Naturalis Historia (page 22)

Pline l'Ancien · Arts Libéraux

Texte français, domaine public · Source : remacle.org · 27 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le myrmécion ressemble par la tête à la fourmi ; il a le ventre noir, mais moucheté de blanc , et sa piqûre fait autant de mal que celle d'une guêpe.

4. Il y a deux espèces de tétragnathes: la plus mauvaise a sur le milieu de la tête deux lignes blanches qui se croisent; sa piqûre fait enfler le visage; l'autre est cendrée, et a la partie postérieure du corps blanche; elle est moins disposée à piquer. L'araignée la moins malfaisante est celle. qui tend le long des murailles ses larges toiles, pour prendre les mouches; elle, est aussi de couleur cendrée. Contre la piqûre de toutes les araignées on a la cervelle de coq prise avec un peu de poivre dans de l'oxycrat, cinq fourmis qu'on avale, la cendre de crotte de brebis appliquée avec du vinaigre, les araignées elles-mêmes, de quelque espèce qu'elles soient, pourries dans de l'huile.

5. On guérit la morsure de la musaraigne avec de la présure d'agneau prise dans du vin, avec la cendre de la patte de bélier dans du miel, avec le petit d'une belette, préparé comme nous l'avons dit à propos des serpents (XXIX, 16). Si elle mord des bêtes de somme, en applique sur la plaie un rat frais avec du sel, ou le fiel de la chauve-souris avec du vinaigre. La musaraigne elle-même est un remède contre sa propre morsure : on la fend en deux et on l'applique; car si elle était pleine lorsqu'elles mordu elle crève sur-le-champ. Ce qu'il y a de mieux, c'est d'appliquer celle qui a mordu ; néanmoins on en garde pour cet usage dans de l'huile ou dans du limon. On guérit cette morsure avec la boue d'une oeillère : on dit en effet que cet animal ne franchit point les ornières (VIII, 83,3 ), empêché par un certain engourdissement naturel.

XXVIII. 1. Le stellion (gecko) est, dit-on, à son tour (XIX, 22, 2) tout à fait contraire aux scorpions, au point que sa vue seule les effraye, et leur cause de l'engourdissement et une sueur froide; aussi le fait-on pourrir dans de l'huile, afin d'oindre les plaies avec cette préparation. D'autres font bouillir dans cette huile de l'écume d'argent (litharge ), et en forment un emplâtre pour les morsures de scorpion. Les Grecs appellent ce lézard colotes, ou ascalabotes, ou galeotes. Il n'y en a point en Italie; il est tout parsemé de petites taches, a un cri aigu, et il mange; toutes particularités étrangères à nos lézards.

XXIX. 1. Contre les piqûres de scorpion on a encore la cendre de fiente de poule en topique, le foie de dragon, un lézard ou un rat fendus en deux, le scorpion lui-même appliqué sur la plaie qu'il e faite, ou grillé et mangé, ou avalé dans deux cyathes de vin pur. Une singularité des scorpions, c'est qu'ils ne piquent jamais la paume de la main, et qu'ils ne touchent qu'aux parties velues. Un caillou quelconque appliqué sur la plaie, du côté par lequel il touchait le sol, apaise la douleur. On prétend de même qu'un tesson couvert de terre par quelque endroit, et appliqué par cet endroit sur la plaie, guérit le blessé. Ceux qui fout cette application ne doivent pas regarder, et il faut qu'ils prennent garde d'être en vue du soleil. Des vers de terre pilés et en topique sont utiles. On tire encore de ces vers plusieurs remèdes pour lesquels ou les garde dans du miel. La chouette est un préservatif contre les abeilles, les guêpes, les frelons et les sangsues. Ces insectes ne piquent pas les personnes qui portent sur elles le bec d'un pivert. Les très petites sauterelles sans ailes, qu'on nomme attelabes, sont bonnes aussi dans ce cas. Il est une espèce de fourmi venimeuse; on ne la trouve guère en Italie; Cicéron la nomme solipuga; dans la Bétique elle est appelée solpuga (VIII, 43). Le remède contre son venin et contre celui de toutes les fourmis est un coeur de chauve-souris. Nous avons dit (XXIX, 23) que les cantharides sont l'antidote de la salamandre.

XXX. 1. Mais les cantharides sont l'objet d'une grande controverse, car, prises à l'intérieur, elles sont un poison causant particulièrement de violentes douleurs de vessie. Cossinus, chevalier romain, connu par l'amitié que lui portait Néron, fut attaqué du lichen (XXVI, 2); l'empereur fit venir d'Égypte un médecin pour la guérison de cette maladie : celui-ci tua le malade par une potion de cantharides qu'il voulut préparer. Cependant il n'est pas douteux qu'à l'extérieur elles sont utiles avec du suc d'uva taminia (XXIII, 14) et du suif de brebis ou de chèvre. Les auteurs ne s'accordent pas sur la partie où réside le venin des cantharides :

2. les uns pensent qu'il est dans les pattes et dans la tête, les autres nient que cela soit; le seul point dont on convienne, c'est que les ailes en sont l'antidote, où qu'il réside. Les cantharides naissent d'un petit ver, principalement sur le fruit spongieux qui se forme à la tige de l'églantier (XXIV, 74 ); toutefois c'est sur le frêne qu'on en trouve le plus. Celles qu'on rencontre sur le rosier blanc ont moins de vertu. Les plus actives sont bigarrées, et offrent des lignes jaunes transversales sur les ailes; elles sont très grasses. Les moins actives sont petites, larges, velues. Les inertes sont d'une seule couleur, et maigres. On les conserve dans un petit pot de terre non enduit de poix, et fermé seulement avec un linge. On les y entasse avec des roses épanouies, et on les suspend au-dessus de vinaigre salé qu'on fait bouillir, jusqu'à ce que la vapeur traversant le linge les étouffe; ensuite on les conserve.

3. Elles ont caustiques , et produisent des croûtes. La même propriété appartient à l'insecte appelé pityocampe, parce qu'il naît sur le pin, et au bupreste; l'un et l'autre se préparent de même. Tous ces insectes sont, dit-on, très efficaces pour guérir les lèpres et les lichens, et comme emménagogues et diurétiques; aussi Hippocrate les donnait-il aux hydropiques.

On a reproché à Caton d'Utique d'avoir vendu du poison, parce que dans la vente à l'encan des biens d'un roi (Ptolémée roi de Chypre) il avait adjugé des cantharides pour la somme de soixante mil le sesterces (12, 600 fr. ). (v.) Disons qu'alors de la graisse d'autruche se vendit trente mille sesterces (6,300 fr.). Cette graisse est préférable pour tous les usages à la graisse d'oie.

XXXI. 1. Nous avons parlé de miels vénéneux (XXI, 44); l'antidote est du miel dans lequel sont mortes des abeilles. Ce même miel, pris dans du vin, guérit les incommodités causées par le poisson qu'on a mangé.

XXXII. 1. Dans la morsure du chien enragé, on préserve de l'hydrophobie en appliquant sur la plaie la cendre d'une tête de chien. Toutes ces cendres, je le dis une fois pour toutes, se préparent de la même manière. On place la substance dans un pot de terre neuf, on lute avec l'argile, et on met au four. Cette cendre de tête de chien est bonne aussi en breuvage.

Quelques-uns fout manger la tête même; d'autres attachent au blessé un ver pris d'un cadavre de chien, ou mettent du sang menstruel d'une chienne dans un linge, sous le gobelet du malade, ou introduisent dans la plaie de la cendre des poils de la queue d'un chien. Les chiens fuient un individu portant sur soi le coeur d'un chien;

2. ils n'aboient pas si l'on porte dans son soulier, sous le gros orteil, une langue de chien, ou la queue d'une belette qu'on a laissée aller après l'opération. Il y a sous la langue d'un chien enragé une salive bourbeuse qui donnée en boisson prévient l'hydrophobie; mais ce qui est bien plus utile, c'est le foie du chien enragé qui a mordu, mangé cru s'il est possible; sinon, cuit d'une façon quelconque, ou encore du bouillon préparé avec la chair de ce chien.

3. Les chiens ont à la langue un petit ver appelé par les Grecs lytta ( rage) : quand on l'ôte aux jeunes chiens, ils ne deviennent point enragés et ne perdent jamais l'appétit. Ce même ver porté trois fois autour du feu se donne aux individus mordus par un chien enragé, pour prévenir la rage; on la prévient encore avec la cervelle de coq; mais cette substance, prise à l'intérieur, ne garantit que pour l'année courante. On dit que la crête de coq broyée, ou la graisse d'oie avec du miel, est un topique efficace. On sale la chair des chiens enragés, et on la fait manger contre la rage. Bien plus , on noie immédiatement dans l'eau de petits chiens du sexe de l'animal qui a mordu, et l'on en fait manger par l'individu mordu le foie cru.

4. La fiente de coq, pourvu qu'elle soit rousse, est utile; on l'applique avec du vinaigre, ainsi que la cendre de la queue de musaraigne, pourvu qu'on laisse aller vivant l'animal mutilé; un morceau de nid d'hirondelle appliqué avec du vinaigre, des petits d'hirondelle incinérés, la vieille peau dont un serpent s'est dépouillé au printemps, broyée avec une écrevisse mâle dans du vin : cette peau seule, mise dans les coffres et les armoires, tue les vers.

5. Telle est la force de la rage, qu'on ne marche point impunément sur l'urine d'un chien enragé, surtout si l'on a quelque ulcère; le remède alors est d'appliquer du crottin de cheval humecté de vinaigre et chauffé, dans une figue. On s'étonnera moins de ces effets violents si l'on songe qu'une pierre mordue par un chien est passée en proverbe pour exprimer les querelles. Celui qui urine sur de l'urine de chien éprouve, dit-on, de l'engourdissement dans les lombes. Le lézard nommé par les uns seps, par les autres chalcidice, avalé dans du vin guérit les morsures qu'il a faites. XXXIII. 1. Contre les maléfices préparés avec la belette sauvage (furet), en ale bouillon d'un vieux coq à large dose; contre l'aconit, en particulier, il faut ajouter à ce bouillon un peu de sel. La fiente de poules, pourvu qu'elle soit blanche, bouillie avec de l'hysope ou du vin miellé, est l'antidote contre l'empoisonnement par les champignons et les bolets ; elle guérit aussi les gonflements et les suffocations, ce qui doit nous étonner, car un autre animal qui vient à goûter de cette fiente est saisi de tranchées et de gonflement. Le sang d'oie avec quantité égale d'huile est bon contre le lièvre marin.

2. On le garde contre toutes les mauvaises drogues, en pastilles, avec de la terre rouge de Lemnos et du suc d'épine blanche, et on en prend cinq drachmes dans trois cyathes d'eau. La même propriété appartient aux petits de belette préparés comme nous avons dit plus haut (XXIX, 16). La présure d'agneau est excellente contre toutes les mauvaises drogues, ainsi que le sang des canards du Pont; aussi le garde- t-on figé, et on le délaye dans da vin :

3. d'après quelques-uns, le sang de cane est plus efficace. De la même façon , contre tous les venins on a l'estomac de cigogne et la présure de mouton. Le bouillon de la chair de bélier est en particulier un remède contre les cantharides, ainsi que le lait chaud de brebis, qui en outre est bon contre le bupreste ou l'aconit. La fiente de pigeon ramier est utile contre le vif-argent pris à l'intérieur. On a contre les poisons des flèches la belette commune longtemps gardée, et prise à l'intérieur à la dose de deux drachmes.

XXXIV. (VI.) 1. Pour l'alopécie on emploie la cendre de crottes de brebis avec de l'huile de cyprus (XII, 51 ) et du miel, la cendre du sabot d'un mulet ou d'une mule dans de l'huile de myrte ; en outre, selon notre Varron, le fiente de rat nommée par lui muscerda; les tètes fraîches de mouches : on frotte d'abord la partie dépouillée de cheveux avec une feuille de figuier; d'autres se servent du sang de mouche; d'autres appliquent de la cendre de mouches pendant dix jours avec de la cendre de papyrus ou de noix, deux parties sur une de cendre de mouches; d'autres pétrissent de la cendre de mouches et du chou avec du lait de femme; d'autres ne mettent que du miel. 2.

On croit qu'aucun animal n'est moins docile et moins intelligent que la mouche, ce qui doit d'autant plus nous faire admirer le prodige de ces nuées de mouches qui , dans les jeux sacrés d'Olympie, après l'immolation du taureau au dieu nommé Myiodes (X, 40), abandonnent. tout le territoire. La cendre de tête de rat, de queue de rat, d'un rat tout entier, guérit l'alopécie, surtout si la chute des cheveux est le fait d'un maléfice. On obtient le même effet par la cendre d'un hérisson avec du miel, ou par sa peau brûlée avec de la poix liquide. La tête de cet animal , brûlée seule, fait même repousser les poils sur les cicatrices. Quand on fait ce remède, il faut préparer l'endroit atteint d'alopécie avec le rasoir et la moutarde; quelques-uns préfèrent le vinaigre.

3. Toutes les propriétés attribuées au hérisson se retrouvent à un plus haut degré dans le porc-épic (VIII, 53 ). Un lézard étant brûlé, comme nous l'avons dit (XXIX, 32) , et de plus avec la racine fraîche d'un roseau qu'il faut couper par petits morceaux pour qu'on puisse l'incinérer en même temps, la cendre, mêlée avec de l'huile de myrte, empêche la chute des cheveux. Les lézards verts procurent tout cela avec plus d'efficacité, et le remède est encore plus sûr si l'on ajoute du sel, de la graisse d'ours et de l'oignon pilé. Quelques-uns font cuire dix lézards verts dans dix setiers de vieille huile, et se contentent de faire par mois une friction avec ce mélange. On guérit très promptement l'alopécie avec la cendre de peau de vipère, avec la fiente de poule appliquée fraîche.

4. Un oeuf de corbeau, battu dans un vase de cuivre et appliqué sur la tête rasée, rend les cheveux noirs; mais, jusqu'à ce qu'il soit sec, il faut tenir de l'huile dans la bouche, de peur que les dents ne noircissent aussi. Il faut faire cette opération à l'ombre, et ne pas se laver la tête avant le quatrième jour; d'autres emploient le sang et la cervelle de corbeau avec du vin noir; d'autres font cuire l'oiseau lui-même, et le mettent, au milieu de la nuit, dans un vase de plomb. Quelques-uns appliquent sur les endroits frappés d'alopécie des cantharides pilées avec de la poix liquide; on prépare auparavant la peau avec du nitre. Les cantharides sont caustiques, et il faut prendre garde qu'elles n'ulcèrent profondément : pour les ulcérations ainsi produites on recommande d'appliquer des têtes de rat, du fiel de rat, de la fiente de rat, avec de l'ellébore et du poivre. XXXV. 1. On détruit les lentes avec de la graisse de chien, ou avec des serpents mangés en guise d'anguilles, ou avec la vieille peau dont ils se dépouillent, prise dans un breuvage. On guérit le porrigo en appliquant sur la tête du fiel de mouton avec de la terre cimoliée, jusqu'à ce que le mélange se sèche.

XXXVI. 1. On a pour les maux de tête la tête d'escargot prise sur des escargots sans coquilles et encore informes : il s'y trouve une concrétion pierreuse, du volume d'un caillou ; on ôte ces concrétions, on les attache, et on pile les petites pour en faire des frictions sur le front. On a encore le suint, les os de la tête d'un vautour portés en amulette, la cervelle de cet oiseau avec de l'huile et de la résine de cèdre; on frotte la tête avec ce mélange, et on en introduit dans les narines. La cervelle, cuite, de corneille ou de hibou, prise en aliment, produit le même effet. Si on enferme un poulet, et qu'on le fasse jeûner un jour et une nuit; si celui qui a mal à la tète se soumet à la même abstinence, et qu'il s'attache à la tète les plumes arrachées du cou ou la crête , il se guérit de son mal. On traite le mal de tête par la cendre de belette en topique, par un rameau pris au nid d'un milan et placé sous le chevet, par une peau de rat qu'on fait brûler et dont on applique la cendre avec du vinaigre, par le petit os d'une limace trouvée entre deux ornières;

2. on passe ce petit os à travers l'oreille avec une aiguille d'ivoire, ou on le pend au cou dans un sac de peau de chien : ce remède réussit constamment à beaucoup de personnes. Sur les fractures du crâne on applique une toile d'araignée avec de l'huile et du vinaigre; elle ne se détache qu'après la guérison de la plaie. Cette même toile arrête le sang des coupures faites par le rasoir. On arrête le sang qui coule du cerveau avec du sang d'oie ou de canard, ou avec de la graisse de ces mêmes animaux mêlée à de l'huile rosat. La tête d'un escargot paissant le matin, coupée avec un roseau, surtout pendant la pleine lune, se porte pour les douleurs de tête dans une étoffe de lin attachée avec un ruban; ou bien on en fait avec la cire blanche un liniment pour le front. On porte aussi, attachés dans une étoffe, des poils de chien.

XXXVII. 1. On fait repousser, dit-on, les cils en mangeant de la cervelle de corneille, ou en oignant, à l'aide d'un stylet, les paupières avec du suint chaud, uni à la myrrhe. On promet le même résultat avec la préparation suivante : Prenez cendre de mouche et cendre de crotte de rat, quantités égales; en tout, un demi-denier; ajoutez deux sixièmes de denier d'antimoine; appliquez le tout avec du suint. On emploie encore des petits de rat pilés dans du vin vieux jusqu'à consistance des préparations acopes (délassantes). Quand on a arraché les cils qui blessent, on les empêche de repousser avec le fiel de hérisson, la partie liquide des oeufs de stellion, la cendre de salamandre, le fiel de lézard vert, dans du vin blanc, et épaissi au soleil jusqu'à consistance de miel en un vase de cuivre; avec la cendre de petits d'hirondelle unie au suc de tithymale (XXVI, 39) et à la bave d'escargot.

XXXVIII. 1. On guérit, d'après les mages, la cataracte avec la cervelle d'un jeune chien de sept jours. La sonde doit être enfoncée du côté droit du chien, s'il s'agit de l'oeil droit; du côté gauche, s'il s'agit de l'oeil gauche.

On la guérit encore avec le fiel récent de I'asion (X, 33, 4), espèce d'oiseau de nuit, dont les plumes lui font comme des oreilles. Apollonius de Pitane aimait mieux traiter la cataracte avec le fiel de chien qu'avec le fiel d'hyène; il y joignait du miel; il employait le même moyen pour les taies. La cendre de la tête et de la queue de rat, employée avec du miel en onction, éclaircit la vue; on obtient bien mieux ce résultat avec de la cendre de loir ou de rat des champs, avec de la cervelle ou du fiel d'aigle.

2. La cendre et la graisse de souris, broyées avec du miel attique et de l'antimoine, sont très bonnes pour le larmoiement: ce qu'est l'antimoine, nous le dirons en parlant des métaux (XXXIII, 33). Pour la cataracte on a la cendre de belette, la cervelle de lézard ou d'hirondelle; ces animaux pilés ou cuits, appliqués sur le front, calment les fluxions oculaires, soit seuls, soit avec la fleur de farine, soit avec l'encens; ils sont très utiles dans les coups de soleil : il est aussi très avantageux de les brûler vifs, et de faire, avec leur cendre et le miel de Crète, un liniment pour les taies.

3. La vieille peau dont l'aspic se dépouille, avec la graisse du même reptile, éclaircit les yeux des bêtes de somme. Brûler une vipère vivante dans un pot neuf de terre avec un cyathe de suc de fenouil et une miette d'encens, et oindre avec ce mélange les yeux, est très avantageux dans la cataracte et les nuages; on nomme ce médicament échion (de serpent). On fait pourrir une vipère dans un vase , on pile avec du safran les vers qui en naissent: cela fait encore un collyre. On brûle une vipère dans un vase avec du sel, et on en fait prendre sur la langue, tant pour éclaircir la vue que pour maintenir l'estomac et le corps tout entier en bon état. Ce sel se donne aux moutons pour les conserver en santé; on l'incorpore dans les antidotes contre les serpents.

4. Quelques-uns usent même des vipères en aliment: avant tout, dès qu'elles sont tuées, on prescrit de leur mettre dans la gueule du sel qu'on y laisse fondre ; on les coupe à quatre doigts de la tête et de la queue, on ôte les intestins, on les fait cuire dans de l'eau ou de l'huile avec du sel et de l'aneth; on mange le tout sur-le-champ, ou on le met dans un pain pour en manger de temps en temps. Le bouillon de vipère, outre les propriétés susdites, chasse les poux de tout le corps, et fait même cesser les démangeaisons de la peau. La cendre de la tête de vipère, sans autre ingrédient, est efficace; on l'emploie très utilement en onction pour les yeux; il en est de même de la graisse de vipère. Je n'oserais conseiller, comme on fait, l'usage du fiel; car, comme nous l'avons dit en son lieu (XI, 62), le fiel est justement le principe vénéneux des serpents. La graisse de couleuvre, mêlée avec du vert de gris, guérit les blessures des yeux. La vieille peau dont les couleuvres se dépouillent au printemps, employée en frictions, éclaircit la vue. On vante le fiel du boa (VIII, 14) pour les taies, la cataracte, les taches; la graisse, pour éclaircir la vue.

5. Le fiel de l'aigle, qui, comme nous l'avons dit (X, 3, 5 ), éprouve ses aiglons en leur faisant regarder le soleil, forme avec le miel attique un collyre bon pour les nuages, les taies et la cataracte. La mérite propriété appartient au foie de vautour, avec du suc de poireau et un peu de miel; au fiel de poulet délayé dans l'eau, pour l'argéma et les taies; au fiel d'un coq très blanc, pour la cataracte. On recommande d'appliquer sur l'oeil pour la vue basse la fiente de poulet, pourvu qu'elle soit rousse. On recommande le fiel de poule, et surtout la graisse, contre les pustules qui surviennent à la pupille, et on en engraisse exprès pour cela. Cette substance est merveilleuse aussi pour les déchirures des tuniques de l'oeil, avec du schiste et de la pierre hématite ; on garde encore pour les taies, dans de la vieille huile et des boites de corne, leur fiente, pourvu qu'elle soit blanche.

