Naturalis Historia (page 4)

Pline l'Ancien · Arts Libéraux

Texte français, domaine public · Source : remacle.org · 27 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XXI. [1] L'Eubée elle-même a été arrachée de la Béotie; l'Euripe qui l'en sépare est si étroit, que les deux rives sont jointes par un pont; du côté du midi elle a deux promontoires, Geraeste qui regarde l'Attique, et Capharée, qui regarde l'Hellespont; du côté du nord elle offre le promontoire Cénée. En aucun point cette île ne s'élargit au-dessus de 40.000 pas, ni ne se rétrécit au-dessous de 2.000; elle s'étend depuis l'Attique jusqu'à la Thessalie, le long de toute la Béotie;

[2] elle a dans ce sens 150.000 pas, et de tour 365.000; elle est, du côté du cap Capharée, à 225.000 pas de l'Hellespont; jadis célèbre par les villes de Pyrrha, Porthmos, Nésos, Cérinthe, Orée, Dium , Aedepse, Ocha, Oechalie, elle a aujourd'hui Chalcis, en face de laquelle est Aulis sur le continent, Géraeste, Erétrie, Caryste, Oritanum, Artemisium, la fontaine Aréthuse, le fleuve Lélantus, et les eaux chaudes qui sont appelées Ellopies. Elle est célèbre surtout par le marbre de Caryste.

[3] Elle fut appelée jadis Chalcodotis ou Macris, d'après Dionysius et Éphore; Macra, d'après Aristide; d'après Callidème, Chalcis, parce que ce fut le lieu où l'on trouva d'abord du cuivre; Abantias, d'après Ménaechme; chez les poètes elle porte ordinairement le nom d'Asopis.

XXII. [1] En dehors de cette île, dans la mer Myrtroenne, on en trouve beaucoup d'autres dont les plus célèbres sont Glauconnesos et Aegilie. Du côté du promontoire de Géraeste on trouve les Cyclades, rangées en rond autour de Délos, disposition d'où elles ont pris ce nom (kuklos, cercle) : la première est Andros avec sa ville; elle est éloignée de Géraeste de 10.000 pas, et de Céos de 39.000; d'après Myrsile, elle fut surnommée Cauros, puis Antandros; d'après Callimaque, Lasia; d'après d'autres, Nonagria, Hydrussa, Epagris; elle a de tour 96.000 pas. A 1.000 pas d'Andros et à 15.000 de Délos est Ténos, avec sa ville; elle s'étend dans une longueur de 15.000 pas; d'après Aristote, elle fut appelée Hydrussa à cause de l'abondance de ses eaux; d'après d'autres, Ophiussa.

[2] Les autres îles sont : Mycone, avec le mont Dimaste, à 15.000 pas de Délos; Siphnos, appelée auparavant Méropie et Acis, de 28.000 pas de tour; Sériphe, de 12.000; Prépésinthus, Cythons; Délos, la plus renommée des Cyclades, placée au milieu des autres, célèbre par le temple d'Apollon et par le marché qui s'y tient;

[3] après avoir été longtemps flottante, elle est, dit-on, la seule qui n'ait point éprouvé de tremblements de terre ; mais Mucianus a rapporté qu'elle en avait ressenti deux secousses jusqu'au temps de M. Varron. Aristote dit qu'elle a été nommée Délos (dehlos, apparent) parce qu'elle apparut soudain a la surface des eaux ; d'après Aeglosthènes, elle a eu le nom de Cynthie ; d'après d'autres, ceux d'Ortygie, d'Astérie, de Lagie, de Chlamydie, de Cynaethe, de Pyrpilè, à cause de la découverte du feu qui y fut faite; elle a 5.000 pas de tour; le mont Cynthus s'y élève.

[4] La plus voisine de Délos est l'île de Rhéné, qu'Anticlides appelle Céladussa, et Hellanicus, Artémis ; puis Syros, à laquelle les anciens ont donné 20.000 pas de tour, et qui en a, d'après Mucianus, 160.000; Oliaros; Paros avec sa ville, à 38.000 pas de Délos, célèbre par son marbre, appelée d'abord Platéa, puis Minoïs;

[5] à 7.500 pas de Paros, à 18.000 de Délos, Naxos avec sa ville; elle a été appelée Strongylé, puis Dia, puis Dionysias, à cause de la richesse de ses vignobles; par d'autres, la petite Sicile ou Gallipolis: elle a 75.000 pas de mur, et est moitié plus grande que Paros.

XXIII. [1] Toutes ces îles appartiennent aux Cyclades: celles qui suivent sont les Sporades : Hélène, Phacussa, Nicasie, Schinussa, Pholégandros; Icaros, à 17.000 pas de Naxos; elle a donné son nom a la mer Icarienne; elle a 17.000 pas de long, deux villes; elle en a perdu une troisième; auparavant elle s'est appelée Doliché, Macris, et Ichthyoessa;

[2] elle est située au lever solsticial (sud-est) de Délos à 55.000 pas, et est à 35.000 de Samos; entre l'Eubée et Andros il y a un canal de 10.000 pas; d'Icaros à Géraeste, en Eubée, il y en a 112.500. Pour le reste on ne peut plus garder d'ordre; je les nommerai donc pêle-mêle : Scyros; Ios, à 24.000 pas de Naxos, respectable par le tombeau d'Homère, longue de 25.000 pas, appelée auparavant Phoenice; Odia; Létandros; Gyaros avec sa ville, 12.000 pas de tour, éloignée d'Andros de 62.000 pas;

[3] Syrnos, à 80.000 pas de Gyaros; Cynaethus ; Télos, célèbre par les parfums qu'on y fabrique (XIII, 2), appelée Agathussa par Callimaque; Donusa; Patmos, de 30.000 pas de tour; les Corasiennes, Lébinthus, Leros, Cinara; Sicinus appelée auparavant Oenoé; Hiéracia ou Onus; Casus ou Astrabé; Cimolus ou Echinussa; Mélos avec sa ville, île appelée par Aristide Byblis, par Aristote Zéphyrie, par Callimaque Mimallis, par Héraclide Siphnus et Acytos;

[4] c'est la plus ronde des îles ; puis Machie; Hypère, jadis Patagé ou Platagé, maintenant Amorgos; Polyaegos; Phylé; Théra, appelée Calliste lorsqu'elle sortit pour la première fois du sein des eaux ; Thérasia, arrachée de Théra par une commotion; Automaté ou Hiéra (II, 89), née postérieurement entre Théra et Thérasla ; et Thia, née de notre temps à côté de la même Hiéra. Ios est à 25.000 pas de Théra.

[5] Suivent Léa, Ascanie, Anaphé, Hippuris, Astypalée, cité libre, de 88.000 pas de tour, éloignée de Cadistus en Crète, de 125.000; Platée, à 60.000 pas plus loin; Camina, à 38.000 de cette dernière; Azibintha, Lanise, Tragie, Pharmacusa, Téchédie, Chalcie; Calydna, où est la ville de Coos; Calymna, éloignée de 25.000 pas de Carpathos, qui a donné son nom à la mer Carpathienne;

[6] à 50.000 pas de là, dans la direction du vent Africus, Rhodes; 7.000 de Carpathos à Casos; de Casos au promontoire Sammonien, en Crète, on en compte 30.000. Dans l'Euripe d'Eubée, à peu près à l'entrée, sont les quatre îles Pétaliennes, et, à la sortie, l'île Atalante. Les Cyclades et les Sporades, renfermées à l'orient par la rive asiatique de la mer Icarienne, à l'occident par les rives attiques de la mer de Myrtoenne, au nord par la mer Égée, au midi par la mer de Crète et par la mer Carpathienne, sont répandues sur une étendue de 100.000 pas en longueur et de 200.000 en largeur.

[7] Le golfe de Pagase (IV, 15 ) a en face Eutychie, Cicynèthe, Scyros, sus-nommée, mais en dehors des Cyclades et des Sporades; Gérontia et Scandila. Le golfe Thermalique a Irrhésia, Solimnia, Eudémla, Néa, consacrée à Minerve. Le mont Athos en a devant lui quatre : Péparèthe, appelée jadis Evoenus, avec sa ville, de 9.000 pas ; Sciathos, de 15.000;

[8] Imbros, de 88.000, avec sa ville, à la distance de 25.000 pas de Mastusia en Chersonèse, ayant de tour 72.000, arrosée par le fleuve Ilissus: à 22.000 d'Imbros, et à 87.000 du mont Athos, Lemnos, de 112.500 de tour, ayant les villes Hephaestie et Myrine, sur la place publique de laquelle l'Athos, au solstice d'été, projette son ombre;

[9] à 5.000 pas de Lemnos, Thasos, libre, appelée jadis Aeria ou Aethria, d'où on compte jusquà Abdère (IV, 18), sur le continent, 22.000 pas, et jusqu'à l'Athos 62.000. A la même distance, l'île de Samothace, libre, placée en face de l'embouchure de l'Hèbre, à 32.000 d'Imbros, à 22.500 de Lemnos, à 38.000 de la côte de la Thrace, ayant 32.000 pas de tour, renfermant le mont Saoces, qui s'élève à une hauteur de 10.000 pas, la plus dépourvue de ports de toutes ces îles, appelée par Callimaque de l'ancien nom de Dardanie; entre la Chersonèse et Samothrace, à environ 16.000 pas de l'une et de l'autre, Halonesos ; au delà Gethone, Lamponie, Alopéconnésos, non loin de Coelos, qui est un port de la Chersonèse, et quelques autres sans renom.

[10] Citons encore, dans ce golfe, parmi les îles désertes, celles dont j'ai pu du moins trouver les noms : Desticos, Larnos, Cyssiros, Carbrusa, Calathus, Scylla, Draconon, Arconesus, Diethusa, Scapos, Capheris, Mesate, Aeantion, Pateronneos, Pateria, Caathe, Neriphus, Polendos.

XXIV. [1] Le quatrième des grands golfes de l'Europe commence à l'Hellespont, et finit à l'entrée du Palus-Méotide. Mais il faut résumer brièvement la forme du Pont-Euxin tout entier, afin d'en faire connaître plus facilement les parties. C'est une vaste mer étendue au pied de l'Asie, et repoussée de l'Europe par le prolongement des côtes de la Chersonèse; elle entre dans les terres par un étroit passage ne séparant l'Europe de l'Asie que par un intervalle de sept stades, comme il a été dit (IV, 18, 11).

[2] L'entrée de ce détroit s'appelle Hellespont; c'est la que Xerxès, roi de Perse, ayant jeté un pont de vaisseaux, fit passer son armée. De ce point s'allonge un mince bras de mer dans un espace de 86.000 pas jusqu'à Priape, ville d'Asie, où prit terre Alexandre le Grand ; à partir de cet endroit, la mer s'élargit pour se resserrer de nouveau; la partie large s'appelle Propontide, le nouveau détroit, Bosphore de Thrace; il est large de 500 pas; Darius, père de Xerxès, y jeta un pont sur lequel ses troupes passèrent. La longueur entière depuis l'Hellespont est de 239.000 pas.

[3] Puis une vaste mer, le Pont-Euxin, appelé jadis Axenus (inhospitalier), envahit les terres qui fuient au loin. Creusant profondément ses rivages, il se courbe en arrière en un croissant assez étendu des deux côtés pour représenter complètement la figure d'un arc scythique. Dans le milieu de la courbure, il communique avec l'ouverture du Palus-Méotide. Cette ouverture s'appelle Bosphore Cimmérien, elle a 2.500 pas de large.

[4] Entre les deux Bosphore, celui de Thrace et celui de Cimmérie, il y a, en droite ligne, 500.000 pas, d'après Polybe. Le tour du Pont-Euxin entier est de 2.150.000, d'après Varron et presque tous les anciens. Comélius Népos ajoute à cette évaluation 350.000 pas; Artémidore la porte à 2.919.000, Agrippa à 2.460.000, Mucianus à 2.425.000. De la même façon, pour le côté de l'Europe, les uns l'ont évalué à 1.478.500, les autres à 1.172.000. M. Varron le mesure ainsi qu'Il suit : de l'embouchure du Pont à Apollonie, 187.500; autant jusqu'à Calatis; jusqu'à l'embouchure de l'Ister, 125.000;

[5] jusqu'au Borysthène,250.000; jusqu'à Cherronésus (IV, 26), ville des Héracléotes, 375.000; jusqu'à Panticapée, que quelques-uns appellent Bosphorus, dernière ville sur la côte d'Europe, 212.500 pas; sommes partielles qui font 1.337.500 pas. Agrippa compte, de Byzance au fleuve Ister, 560.000 pas, de là à Panticapée 635.000.

[6] Le Palus-Méotide lui-même, recevant le Tanaïs qui descend des monts Riphées, et qui est la dernière limite connue entre l'Europe et l'Asie, passe pour avoir 1.406.000 pas de tour, suivant d'autres 1.225.000. Du Bosphore Cimmérien à l'embouchure du Tanaïs, il est certain que la distance est, en droite ligne, de 385.000 pas. La habitants des rives du quatrième golfe (12) de l'Europe ont été énumérés, à propos de la Thrace, jusqu'à Istropolis ; là sont les bouches de l'Ister.

[7] Ce fleuve, né en Germanie dans les sommités du mont Abnoba, en face de Rauricum (IV, 32), ville gauloise, traverse bien des milles au delà des Alpes et d'innombrables stations, sous le nom de Danube. Ses eaux grossissent immensément; il prend le nom d'Ister dès qu'il entre en Illyrie, et reçoit soixante rivières, dont la moitié environ sont navigables: il se jette par six bras considérables dans le Pont-Euxin. Le premier bras est dit bras de Peucé, à cause de l'île de Peucé, dont il est le plus voisin; il s'absorbe dans un grand marais de 49.000 pas de long;

[8] le même bras, au-dessus d'Istropolis, forme un lac de 63.000 pas de tour, qu'on appelle Halmyris. Le second bras se nomme Naracustoma; le troisième, Calonstoma auprès de l'île Sarmatique; le quatrième, Pseudostomon, avec l'île (13) appelée Conopon Diabasis (passage des Mouches); puis Boreostoma et Spireostoma. Et ces six bouches sont toutes si considérables, que l'amertume de la mer est, dit-on, vaincue, et l'eau douce à boire dans un espace de 40.000 pas.

XXV. [1] A partir de là, en général, ce sont toutes nations scythiques; cependant le littoral a été occupé par des races diverses, tantôt par les Gètes, appelés Daces par les Romains; tantôt par les Sarmates, que les Grecs appellent Sauromates, et par les Hamaxobiens ou les Aorses, branches sarmatiques; tantôt par les Scythes dégénérés et issus d'esclaves, ou par les Troglodytes; puis par les Alains et les Rhoxalans. Dans les parties supérieure entre le Danube et la forêt Hercynienne, jusqu'aux camps d'hiver de Carnunte en Pannonie et jusqu'à cette frontière germanique, les campagnes et les plaines sont possédées par les Sarmates Jazyges, les montagnes et les forêts par les Daces, qui ils ont repoussés jusqu'au fleuve Pathissus.

[2] En face, à partir du Marus ou de la Duria, quel que soit celui de ces deux fleuves qui les sépare des Suèves et du royaume de Vannius, sont les Basternes et d'autres Germains. Agrippa évalue toute cette région, depuis le Danube jusqu'à l'Océan, à 2.100.000 pas en longueur, et à 404.400 en largeur depuis les déserts de la Sarmatie jusqu'à la Vistule. Le nom de Scythes s'est étendu à tous les Sarmates et à tous les Germains; mais cette ancienne dénomination n'est demeurée qu'à ceux qui, placés au delà de ces populations, vivent presque ignorés du reste des mortels.

XXVI. [1] A partir du Danube on trouve les villes de Cremniscos et d'Aepolium; les monts Macrocremmiens; le Tyra, fleuve célèbre, donnant son nom à une ville qui occupe l'emplacement: d'Ophiusa, formant une île spacieuse habitée par les Tyragètes, et éloigné de la bouche Pseudostomon du Danube de 130.000 pas; puis les stations Axiaques, qui ont pris leur nom du fleuve Axiaces, et, au delà, les Crobyzes; le fleuve Rhode, le golfe de Segaris, le port Ordesus;

[2] à 120.000 pas du Tyra, le fleuve Borysthène; un lac et un peuple de même nom; une ville à 15.000 pas de la mer, appelée anciennement Olbiopolis et Miletopolis; derechef sur la côte, le port des Achéens; l'île d'Achille, célèbre par le tombeau de ce héros; à 125.000 pas, une péninsule étendue obliquement en forme de glaive, nommée Course d'Achille à cause de l'exercice auquel il s'y livra, et ayant, d'après Agrippa, 80.000 pas de long (tout ce parage est occupé par les Scythes Tauriens et les Siraces) ;

[3] puis une région boisée qui a donné son nom à la mer de Hylé (hulê, forêt),et dont les habitants sont appelés Enaecadloens: au delà, le fleuve Panticapes, qui sépare les Nomades et les Laboureurs: puis l'Acésinus. Quelques-uns rapportent que le Panticapes se jette dans le Borysthène, au-dessous d'Olbia; des auteurs plus exacts, dans I'Hypanis; et grande est l'erreur de ceux qui l'ont placé en Asie.

[4] La mer s'enfonce en un vaste golfe, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'à 5.000 pas des Palus-Méotides, se développant le long de grands espaces et de nations nombreuses; c'est le golfe Carcinite. Le fleuve Pacyris; les villes de Naubarum et de Carcine ; par derrière le lac Buges, auquel on a pratiqué une issue dans la mer; ce lac Buges est séparé par un dos d'âne pierreux du Corétus, golfe du Palus-Méotide; il reçoit le fleuve Buges, le Gerrhus et l'Hypanis, qui viennent de différents parages.

[5] Le Gerrhus sépare les Basilides et les Nomades; l'Hypanis, à travers le pays des Nomades et des Hyléens, coule par un canal artificiel dans le lac Buges, par un canal naturel dans le golfe Corétus. Cette région s'appelle Scythie Sendique.

[6] Après le golfe Carcinite commence la Tauride, jadis entourée, elle aussi, par la mer, qui occupait des lieux qui sont aujourd'hui des plaines; plus loin elle s'élève en vastes pentes. Elle a 30 peuples, dont 24 sont dans l'intérieur des terres; 6 villes possédées par les Orgocynes, les Characènes, les Lagyrans, les Tractares, les Archilachites, les Caliordes; la montagne même est occupée par les Scythotaures, bornés à l'occident par la ville de Cherronèse, à l'orient par les Scythes Satarques. Sur la côte, à partir du golfe Carcinite, la ville deTaphrae, sur l'Isthme même de la péninsule;

[7] puis Héraclée Cherronèse, à laquelle les Romains ont donné la liberté, appelée auparavant Mégarice, la ville la plus brillante de tous ces parages, conservant les moeurs grecques, et entourée d'un mur de 5.000 pas; de là, le cap Parthénium, la cité des Tauriens, Placie, le port des Symboles; le promontoire Criumetopon s'avançant au milieu du Pont-Euxin, en face de Carambis promontoire d'Asie, dans un espace de 170.000 pas, disposition qui contribue surtout à figurer l'arc scythique (IV, 24) ;

[8] puis plusieurs ports et lacs des Tauriens, la ville de Théodosie à 135.000 pas de Criumetopon, à 145.000 de Cherronèse. Au delà il y eut jadis les villes de Cytae, de Zephyrium, d'Acrae, de Nymphaeum, de Dia ; il en subsiste encore une à l'entrée même du Bosphore, la plus puissante de toutes, Panticapée des Milésiens, éloignée de Théodosie de 87.000 pas, et de Cimmérie, située de l'autre côté du détroit, à 2,500 pas, comme nous l'avons dit (IV, 24, 3). Telle est, en effet, la largeur de l'intervalle qui sépare l'Asie de l'Europe, et qui, souvent pris par les glaces, peut être passé à pied.

[9] La largeur du Bosphore Cimmérien (petite Chersonèse, Kiertsch) est de 12.500 pas; villes, Hermisium et Myrmecium; au fond du Palus, l'îIe d'Alopèce. Depuis Taphrae à l'extrémité de l'isthme jusqu'à l'entrée du Bosphore, on compte, à travers le Palus, 260.000 pas.

