taxé de crime celui qui le premier a érigé un anneau en décoration personnelle. Eh bien, soit : que les hommes même aient aujourd'hui des bracelets d'or sous la dénomination d'or dardanien, parce que cet usage est venu de Dardanie, bracelets qu'on nomme virioles dans la Celtique, et vicies dans la Celtibérie ; que les femmes portent de l'or aux bras, aux doigts, au cou, aux oreilles, aux tresses de leurs cheveux ; que des chaînes d'or courent autour de leur corsage ; que dans le secret de la nuit des sachets de perles soient suspendus à leur cou, pour que dans le sommeil même elles se sentent en possession de pierres inestimables ; mais faut-il donc encore que l'or revête leurs pieds, et doit-il, entre la stole des matrones et la tunique plébéienne, établir un ordre équestre femelle ? Nous autres homme agissons plus modestement en donnant cette parue à de jeunes pages, dont la riche apparence attire tous les regards dans les bains publics. Au reste, la mode s'introduit parmi les hommes même de porter au doigt l'effigie d'Harpocrate et de divinités égyptiennes. Le règne de Claude vit naître une autre distinction : c'était celle de porter sur l'anneau le portrait du prince gravé en or ; ceux-là seuls avaient ce droit qui l'avaient obtenu de ses affranchis : cela donna lieu à une multitude de délations que le salutaire avènement de Vespasien a rendues impossibles, ce prince ayant déclaré que l'image de l'empereur appartenait à tout le monde. Nous n'en dirons pas davantage sur les anneaux d'or et sur leur usage.

XIII. Le second crime envers l'humanité fut commis par celui qui le premier frappa un denier en or, crime dont l'auteur est également inconnu. Le peuple romain, avant la défaite de Pyrrhus (an de Rome 479), n'avait pas de monnaie d'argent. L'as de cuivre pesait exactement une livre, d'où les noms encore subsistants de libella et de dupondius. De là aussi les amendes fixées en cuivre de poids ; de là aussi, dans les comptes, les mots expensa, impendia, dependere ; de là encore le nom de la solde des soldats, stipendia, c'est-à-dire stipis pondera, ainsi que ceux de dispensatores et libripendes. C'est par un reste de ces usages qu'encore aujourd'hui dans les contrats dits de mancipation la balance est requise. Le roi Servius le premier mit une empreinte aux pièces de cuivre ; avant lui on ne se servait à Rome que de métal sans empreinte, selon Timée. Ce fut le bétail (pecus) qui figura sur cette ancienne monnaie, d'où le nom de pecunia (XVIII,3,3). Le cens le plus élevé sous ce roi fut de cent dix mille as : ceux qui possédaient ce capital formèrent la première classe. L'argent ne fut frappé que l'an de Rome 485, sous le consulat de Q. Ogulnius et de C. Fabius, cinq ans avant la première guerre punique. On fixa la valeur du denier à dix livres de cuivre, du quinarius à cinq, et du sesterce à deux et demie. Le poids réel de la livre de cuivre fut diminué durant la première guerre punique, la république ne pouvant faire face à ses dépenses ; et il fut décrété qu'on frapperait des as de deux onces. On gagna de la sorte cinq sixièmes, et on liquida les dettes. La marque de ces nouveaux as fut sur une face un Janus à deux faces, sur l'autre un éperon de navire. Le triens (tiers d'un as) et le quadrans (quart) furent marqués d'un vaisseau. Le quadrans se nommait auparavant teruncius, comme étant de trois onces. Plus tard, Annibal serrant Rome de près, sous la dictature de Q. Fabius Maximus, on fit les as d'une seule once, et il fut réglé que le denier d'argent vaudrait seize as, le quinarius huit, et le sesterce quatre, ce qui fit pour la république un gain de la moitié ; toutefois, dans la solde des troupes le denier continua à être donné pour dix as. L'empreinte sur la monnaie d'argent fut un bige et un quadrige, d'où ces pièces furent appelées bigats et quadrigats. La loi de Papirius, bientôt après, réduisit les as à une demi-once. Livius Drusus, étant tribun du peuple (an de Rome 663), mit dans la monnaie d'argent un huitième de cuivre. Ce que nous nommons présentement victoriat fut frappé en vertu de la loi Clodia. Autrefois les victoriats venaient d'Illyrie, et ils n'étaient reçus que comme matière de commerce. Le nom vient de l'empreinte, qui représente une Victoire. La monnaie d'or fut frappée soixante-deux ans après la monnaie d'argent, chaque scrupule d'or valant vingt sesterces ; ce qui fit par livre, au compte des sesterces d'alors, neuf cents sesterces. Depuis il fut réglé qu'on frapperait des deniers d'or à raison de quarante deniers par livre. Insensiblement les princes diminuèrent le poids de ces deniers ; la plus grande diminution fut sous Néron, qui en fit frapper quarante-cinq à la livre.

XIV. L'invention de la monnaie ouvrit à l'avarice une nouvelle source par l'usure, cette manière de gagner sans rien faire. La cupidité, que dis-je ! la soif de l'or se changea, sans transition, en une rage véritable ; et l'on vit Septimuléius charger de plomb la tête, mise au prix de son pesant d'or, de Caïus Gracchus, dont il était l'ami, la porter à Opimius (XIV, 16), et, dans son parricide, escroquer encore la république. Déjà ce n'était plus tel ou tel Romain, c'était Rome entière dont le nom était devenu infâme par l'avarice, quand Mithridate fit verser de l'or fondu dans le gosier d'Aquilius, son prisonnier : voilà ce qu'amène la cupidité. Pour rougir de notre siècle il suffit de songer à ces noms récents tirés du grec et qu'on forge tous les jours, afin de désigner des vases d'argent à bordure ou à doublure d'or, et aux indignes usages pour lesquels se vendent ces objets tant d'or que dorés ; surtout si l'on se rappelle que Spartacus avait défendu dans son camp de porter de l'or ou de l'argent, tant des esclaves fugitifs de Rome l'emportaient en noblesse d'âme sur les Romains ! L'orateur Messala a laissé par écrit que Marc-Antoine, le triumvir, employait des vases d'or pour les besoins les plus sales ; reproche qui ferait rougir même Cléopâtre. Jusque-là chez les étrangers le comble de la licence avait été le luxe du roi Philippe, qui plaçait habituellement sous son oreiller une coupe d'or, et celui d'Agnon de Téos, lieutenant d'Alexandre le Grand, qui portait des clous d'or à sa chaussure. Il était réservé au sage Antoine d'utiliser l'or en outrageant la nature : ô homme digne d'être proscrit, mais par Spartacus !

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