6. Et à ce propos il faut remarquer que les paons avalent, dit-on , leur fiente, comme s'ils nous en enviaient l'usage. Un épervier cuit dans de l'huile rosat passe pour faire un liniment très efficace dans toutes les affections des yeux ; il en est de même de la cendre de sa fiente avec le miel attique. On loue encore le foie de milan. La fiente de pigeon dans du vinaigre est bonne pour l'aegilops, ainsi que pour les taies et les cicatrices. Le fiel d'oie, le sang de canard, sont utiles dans les contusions des yeux; mais il faut ensuite faire des onctions avec le suint et le miel.

7. On recommande pour le même cas le fiel de perdrix, avec quantité égale de miel ; seul, il éclaircit la vue; à quoi l'on ajoute, et à ce qu'on prétend sur l'autorité d'Hippocrate, qu'il faut le garder dans une boîte d'argent. Les oeufs de perdrix cuits dans un vase de cuivre avec du miel guérissent les ulcères des yeux et la cataracte. Le sang du pigeon, de la tourterelle, du ramier, de la perdrix, est excellent pour les ecchymoses des yeux; le sang du male, chez les pigeons, est considéré comme plus efficace. Pour cet usage, on ouvre la veine qui est sous l'aile, parce que c'est le plus chaud, et par conséquent le meilleur. Il faut par-dessus appliquer une compresse bouillie dans du miel et de la laine grasse, avec de l'huile et du Yin. On guérit la nyctalopie avec le sang des mêmes oiseaux, avec le foie de brebis. Le plus efficace est celui d'une brebis rousse, comme nous l'avons dit en parlant des chèvres (XXVIII, 47,4 ).

8. On recommande de se laver les yeux avec le bouillon de mouton , de se frotter avec la moelle de mouton quand les yeux sont douloureux et tuméfiés, La cendre des yeux de hibou, mise dans un collyre, rend, assure-t-on, la vue plus claire.

[3] Les boeufs dans l'île de Chypre se guérissent des tranchées en mangeant des excréments humains. Leurs pieds ne s'usent peint si avant de les mettre en marche on leur frotte les cornes avec de la poix liquide. Les loups n'approchent pas d'un champ si, après en avoir pris un, après lui avoir rompu les pattes et l'avoir égorgé, on répand peu à peu son sang autour du champ, et si on l'enterre ensuite à l'endroit où l'on a commencé de le traîner. On peut encore faire consumer au foyer des dieux lares, où se rassemble la famille, le soc, ôté de la charrue, avec lequel on a tracé le premier sillon de l'année: le loup n'attaquera aucun animal dans le champ tant qu'on observera cet usage. Nous allons maintenant revenir à des animaux spéciaux, qui ne sont ni privés ni sauvages.

FIN DU LIVRE VINGT-HUIT

DE PLINE L'ANCIEN

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE.

TOME SECOND. LIVRE XXX

Traduction française : É. LITTRÉ

livre XXVIII - livre XXX

LIVRE XXIX,

TRAITANT DES REMÈDES FOURNIS PAR LES AUTRES ANIMAUX QUI NE SONT PAS SUSCEPTIBLES D'ÊTRE APPRIVOISÉS, OU QUI SONT SAUVAGES. I. De l'origine de la médecine.

II. D'Hippocrate. Quand a commencé la médecine clinique. Quand a commencé l'iatraIiptique.

III. De Chrysippe et d'Érasistrate

IV. De la secte empirique.

V .D'Hérophile et des autres médecins célèbres. Combien de fois la théorie de la médecine a été changée.

VI. Quel a été le premier médecin à Rome et quand.

VII. Ce que les Roman ont pensé des anciens médecins.

VIII. Défauts de la médecine.

IX. Remèdes tirés de la laine , xxxv.

X. Du suint, xxxii.

XI. Des oeufs, xi.

XII. Des oeufs de serpent.

XIII. De la confection du collagène ; remèdes qu'on en tire , iv.

XIV. Remèdes tirés du chien.

XV. Remèdes rangés par ordre de maladie : contre les morsures de Serpent. Remèdes tirés du rat.

XVI. De la belette.

XVII. Des punaises.

XVIII. Des aspics.

XIX. Du basilic.

XX. Du dragon.

XXI. De la vipère.

XXII. Des autres serpents:

XXIII. De la salamandre.

XXIV. Remèdes tirés des oiseaux contre les serpents : Du vautour.

XXV. Des gallinacées.

XXVI. Des autres oiseaux.

XXVII. Des phalangiens; espèces de ces insectes et des araignées.

XVIII. Du stellion.

XIX. De divers insectes.

XXX. Des cantharides.

XXXI. Contre certains venins.

XXXII. Contre la morsure du chien enragé.

XXXIII. Contre les autres venins.

XXXIV. Contre l'alopécie.

XXXV. Contre les lentes et le porrigo.

XXXVI. Pour les douleurs et les plaie; de tête.

XXXVII. Pour les cils.

XXXVIII. Pour les affections des yeux.

XXXIX. Pour les douleurs et les affections des oreilles.

On fait disparaître les taies avec la fiente de tourterelle, avec la cendre d'escargot, avec la fiente du cenchris, espèce d'épervier, suivant les Grecs (crécerelle, X, 52, 6 ). Toutes les substances susdites, avec du miel, guérissent l'argéma. Le miel dans lequel des abeilles sont mortes est très bon pour les yeux.

9. Quiconque a mangé un petit de cigogne est préservé, dit-on , plusieurs années de suite, de l'ophtalmie; de même celui qui a sur soi une tête de dragon. On prétend que la graisse de dragon avec du miel et de la vieille huile dissipe les taies commençantes. On aveugle eu pleine lune des petits d'hirondelle ,et quand leur vue est rétablie, on incinère leur tête; on se sert de cette cendre avec du miel pour éclaircir la vue, pour les douleurs, les inflammations et les contusions de l'oeil.

10. On emploie aussi les lézards de plusieurs façons pour les maladies des yeux. Les uns enferment un lézard vert dans un vase de terre neuf, avec neuf de ces pierres nommées cinædia (XXXVII, 56, 2) qu'on a coutume d'attacher aux aines en cas de tumeur; ils font une marque à chacune, et en ôtent une chaque jour; le neuvième ils lâchent le lézard, et gardent les pierres pour les maux d'yeux. Les autres mettent de la terre sous un lézard vert aveuglé, et enferment avec l'animal, dans un vase de verre, des anneaux de fer massif ou d'or: quand ils reconnaissent à travers le vase que le lézard a recouvré la vue, ils le mettent en liberté, et se servent des anneaux contre l'ophtalmie.

11. D'autres usent de la cendre de la tête de lézard au lieu d'antimoine pour les granulations oculaires; quelques-uns incinèrent le lézard vert à long cou qu'on trouve dans les sablonnières, et emploient cette cendre en frictions pour les fluxions commençantes et les cataractes. On dit que si on crève les yeux aux belettes par une ponction, elles recouvrent la vue; et on en fait le même usage que des lézards avec les anneaux. On dit que l'oeil droit d'un serpent, porté en amulette, est bon contre les fluxions oculaires, si on lâche le serpent vivant. La cendre de la tête d'un stellion avec l'antimoine guérit merveilleusement les larmoiements perpétuels. La toile d'une araignée à mouches, et particulièrement la retraite qu'elle se construit, appliquée sur le front, d'une tempe à l'autre, à l'aide d'une compresse, est, dit-on, un remède souverain pour les fluxions des yeux : il faut que cette substance soit prise et appliquée par un garçon Impubère, que celui-ci reste trois jours sans se montrer au malade, et que pendant ces trois jours ni l'un ni l'autre ne touche la terre à pieds nus.

12. L'araignée blanche, à pattes très longues et très déliées, pilée dans de vieille huile et employée en onction, guérit, dit-on, les taches blanches des yeux. Et celle même dont la toile très épaisse se trouve généralement dans les charpentes des maisons, portée en amulette dans un morceau d'étoffe, passe pour guérir les fluxions oculaires, Le scarabée vert a la propriété de rendre, quand on le regarde, la vue plus perçante ; aussi les graveurs en pierres fines reposent-ils leur vue en considérant cet animal. XXXIX 1. Le fiel de brebis avec du miel déterge t les oreilles. On calme la douleur d'oreilles en instillant du lait de chienne; on remédie à la dureté d'ouïe avec la graisse jointe à l'absinthe et à l'huile vieille ; avec la graisse d'oie. Quelques-uns ajoutent du suc d'oignon et d'ail (XX, 23, 4) en quantité égale. On emploie encore seuls les oeufs de fourmis. Cet insecte, en effet, a aussi des propriétés médicinales, et il est certain que les ours malades se guérissent en en mangeant (VIII, 41,6). La graisse de l'oie et de tous les oiseaux se prépare ainsi : on en ôte toutes les veines ; on la fait fondre dans un plat de terre neuf couvert, au soleil, et à la chaleur de l'eau bouillante qu'on met dessous; on la passe dans des chausses de lin; on la met alors dans un pot de terre neuf, et on la garde au frais ; elle se rancit moins si on y ajoute du miel.

2. La cendre de rat instillée soit avec du miel, soit bouillie avec de l'huile rosat, calme les douleurs d'oreilles. Si quelque insecte s'est introduit dans le conduit auditif, le principal remède est d'y injecter du fiel de rat délayé avec du vinaigre ; s'il y est entré de l'eau, on se sert de la graisse d'oie avec le suc d'oignon. On écorche un loir, on le vide, on le fait cuire avec du miel dans un vase neuf; les médecins préfèrent le faire cuire avec du nard jusqu'à réduction au tiers, et recommandent de le garder en cet état, et, lorsqu'il en est besoin, d'injecter dans l'oreille cette composition tiède, avec une strigile (instrument pour les oreilles): il est certain que ce remède guérit les maux d'oreilles désespérés, ainsi qu'une injection de vers de terre cuits avec la graisse d'oie.

3. Les vers rouges pris sur les arbres et pilés avec de l'huile guérissent merveilleusement les ulcérations et les déchirures des oreilles. Des lézards qu'on a gardés longtemps suspendus, après leur avoir mis du sel dans la gueule, guérissent les contusions et les blessures des oreilles. Les plus efficaces sont ceux qui ont des taches ferrugineuses et la queue rayée. Le mille-pieds, appelé aussi centipède ou multipède, est du genre des vers de terre, velu, rampant en are avec ses pattes nombreuses, et se contractant au moindre attouchement : les Grecs le nomment oniscos; d'autres, tylos. On le dit efficace pour les maux d'oreilles, cuit dans une écorce de grenade avec du suc de poireau; on y ajoute de l'huile rosat, et on injecte le tout dans l'oreille opposée.

4. L'espèce qui ne fait point de sinuosités en marchant, nommée par les Grecs seps et par d'autres scolopendre, est plus petite et venimeuse. Les escargots comestibles s'appliquent avec de la myrrhe ou de la fleur d'encens; les escargots petits et larges, avec du miel, sur les oreilles fracturées. La vieille dépouille des serpents, brûlée dans un tesson très chaud et mêlée avec de l'huile rosat, s'instille dans les oreilles. Ce remède, efficace contre toutes les maladies de cette partie, l'est surtout contre la mauvaise odeur; si l'oreille suppure, au lieu d'huile rosat c'est du vinaigre, et mieux encore du fiel de chèvre, ou de boeuf, ou de tortue marine.

5. Cette dépouille, si , elle a plus d'un an, n'est bonne à rien; quelques-uns pensent qu'elle est également sans vertu, si elle a été mouillée par la pluie. On emploie pour les oreilles l'humeur d'une araignée broyée avec de l'huile rosat, ou cette humeur seule dans de la laine, ou avec du safran; le grillon tiré de son trou avec la terre , en topique. Une grande puissance est attribuée à cet insecte par Nigidius, une plus grande par les mages, parce qu'il marche à reculons, perce la terre, et jette la nuit un cri aigu; on se le procure en jetant une fourmi, retenue à l'aide d'un cheveu, dans son trou, après en avoir auparavant soufflé la poussière pour qu'elle ne s'y cache pas; il saisit la fourmi, et on les retire tous les deux. Le jabot des volailles, que l'on jette ordinairement, gardé et broyé dans du vin , s'injecte chaud dans les oreilles qui suppurent, ainsi que la graisse de poule.

6. Les blattes, quand on leur coupe la tête, donnent aussi une espèce de graisse, laquelle, broyée avec de l'huile rosat, est, dit-on, merveilleuse pour les oreilles; mais il faut ôter peu après la laine qui l'enveloppe, car on prétend que cette graisse s'anime rapidement, et se change en un petit ver. D'autres écrivent que deux ou trois blattes cuites dans l'huile sont très efficaces pour les oreilles, et que, en cas de contusion de cette partie, il faut les piler, et les appliquer sur un linge. Cet insecte est au nombre de ceux qui dégoûtent; mais l'admiration pour la nature et pour la diligence des anciens m'oblige à rapporter tout ce qui le concerne.

7. On en a distingué plusieurs espèces. Il y a des blattes molles que l'on fait cuire dans l'huile, et dont on frotte les verrues avec un succès éprouvé. Une seconde espèce, nommée myloecos (μυλοικός, habitant les moulins), ne se trouve guère qu'autour des meules de moulin : celle-ci, privée de la tête et pilée, guérit la lèpre; du moins Musa (XIX, 38) et Pictor ont cité des exemples de ces guérisons. Une troisième espèce est odieuse par son odeur dégoûtante ; elle a l'extrémité postérieure du corps terminée en pointe. On dit qu'avec le pisselaeon (XXIV, 11, 3) elle guérit des ulcères d'ailleurs incurables; qu'appliquée pendant vingt et un jours elle guérit les scrofules et les tumeurs; que, les pattes et les ailes ôtées, elle guérit les coups, les contusions, les ulcères malins, la gale, les furoncles. Nous-même nous ne répétons qu'avec répugnance ce que nous avons entendu dire; et cependant Diodore rapporte qu'il a donné ce remède avec la résine et le miel dans l'orthopnée; tant la médecine est en possession d'administrer pour remède tout ce qu'il lui plaît!

8. Les médecins les plus accommodants se contentent de faire garder pour les mêmes usages la cendre de ces insectes dans une boite de corne, ou de les faire prendre pilés, en lavement, pour l'orthopnée ou le rhumatisme. En tout cas, il est certain qu'en topique ces insectes font sortir les corps étrangers enfoncés dans les chairs. Le miel où des abeilles sont mortes est aussi très bon pour les oreilles. La fiente de pigeon, soit seule, soit avec de la farine d' orge ou d'avoine, arrête le progrès des parotides. On obtient le même résultat en injectant dans l'oreille ou en appliquant sur la parotide de l'huile avec de la cervelle ou du foie de hibou, en appliquant des mille-pieds avec un tiers de résine, en employant en onguent ou en amulette les grillons. Nous parlerons dans le volume suivant des autres espèces de maladies, et des remèdes tirés des mêmes animaux, ou d'animaux du même genre.

LIII. Autres faits merveilleux.

Résumé : Remèdes, histoires et observations , 854.

Auteurs :

M. Varron , Nigidius , Cicéron, Sextius Niger qui a écrit en grec , Licinius Macer.

Auteurs étrangers :

Eudoxe, Aristote, Hermippe, Homère, Apion, Orphée , Démocrite, Anaxilaüs. Médecins :

Botrye, Horo , Apollodore , Ménandre , Archidème, Aristogène, Xénocrate, Diodore, Chrysippe , Nicandre , Apollonius de Pitane.

I. 1. Dans les parties antérieures de cet ouvrage nous avons réfuté plus d'une fois, quand le sujet et le lieu l'exigeaient, les impostures magiques. Nous allons encore en révéler la vanité. La magie est du petit nombre des choses sur lesquelles il importe de s'étendre, ne fût-ce qu'à ce titre qu'étant le plus trompeur des ais, elle a eu, par tout le monde et en tout temps, le plus grand crédit. On ne s'étonnera pas de l'influence extrême qu'elle s'est acquise, car elle a seule embrassé et confondu les trois arts qui ont le plus de pouvoir sur l'esprit humain.

2. Elle est née d'abord de la médecine, cela n'est pas douteux ; et, sous l'apparence d'avoir pour objet notre salut, elle s'est glissée comme une autre médecine plus profonde et plus sainte. En second lieu, aux promesses les plus flatteuses et les plus séduisantes elle a joint le ressort de la religion, sujet sur lequel le genre humain est encore aujourd'hui le plus aveugle. Enfin, pour comble, elle s'est incorporé l'art astrologique; or, tout homme est avide de connaître son avenir, et tout homme pense que cette connaissance se tire du ciel avec le plus de certitude. Ainsi, tenant enchaînés les esprits par un triple lien, la magie s'est élevée à un tel point, qu'aujourd'hui même elle prévaut chez un grand nombre de nations, et dans l'Orient commande aux rois des rois.

II. 1. C'est dans l'Orient sans doute qu'elle a été inventée, dans la Perse, par Zoroastre; les auteurs s'accordent sur ce point : mais n'y a-t-il eu qu'un Zoroastre? y en a-t-il eu deux? C'est une question indécise. Eudoxe, qui a prétendu que parmi les sectes philosophiques la magie était la plus illustre et la plus utile, plaçait ce Zoroastre six mille ans avant la mort de Platon ; autant en faisait Aristote. Hermippe, qui a écrit avec beaucoup d'exactitude sur toutes les parties de cet art, et qui a commenté les deux millions de vers composés par Zoroastre, et mis des tables aux ouvrages de cet auteur, rapporte que Zoroastre a puisé sa doctrine chez Azonaces, et vécu cinq mille ans avant la guerre de Troie.

2. Il faut d'abord s'étonner que ces souvenirs et cet art aient subsisté pendant tant de siècles sans que les monuments écrits aient péri, et en outre sans que la tradition ait été entretenue par des intermédiaires illustres et continus. En effet, est-il beaucoup de personnes qui connaissent, même par ouï-dire, ces mages qu'on elle seuls, Apuscorus et Zaratus de Médie, Marmarus et Arabantiphocus de Babylonie, Tarmoendas d'Assyrie, tous hommes dont il ne reste aucun écrit? Mais ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est qu'Homère garde sur cet art un silence complet dans l'Iliade, tandis que dans l'Odyssée il est continuellement question de magie, au point que ce poème n'a guère d'autre fondement. En effet, d'après les mages, on ne doit pas expliquer autrement Protée, le chant des sirènes, Circé, et l'évocation des enfers.

3. Personne n'a dit non plus dans la suite comment la magie était venue à Telmesse (V, 28 ), ville extrêmement religieuse; en quel temps elle avait passé chez les femmes thessaliennes, qui longtemps ont servi de surnom dans nos contrées; surnom emprunté à une nation qui était sans rapport avec la magie, qui, du moins an temps de Troie, se bornait aux remèdes de Chiron, et qui n'avait pas d'autres foudres que les foudres de Mars. Certes je m'étonne que le renom de magie se soit attaché aux Thessaliens d'Achille, si bien que Ménandre, sans rival dans les connaissances littéraires, a intitulé Thessalienne une comédie représentant les cérémonies mystérieuses par lesquelles des femmes faisaient descendre la lune sur la terre (II, 9 ). Je croirais qu'Orphée ale premier transporté de proche en proche les superstitions magiques avec les découvertes de la médecine, si la Thrace, où il faisait son séjour, n'eût été totalement étrangère à la magie.

4. Le premier, d'après le résultat de mes recherches, qui ait écrit sur ce sujet et dont les ouvrages subsistent, est Osthanes. Il avait accompagné Xerxès dans la guerre faite aux Grecs par ce prince; il dissémina pour ainsi dire les germes de cet art monstrueux, et en infecta tous les lieux qu'il parcourut. Les auteurs exacts placent peu de temps avant lui un autre Zoroastre de Proconnèse. C'est cet Osthanes, cela est certain, qui inspira aux peuples de la Grèce, non l'amour, mais la rage de cette science. Toutefois je remarque qu'anciennement et presque toujours on chercha dans cette science le plus haut point de l'éclat et de la gloire littéraires;

5. du moins Pythagore, Empédocle, Démocrite, Platon, pour s'y instruire, traversèrent les mers, exilés à vrai dire plutôt que voyageurs. Revenus dans leur patrie, ils vantèrent la magie, ils la tinrent en arcane. Démocrite a fait connaître Apollobèches de Coptos et Dardanus de Phénicie. 1l alla chercher les écrits de Dardanus dans le tombeau de ce personnage : quant aux siens, ils ont été composés d'après la doctrine de ces deux hommes. Que tout cela ait été reçu par d'autres et se soit conservé dans la mémoire, c'est ce qui m'étonne le plus au monde. Ici tout est si peu croyable et si révoltant, que ceux qui donnent leur approbation aux autres écrits de Démocrite regardent comme apocryphes les livres magiques qui portent son nom.

6. Mais il n'est que trop vrai c'est lui qui a surtout infatué les esprits de cette attrayante chimère.

Il faut aussi remarquer, comme une circonstance singulière, que les deux arts, médecine et magie, se soient développés simultanément, la médecine par Hippocrate, la magie par Démocrite, au temps de la guerre du Péloponnèse, répondant à l'an ami de Rome. Il est une autre secte magique formée par Moise, Jamnès, et Jotapes, tous trois Juifs, mais postérieurs de plusieurs milliers d'années à Zoroastre. Quant à la secte de l'île de Chypre, elle est beaucoup plus récente. Du temps d'Alexandre le Grand la magie reçut un surcroît non petit d'influence par le second Osthanes, qui eut l'honneur d'accompagner ce prince, et qui, ce dont personne ne doute, parcourut presque toute la terre.

III. 1. Il existe certainement aussi chez les nations italiennes des traces de la magie, par exemple dans nos lois des Douze Tables et d'autres monuments, comme je l'ai fait voir dans un livre précédent (XXVIII, 4). Ce n'est que l'an 657 de Rome, sous le consulat de Cn. Cornélius Lentulus et de P. Licinius Crassus, qu'il fut défendu par un sénatus-consulte d'immoler un homme (XXVIII, 3, 3) ; ce qui prouve que jusqu'à cette époque on faisait de ces horribles sacrifices.