[10] A partir de Taphrae, et en suivant l'intérieur des terres, on trouve les Auchètes, chez qui l'Hypanis a sa source; les Neuriens, chez qui naît le Borysthène; les Gélons, les Thussagètes (14), les Budins, les Basilides, et les Agathyrses, aux cheveux vert de mer; au-dessus, les Nomades, puis les Anthropophages ; à partir du Buges, au-dessus du Palus-Méotide, les Sauromates et les Essédons; sur la côte, jusqu'au Tanaïs, les Maeotes, qui ont donné leur nom au Palus, et à l'extémité, derrière eux, les Arimaspes; puis les monts Riphées, la région appelée Ptérophore à cause de la chute perpétuelle de la neige, dont les flocons ressemblent à des plumes, partie du monde condamnée par la nature, plongée dans d'épaisses ténèbres, et ne servant qu'à produire le froid et à recéler l'Aquilon glacial.

[11] Derrière ces montagnes et au delà de l'Aquilon, une nation heureuse, si on en croit les récits, appelée les Hyperboréens, et où les hommes atteignent une grande vieillesse; des merveilles fabuleuses en sont racontées : on dit que là sont les gonds du monde et la dernière limite de la révolution des astres: le soleil y donne une lumière de six mois et un seul jour, et il se cache non, comme des ignorants l'ont dit, de l'équinoxe du printemps à celui de l'automne; mais il n'y a dans l'année qu'un lever au solstice d'été, qu'un coucher au solstice d'hiver (15). La contrée est bien exposée, d'une température heureuse, et exempte de tout souffle nuisible.

[12] Les habitants ont pour demeures les forêts et les bois sacrés; le culte des dieux est célébré et par les individus et par le peuple; la discorde y est ignorée, ainsi que toute maladie. On n'y meurt que par satiété de la vie : après un repas, après des jouissances données aux dernières heures de la vieillesse, on saute dans la mer du haut d'un certain rocher; c'est pour eux le genre de sépulture le plus heureux. Quelques-uns les ont placés non en Europe, mais aux extrémités des rivages asiatiques, parce qu'on y trouve un peuple, les Attacores VI, 20), qui n'en diffère guère par les habitudes et la position.

[13] D'autres ont attribué aux Hyperboréens une situation intermédiaire entre l'un et l'autre soleil, là ou l'astre se couche pour les Antipodes et se lève pour nous, ce qui ne peut être, à cause de la vaste mer qui est entre deux. Les auteurs qui ne les admettent que là où le jour est de six mois disent qu'ils sèment le matin, moissonnent à midi, récoltent au coucher du soleil les productions des arbres, et pendant la nuit se cachent dans des cavernes. On ne peut guère douter de l'existence de cette nation, car trop d'écrivains rapportent qu'ils étaient dans l'usage d'envoyer les prémices des fruits dans l'île de Délos à Apollon, qu'ils honoraient particulièrement.

[14] Les prémices étaient apportées par des vierges, respectées et accueillies hospitalièrement pendant quelques années par les nations intermédiaires; puis, des violences ayant été commises contre les messagères, les Hyperboréens se décidèrent à déposer ces offrandes sur la frontière des peuples limitrophes: ceux-ci les portaient à leurs voisins, et ainsi de suite jusqu'à Délos. Plus tard, cela même tomba en désuétude. La Sarmatie, la Scythie, la Tauride, et toute la région à partir du Borysthène, a de long 980.000 pas et de large 717.000, suivant Agrippa. Pour moi, je pense que, dans cette portion de la terre, les mesures sont incertaines.

XXVIl. [1] Mais, suivant notre plan accoutumé, énumérons ce qui reste dans ce golfe; nous avons dejà parlé de ses mers. (XIII.) L'Hellespont n'a pas en Europe d'îles qui méritent d'être nommées. Dans le Pont-Euxin il y en a deux à 1.500 pas de l'Europe, à 14.000 de l'ouverture du détroit : on les appelle Cyanées ou Symplégades. La fable rapporte qu'elles se heurtaient l'une contre l'autre : c'est que, séparées par un intervalle étroit, on ne les voit distinctes que de face en entrant dans le Pont-Euxin, et qu'elles semblent s'être réunies pour peu que les yeux aient  pris une direction oblique. En deçà du Danube on trouve une île isolée, celle des Apolloniates, à 80.000 pas du Bosphore de Thrace, d'où M. Lucullus (XXXIV, 18), a apporté la statue d'Apollon Capitolin. Nous avons dit quelles sont celles qu'on rencontre entre les bouches du Danube (IV, 24, 7et 8). En face du Borysthène est Achillée, citée plus haut (IV, 26), appelée aussi Leucé et  Macaron.

[2] Des observations contemporaines la placent à 140.000 pas du Borysthène, à 120.000 pas du Tyra, à 50.000 de l'île Peucé; elle a environ 10.000 pas de tour. Autres îles dans le golfe : Carcinite, Céphalonnésos, Rhosphodusa, Macra. Il ne faut pu, avant de quitter le Pont-Euxin, omettre l'opinion de plusieurs qui ont pensé que toutes les mers intérieures ont là leur origine, et non au détroit de Cadix ; la raison qu'ils donnent n'est pas dépourvue de probabilité : c'est que le flux vient toujours du Pont-Euxin, sans reflux qui y retourne (II, 100).

[3] Il faut maintenant sortir du Pont, pour exposer l'extérieur de l'Europe; il faut, après avoir traversé les monts Riphées, suivre à gauche les rivages de l'Océan septentrional jusqu'à ce que nous arrivions à Cadix. On parle d'un grand nombre d'îles sans nom situées dans ces parages; de ce nombre est, en face de la Scythie dite Raunonienne, une île qui, d'après Timée, est éloignée d'une journée de navigation, et où, dans le printemps, l'ambre est rejeté par les flots.

[4] La renommée n'a que des renseignements incertains sur le reste de ces rivages. Océan Septentrional : Hécatée l'appelle, à partir du fleuve Paropamise, mer Amalchienne là où il baigne la Scythie, ce nom signifiant congelé dans le langage de ces peuples. Philémon prétend qu'elle est appelée par les Cimbres Morimaruse, c’est-à-dire mer morte, jusqu'au promontoire Rubéas;

[5] et au delà, mer Cronienne. D'après Xénophon de Lampsaque, une navigation de trois jours conduit de la côte de Scythie à une île d'une grandeur immense, Baltia (16); Pythéas l'appelle Basilia. On cite aussi les îles Oones, où les habitants vivent d'oeufs d'oiseaux et d'avoine; on en cite d'autres où les hommes naissent avec des pieds de cheval, et s'appellent Hippopodes; on cite enfin les îles des Fanésiens (17), dans lesquelles les habitants, qui vont nus, se couvrent de leurs oreilles, d'une grandeur excessive.

[6] On commence à avoir des renseignements un peu plus clairs à partir des Ingévons, le premier peuple germain qu'on rencontre. De ce côté-là sont les monts Sevons, chaîne immense qui ne le cède pas à celle des monts Riphées, et qui forme jusqu'au promontoire des Cimbres un vaste golfe appelé Codan, et rempli d'îles; la plus renommée est la Scandinavie, dont la grandeur n'a pas été reconnue : la seule portion sur laquelle on ait des notions est occupée par la nation des Hillévions; elle habite en 500 bourgades, et elle appelle cette contrée un second univers.

[7] On pense que l'île d'Eningia n'est pas moindre. Quelques auteurs rapportent que ces régions sont habitées jusqu'à la Vistule par les Sarmates, les Vénèdes, les Scires et les Hirres; qu'il y a là un golfe appelé Cylipenus, à l'ouverture duquel est l'île de Latris; puis, qu'il y a un autre golfe nommé Lagnus qui touche aux Cimbres. Le promontoire des Cimbres (18), en s'avançant au loin dans la mer, forme une péninsule qui est appelée Cartis. Là 23 îles ont été découvertes par les victoires des Romains; les plus célèbres sont Burchana (Borkum), appelée par les nôtres Faberia, à cause d'un fruit qui y vient spontanément, et qui ressemble à une fève; Glessaria (IV, 20), appelée ainsi par nos soldats à cause du succin, et Austranla par les barbares; enfin Actania.

XXVIII. [1] Toute cette côte, jusqu'à l'Escaut, est habitée par des nations Germaniques, et la dimension n'en peut guère être donnée, tant les divergences de ceux qui en ont parlé sont excessives : les Grecs et quelques-uns des nôtres ont évalué la côte de la Germanie à 2.500,000 pas; Agrippa, avec la Rhétie et le Norique, en porta la longueur a 696.000 pas, et la largeur à 148.000; (XIV) la Rhétie à elle seule, pour ainsi dire, est plus large, mais il faut remarquer qu'elle n'a été subjuguée (an de Rome 739) que vers l'époque de sa mort (an de Rome 742) : quant à la Germanie, elle n'a été connue que beaucoup d'années après, et ne l'est pas même encore entièrement. S'il est permis de se livrer à des conjectures, l'opinion des Grecs sur le développement de cette côte, et celle d'Agrippa sur la longueur en ligne directe de la Germanie, ne s’éloignent pas beaucoup de la vérité. Il y a cinq races germaines : les Vindiles, auxquels appartiennent les Burgondes, les Varins, les Carins, les Guttons; seconde race, les Ingévons, auxquels appartiennent les Cimbres, les Teutons et les nations des Chauques; troisième race, la plus voisine du Rhin, les Istévons, auxquels appartiennent les Cimbres (19); quatrième race dans l'intérieur des terres, les Hermions, auxquels appartiennent les Suèves, les Hermondures, les Chattes et les Chérusques;

[2] cinquième race, les Peuciniens et les Basternes, limitrophes des Daces nommés précédemment (IV, 25, 1). Des fleuves célèbres se jettent dans l'Océan, le Guttale, le Vistille ou Vistule, l'Elbe, le Visurgis, l'Amisius, le Rhin, la Meuse; l'intérieur du pays est parcouru par la chaîne Hercynienne, qui ne le cède à aucune en renom.

XXIX. (XV.) [1] Dans le Rhin lui-même, sur une longueur de presque 100.000 pas, est l'île très célèbre des Bataves et des Cannénufates: d'autres, qui appartiennent aux Frisons, aux Chauques, aux Frisiabons, aux Sturiens, aux Marsaciens, sont étendues entre le Hélius et le Flevum: c'est ainsi qu'on appelle les bras par lesquels le Rhin s'épanche au nord dans des lacs, au couchant dans la Meuse; le bras intermédiaire, et qui garde son nom, n'est qu'un canal médiocre.

XXX. (XVI.) [1] En face est l'île de Bretagne, célèbre dans les monuments de la Grèce et de Rome. Située entre le nord et le couchant, elle regarde dans une grande étendue la Germanie, la Gaule et l'Espagne, qui sont de beaucoup les parties les plus considérables de l'Europe. Elle portait le nom d'Albion lorsque celui de Bretagne était donné à toutes les îles dont nous parlerons bientôt. Elle est éloignée de 50.000 pas de Gessoriacum, sur la côte de la Morinie; c'est là que le trajet est le plus court. Elle a de tour 3.825.000 pas, d'après Pythéas et Isidore. Il n'y a guère que trente ans que les armes romaines l'ont fait connaître; et encore cette connaissance ne dépasse-t-elle pas les abords de la forêt Calédonienne.

[2] Agrippa croit que la longueur de cette île est de 800.000 pas, et la largeur de 300.000; que l'Hibernie a la même largeur, mais 200.000 pas de moins en long. Cette dernière île, située au delà de la Bretagne, n'est séparée de la côte des Silures que par un très court trajet de 30.000 pas. Parmi les autres îles, aucune, dit-on, n'a plus de 125.000 pas de tour : ce sont quarante Orcades séparées les unes des autres par des distances médiocres, sept Acmodes, trente Hébudes; entre l'Hibernie et la Bretagne, Mona, Monapia, Ricina, Vectis, Limnus, Andros; au-dessous, Siambis, et Axantos (Ouessant); en face, dispersées dans la mer Germanique, les Glessaries (IV, 27, 7), que les Grecs modernes ont appelées Electrides, parce qu'elles produisent l'ambre.

[3] La dernière de toutes celles qu'on cite est Thulé. Nous avons dit (II, 77) qu'au solstice d'été elle n'a point de nuit, le soleil traversant alors le signe du Cancer, et, au solstice d'hiver, point de jour: quelques-uns pensent que la lumière et les ténèbres y durent six mois alternativement. Timée l'historien dit qu'à six jours de navigation de la Bretagne, et en deçà, est l'île Mictis, qui produit le plomb blanc (XXXIV, 47); que les Bretons s'y rendent dans des barques d'osier garnies de cuir (VII, 57). On cite encore d'autres îles, Scandia, Dumna, Bergos et Narigon, la plus grande de toutes, où l'on s'embarque pour Thulé; de Thulé, un jour de navigatlon mène à la mer glacée, appelée par quelques-uns Cronienne.

XXXI. [1] Toute la Gaule désignée sous le nom général de Chevelue est divisée entre trois peuples séparés surtout par des fleuves la Belgique, de l'Escaut à la Seine; de la Seine à la Garonne, la Celtique ou Lyonnaise; de la Garonne à la chaîne des Pyrénées, l'Aquitaine, appelée auparavant Arémorique. Agrippa a estimé toute la côte à 1.800.000 pas, et, limitant la Gaule entre le Rhin, les Pyrénées, l'Océan, et les monts Cévennes et Jura, par lesquels il exclut la Narbonnaise (III, 5), il lui donne en long 430.000 pas (20) en large 318.000.

[2] A l'Escaut, l'extérieur est habité par les Toxandres, divisés en plusieurs peuplades; puis viennent les Ménapiens, les Morins, les Oromansaques, attenants au bourg appelé Gessoriacum (IV, 30); les Bretons, les Ambianiens, les Bellovaques (21); dans l'intérieur, les Catusiuges (22), les Atrébates, les Nerviens, libres ; les Véromanduens, les Suécons, les Sassions, libres; les Ulmanètes, libres; les Tongres, les Sunuques, les Frisiabons, les Betases, les Leuciens, libres; les Trévères, libres auparavant, alliés maintenant; les Lingons, alliés; les Rèmes, alliés; les Médiomatriques, les Séquanes, les Rauriques, les Helvétiens: colonies, Équestris et Raurica (23); sur le Rhin, peuplades germaniques habitant la Gaule Belgique : les Némètes, les Triboques, les Vangions; puis les Ubiens, la colonie d'Agrippine (Cologne), les Gubernes, les Bataves, et ceux dont nous avons parlé à propos des îles du Rhin (IV, 29).

XXXII. (XVIII.) [1] La Gaule Lyonnaise renferme les Lexoviens, les Vellocasses, les Gallètes, les Vénètes , les Abrincatuens, les Osismiens; la Loire, fleuve célèbre ; une péninsule remarquable qui s'avance dans l'Océan, à partir des Osis iens, dont le tour est de 625.000 pas, et dont le col a 125.000 pas de large;

[2] au delà de cette péninsule, les Nannètes; dans l'intérieur, les Héduens, aillés, les Carnutes, alliés, les Boïens, les Sénons, les Aulerques, surnommés Éburoviques, et ceux qui sont surnommés Cénomans; les Meldes, libres; les Parisiens, les Trécasses, les Andegaves , les Viducasses, les Bodiocasses, les Unelles, les Cariosvélites, les Diablindes, les Rhédons, les Turons, les Atésuens, les Segusiaves (24), libres, dans le territoire desquels est Lyon, colonie.

XXXIII. (XIX) [1] A l'Aquitaine appartiennent les Ambilatres, les Anagnutes, les Pictons, les Santons, libres; les Bituriges, libres, surnommés Ubisques; les Aquitains qui ont donné leur nom a la province; les Sediboniates; puis les Convènes rassemblés dans une ville; les Bégères, les Tarbelliens, surnommés Quatuor Signani (à cause d'une garnison de quatre enseignes); les Cocosates, surnommés Sex Signani; les Vénames, les Onobrisates, les Bélendes, la chaîne des Pyrénées; au-dessous, les Monèses, les Osquidates des montagnes, les Sibyllates, les Campones, les Bercorcates, les Bipedimuens, les Sassuminiens, les Vellates, les Tornates, les Consoranniens, les Ausques, les Élusates, les Sottiates, les Osquidates de la plaine, les Succasses, les Tarusates, les Basabocates, les Vasséens, les Sénnates , les Cambolectres, les Agésinates joints aux Pictons, puis les Bituriges libres, appelés Cubes; les Lemovices, les Arvernes, libres; les Cabales;

[2] d'un autre côté, les Rutènes, qui sont limitrophes de la Gaule Narbonnaise ; les Cadurques , les Antobroges et les Pétrocores (25), séparés des Toulousains par le Tarn. Mers qui baignent la côte : l'océan Septentrional jusqu'au Rhin, l'océan Britannique entre le Rhin et la Seine, l'océan Gaulois entre la Seine et les Pyrénées. Il y a plusieurs îles appartenant aux Vénètes et nommées Vénétiques, et, dans le golfe d'Aquitaine, l'île d'Uliarus.

XXXIV. (XX.) [1] Au promontoire des Pyrénées commence l'Espagne, plus étroite en cet endroit non seulement que la Gaule, mais aussi qu'elle-même dans le reste de son étendue : là, en effet, d'un côté l'Océan, de l'autre la mer Ibérienne, la rétrécissent, comme nous l'avons dit (III, 4, 7), énormément. Une chaîne des Pyrénées, pénétrant en Espagne dans la direction du lever équinoxial au coucher d'hiver, la divise en deux parties, l'une au nord plus petite, l'autre au midi. La côte qui se présente la première dans l'ordre que nous suivons est celle de l'Espagne Citérieure ou Tarraconaise. A partir des Pyrénées le long de l'Océan, les bois des Vas-cons, Olarso, les villes des Vardules, Morosgi, Menosca, Vesperies, le port des Amanes, où est maintenant Flaviobriga, colonie; la région des Cantabres avec neuf cités;

[2] le fleuve Sanda; le port de Victoria des Juliobrigiens; à 40.000 pas de ce lieu, les sources de l'Ebre, le port Blendium; les Orgénomesques des Cantabres, avec leur port Vereasueca; la région des Astures, la ville Noega; dans une péninsule, les Paesiques; puis, du ressort de Lugo, à partir du fleuve Navia (26), les Albions, les Cibarques, les Egovarres, surnommés Namariniens, les Jadons, les Arrotrèbes, le promontoire Celtique; les fleuves Florius et Nelo;

[3] les Celtiques surnommés Nériens, et, au-dessus, les Tamariques, dans la péninsule desquels sont les trois autels Sestiens, consacrés à Auguste; les Capores, la ville de Noela; les Celtiques surnommés Praesamarques; les Cilènes. Parmi les îles dignes d'être nommées, Corticata et Aunios; à partir des Cilènes, et du ressort des Bracares, les Hélènes, les Graviens, le château Tyde, tout cela issu des Grecs; les îles Cices; la ville remarquable d’Abobrica; le fleuve Minius, dont l'embouchure a 4.000 pas de large;

[4] les Leunes, les Seurbes , la ville Augusta (Braga) des Bracares, au-dessus desquels est la Galicie; le fleuve Limia, le fleuve Durius, des plus grands de l'Espagne; il a sa source chez les Pélendons, passe auprès de Numance, traverse le pays des Arévaques et des Vaccéens, sépare les Vettons de l'Asturie, les Gallèces de la Lusitanie, et kà aussi sert de limite entre les Tardules et les Bracares. Toute cette région, à partir des Pyrénées, est remplie de mines d'or, d'argent, de fer, de plomb noir et blanc (XXXIV, 47).

XXXV. (XXI.) [1] Au Durius commence la Lusitanie: les Turdules anciens, les Pésures, le fleuve Vacca, la ville de Talabrica, la ville et le fleuve Aeminium, les villes de Conimbrique, de Collippo, d'Eburobritium; puis un vaste promontoire s'avance dans la mer; les uns l'ont appelé promontoire Artabrum, les autres le Grand Promontoire, d'autres, promontoire d'Olisipo à cause de la ville voisAeine: il sépare les terres, les mers et le ciel.

[2] A ce promontoire se termine le flanc de l'Espagne, et après qu'on l'a doublé on en voit commencer le front. (XXII) D'un côté est le nord et l'océan Gaulois (IX, 3), de l'autre le couchant et l'océan Atlantique. On a évalué l'étendue de ce promontoire à 60.000 pas, d'autres à 90.000; bon nombre d'auteurs comptent 1.250.000 pas de ce promontoire aux Pyrénées, et ils y placent la nation des Artabres; erreur manifeste, cette nation n'exista jamais: ce sont les Arrotrèbes, dont nous avons parlé avant le promontoire Celtique, qu'une erreur d'orthographe leur a fait placer là.

[3] Des erreurs ont aussi été commises au sujet de fleuves célèbres: à 200.000 pas du Minius dont nous avons parlé plus haut (IV, 34), est, d'après Varron, le fleuve Aeminius, que quelques-uns placent ailleurs et qu'ils appellent Limaea. Les anciens le nommaient Fleuve de l'oubli, et ils en ont raconté beaucoup de fables. A 200.000 pas du Durius est le Tage; dans l'intervalle se trouve la Munda: le Tage et célèbre par ses sables aurifères (XXXIII), 21). A 160.000 pas de ce fleuve est le promontoire Sacré, qui est placé presque au milieu du front de l'Espagne.

[4] Varron rapporte que, de ce cap au centre de la chaîne des Pyrénées, on compte 1.400.000 pas. Du même point au fleuve Ana, que nous avons dit séparer la Lusitanie de la Bétique (III, 2), il y a 126.000 pas ; pour arriver jusqu'à Cadix, il faut ajouter 102.000 pas. Nations, les Cel­tiques, les Turdules, et, aux environs du Tage, les Vettons. Du fleuve Ana au promontoire Sacré, les Lusitaniens; ville remarquables sur la côte à partir du Tage: Olisipo, célèbre par les cavales que le vent féconde (VIII, 67) ; Salacia, surnommée Impériale; Mérobrica, le promontoire Sacré et le promontoire Cunéus; les villes d'Ossonoba, de Balsa, de Myrtliis.

[5] Toute la province est divisée en trois juridictions, celles d'Émérita, de Pax et de Scalabis. Elle renferme en somme 46 peuples, où se trouvent cinq colonies, un municipe jouissant du droit romain, trois villes ayant le droit des Latins anciens, et trente-six villes tributaires : colonies, Augusta Emérita, située sur le bord du fleuve, Ana, Metallinum, Pax, Norba surnommée Césariana, du ressort de laquelle sont Castra Julia et Castra Caecilia; enfin, cinquième colonie, Scalabis, appelée Praesidium Julium; municipe jouissant du droit romain, Olisipo, surnommé Felicitas Julia; villes jouissant du droit des anciens Latins : Ebora, appelée aussi Liberalitas Julia;

[6] Myrtilis et Salacia, dont nous avons déjà parlé. Parmi les peuples tributaires, ceux qu'on peut nommer sans peine sont, outre des peuples de même nom que d'autres que nous avons cités à propos de la Bétique (III, 3, 10) : les Augustobrigiens, les Ammiens, les Aranditans, les Arabriciens, les Balsiens, les Caesarobriciens, les Caperenses, les Caurenses, les Colarnes, les Cibilitans, les Concordiens, les Elbocoriens, les Intéranniens, les Lanciens; les Mirobrigiens, surnommés Celtiques; les Médubriciens, dits Plombaires; les Océliens, dits Lanciens; les Turdules, dits Bardules,et les Tapores.

[7] La Lusitanie, jointe à l'Asturie et à la Gallicie, a de longueur 540.000 pas, et de largeur 536.000, d'après Agrippa. Quant à toutes les Espagnes, les côtes, d'un promontoire de la chaîne des Pyrénées à l'autre, ont, pense-t-on, de circuit 2.922.000 pas; d'autres l'évaluent à 2.600.000.

XXXVI. [1] En face de la Celtibérie sont plusieurs îles appelées Cassitérides par les Grecs (XXXIV, 47) à cause des mines de plomb qu'elles renferment; et, en face du promontoire des Arrotrèbes, six îles des Dieux, que quelques-uns ont appelées Fortunées. Au commencement même de la Bétique, à 25.000 pas de l'ouverture du détroit, est l'île de Gadis, longue, d'après Polybe, de 12.000 pas et large de 3.000. Dans le point le plus rapproché du continent, elle n 'en est pas à 700 pieds; ailleurs, la distance est de plus de 7,000 pas (II, 112). L'étendue qu'elle présente est de 15.000 pas;

[2] elle renferme une ville jouissant du droit romain, et appelée Augusta Julia Gaditana. Du côté qui regarde l'Espagne, à environ 100 pas, est une autre île allongée et large de 3.000 pas, où se trouvait la première ville de Gadis; elle est appelée par Éphore et Philistidès Erythie, par Timée et Silène Aphrodisias, par les Indigènes île de Junon. Timée dit que la plus grande a été appelée Cotinusse; les Romains l'appellent Tartessus, les Carthaginois Gadir, mot qui, en langue punique, signifie une haie; elle fut appelée Erythrie parce que les Tyriens, fondateurs de cet établissement, passaient pour venir de la mer Erythrée.

[3] Quelques-uns croient qu'elle fut habitée par les Géryons, dont Hercule emmena les troupeaux. Il y en a qui pensent que l'île des Géryom est différente, et que, située en face de la Lusitanie, elle porta jadis ce même nom d'Erythie.

XXXVII. (XXIII.) [1] Après avoir parcouru toute l'Europe, il faut en présenter les dimensions totales, afin que rien n'arrête ceux qui voudront s'instruire. Artémidore et Isidore en ont évalué la longueur, depuis le Tanaïs jusqu'à Cadix, à 8.214.000 pas. Polybe a écrit que la largeur de l'Europe, depuis l'Italie jusqu'à l'Océan, est de 1.150.000 pas; mais de son temps la grandeur en était inconnue. L'Italie même, comme nous l'avons dit (III,  6, 5 et 10, 3), a 1.120.000 pas jusqu'aux Alpes;

[2] des Alpes au port Britannique des Morins, en passant par Lyon, direction que Polybe paraît suivre, il y a 1.318.000 pas. Mais on a une mesure plus certaine et plus longue dans la direction du coucher de l'été et de l'embouchure du Rhin, en partant des mêmes Alpes, et en suivant le camp des légions de Germanie : elle est de 1.543.000 pas. Maintenant nous allons parler de l'Afrique et de l'Asie.

FIN DU LIVRE IV.

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PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE

En collaboration avec Agnès Vinas  (site Méditerranées)

LIVRE CINQ.

livre 4

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Texte français

Paris : Dubochet, 1848-1850.

édition d'Émile Littré

LIVRE V.

CONTENANT LES SITUATIONS, LES NATIONS, LES MERS, LES VILLES, LES PORTS, LES MONTAGNES, LES FLEUVES, LES MESURES, LES PEUPLES, QUI SONT ET QUI ONT ÉTÉ.

I. Les Mauritanies. - II. La Numidie.- III. L'Afrique. - IV. Les Syrtes. - V. La Cyrénaïque.- VI. La Libye Maréotis. - VII. Les îles autour de l'Afrique. - VIII. Le revers de l'Afrique. - IX. L'Égypte et la Thébaïde. - X. Le Nil. - XI. Les villes d'Égypte. XII. L'Arabie qui est le long de la mer d'Égypte. - XIII. La Syrie. - XIV. L'Idumée, la Palestine, la Samarie. - XV. La Judée. - XVI. La Décapole. - XVII. La Phénicie. - XVIII. La Syrie d'Antioche. - XIX. Le reste de la Syrie. - XX. L'Euphrate. - XXI. La Syrie le long de l'Euphrate. - XXII. La Cilicie et les nations avoisinantes. - XXIII. L'Isaurie et Ies Homonades. - XXIV. La Pisidie. - XXV. La Lycaonie. - XXVI. La Pamphylie. - XXVII. Le mont Taurus. - XXVIII. La Lycie. - XXIX. La Carie. - XXX. La Lydie. - XXXI. L'Ionie. - XXXII. L'Éolide. - XXXIII. La Troade et les nations avoisinantes.   - XXXIV. Les îles au-devant de l'Asie, au nombre de 212, parmi lesquelles: - XXXV. Chypre, - XXXVI. Rhodes, - XXXVII. Samos, - XXXVIII. Chios, - XXXIX. Lesbos. - XL. L'Hellespont et la Mysie. - XLI. La Phrygie. - XLII. La Galatie et les nations avoisinantes. - XLIII. La Bithynie. - XLIV. Les îles de la Propontide.  Résumé.

Villes et nations...

Fleuves célèbres...

Montagnes célèbres...

Villes ou nations qui ont péri..

Faits, histoires et observations..,

Auteurs :

Agrippa, Suetonius Paulinus, M. Varron, Varron Atacinus, Cornelius Nepos, Hygin, L. Vetus, Pomponius Mela, Domitius Corbulon, Licinius Mucianus, l'empereur Claude, Arruntius, Livius le fils, Sebosus, les Actes des triomphes.

Auteurs étrangers :

Le roi Juba, Hécatée, Hellanicus, Damaste, Dicéarque, Béton, Timosthène, Philonides, Xénagoras, Astynomus, Staphylus, Aristote, Denys, Aristocrite, Éphore, Ératosthène, Hipparque, Panaetius, Sérapion d'Antioche, Callimaque, Agathocle, Polybe, Timée le mathématicien, Hérodote, Myrsile, Alexandre Polyhistor, Metrodore, Posidonius qui a écrit le Périple ou la Circumduction, Sotades, Periandre, Aristarque de Sicyone, Eudoxe, Antigène, Callicrate, Xénophon de Lampsaque, Diodore de Syracuse, Hannon, Himilcon, Nymphodore, Calliphane, Artémidore, Mégasthène, Isidore, Cléobule, Aristocréon.

I. [1] L'Afrique a été appelée Libye par les Grecs, et la mer qui la baigne, mer Libyque; elle a l'Égypte pour limite (01). Aucune région ne présente moins de golfes; les côtes s'étendent obliquement sur une ligne prolongée à partir de l'occident. Les noms de ses peuples et de ses villes (02) sont, plus peut-être que ceux d'aucun autre pays, impossibles à prononcer pour les étrangers; et d'ailleurs les indigènes n'habitent guère que des châteaux.

[2] (I) On rencontre d'abord les Mauritanies. Ce furent des royaumes jusqu'à C. César (Caligula), fils de Germanicus; sa cruauté (03) en fit deux provinces. A l'extrémité du détroit et sur l'Océan est un promontoire appelé Ampelusia par les Grecs. Il y eut jadis les villes de Lissa et de Cotta (XXXII, 6), au delà des colonnes d'Hercule; maintenant on trouve Tingi, fondée jadis par Antée, puis appelée Traducta-Julia par l'empereur Claude, quand il en fit une colonie.

[3] Tingi est à 30.000 pas de Belone, ville de la Bétique; c'est de ce point que le trajet est le plus court pour passer en Espagne. A 25.000 pas de Tingi, sur la côte de l'Océan, est la colonie d'Auguste, Julia Constantia Zilis, qui fut soustraite à la domination des rois de la Mauritanie et attribuée à la juridiction de la Bétique ; à 32.000 pas de cette dernière ville est Lixos, dont l'empereur Claude a fait une colonie, et qui a été pour les anciens l'objet des récits peut-être les plus fabuleux: là fut le palais d'Antée et son combat avec Hercule; là furent les jardins des Hespérides (XI, 12). La mer se répand en un estuaire à trajets sinueux; aujourd'hui on explique le dragon et sa garde par cette disposition des lieux.

[4] Dans cet estuaire est une île, qui, bien qu'un peu plus basse que le reste du terrain avoisinant, n'est pas cependant inondée à la marée montante; on y voit un autel d'Hercule, et du célèbre bois qui produisait des pommes d'or il ne reste que des oliviers sauvages. On s'étonnera moins des mensonges extravagants de la Grèce sur ces jardins et sur le fleuve Lixus, si l'on songe que tout récemment des auteurs latins ont fait sur le même sujet des récits qui ne sont guère moins prodigieux : à savoir, que cette ville de Lixos est très puissante, et surpasse en étendue Carthage la Grande; qu'en outre elle est située l'opposite de Carthage et à une distance presque immense de Tingi, et tous ces contes auxquels Cornélius Népos a ajouté foi avec tant d'avidité.

[5] A 40.000 pas du Lixus, dans l'intérieur des terres, est une autre colonie d'Auguste, Babba, appelée Julia Campestris, et à 75.000 pas une troisième colonie, Banasa, surnommée Valentia; à 35.000 pas de cette dernière, la ville de Volubile, également éloignée de l'une et de l'autre mer; sur la côte, à 50.000 pas du Lixus, le Subur, coulant le long de Banasa, fleuve magnifique et navigable: à 50.000 pas du Subur, la ville de Sala, placée sur un fleuve de même nom, déjà voisine des déserts, et infestée par des troupeaux d'éléphants, et bien plus encore par la nation des Autololes, que l'on traverse pour aller au mont Atlas, le plus fabuleux même de l'Afrique.

[6] C'est du milieu des sables, dit-on, qu'il s'élève vers les cieux, âpre et nu du côté de l'Océan auquel il a donné son nom, mais plein d'ombrages, couvert de bois et arrosé de sources jaillissantes, du côté qui regarde l'Afrique (04), fertile en fruits de toute espèce, qui y naissent spontanément, et peuvent rassasier tout désir. Pendant le jour on ne soit aucun habitant; tout y garde un silence profond, semblable au silence redoutable des déserts. Une crainte religieuse saisit les coeurs quand on s'en approche, surtout à l'aspect de ce sommet élevé au-dessus des nuages, et qui semble voisin du cercle lunaire. Mais la nuit il reluit de feux innombrables; les Aegipans et les Satyres (V, 8) le remplissent de leur allégresse; il retentit des accords des flûtes et des musettes, du bruit des tambours et des cymbales. C'est ce que des auteurs renommés ont raconté, sans parler des travaux qu'Hercule et Persée y ont accomplis. Pour arriver à ce mont l'espace est immense et inconnu.

[7] Il a existé des mémoires de Hannon, chef carthaginois, qui, à l'époque ou Carthage était la plus florissante, reçut l'ordre d'explorer les côtes d'Afrique. La plupart des auteurs grecs et latins l'ont suivi, rapportant, entre autres fables, qu'il y fonda beaucoup de villes, dont il ne reste ni souvenir ni vestiges.

[8] Scipion Émilien commandant en Afrique, l'historien Polybe reçut de lui une flotte avec laquelle il fit un voyage d'exploration dans cet autre monde. Il a raconté qu'allant de l'Atlas au couchant on trouve des forêts pleines des animaux propres à l'Afrique jusqu'au fleuve Anatis, dans un espace de 485.000 pas; que du fleuve Anatis au Lixus il y a 205.000 pas, et du fleuve Lixus au détroit de Cadix 112.000 pas; que le golfe qu'on rencontre en venant de ce détroit s'appelle Saguti ; qu'on trouve la ville et le cap de Mulelacha, les fleuves Subur et Sala, le port Rutubis à 213.000 pas du Lixus;

[9] le promontoire du Soleil, le port Risardir, les Gétules Autololes, le fleuve Cosenus, les Scelatites et les Masates, le fleuve Masatat, le fleuve Darat, où vivent des crocodiles; puis un golfe de 616.000 pas (05), formé par un cap du mont Barce, cap qui se prolonge à l'occident et qu'il appelle Surrentium;

[10] puis le fleuve Palsus, au delà les Ethiopiens Pérorses, et derrière eux les Pharusiens, les Gétules Dariens, limitrophes des Pharusiens dans l'intérieur; sur la côte, les Éthiopiens Daratites, le fleuve Bambotus, rempli de crocodiles et d'hippopotames ; plus loin, des chaînes continues de montagnes, jusqu'à celle que nous appellerons Théon Ochema (VI, 35). De là jusqu'au promontoire Hespérien, Polybe évalue la distance à dix jours et à dix nuits de navigation; au milieu de cet intervalle il a placé (VI, 30, 2) le mont Atlas (06), que tous les autres ont mis à l'extrémité de la Mauritanie.

[11] C'est sous l'empereur Claude que pour la première fois les armes romaines ont pénétré dans la Mauritanie. Le roi Ptolémée ayant été mis à mort par C. César (Caligula ), son affranchi Aedémon entreprit de le venger; et il est certain qu'à la poursuite des barbares qui s'enfuyaient on arriva jusqu'à l'Atlas. Non seulement des personnages consulaires et des généraux pris dans le sénat, qui furent alors chargés des commandements, mais encore des chevaliers romains qui ensuite gouvernèrent dans ce pays, ont eu la réputation d'être arrivés jusqu'à cette montagne.

[12] Il y a, comme nous l'avons dit, cinq colonies romaines dans cette province, et, à en croire les ouï-dire, l'Atlas peut paraître accessible; mais l'expérience prouve que ces rapports sont trompeurs le plus souvent; car tel homme en place, qui a reculé devant le soin de rechercher la vérité, ne recule pas devant un mensonge pour cacher son ignorance; et jamais l'erreur n'est admise plus facilement que quand une fausseté est garantie par une autorité grave. Au reste, je ne m'étonne pas qu'il y ait des choses ignorées des fonctionnaires de l'ordre équestre, fussent-ils faits sénateurs: mais ce qui m'étonne, c'est qu'il y en ait d'ignorées du luxe, dont l'impulsion est si puissante, et au profit duquel on fouille les forêts pour trouver de l'ivoire et du citre (XIII, 29), et tous les rochers de la Gétulie pour chercher des murex et des pourpres (XI, 60).

[13] Quant aux indigènes, ils rapportent que sur la côte, à 150.000 pas de Sala, est le fleuve Asana, dont l'eau est saumâtre, mais qui est remarquable par son port; puis un fleuve qu'ils appellent Fut. De là on compte 200.000 pas jusqu'au Dyris : c'est le nom que dans leur langue ils donnent à l'Atlas; on trouve dans l'intervalle un fleuve nommé Vior, et l'on dit qu'autour de l'Atlas on voit des indices qui montrent que le sol a été jadis habité : ce sont des restes de vignobles et de plants de palmiers.

[14] Suetonius Paulinus, que nous avons vu consul (an 66 après J. C.), est le premier des généraux romains qui ait dépassé l'Atlas de quelques milliers de pas: il a parlé comme les autres de la hauteur de cette montagne; il a ajouté que le pied en est rempli de forêts épaisses et profondes que forme une espèce d'arbres inconnus : la hauteur de ces arbres est remarquable; le tronc sans noeuds est brillant ; le feuillage est semblable à celui du cyprès; il exhale une odeur forte, et est revêtu d'un léger duvet avec lequel, par le travail de l'art, on pourrait faire des étoffes comme avec la soie (VI, 20; XII, 23). Le sommet de la montagne est couvert, même en été, de neige épaisses.

[15] Suetonius Paulinus rapporte qu'il arriva à l'Atlas en dix journées de marche, et qu'au delà, jusqu'à un fleuve qui porterait le nom de Ger, on traverse des déserts couverts d'un sable noir, au milieu duquel s'élèvent, d'intervalle en intervalle, des rochers comme brûlés; que ces lieux sont inhabitables à cause de la chaleur (07), même en hiver, et qu'il l'a éprouvé; que ceux qui habitent les forêts voisines, remplies d'éléphants, de bêtes féroces et de serpents de toute espèce, s'appellent Canariens, attendu qu'ils vivent comme des chiens, et qu'ils partagent avec ces animaux les entrailles des bêtes fauves.

[16] Il est assez bien établi que la nation des Éthiopiens, appelés Pérorses, est limitrophe de ces contrées. Le père de Ptolémée, Juba, qui le premier régna sur l'une et l'autre Mauritanie, et qui est encore plus célèbre par ses travaux littéraires que pour sa royauté, a donne les mêmes détails sur l'Atlas. Il ajoute qu'il y naît une herbe appelée euphorbe (XXV, 38), du nom de son médecin, qui en fit la découverte; il donne des louanges merveilleuses au suc laiteux de cette plante comme propre à éclaircir la vue, et à combattre la morsure des serpents et toute espèce de venin. Il a consacré un volume particulier à ce sujet. En voilà assez et trop sur l'Atlas.

[17] ( II.) La province de Tingitane a 170.000 pas de long. Des nations tingitanes la principale était jadis celle des Maures, qui a donné son nom à la Mauritanie, et que la plupart ont appelés Maurasiens: des guerres désastreuses l'ont réduite à quelques familles. Jadis aussi se trouvait dans leur voisinage celle des Massaesyliens; mais elle est éteinte pareillement. Maintenant le pays est occupé (XXI, 45) par les nations gétuliennes, les Baniures, les Autololes, les plus puissants de tous, les Vésuniens, qui faisaient jadis partie de ces derniers, et qui, s'en étant séparés, ont constitué une nation particulière; ils sont à côté des Éthiopiens.

[18] La province, montagneuse à l'orient, produit des éléphants; il y en a aussi dans le mont Abila et dans ceux qu'on appelle les Sept-Frères, à cause de leur hauteur égale. Ces montagnes, jointes à l'Abila, dominent le détroit. A partir de ces montagnes commence la côte de la mer Méditerranée; on trouve le fleuve Tamuda navigable, et l'emplacement d'une ancienne ville; le fleuve Laud, qui peut aussi porter des bâtiments, la ville et le port de Rusadir, le Malvana, fleuve navigable.