IV. 1. Les Gaules ont été aussi possédées par la magie, et même jusqu'à notre temps; car c'est l'empereur Tibère qui a supprimé leurs druides, et cette tourbe de prophètes et de médecins. Mais à quo bon rapporter ces prohibitions au sujet d'un art qui a franchi l'Océan, et qui a pénétré jusqu'où cesse la nature? La Bretagne cultive aujourd'hui même l'art magique avec foi et de telles cérémonies, qu'elle semblerait l'avoir transmis aux Perses. Ainsi tous les peuples, quoiqu'en discorde et inconnus les uns aux autres, se sont accordés sur ce point. On ne saurait donc suffisamment estimer l'obligation due aux Romains pour avoir supprimé ces monstruosités dans lesquelles tuer un homme était faire acte de religion, et manger de la chair humaine une pratique salutaire.

V. (II.) 1. Comme l'enseignait Osthanes, il y a plusieurs espèces de magie : la magie emploie l'eau, les boules, l'air, les étoiles, les lampes, les bassins, les haches, et beaucoup d'autres moyens; toutes pratiques qui promettent la divination, et en outre les colloques avec les ombres et les enfers. De notre temps, l'empereur Néron a eu la preuve que ces choses n'étaient que vanité et chimères. En effet, non moins que pour les chants de la cithare et de la tragédie, il se passionna pour la magie : quel excitant que la plus haute des fortunes humaines avec les vices profonds de l'âme! Avant tout il désira de commander aux dieux, et rien chez lui ne fut plus magnanime. Jamais personne ne prodigua plus d'encouragements à un art; pour cela rien ne lui manquait, ni richesses, ni pouvoir,ni intelligence pour apprendre, ni le reste, dans un naturel qui fatigua le monde.

2. C'est une preuve immense, indubitable, de la fausseté de cet art, que Néron y ait renoncé. Et plût au ciel qu'il eût consulté sur ses soupçons les enfers et tous les dieux qu'on voudra, plutôt que d'avoir remis son odieuse inquisition aux prostituées et aux suppôts de mauvais lieux ! Il n'y a point de superstition, quelque barbare et farouche qu'on la suppose, qui n'eût été plus douce que les pensées qui l'agitaient. Par là, et d'une façon plus sanglante, il peupla d'ombres nos demeures.

VI. 1. Les magiciens ont certaines défaites : ainsi ils disent que les dieux n'obéissent pas ou ne se laissent pas voir à ceux qui ont des taches de rousseur. Serait-ce là l'obstacle qui arrêta Néron? Du côté du corps, rien ne lui manquait. Quant au reste, il lui était loisible de choisir les jours convenables, facile d'avoir des brebis complètement noires, agréable même d'immoler des hommes. Le mage Tiridates était venu le trouver à Rome, apportant dans sa personne le triomphe d'Arménie, et, à cause de cela, foulant les provinces sur son passage. Il n'avait pas voulu aller par mer, parce que les mages regardent comme interdit de cracher dans la mer, et de souiller cet élément par quelques-unes des excrétions nécessaires à l'humanité. II avait avec lui amené des mages, il avait initié Néron à des festins magiques; et cependant l'empereur, qui lui donnait un royaume, ne put recevoir de lui l'art de la magie.

2. Soyons donc bien persuadés que c'est une chose détestable, impuissante, vaine, ayant pourtant quelques secrets trop réels; mais alors ce n'est plus l'art de la magie, c'est l'art des empoisonnements. Qu'on se figure les mensonges des anciens mages, puisque le grammairien Apion, que nous-même avons vu dans notre jeunesse, a écrit que la plante cynocéphalie ( XXV, 80) (5), appelée en Égypte osirites, est propre à la divination et bonne contre tous les maléfices, mais que si on l'arrache tout entière, celui qui l'arrache meurt aussitôt; que lui-même avait évoqué des ombres pour interroger Homère sur sa patrie et sur ses parents : toutefois il n'osait pas publier ce qu'il prétendait lui avoir été répondu par le poète. VII. (III.) 1. Je citerai une preuve particulière de la vanité de l'art des magiciens : de tous les animaux, c'est la taupe qu'ils admirent le plus, la taupe, maltraitée à tant d'égards par la nature, condamnée à une cécité perpétuelle, ajoutant à ces ténèbres les ténèbres souterraines où elle est enfouie et comme enterrée. Les entrailles de la taupe sont celles auxquelles ils ont le plus de confiance. C'est l'animal qu'ils regardent comme le plus propre aux mystères religieux ; si bien qu'à celui qui avalera un coeur de taupe récent et palpitant ils promettent le don de deviner et la connaissance des événements futurs. Ils assurent qu'on guérit le mal de dents en y attachant une dent arrachée à une taupe vivante. Nous indiquerons en lieu et place leurs autres assertions sur cet animal.

Ce qu'on y trouvera de plus vraisemblable, c'est que les taupes guérissent la morsure de la musaraigne, puisque, comme nous l'avons dit (XXIX, 27, 5 ), la terre prise aux ornières est aussi un remède dans ce cas.

VIII. 1. Au reste, toujours selon le dire des mages, on guérit le mal de dents avec la cendre de la tête d'un chien mort de la rage. Cette tête doit être brûlée sans les chairs, et on injecte la cendre avec de l'huile de cyprus (XII, 51) dans l'oreille, du côté de la douleur. On guérit le même mal en scarifiant la gencive de la dent malade avec la plus grosse dent gauche d'un chien, avec un os de l'épine d'un dragon ou d'un serpent d'eau (XXXII, 26) ; ce serpent doit être mâle et blanc : on scarifie aussi la gencive avec la plus grosse dent de cet animal. Quand ce sont les dents d'en haut qui font mal, on attache au cou du malade deux dents de la mâchoire supérieure, et quand la douleur est en bas, deux dents de la mâchoire inférieure. On se frotte de sa graisse quand on va à la chasse du crocodile. On scarifie les gencives avec les os du front d'un lézard, qu'on extrait pendant la pleine lune, sans leur laisser toucher la terre.

2. On fait un collutoire avec les dents de chien bouillies dans du vin, jusqu'à réduction de moitié. La cendre de ces dents avec du miel est utile aux enfants dont la dentition est difficile. On en fait aussi un dentifrice. Dans les dents creuses on met de la cendre de crottes. de rat, ou du foie sec de lézard. Mordre le coeur d'une couleuvre, ou le porter au cou, passe pour efficace. ll en est parmi les mages qui recommandent de manger un rat deux fois par mois, ce qui est, suivant eux, un préservatif. Les vers de terre bouillis dans de l'huile, et injectés dans l'oreille du côté dolent, donnent du soulagement. La cendre de ces vers introduite dans les dents cariées les fait tomber facilement, et, en friction, apaise la douleur des dents intactes. Il faut brûler ces vers dans un tesson. Ils sont encore utiles bouillis avec la racine de mûrier dans du vinaigre scillitique; ou emploie cette préparation en collutoire.

3. Le ver qu'on trouve dans l'herbes appelée bassin de Vénus (XXV, 108), introduit dans les dents creuses, est merveilleusement, utile. Quant à la chenille du chou, elle fait tomber les dents par son contact. On fait des injections dans l'oreille avec les punaises de la mauve mêlées à l'huile rosat. Les petits grains de sable qu'on trouve dans les cornes des limaçons, introduits dans les dents creuses, enlèvent sur-le-champ la douleur. La cendre de coquilles de limaçon, avec de la myrrhe, est bonne pour les gencives, ainsi que la cendre d'un serpent brûlé avec du sel dans un pot de terre, injectée avec de l'huile rosat dans l'oreille du côté opposé; la vieille peau que les couleuvres quittent au printemps, chauffée avec de l'huile et de la résine de teda (XVI, 19, 2 ), et injectée dans l'une ou l'autre oreille : quelques-uns ajoutent de l'encens et de l'huile rosat. Cette môme préparation introduite dans les dents creuses les fait tomber sans souffrance. C'est un conte, je pense, de dire que les couleuvres blanches se dépouillent de cette peau vers le lever du Chien; cela ne se voit pas en Italie; et il est encore beaucoup moins croyable que la mue soit aussi tardive dans les pays chauds. On ajoute, au reste, que cette peau, même étant vieille, avec la cire, fait promptement tomber les dents. Une dent de couleuvre attachée au cou calme le mal de dents. Des gens prétendent que c'est un bon remède de prendre de la main gauche une araignée, de la piler dans de l'huile rosat, et d'injecter cela dans l'oreille du côté dolent.

5. Des os de poule conservés dans un trou de muraille, pourvu que le canal médullaire soit intact, font, dit-on, cesser à l'instant la douleur, si on touche la dent ou si on scarifie la gencive; mais il faut jeter l'os aussitôt. On obtient le même résultat avec de la fiente de corbeau enveloppée dans de la laine, ou avec de la fiente de moineau chauffée dans de l'huile, et injectée dans l'oreille du côté malade. Ce dernier remède cause une démangeaison insupportable; et pour cela il vaut mieux frotter la partie de cendre de jeunes moineaux brûlés avec des sarments : on délaye cette cendre dans du vinaigre.

IX. (IV.) 1. On recommande, comme un moyen propre à donner bonne haleine, de se frotter les dents avec de la cendre de rat et du miel; quelques-uns y mêlent de la racine de marathrum (fenouil). Se curer les dents avec une plume de vautour rend l'haleine aigre; se servir pour cure-dents d'une épine de porc-épic les affermit. On guérit les ulcérations de la langue et des lèvres avec des hirondelles cuites dans du vin miellé; les crevasses de la bouche, avec de la graisse d'oie ou de poule, avec du suint uni à la noix de galle, avec des toiles blanches d'araignée, ou avec les petites toiles que cet insecte tisse entre les poutres. Si on se brûle la bouche avec quelque chose de trop chaud, on se guérit immédiatement avec du lait de chienne. X. 1. On fait disparaître les taches de la face par le suint avec le miel de Corse, qui passe pour très âpre; les petites écailles de la peau du visage, par le suint appliqué avec de l'huile rosat et de la laine; quelques uns ajoutent du beurre. Si ce sont des taches de vitiligo, on emploie, après les avoir piquées avec une aiguille, le fiel de chien. Pour les meurtrissures et les ecchymoses, on se sert du poumon de bélier et de brebis coupé par petites tranches et appliqué chaud, ou de fiente de pigeon. La graisse d'oie ou de poule entretient la peau du visage. Pour le lichen on emploie en topique la fiente de rat dans du vinaigre, et la cendre de hérisson dans de l'huile.

2. Dans ce traitement on recommande d'étuver préalablement le visage avec du nitre dans du vinaigre.

On fait disparaître les affections de la face avec la cendre, dans du miel, des limaçons gros et petits, qu'on rencontre communément. La cendre de tous les limaçons condense et échauffe, par une vertu détersive qui lui est propre; c'est pour cela qu'on l'incorpore dans les caustiques, et qu'on l'emploie en topique pour les affections psoriques et le lentigo. Je trouve encore qu'on donne le nom de fourmis d'Hercule à des fourmis qui, pilées avec un peu de sel, guérissent ces affections. Le bupreste (XXII, 36) est un insecte rare en Italie, très semblable au scarabée à longues pattes. Au milieu des herbes, le boeuf particulièrement l'avale sans s'en apercevoir : le bupreste (et c'est de là que lui vient son nom) cause chez le boeuf, en lui touchant le fiel, une telle inflammation, qu'il le fait crever.

3. Cet insecte, avec du suif de bouc en topique, enlève le lichen de la face par une vertu septique, comme il a été dit plus haut (XXIX, 30, 3). Le sang de vautour broyé avec la racine du chamaeleon blanc, que nous avons dit être une herbe (XXIX, 21), et avec de la résine de cèdre, et recouvert d'une feuille de chou, guérit la lèpre; il en est de même des pattes de sauterelle broyées avec du suif de boue. On guérit les boutons par la graisse de volaille pilée, et pétrie avec de l'oignon. Une très bonne substance pour le visage est le miel dans lequel des abeilles sont mortes; mais ce qu'il y a de mieux pour nettoyer la face et en effacer les rides, c'est la graisse de cygne. Les stigmates imprimés sur le visage s'effacent avec de la fiente de pigeon dans du vinaigre.

XI. 1. Je trouve qu'on guérit le coryza en baisant une mule sur le museau. On traite les affections de la luette et le mal de gorge avec la fiente, séchée à l'ombre, d'agneaux qui n'ont pas encore mangé d'herbe. On guérit la luette avec du jus d'escargots percés avec une aiguille; il faut que les escargots soient suspendus à la fumée. Pour la même affection on emploie la cendre d'hirondelle avec du miel, ce qui est bon aussi pour le mat de gorge. Le lait de brebis en gargarisme soulage les affections des amygdales et de la gorge. Les mille-pieds pilés, la fiente de pigeon, soit en gargarisme avec du vin de raisin sec, soit appliquée à l'extérieur avec des figues sèches et du nitre, adoucissent les âcretés de la gorge et les fluxions. Il faut faire cuire les escargots sans les laver, en ôter seulement la terre, les piler, et les donner en boisson dans du vin de raisin sec. Quelques-uns pensent que les escargots d'Astypalée sont les plus efficaces, ainsi que la préparation détersive qu'on en tire. On adoucit encore ces affections en frottant la partie avec un grillon, ou en touchant les amygdales avec les mains qui l'ont broyé.

XII. 1. Pour l'angine ou a un remède très prompt dans le fiel d'oie avec l'élatérion (XX, 2) et le miel, dans la cervelle de chouette, dans la cendre d'hirondelle avalée avec de l'eau chaude : ce dernier remède est dû au poète Ovide. Mais de tous les remèdes tirés des hirondelles le plus efficace est celui que fournissent les petits des hirondelles sauvages; on les reconnaît à la forme de leur nid (x, 49). Cependant les petits des hirondelles de rivage sont encore plus efficaces; on donne ce nom à celles qui font leur nid dans les trous des rivages. D'après quelques-uns, il faut manger un petit d'hirondelle d'une espèce quelconque, et alors on est garanti des angines pour toute l'année. On les étouffe et on les brûle avec le sang dans mi pot; on administre cette cendre avec du pain ou en boisson.

2. Quelques-uns y mélent égale portion de cendre de belette. C'est un remède pour les écrouelles; on le fait prendre chaque jour en boisson. aux épileptiques. On prend encore en breuvage pour l'angine, à la dose d'une drachme, les hirondelles conservées dans du sel. Le nid de cet oiseau, pris en boisson, passe pour guérir la même affection. On regarde le mille pieds (XXXIX, 39, 3) comme un topique très efficace dans l'angine. D'autres font prendre vingt et un de ces insectes broyés dans une hémine d'eau miellée, à l'aide d'un roseau, attendu que s'ils touchent les dents ils sont inefficaces. On donne encore comme remède le bouillon d'un rat cuit avec de la verveine, une courroie de peau de chien dont on fait trois tours autour du cou, de la fiente de pigeon délayée dans de l'huile et du vin. Un brin de vitex du nid d'un milan guérit, dit-on, en amulette, la rigidité des nerfs du cou et l'opisthotonos.

3. (V.) Pour les scrofules ulcérées on a le sang de belette, la belette même bouillie dans du vin : cependant on ne s'en sert pas quand la tumeur a été ouverte avec l'instrument tranchant. On dit que prise en aliment elle produit le même effet; ou bien on la fait brûler avec des sarments, et à la cendre on mêle de l'axonge. On attache au malade un lézard vert; au bout de trente jours, il faut en attacher un autre. Quelques-uns conservent le coeur de cet animal dans un petit vase d'argent, pour les scrofules des femmes. Les vieux escargots, ceux principalement qui s'attachent aux jeunes arbrisseaux, pilés avec leur coquille, constituent un topique, de même que la cendre d'aspic avec le suif de taureau; la graisse de couleuvre avec de l'huile; la cendre de couleuvre avec de l'huile ou de la cire.

4. Il est encore avantageux contre les scrofules de manger des couleuvres dont on a coupé la tête et la queue, ou de boire la cendre de couleuvres ainsi préparées et brûlées dans un vase de terre neuf. Elles sont beaucoup plus efficaces si on les a tuées entre deux ornières. On recommande encore d'appliquer un grillon tiré de son trou avec la terre qui le recouvre; de la fiente de pigeon, soit seule, soit avec de la farine d'orge ou d'avoine dans du vinaigre; de la cendre de taupe dans du miel.

D'autres appliquent le foie de taupe écrasé entre les mains, et ne lavent la partie qu'au bout de trois jours.

5. On affirme que la patte droite de cet animal est un remède pour les scrofules. D'autres coupent la tête d'une taupe, la pilent avec la terre que cet animal soulève, en forment des pastilles, les mettent dans une botte d'étain, et s'en servent pour tous les gonflements, pour les apostèmes et pour les affections siégeant au cou; ils interdisent alors la chair de porc. On appelle taureaux des scarabées de terre qui ressemblent à la tique, et dont le nom vient des petites cornes qu'ils portent ; d'autres les nomment poux de terre. Avec la terre que ces insectes ont fouillée on fait un topique pour les scrofules et maux semblables, et pour la goutte; on reste trois jours sans laver la partie :

6. ce remède sert pour un an, et on lui attribue toutes les propriétés que nous avons rapportées à l'article du grillon (XXIX, 39 ). Quelques-uns emploient de la même façon la terre remuée par les fourmis. D'autres attachent autant de vers de terre qu'il y a de tumeurs scrofuleuses, lesquelles se dessèchent en même temps que les vers. D'autres coupent, comme nous l'avons dit (XXIX, 21), une vipère, vers le lever du Chien ; ils en font brûler le milieu, puis ils donnent une pincée de cette cendre à boire pendant trois fois sept jours; c'est ainsi qu'ils guérissent les scrofules. Quelques-uns passent autour des tumeurs scrofuleuses le fil de lin auquel a été suspendue par le cou une vipère, jusqu'à ce qu'elle fût morte. On emploie encore les mille-pieds avec un quart de térébenthine, remède qu'on recommande pour tous les apostèmes.

XIII. 1. La cendre de belette avec la cire guérit les douleurs d'épaule. Pour empêcher les aisselles des enfants de se garnir de poils, il faut les leur frotter avec des oeufs de fourmis. Les marchands d'esclaves, pour empêcher le poil des adolescents de venir trop tôt, emploient le sang des testicules des agneaux qu'on châtre. Ce sang, appliqué après l'avulsion des poils, ôte aussi la mauvaise odeur de ces parties.

XIV. 1. Nous appelons d'un seul mot, praecordia, les viscères de l'homme. Quand ils sont douloureux en quelque partie que ce soit, un jeune chien qui tette, pressé sur la partie douloureuse, gagne, à ce qu'on prétend, le mal. C'est ce qu'on reconnaît en éventrant le chien, et en arrosant ses entrailles avec du vin; on trouve alors gâté dans l'animal le viscère où l'homme sentait du mal; c'est une obligation religieuse d'enterrer l'animal. Ceux que nous nommons chiens de Melita (III, 30, 3), appliqués fréquemment à l'estomac, en apaisent les douleurs; et on s'aperçoit que l'affection du malade passe à ces animaux; car ils perdent la santé, et le plus souvent ils meurent. (VI.) On guérit les affections du poumon avec des rats et surtout avec des rats d'Afrique, qu'on écorche, qu'un fait cuire dans de l'huile et du sel, et qu'on mange. Cette préparation est bonne aussi pour les crachements de pus ou de sang.

XV. 1. Un des meilleurs remèdes pour l'estomac est de manger des escargots. II faut leur faire jeter un bouillon en les laissant intacts, puis les faire griller sur les charbons sans y rien ajouter; ensuite les prendre avec du vin et du garum (XXXI, 43). Les escargots d'Afrique sont les meilleurs. On a récemment reconnu l'efficacité de ce moyen sur nombre de personnes. Ou fait aussi la recommandation de les prendre en nombre impair. Toutefois ils ont un suc qui rend l'haleine forte. Pour les hémoptysies, ou ôte la coquille, on écrase l'animal, et on le donne dans de l'eau.

2. Les plus estimés sont ceux d'Afrique, et parmi ceux d'Afrique ceux du promontoire du Soleil (IX, 82), puis les escargots d'Astypalée, puis ceux de Sicile, pourvu qu'ils soient de médiocre grosseur, car les gros sont durs et sans suc; puis ceux des Baléares, nommés cavatiques, parce qu'ils viennent dans les cavernes. Parmi les escargots des îles on estime ceux de Caprée (III, 12). Mais de toutes ces espèces aucunes, ni vieilles ni fraîches, ne font un mets agréable. Les escargots de rivière et les escargots blancs ont une odeur fétide. Les escargots des bois font mal à l'estomac et relâchent le ventre, comme tous ceux d'une petite espèce. Au contraire, les escargots de mer sont bous en général pour l'estomac; toutefois c'est dans les douleurs de ce viscère que l'efficacité en est le plus grande.

3. On dit qu'en ce cas ce qu'il y a de mieux, quelle qu'en soit l'espèce, c'est de les avaler vivants, avec du vinaigre. Il y a en outre un escargot nommé acérate (sans cornes); il est large, et naît de différentes manières. Nous parlerons de ses usages en lieu et place (f o). Le jabot des volailles, séché et mêlé dans la boisson, ou grillé frais, calme les catarrhes de poitrine et la toux humide. Avaler des escargots crus, pilés dans trois cyathes d'eau tiède, apaise la toux. On guérit les catarrhes en s'enveloppant un doigt quelconque avec de la peau de chien. Le bouillon de perdrix récrée l'estomac.

XVI. 1. Pour les douleurs de foie on a la belette sauvage prise en aliment, son foie, un furet cuit comme un cochon de lait. Dans l'asthme on se sert du mille-pieds; on en délaye trois fois sept dans du miel attique, et on boit ce mélange avec un roseau; car le contact de ces insectes noircit tous les vases (XXX, 12 ). Quelques-uns en font griller un setier dans un plat jusqu'à ce qu'ils deviennent blancs; alors ils y mêlent du miel. D'autres nomment cet insecte centipède, et recommandent de le donner dans de l'eau. On fait manger des escargots à ceux qui ont des défaillances, à ceux dont l'esprit est aliéné, à ceux qui ont des vertiges : on pile un escargot avec sa coquille dans trois cyathes de vin ; on chauffe ce mélange, et on le donne à boire ordinairement pendant neuf jours.

2.

Quelques-uns donnent un escargot le premier jour, deux le suivant, trois le troisième, deux le quatrième, un le cinquième; c'est aussi de cette façon qu'ils traitent l'asthme et les vomiques. Il est, suivant quelques-uns, un animal semblable à la sauterelle, sans ailes, et qui, nommé troxalis en grec, n'a pas de nom en latin. Bon nombre d'auteurs pensent que c'est le même que le grillon. On recommande d'eu faire griller vingt et de les prendre dans du vin miellé pour l'orthopnée et l'hémoptysie. Il y eu a qui versent sur les escargots, sans les laver, du vin de mère-goutte ou de l'eau de mer, qui les font cuire de cette manière et qui les mangent, ou qui les avalent broyés avec leur coquille dans le vin de mère-goutte. C'est aussi un remède pour la toux.

3. Le miel dans lequel des abeilles sont mortes guérit en particulier les vomiques. Pour l'hémoptysie on emploie le poumon de vautour brûlé avec des sarments, mêlé avec moitié de fleurs de grenadier ou bien uni à des portions égales de coing et de lis, et pris soir et matin dans du vin, s'il n'y a pas de fièvre; s'il y a fièvre on le donne dans de l'eau où des coings ont bouilli.

XVII. 1. La rate fraîche de mouton, d'après les préceptes des mages, s'applique sur la rate douloureuse; et celui qui fait la médication dit que c'est pour la rate. Ensuite on recommande d'enfermer cette rate avec du mortier dans la muraille de la chambre à coucher, de la sceller d'un anneau, et de réciter trois fois neuf fois certaines paroles. La rate d'un chien, enlevée à l'animal vivant et mangée, guérit des maux de rate. Quelques-uns l'attachent fraîche sur la partie même. D'autres font manger au malade, sans qu'il le sache, la rate d'un chien de deux jours dans du vinaigre scillitique, ou la rate d'un hérisson.

2. On emploie encore la cendre d'escargot avec de la graine de lin et d'ortie, et du miel, jusqu'à guérison complète; un lézard vert suspendu vivant dans un pot, à l'entrée de la chambre à coucher du malade, qui, en entrant et sortant, doit toucher l'animal de la main; la cendre de la tête d'un hibou incorporée à un onguent; le miel dans lequel des abeilles sont mortes; l'araignée, et surtout l'araignée loup (XI, 23 ).

XVIII. 1. Dans les maux de côté on recommande le coeur d'une huppe et la cendre d'escargots bouillis dans une décoction d'orge ; on fait encore de ces escargots seuls un topique. On saupoudre les breuvages avec la cendre du crâne d'un chien enragé. Pour les douleurs lombaires on a le stellion d'outre-mer, auquel on ôte la tête et les intestins, et dont on boit la décoction dans du vin avec un demi-denier de pavot noir; le lézard vert, dont on ôte les pattes et la tête et qu'on mange; trois escargots écrasés avec leur coquille et bouillis dans du vin avec quinze grains de poivre. On rompt les pattes d'un aigle dans un sens contraire au pli du jarret, et on attache la patte droite à droite et la patte gauche à gauche, suivant le côté douloureux. Le mille-pieds, que nous avons appelé oniscos (XXIX, 39, 3), guérit la même affection, à la dose d'un denier dans deux cyathes de vin. Les mages recommandent de mettre un ver de terre dans une écuelle de bois fendue d'abord, puis raccommodée avec un fil de fer, de l'humecter, et de l'enfouir là d'où on a tiré le ver, puis de boire de l'eau dans l'écuelle : ils affirment que cela est merveilleux pour la coxalgie.

XIX. (VII.) 1. On guérit la dysenterie par du bouillon de gigot de mouton cuit dans de l'eau avec de la graine de lin; par du vieux fromage de brebis; par du suif de mouton bouilli dans du vin astringent, ce qui est bon aussi pour l'iléus et les vieilles toux; par le stellion d'outre-mer, auquel on a ôté les intestins, la tète, les pattes et la peau, qu'on fait bouillir et qu'on mange; par deux escargots et un oeuf, pilés avec la coquille, chauffés dans un pot neuf avec du sel et deux cyathes de vin de raisin sec, ou du suc de dattes et trois cyathes d'eau, et donnés en boisson.

2. On fait encore brûler les escargots, et on en administre la cendre dans du vin, avec un peu de résine. Les escargots nus dont nous avons parlé (XXIX, 36) se trouvent surtout en Afrique; ils sont très bons pour la dysenterie : on en fait brûler cinq avec un demi-denier d'acacia, et on fait avaler deux cuillerées de cette cendre dans du vin de myrte ou un vin astringent quelconque, avec une égale quantité d'eau chaude. Quelques-uns emploient de cette manière tous les escargots d'Afrique; d'autres, de préférence, donnent en lavement un même nombre d'escargots d'Afrique ou gros escargots. Si le flux de ventre est considérable, ils y joignent gros comme une fève d'acacia.

3. Pour la dysenterie et le ténesme, on fait bouillir dans un vase d'étain avec de l'huile rosat la vieille peau laissée par les serpents, ou, si on la fait bouillir dans un vase d'autre matière, on l'administre avec un instrument d'étain. Le bouillon de poulet guérit les mêmes affections; mais le bouillon d'une vieille volaille, fortement salé, relâche le ventre. Le jabot d'une poule, grillé et donné dans do l'huile et du sel, calme les douleurs da flux céliaque; mais il faut que, préalablement, la poule et le malade se soient abstenus de nourriture (XXIX, 36, 1). On emploie encore la fiente de pigeon grillée et en boisson. La chair de ramier, cuite dans du vinaigre, guérit la dysenterie et l'affection céliaque. Pour la dysenterie on emploie une grive rôtie avec des baies de myrte; un merle; du miel dans lequel les abeilles sont mortes, bouilli.

XX. 1. On donne le nom d'iléus à une affection très grave. On soulage, dit-on, le malade avec le sang d'une chauve-souris qu'on a mise en pièces, ou en lui en frottant le ventre.

On arrête le cours de ventre, d'abord avec des escargots préparés comme nous l'avons dit pour l'asthme (XXX, 16), puis avec la cendre des escargots brûlés vivants, qu'on prend dans du vin astringent, avec le foie rôti de volailles, avec le jabot, qu'on jette ordinairement, gardé et humecté de suc de pavot ( d'autres le font griller, récent, et le donnent à boire dans du vin), avec le bouillon de perdrix, avec le jabot de perdrix broyé seul dans du vin noir, avec un ramier sauvage cuit dans de l'oxycrat, avec une rate de mouton grillée et broyée dans du vin, avec la fiente de pigeon qu'on mêle à du miel, et qu'on emploie en topique.

2. Le ventre d'une orfraie, desséché et pris en breuvage, est excellent pour ceux qui ne digèrent pas ; il suffit même de le tenir à la main en mangeant; quelques-uns, pour cette raison, le font porter en amulette; mais il ne faut pas le garder trop longtemps, parce qu'il fait maigrir. Le sang des canards mâles arrête aussi le cours de ventre. Les escargots en aliment dissipent les flatuosités. On traite les tranchées par la rate de brebis grillée et prise dans du vin, par un ramier bouilli dans de l'oxycrat, par les apodes (martinets, X, 55) dans du vin, parla cendre, prise en breuvage, d'un ibis brûlé sans ses plumes. Une autre recette qu'on donne pour les tranchées tient du merveilleux : si on applique sur le ventre un canard, le mal passe à cet animal, qui meurt. Le miel dans lequel des abeilles sont mortes, bouilli, guérit encore les tranchées.

3. On traite très bien la colique avec une alouette rôtie et mangée. Quelques-uns recommandent de la brûler avec ses plumes dans un vase neuf, de la pulvériser, et de prendre de cette cendre trois cuillerées dans de l'eau pendant quatre jours. Suivant d'autres, il faut s'attacher à la cuisse un coeur d'alouette; suivant d'autres, il faut avaler ce coeur récent et encore chaud. Il existe une maison consulaire, du nom d'Asprenas, dans laquelle, de deux frères, l'un s'est guéri de la colique en mangeant une alouette, et en portant le coeur de cet oiseau renfermé dans un bracelet d'or; l'autre, par un certain sacrifice qui fut fait dans une chapelle de briques crues, en forme de fourneau, et qui fut murée après l'accomplissement de la cérémonie. L'orfraie n'a qu'un seul intestin, qui, par une propriété merveilleuse, digère tout ce qui est ingéré. Il est certain que la partie inférieure de cet intestin, portée en amulette, est bonne contre la colique. II est des maladies cachées des intestins au sujet desquelles on raconte des choses merveilleuses :

4. Si à l'estomac surtout, et à la poitrine, on applique pendant trois jours de petits chiens (XXX, 14) avant qu'ils y voient, et s'ils reçoivent des gorgées de lait de la bouche du malade, ils contractent la maladie et s'affaiblissent; si on les ouvre, on reconnaît la cause de l'affection de l'homme. Il faut que ces animaux en meurent et qu'on les inhume en les couvrant de terre. D'après les mages, si on se frotte le ventre avec du sang de chauve-souris, on est préservé de la colique pendant toute une année, ou si la colique est actuelle on se guérit en ayant le courage d'avaler l'eau dans laquelle on se lave les pieds.

XXI. (VIII.) 1. Contre les calculs il est bon de t se frotter le ventre avec de la fiente de rat. On dit que la chair du hérisson est agréable si on le tue d'un seul coup sur la tête, avant qu'il se soit mouillé de son urine, et que ceux qui ont mangé de cette chair ne sont plus susceptibles de contracter la strangurie. La chair de cet animal ainsi tué guérit la dysurie; de même les fumigations que l'on fait avec. Au contraire, si le hérisson s'est mouillé de son urine (VIII, 56), ceux qui en mangent sont, dit-on, attaqués de strangurie.

2. Comme lithontriptique, on recommande de prendre dans du vin ou dans du vin de raisin sec des vers de terre ou des escargots bouillis, comme il a été dit par l'asthme (XXX, 16). Pour guérir la dysurie on ôte les escargots de leur coquille, on les broie, et on en prend trois dans un cyathe de vin, deux le jour suivant et un le jour d'après. Pour chasser les calculs on fait prendre en boisson la cendre de coquilles d'escargot ou le foie de l'hydre, la cendre de scorpion dans du pain ou avec une sauterelle, les petites pierres qui se trouvent clans la poche des volailles ou dans le ventricule des ramiers broyées et mises dans les boissons, le jabot des volailles sec, ou, s'il est frais, rôti. On prend encore la fiente de ramier avec de la bouillie de fèves contre les calculs et les autres maux de la vessie; semblablement, la cendre des plumes de ramier dans du vinaigre miellé;

3. la cendre des intestins de cet oiseau, à la dose de trois cuillerées; un petit morceau d'un nid d'hirondelle délayé dans de l'eau chaude; le ventre desséché de l'orfraie; la fiente de tourterelle bouillie dans du via miellé, ou le bouillon de tourterelle. Il est bon encore pour les affections urinaires de manger des grives avec des baies de myrte, des cigales grillées dans des plats, de prendre en breuvage le mille-pieds appelé oniscos (XXIX, 39); dans les douleurs de vessie, la décoction de pieds d'agneau. Le bouillon de volailles très cuites relâche le ventre et adoucit les âcretés; il en est de même de la fiente d'hirondelle avec du miel, en suppositoire. XXII. 1. Des remèdes très efficaces pour les affections du siège sont : le suint, auquel quelques-uns ajoutent de la tuthie et de l'huile rosat; la cendre d'une tête de chien ; la vieille dépouille d'un serpent, dans du vinaigre; s'il y a des rhagades, la cendre de crottes blanches de chien avec de l'huile rosat, préparation qu'on dit être une invention d'Esculape, et enlever aussi très bien les verrues ; la cendre de fiente de rat; la graisse de cygne; le suif de boeuf.

On guérit la chute du rectum avec le suc qu'on extrait des escargots en les piquant. Les contusions de cette partie se guérissent par la cendre du rat des champs, avec du miel; par le fiel de hérisson, avec le fiel de chauve-souris; par la graisse d'oie avec la cervelle du même oiseau, de l'alun et du suint; par la fiente de pigeon avec du miel. Une araignée dont on a ôté la tête et les pattes, employée en frictions, guérit en particulier les condylomes. Contre les cuissons causées par l'âcreté des matières, on a la graisse d'oie avec de la cire de Carthage, de la céruse et de l'huile rosat; la graisse de cygne.

2. On dit que ces substances guérissent aussi les hémorroïdes. Dans la coxalgie, on se trouve bien, dit-on, d'escargots crus, pilés, et pris en breuvage dans du vin amminéen (XIV, 4, 2) et du poivre; d'un lézard vert mangé après qu'on lui a ôté les pattes, les intestins et la tête; d'un stellion avec trois oboles de pavot noir. Pour les ruptures et les convulsions on a le fiel de brebis avec du lait de femme. La liqueur qui s'écoule d'un poumon rôti de bélier guérit les démangeaisons et les verrues des parties génitales.

3. Pour les autres affections de ces parties on a la cendre des toisons, même sales, avec de l'eau; le suif de la panse de mouton, surtout du côté des reins, avec du sel et de la poudre de pierre ponce; la laine en suint, dans de l'eau froide; la chair de mouton, brûlée, dans de l'eau ; la cendre du sabot d'une mule; la poudre de dents de cheval pilées. Pour les testicules on donne la poudre des os d'une tête de chien broyée sans la chair. Si l'une des bourses est pendante, on indique pour remède la bave des escargots en friction. Dans le traitement des ulcères mauvais de cette partie et des ulcères humides on emploie la cendre d'une tête de chien fraîche; les escargots, gros ou petits, broyés dans du vinaigre; la dépouille des couleuvres dans du vinaigre, ou la cendre de cette dépouille; le miel dans lequel des abeilles sont mortes, avec de la résine; les escargots sans coquille, qui, avons-nous dit (XXX, 19 et XXIX, 36), viennent en Afrique, broyés avec de la fleur d'encens et du blanc d'oeuf : on ne les enlève qu'au bout de trente jours; quelques-uns, au lieu d'encens, y mettent un oignon.

4. On recommande singulièrement pour l'hydrocèle le stellion; on ôte la tête, les pattes et les intestins; on fait griller le reste, et on en mange souvent. Pour l'incontinence d'urine (XXXII, 35) on donne de la graisse de chien avec de l'alun fondu gros comme une fève; des escargots d'Afrique brûlés avec leur coquille et pris en boisson; trois langues d'oie rôties et mangées : ce remède vient d'Anaxilaüs. Le suif de mouton, avec du sel grillé, ouvre les tumeurs, qu'on résout par la fiente de rat avec de la fleur d'encens et de la sandaraque, par la cendre de lézard, par le lézard lui-même, fendu et appliqué, par des mille-pieds broyés et mélangés avec un tiers de térébenthine;

5. quelques-uns mêlent de la terre de Sinope (terre rouge) avec un escargot écrasé. La cendre de coquilles d'escargot, mêlée à de la cire, a une vertu résolutive, ainsi que la fiente de pigeon en topique, soit seule, soit avec de la farine d'orge ou d'avoine. Les cantharides, avec de la chaux, enlèvent les tumeurs comme ferait le scalpel. Les petits escargots employés en topique avec du miel soulagent les tumeurs des aines.

XXIII. (IX.) 1. Pour prévenir les varices on frotte les jambes des enfants avec du sang de lézard : le frotteur et le malade doivent être à jeun. Pour calmer la goutte on ale suint avec du tait de femme et de la céruse ; la fiente liquide de mouton ; les poumons de mouton; le fiel de bélier, avec du suif; les rats fendus, en topique; le sang de belette avec du plantain, en topique; la cendre d'une belette brûlée vivante, dans du vinaigre et de l'huile rosat, appliquée avec une plume, ou cette même cendre incorporée avec de la cire et de l'huile rosat; le fiel de chien, qu'on applique non pas avec les doigts, mais avec une plume; la fiente de poule ; la cendre de vers de terre avec le miel, on ne l'enlève qu'au bout de trois jours :

2. d'autres aiment mieux I'appliquer avec de l'eau; d'autres appliquent les vers eux-mêmes à la dose d'un acétabule, avec trois cyathes de miel, faisant auparavant frictionner les pieds malades avec de l'huile rosat. Les gros escargots enlèvent, dit-on, les douleurs des pieds et des articulations : on en fait prendre deux, pilés dans du vin; on les applique aussi avec le suc de l'herbe helxine (XXI, 56, 1) ; quelques-uns se contentent de tes écraser dans du vinaigre ; d'autres prétendent que du sel brûlé avec une vipère dans un pot de terre neuf délivre de la goutte, pourvu qu'on en prenne souvent, et qu'il est utile aussi de se frotter les pieds avec de la graisse de vipère. On affirme qu'on obtient le même effet de la chair de milan gardée quelque temps, broyée, et prise à la dose d'une pincée dans de l'eau; du sang de cet oiseau en topique sur les pieds avec l'ortie;

3. des premières plumes du ramier, broyées avec l'ortie. Pour les douleurs articulaires, on fait un topique de la fiente de pigeon, de la cendre de belette ou d'escargot, avec de l'amidon ou de la gomme adragant. Les foulures des articulations se guérissent très bien avec la toile d'araignée ; il en est qui préfèrent la cendre de ces toiles ou la cendre dé fiente de pigeon avec de la polenta et du vin blanc. Pour les luxations, un remède souverain est le suif de mouton avec la cendre de cheveux de femme.

4. Sur les engelures on applique du suif de mouton avec de l'alun, de la cendre de tête de chien ou de fiente de rat. Les mêmes substances, avec addition de cire, mènent à cicatrisation les ulcères détergés.

Pour le même objet on a le charbon de loir brûlé, avec de l'huile; le charbon de rat des champs, avec du miel; le charbon de vers de terre, avec de vieille huile; le charbon de l'escargot nu. Tous les ulcères des pieds se guérissent par la cendre d'escargots brûlés vivants. La cendre de fiente de poule, celle de fiente de pigeon dans de l'huile, guérissent les ulcérations des pieds. Pour les écorchures causées par les chaussures on a la cendre d'une vieille semelle, le poumon d'agneau, le poumon de bélier.

5. La poudre de dents de cheval pilées guérit en particulier les suppurations qui se forment sous les ongles. Le sang de lézard vert, légèrement broyé, guérit, en topique, les pieds des hommes et des bêtes de somme. Pour détruire les cors des pieds on a l'urine de mulet ou de mule, appliquée avec la boue où elle a été rendue; la fiente de brebis; le foie d'un lézard vert, ou son sang appliqué sur un flocon de laine; les vers de terre dans de l'huile, la tête d'un stellion, broyée avec pareil poids de vitex, dans de l'huile; la fiente de pigeon, bouillie dans du vinaigre.

6. Pour les verrues de toute espèce on a l'urine de chien nouvelle, appliquée avec la boue où elle a été rendue; la cendre de crottes de chien, avec de la cire; la fiente de brebis; le sang frais d'un rat, ou le rat lui-même fendu, en topique; le fiel de hérisson; la tète de lézard, ou le sang ou la cendre de l'animal tout entier; la vieille peau quittée par les couleuvres; la fiente de volaille avec de l'huile et du nitre. Les cantharides, écrasées avec l'uva taminia (XXIII, 13), corrodent les verrues, et il faut guérir les érosions qui restent avec les moyens que nous avons indiqués pour la cicatrisation des ulcères.

XXIV. (X.) 1. Maintenant revenons aux affections qui attaquent le corps entier. D'après les mages, le fiel d'un chien mâle, noir, est un amulette pour toute une maison : il suffit d'y faire avec ce fiel des fumigations ou des purifications pour la préserver de tous les maléfices. Il en est de même du sang de chien, si on en asperge les murailles ou des parties génitales de cet animal, si on les enfouit sous le seuil de la porte. Ceci surprendra moins ceux qui savent combien les mages racontent de merveilles de la tique, le plus immonde des êtres vivants, parce que c'est le seul qui n'ait point d'issue pour les excréments (XI, 40 ), et que sa digestion ne finit que par sa mort, ce qui fait qu'il vit plus longtemps quand il ne mange pas;

2. ils prétendent qu'il vit ainsi sept jours, mais que mangeant il crève plus tôt. D'après eux, une tique prise à l'oreille gauche d'un chien et portée en amulette calme toutes les douleurs. Ils en tirent aussi des présages pour la vie: si le malade répond à celui qui apporte la tique, et qui, se tenant debout au pied du lit, l'interroge sur sa maladie, la mort n'est pas à craindre; si au contraire il ne répond rien, il succombera- Ils ajoutent que le chien à l'oreille gauche duquel on la prend doit être complètement noir. Nigidius a laissé par écrit que les chiens fuient toute la journée la présence d'un homme qui a pris une tique sur un cochon. Les mages assurent que les individus en délire reprennent la raison si on les asperge avec du sang de taupe, et que ceux qui sont tourmentés par les dieux nocturnes et par les faunes sont délivrés de leurs visions s'ils se frottent matin et soir avec la langue, les yeux, le fiel et les intestins d'un dragon, bouillis dans du vin et de l'huile et refroidis pendant la nuit au grand air.

XXV. 1. D'après Nicandre, on remédie au refroidissement en attachant au malade un amphisbène mort, ou seulement sa peau; il ajoute que si on l'attache à un arbre qu'on abat, les bûcherons n'éprouvent pas de froid, et coupent l'arbre plus aisément. Aussi est-ce le seul des serpents qui s'expose au froid; il est le premier qui reparaisse avant même le chant du coucou. Autre merveille relative au coucou : Si dans l'endroit où quelqu'un entend cet oiseau pour la première fois on circonscrit l'espace occupé par le pied droit; et qu'on enlève la terre, il ne viendra point de puces partout où vous répandrez cette terre.