[19] La ville de Siga, résidence de Syphax, est située en face de Malacha, qui est en Espagne, et appartient déjà à l'autre Mauritanie. Longtemps ces contrées ont porté le nom de leurs rois : celle qui est en dehors s'appelait pays de Bogudes, et celle qui porte aujourd'hui le nom de Césarienne s'appelait pays de Bocchus. Puis viennent le grand Port, appelé ainsi à cause de son étendue, et jouissant du droit romain; le fleuve Mulucha, limite entre le pays de Bocchus et les Massaesyliens; Quiza Xenitana, ville des étrangers; Arsennaria (Arzew), jouissant du droit latin, à 3.000 pas de la mer; Cartenna, colonie de la seconde légion, fondée par Auguste; Gunugi, colonie fondée par le même, où il établit une cohorte prétorienne; le promontoire d'Apollon,

[20] la ville très célèbre de Césarée, appelée auparavant Jol, capitale de Juba, et ayant reçu du dieu Claude le droit de colonie; Oppidum Novum, où le même prince établit des vétérans; Tipasa, jouissant du droit latin; Icosion, qui a reçu la même faveur de l'empereur Vespasien; Rusconnia, colonie d'Auguste; Rusucurium, ayant reçu de Claude le droit romain; Rusazus, colonie d'Auguste; Salde, colonie du même, ainsi que Igilgili (Gigeri ) ; la ville de Tucca, placée sur la mer et sur le fleuve Ampsaga. Dans l'intérieur, la colonie Auguste, appelée aussi Succabar; Tubusuptus, aussi colonie d'Auguste: les cités de Timici, de Tigaves;

[21] les fleuves de Sardabal, d'Avès, de Nabar ; la nation des Macurèbes, le fleuve Usar, la nation des Nabades. Le fleuve Ampsaga est éloigné de Césarée de 222.000 pas. La longueur de l'une et l'autre Mauritanie est de 1.039.000 pas; la largeur, de 467.000.

II. (III) [1] A l'Ampsaga commence la Numidie, célèbre par le renom de Massinissa ; elle a été appelée par les Grecs terre Métagonitis. Les Numides ont été appelés Nomades, parce qu'ils changent de lieux de pâturage, transportant leurs mapalia, c'est-à-dire leurs maisons, sur des chariots. Villes: Cullu, Rusicade (Stora), et, à 48.000 pas dans les terres, Cirta (Constantine), colonie, surnommée ville des soldats de Sittius (08). Autre colonie dans l'intérieur, Sicca; la ville libre de Bulla Regia; sur la côte, Tacatua, Hipporegius (Bone); le fleuve Armua; la ville de Tabraca, jouissant du droit romain; le fleuve Tusca, limite de la Numidie. Rien de remarquable dans ce pays, st ce n'est le marbre numidique, et les animaux féroces qu'il produit.

III. (IV.) [1] Au fleuve Tusca commence la région Zeugitane; elle est appelée proprement Afrique. Trois promontoires, le promontoire Blanc, le promontoire d'Apollon en face de la Sardaigne, le promontoire de Mercure en face de la Sicile, s'avançant dans la haute mer, forment deux golfes : le premier est celui d'Hippone, le plus voisin de la ville qu'on nomme Hippo Dirutus, par corruption du mot grec diarrhytos, qui signifie arrosé par des eaux abondantes. Dans le voisinage est Theudalis, ville libre, à une certaine distance du rivage; puis le promontoire d'Apollon (cap Farina), et, dans le second golfe (golfe de Tunis), Utique, jouissant du droit romain, et célèbre par la mort de Caton.

[2] Le fleuve Bagrada (Medjerda), la localité appelée Castra Cornelia (Porto Farina), Carthage, colonie élevée sur les ruines de la grande Carthage; la colonie Maxulla, les villes de Carpi et de Misua, la ville libre de Clupée, sur le promontoire de Mercure (cap Bon) ; la ville libre de Curubis, Néapolis. Puis vient une autre division de l'Afrique proprement dite: on appelle Libyphéniciens ceux qui habitent le Byzacium ; tel est le nom d'une contrée de 250.000 pas de tour, d'une fertilité admirable, puisque la semence y rend cent pour un (XVII, 3). Là sont les villes libres de Leptis (Lemta), d'Adrumetum, de Ruspina (XV, 21 ), de Thapsus;

[3] puis Thènes, Macomades, Tacape, Sabrata qui touche à la petite Syrte (baie de Cabes), jusqu'à laquelle la longueur de la Numidie et de l'Afrique, depuis l'Ampsaga, est de 580.000 pas; la largeur de ce qu'on connaît est de 200.000. Cette partie, que nous avons appelée proprement Afrique, se divise en deux provinces, l'ancienne et la nouvelle, séparée par un fossé qui fut tracé par suite d'une convention entre Scipion Emilien et les rois, et mené jusqu'à Thènes, ville éloignée de Carthage de 216.000 pas.

IV. [1] Un troisième golfe se partage en deux golfes, les Syrtes, périlleuses par la marée et les hauts-fonds. La plus voisine, qui est la plus petite, et, d'après Polybe, à 300.000 pas de Carthage, et a une entrée de 100.000 pas et un circuit de 300.000. Par terre, pour s'y rendre, il faut se guider sur les astres et traverser des déserts emplis de sables et de serpents. Vient ensuite une région boisée, que peuple une multitude de bêtes féroces; dans l'intérieur, des solitudes livrées aux éléphants, puis de vastes déserts; au delà les Garamantes, séparés des Augyles par douze journées de marche. Au-dessus des Garamantes fut jadis la nation des Psylles ; au-dessus des Psylles le lac de Lycomède, entouré de déserts.

[2] Quant aux Augyles mêmes, on les place entre l'Éthiopie qui regarde l'occident, et la région qui est intermédiaire aux deux Syrtes, et à une distance à peu près égale de l'une et de l'autre. Par la côte, la distance qui sépare les deux Syrtes est de 250.000 pas ; là sont la cité d'Oea, le fleuve Cinyps, la contrée de même nom, les villes de Néapolis, de Taphra, d'Abrotonum; la seconde Leptis, surnommée la Grande; puis la grande Syrte (golfe de Sidra), de 625.000 pas de tour, dont l'entrée a 312.000 pas: là habite la nation des Cisipades.

[3] Au fond du golfe, sur la côte, furent jadis les Lotophages (XIII, 32), appelés par quelques-uns Alachroens, jusqu'aux autels des Philènes; ces autels sont en sable. De ce côté, et peu avant dans les terres, est un vaste marais qui reçoit le fleuve Triton et qui en porte le nom; il a été appelé Pallantias par Callimaque; on dit qu'il est placé en deçà de la petite Syrte, mais beaucoup le mettent entre les deux Syrtes. Le promontoire qui borne la grande Syrte s'appelle Borion; au delà est la province Cyrénaïque.

[4] L'Afrique, depuis le fleuve Ampagsa jusqu'à cette limite, renferme vingt-six peuples qui obéissent à l'empire romain. On y trouve six colonies, quatre déjà nommées, et Uthina et Tuburbis; quinze villes jouissant du droit romain, parmi lesquelles il faut nommer, dans l'intérieur des terres, Azuritum, Abutucum, Aborium, Canopicum, Chilma, Simittuum, Thanusidium, Taburnicum, Tynidrumum, Tibiga, deux Ucita, la grande et la petite; Vaga; une ville jouissant du droit latin, Usalita; une ville tributaire placée près des Castra Cornelia;

[5] trente villes libres, desquelles il faut nommer, dans l'intérieur, Acola, Acharita, Avina, Abzirita, Canopita, Melzita, Matera, Salaphita, Tysdrita (09), Tiphica, Tunica, Theuda, Tagesta, Tiga, Ulusubrita, une autre Vaga, Visa, Zama. Les autres ne sont pas tant, pour la plupart, des cités seulement que des nations, telles que les Natabudes, les Capsitans, les Misulans, les Sabarbares, les Massylliens, les Nisives, les Vacamures, les Ethiniens, les Mussiniens, les Marchubiens, et toute la Gétulie jusqu'au fleuve Nigris, qui sépare l'Afrique de l'Éthiopie.

V. (V.) [1] La Cyrénaïque ou Pentapole est célèbre par l'oracle d'Hammon, qui est éloigné de la ville de Cyrène de 400.000 pas, par la source du Soleil (II, 10, 6), et surtout par cinq villes: Bérénice, Arsinoé, Ptolémais, Apollonle, et Cyrène elle-même. Bérénice est située sur la corne la plus intérieure de la Syrte; elle a porté jadis le nom des Hespérides, dont nous avons déjà parlé (V, 1); car le théâtre des fables grecques est souvent déplacé. Non loin et en avant de la ville est le fleuve Léthon, et un bois sacré où la tradition a placé les jardins des Hespérides. Elle est éloignée de Leptis de 375.000 pas;

[2] puis vient Arsinoé appelée Theuchira, à 43.000 pas ; puis Ptolémaïs, portant jadis le nom de Barcé, à 22.000 pas plus loin. A 40.000 pas, le promontoire Phyconte s'avance dans la mer de Crète; il est à 350.000 pas du cap Ténare en Laconie, et à 225.000 de la Crète elle-même; ensuite Cyrène, à 11.000 pas de la mer; du cap Phyconte à Apollonie, 24.000, et au cap Chersonèse 88.000 pas; de Chersonèse jusqu'à Catabathmos, 216.000 pas :

[3] là habitent les Marmarides, qui s'étendent à peu près depuis le pays des Paraetoniens jusqu'à la grande Syrte; puis les Araraucèles; sur la côte de la Syrte les Nasamons, appelés auparavant par les Grecs Mesammons, à cause de leur situation au milieu des sables. Le territoire de la Cyrénaïque, dans une largeur de 15.000 pas à partir du rivage, passe pour être riche en arbres; la zone, suivante intérieure, dans une même largeur, ne produit que des grains; enfin une dernière zone, de 30.000 pas de large sur 250.000 de longueur, ne produit que de l'assa foetida (XIX, 15).

[4] Après les Nasamons habitent les Asbystes et les Maces; au delà les Hammanientes, à douze journées de marche de la grande Syrte vers l'occident, et entourés eux-mêmes de sables dans tous les sens: toutefois, ils trouvent sans peine des sources à la profondeur d'environ deux coudées; car c'est là que refluent et séjournent les eaux de la Mauritanie; ils emploient en guise de pierre, pour construire leurs maisons, des blocs de sel qu'ils taillent dans leurs montagnes. De ces peuples il y a quatre journées de marche du côté du couchant d'hiver jusqu'aux Troglodytes, avec lesquels on ne fait d'autre commerce que celui de la pierre précieuse que nous appelons escarboucle (XXXVII, 25), et qui est apportée d'Éthiopie.

[5] Sur ce chemin est le pays de Phazanie (Fezzan ), tourné du côté des déserts d'Afrique, dont nous avons parlé au-dessus de la petite Syrte. Là nous avons soumis la nation des Phazaniens et les villes d'Alèle et de Cillaba, de même que Cidamus en face de Sabrata (V, 3). De la s'élève une chaîne qui s'étend dans un long espace du levant au couchant. Les Romains l'ont appelée Noire (ater), soit que naturellement elle semble brûlée, soit qu'elle doive cette apparence à l'action des rayons du soleil.

[6] Au delà de cette montagne sont des déserts, Matelgae, ville des Garamantes; Debris, où est une fontaine dont les eaux sont bouillantes de midi à minuit et glaciales de minuit à midi, et la ville célèbre Garama, capitale des Garamantes. Toutes ces contrées ont été subjuguées par les armes romaines; Cornelius Balbus en a triomphé (44 de J, C.). Il est le seul étranger qui ait obtenu le char triomphal et le droit de cité: né à Cadix, il obtint ce droit avec Balbus l'ancien, son oncle; et, chose singulière, tandis que les auteurs romains lui ont attribué la conquête des villes susdites, lui-même a mené en triomphe, outre Cidamus et Garama, les noms et les images de toutes les nations et villes, dans l'ordre suivant:

[7] la ville de Tabidium, la nation Niteris, la ville de Negligemela, la nation où la ville de Bubéium, la nation Enipi, la ville Thuben, la montagne appelée Noire (niger), Nitibrum et Rapsa, villes, la nation Discera, la ville Debris, le fleuve Nathabur, la ville Thapsagum, la nation Nannagi, la ville Boin, la ville Pège, le fleuve Dasibari, puis les villes contiguës de Baracum, de Buluba, d'Alasi, de Balsa, de Galla, de Maxala, de Zizama; le mont Gyri, qui, d'après le titre de l'image, produit des pierres précieuses. Jusqu'à présent on n'avait aucun chemin tracé menant aux Garamantes, attendu que les brigands de cette nation recouvrent de sable des puits qu'on trouve sans creuser beaucoup, si l'on a la connaissance des lieux.

[8] Dans la dernière guerre que les Romains eurent avec les Oeens, sous les auspices de l'empereur Vespasien, on a trouvé une route abrégée de quatre journées; ce chemin s'appelle Au delà de la tête du rocher. La limite de la Cyrénaïque est Catabathmos, nom d'une ville et d'un vallon qui s'enfonce tout à coup. Depuis la petite Syrte jusqu'à cette limite, l'Afrique Cyrénaïque a 1.060.000 pas de long: en largeur, autant qu'on la connaît, elle a 800.000 pas.

Vl. (VI) [1] La région qui suit s'appelle Libye Maréotide, limitrophe de l'Égypte. Elle est occupée par les Marmarides, les Adyrmachides, puis par les Maréotes; la distance de Catabathmos à Paraetonium est de 86.000 pas. Dans ces parages est le bourg Apis (VIII, 71), lieu célèbre par le culte des Égyptiens: on compte de là à Paraetonium 62.000 pas; de Paraetonium à Alexandrie 200.000; la largeur est de 169.000.

[2] Ératosthène a écrit que de Cyrène à Alexandrie il y a par terre 525.000 pas. Agrippa a évalué la longueur de toute l'Afrique depuis la mer Atlantique y compris la basse Égypte, à 3.040.000 pas. Polybe et Ératosthène, qui passent pour les plus exacts, comptent 1.100.000 pas de l'Océan à la grande Carthage; de là la branche Canopique du Nil, qui est la plus voisine, 1.5828.000; Isidore, de Tingis à Canope, 3.599.000 pas (10); Artémidore, 40.000 de moins qu'Isidore.

VII. (VII.) [1] Ces mers ne renferment pas un grand nombre d'îles: la plus célèbre est Meninx, de 25.000 pas de long, de 23.000 de large, appelée par Ératosthène Lotophagitis; elle a deux villes : Meninx du côté de l'Afrique, et Thoar de l'autre; elle-même est à 200 pas du promontoire de droite de la petite Syrte. A 100.000 pas de cette île, en face du promontoire gauche, est Cercina, avec une ville libre de même nom; elle est longue de 25.000 pas; là où elle est le plus large, elle n'a que la moitié de cette étendue, et à l'extrémité la largeur n'en est pas de plus de 5.000 pas;

[2] du côté de Carthage elle est adjacente à une toute petite île qu'on appelle Cercinitis, et qui y est jointe par un pont. A environ 50.000 pas de ces deux îles est Lopadusa, longue de 6.000 ; puis Gaulos et Galata (III, 146),dont la terre tue le scorpion, animal dangereux de l'Afrique; on dit aussi qu'il meurt à Clupée, en face de laquelle est l'île Cosyra, avec une ville. Vis-à-vis le golfe de Carthage sont les deux autels d'Aegimore, moins îles que rochers situés à peu près entre la Sicile et la Sardaigne: des auteurs prétendent que ces îles, habitées jadis, se sont enfoncées dans la mer.

VIII. (VIII) [1] Dans l'intérieur de l'Afrique, du côté du midi, au-dessus des Gétules, et après avoir traversé des déserts, on trouve d'abord les Libyégyptiens, puis les Leucéthiopiens; plus loin, des nations éthiopiennes : les Nigrites, ainsi nommés du fleuve dont nous avons parlé (V, 4) ; les Gymnètes, les Pharusiens qui atteignent l'Océan, et les Pérorses que nous avons nommés (V, 1, 10), sur les confins de la Mauritanie. Tous ces peuples sont bornés du côté de l'orient par de vastes solitudes, jusqu'aux Garamantes, aux Augyles et aux Troglodytes. Rien n'est plus vrai que l'opinion de ceux qui placent au delà des déserts d'Afrique deux Éthiopies, et, avant tous, d'Homère (Od.,I, 23), qui divise en deux les Éthiopiens, ceux de l'orient et ceux du couchant.

[2] Le Nigris a la même nature que le Nil ; il produit le roseau, le papyrus et les mêmes animaux ; la crue s'en fait aux mêmes époques; il a sa source entre les Éthiopiens Taréléens et les Oecaliques. La ville de ceux-ci, Mavis, a été placée par quelques-uns dans les déserts; et à côté les Atlantes, les Aegipans, demi-bêtes, les Blemmyes, les Gamphasantes, les Satyres, les Himantopodes. Les Atlantes, si nous ajoutons foi aux récits, ont perdu les caractères de l'humanité; ils n'ont point entre eux de noms qui les distinguent; ils regardent le soleil levant et couchant en prononçant des imprécations terribles, comme contre un astre funeste à eux et à leurs champs; ils n'ont pas de songes, comme en ont les autres hommes.

[3] Les Troglodytes creusent des cavernes, ce sont leurs maisons; la chair des serpents leur sert de nourriture; ils ont un grincement, point de voix, et ils sont privés du commerce de la parole. Les Garamantes ne contractent point de mariages, et les femmes sont communes. Les Augyles n'honorent que les dieux infernaux. Les Gamphasantes, nus, ignorants des combats, ne se mêlent jamais aux étrangers. On rapporte que les Blemmyes sont sans tête, et qu'ils ont la bouche et les yeux fixés à la poitrine. Les Satyres, excepté la figure, n'ont rien de l'homme. La conformation des Aegipans est telle qu'on la représente d'ordinaire. Les Himantopodes ont pour pieds des espèces de courroies, avec lesquelles ils avancent en serpentant. Les Pharusiens sont d'anciens Perses qui, dit-on, accompagnèrent Hercule dans son expédition aux Hespérides. Je n'ai pas trouvé d'autres renseignements sur l'Afrique.

IX. (IX.) [1] A l'Afrique tient l'Asie, qui, d'après Timosthène, a, depuis la branche Canopique du Nil jusqu'à l'ouverture du Pont-Euxin, 2,639,000 pas. De l'ouverture du Pont-Euxin à celle du Palus-Méotide, Ératosthène compte 1.645.000 pas. L'Asie entière jusqu'au Tanaïs est, y compris l'Égypte, estimée à 6.375.000 pas par Artémidore et Isidore. Plusieurs des mers qui la baignent ont pris leur nom des peuples qui en habitent les côtes; aussi nous en parlerons en même temps. L'Égypte, limitrophe de l'Afrique, s'avance au midi, dans l'intérieur des terres, jusqu'à l'Éthiopie, qui la ferme par derrière.

[2] Le Nil, se divisant, forme à droite et à gauche les limites de sa partie inférieure; la branche Canopique la sépare de l'Afrique, la branche Pélusiaque de l'Asie; l'intervalle est de 170.000 pas : quelques-uns ont, à cause de cette disposition, mis l'Égypte au nombre des îles. Le Nil se partage de telle façon qu'il donne une configuration triangulaire au terrain; aussi beaucoup appellent-ils l'Égypte Delta, du nom de la lettre grecque. La distance, depuis le lieu où le canal unique du fleuve se bifurque pour la première fois, est de 146.000 pas jusqu'à la bouche Canopique, et de 256.000 jusque la bouche Pélusiaque.

[3] La haute Égypte, limitrophe de l'Éthiopie, s'appelle Thébaïde. L'Égypte est divisée en préfectures urbaines appelées nomes: l'Ombite, l'Apollopolite, l'Hermonthite, le Thinite, le Phaturite, le Coptite, le Tentyrite, le Diospolite, l'Antéopolite, l'Aphroditopolite, le Lycopolite. La région voisine de Péluse renferme les nomes Pharbaethite, Bubastite, Séthroïte, Tanite. Le reste de l'Égypte a les nomes Arabique, Ammonique qui est tourné du côté de l'oracle de Jupiter Hammon, Oxyrynchite, Leontopolite, Atharrhabite, Cynopolite, Hermopolite, Xoïte, Mendésien, Sébennyte, Cabasite, Latopolite, Héliopolite, Prosopite, Panopolite, Busirite, Onophite, Saïte, Ptenéthu, Phthemphu, Naucratite, Métélite, Gynaecopolite, Ménelaïte, dans la région d'Alexandrie;

[4] dans la Libye, le nome Maréotite; le nome Héracléopolite est dans une île du Nil longue de 50.000 pas, et où se trouve une ville qu'on appelle Ville d'Hercule. Il y a deux nomes arsinoïtes; ces nomes et le nome Memphite arrivent jusqu'au sommet du Delta; ils sont limitrophes, du côté de l'Afrique, des deux nomes oasites. Certains auteurs changent quelque-uns de ces noms et substituent d'autres noms, tels que les nomes Héroopolite et Crocodilopolite. Entre le nome Arsinoïte et le nome Memphite il y eut autrefois un lac de 250.000 pas de tour, ou, d'après Mucianus, de 450.000, et de 50 pas de profondeur; il avait été creusé de main d'homme et appelé Moeris (XXXVI, 16), du nom du roi qui avait fait exécuter ce travail.

[5] La distance est de 72.000 pas de là jusqu'à Memphis, ancienne capitale des rois d'Égypte. De Memphis à l'oracle d'Hammon le trajet est de douze journées de marche, et de 15.000 pas jusqu'au partage du Nil et au commencement du Delta.

X. [1] Le Nil, sorti de sources mal connues, coule à travers des lieux déserts et brûlants. Il promène ses eaux dans un espace d'une immense longueur, dont la connaissance est due à des récits pacifiques (11), et non aux guerres qui ont procuré la découverte de tous les autres paye. La source (autant qu'ont pu s'étendre les recherches du roi Juba) en est une montagne de la Mauritanie inférieure, non loin de l'Océan; il forme aussitôt un lac qu'on appelle Nilis. On y trouve, en fait de poissons, des alabètes (12), des coracins (IX, 32) et des silures (IX, 17); un crocodile en a été rapporté et consacré par Juba même, preuve que c'est bien le Nil, dans le temple d'Isis à Césarée, où on le voit encore aujourd'hui.

[2] En outre, on a observé que la crue du Nil correspond à l'abondance des neiges et des pluies en Mauritanie. Sorti de ce lac, le fleuve s'indigne de couler à travers des lieux sablonneux et arides, et il se cache pendant un trajet de quelques jours de marche; puis, traversant un plus grand lac dans la Massaesylie, portion de la Mauritanie Césarienne, il s'élance, et jette, pour ainsi dire, un regard sur les sociétés humaines; la présence des mêmes animaux prouve que c'est toujours le même fleuve.

[3] Reçu de nouveau dans les sables, il se dérobe encore une fois dans des déserts de vingt journées de marche, jusqu'aux confins de l'Éthiopie; et lorsqu'il a reconnu derechef la présence de l'homme, ils s'élance, sans doute jaillissant de cette source qu'on a nommée Nigris. Là, séparant l'Afrique de l'Éthiopie, les rives en sont peuplées, sinon d'hommes, du moins de bêtes et de monstres: créant des forêts dans son cours, il traverse par le milieu l'Éthiopie, sous le nom d'Astapus, mot qui, dans la langue de ces peuples, signifie une eau sortant des ténèbres.

[4] Tant d'îles en parsèment le lit, et quelques-unes si étendues, que, malgré sa course rapide, il ne lui faut pas moins de cinq jours pour les dépasser. A Méroé, la plus célèbre de ces îles, le bras gauche est appelé Astabores, c'est-à-dire, branche d'une eau tenant les ténèbres; le bras droit s'appelle Astusapes, mot qui emporte l'idée d'eau cachée. Il n'est pas le Nil avant d'avoir réuni dans un seul lit ses eaux réconciliées; et même il porte encore, pendant quelques milles au-dessous comme au-dessus, le nom de Siris. Homère a donné au fleuve entier le nom d'Égyptus (Od. IV, 477) ; d'autres, celui de Triton. De là il se heurte contre des îles qui semblent l'irriter dans sa marche; enfin, resserré par les montagnes, il n'est nulle part plus torrentueux; il roule ses eaux impétueuses jusqu'au lieu d'Éthiopie qu'on appelle Catadupe; et dans cette dernière cataracte, au milieu des écueils qui l'arrêtent, il semble, non pas couler, mais se précipiter avec un horrible fracas:

[5] au delà il s'apaise, ses flots s'amortissent, sa violence est domptée, et, fatigué sans doute aussi par l'espace qu'il a franchi, il se décharge par des embouchures larges, quoique nombreuses, dans la mer d'Égypte. A des jours fixes il inonde de ses eaux débordées tout le pays, et, couvrant la terre, il la féconde.

[6] On a attribué ce débordement à des causes diverses: les plus probables sont, ou que les vents étésiens, qui à cette époque soufflent en sens inverse de son cours, le repoussent et font monter la mer dans ses embouchures, ou qu'il grossit par les pluies d'été en Éthiopie, où les mêmes vents étésiens portent les nuages du reste de la terre. Timée, le mathématicien, en a donné une raison occulte : la source du Nil, dit-il, s'appelle Phiala; le fleuve lui-même est plongé dans des souterrains, tout haletant par la chaleur sous les rochers fumeux où il se cache;

[7] mais, à l'époque de l'inondation, le soleil se rapproche de la terre, la chaleur de cet astre fait sortir le Nil, qui, soulevé, déborde et se cache ensuite, de peur d'être desséché: ce soulèvement du fleuve a lieu à partir du lever de la Canicule, le soleil entrant dans le signe du Lion, et cet astre étant placé verticalement au-dessus de la source; car alors dans ces parages il n'y a pas d'ombre. La plupart des auteurs pensent, au contraire, que si le fleuve coule plus abondamment quand le soleil va au septentrion dans les signes du Cancer et du Lion, c'est en conséquence de l'éloignement de cet astre que le lit du fleuve est plus rempli; mais que lorsque le soleil retourne au midi et dans le Capricorne les eaux baissent, et coulent pour cette raison avec moins d'abondance. On ne peut croire à cette attraction du Nil supposée par Timée, puisqu'à cette dernière époque dans ces parages les ombres manquent continuellement.

[8] Le Nil commence à croître à la lune nouvelle qui suit le solstice d'été; la crue est graduelle et modérée quand le soleil traverse le Cancer; elle devient très abondante quand il traverse le Lion; et dans le signe de la Vierge l'eau baisse, d'après la progression qu'elle avait suivie en montant. En somme, il rentre dans ses rives lorsque le soleil passe dans le signe de la Balance, au bout de 100 jours, comme le dit Hérodote (2, 19) ; pendant qu'il croît il est interdit au roi ou aux préfets de naviguer sur le fleuve. Sa crue se mesure par des marques qui sont dans des puits; le débordement régulier est de 15 coudées (XVIII, 47; XXXVI, 11); un débordement moindre n'arrose pas tout; un débordement plus grand, mettant plus de temps à se retirer, retarde les travaux: celui-ci, par l’humidité qu'il laisse dans le sol, empêche de profiter de l'époque des semailles; celui-là ne permet pas d'ensemencer un sol desséché.

[9] L'Égypte redoute l'un et l'autre: à douze coudées il y a famine, à treize il y a encore disette: quatorze amènent la joie, quinze la sécurité, et seize l'abondance et les délices. Le plus grand débordement jusqu'à ce temps a été de 18 coudées, sous l'empereur Claude; le moindre a été de cinq coudées, pendant la guerre de Pharsale, comme si le fleuve, par un prodige, témoignait son horreur de l'assassinat de Pompée. Lorsque les eaux sont arrivées à leur plus haut point, on les reçoit dans les terres en ouvrant les digues: on ensemence le terrain à mesure qu'il le quitte. Seul de tous les fleuves il ne donne naissance à aucune vapeur.

[10] Il commence à entrer dans le domaine de l'Égypte à Syène (II, 75), limite de l'Éthiopie: on appelle ainsi une péninsule de 1.000 pas de tour où sont les Camps, du côté de l'Arabie. En face est l'île de Philae, de 4.000 pas de tour (13), à 600.000 de la division du Nil, où commence ce qu'on appelle le Delta.

[11] Telle est du moins l'estimation d'Artémidore, d'après lequel cet espace a renfermé 250 villes; Juba l'a évalué à 400.000. Aristocréon compte d'Éléphantis à la mer 750.000 pas: Éléphantis est une île habitée, à 4.000 pas au-dessous de la dernière cataracte, et à 16.000 au-dessus de Syène; c'est à Éléphantis que s'arrête la navigation égyptienne. La distance d’Alexandrie est de 580.000 pas: qu'on juge par là de l'énormité des erreurs commises par les auteurs susdits ! C'est le rendez-vous des bateaux éthiopiens: ces bateaux se plient, et on les porte sur les épaules pour franchir les cataractes.

XI. [1] L'Égypte, outre la gloire d'antiquité qu'elle s'attribue, se vante d'avoir renfermé vingt mille villes sous le règne d'Amasis. Maintenant encore elle en voit un grand nombre, mais sans renom. On célèbre toutefois la ville d'Apollon, la ville de Leucothée, Diospolis la Grande, ou Thèbes, fameuse pour ses cent portes; Coptos, le marché le plus voisin du Nil pour les marchandises de l'Inde et de l'Arabie: puis la ville de Vénus, une autre Diospolis, Tentyris; au-dessous, Abydus, renommée à cause du palais de Memnon et du temple d'Osiris et éloignée du fleuve de 7.500 pas du côté de la Libye;

[2] Ptolémaïs, Panopolis, une autre ville de Vénus: dans le côté Libyque, Lycon, où les montagnes font les limites de la Thébaïde; plus loin, la ville de Mercure, la ville des Alabastres, la ville des Chiens, la ville d'Hercule déjà nommée; puis Arsinoé et Memphis, déjà nommée: entre Memphis et le nome Arsinoïte, dans le côté Libyque, les tours appelées Pyramides (XXVII, 16), le Labyrinthe (XXXV, 19), bâti dans le lac Moeris sans qu'on ait employé le bois ; la ville de Crialon, et une ville située dans l'intérieur, voisine de l'Arabie et fort célèbre, la ville du Soleil.

[3] (X.) Mais on louera à juste titre, sur le bord de la mer Égyptienne, Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand, dans le côté Africain, à 12.000 pas de l'embouchure Canopiue, auprès du lac Maréotis, dans un lieu qui se nommait auparavant Rhacotès: le plan en a été tracé par Dinocharès (XXXIV, 42) architecte d'un génie remarquable à divers titres, qui lui donna une étendue de 15.000 pas, et la forme circulaire d'une chlamyde macédonienne frangée sur les bords, avec un prolongement anguleux à droite et à gauche : dès lors un cinquième de la ville fut consacré à l'emplacement du palais.

[4] Le lac Maréotis, au midi de la ville, provient de la bouche Canopique par un canal qui sert au commerce de l'intérieur; il renferme plusieurs îles; il a 30.000 pas de longueur et 150.000 de tour, d'après l'empereur Claude. D'autres disent qu'il a 40 schènes de long, et que le schène est de 30 stades, ce qui en porte la longueur à 150.000 pas; ils lui donnent autant de largeur.

[5] Il y a encore aux embouchures du Nil plusieurs villes renommées, surtout celles qui ont donné leurs noms aux bouches, non a toutes, puisque sur douze bouches, outre les quatre qu'on appelle fausses embouchures, les sept plus célèbres seulement portent des noms de ville: ce sont la bouche Canopique, la plus voisine d'Alexandrie; puis la bouche Bolbitique, la bouche Sebennytique, la bouche Phatnitique, la bouche Mendésique, la bouche Tanitique, et la dernière la bouche Pélusiaque; de plus, on trouve Butos, Pharbaethos, Leontopolis, Athribis, la ville d'Isis, Busiris, Cynopolis, Aphrodites, Saïs, Naucratis, dont quelques uns donnent le nom à une bouche du Nil, appelant Naucratique celle que d'autres nomment Héracléotique, et lui sacrifiant la bouche Canopique, qui en est la plus voisine.

XII. (XI.) [1] Au delà de la bouche Pélusiaque est l'Arabie, contiguë à la mer Rouge et à cette Arabie fertile en parfums, opulente, et célèbre par son surnom d'heureuse. Celle dont il est question ici porte le nom des Arabes Catabanes, Esbonites, Scénites (VI, 30 et 32): elle est stérile, excepté aux abords de la Syrie; et le mont Casius seul y a quelque renom. Cette région tient du côté du levant aux Arabes Canchléens, du côté du midi aux Arabes Cédréens;

[2] et les uns et les autres tiennent aux Nabatéens (VI, 32) . La mer Rouge, du côté de l'Égypte, forme deux golfes appelés, l'un Héroopolite, et l'autre Aelanitique. On compte 150.000 pas entre Aelana, sur la mer Rouge, et Gaza sur la Méditerranée; Agrippa évalue à 125.000 pas à travers les déserts l'intervalle entre Péluse et Arsinoé (VI, 33), ville de la mer Rouge : il n'est besoin que de cette petite distance pour imprimer à la nature un caractère si différent.

XIII. (XII.) [1] La côte voisine est occupée par la Syrie, autrefois le plus puissant des pays, et divisée entre plusieurs noms. Elle s'appelait Palestine du côte des Arabes, puis Judée, puis Coelésyrie, plus loin Phénicie, Damascène là où elle s'enfonce dans l'intérieur, et plus avant encore, au midi (14), Babylonie, Mésopotamie entre l'Euphrate et le Tigre, Sophène au delà du Taurus, Commagène en deçà; au delà de l'Arménie, Adiabène, nommée auparavant Assyrie, et Antioche là où elle touche la Cilicie. La longueur de la Syrie entre la Cilicie et l'Arable est de 470.000 pas;

[2] la largeur, depuis Séleucie dans la Piérie jusqu'à Zeugma, ville sur l'Euphrate, est de 175.00. Ceux qui font des divisions plus subtiles prétendent que la Phénicie est une enclave de la Syrie, dont elle occupe en partie le littoral et dont l'Idumée, la Judée, la Phénicie et la Syrie Antiochienne (15) sont des divisions. Toute la mer qui baigne ces côtes s'appelle Phénicienne. La nation phénicienne jouit d'une grande gloire (VII, 57) pour avoir inventé les lettres, et pour ses découvertes dans l'astronomie, la navigation et la guerre.

XIV. [1] A partir de Péluse, on trouve le Camp de Chabrias, le mont Casius, le temple de Jupiter Casien, le tombeau du grand Pompée. L'Arabie a pour limite la ville d'Ostracine, à 65.000 pas de Péluse.

[2] (XIII.) Puis commencent l'Idumée et la Palestine à la sortie du lac Sirbon, qui a, d'après quelques-uns, 150.000 pas de tour. Hérodote (3, 5) l'a mis au pied du mont Casius; maintenant c'est un marais de médiocre étendue. Villes: Rhinocolure, dans les terres; Rhaphée; Gaza, et dans les terres Anthedon; le mont Argaris (16) ; sur la côte, la Samarie; la ville d'Ascalon, libre; Azotus, les deux Jamnia, dont l'une est dans les terres; Joppé, des Phéniciens, plus ancienne que le déluge, d'après la tradition;

[3] elle est placée sur un coteau, et a devant elle un rocher où l'on montre les restes des chaînes d'Andromède. On y adore Céto, monstre fabuleux; au delà, Apollonie, la tour de Straton, autrement Césarée, fondée par le roi Hérode, maintenant appelée Prima Flavia, d'une colonie qui y a été établie par l'empereur Vespasien; la limite de la Palestine, à 189.000 pas de la frontière d'Arabie ; puis commence la Phénicie. Dans l'intérieur de la Samarie, les villes de Néapolis, qui se nommait auparavant Mamortha, de Sébaste sur une montagne, et de Gamala sur une montagne plus haute.

XV. (XIV.) [1] Au delà de l'Idumée et de la Samarie s'étend la Judée dans un grand espace. La partie qui tient à la Syrie s'appelle Galilée; celle qui est voisine de l'Arabie et de l'Égypte s'appelle Pérée, parsemée d'âpres montages, et  séparée par le Jourdain du reste de la Judée. La Judée même est divisée en dix toparchies, dans l'ordre suivant : celle de Jéricho, plantée de palmiers, arrosée de sources; celle d'Emmaüm, celle de Lydda, celle de Joppé, celle d'Acrabatène, celle de Gophna, celle de Thamna, celle de Bethleptephe, telle d'Orine, ou fut Jérusalem, la plus célèbre des villes non de la Judée seulement, mais de l'Orient; celle d'Herodium, avec une ville illustre du même nom.

[2] (XV.) Le Jourdain sort de la source Paneas qui a donné un surnom à une Césarée dont nous parlerons (V, 16). C'est un fleuve agréable, et, autant que la situation des lieux le permet, se repliant et se montrant aux habitants de ses bords, comme s'il ne se rendait qu'à regret au lac Asphaltite, lac affreux où il finit par s'absorber et perdre ses eaux renommées, en les mélangeant à de eaux pestilentielles. Aussi, dès que les vallées qu'il traverse lui en offrent l'occasion, il s'épanche en un lac que beaucoup appellent lac de Génésara, long de 16.000 pas et large de 6.000, entouré de villes agréables, au levant Julias et Hippo, au midi Tarichée, dont quelques-uns donnent le nom au lac; à l'occident Tibériade, qui a des sources thermales et salutaires.

[3] (XVI.) Le lac Asphaltite ne produit que du bitume; d'où le nom qu'il porte. Aucun corps d'animal ne s'y enfonce: les taureaux et les chameaux y surnagent (17). De là le bruit, que rien n'y va au fond. Il a de long plus de 100.000 pas, dans la plus grande largeur 25.000, dans sa moindre 6.000. Il est dominé à l'orient par l'Arabie des Nomades, au midi par Machaeronte, autrefois la plus forte place de la Judée après Jérusalem; de ce même côté est une source chaude employée à des usages médicaux, Callirrhoé, nom qui, par lui-même, indique le mérite de ses eaux.

[4] (XVII. ) A l'occident, mais à une distance du rivage où il n'y a rien à craindre des exhalaisons, sont les Esséniens, nation solitaire, singulière par-dessus toutes les autres, sans femme, sans amour, sans argent, vivant dans la société des palmiers. Elle se reproduit de jour en jour, grâce à l'affluence de nouveaux hôtes; et la foule ne manque pas de ceux qui, fatigués de la vie, sont amenés par le flot de la fortune à adopter ce genre de vie. Ainsi, pendant des milliers de siècles, chose incroyable, dans une nation chez laquelle il ne naît personne, tant est fécond pour elle le repentir qu'ont les autres de leur vie passée. Au-dessous d'eux fut la ville d'Engadda, ne le cédant qu'a Jérusalem pour la fertilité et ses bois de palmiers; maintenant c'est un monceau de cendres comme Jérusalem. De là on arrive à Masada, château sur un rocher, qui n'est pas loin, non plus, du lac Asphaltite. Voilà pour la Judée.

XVI. (XVIII) [1] Près de la Judée, du côté de la Syrie, est la Décapole, ainsi nommée du nombre de se villes, sur lequel tous les auteurs ne sont pas d'accord. La plupart comptent Damas, fertilisée par les dérivations du fleuve Chrysorrhoas, qui s'y absorbe; Philadelphie, Raphana, toutes villes qui s'avancent vers l'Arabie; Scythopolis, ainsi appelée des Scythes qui y furent établis, et portant auparavant le nom de Nysa à cause de Bacchus, dont la nourrice y fut ensevelie; Gadara, au pied de laquelle coule le Hieromiax ; Hippo, déjà nommée: Dion; Pella, riche en eaux ; Galasa, Canatha. Entre ces villes et autour d'elles sont des tétrarchies, dont chacune est comme un pays et forme un royaume: la Trachonitis, la Panéade, où est Césarée avec la source susnommée (V, 15); Abila, Arca, Ampeloessa, Gabe.

XVII. (XIX.) [1] De là il faut revenir à la côte et à la Phénicie (V, 14). Il y eut une ville appelée des Crocodiles; il n'y a plus qu'un fleuve de ce nom. Dorum, Sycaminum, villes qui n'ont laissé que leur souvenir; le cap Carmel, et sur la montagne une ville de même nom, appelée autrefois Ecbatane; auprès, Getta, Jebba; le ruisseau Pagida ou Bélus, apportant sur un petit espace de la côte un sable qui produit le verre (XXXVI, 65) : il sort du marais Cendevia, au pied du mont Carmel; auprès, Ptolémaïs, colonie de l'empereur Claude, jadis nommée Ace; la ville d'Écdippa, le promontoire Blanc;

[2] Tyr, île jadis, et séparée du continent par une mer profonde de 700 pas de large, maintenant jointe à la terre ferme par les ouvrages que construisit Alexandre durant le siège; Tyr, célèbre dans l'antiquité par la naissance de villes qu'elle a engendrées; Leptis, Utique (XVI, 79 ), Carthage, cette rivale de l'empire romain, ambitieuse de la conquête du monde, et Cadix, fondée même au delà des limites du monde. Maintenant tout l'éclat de Tyr est dans ses coquillages et sa pourpre. Le tour de cette ville est de 19.000 pas, y compris Palaetyrus; la ville elle-même a une étendue de 22 stades (mètres 4.048). Plus loin on rencontre les villes de Sarepta et d'Orithon, et Sidon fabricante du verre, et mère de Thèbes de Béotie.