XXVI. 1. Pour les personnes menacées de paralysie on recommande comme très utile la graisse de loir et de souris bouillie; pour les phtisiques, les mille-pieds pris en breuvage, comme nous avons dit pour l'angine. (XXX, 12); le lézard vert cuit dans trois setiers de vin qu'on fait réduire à un cyathe, et dont on prend une cuillerée par jour, jusqu'à parfaite guérison; la cendre d'escargot prise dans du vin.

XXVII. 1. Pour l'épilepsie on a le suint avec un peu de myrrhe, délayé, gros comme une noisette, dans deux cyathes de vin, et pris après le bain; les testicules de bélier séchés et pilés, à la dose d'un demi-denier dans de l'eau ou une hémine de lait d'ânesse; pendant cinq jours avant et après ce traitement on défend de boire du vin. On fait un magnifique éloge du sang de mouton en boisson; du fiel de mouton, et surtout d'agneau, avec du miel ;

2. de la chair d'un petit chien qui tette (on coupe la tête et les pieds, et on la prend dans du vin et de la myrrhe); du lichen on callosités d'une mule prises dans trois cyathes d'oxymel; de la cendre du stellion d'outre-mer, prise dans du vinaigre; de la peau, prise en boisson, que le stellion quitte comme la couleuvre ; quelques-uns ont donné à prendre dans un breuvage ce lézard même, éventré avec un roseau et séché; d'autres l'ont fait manger, rôti sur une broche de bois. Il est important de connaître les moyens de lui prendre la vieille peau d'hiver qu'il quitte; autrement il l'avale, car c'est, dit-on, de tous les animaux le plus rusé pour frustrer l'homme (VIII, 49); aussi le nom de cet animal (stellion) est-il devenu une injure. On remarque les endroits où il se retire pendant l'été.

3.

C'est ordinairement dans les corniches des portes et des fenêtres, dans les lieux voûtés, dans les tombeaux. Aux premiers jours du printemps on place au-devant de ces trous des cages faites de roseaux fendus; plus elles sont étroites plus elles lui plaisent, parce qu'il se dépouille plus facilement de sa vieille peau; mais aussi, dès qu'il l'a quittée, il ne peut plus regagner son trou. Il n'y a rien qu'on préfère à ce remède pour l'épilepsie. On emploie encore la cervelle de belette séchée et prise en breuvage, le foie de cet animal, ses testicules, sa vulve, son estomac séché et pris avec de la coriandre, comme nous avons dit (XXIX, 16); la cendre de cet animal, la belette sauvage mangée tout entière; le furet, auquel on attribue les mêmes propriétés;

4. le lézard vert, dent on coupe les pattes et la tête, et qu'on assaisonne pour prévenir le dégoût; ta cendre d'escargots avec de la graine de lin et d'ortie, et du miel, en onction. Les mages recommandent la queue de dragon attachée avec des nerfs de cerf dans de la peau de chevreuil, les petites pierres tirées du ventre des petits d'hirondelle et portées au bras gauche : on dit en effet que l'hirondelle fait avaler une petite pierre à ses petits dès qu'ils sont sortis de la coquille. Si au commencement de la première attaque on fait manger à un épileptique le premier petit pondu par une hirondelle, il est délivré de la maladie. On emploie le sang d'hirondelle avec l'encens, ou le coeur avalé chaud.

5. De plus, une petite pierre prise dans leur nid appliquée sur l'épileptique le soulage incontinent, et portée en amulette le garantit pour toujours. On vante le foie de milan que le malade avale, et la vieille peau des serpents; le foie de vautour pilé avec le sang de l'animal et pris pendant trois fois sept jours; le cœur d'un petit de vautour en amulette. Quant au vautour lui-même, on recommande d'en faire manger au malade, et cela après qu'il s'est rassasié de la chair d'un cadavre humain. Quelques-uns recommandent de prendre en breuvage l'estomac de cet oiseau, dans une coupe de bois de cerrus (chêne; XVI, 6); ou des testicules de coq dans de l'eau et du lait : il faut auparavant s'être abstenu de vin pendant cinq jours; on garde de ces testicules pour cet usage. On a même fait prendre en breuvage vingt et une mouches rousses trouvées mortes; on en donne moins à des individus faibles.

XXVIII. (XI.) 1. Pour l'ictère on a la crasse des oreilles ou des mamelles de brebis, à la dose d'un denier, avec un peu de myrrhe et deux cyathes de vin; la cendre d'une tète de chien dans du vin miellé; un mille-pieds dans une hémine de vin ; des vers de terre dans du vinaigre miellé, avec de la myrrhe, en boisson; le vin dans lequel on a lavé les pattes d'une poule, d'abord nettoyées avec de l'eau (il faut que ces pattes soient jaunes) ; la cervelle de perdrix ou d'aigle dans trois cyathes devin; la cendre des plumes ou des intestins d'un ramier, dans du vin miellé, à la dose de trois cuillerées; la cendre de moineaux brûlés à un feu de sarments, à la dose de deux cuillerées dans de l'eau miellée. Il est un oiseau auquel sa couleur a fait donner le nom d'ictère; il suffit, dit-on, de le regarder pour être guéri de la jaunisse, et l'oiseau meurt. Je pense que c'est celui qu'on nomme en latin galgule (X, 50).

XXIX. 1. Dans la phrénitis, le poumon de mouton attaché chaud autour de la tête parait avantageux : quant à faire boire de la cervelle de rat dans de l'eau ou de la cendre de belette, ou même des chairs gardées de hérisson, qui le pourrait, à un homme saisi d'un délire furieux, quand même l'effet du remède serait certain? Je rangerai la cendre des yeux de hibou au nombre de ces recettes ridicules par lesquelles les charlatans se jouent de la crédulité des hommes. C'est surtout dans les fièvres que la médecine renonce à leurs prescriptions : ils ont partagé ce traitement en douze signes, suivant les passages du soleil et ceux de la lune, ce qu'il faut complètement rejeter, ainsi que je vais le montrer en rapportant quelques-unes de leurs recettes, prises dans un grand nombre.

2. Ils recommandent, quand le soleil traverse les Gémeaux, de frotter le malade avec la cendre, pulvérisée et incorporée à de l'huile, des crêtes, des ouïes et des ongles d'un coq; si c'est la lune, avec ses éperons et ses barbes; si l'un ou l'autre de ces deux astres traverse la Vierge, avec des grains d'orge; si le Sagittaire, avec des ailes de chauve-souris; si la lune traverse le signe du lion, avec les feuilles du tamarix, et, ajoutent-ils, du tamarix cultivé; si le Verseau, avec des charbons de buis réduits en poudre. Parmi ces remèdes nous n'omettrons point ce qu'il y a de reconnu pour bon, ou du moins de vraisemblable : ainsi, ils recommandent d'exciter les léthargiques par de fortes odeurs, et entre autres sans doute, en brillant des testicules gardés, ou du foie de belette. Ils regardent aussi comme utile d'attacher autour de la tête des léthargiques un poumon chaud de mouton.

XXX. 1. Dans la fièvre quarte la médecine clinique est à peu près impuissante; aussi nous allons indiquer pour cette affection bon nombre de remèdes des mages, et d'abord ceux qu'ils recommandent de porter en amulettes : la poussière dans laquelle un épervier s'est roulé (on la met dans un petit linge, qu'on attache avec un fil rouge); la dent la plus longue d'un chien noir; la guêpe qui vole toujours seule, et qu'on nomme peudosphex (fausse guêpe) (on la prend de la main gauche et on l'attache au cou du fébricitant; d'autres emploient la première guêpe vue de l'année); la tète coupée d'une vipère, ou le coeur arraché à l'animal encore vivant, le tout porté dans un petit linge ;

2.

le museau et le bout des oreilles coupés à un rat, qu'on laisse aller après cette opération (on les porte dans une étoffe rose); l'oeil droit arraché à un lézard vivant, et renfermé, avec la tète de l'animal qu'on a coupée sur-le-champ, dans de la peau de chèvre ; le scarabée qui forme de petites boules. A cause de cet insecte, la plus grande partie de l'Égypte met les scarabées au nombre des divinités ; fait dont Apion donne une interprétation curieuse, disant, pour justifier les rites de sa nation, que ce scarabée imite les travaux du soleil. Les mages font encore porter en amulette un autre scarabée, quia les cornes repliées (XI, 34), et qu'il faut prendre de la main gauche.

3. Ils recommandent d'attacher à l'un et à l'autre bras un troisième scarabée, coupé en deux, qu'on nomme foulon et qui est tacheté de blanc; les autres se portent au bras gauche. En outre, ils indiquent le coeur de couleuvre, arraché de la main gauche à l'animal vivant; quatre noeuds de la queue du scorpion, avec son aiguillon, attachés avec une étoffe noire : il faut que le malade ne voie pas le scorpion, qu'on lâche, et reste trois jours sans apercevoir celui qui a attaché l'amulette, qu'il enfouit dans la terre après la troisième période de la fièvre. On enveloppe encore une chenille dans un petit linge, qu'on entoure trois fois d'un fil, en y faisant autant de noeuds, et eu disant à chaque fois pourquoi l'on fait cette opération; une limace, dans une petite peau, ou quatre tètes de limaces coupées avec un roseau;

4. un mille-pieds roulé dans de la laine; les petits vers (XI, 38) qui produisent le taon, avant que les ailes de l'insecte poussent; d'autres vers velus qu'on trouve sur les arbrisseaux épineux : quelques-uns attachent en amulette quatre de ces vers, renfermés dans une coquille de noix. On emploie encore les escargots nus. On met sous l'oreiller du malade un stellion renfermé dans une boite, et on lui donne la liberté à la fin de l'accès. On recommande d'avaler le coeur d'un plongeon de mer arraché sans fer du corps de l'oiseau, de l'écraser après l'avoir fait sécher, et de le prendre dans de l'eau chaude. On prescrit le coeur d'hirondelle avec du miel.

5. D'autres font prendre avant l'accès une drachme de fiente d'hirondelle dans trois cyathes de lait de chèvre ou de brebis, ou de vin de raisin sec. Il en est qui conseillent d'avaler les hirondelles tout entières. Les Parthes, pour se guérir de la fièvre quarte, prennent de la peau d'aspic à la dose d'un sixième de denier, avec une dose égale de poivre. D'après le philosophe Chrysippe, le phryganion porté en amulette est un remède pour la fièvre quarte; mais il ne dit point quel animal c'est, et nous n'avons trouvé personne qui le connût. Cependant nous avons dû faire mention d'un animal indiqué par un auteur si grave, dans le cas où un autre serait plus heureux en ses recherches.

6. Manger de la chair de corneille, et faire des frictions avec le nid de cet oiseau, passe pour très utile dans les longues maladies. On pourra encore, puisqu'il est vrai que dans la souffrance on aime à trouver de nombreux motifs d'espérer, expérimenter dans les fièvres tierces si la toile de l'araignée nommée loup est utile, appliquée, avec l'insecte même, sur les deux tempes et le front, dans une compresse enduite de résine et de cire; ou si cet insecte porté en amulette dans un roseau guérit cette fièvre comme il guérit, dit-on, les autres; ou si enfin il en est de même avec un lézard vert renfermé vivant dans un vase dont il remplit la cavité, et porté en amulette : on affirme que ce moyen délivre souvent des récidives. XXXI. 1. Pour l'hydropisie on donne en breuvage gros comme une noisette de suint dans du vin, avec un peu de myrrhe; quelques-uns ajoutent de la graisse d'oie dans du vin de myrte. La crasse des mamelles de brebis a le même effet, ainsi que la chair de hérisson séchée, et prise en aliment. Les matières vomies par les chiens et appliquées sur le s'entre procurent, dit-on, l'évacuation des eaux.

XXXII. (XII.) 1. Pour l'érysipèle on ale suint avec la tuthie et l'huile rosat; le sang de tique; les vers de terre, appliqués avec du vinaigre; un grillon écrasé avec les mains : l'effet de ce dernier moyen est que celui qui l'emploie avant que le mal ait commencé en est garanti pour toute l'année; mais il faut se servir du fer pour enlever le grillon avec la terre de son trou. On a encore la graisse d'oie; la tête de vipère, séchée, brûlée, et appliquée avec du vinaigre; la vieille peau quittée par les serpents, appliquée à la sortie du bain avec de l'eau, du bitume et du suif d'agneau.

XXXIII. 1. On guérit le charbon par la fiente de pigeon appliquée seule sur-le-champ, ou appliquée avec de la graine de lin dans du vinaigre miellé; par l'application d'abeilles mortes dans du miel. On le guérit encore en le saupoudrant de polenta. Dans le charbon et les autres ulcérations des parties génitales, on emploie le suint dans du miel, avec des scories de plomb. Pour les charbons qui commencent on se sert de la fiente de mouton. Les tumeurs et tout ce qui a besoin d'émollients se traitent très bien par la graisse d'oie ainsi que par la graisse de grue.

XXXIV. 1.

Comme remède des furoncles on indique : une araignée appliquée sans qu'on en ait prononcé le nom, et détachée nu bout de trois jours; une musaraigne que l'on fait mourir en la suspendant, et qui ne doit plus toucher la terre, passée trois fois autour du furoncle, pendant que l'opérateur et le malade crachent trois fois aussi; la fiente de poule, surtout celle qui est rousse, appliquée fraîche dans du vinaigre ; l'estomac d'une cigogne, cuit dans du vin ; des mouches, en nombre impair, dont on frotte la partie malade avec le doigt annulaire; les ordures provenant de l'oreille des moutons; le vieux suif de brebis avec de la cendre de cheveux de femme ; le suif de bélier avec de la poudre de pierre ponce et un poids égal de sel.

XXXV. 1. Pour les brûlures on se sert de la cendre de tête de chien; de la cendre de loir avec de l'huile; de la fiente de brebis avec de la cire; de la cendre de rats; de la cendre d'escargots, laquelle efface jusqu'à la cicatrice; de la graisse de vipère; de la cendre de fiente de pigeon, appliquée avec de l'huile.

XXXVI. 1. Pour les nodosités des nerfs on emploie la cendre de la tète de vipère dans de l'huile de cyprus (XII, 51) ; les vers de terre., appliqués avec du miel; pour les douleurs de nerfs, un amphisbène mort, porté en amulette; la graisse de vautour séchée avec l'estomac de l'oiseau et broyée avec du vieux oing; la cendre de tête de hibou prise dans du vin miellé avec un oignon de lis, si nous en croyons les mages. Dans les contractions nerveuses on emploie de la chair de ramier gardée, en aliment; pour les spasmes, la chair de hérisson, la cendre de belette- La vieille peau quittée par les serpents, portée en amulette dans de la peau de taureau, préserve des spasmes. Le foie de milan, séché, pris à la dose de trois oboles dans trois cyathes d'eau miellée,. garantit de l'opisthotonos.

XXXVII. 1. Les envies et les excroissances qui se forment aux doigts se guérissent par la cendre de tête de chien ; par la vulve de chienne, bouillie dans de l'huile, après des onctions de 'beurre de brebis avec du miel; par la vésicule du fiel d'un animal quelconque. Pour les rugosités des ongles, on a: les cantharides appliquées avec de la poix; et détachées le troisième jour; les sauterelles avec du suif de boue; le suif de mouton : quelques-uns y mêlent du gui et du pourpier; d'autres; de la fleur de cuivre et du gui, et détachent ce topique au bout de trois jours.

XXXVIII. (XIII.) 1. On arrête l'épistaxis par le suif de mouton pris à la panse, et introduit dans les narines; par la présure, surtout celle d'agneau, introduite ou injectée dans les narines, remède qui réussit là même où d'autres ont échoué; par la graisse d'oie, avec égale quantité de beurre, que l'on introduit dans les narines en forme de pastilles; par la terre attachée aux escargots; par les escargots eux-mêmes tirés de leur coquille. On arrête le sang qui coule des narines par des escargots. pilés et appliqués sur le front; par la toile d'araignée. La cervelle ou le sang de coq arrête les hémorragies qui viennent du cerveau; il en est de même du sang de pigeon, conservé coagulé pour cet usage. Quand il s'écoule d'une blessure du sang en trop grande quantité, on a, pour l'arrêter, un remède merveilleux c'est d'appliquer de la cendre de crottin de cheval, brûlé avec des coquilles d'oeuf.

XXXIX. 1. On traite les plaies par le suint avec la cendre d'orge, et le vert-de-gris, à parties égales. Cette préparation est bonne aussi pour les ulcères carcinomateux et serpigineux. Elle ronge Ies bords des ulcères, et réduit au niveau de la peau les excroissances fongueuses. Elle est incarnante aussi et mène les plaies à cicatrisation. La cendre de crottes de brebis, avec du nitre, est d'une grande vertu pour la guérison des carcinomes, ainsi que la cendre de l'os de la cuisse d'agneau, principalement pour les ulcères qui ne tendent pas à se cicatriser; grande aussi est la vertu des poumons, du bélier surtout; lesquels ramènent avec beaucoup d'efficacité au niveau de la peau les exeroissances formées par les ulcères.

2. Avec la fiente de mouton chauffée dans un four de cuisine et pétrie, on fait tomber le gonflement des plaies, on déterge et on guérit les fistules ainsi que les épinyetides. Mais c'est surtout la cendre de tête de chien qui est efficace. Elle ronge, comme le spodium (XXXIV, 30, toutes les excroissances, et les guérit ; il en est de même de la fiente de rat, de la cendre de fiente de belette. Le mille-pieds, broyé et mélangé avec de la térébenthine et de la terre de Sinope (terre rouge), poursuit les duretés jusque dans la profondeur des ulcères et les carcinomes.

3. Ces mêmes substances sont très bonnes pour les ulcères envenimés par les vers. Les vers de différentes espèces servent eux-mêmes à des usages admirables. Les cosses qui s'engendrent dans le bois guérissent tous les ulcères. Brûlés avec un poids égal d'anis et appliqués dans de l'huile, ils guérissent les ulcères rongeants. Les vers de terre agglutinent les plaies récentes, et l'on est même persuadé que ce topique réunit en sept jours les nerfs coupés; aussi conseille-t on de conserver ces vers dans du miel. Leur cendre, avec de la poix. liquide ou du miel de Simblos (en Sicile), consume les duretés du bord des ulcères.

4. Quelques-uns les font sécher au soleil et les emploient pour les plaies, dans du vinaigre; ils n'enlèvent ce topique qu'au bout de deux jours. La terre adhérente aux escargots est utile de la même façon. Les escargots tout entiers, tirés de leur coquille, écrasés et en topique, agglutinent les plaies récentes et arrêtent les ulcères rongeants. Les Grecs nomment herpès un animal très bon pour guérir tous les ulcères serpigineux.

Pour cette espèce d'ulcère, on broie les escargots avec leur coquille; on dit même qu'avec de la myrrhe et de l'encens ils guérissent les nerfs coupés. La graisse de dragon, séchée au soleil, est très utile. On se sert de la cervelle de coq dans les plaies récentes. Le sel de vipère, pris en aliment, rend, dit-on, les ulcères plus aisés à traiter, et en accélère la guérison. Le fait est que s le médecin Antonins Musa, quand il avait opéré des ulcères réputés incurables, donnait des vipères à manger, et guérissait le mal avec une mer veilleuse rapidité. La cendre de troxalis (XXX, 16 ) avec du miel emporte les bords endurcis des ulcères. La cendre de fiente de pigeon avec de l'arsenic et du miel consume ce qui doit être consumé. La cervelle de hibou avec de la graisse d'oie agglutine, dit-on, les plaies merveilleusement. Pour les ulcères appelés cacoëthes on emploie la cendre des cuisses de bélier avec du lait de femme, après avoir humecté soigneusement avec ce liquide les compresses ; le chat-huant cuit dans l'huile; le tout étant bien consommé, on ajoute du beurre de brebis et du miel. Les abeilles mortes dans du miel amollissent les bords endurcis des ulcères. Pour l'éléphantiasis on se sert du sang et de la cendre de belette. On efface les plaies et les autres marques des coups de fouet, en y appliquant de la peau de mouton fraîchement écorché.

XL. 1. Pour les fractures des membres on a en particulier la cendre de cuisses de mouton, qui. est plus efficace avec de la cire. On fait un pareil remède avec des mâchoires de mouton brûlées ensemble, de la corne de cerf, et de la cire fondue dans de l'huile rosat. La cervelle de chien étendue. sur un linge, avec de la laine qu'on met par-dessus et qu'on arrose de temps en temps, consolide eu quatorze jours environ les fractures des os; la consolidation est aussi prompte avec la cendre de rats des champs incorporée dans du miel, ou avec celle de vers de terre, laquelle fait même sortir les esquilles.

XLI. 1. Pour redonner de la couleur aux cicatrices, on a le poumon de mouton, particulièrement de bélier, le suif de mouton avec du nitre, la cendre de lézard vert, la peau quittée au printemps par les couleuvres et bouillie dans du vin, la fiente de pigeon avec du miel, laquelle, dans du vin, efface aussi le vitiligo blanc. Pour le vitiligo on emploie encore les cantharides avec deux parties de feuilles de rue : il faut garder ce topique au soleil jusqu'à ce que la peau démange, puis faire des fomentations et frictionner avec de l'huile; après quoi on réapplique le topique, ce que l'on répète plusieurs jours de suite, en prenant garde que la partie ne s'ulcère profondément. Pour le même vitiligo on recommande de faire un liniment avec des mouches de la racine de patience ; avec de la fiente blanche de poule, conservée dans de l'huile vieille et dans une boite de corne; avec le sang (le chauve-souris; avec le fiel de hérisson dans de l'eau. On guérit la gale avec la cervelle de hibou jointe à la fleur de nitre, mais surtout avec le sang de chien. Les escargots, gros ou petits, écrasés et en topique, calment les démangeaisons.

XLII. 1. On fait sortir les flèches, les traits et tous les corps étrangers qu'il s'agit de tirer des chairs, par l'application d'un rat coupé en deux, niais surtout d'un lézard fendu, ou seulement de sa tête écrasée avec du sel; de ces escargots qui s'attachent par troupes aux feuilles, pilés avec leur coquille; de ceux qu'on mange, dépouillés de leur coquille, surtout avec la présure de lièvre. Les os de couleuvre, avec la présure d'un quadrupède quelconque, produisent en trois jours le même effet. On vante aussi les cantharides pilées, avec de la farine d'orge.

XLIII. (XIV.) 1. Dans les maladies des femmes on recommande le placenta de brebis, comme nous l'avons dit dans le chapitre des chèvres (XXVIII, 77, 8 ). La crotte de mouton ale même usage. Les sauterelles employées en fumigation guérissent la strangurie, surtout chez les femmes. Si après la conception une femme mange de temps en temps des testicules de coq, l'enfant qui est dans l'utérus devient, dit-on, mâle. La cendre de porc-épic, en boisson, prévient l'avortement. Le lait de chienne en boisson hale l'accouchement, qui est provoqué par l'arrière-faix du même animal, pourvu que cet arrière-faix n'ait point touché la terre. Le lait en boisson fortifie les reins des femmes en travail. La fiente de rat, délayée dans de l'eau de pluie, rétablit les mamelles gonflées après l'accouchement.

2. Se frotter avec de la cendre de hérisson et de l'huile prévient l'avortement. Le travail est plus facile chez celles qui ont avalé de la fiente d'oie avec deux cyathes d'eau ou les eaux s'écoulant de l'utérus par les parties génitales d'une belette. Les vers de terre, en topique, préviennent les douleurs du cou et des épaules; pris dans du vin de raisin sec, ils expulsent l'arrière-faix lent à sortir; appliqués seuls, ils mûrissent les abcès du sein, les ouvrent, en font sortir l'humeur, et les mènent à cicatrisation. Pris avec du vin miellé, ils font venir le lait. lise trouve aussi de petits vers qui attachés au cou conduisent l'enfant à terme; on les ôte au moment du travail, autrement ils empêcheraient l'accouchement ;

3. il faut encore avoir soin de ne pas les poser à terre. Pour faire concevoir, on en donne en boisson cinq ou sept. Les escargots pris en aliment accélèrent l'accouchement; appliqués avec du safran, la conception; avec de l'amidon et de la gomme adragante, en topique, ils arrêtent les pertes. En aliment, ils sont bons pour les règles. Ils remédient aux déplacements de la matrice, avec un denier de moelle de cerf et autant de cyperus (souchet) pour chaque escargot. Ils dissipent les gonflements de la matrice, tirés de leur coquille et écrasés avec de l'huile rosat.

Pour tout cela un choisit de préférence des escargots d'Astypalée. Ceux d'Afrique s'emploient d'une autre façon : on en écrase deux avec une pincée de fenugrec, ou ajoute quatre cuillerées de miel, et on applique cette préparation sur le ventre d'abord, frotté avec de l'huile d'iris.

4. Il y a des escargots blancs, petits et allongés, que l'on voit errer de tous côtés. Ceux-ci, séchés au soleil sur des tuiles et pulvérisés, se mélangent avec de la bouillie de fèves par parties égales; c'est un cosmétique qui blanchit et adoucit la peau. Les escargots, gros et petits, avec de la polenta, ôtent les démangeaisons. Si une femme grosse passe par-dessus une vipère, elle avorte; de même si elle passe par-dessus un amphisbène, pourvu qu'il soit mort; que si elle a un amphisbène vivant dans une boîte, elle peut passer impunément par-dessus un amphisbène mort. Un amphisbène gardé, même mort, facilite les accouchements. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'une femme en passant par-dessus un amphisbène non gardé n'en reçoit aucun mal, pourvu qu'elle passe incontinent par-dessus un amphisbène gardé. La fumigation faite avec une couleuvre desséchée est emménagogue.

XLIV. 1. La vieille peau quittée par les couleuvres, attachée aux lombes, facilite l'accouchement; il faut l'ôter aussitôt après le travail terminé. On la donne aussi à boire dans du vin avec de l'encens. Prise autrement, elle est abortive. Le bâton avec lequel on a ôté une grenouille à une couleuvre facilite l'accouchement. La cendre de troxalis (XXX, 16) appliquée avec du miel est emménagogue. L'araignée qui descend le long de son fil, de quelque endroit élevé, a la même vertu : il faut la prendre dans le creux de la main, l'écraser, et l'appliquer à la partie; si on la prend au moment où elle remonte, elle arrête la purgation menstruelle. La pierre aétite (XXXVI, 39), trouvée dans l'aire d'un aigle, préserve le foetus contre toute manoeuvre d'avortement. Une plume de vautour mise sous les pieds aide l'accouchement. Il est certain que les femmes grosses doivent prendre garde à l'oeuf du corbeau, parce que si elles passent pardessus il les fait avorter par la bouche (X, 15 ). La fiente d'épervier prise dans du vin miellé paraît rendre les femmes fécondes. La graisse d'oie ou de cygne amollit les duretés et les tumeurs de la matrice.

XLV. 1. La graisse d'oie avec de l'huile rosat et une araignée maintient après l'accouchement le sein dans son état naturel. Les Phrygiens et les Lycaoniens ont trouvé que la graisse d'outarde est bonne pour les maux qui surviennent au sein des nouvelles accouchées. Dans les suffocations hystériques ils foot aussi une application de blattes. La cendre de coquilles d'oeufs de perdrix, mêlée avec de la cadmie et de la cire, conserve au sein sa fermeté (XXVIII, 77, 3). On pense aussi que si on passe trois fois autour du sein un oeuf de perdrix, il ne devient pas pendant, et que ces oeufs pris à l'intérieur rendent la femme féconde et lui donnent du lait en abondance. On ajoute qu'en frottant les mamelles avec de la graisse d'oie on diminue les douleurs ; qu'on résout les môles formées dans l'utérus, et qu'on dissipe les démangeaisons des parties génitales en faisant un liniment avec des punaises écrasées.

XLVI. 1. Le sang de chauve-souris a une vertu dépilatoire; mais, appliqué sur la joue des enfants, il n'est pas suffisamment efficace, si l'on n'applique ensuite du vert-de-gris ou de la graine de ciguë : de cette façon, ou bien on détruit complètement les poils, ou bien ils ne sont jamais que du duvet. On pense obtenir le même résultat avec la cervelle de chauve-souris. La cervelle est de deux sortes, rouge et blanche.

Quelques-uns mêlent ensemble le sang et le foie de ce même animal. D'autres font consommer une vipère dans trois hémines d'huile, la désossent, et s'en servent en guise d'épilatoire, arrachant préalablement les poils qu'ils veulent empêcher de renaître.

2. Le fiel de hérisson est dépilatoire; mais il faut y mêler de la cervelle de chauve-souris et du lait de chèvre. La cendre de hérisson, sans rien autre, a la même vertu- Frottez avec du lait de chienne à sa première portée les endroits où l'on veut empêcher le poil de venir; arrachez préalablement les poils, dans le cas où il y en a déjà: par ce moyen il n'en poussera pas. Le même effet est produit, dit-on, par le sang d'une tique prise à un chien, par le sang ou le fiel d'une hirondelle. (XV.) On assure que les oeufs de fourmis pilés avec des mouches noircissent les sourcils; que si l'on veut que les enfants aient les yeux noirs la femme enceinte doit manger une souris ; et que la cendre de vers de terre, avec de l'huile, empêche les cheveux de blanchir.

XLVII. 1. Les enfants sujets à être malades par la coagulation du lait en sont préservés par la présure d'agneau prise dans de l'eau. Si la coagulation du lait s'est déjà faite dans l'estomac, on la dissipe avec la présure donnée dans du vinaigre. Pour la dentition la cervelle de mouton est très bonne. On guérit l'inflammation des enfants appelée siriasis en leur attachant des os trouvés dans de la fiente de chien. On guérit les hernies des enfants en les faisant mordre pendant qu'ils dorment par un lézard vert; puis on suspend avec un roseau le lézard à la fumée, et l'on prétend que l'enfant est guéri quand l'animal meurt.

2. La bave d'escargot appliquée sur les yeux des enfants redresse les cils et les fait pousser. La cendre d'escargots avec de l'encens, délayée dans du jus de raisin blanc, guérit les hernies : ce topique doit être employé pendant trente jours. On trouve dans les cornes des escargots de petits grains de sable (XXX, 8, 3) qui portés en amulette rendent la dentition facile.

DE PLINE L'ANCIEN

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE.

TOME SECOND. LIVRE XXX

Traduction française : É. LITTRÉ

LIVRE XXX. TRAITANT DES AUTRES REMÈDES FOURNIS PAR LES ANIMAUX. I. De l'origine de la magie.

II. Quand et par qui elle a commencé. Quels sont ceux qui l'ont cultivée.

III. Si l'Italie l'a pratiquée. Quand , pour la première fois , le sénat a défendu les sacrifices humains.

IV. Des druides des Gaules.

V. Des espèces de la magie.

VI. Faux-fuyants des magiciens,

VII. Opinion des magiciens sur les taupes; remèdes, v.

VIII. Pour les douleurs de dents.

IX. Pour le mauvais goût et les ulcères de la bouche.

X. Pour les taches de rousseur.

XI. Pour les affections de la gorge.

XII. Pour les angines et les tumeurs strumeuses.

XIII. Pour les douleurs des épaules.

XIV. Pour les douleurs de la région précordiale.

XV. Pour les douleurs de l'estomac.

XVI. Pour les douleurs du foie et les vomissements de sang.

XVII. Pour la rate.

XVIII. Pour les douleurs du côté et des lombes.

XIX. Pour la dysenterie.

XX. Pour l'iléus et les autres affections du ventre.

XXI. Pour les calculs et la vessie.

XXII. Pour les affections du siège et des parties génitales.

XXIII. Pour la goutte et les affections des pieds.

XXIV. Pour les maladies qui sont à craindre pour le corps tout entier.

XXV. Pour les frissons.

XXVI. Pour la paralysie

XXVII. Pour l'épilepsie.

XXVIII. Pour l'ictère.

XXIX. Pour la phrénitis.

XXX. Pour les fièvres.

XXXI. Pour l'hydropisie.

XXXII. Pour l'érysipèle.

XXXIII. Pour les charbons.

XXXIV. Pour les furoncles.

XXXV. Pour les brûlures.

XXXVI. Pour les douleurs des nerfs.

XXXVII. Pour les affections des ongles et des doigts.

XXXVIII. Pour arrêter l'écoulement du sang.

XXXIX. Pour les ulcères et les plaies.

XL. Pour les fractures.

XLI. Pour les cicatrices et les taches.

XLII. Pour l'extraction des corps étrangers.

XLIII. Pour les maladies des femmes.

XLIV. Pour aider l'accouchement.

XL. Pour maintenir le sein.

XLVI.Pour la dépilation.

XLVII. Pour les maladies des enfants.

XLVIII. Pour le sommeil.

XLIX. Pour exciter à l'acte vénérien.

L. Pour le phthiriasis, et remèdes divers.

LI. Pour l'ivresse.

LII. Choses remarquables chez les animaux.

La cendre de coquilles d'escargots incorporée avec de la cire empêche la chute du fondement; mais avec cette cendre il faut mêler la sanie que l'on fait sortir par des piqûres de la cervelle d'une vipère. La cervelle de vipère, attachée avec une petite peau, aide la dentition. Il en est de même des plus grosses dents des serpents. La fiente de corbeau attachée avec de la laine au cou des enfants les guérit de la toux.

3. Il est difficile de garder son sérieux en rapportant certaines recettes; il ne faut cependant pas les omettre, puisqu'elles ont été consignées. Pour les hernies des enfants on recommande de les traiter par un lézard; ce lézard doit être mâle, ce qu'on reconnaît à ce qu'il n'a qu'un trou sous la queue- On lui fait mordre la partie malade à travers une étoffe d'or, ou d'argent, ou de pourpre; puis ou l'attache dans une coupe qui n'ait pas encore servi, et on l'expose à la fumée. On arrête l'incontinence d'urine chez les enfants en leur faisant manger des rats bouillis. Les grandes cornes des scarabées, lesquelles sont dentelées, attachées au cou des enfants, ont la propriété des amulettes.

4. On dit qu'il est dans la tête du serpent boa une petite pierre qu'il rejette quand il craint d'être tué : si, le surprenant, on lui coupe la tète et qu'on en tire cette pierre, elle aide admirablement à la dentition, étant attachée au cou des enfants. On demande d'y attacher pour le même usage la cervelle du même serpent; la petite pierre, ou petit os, qu'on trouve dans le dos de la limace. Un remède admirable est la cervelle de mouton, dont ou frotte les gencives ; de même que la graisse d'oie appliquée avec le suc d'ocymum (basilic) est merveilleuse pour les maux d'oreille. Dans les plantes épineuses il est de petits vers hérissés de duvet; on les attache au cou des enfants, et ils les guérissent, dit-on, incontinent quand ils ont dans le gosier quelque arête.

XLVIII. 1. On emploie comme soporatif le suint délayé avec un peu de myrrhe dans deux cyathes de vin, ou mêlé avec de la graisse d'oie et du vin de myrte; Je coucou, attaché avec de la peau de lièvre; le bec d'un héron, attaché au front dans un morceau de peau d'âne : on croit que le bec seul, trempé dans du vin, ale même effet. Au contraire, la tête d'une chauve-souris, sèche et portée en amulette, empêche le sommeil.

XLIX. 1. Un lézard qu'on a fait mourir dans de l'urine d'homme est antiaphrodisiaque pour celui qui a rendu l'urine; car, selon les mages, cet animal entre dans les philtres. On attribue la même propriété à la fiente d'escargot et à celle de pigeon prise avec de l'huile et du vin. On range parmi les aphrodisiaques pour les hommes : la partie droite d'un poumon de vautour, attachée avec un morceau de peau de grue; cinq jaunes d'oeufs de pigeon, avalés dans du miel avec un denier de saindoux; les moineaux ou les oeufs de moineau, en aliment; le testicule droit d'un coq, attaché avec de la peau de bélier. On prétend que la cendre d'ibis, employée en friction avec de la graisse d'oie et de l'huile d'iris après la conception, empêche l'avortement, et que les testicules d'un coq de combat, qu'on frotte de graisse d'oie et qu'on attache avec de la peau de bélier, sont antiaphrodisiaques;

2. même effet si l'on place sous le lit les testicules d'un coq quelconque avec du sang de l'oiseau. Les crins de la queue d'une mule, arrachés pendant qu'elle est saillie, font concevoir les femmes malgré elles, si on les attache entre eux pendant le colt. Un homme qui urine dans de l'urine de chien devient, dit-on, plus froid pour l'amour. Chose singulière, si elle est vraie! de la cendre de stellion enveloppée dans un linge est aphrodisiaque tenue dans la main gauche, et antiaphrodisiaque tenue dans la main droite. Le sang de chauve-souris reçu sur des flocons de laine, et mis sous la tête des femmes, les excite à l'amour, ainsi que la langue d'oie prise eu aliment ou en boisson.

L. 1. Dans le phthiriasis on tue toute la vermine en trois jours avec la vieille peau quittée par les couleuvres et prise en breuvage, avec le petit-lait dépouillé de sa substance caséeuse et pris avec un peu de sel. On assure que les fromages, si au caillé on mêle de la cervelle de belette, ne se gâtent pas en vieillissant, et sont préservés de la dent des rats. On dit encore que la cendre de belette mise dans la pâtée des poulets et des pigeonneaux les met â l'abri de l'attaque des belettes. On guérit les bêtes de somme de la difficulté d'uriner en leur attachant une chauve-souris; des vers intestinaux, en passant trois fois un ramier autour de leurs parties génitales. Chose merveilleuse! le ramier, lâché, meurt, et la bête est incontinent délivrée de son mal.

LI. 1. En faisant prendre pendant trois jours, dans du vin, des oeufs de chat-huant à des ivrognes, on les dégoûte du vin. Un poumon grillé de mouton prévient l'ivresse, mangé d'avance (XXVIII, 80). La cendre de becs d'hirondelle, broyée avec de la myrrhe et jetée dans le vin qu'on boit, empêche qu'on ne s'enivre. Ce moyen est dû à Horus roi des Assyriens. LII. 1. Il y a encore des singularités présentées par les animaux appartenant à ce volume. Quelques auteurs disent qu'il y a en Sardaigne un oiseau nommé gromphena, semblable à la grue, mais qui, je crois, n'est plus connu, même des Sardes. Dans la même province est l'ophion (moufflon), qui ne ressemble au cerf que par le poil, et qu'on ne trouve pas ailleurs (VIII, 75; XXVIII, 42). Les mêmes auteurs ont parlé du subjugus, sans dire quel animal c'était et où on le trouvait. Je ne doute pourtant pas qu'il n'ait existé, puisqu'on nous indique des remèdes qui en sont tirés- M. Cicéron rapporte qu'il y a des animaux nommés biures, qui rongent les vignes dans la Campanie.

LIII. (XVI.) 1. Voici d'autres merveilles qu'on raconte des animaux dont nous avons parlé Un chien n'aboie pas après un individu tenant une membrane de l'arrière-faix d'une chienne, ou de la fiente ou des poils de lièvre. Parmi les moucherons, les mulions (XI, 19, 3) ne vivent pas plus d'un jour. Ceux qui retirent le miel des ruches, en ayant sur eux le bec du pivert qui creuse les arbres (X, 20), ne sont pas piqués par les abeilles. Les porcs suivent celui qui leur a donné dans une boulette de la cervelle de corbeau. La poussière dans laquelle une mule s'est vautrée calme les ardeurs de l'amour, jetée sur le corps. On met en fuite les souris si on châtre. une souris mâle et qu'on la lâche. Pilez ensemble. une peau de couleuvre, du sel, de la farine et du serpolet; faites avaler cela avec du vin aux bêtes à cornes dans le temps que le raisin mûrit, et elles se porteront bien toute l'année ; même résultat si on leur donne des petits d'hirondelle dans trois boulettes.

2. Si l'on ramasse la poussière sur les traces des couleuvres, cette poussière rappelle dans la ruche les abeilles dispersées. En attachant le testicule droit du bélier, Il n'engendre que des brebis (VIII, 72, 2). Aucun travail ne fatigue ceux qui portent des nerfs pris aux ailes et aux pattes de grue. Les mules ne ruent pas quand elles ont bu du vin. Parmi toutes les substances il n'y a que le sabot de mule qui ne soit pas corrodé par le poison de la fontaine du Styx. Lorsque Antipater en envoya pour le faire prendre à Alexandre le Grand, Aristote lui indiqua cette propriété du sabot de mule, propriété mémorable, mais dont l'indication couvre le philosophe d'infamie. Maintenant passons aux poissons.

XLVII. Des éponges ; remèdes et observations, xcii.

Résumé : Remèdes, histoires et observations, 924.

Auteurs :

M. Varron, Cassius de Parme, Cicéron, Mucianus, Caelius, Celse, Trogne Pompée, Ovide, Polybe, Sornatius.

Auteurs étrangers :

Callimaque, Ctéslas, Eudicus, Théophraste, Eudoxe, Théopompe, Polyclyte, Juba, Lycus, Apion, Épigène, Pelops, Apelle, Démocrite, Thrasylle, Nicandre, Ménandre le poète comique, Attale, Sallustius Dionysius, Andréas, Niceratus, Hippocrate, Anaxilaüs.

i. (I.) 1. Il s'agit maintenant des secours fournis à la médecine par les choses de l'eau. La nature, ouvrière, ne s'y est pas oubliée, et elle déploie sans relâche ses forces infatigables à travers les ondes, les flots, les marées, et le rapide courant des fleuves. Et, à dire vrai, nulle part sa puissance n'est plus grande. En effet, l'eau est un élément qui domine tous les autres : les eaux engloutissent les terrains, tuent les flammes, s'élèvent dans les hauteurs, envahissent même le ciel, et, sous forme de nuages, interceptent l'air qui nous fait vivre; ce qui provoque l'explosion de la foudre, effet du conflit des éléments.

2. Quoi de plus merveilleux que les eaux suspendues dans le ciel ! Mais, comme si c'était peu de parvenir à une si grande élévation, elles emportent avec elles des essaims de poissons, souvent même des pierres, et c'est chargées de ces poids étrangers qu'elles montent au haut des airs. Retombant sur la terre, elles font naître toutes les productions végétales; propriété bien admirable, si l'on considère que, pour donner la naissance aux grains et la vie aux arbres et aux plantes, les eaux gagnent le ciel, et de là rapportent aux végétaux le souffle de vie. Avouons donc que toutes les propriétés de la terre sont un bienfait des eaux. Ainsi nous retracerons avant tout quelques exemples de la puissance de ce fluide; car quel mortel pourrait tous les décrire?

II. (II.)1. Les eaux sortent salutaires de tous côtés dans mille pays, là froides, ici chaudes, ailleurs chaudes et froides, comme à Tarbelles (Dax) d'Aquitaine et dans les Pyrénées, où elles ne sont séparées que par un petit intervalle, ou bien encore tièdes et simplement dégourdies, annonçant les secours qu'elles donnent aux malades, et ne sortant de terre que pour l'homme seul, entre tous les animaux. Sous des noms divers, elles augmentent le nombre des divinités, et. fondent des villes comme Putéoles (III, 9, 9 ) dans la Campanie, Statyelles (III, 7) dans la Ligurie, Aix (III 5,6) dans la province Narbonnaise.

2. Mais elles ne coulent nulle part avec plus d'abondance et avec des propriétés médicinales plus diverses que dans le golfe de Baies : sulfureuses, alumineuses, salées, nitreuses, bitumineuses, quelques-unes même mêlées d'acide et de sel, tout s'y trouve. Certaines sont utiles par leur chaleur même, qui est si grande qu'elles échauffent les bains, et vont jusqu'à forcer l'eau froide à bouillir dans les baignoires : celles-ci s'appellent à Baies Posidiennes, du nom d'un affranchi de l'empereur Claude. Elles font aussi cuire les aliments. D'autres (elles ont appartenu à Licinius Crassus) bouillonnent au sein même de la mer, et du milieu des flots jaillit quelque chose de salutaire pour l'homme.