[3] (XX.) Derrière cette ville commence la chaîne du Liban, s'étendant, dans un espace de 1.500 stades (myr. 27, 6), jusqu'a Simyra, dans la contrée appelée Coelésyrie. Égal en hauteur, et séparé par une vallée intermédiaire, court parallèlement l'Antiliban, joint jadis au Liban par un mur. Derrière et dans les terres sont la Décapole, les tétrarchies susdites (V, 16), et toute l'étendue de la Palestine; sur la côte au-dessous du Liban, le fleuve Magoras, Béryte, colonie, appelée Félix Julia,

[4] la ville de Léontos, le fleuve Lycos, Palaebiblos, le fleuve Adonis, les villes de Byblos, de Botrys, de Gigarta, de Trieris, de Calamos, Tripolis, habitée par des Tyriens, des Sidoniens et des Aradiens; Orthosia, le fleuve Éleuthère, les villes de Simyra, de Marathos; en face Arados, ville et île de sept stades (mètres 1.288), à 200 pas du continent ; la contrée ou les montagnes susnommées finissent, et où commence, après un intervalle de plaines, le mont Bargylus.

XVIII. [1] Là cesse la Phénicie, et la Syrie reprend. Villes, Carne, Balanea, Paltos, Gabale; le promontoire sur lequel est Laodicée, ville libre; Diospolis, Héraclée, Charadrus, Posidium.

[2] (XXI.) Puis le promontoire de la Syrie Antiochienne; dans les terres, Antioche elle-même, ville libre, surnommée Epidaphnes, partagée par l'Oronte; sur le promontoire, Séleucie appelée Pierie, ville libre.

[3] (XXII.)  Au-dessus un mont Casius, portant le même nom qu'une montagne située sur la frontière d'Égypte (V, 14). La hauteur en est telle, qu'à la quatrième veille (4e quart de la nuit) on aperçoit le soleil du milieu des ténèbres, et qu'il suffit de se retourner pour être en présence du jour ou de la nuit. La route menant au sommet est de 19.000 pas; la hauteur perpendiculaire est de 4.000. Sur la côte, le fleuve Oronte, né entre le Liban et l'Antiliban près d'Héliopolis; la ville de Rhosos; par derrière, les portes appelées Syriennes, dans l'intervalle qui sépare les monts Rhosiens et le Taurus; sur la côte, la ville de Myriandros; le mont Amanus, où est la ville de Bomitae, et qui sépare la Syrie de la Cilicie.

XIX. (XXIII.) [1] Venons à l'intérieur des terres. La Coelésyrie a : Apamée, séparée par le fleuve Marsyas de la tétrarchie des Nazeriniens; Bambyce, qui porte aussi le nom d'Hiérapolis, mais que les Syriens appellent Magog ; là on adore la monstrueuse Atargatis, nommée par les Grecs Derceto; Chalcis, dite sur le Bélus, d'où le nom de la Chalcidène, contrée la plus fertile de la Syrie; Cyrrhus et la Cyrrhestique; les Gazates, les Gindaréniens, les Gabéniens; deux tétrarchies nommées Granucomates; les Éméséniens, les Hylates, la nation des Ituréens, et la tribu Ituréenne des Baetarréniens; les Mariammitans; la tétrarchie appelée Mammisée; Paradisus, Pagres, les Pinarites; deux Séleucies, outre celle dont il a déjà été question (V, 13), l'une dite de l'Euphrate, l'autre dite du Bélus; les Cardytiens. Le reste de la Syrie comprend (outre ce qui sera énuméré avec l'Euphrate) les Aréthusiens, les Beroeens, les Épiphanéens, à l'orient les Laodiciens surnommés du Liban, les Leucadiens, les Larisséens, outre dix-sept tétrarchies distribuées en royaumes et portant des noms barbares.

XX. (XXIV.) [1] C'est ici qu'il convient le mieux de parler de l'Euphrate. Il naît dans la Caraniide, préfecture de la grande Arménie. Ceux qui en ont le plus approché mettent sa source, Domitius Corbulon dans le mont Aba, Licinius Mucianus au pied de la montagne appelée Capotes, à 12.000 pas au delà de Zimara. D'abord il se nomme Pyxirate. Il coule, séparant de la Cappadoce la Derxène d'abord, puis l'Anaïtis (XXXI, 24), contrées de l'Arménie (VI, 3). Dascusa est éloignée de Zimara de 75.000 pas. De là il est navigable jusqu'à Pastona, dans un espace de 50.000 pas; jusqu'à Mélitène de Cappadoce 24.000 pas; jusqu'à Élégie d'Arménie 10.000 pas; recevant, dans ce trajet, les rivières du Lycus, de l'Arsanias et de l'Arsanus.

[2] A Élégie le mont Taurus se trouve sur son passage, et ne lui résiste pas, malgré son épaisseur de 12.000 pas. Le fleuve s'appelle Omiras à son irruption dans la montagne, Euphrate après qu'il l'a rompue, plein de roches et impétueux même au delà (18). Puis il sépare à gauche (levant) l'Arabie dite des Aroéens (VI, 9) (19) dans un espace de trois schènes (20), à droite (couchant) la Commagène, supportant un pont là même où il force le Taurus.

[3] A Claudiopolis de la Cappadoce, il se dirige vers le couchant; le Taurus, dans la lutte, lui enlève cette première direction; bien que vaincu et déchiré, il en triomphe d'une autre manière, et, le brisant, il le chasse au midi. Ainsi, dans cette lutte de la nature, les choses se compensent : le fleuve va où il veut aller; la montagne l'empêche d'y aller par la voie qu'il voudrait suivre. Après les cataractes, il redevient navigable pendant 40.000 pas jusqu'à Samosate, capitale de la Commagène.

XXI. [1] L'Arabie susnommée a la ville d'Edesse, appelée jadis Antioche, et dite Callirrhoé du nom de sa fontaine, et la ville de Carrhes, célèbre par la défaite de Crassus. A l'Arabie tient la préfecture de la Mésopotamie, dont la population est d'origine assyrienne, et où sont la villes d'Anthémusia et de Nicéphorium; puis les Arabes nommés Retaves (21), capitale Singara. Au dessous de Samosate, du côte syrien, le Marsyas se jette dans l'Euphrate. A Cingilla finit la Commagène, commence la cité d'Imme; villes baignées par l'Euphrate, Épiphanie et Antioche, surnommées sur l'Euphrate; Zeugma (XXXIV, 43), à 72.000 pas de Samosate, et célèbre parce qu'on y passe ce fleuve;

[2] en face Apamée, que Séleucus, fondateur de l'une et l'autre villes, avait jointe à Zeugma par un pont. Les peuples attenant à la Mésopotamie se nomment Rhoales. Villes dans la Syrie, Europus, Amphipolis, appelée jadis Thapsacus. Les Arabes Scénites. L'Euphrate descend ainsi jusqu'au lieu nommé Ura, où, tournant à l'orient, il abandonne les solitudes palmyriennes de la Syrie, lesquelles atteignent jusqu'à la ville de Pétra et l'Arabie Heureuse.

[3] (XXV.) Palmyre, ville célèbre par sa situation, par la richesse de son sol et ses eaux agréables, a son territoire entouré par une vaste ceinture de sables ; séparée, pour ainsi dire, du reste de la terre par la nature, elle jouit de l'indépendance entre deux empires très puissants, les Romains et les Parthes, attirant, en cas de discorde, la première pensée des uns et des autres. Elle est éloignée de Séleucie des Parthes (VI, 30), dite sur le Tigre, de 337.000 pas, de la côte Syrienne la plus voisine, de 203.000, et de Damas de 176.000.

[4] (XXVI.) Au-dessous des déserts de Palmire est la Stélendène, et les villes déjà nommées (V, 12) de Hiérapolis, de Beroea et de Chalcis. Au delà de Palmyre, Émèse empiète aussi quelque peu sur ces déserts, ainsi qu'Elatium, moitié plus près de Pétra que Damas. Après Sura, la plus voisine est la ville de Philiscum, appartenant aux Parthes, sur l'Euphrate. De là à Séleucie il y a dix jours de navigation, et à peu près autant de Séleucie à Babylone. L'Euphrate, à environ 83.000 pas (22) de Zeugma, se divise auprès du bourg de Massice. Le bras gauche se rend dans la Mésopotamie par Séleucie même, et se jette dans le Tigre, qui roule au pied de cette ville (VI, 30);

[5] le bras droit gagne Babylone, jadis la capitale de la Chaldée; il la traverse ainsi que la ville appelée Otris, et forme plusieurs marais. Ce fleuve a une crue comme celle du Nil, à une époque fixe et qui n'est guère différente. Il inonde la Mésopotamie quand le soleil est dans le vingtième degré du Cancer; il commence à baisser quand l'astre achève de traverser le Lion et vient à la Vierge, et il rentre complètement dans son lit au vingt-neuvième degré de cette constellation.

XXII. (XXVII.) [1] Mais revenons à la côte de Syrie, à laquelle est contiguë la Cilicie, le fleuve Diaphanes, le mont Crocodile, les portes du mont Amanus, les fleuves Andricus, Pinarus, Lycus; le golfe et la ville d'Issus; puis Alexandrie, le fleuve Chlorus: la ville d'Aeges, libre; le fleuve Pyrame, les portes de la Cilicie; les villes de Mallos, de Magarsos, et, dans l'intérieur, de Tarse; les champs Aléiens, les villes de Cassipolis, de Mopsos, libre placée sur le Pyrame; de Thycos, de Zéphyrium, d'Anchiale ;

[2] les fleuves du Saros et de Cydnus, qui coupe loin de la mer Tarse, ville libre; la Célendérite et la ville de Célenderis, la localité de Nymphaeum, Soles de Cilicie, aujourd'hui Pompéiopolis, Adana, Cibyra, Pinara, Pédalie, Ale, Sélinonte, Arsinoé, Jotape, Doron; auprès de la mer, une ville, un port et un antre du nom de Corycus; le fleuve Calycadnus, le promontoire Sarpédon, les villes de Holmoe et de Myle, le promontoire et la ville de Vénus, d'où est le plus court trajet à l'île de Chypre;

[3] sur le continent, les villes de Myanda, d'Anemurium, de Coracésium; et le fleuve Mélas, ancienne limite de la Cilicie. Dans l'intérieur, sont à nommer Anazarba, aujourd'hui Césarée, Augusta, Castabala; Épiphanie, appelée jadis Oeniandos, Eleusa, Iconium, Séleucie sur le Calycadnus, surnommée Trachéotis, rebâtie loin de la côte, où elle s'appelait Holmia; de plus dans l'intérieur, les rivières Liparis, Bombos, Paradisus; le mont Imbarus.

XXIII. [1] Tous les auteurs ont fait succéder la Pamphylie à la Cilicie, négligeant la nation des Isaures. Villes de l'Isaurie, dans l'intérieur, Isaura, Clibanus, Lalasis; l'Isaurie descend vers la mer du côté d'Anemurium susnommée. De la même façon, tous ceux qui ont traité ce sujet ont ignoré la nation des Homonades, limitrophe de l'Isaurie; leur ville est Homona, dans l'intérieur; les autres châteaux, au nombre de quarante-quatre, sont cachés dans les interstices d'âpres vallées.

XXIV. [1] Les hauteurs sont occupées par les Pisidiens; jadis appelés Solymes. Leur pays renferme une colonie, Césarée ou Antioche, et les villes d'Oroanda et de Sagalessos.

XXV. [1] Ils sont renfermés par la Lycaonie, qui appartient à la juridiction de la province d'Asie (V, 28, et 29, n° 4), ainsi que les Philoméliens, les Tymbriens, les Leucolithes, les Peltenes, et les Tyriens. Il faut y joindre une tétrarchie d'une partie de la Lycaonie, là où elle est limitrophe de la Galatie; on y trouve Iconium, la plus célèbre de quatorze autres villes. Dans la Lycaonie même on cite Thébasa dans le Taurus, Hyde sur la limite de la Galatie et de la Cappadoce. Du côté [occidental] de la Lycaonie, au-dessus de la Pamphylie, viennent des descendants des Thraces, les Milyens, dont la ville est Arycanda.

XXVI. [1] La Pamphylie s'appelait auparavant Mopsopie. La mer Pamphylienne joint la mer de Cilicie. Villes : Side, Aspendum sur une montagne; Pletenissum, Perga; le promontoire Leucolla, le mont Sardemisus, le fleuve Eurymédon coulant près d'Aspendurn, et le Catarractes, auprès duquel sont Lyrnesse, Olbia, et Phasélis, la dernière de cette côte.

XXVII. [1] A la Pamphylie tiennent la mer de Lycie et la nation lycienne. Là le mont Taurus, venant des rives orientales, limite un vaste golfe au promontoire chélidonien. Immense et arbitre d'innombrables nations, il a son flanc droit au nord, surgissant d'abord de la mer des Indes ; son flanc gauche est au midi, inclinant vers l'occident; il couperait l'Asie par le milieu, si les mers ne venaient à l'encontre de cet oppresseur de la terre.

[2] Il fait donc un ressaut au nord, et, s'infléchissant, s'engage en un trajet immense, comme si la nature, à dessein, lui opposait incessamment les mers, ici la mer Phénicienne, là le Pont-Euxin, la mer Caspienne, la mer Hyrcanienne, et le Palus-Méotide. Il se débat entre ces obstacles; mais, vainqueur, il gagne, avec des sinuosités, la chaîne fraternelle des monts Riphées (IV, 24). Il a beaucoup de noms tous glorieux, et il en change à mesure qu'il avance dans sa marche, appelé à son origine Imaüs, puis Emodus, Paropamise, Circius, Chambades, Paryadres, Choatras, Oreges, Oroandes, Niphates, Taurus (V, 20), et, là où il se dépasse lui-même, Caucase; là où il avance des bras comme s'il voulait sonder la mer, Sarpédon (V, 22), Coracésius, Cragus, et de nouveau Taurus. Dans les endroits mêmes où il s'entr'ouvre et laisse un chemin aux hommes, il proteste de son unité par le nom de Portes donné à ces passages:

[2] ici Portes Arméniennes (VI, 12), là Portes Caspiennes (VI, 16), ailleurs Portes Ciliciennes (V, 22). Enfin, quand il fuit loin des mers qui interrompent sa marche, il se couvre, à droite et à gauche, des noms d'une foule de peuples : appelé à droite Hyrcanien, Caspien; à gauche Paryadres, Moschique, Amazonique, Coraxique, Scythique. En grec, il porte la dénomination générale de Céraunien.

XXVIII. [1] Dans la Lycie, à partir du promontoire que forme le Taurus, on trouve la ville de Siména, le mont Chimère, qui brûle pendant la nuit, la cité d'Hephaestium, qui, elle aussi, offre des montagnes souvent enflammées; l'emplacement d'Olympe : maintenant on trouve dans les montagnes les villes de Gagae (XXXVI, 34) de Corydalla, de Rhodiopolis; auprès de la mer, Limyra, avec un fleuve dans lequel se jette l'Arycandus; le mont Massycites, la cité d'Andriaca, Myra; les villes d'Apyre et d'Antiphellos, laquelle se nommait jadis Habessus; et dans un enfoncement Phellus;

[2] puis Pyrrha, Xanthus à 15.000 pas de la mer, le fleuve de même nom; Patare, nommée auparavant Sataros, et, sur une montagne, Sidyma; le cap Cragus; au delà, un golfe égal au premier; là, Pinara, et Telmessus, limite de la Lycie. La Lycie eut jadis 70 villes, maintenant elle en a 36; les plus célèbres, outre les villes susnommées, sont Canas, Candyba, où l'on vante la forêt Oenienne, Podalia, Choma, au pied de laquelle coule l'Adesa, Cyaneae, Ascandalis, Amelas, Noscopium, Tlos (23), Telandrus.

[3] Elle comprend, dans l'intérieur, la Cabalie avec trois villes, Oenoanda, Balbura et Bubon. A Telmessus commencent la mer Asiatique ou Carpathienne et la contrée appelée proprement Asie; Agrippa l'a divisée en deux parties; il a limité l'une au levant par la Phrygie et la Lycaonie, au couchant par la mer Égée, au midi, par la mer d'Égypte, au nord par la Paphlagonie;

[4] il en a évalué la longueur à 470.000 pas, la largeur à 320.000. Il a limité l'autre, au levant par la petite Arménie, au couchant par la Phrygie, la Lycaonie, la Pamphylie, au nord par la province du Pont, au midi par la mer Pamphylienne; longueur 575.000 pas, largeur 325.000.

XXIX. [1] Sur la côte la plus voisine, la Carie, puis l'Ionie, au delà l'Éolide. La Carie embrasse de toutes parts la Doride, et s'avance jusqu'à la mer de l'un et de l'autre côte. Elle comprend le promontoire Pedalium, le fleuve Glaucus, où se jette le Telmessus; les villes de Daedala, de Crya des fugitifs; le fleuve Axon ; la ville de Calynda.

[2] (XXVIII) Le fleuve Indus, né dans les montagnes des Cibyrates, reçoit soixante rivières qui ne tarissent jamais, et plus de cent torrents; la ville de Caunos, libre; puis Pyrnos, le port Cressa, dont l'île de Rhodes est à 20.000 pas; la localité de Loryma; les villes de Tisanusa, de Paridion, de Larymna; le golfe de Thymnias; le cap Aphrodisias; la ville de Hyda: le golfe Schoenus, la contrée de Bubassus: une ville Acanthus ou Dulopolis, qui n'existe plus; sur le promontoire, Gnide, libre, appelée d'abord Triopis, puis Perusa et Stadia : là commence la Doride.

[3] Mais auparavant indiquons ce qui est derrière, et les juridictions méditerranéennes. La première est appelée Cibyratique; Cibyre, le chef-lieu, est en Phrygie : de ce ressort dépendent vingt-cinq cités (XXIX), dont la plus célèbre est Laodicée, placée sur le fleuve Lycus, ayant les flancs baignés par l'Asopus et le Caprus, appelée d'abord Diospolis, puis Rhoas;

[4] autres peuples de cette juridiction qu'on peut citer : les Hydrélites, les Thémisons, les Hiérapolites. La seconde juridiction prend son nom de Synnade; y ressortissent les Lycaons (V, 25), les Appians, les Eucarpéniens, les Doryléens, les Midéens, les Juliens, et quinze autres peuples sans renom. La troisième juridiction siège à Apamée, nommée auparavant Celaenes, puis Cibotos ; elle est située au pied du mont Sigola, et entourée par le Marsyas, l'Obrima et l'Orga, qui se jettent dans le Méandre. C'est là que revient, à la surface du sol, le Marsyas, né et peu après perdu sous terre à Aulocrène, là où il disputa à Apollon le prix de la flûte. On appelle ainsi une vallée qu'on rencontre à 10.000 pas d'Apamée, sur la route de Phrygie. De cette juridiction on peut nommer les Métropolites, les Dionysopolites, les Euphorbènes, les Acmoniens, les Peltènes, les Silbians, outre neuf autres peuples sans renom.

[5] Dans le golfe de la Doride, les villes de Leucopolis Hamaxitos, Éléonte, Euthène; puis les villes de Carie, Pitaïum, Eutane, Halicarnasse, à la juridiction de laquelle Alexandre le Grand soumit six villes, Théangela, Sibde, Medmassa, Euranium, Pedasum, Telmissum. Halicarnasse est située entre deux golfes, celui de Céramus et celui d'Iasus; puis Myndos, l'emplacement de Palaemyndos, Nariandus, Néapolis, Caryanda, Termera, libre; Bargyla, et la ville d'Iasus, qui donne son nom au golfe.