Ill. 1. Suivant leurs espèces, ces eaux sont bonnes aux nerfs, aux pieds, aux hanches, aux luxations, aux fractures. Elles purgent, elles guérissent les plaies; elles sont en particulier bonnes pour la tète et les oreilles; celles de Cicéron sont bonnes pour les yeux. La maison où celles-ci se trouvent est digue d'être mentionnée ici : en allant du lac Averne à Putéoles, on la rencontre sur le rivage de la mer; elle est distinguée .par un portique et un bois. Cicéron l'appelait Académie, à l'exemple de l'Académie d'Athènes. C'est là qu'il composa ses Académiques, c'est là qu'il s'était élevé un monument, comme s'il lui en avait fallu d'autres que ses écrits répandus dans l'univers entier.

2. A l'entrée de cette maison, peu après la mort de Cicéron, alors qu'Antistius Vétus en était le, propriétaire, on vit sourdre des eaux chaudes excellentes pour les yeux. Elles ont été célébrées en vers par Lauréa Tullius, l'un des affranchis de Cicéron. Ces vers prouvent tout d'abord que même les serviteurs avaient été fécondés par ce génie majestueux; je vais les rapporter, car ils méritent d'être lus partout, et non pas sur le lieu seulement. « Ornement immortel de l'éloquence romaine, ton bois a repris de l'éclat et de la verdure. Ta campagne, célébrée sous le nom d'Académie, est maintenant réparée et embellie par Vétus. Pour surcroît apparaissent des eaux qu'on n'y connaissait pas, des eaux bienfaisantes, qui guérissent les yeux malades.

3. Sans doute la campagne même de Cicéron a voulu honorer son ancien possesseur quand elle a mis au jour ces sources salutaires; ses écrits, lus sans cesse dans l'univers entier, demandaient pour les yeux le secours de nouvelles eaux."

IV. Dans la même contrée de la Campanie sont les eaux de Sinuesse, qui, dit-on, guéris-sent la stérilité chez les femmes et la folie chez les hommes.

V. 1. Celles de l'île Aenaria guérissent les calculeux, ainsi que les eaux acidules froides qu'on trouve à quatre mille pas de Téanum Sidicinum (III, 9, 11), les eaux de Stabies, qu'on nomme demi-acidules, et dans le canton de Vénafrum celles qui proviennent de la fontaine Acidule. On se guérit encore de la pierre en buvant les eaux du lac de Vélia. Il en est de même d'une source de Syrie auprès du mont Taurus, d'après M. Varron, et du fleuve Gallus de Phrygie, d'après Callimaque. Mais pour celui-ci il faut en boire modérément, de peur qu'il ne rende fou, ce qui arrive en Éthiopie à ceux qui boivent de la fontaine Rouge, au rapport de Ctésias.

VI. 1. Auprès de Rome, les eaux de l'Albula guérissent les plaies ; elles sont dégourdies.

Celles de Cutilie (III, 17,3), chez les Sabins, sont très froides, et pénètrent si vivement le corps, qu'elles semblent y faire l'impression d'une morsure; elles sont très bonnes pour l'estomac, pour les nerfs, et pour le corps entier.

VII. 1. Les Thespiens (IV, 12) ont une source qui fait concevoir les femmes. Il en est de même en Arcadie du fleuve Élate. La source du Linus, dans la même Arcadie, maintient le foetus et empêche les avortements. Au contraire, dans la Pyrrhée, un fleuve nommé Aphrodisius cause la stérilité.

VIII. 1. Le lac Alphion enlève l'alphos ; d'après Varron, un certain Titius, ex-préteur, en avait le visage tellement couvert, qu'on eût dit un masque de marbre. Le Cydnus (V, 22 ), fleuve de Cilicie, guérit la goutte, comme on le voit par une lettre de Cassius de Parme à Marc-Antoine. Au contraire, à Trézène tout le monde a les pieds malades par la mauvaise qualité des eaux.

2. La cité de Tongres, dans les Gaules, a une fontaine fameuse (Spa) dont l'eau, toute petit tante de bulles, a un goût ferrugineux, qui ne se fait sentir que quand on finit de boire. Cette eau est purgative, guérit les fièvres tierces, et dissipe les affections calculeuses. La même eau, mise sur le feu, se trouble, et finit par rougir. Les sources Leucogées, entre Putéoles et Naples, sont bonnes pour les yeux et les plaies. Cicéron e noté, dans son livre des Choses admirables, que la corne du pied des bêtes de somme ne s'endurcissait que dans les marais de Béates.

IX. 1. D'après Eudicus, il y a dans l'Hestimotide deux sources, dont l'une, le Céron, rend noires les brebis qui en boivent, et l'autre, le Nélée, les rend blanches. Celles qui boivent de l'une et de l'autre sont pies. D'après Théophraste, à Thurium l'eau du Crathis blanchit et celle du Sybaris noircit les bestiaux qui en boivent.

X. 1. Ces eaux, d'après le même Théophraste, opèrent aussi sur les hommes : ceux qui boivent celles du Sybaris sont plus bruns, plus durs, et ont les cheveux crépus; ceux qui boivent celles du Crathis sont blancs, plus mous, et out les cheveux pendants. De même en Macédoine ceux qui veulent avoir des troupeaux blancs les mènent au fleuve Aliacmon; ceux qui les veulent noirs ou bruns, au fleuve Axius. Le même raconte que dans certains lieux toutes les productions naissent brunes, et les céréales aussi, comme chez les Messapiens; et que dans une certaine fontaine d'Arcadie, nommée les Luses, les rats de terre vivent et s'habituent. A Érythres, le fleuve Aléos fait venir du poil sur le corps.

XI. 1. Dans la Béotie, près du temple du dieu Trophonius et du fleuve Orchomène, sont deux sources, dont rune donne la mémoire et l'autre la fait perdre; de là viennent les noms qu'elles portent ( Mnémosyne et Léthé). XII. 1. En Cilicie, près de la ville de Ceseum, coule le Nus (νοῦς, intelligence), dont l'eau, d'après Varron, donne de la sagacité à ceux qui en boivent ; tandis que dans l'île de Céos est une source qui rend stupide, et à Zama (V, 4,5), en Afrique, une source qui rend la voix plus belle. XIII. 1. Eudoxe dit que ceux qui boivent de l'eau du lac Clitorius prennent le vin en dégoût; Théopompe, que les fontaines que nous avons nommées (II,106,11) enivrent; Mucianus (II, 106, 11), qu'à Andros il coule de la fontaine de Bacchus pendant les sept jours consacrés tous les ans à ce dieu, du vin, qui redevient de l'eau si on le transporte hors de la vue du temple. XIV. 1. Polycrite dit que près de Soles, en Cilicie, l'eau d'une source tient lieu d'huile; Théophraste, que le même phénomène est présenté en Éthiopie par une source de même vertu ; Lycus, que dans l'Inde est une source dont l'eau brûle dans les lanternes. On parle d'une eau semblable à Ecbatane. D'après Théopompe, il y a à Scotussa un lac qui guérit les plaies. XV. 1. D'après Juba, chez les Troglodytes est un lac appelé lac de la Démence, à cause de ses propriétés malfaisantes: trois fois par jour il devient amer et salé, puis doux ; trois fois le même changement s'opère dans la nuit. Il est rempli de serpents blancs, longs de vingt coudées. Au dire du même auteur, est en Arabie une source jaillissant avec tant de force, qu'elle repousse instantanément tout objet, même pesant.

XVI. 1. Au rapport de Théophraste, la fontaine de Marsyas, en Phrygie, auprès de la ville de Celaenes, rejette des pierres. Non loin de là sont deux sources : le Claeon (pleurant) et le Gélon (riant), nommées ainsi par les Grecs, d'après l'effet qu'elles produisent. A Cyzique est la source de Cupidon, qui guérit de l'amour ceux qui en boivent, à ce que croit Mucianus. XVII. 1. A Cranon est une source chaude sans l'être extrêmement, dont l'eau, mêlée à du vin, conserve pendant trois jours dans les vases le breuvage chaud. Il y a de même à Mattiacum (Wisbad ), en Germanie, au delà du Rhin, des sources chaudes dont l'eau garde sa chaleur pendant trois jours. Les bords en sont couverts de pierres ponces, formées par les eaux.

XVIII. 1. Si quelqu'un tient pour incroyable quelqu'un de ces récits, qu'il sache qu'aucune autre partie de la nature ne présente plus de merveilles, indépendamment des nombreuses singularités que nous avons rapportées au commencement de cet ouvrage (II, 106). Ctésias écrit qu'il y a dans l'Inde un étang, nommé Side, dans lequel rien ne surnage et tout se précipite eu fond. Caelius dit que chez nous, dans le lac Averne, les feuilles même s'enfoncent; et Varron, que les oiseaux qui volent sur ses bords expirent. Au contraire, en Afrique, dans le lac Apuscidamus, tout surnage, rien ne va au fond; il en est de même en Sicile de la fontaine appelée Phinthia, au rapport d'Apion, comme aussi du lac des Mèdes et du puits de Saturne.

2. La fontaine de Limyra passe quelquefois dans les lieux voisins, et alors elle annonce quelque événement. Chose singulière l les poissons la suivent.

Les habitants de la contrée consultent ces poissons, en leur jetant à manger : quand la réponse est favorable, les poissons saisissent avidement ce qui leur est jeté; sinon, ils le repoussent avec leur queue. Le fleuve Olachas, en Bithynie, arrose Briazus (c'est le nom d'un temple et d'un dieu) : on prétend que les parjures ne peuvent en supporter l'eau, qui les brûle comme le feu.

3. Dans la Cantabrie, les sources du Tamaricus (IV, 34, 3) fournissent aussi des présages : elles sont au nombre de trois, séparées par un intervalle de huit pieds. Elles se réunissent en un seul lit, chacune formant une grosse rivière. Ces sources sont à sec pendant douze jours, quelquefois vingt, sans qu'on puisse y soupçonner un filet d'eau; et pendant ce temps une source voisine conserve sans interruption un large courant. C'est un mauvais présage lorsque ceux qui veulent les voir les trouvent à sec, comme il est arrivé récemment à Lartius Licinius (XIX, 11), lieutenant après sa préture : il mourut au bout de sept jours. Dans la Judée un ruisseau est à sec tous les sabbats.

XIX. 1. Dans d'autres cas les propriétés merveilleuses sont malfaisantes. Ctésias écrit qu'il est en Arménie une fontaine contenant des poissons noirs qui, mangés, donnent une mort instantanée. La même chose, à ce que j'ai ouï dire, se voit à l'origine du Danube, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à une source placée près de son lit. Là s'arrête cette espèce de poisson vénéneux, ce qui fait aussi que communément on place à cet endroit la source du fleuve. On dit encore la même chose de l'étang des Nymphes, en Lydie. Dans l'Achaïe, près du fleuve Phénée, sort des rochers une source appelée Styx, qui donne une mort instantanée, comme nous l'avons dit (II, 106; XXX, 53).

2. Mais, d'après Théophraste, cette source contient de petits poissons, mortels aussi ; ce qu'on ne trouve point dans les autres eaux vénéneuses. Théopompe dit qu'en Thrace, auprès de Cychros, les eaux donnent la mort ; Lycus, qu'a Léontium est une source qui tue, au bout de trois jours, celui qui en a bu; Varron, qu'il est près du mont Soracte une fontaine, large de quatre pieds, qui au lever du soleil bouillonne comme si elle était chauffée, et que les oiseaux qui en goûtent tombent morts auprès. En effet, par une circonstance insidieuse, quelques-unes de ces eaux ont même un aspect attrayant, comme celles d'Arcadie, près de Nonacris : là aucune qualité apparente ne détourne d'y goûter; on croit que la grande fraîcheur de celles-ci les rend malfaisantes, attendu qu'elles se pétrifient même en coulant. Il en est autrement de l'eau de Tempé, en Thessalie; la vue seule inspire la terreur, et l'on dit qu'elle ronge l'airain et le fer. Elle coule, comme nous l'avons dit (IV, 15, 3), dans un espace peu étendu ; et, chose singulière, on dit qu'elle est entourée des racines d'une plante à gousses, sauvage, et toujours chargée de fleurs pourpres, et que les bords sont tapissés d'une herbe d'une espèce particulière. Dans la Macédoine, non loin du tombeau du poète Euripide, coulent deux ruisseaux, l'un très salutaire, l'autre mortel.

XX. 1. A Perperènes est une source qui pétrifie tout le terrain qu'elle arrose, ce que font aussi des eaux chaudes à Delium dans l'Eubée ; car là où tombent ces eaux il se forme des pierres qui s'accumulent les unes sur les autres. A Eurymènes, les couronnes que l'on jette dans une certaine fontaine se pétrifient. A Colosses est un fleuve où se changent en pierres les briques qu'on y Jette. Dans les mines de Scyros tous les arbres arrosés par les eaux qui y coulent se pétrifient avec leurs branches. Dans les antres du mont Corycus, l'eau qui dégoutte se durcit en pierre. A Mieza, en Macédoine, la goutte d'eau se pétrifie au haut même de la voûte ; à Corycus, elle ne se pétrifie que lorsqu'elle est tombée. Dans certaines cavernes la pétrification se fait des deux façons, et il se forme des colonnes, comme à Phausia, ville de la Chersonèse des Rhodiens, dans une grande grotte; et même ces colonnes sont de différentes couleurs. Pour le moment, ces exemples nous suffiront.

XXI. (III.) 1. Les médecins agitent la question de savoir quelles sont les meilleures eaux. Ils condamnent avec raison les eaux stagnantes et sans mouvement, et pensent que les eaux courantes sont meilleures, et qu'elles deviennent plus légères et plus salubres par leur cours même et leur agitation; aussi suis-je étonné que certains préfèrent les eaux des citernes. La raison que ces derniers donnent, c'est que l'eau de pluie est la plus légère, puisqu'elle a pu monter et rester suspendue dans les airs. Pour le même motif ils préfèrent encore la neige à la pluie, et la glace à la neige, comme étant le dernier terme de l'atténuation en des substances voisines ; ajoutant que l'eau de pluie et l'eau de neige sont les plus légères, que la glace est beaucoup plus légère que l'eau. Il importe, pour le bien des hommes, de réfuter cette opinion.

2. D'abord cette légèreté ne peut guère être reconnue que par la sensation, la pesanteur de toutes les eaux étant à peu près la même. En second lieu, pour l'eau de pluie, ce n'est pas une preuve de légèreté de s'être élevée dans les airs, car on voit des pierres en faire autant (II, 38,3 ) ; et d'ailleurs cette eau en tombant s'imprègne des vapeurs terrestres. Aussi sent-on qu'il se trouve dans l'eau de pluie beaucoup d'impuretés, et elle s'échauffe très promptement. Je m'étonne que la neige et la glace soient regardées comme les parties les plus subtiles de l'eau, à côté du fait de la grêle, dont l'eau, de l'aveu commun, est une boisson très malfaisante. Par opposition, nombre de médecins regardent l'usage des eaux de glace et de neige comme très insalubre, la congélation en ayant chassé les parties les plus ténues.

3.

Au moins est-il certain que tout liquide diminue par la congélation, et que les rosées excessives causent la rouille des grains, et les gelées blanches, la brûlure; or, la rosée et la gelée blanche tiennent de près à la neige. On convient que l'eau de pluie se putréfie très rapidement, et qu'en mer elle se garde très peu. Épigène assure qu'une eau qui, sept fois corrompue, s'est purifiée n'est plus susceptible de se corrompre. Quant à l'eau de citerne, les médecins avouent qu'elle ne vaut rien, et qu'elle cause des engorgements dans le ventre et au cou; ils conviennent encore qu'il n'y en a pas où l'on trouve plus de bourbe et plus d'insectes dégoûtants.

4. Mais, remarquent-ils, il n'en résulte pas que celle des rivières non plus que des torrents soit la meilleure, et plusieurs lacs en ont d'excellente. En certains lieux, il est des eaux de rivière qui sont très bonnes : les rois des Parthes ne boivent que de l'eau du Choaspes et de l'Eulæus, et ils en font porter à leur suite, même dans de longs voyages. Évidemment ce n'est pas comme eau de rivière que cette eau leur plaît, puisqu'ils ne boivent de l'eau ni du Tigre, ni de l'Euphrate, et de tant d'autres fleuves. XXII. 1. Le limon est le défaut des eaux : cependant si une rivière limoneuse est remplie d'anguilles, cela passe pour l'indice que l'eau en est salutaire ; comme aussi c'est une marque de fraîcheur lorsqu'il se produit de petits vers dans une fontaine. Avant tout, on condamne les eaux amères et celles qui, après avoir été bues, gonflent l'estomac, ce qui arrive à Trézène. Quant aux eaux nitreuses et saumâtres, ceux qui gagnent la mer Rouge à travers les déserts les rendent potables en deux heures en y ajoutant de la polenta, et ils n'en mangent pas moins la polenta. On réprouve encore tout à fait les sources qui sont bourbeuses, et celles qui donnent une couleur maladive. Il est bon encore d'observer si elles produisent des taches sur les vases de cuivre, si les légumes s'y cuisent difficilement, si décantées doucement elles laissent un dépôt terreux, si bouillies elles couvrent les vaisseaux d'une croûte épaisse.

2. C'est encore un défaut pour une eau d'avoir non pas seulement une mauvaise odeur, mais une odeur quelconque (XV, 32), quand même cette odeur serait agréable et douce, et approcherait, comme cela arrive souvent, de celle du lait. Une eau pour être salubre doit ressembler autant que possible à l'air. If n'y a, assure t-on, dans l'univers entier qu'une seule source qui ait une odeur agréable : c'est celle de Chabura, en Mésopotamie. La raison qu'en donne la mythologie, c'est que Junon s'y est baignée. Du reste, une eau pour être salubre ne doit avoir ni saveur ni odeur.

XXIII. 1. Quelques uns jugent à la balance de la salubrité des eaux ; vaine recherche, puisqu'il est très rare qu'une eau soit plus légère qu'une autre. Il est une expérience plus sûre : entre des eaux égales d'ailleurs la meilleure est celle qui s'échauffe et se refroidit le plus vite. Bien plus, on affirme que puisée dans des vases que l'on pose à terre elle devient tiède aussitôt. Quelle est donc l'espèce d'eau qui devra être considérée comme la meilleure? Celle des puits; et je vois que c'est ainsi qu'on en use dans les villes, mais de puits où l'eau puisée souvent ne se repose guère et est épurée parla terre, qui la filtre.

2. Ces conditions suffisent pour la salubrité des eaux: quant à la fraîcheur, il faut qu'elles aient de l'ombre, et cependant qu'elles aient de l'air. Il y a surtout à observer une chose dont dépend aussi la durée des eaux vives: c'est que la veine doit partir du milieu de la nappe, et non des côtés du puits. On peut même obtenir par l'art que l'eau soit froide au toucher : il suffit que lancée en l'air, ou tombant de haut, elle frappe l'air et s'en pénètre. En nageant quand on retient son baleine on sent l'eau plus froide. C'est l'empereur Néron qui a Inventé de faire bouillir l'eau, de la mettre dans des flacons de verre, et de la faire rafraîchir dans la neige; de cette façon on a l'agrément de boire frais, sans les inconvénients attachés à l'eau de neige.

3. Au reste, il est certain que toute eau qui a bouilli est meilleure, et, ce qui est une invention très subtile, que l'eau qui a été échauffée se refroidit davantage. Le moyen de corriger de l'eau malsaine est de la faire bouillir jusqu'à réduction de moitié. On arrête les hémorragies en faisant boire de l'eau froide. On ne ressent point la trop grande chaleur du bain si on tient de l'eau dans sa bouche. C'est une expérience familière faite par beaucoup de personnes, que les eaux les plus froides à boire ne le sont pas également au tact, la fraîcheur se rendant sensible tantôt d'une façon, tantôt d'une autre.

XXIV. 1. L'eau la plus célèbre dans tout l'univers, celle à laquelle Rome donne la palme de la fraîcheur et de la salubrité, est l'eau Marcia, accordée à Rome entre autres bienfaits par la faveur des dieux. Elle était nommée autrefois Auféia, et la source même, Pitonia. Elle naît à l'extrémité des montagnes des Péligniens; elle traverse le territoire des Marses et le lac Fucin, se dirigeant, on le voit, vers Rome; puis, se perdant dans des cavernes, elle reparaît dans le territoire de Tibur, et est amenée par un aqueduc de neuf mille pas. Ancus Marcius, un des rois, fut le premier qui entreprit de la conduire à Rome. Quintus Marcius Rex, dans sa préture, fit dans la suite travailler à cette conduite, qui fut une seconde fois rétablie (an de Rome 720 ) par M. Agrippa (XXXVI, 24, 17).

XXV. 1. Le même Agrippa amena encore (an de Rome 735) l'eau Vierge depuis le chemin de traverse qui aboutit à la huitième pierre milliaire, dans l'espace de deux mille pas sur la route de Préneste. Auprès est le ruisseau d'Hercule, qu'elle semble éviter, ce qui lui a fait donner le nom d'eau Vierge.

En comparant ces eaux, on trouve la différence ci-dessus signalée (XXXI, 28) : autant l'eau Vierge est fraîche au tact, autant l'eau Marcia l'est à boire. Au reste, depuis longtemps l'agrément de l'une et de l'autre est perdu pour Rome : l'ambition et l'avarice détournent dans les maisons de campagne et dans les faubourgs ce qui est un bien commun.

XXVI. 1. Il ne sera pas hors de propos de joindre à ceci la manière de rechercher les eaux. On les trouve généralement dans les vallées, soit à l'intersection des pentes, soit au pied des montagnes. Plusieurs ont cru que toutes les parties septentrionales étaient aquatiques. Sur ce point il convient d'exposer les diversités de la nature. Dans les montagnes de l'Hyrcanie il ne pleut pas du côté du midi ; aussi ne sont-elles boisées que du côté du nord. Mais l'Olympe, l'Ossa, le Parnasse, les Apennins, les Alpes, sont boisés de tous les côtés et arrosés par des cours d'eau. Quelques montagnes sont boisées du côté du midi, comme en Crète les montagnes Blanches : il n'y a donc rien de constant à cet égard.

XXVII. 1. Les indices des eaux sont les joncs, ou les roseaux, ou l'herbe dont nous avons parlé (XXVI, 16), ou les grenouilles demeurant longtemps posées sur le ventre en un même lieu. Quant au saule erratique, à l'aune, au vitex, au roseau, au lierre, qui viennent spontanément, et qui sont arrosés par l'eau de pluie descendant des hauteurs dans les bas-fonds, ce sont des indices trompeurs. Un indice beaucoup plus sûr, c'est une exhalaison nébuleuse visible de loin avant le lever du soleil; quelques-uns l'observent d'un lieu élevé, couchés sur le ventre, et touchant la terre du menton. Il est encore un moyen particulier, connu seulement des gens experts : au plus fort de l'été et aux heures du jour les plus chaudes, on examine comment le soleil est réfléchi en chaque endroit :

2. si malgré la sécheresse générale de la terre un endroit a quelque humidité, on est sûr d'y trouver de l'eau. Mais cette recherche est fatigante pour les yeux, et y cause de la douleur. Pour éviter cet inconvénient, on a recours à d'autres épreuves : on creuse, dans un lieu, à une profondeur de cinq pieds; on couvre ce trou avec des pots de terre crue ou avec un bassin de cuivre frotté d'huile; on met une lampe allumée, qu'on renferme dans une niche faite de feuillage et de terre. Si le pot de terre est humide ou fêlé, si le vase d'airain est mouillé, si la lampe s'est éteinte sans avoir manqué d'huile, ou si même une toison de brebis qu'on y aura placée se trouve humide, on promet de l'eau sans aucun doute. Quelques-uns allument d'abord un feu sur la place avant de faire le trou, ce qui rend l'expérience des vases encore plus concluante.

XXVIII. 1. Le creusement même du sol Indique la présence des eaux, en offrant, soit des veines blanchâtres, soit une masse uniformément glauque. Dans la couche noire on ne trouve guère de sources permanentes. La terre à potier enlève toujours l'espérance d'en rencontrer, et alors on ne creuse pas plus avant. Ceux qui ont étudié les couches de la terre demandent qu'elles offrent à partir de la couche noire l'ordre indiqué ci-dessus. L'eau est toujours douce dans une terre argileuse; elle est plus froide dans le tuf, qui d'ailleurs est un fond qu'on aime à rencontrer: en effet, il rend les eaux douces et très légères, et, comme un filtre, il en retient toutes les impuretés. Le sable ne fait espérer que de petits filets et des eaux limoneuses.

2. Le gravier donne des veines peu sûres, mais de bonne qualité. Le sable mâle, le sablon et l'espèce appelée charbonnée (XVII, 3, 4) donnent certainement des eaux permanentes et salubres. Les rocailles rouges donnent des espérances très assurées, et l'eau qu'elles fournissent est excellente. Les racines pierreuses des montagnes et le silex en donnent aussi, qui de plus sont froides. Il faut qu'en fouillant on rencontre des couches de plus en plus humides, et que les outils pénètrent de plus en plus facilement. Dans les puits profonds les substances sulfureuses ou alumineuses qui se rencontrent tuent les mineurs ; on reconnaît le danger quand une lampe qu'on y introduit allumée s'éteint:

3. alors près du puits, à a droite et à gauche, on creuse des soupiraux qui reçoivent ces exhalaisons dangereuses. Indépendamment de ces qualités malfaisantes, l'air devient malsain par la seule profondeur du puits; on y remédie par une ventilation qu'on pratique en agitant continuellement des linges. Quand on est arrivé jusqu'à l'eau, on construit sans ciment le mur du puits, pour qu'elle puisse passer en liberté. Certaines eaux dont la source n'est pas dans un lieu élevé sont plus froides au commencement du printemps : elles sont en effet alimentées par les pluies d'hiver. D'autres, au contraire, sont plus froides au lever du Chien; ces deux particularités se voient à Pella, en Macédoine :

4. au-devant de la ville est une source de marais qui est froide au commencement de l'été; et dans les lieux élevés de la ville est une source glacée au plus fort de-la chaleur. On observe la même chose à Chios : les eaux du port et celles de la ville sont dans le même rapport que pour le cas précédent. A Athènes, la fontaine Ennéacrunos (IV, 11) est plus froide dans les étés nuageux que le puits du jardin de Jupiter, mais ce puits est très froid dans les sécheresses; (IV.) les puits le sont surtout vers le lever d'Arcturus (XVIII, 74); l'eau n'y manque point dans l'été même, mais elle s'arrête pendant les quatre jours de cette constellation. Plusieurs puits manquent d'eau pendant tout l'hiver, par exemple aux environs du mont Olympe, où l'eau revient avec le printemps.

5. En Sicile, aux environs de Messine et de Myles, les sources tarissent complètement pendant l'hiver; en été elles débordent et forment une rivière.

A Apollonie du Pont on voit près de lamer une fontaine qui ne coule que pendant l'été, et principalement vers le lever du Chien; si l'été est froid elle est moins abondante. Certaines terres deviennent plus sèches par les pluies, comme dans le territoire de Narni; ce que M. Cicéron a inséré dans son livre Sur les choses admirables, disant que la sécheresse y produit de la boue, et la pluie de la poussière.

XXIX. 1. Toute sorte d'eau est plus douce en hiver et moins en été, beaucoup moins en automne, encore moins dans les sécheresses. Les eaux des rivières n'ont pas non plus toutes le même goût, le lit où elles coulent faisant de grandes différences. En effet, les eaux sont telles que le sol qu'elles traversent et que le suc des végétaux qu'elles arrosent (II, 106, n° 12). Aussi une rivière peut-elle se trouver insalubre en quelques endroits de son cours. Il arrive aussi que les affluents en changent le goût, comme pour le Borysthène, en se mêlant dans le fleuve qui les absorbe. Les pluies même font changer le goût de quelques rivières. Il est arrivé trois fois, au Bosphore, que des pluies salées ont fait mourir les céréales; trois fois aussi les pluies ont répandu sur les champs arrosés par le Nil une amertume qui a causé un désastre en Égypte.

XXX. 1. Souvent, après qu'on a coupé des bois, naissent des sources que les arbres consommaient pour leur nourriture: par exemple sur le mont Hémus, lorsque Cassandre assiégeait les Gaulois, qui coupèrent une forêt pour se faire un retranchement. Souvent, en abattant les bois qui couvraient une colline, et qui retenaient les nuages et s'en alimentaient, on a vu se former des torrents désastreux. il est important, pour avoir des eaux, de cultiver et de remuer la terre, de détruire les duretés de la couche supérieure : du moins on rapporte que, dans la Crète, une ville nommée Arcadia ayant été rasée, les sources et les cours d'eau qui étaient abondants en cette contrée se tarirent; la ville ayant été rebâtie au bout de six ans, les eaux reparurent au fur et à mesure de la culture des terres.

2. (V.) Les tremblements de terre font jaillir et engloutissent des eaux (u, 84), phénomène qui est certainement arrivé cinq fois aux environs du Phénée,dans l'Arcadie. De même, sur le mont Corycus, on vit surgir une rivière, et dans la suite la montagne put être cultivée. Ces changements sont très surprenants quand on n'en aperçoit aucune cause apparente, comme à Magnésie, où des eaux chaudes devinrent froides sans perdre le goût de sel qu'elles avaient; et en Carie, là où est le temple de Neptune, une rivière, de douce qu'elle était, devint entièrement salée. Voici encore des particularités merveilleuses: à Syracuse, la fontaine d'Aréthuse (III, 14, 3) a un goût de fumier pendant la célébration des jeux Olympiques, ce qui vraisemblablement provient de ce que l'Alphée pénètre dans la Sicile par-dessous le fond de la mer. Une source, dans la Chersonèse des Rhodiens, rejette des impuretés tous les neuf ans.

3. Les eaux changent même de couleur : à Babylone, un lac a l'eau rouge pendant onze jours. Durant l'été, le Borysthène coule bleu, quoique les eaux de ce fleuve soient les plus légères de toutes, et, pour cette raison, surnagent sur celles de l'Hypanis; mais, nouvelle singularité, l'eau de l'Hypanis surnage à son tour, lorsque souffle le vent du midi. Une autre preuve de la légèreté des eaux du Borysthène, c'est qu'il n'exhale pas de brouillards, pas même de vapeurs. Les auteurs qui se piquent d'exactitude au sujet des eaux prétendent qu'elles deviennent plus pesantes après le solstice d'hiver.

XXXI. (VI.) 1. Au reste, pour conduire les eaux d'une source, ce qu'il y a de mieux ce sont des tuyaux de terre de deux doigts d'épaisseur, emboîtés les uns dans les autres, de manière que le premier entre dans le suivant, et enduits de chaux vive détrempée d'huile. La pente doit être au moins de la quatrième partie d'un pouce sur cent pieds. Si la conduite est construite en pierre, il doit y avoir des soupiraux de deux en deux actus (XVIII, 3, 1). Quand il faut faire monter l'eau, on emploie des tuyaux de plomb;. elle s'élève à la hauteur de sa source; si elle vient de loin, il faut la faire souvent monter et descendre, pour qu'elle ne perde pas son impulsion.

2. La juste mesure des tuyaux est de dix pieds de long; s'ils sont de cinq doigts, ils doivent peser soixante livres; si de huit doigts, cent livres; si de dix, cent vingt; et ainsi de suite. On appelle tuyau de dix doigts celui dont la lame, avant d'être roulée, a dix doigts de large. La moitié de cette largeur donne le tuyau de cinq doigts. Dans toutes les courbures d'un terrain montueux il faut employer des tuyaux de cinq doigts pour dompter l'impétuosité. de l'eau : on construira aussi des regards, autant qu'il en sera besoin.

XXXII. 1. Je m'étonne qu'Homère n'ait pas fait 1 mention des eaux thermales, lui qui, d'ailleurs, parle souvent de bains chauds; c'est qu'apparemment on n'usait pas alors de la ressource médicale qu'offrent les eaux thermales. Les eaux sulfureuses sont bonnes pour les nerfs; les eaux alumineuses, pour la paralysie ou autre résolution nerveuse; les eaux bitumineuses ou nitreuses, telles que celles de Cutilie (III, 17, 3), se prennent en boisson et sont purgatives.

2. Bien des gens se piquent d'endurer pendant plusieurs heures la chaleur des eaux thermales ; cela est très pernicieux, car il n'y faut guère rester plus de temps que dans le bain ordinaire; puis on doit faire une lotion avec de l'eau froide simple, et ne pas s'en aller sans se faire frotter d'huile.

On regarde généralement cette dernière précaution comme étrangère à l'objet du bain; aussi n'est-on nulle part plus exposé aux maladies, d'autant que l'odeur que ces eaux exhalent abondamment porte à la tête, laquelle, étant en sueur, est exposée au froid, tandis que le reste du corps est immergé. C'est par une erreur semblable qu'on se fait gloire de boire beaucoup d'eau minérale. J'ai vu des gens gonflés à force d'en boire, et dont la peau était tellement tendue qu'elle recouvrait leurs bagues, parce qu'ils ne pouvaient rendre la quantité d'eau qu'ils avaient avalée. On ne doit pas en boire beaucoup sans prendre en même temps fréquemment du sel.

3. La boue même des sources minérales est salutaire; mais il faut, après s'en être frotté, la laisser sécher au soleil. On ne doit pas regarder comme médicinales toutes les eaux chaudes, par exemple celles de Ségeste en Sicile, de Larisse, de la Troade, de Magnésie, de Mélos, de Lipari. Beaucoup ont pensé, à tort, que lorsqu'elles sont médicamenteuses elles altèrent la couleur de l'airain et de l'argent; car les eaux de Padoue ne produisent aucun de ces effets, et l'on n'y sent même aucune odeur qui les distingue de l'eau commune.

XXXIII. 1. On emploiera en médecine, de la même manière, l'eau de mer. On la fait chauffer pour les douleurs de nerfs, pour la réunion des fractures, pour les os contais, et aussi pour rendre le corps plus sec. Pour ce dernier effet on se sert également de l'eau de mer froide. On tire encore bien d'autres secours de la mer. Le principal est la navigation pour les phtisiques, comme nous l'avons dit (XXIV, 19; XXVIII, 14 ), ou pour les hémoptoïques, ce dont Annœus Gallion a tout récemment usé après son consulat. En effet, on s'embarque pour l'Égypte non en raison du pays même, mais en raison de la longueur du voyage.

2. De plus, les vomissements causés par le mouvement du vaisseau sont favorables dans plusieurs maladies de la tête, des yeux, de la poitrine, et dans toutes celles pour lesquelles on prend l'elIébore. Les médecins regardent l'eau de mer seule comme efficace pour résoudre les tumeurs, et, bouillie avec de la farine d'orge, pour résoudre les parotides. On la mêle encore dans les emplâtres, surtout les emplâtres blancs, et dans les cataplasmes. Elle est bonne, employée en douches. On l'administre aussi, quoiqu'elle fasse mal à l'estomac, comme purgative, et pour faire rendre par haut ou par bas la bile noire et les grumeaux de sang.

3. Quelques-uns la prescrivent à l'intérieur dans les fièvres quartes, et la donnent gardée depuis longtemps, et dépouillée par là de ses qualités malfaisantes, dans le ténesme et les affections articulaires. D'autres la prescrivent bouillie. Tous veulent qu'elle soit puisée au large, et pure du mélange d'aucune substance douce, et que l'on vomisse avant d'en faire usage. Ils y font alors mêler du vinaigre ou du vin. Ceux qui la donnent pure recommandent de manger par-dessus des raiforts avec du vinaigre miellé, pour faciliter le vomissement. On donne aussi l'eau de mer tiède en lavement. Il n'est rien qu'on lui préfère pour fomenter les testicules tuméfiés, ainsi que les engelures, avant l'ulcération. On l'emploie de même pour les démangeaisons, les affections psoriques et le lichen. Elle détruit les lentes et la vermine de la tête.

4. Elle ramène à la couleur naturelle les parties livides. Dans ces traitements, il est très avantageux de faire, après l'eau de mer, des fomentations avec le vinaigre chaud. On la regarde aussi comme salutaire pour les piqûres venimeuses, telles que celles de l'araignée phalange et du scorpion, et contre la bave de l'aspic ptyas (cracheur). Dans ces cas, on l'emploie chaude. On en fait des fumigations avec le vinaigre, pour les douleurs de tète. Donnée chaude, en lavement, elle calme les tranchées et le choléra. Après un bain d'eau de mer chaude, on se refroidit plus lentement. L'usage des bains de mer guérit lés gonflements des mamelles, les douleurs d'entrailles et la maigreur du corps. La vapeur de l'eau de mer bouillante, avec du vinaigre, s'emploie pour la dureté d'ouïe et les douleurs de tète. L'eau de mer nettoie promptement la rouille du fer. Elle guérit aussi la gale des moutons, et en assouplit la laine.

XXXIV. 1. Je n'ignore pas que ces détails peuvent paraître inutiles à des gens qui vivent au milieu des terres. Mais l'industrie y a pourvu en mettant chacun en état de faire de l'eau de mer. Ce qu'il y a de singulier dans cette invention, c'est que si l'on met plus d'un setier de sel dans quatre setiers d'eau l'eau est vaincue, le sel ne se fond pas. Au reste, un setier de sel sur quatre setiers d'eau représente les propriétés et la force de l'eau de mer la plus salée; maison pense que la dose la plus convenable est. de mettre dans la même quantité d'eau seulement huit cyathes de sel (0 lit., 36). Ainsi préparée, l'eau échauffe les nerfs sans irriter le corps. XXXV. 1. On fait vieillir encore ce qu'on appelle le thalassomeli, liqueur préparée avec parties égales d'eau de mer, de miel et d'eau de pluie. Pour cet usage on prend aussi l'eau de mer au large. On conserve le thalassomeli dans un vase de terre goudronné. C'est un très bon purgatif, qui ne fatigue pas l'estomac; le goût et l'odeur en sont agréables.

XXXVI. 1. L'hydromel (XIV, 20; XXII, 51 ) se faisait aussi jadis avec l'eau de pluie pure et du miel. Aux malades qui désiraient du vin, on le donnait à titre de boisson plus innocente. Depuis longtemps ce breuvage est condamné : il a les mêmes inconvénients que le vin, sans en avoir les avantages. XXXVII. 1.

Comme souvent les navigateurs souffrent du manque d'eau douce, nous indiquerons les moyens d'y suppléer : On étend autour du navire des toisons qui s'humectent en recevant les exhalaisons de la mer, et on en exprime l'eau, qui est douce; on plonge encore dans la mer, avec des filets, des boules de cire creuses ou des vases vides et bouchés : il se rassemble de l'eau douce à l'intérieur. Le fait est que sur terra on adoucit l'eau de mer en la filtrant dans l'argile. En nageant dans quelque eau que ce soit, hommes et quadrupèdes se remettent très facilement les articulations luxées. Les voyageurs ont aussi la crainte d'altérer leur santé en buvant des eaux qui leur sont inconnues : ils en font l'épreuve en avalant froide, aussitôt après la sortie du bain, l'eau suspecte.

XXXVIII. 1. La mousse marine forme un bon topique pour la goutte. Avec de l'huile on s'en sert pour la douleur et le gonflement des pieds. L'écume de l'eau de mer, employée en frictions, fait disparaître les verrues. Le sable des bords der la mer, surtout fin et échauffé par le soleil, est excellent pour dessécher le corps, que l'on en. couvre entièrement, des hydropiques et des rhumatisants. En voilà assez sur les eaux ; parlons maintenant des, productions aquatiques. Nous commencerons, comme nous avons fait jusqu'ici, par les substances principales, qui sont le sel et l'éponge.

XXXIX. (VII.) 1. Tout sel est natif ou factice; l'un et l'autre se forment de plusieurs manières, mais proviennent de l'une de ces deux causes: la condensation ou la dessiccation du liquide. L'eau, dans le lac de Tarente, est desséchée par le soleil d'été; et toute cette pièce d'eau, peu profonde du reste, puisqu'on n'y enfonce que jusqu'au genou, est changée en sel. Il en est de même en Sicile d'un lac nommé Cocanicus, et d'un autre, voisin de Géla. Pour ces deux lacs, il n'y a que les bords qui se dessèchent, au lieu qu'en Phrygie, en Cappadoce, à Aspendus, la dessiccation est plus étendue, et va jusqu'à la partie moyenne du marais salant. Il y a encore une chose admirable en cela : c'est qu'autant on enlève de sel pendant le jour, autant il s'en reforme pendant la nuit. Toute cette espèce de sel est en grain, et non en bloc.

2. Les eaux de mer produisent spontanément un autre sel par l'écume qu'elles lais. sent à l'extrémité du rivage et des rochers. Tout ce sel est condensé par la rosée, et celui qu'on ramasse sur les rochers est le plus âcre. Il y a encore trois différences naturelles : dans la Bactriane sont deux grands lacs, l'un du côté de la Scythie, l'autre du côté de l'Arie, qui sont pleins de sel. Auprès de Citium, dans l'île de Chypre, et dans les environs de Memphis, on tire d'un lac le sel qu'on fait sécher au soleil. Ailleurs la surface des fleuves se condense en sel, tandis que le reste de l'eau coule sous cette croûte, comme sous la glace; telles sont, près des portes Caspiennes, les eaux nommées Rivières de sel. Ou voit la même chose chez les Merdes et les Arméniens. De plus, dans la Bactriane, les fleuves Ochus et Oxus charrient beaucoup de sel des montagnes situées sur leurs bords. Il y a en Afrique des lacs troubles qui donnent du sel. Il y a même des sources chaudes qui en donnent, comme à Pagasa. Voilà les espèces de sel qui proviennent spontanément des eaux.

3. Certaines montagnes produisent aussi du sel natif, comme dans les Indes l'Oroménus, où il se taille comme des pierres dans une carrière; il se reproduit à mesure, et c'est pour les souverains la source d'un revenu plus considérable que l'or et les perles. On en tire encore de la terre, où il se forme, cela est évident, par la condensation du liquide, exemple la Cappadoce. Là on le coupe par lames comme la pierre spéculaire; les blocs sont très-pesants; on les appelle communément mica. A Gerrhes, ville d'Arabie, les remparts et les maisons sont construits avec des blocs de sels (VI, 32, 6) que l'on cimente en les mouillant. Le roi Ptolémée trouva du sel auprès de Pélusium, dans un campement qu'il y fit.

4. D'après cet exemple, on en a recherché et trouvé entre l'Égypte et l'Arabie, dans les lieux arides, au-dessous du sable. On en rencontre également dans les déserts de l'Afrique, jusqu'à l'oracle d'Ammon ; là le sel croît pendant la nuit avec la lune. Quant à la Cyrénaïque, elle est célèbre par le sel ammoniac, appelé ainsi parce qu'on le trouve sous le sable (ἄμμος, sable): il e la couleur de l'alun schiste; il est en longues aiguilles non très brillantes, d'un goût désagréable, mais utile en médecine.

5. On estime surtout celui qui est transparent, et dont les scissures sont en ligne droite. On rapporte sur ce sel un phénomène remarquable : très léger dans l'endroit où il se forme, il augmente, dès qu'il est exposé au grand jour, en poids d'une manière à peine croyable. La cause en est évidente : la vapeur humide des excavations facilite, comme le ferait de l'eau, l'enlèvement de ce sel. Ou le sophistique avec le sel de Sicile, que nous avons appelé Cocanicus, et avec celui de Chypre, qui lui ressemble beaucoup. Dans l'Espagne citérieure, à Egélaste, on extrait un sel à blocs presque transparents et auquel, depuis longtemps, la plupart des médecins donnent la préférence sur toutes les autres espèces. Tout lieu où l'on trouve du sel est frappé de stérilité et ne produit rien.

6. Voilà tout ce qu'il y a de sels natifs. Quant au sel factice, il est de diverses sortes. Le sel commun, et le plus abondant, se fait dans les salines avec l'eau de la mer qu'on y répand, non sans y faire arriver de l'eau douce, mais surtout avec le secours de la pluie et beaucoup de soleil, sans quoi le sel ne sécherait pas.

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