[6] Les noms des parties intérieures de la Carie ont de l'éclat : là sont en effet Mylasa, libre, Antioche, sur l'emplacement des villes de Seminethos et de Cranaos, et qu'entourent aujourd'hui le Méandre et l'Orsinus; une ville Méandropolis, qui n'est plus; Euménia, qui est sur le fleuve Cludrus; le fleuve Glaucus, la ville de Lysias, et Orthosie; la région Bérécyntienne, Nysa, Trallis, appelée aussi Évanthie, Séleucie ou Antioche, baignée par l'Eudon, traversée par le Thebaïs (quelques-uns rapportent que là fut le séjour des Pygmées); Thydonos, Pyrrha, Eurome, Héraclée, Amyzon, Alabanda, libre, qui a donné son nom à la juridiction; Stratonicée, libre, Hynidos, Ceramus, Troezène, Phorontis : y ressortissent aussi, quoique plus éloignés, les Orthroniens, les Halydiens ou Hippins, les Xystians, les Hydissiens, les Apolloniates, les Trapézopolites, les Aphrodisiens, libres. Il y a en outre Coscinus, Harpasa, placée sur le fleuve Harpasas, qui baignait aussi Trallicon quand elle existait.

XXX. [1] La Lydie, arrosée par les retours sinueux du Méandre, s'avance au-dessus de l'Ionie:

voisine de la Phrygie au levant, de la Mysie au nord, embrassant au midi la Carie, elle s'appelait auparavant Méonie. Elle est célèbre surtout par la ville de Sardes, placée sur le flanc du mont Tmolus. Ce mont, appelé auparavant Timolus, est planté de vignes (XIV, 9), et il donne naissance au Pactole ou Chrysorrhoas, et à la source Tarne. La cité elle-même est appelée Hyde par les Méoniens; l'étang de Gygès y est renommé. Elle est aujourd'hui le chef-lieu de la juridiction sardienne : y ressortissent, outre les peuples susdits (V, 29, 7), les Macédoniens Caduènes, les Philadelphiens, les Méoniens mêmes, placés au pied du mont Tmolus sur le fleuve Cogamus, les Tripolitains ou Antoniopolites, baignés par le Méandre, les Apollonoshiérites, les Mésotimolites, et autres sans renom.

XXXI [1] L'Ionie, commençant après le golfe d'Issus, a des côtes beaucoup plus sinueuses : d'abord le golfe Basilique, le cap et la ville Posideum, l'oracle dit des Branchides, maintenant dit d'Apollon Didyméen, à vingt stades ( kil. 3, 68) du rivage; puis à cent quatre-vingts (kil. 33,12 ), Milet, capitale de l'Ionie, appelée jadis Lélegeis, Pityusa et Anactoria, fondatrice, sur toutes les mers, de plus de quatre-vingts villes, et à qui il faut faire honneur de son citoyen Cadmus, qui passe pour le premier écrivain en prose (VII, 57).

[2] Le fleuve Méandre, sorti d'un lac dans le mont Aulocrène (V, 9), baignant plusieurs villes, accru d'une foule de rivières, tellement sinueux que souvent il paraît revenir sur ses pas, s'égare d'abord dans la région Apaméenne, puis dans l'Euménétique et dans les campagnes de Bargyla, enfin dans la Carie; tranquille, et laissant sur toutes ces terres le limon le plus fécond, il mêle sans violence ses eaux à celles de la mer, à dix stades (mètres 1840) de Milet.

[3] Puis viennent le mont Latmus, la ville d'Héraclée, appelée aussi Latmus comme la montagne, Carica (24), Myonte, fondée primitivement, dit-on, par les Ioniens partis d'Athènes; Naulochum, Priène ; sur la côte qu'on nomme Trogilie, le fleuve Gessus; une contrée sacrée pour tous les Ioniens, et, pour cette raison, appelée Panionie. Dans le voisinage, il y eut jadis Phygela, fondée par des fugitifs comme le nom l'indique (fugê, fuite), et Marathesium. Au-dessus est Magnésie, que distingue un surnom pris du Méandre, issue de Magnésie de Thessalie; éloignée d'Éphèse de 15.000 pas, de Tralles de 18.000; nommée auparavant Thessaloce et Mandrolytie (25) : du rivage où elle était placée, elle a confisqué sur la mer les îles Dérasides (II, 91). Dans l'intérieur, le Lycus baigne Thyatira, surnommée jadis Pelopia et Evhippa.

[4] Sur la côte, Manteium; Éphèse, ouvrage des Amazones, et ayant porté beaucoup de noms, celui d'Alopes lors de la guerre de Troie, puis ceux d'Ortygie, de Morges, de Smyrna Trachée, de Samornion et de Ptelea. Elle s'élève sur le mont Pion; elle est baignée par le Caystre, né dans les montagnes Cilbianiques, et emmenant beaucoup de rivières et le trop plein de l'étang de Pégase, que gonfle la rivière Phyrite. De là cette quantité de limon par laquelle le Caystre agrandit le continent, au point que l'île Syrie (II, 31) est devenue partie intégrante de la terre ferme;

[5] dans Éphèse la fontaine Callipie, et les deux cours d'eau Sélenuntes embrassant de côtés opposés le temple de Diane. Après Éphèse, un autre Manteium appartenant aux Colophoniens, et dans l'intérieur Colophon elle même, baignée par l'Halésus: puis le temple d'Apollon Clarien, Lebedos, Notium, qui n'existe plus; le cap Corycéon, le mont Mimas, s'avançant de 250.000 pas dans la mer et s'abaissant vers le continent au niveau de la plaine. Alexandre le Grand avait ordonné de couper cette plaine dans une longueur de 7.500 pas, afin d'unir les deux golfes, et de faire une île d'Érythres et du Momas.

[6] Auprès d'Erythres furent jadis les villes de Ptéléon, d'Hélos, de Dorion; on y trouve le fleuve Aléon (XXXI, 10), Corynoeum, promontoire du Mimas, Clazomènes, le mont Parthénie, et Hippi, appelée Chrytrophorie quand c'était un groupe d'îles ; Alexandre les joignit au continent par une chaussée de deux stades (mètres 368 ). Ont péri dans l'intérieur Daphnonte, Hermesia, Sipylum, appelée jadis Tantalis, capitale de la Méonie, et située là où est maintenant l'étang Sale; ont péri encore Archéopolis substituée à Sipylum, Colpe, substituée à Archéopolis, et Lébade, substituée à Colpe.

[7] En revenant sur nos pas, nous trouvons à 12.000 pas, sur la côte, Smyrne, fondée par l'Amazone Smyrne, rétablie par Alexandre, et heureuse du fleuve Mélès, qui a sa source non loin de là. Des montagnes, qui sont presque les plus célèbres de l'Asie, se déploient dans ces parages: Mastusia derrière Smyrne, et Termetis, finissant au pied de l'Olympe, l'Olympe finissant dans le Dragon, le Dragon dans le Tmolus, le Tmolus dans le Cadmus, le Cadmus dans le Taurus.

[8] Au delà de Smyrne, le fleuve Hermus crée des plaines auxquelles il donne son nom; il naît près de Dorylaeum, cité de Phrygie, et rassemble beaucoup de rivières, parmi lesquelles le Phryx, donnant son nom à la Phrygie, qu'il sépare de la Carie, l'Hyllus et le Cryos, grossis eux-mêmes des rivières de la Phrygie, de la Mysie et de la Lydie. Il y eut à son embouchure la ville de Temnos; maintenant on trouve à l'extrémité du golfe le rocher Myrmécès, la ville de Leuce sur un promontoire qui fut une île, et Phocée limite de l'Ionie.

[9] De la juridiction de Smyrne relève la plus grande partie de l'Éolie, dont il sera bientôt question, et de plus les Macédoniens surnommés Hyrcans, et les Magnètes surnommés Sipyliens. D'Éphèse, la seconde lumière de l'Asie, relèvent des peuples plus éloignés, les Césariens, les Métropolites, les Cilbians inférieurs et supérieurs, les Myso-Macédoniens, les Mastauriens, les Briullites, les Hypaepènes, les Dioshiérites.

XXXII. (XXX.) [1] Viennent ensuite l'Éolide, appelée jadis Mysie, et la Troade, adjacente à l'Hellespont : là, après Phocée, le port Ascanien; ensuite Larisse, qui n'existe plus, Cyme, Myrina, qui se donne le nom de Sébastopole; dans l'intérieur, Aegae, Attalia, Posidea, Néontichos, Temnos; sur la côte, le fleuve Titane, et la ville qui en porte le nom; Grynia, qui n'existe plus : il n'y reste que des ports abandonnés; c'était une île qui a été réunie au continent; la ville d'Elaea, le Caïque, qui vient de la Mysie;

[2] la ville de Pitane, le fleuve Canaïus; Canae, Lysimachie, Atarnée, Carène, Cisthène, Cilla, Cocylium, Thèbes, Astyre, Chrysa, Palaescepsis, Gergithos, Néandros, qui ont toutes péri ; la cité de Perpérène, le district d'Héraclée, la ville de Coryphas, les fleuves du Grylios et de l'Ollius; la contrée d'Aphrodisias, appelée auparavant Politice Orgas; la contrée Scepsis (XI, 80); le fleuve Événus, sur les rives duquel ont péri Lyrnessus et Milet: dans ce parage le mont Ida, et, sur la côte, Adramytteos, jadis appelée Pédasus, qui donne son nom au golfe et à la juridiction; les fleuves Astron, Cormalos, Éryannos, Alabastros, Hiéros qui sort de l'Ida; dans l'intérieur le mont Gargara et la ville de même nom; puis encore sur la côte, Antandros, appelée auparavant Édonis, puis Cimmeris, et Assos, appelée aussi Apollonie; Palamedium, qui n'existe plus; le promontoire Lecton, qui sépare l'Éolide et la Troade; Polymédie, et une autre Chrysa, et une autre Larissa, trois villes qui n'existent plus; le temple Sminthée, qui dure encore; dans l'intérieur, Colone, qui a péri. Au ressort d'Adramytteos sont portées les affaires des Apolloniates, dits du fleuve Rhindacus, des Eréziens, des Milétopolites, des Poemanéniens, des Macédoniens (26), des Aschilaques, des Polichnéens. des Pionites, des Ciliciens Mandacadéniens; en Mysie, des Abrettins, de ceux qu'on nomme Hellespontiens, et d'autres sans renom.

XXXIII. [1] Le premier lieu de la Troade est Hamaxitus, puis Cebrenia, et Troas elle-même, appelée Antigonie, maintenant Alexandrie, colonie romaine; la ville de Née; le Scamandre, fleuve navigable, et sur le promontoire la ville de Sigée, qui n'existe plus; puis le port des Achéens, où se jettent le Xanthe uni au Simoïs, et le Palaescamandre, qui forme d'abord un étang ;

[2] les autres rivières célébrées par Homère (Il. XII, 20), le Rhésus, l'Heptaporus, le Carésus, le Rhodius, n'ont pas laissé de traces; le Granique coule dans la Propontide par une autre région. Il y a cependant encore aujourd'hui Scamandrie, petite ville, et à 1.500 pas du port Ilion, libre, d'où provient tout le renom de cette contrée. Hors de ce golfe sont les côtes Rhoetéennes, où l'on trouve les villes de Rhoetéum, de Dardanium et d'Arisbe: Achilléon, ville qui n'existe plus, et qui avait été fondée par les Mityléniens, rebâtie par les Athéniens, auprès du tombeau d'Achille, dans le lieu où la flotte de ce héros avait stationné, sur le Sigée;

[3] Aeantium, qui n'existe pas non plus, fondé par les Rhodiens sur l'autre corne, près du tombeau d’Ajax, à 30 stades (kil. 5, 52) de Sigée, au lieu même où était sa flotte. Au delà de l'Éolide et d'une partie de la Troade, dans les terres, est le pays appelé Teuthranie, que les Mysiens occupèrent jadis. Là naît le Caïque, dont il a déjà été parlé (V, 32). Cette nation était puissante à soi seule, quand toute la province portait le nom de Mysie (V, 32). On y trouve Pioniae, Andera, Calé, Stabulum, Conisium, Tégium, Balcea, Tiare, Teuthranie, Sarnaca, Halicerne, Lycide, Parthénium, Thymbre, Oxyopum, Lygdamum, Apollonie, et la plus célèbre à beaucoup près de toute l'Asie, Pergame, traversée par le Sélinus et baignée par le Cétius, qui descend du mont Pindasus;

[4] elle est peu éloignée d'Élaea, que nous avons dit être sur la côte. La juridiction de cette contrée porte le nom de Pergame : y ressortissent les Thyatiréniens (V, 21), les Mygdoniens, les Mosyniens, les Bregmenténiens, les Hiéracomètes, les Perpéréniens, les Tiaréniens, les Hiérolophiens, les Hermocapélites, les Attaliens, les Pantaens, les Apollonidiens, et d'autres cités sans renom. La petite ville de Dardanium est à 70 stades (kil. 12, 88), de Rhoeteum. De Dardanium, 18.000 pas jusqu'au cap Tapéza, où l'Hellespont prend son premier essor. Ératosthène dit qu'en Asie ont péri les nations des Solymes (v, 24), des Lélèges, des Bébryces, des Colycantiens, des Trepsèdes. Isidore parle de la disparition des Arimiens et des Caprètes, qui occupaient le lieu où Apamée (V, 29) a été fondée par le roi Séleucus, entre la Cilicie, la Cappadoce, la Cataonie et l'Arménie. Il l'avait d'abord appelée Damée, parce qu'il y avait subjugué des nations extrêmement farouches.

XXXIV. (XXXI.) [1] Des îles en face de l'Asie, la première est dans la bouche Canopique du Nil, appelée ainsi, dit-on, du nom de Canopus pilote de Ménélas; la seconde est le Phare (II, 87), unie par un pont à Alexandrie, et colonie du dictateur César; elle était jadis éloignée de l'Égypte d'un jour de navigation; maintenant elle est surmontée d 'une tour dont les feux nocturnes règlent la marche des vaisseaux; car Alexandrie, entourée de hauts-fonds trompeurs, n'est accessible que par trois passes, le Stéganus, le Posideum et le Taurus.

[2] Puis dans la mer Phénicienne, en face de Joppé, est l'île de Paria formant tout entière une ville, où, dit-on, Andromède fut exposée au monstre marin (V, 14); et l'île d'Aradus déjà nommée, (V, 17, 4). Entre elle et le continent, du fond d'une mer de cinquante coudées, on fait tenir, d'après Mucianus, de l'eau douce d'une source, à l'aide d'un tube de cuir (II, 106, 7).

XXXV. [1] La mer de Pamphylie renferme des îles sans renom; la mer de Cilicie, l'une des cinq plus grandes îles [de la Méditerranée], Chypre, tournée au levant de la Cilicie et au couchant de la Syrie, jadis partagée en neuf royaumes. Tisomthènes en a estimé le contour à 428.500 pas; Isidore, à 375.000; la longueur entre les deux promontoires Dinarétum et Acamas, lequel est au couchant, est estimée par Artémidore à 162.500, par Timosthènes à 200.000. Chypre s'est appelée autrefois, d'après Philonidès, Acamantis; d'après Xénagoras, Cérastis, Aspélie, Amathusie et Macarie; d'après Astynomus, Cryptos et Colinie;

[2] elle renferme quinze villes : Neapaphos, Palaepaphos, Curias, Citium, Corineum, Salamis, Amathonte, Lapéthos, Solae, Tamaseus, Epidarum, Chytri, Arsinoé, Carpasium, Golgi; Cinyrie, Marium et Idalium y ont péri. Chypre est à 50.000 pas d'Anémurium en Cilicie ( V, 22). La mer qui les sépare s'appelle le canal de Cilicie. Dans le même parage sont l'île d'Eleusa et les quatre îles Clides, qui sont au-devant du promontoire qui regarde la Syrie; du côté de l'autre promontoire (Acamas) est l'île de Stirie; en face de Neapaphos, l'île d'Hiérocépia ; en face de Salamis, les îles Salaminiennes.

[3] Dans la mer de Lycie les îles Illyris, Telendos, Attelebussa; trois îles Cypriennes stériles; Dionysia, appelée auparavant Carétha; puis, en face du promontoire du Taurus, les trois îles Chélidoniennes, funestes aux navigateurs ; plus loin, Leucolla, avec une ville; les îles Pactyennes, Lasia, Nymphaïs, Macris, Mégista, dont la ville n'existe plus; puis beaucoup d'îles sans nom ; mais en face du mont de la Chimère, Dolichiste, Chirogylium, Crambussa, Rhoge, Enagora, de 8.000 pas de tour, deux îles des Dédaliens, trois îles des Cryéens, Strongyle; en face de Sidyma, l'île d'Antiochus, et vers le fleuve Glaucus (v, 29) Lagusa, Macris, les Didymes, Helbo, Scope, Aspis, Telandria, dont la ville a péri, et Rhodussa, la plus voisine de Caunus.

XXXVI. [1] Mais la plus belle de ces îles est l'île de Rhodes, libre, de 125.000 pas de tour, ou de 103.000 pas si nous en croyons plutôt Isidore. Elle renferme les villes de Linde, de Camire et d'Ialysus, aujourd'hui Rhodes. Elle est éloignée d'Alexandrie d'Égypte de 578.000 pas, d'après Isidore; de 469.000, d'après Ératosthène; de 500.000, d'après Mucianus; elle est à 166.000 de Chypre; elle se nomma jadis Ophiuse, Astérie, Aethrée, Trinacrie, Corymbie, Poeeessa, Atabyrie du nom d'un roi, puis Macarie et Oloessa. Iles des Rhodiens: Carpathos, qui a donné son nom à la mer; Casos, nommée jadis Achne; Nisyros, appelée auparavant Porphyris, éloignée de Gnide de 12.500 pas.

[2] Dans le même parage Syme, à égale distance entre Rhodes et Gnide, ayant 37.500 pas de tour, et offrant bénignement huit ports; en outre, autour de Rhodes, Cyclopis, Steganos, Cordylusa, les quatre îles Diabètes, Hymos, Chalce (XVII, 3) avec une ville, Seutiusa, Narthecusa, Dimastos, Progne; et du côté de Gnide, Cisserussa, Therionarce, Calydne avec trois villes, qui sont Notium, Nisire et Mendetère; Arconnesos avec la ville de Ceramus; sur la côte de Carie, vingt îles qu'on nomme Argiennes; de plus, Hyétusa, Lepsia, Léros.

[3] La plus célèbre dans ce golfe, Cos, à 15.000 pas d'Halicarnasse, de 100.000 pas de tour, appelée Mérope d'après plusieurs auteurs, Cea d'après Staphylus, Méropis d'après Dionysius, puis Nymphaea, renfermant le mont Prion; Nisyros, appelée autrefois Porphyris, que l'on croit détachée de Cos; Caryanda avec une ville : non loin d'Halicarnasse, Pidosus; dans le golfe Céramique, Priaponnesos, Hipponnesos, Psyra, Mya, Lampsemandus, Passala, Crusa, Pyrrhe, Seplussa, Melano; et une île peu éloignée du continent, appélée Cinaedopolis, parce que le roi Alexandre y laissa les hommes de moeurs infâmes.

LXXVII. [1] La côte Ionienne a les îles Tragiennes et Corséennes; l'île lcare, dont il a été parlé (IV, 23); Lade, appelée auparavant Late ; parmi quelques îles sans nom, les deux Camélides, voisines de Milet; les trois Trogilies, voisines de Mycale, qui sont Psilos, Argennos, Sandalios; Samos, libre, de 87.000 pas de tour, de 100.000 suivant Isidore, appelée d'abord, d'après Aristote, Parthénie, puis Dryuse, Anthémuse, noms auxquels Aristocrite ajoute Mélamphylle et Cyparissie, et d'autres Parthenoarusa et Stéphane; on y trouve les fleuves Imbrasus, Chesius, Ibettés; les sources Gigartho, Leucothée, le mont Cercétius; les îles de Rhypara, de Nymphaea et d'Achillea sont adjacentes à la côte de Samos.

XLXVIII. [1] Égale en célébrité et à la distance de 93.000 pas, est l'île de Chios, libre, avec une ville. D'après Éphore, elle a porté anciennement le nom d'Aethalie ; d'après Métrodore et Cléobule, celui de Chia, de la nymphe Chione; quelques-uns dérivent son nom du mot qui signifie neige; elle a aussi été appelée Macris et Pityuse. Elle renferme le mont Pellène; elle est célèbre par son marbre. Les anciens lui ont attribué 125.000 pas de tour; Isidore ajoute 9.000 à cette évaluation. Elle est placée entre Samos et Lesbos, et surtout en face d'Érythres.

[2] Dans le voisinage sont Thallusa, que d'autres écrivent Daphnusa, Oenussa, Élaphitis, Euryanasse, Arginussa avec une ville (ces îles sont déjà près d'Éphèse, ainsi que les îles appelées de Pisistrate); les îles Anthines, à savoir Myonnesos et Diarrheusa (dans l'une et l'autre les villes ont péri); Porosélène, avec une ville: les îles Cerciennes, Halone (II, 9), Commone, Illétia, Lépria, Rhespéria, les îles Procuses, les îles Bolbules, les îles Phanes, Proapos, Syce, Mélane, Aenare, Sidusa, Péla, Drymusa, Anhydros, Scopélos, Sycussa, Marathussa, Psilé, Périrrheusa, et beaucoup d'autres sans renom; mais dans la haute mer est Téos, île célèbre, avec une ville, à 71.500 pas de Chios, à la même distance d'Érythres.

[3] Auprès de Smyrne sont les Péristérides, Cartéria, Alopèce, Élaeussa, Bachina, Pystira, Crommyonésos, Mégalé; en face de la Troade, les îles Ascaniennes, trois îles Platéennes, puis les Lamiennes, deux îles Plitaniennes, Plate, Scopélos, Gétone, Arthédon, les îles Coelae, les Lagusses, les Didymes.

XXXI. [1] A 65.000 pas de Chios est Lesbos, île très célèbre, ayant porté les noms de Himerte, Lasia, Pélasgia, Aegira, Éthiope, Macaria, et illustre par neuf villes; parmi ces villes, Pyrrha a été engloutie par la mer, Arisbe a été renversée par un tremblement de terre, Antissa (II, 91) a été englobée par Méthymne, qui est voisine de neuf villes d'Asie sur une longueur de 37.000 pas; Agamède a péri aussi, de même que Hiéra; sont debout Erésus, Pyrrha et Mitylène, libre, qui a été puissante pendant 1.500 ans. Toute l'île a de tour 168.000 pas, d'après Isidore; 195.000, d'après les anciens;

[2] elle renferme les monts Lepéthymnus, Odrymnus, Macistus, Créon, Olympe; elle est éloignée de 7.500 pas de la côte continentale la plus voisine. Iles adjacentes : Sandaleon, les cinq îles Leucae, parmi lesquelles est Cydonée, avec une source chaude; les Argénusses, à 4.000 pas de distance d'Aege; puis Phellusa, Pedna; hors de l'Hellespont, en face et près de la côte de Sigée, Ténedos, appelée Leucophrys, Phoenice, et Lyrnessos, à 56.000 pas de Lesbos, à 12.500 du promontoire Sigée.

XL. (XXXII.) [1] Puis l'Hellespont prend son essor, la mer presse la terre, battant de son flot tourbillonnant la barrière qui l'arrête, et arrachant l'Europe de l'Asie. Là est le promontoire que nous avons appelé Trapéza (V, 33) ; à 10.000 pas est la ville d'Abydos, où le détroit a 7 stades (mètres, 1288); puis la ville de Percote, Lampsaque, appelée jadis Pityuse; Parium, colonie, qu'Homère (Il. II, 828) a appelée Adrastie; la ville de Priapos, le fleuve Asepus, Zelia, la Propontide, nom donné au lieu où la mer s'élargit; le fleuve Granique; le port Artace, où il y eut une ville;

[2] au delà, une île qu'Alexandre a jointe au continent, et dans laquelle est Cyzique des Milésiens, nommée auparavant Arctonnesos et Dolionis et Dindymis, au-dessus de laquelle est le mont Dindymus; puis les villes de Placia, d'Ariacos, de Scylace, qui ont derrière elles le mont Olympe, appelé Mysien; la cité Olympena; le fleuve Horisius, le fleuve Rhyndacus, appelé auparavant Lycus; il naît dans l'étang d'Artynia, auprès de Miletopolis: il reçoit le Macestos et la plupart des autres; il sépare l'Asie et la Bithynie.

[3] Celle-ci a été appelée Cronie, puis Thessalide, puis Maliande, et Strymonide; Homère en a appelé les peuples Halizoniens (Il. II, 856), parce que la mer lui fait une sorte de ceinture. Une ville immense, nommée Attusa, y fut jadis; maintenant on y trouve douze cités, parmi lesquelles Gordiucome, appelée Juliopolis, et sur la côte Dascylos; puis le fleuve Gebes; dans les terres, la ville de Helgas, appelée Germanicopolis, et d'un autre nom Booscoete; Apamée, appelée maintenant Myrlée des Colophoniens; le fleuve Éthéléus, antique limite de la Troade, et commencement de la Mysie;

[4] puis le golfe où est le fleuve Ascanius; la ville de Bryllion; le fleuve Hylas; le fleuve Cios avec une ville de même nom, qui fut un marché pour les Phrygiens non éloignés, marché fondé par les Milésiens, mais dans un lieu qui s'appelait Ascanie de Phrygie; par conséquent c'est l'occasion la plus favorable de parler de cette dernière contrée.

XLI. [1] La Phrygie, placée au-dessus de la Troade et des peuples énumérés depuis le promontoire Lecton jusqu'au fleuve Ethéléus, limitrophe au nord de la Galatie, au midi de la Lycaonie, de la Pisidie et de la Mygdonie, touche, du côté du levant, à la Cappadoce. Villes les plus célèbres, outre celles qui ont été nommées (V, 29 et 30), Ancyre, Andrie, Celaenes (V, 29), Colosses, Carine, Cotyaion, Ceranae, Conium, Midaion. Des auteurs disent que d'Europe sont venus les Mysiens, les Bryges et les Thyniens, qui ont donné leurs noms à la Mysie, à la Phrygie et à la Bithynie.

XLII. [1] Il me paraît convenable de parler en même temps de la Galatie, qui, placée au-dessus, se compose pour la plus grande partie du territoire pris sur la Phrygie, et possède Gordium, qui en était jadis la capitale. Les Gaulois qui se sont établis dans cette portion phrygienne se nomment Tolistoboges, Votures et Ambituens; ceux qui se sont établis dans une partie de la Méonie et de la Paphlagonie se nomment Trocmiens. La Galatie a pour frontière, au nord et au levant, la Cappadoce, dont les Tectosages et les Teutobodiaques ont occupé la partie la plus fertile.

[2] Telles sont les nations principales, réparties en 195 peuples et tétrarchies. Villes: Ancyre des Tectosages, Tavium des Trocmiens; Pesinonte des Tolistoboges. Outre ces noms célèbres, les Attaliens, les Arasiens, les Comiens, les Dioshiéronites, les Lystrènes, les Néapolitains, les Oeandiens, les Séleuciens, les Sébastènes, les Timoniaciens, les Thebasènes. La Galatie touche aussi à la Cabalie, province de la Pamphylie, et aux Milyens (V, 25), qui sont près de Baris, aux districts Cyllantique et Oroandique (V, 24) de la Pisidie, et à l'Obigène, partie de la Lycaonie.

[3] On y trouve, outre les fleuves déjà nommés, (V, 40), le Saugarius (VI, I) et le Gallus, d'où les prêtres de la Mère des dieux ont pris leur nom.

XLIII. [1] Sur le reste de la côte, à partir du Cios (V, 40), vers l'intérieur, en Bithynie, Pruse, fondée par Annibal au pied de l'Olympe; Nicée, située à 25.000 pas de Pruse, séparée de cette ville par le lac Ascanius; puis une autre Nicée, à l'extrémité du golfe Ascanius, appelée auparavant Olbia ; une autre Pruse au pied du mont Hypius; Pythopolis, Parthénopolis, Coryphanta, qui n'existent plus; sur la côte, les fleuves Aesius, Bryazon, Platanée, Arée, Aesyros, Gendos, nommé aussi Chrysorrhoas; un promontoire où fut jadis la ville de Mégarice, et un golfe nommé Craspédite,

[2] parce que cette ville y était pour ainsi dire sur une frange (kraspedon); Astacum, qui n'est plus, et qui a donné son nom à un golfe; Libyasa, qui n'est plus, et où il ne reste que le tombeau d'Annibal; au fond du golfe, Nicodémie de Bithynie, ville célèbre ; le promontoire Leucate, qui borne le golfe d'Astacum, à 37.500 pas de Nicomédie; puis, en raison d'un nouveau rapprochement des terres, un rétrécissement qui s'étend jusqu'au Bosphore de Thrace. Sur cette côte, à 62.500 pas de Nicomédie, Calcédoine, libre, nommée jadis Procérastis, puis Colpusa, puis ville des Aveugles (IX, 20), parce que ses fondateurs n'avaient su choisir pour séjour Byzance, éloignée de 7 stades (mètres 1288), et préférable de tout point.

[3] Du reste, en Bithynie, dans l'intérieur, Apamée (v,40) colonie; les Agrippiens, les Juliopolites, Bithynion; les fleuves Syrium, Lapsias, Pharmacias, Alces, Crynis, Lilaeus, Scopius, Hieras, lequel sert de limite entre la Bithynie et la Galatie; au delà de Chalcédoine, Chrysopolis, qui n'existe plus ; puis Nicopolis, dont le golfe garde encore le nom; dans ce golfe, le port d'Amycus (XVI, 89); puis le promontoire Naulochus ;

[4] Estiae, temple de Neptune; le Bosphore séparant de nouveau, et par un intervalle de 500 pas, l'Asie de l'Europe, à 12.500 pas de Chalcédoine; sa première gorge avant 8.750 pas de large, là ou était Phinopolis. La côte est occupée par les Thyniens, l'intérieur par les Bithyniens: c'est la limite de la province Asie, et de 282 peuples que l'on compte depuis le golfe de Lycie (V, 28) jusqu'à ce lieu. Nous avons dit que l'étendue de l'Hellespont et de la Propontide jusqu'au Bosphore de Thrace est de 239.000 pas; Isidore évalue la distance de Chalcédoine à Sigée à 322.500 pas.

XLIV. [1] Iles dans la Propontide, en face de Cyzique: Elaphonnésus, d'où vient le marbre de Cyzique, appelée aussi Nébris (27) et Proconnesus; puis Ophiuse, Acanthus, Phoebé, Scopelos, Porphyrione, Halone, avec une ville; Delphacia, Polydora, Artacaeon, avec une ville; en face de Nicomédie, Démonnesos; au delà d'Héraclée (VI, 1), en face de la Bithynie, Thynias, que les barbares appellent Bithynia (VI, 13); Antiochia: en face de l'embouchure du Rhyndacus, Besbicos, de 18.000 pas de tour ; Elaea, les deux îles Rhodussa, Érébinthodes, Mégale, Chalcitis, Pityodes.

FIN DU LIVRE V

livre 4

livre 6

NOTES DU CINQUIÈME LIVRE.

(01) Appellavere et mare ante eam Libycum ; Aegypto finitur Dalech., Cod. Tolet., Sillig. —Appellavere, qua mare ante eam Libycum incipiens Aegyptio finitur Vulg.

(02) Que, omis dans Brotier et dans Vulg., se trouve dans les anciennes éditions et Sillig.

(03) Caligula fit mettre à mort Ptolémée fils de Juba et roi de la Mauritanie.

(04) Spectet Cod. Chiffl., Sillig. — Spectat Vulg.

(05) Gosselin, Recherches sur la géographie systématique et positive des anciens, t. I, p. 112 et suiv.), cherche à lever les difficultés de ce passage en lisant XCVI au lieu de DCXVI ; et alors, dans le golfe indiqué par Polybe, il croit reconnaître le golfe de Sainte-Croix.

(06) Pline a bien mal rendu ce que disait Polybe, puisque, d'après lui-même (VI, 36, 2), ce géographe met, comme tous les autres, l'Atlas à l'extrémité de la Mauritanie. Voy., sur ce passage de Pline, Gosselin, 1. c.

(07) Fervore Cod. Ambros., Sillig. — Fervere Vulg.

(08) Sittius et ses soldats, qui avaient combattu sous les ordres de César contre le roi Juba, reçurent de leur général un établissement dans cette contrée.

(09) Tusdritanum Vulg. — On lit ailleurs, VII, 3, 3, Thysdritanus civis.

(10) Je ne sais pourquoi on lit dans l'édition de Sillig : quadraginta novera. Les anciennes éditions et Vulg. ont XCIX.

(11) Famaque tantum inermi quaesitus Ed. princeps. — Famaque tantum inermi quaesitu cognitus Vulg.

(12) On ne sait pas au juste ce qu'est ce poisson. D'ordinaire on le prend soit pour un gadus lota L., soit pour un petromyzon fluviatilis L.

(13) D'autres, et en particulier Sillig, lisent insulae, au lieu de insula ; alors le sens est : quatre îles nommées Philae.

(14) Il faut sans doute lire mediterranea au lieu de meridiana ; car la Mésopotamie est, par rapport à la Syrie, non au midi, mais méditerranéenne.

(15) Antiochena, qui n'est pas dans Vulg., est donnée par les mss. de Gelenius. Cette addition paraît utile.

(16) Angaris Vulg. — Argaris Brotier, d'après l'édition princeps et plusieurs mss. : c'est le mont Garizim, dans la Samarie.

(17) Il est assez singulier, après avoir dit qu'aucun animal ne va au fond du lac Asphaltite, d'ajouter que les taureaux et les chameaux surnagent : comme si la grosseur du corps était pour quelque chose en cela, et comme si un lapin ou un lièvre n'allait pas au fond aussi bien qu'un taureau. Aussi est-on disposé à penser que Pline a commis quelque erreur de traduction, quand on lit dans Diodore de Sicile, II, 48, que les habitants des bords de l'Asphaltite donnent le nom de taureaux et de veaux aux masses de bitume qui flottent sur le lac. Pline se serait-il laissé tromper par cette désignation, transportée du langage vulgaire des indigènes dans les auteurs qu'il compila ?

(18) Ultra Chiffl.  - Tum Vulg.

(19) Oreon Vulg. — Dans une inscription cunéiforme, M. Burnouf a retrouvé le nom de ce pays. « Ayurâ est la forme ancienne du nom des peuples appelés Aroei ou Oroei, dont Saumaise (Plin. exerc., p. 441 b A) a établi l'existence, avertissant, de la manière la plus précise, qu'il ne faut pas confondre ce nom avec l'épithète grecque oireioi (montagnards), à laquelle il ressemble. Je n'ignore pas que Hardouin, sans tenir compte des motifs qui ont décidé Saumaise, non plus que des variantes nombreuses que donnent les manuscrits pour ce mot, qui est lu quelquefois Arrhoei, Errhoei ou Oroes, et qui est même considéré non comme qualificatif des Arabes, mais comme désignant un peuple particulier, n'hésite pas à traduire ce terme de Oroei par montagnards, quoique la contrée où Pline nous les montre soit un pays plat, et qu'on ne puisse justifier cette dénomination de Oroei qu'en supposant qu'elle désigne des peuples qui confinent aux montagnes des Gordyéens. Mais si le rapprochement que nous proposons d'établir entre ce nom d'Aroei et celui de Ayurâ, de l'inscription de Niebuhr, n'était pas repoussé comme inadmissible, il en résulterait que Saumaise aurait eu raison de voir dans Aroei la transcription latine d'une dénomination nationale, et non une épithète grecque. Notre inscription nous donnerait alors le nom ancien d'un peuple des Ayurâ, et, selon Pline, des Aroei ou Arrhoei, qui étaient voisins des Arabes, auxquels ils ressemblaient sans doute, s'ils n'étaient pas de la même race qu'eux.” (Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes, p. 139 ; Paris, 1836.)

(20)  D'après une évaluation rapportée par Pline, V, 11, le schène vaut 30 stades ; ce qui, à supposer le stade de 184 mètres, ferait, pour 3 schènes, kilomètres 16,56. M. Saigey, Métrologie, p. 45, estime le schène à 10.500 mètres ; trois schènes feraient donc kilomètres 31,5. Hardouin pense qu'il s'agit ici de la largeur de l'Euphrate ; mais cela n'est pas probable : l'Euphrate n'a pas en ce point plus de 16 kilomètres de large, et encore moins plus de 31. Je remarque que la valeur que Pline rapporte pour le schène est très voisine de celle que M. Saigey assigne à la parasange (5.250 mètres).

(21) Beaucoup de manuscrits ont Praetavi.

(22) Plusieurs manuscrits et l'édition princeps ont 583,000 pas.

(23) Aujourd'hui que l'on déchiffre les inscriptions lyciennes, on a reconnu que les habitants de la ville que les Grecs nommaient Tlos s'appelaient Trooes, et la ville Trooumene, le nom lycien, en passant dans le grec, ayant changé l'r en l. La lecture de la forme ancienne et indigène de ce nom a permis de se rendre compte d'un passage difficile d'Homère. Dans l'énumération de l'armée troyenne (Il. II, 824-827 ), est-il dit dans une communication de M. Daniel Sharpe sur les inscriptions lyciennes, Pandarus, le fils de Lycaon, conduit les Troyens qui habitent au pied du mont Ida, et boivent les eaux de l'Aesepus. Dans le cinquième chant, où est rapporté son combat avec Diomède, Pandarus est dit venir de Lycie ; et le nom de son père, son culte pour Apollon Lycegenes, et son habileté comme archer, tout indique en lui un Lycien. Strabon, dont le respect pour Homère était sans bornes, est tout désorienté par l'apparente contradiction de ces passages ; et il témoigne sa surprise plus d'une fois (b XII, p. 845 et 846, et b XIV, p. 950) de ce qu'Homère aurait appelé les mêmes troupes à la fois Troyens et Lyciens, et placé la Lycie, royaume de Pandarus, au nord de Troie. Strabon s'en réfère, pour la situation de Zeleia, de l'Æsepus et de la contrée environnante, à Démétrius, né dans ces parages, et auteur d'un ouvrage en trente-six livres sur les soixante vers où Homère dénombre les Troyens ; et, après avoir fait d'assez longues remarques sur la difficulté d'expliquer ce passage, il laisse la question indécise. Les écrivains grecs postérieurs furent moins réservés. Étienne de Byzance distingue deux Lycies : l'une nommée d'après Lycus, fils de Pandion ; l'autre voisine de la Cilicie, et gouvernée par Sarpédon. Le scoliaste explique la chose d'une manière différente (Il. 1V, 103, et V, 105) : d'après lui, Lycie est à la fois un nom de la ville Zeleia, et le nom du pays, ainsi appelé ordinairement. Eustathe, commentant les mêmes passages, suppose deux pays portant le même nom : la petite Lycie, aussi nommée la petite Troie, pays de Pandarus, et la grande Lycie, royaume de Sarpédon. Dans tous ces auteurs, la mention constante de Pandarus et de Sarpédon indique la source de la confusion. Les auteurs latins tirèrent leur géographie de l'observation, et non de l'étude d'Homère ; ni dans Pline, ni dans Pomponius Méla, il n'est fait aucune mention du second royaume ou de la seconde ville de Lycie. Nous sommes maintenant en état d'expliquer l'origine de ces erreurs. Le pays compris par les Grecs sous le nom général de Lycie renfermait deux nations, les Tremiles et les Troyens (Troes) ; toutes deux envoyèrent des troupes au secours de Troie, la première sous Sarpédon et Glaucus, la seconde sous Pandarus, fils de Lycaon. Le nom de Troyens (Troes) appliqué à la fois au peuple de Trooumene ou Tlos et de Troie conduisit à la contusion : Homère lui-même, ou les compilateurs de l'Iliade, en sa forme actuelle, commirent l'erreur de faire venir les troupes de Pandarus de Zeleia, au pied du mont Ida, ville dont la position est bien connue de tous les anciens géographes. L'auteur de l'Iliade est entré si avant dans la mythologie de la Lycie, qu'on ne peut le supposer dénué de notions sur ce pays ; et la méprise fut sans doute faite à une période postérieure, quand les poèmes détachée furent réunis.» (Ch. Fellows, An account of discoveries in Lycia, p. 466; Londres, 1811.)

(24) Quelques-uns font de Caries un adjectif se rapportant à Heraclea : Héraclée, d'origine carienne.

(25)  Androlitia Vulg. —Il faut lire Mandrolytie : voy. Raoul Rochette, Mémoire sur le temple de Diane Leucophryne (l'Institut, n° 120, décembre 1845, p. 145). Cette correction a été proposée par Boeckh ( Corp. inscr. gr., n° 2910, t. II, p. 580). Mandra est le nom d'une divinité locale, qui figure dans d'autres noms, par exemple la mandragore, comme l'a fait voir M. Letronne dans son mémoire sur cette question.

(26) D'après M. Lebas ( Voyage en Asie Mineure, Revue de philologie, t. I, p. 221), les Macédoniens dont il s'agit ici sont les Macédoniens de Mandes. Ou sait, par les médailles, que les Blaudeis ajoutaient à leur nom celui de Makedones, sans doute parce qu'ils descendaient d'un certain Blaudos, à en juger par le passage d'Étienne de Byzance relatif à cette ville. Voyez le mémoire de M. Lebas pour les arguments qui lui font placer Blaudos près des Poemanéniens, et sur l'emplacement occupé aujourd'hui par Balat. Il s'ensuit qu'il faut mettre dans le texte de Pline entre Macedones et Aschilacae une virgule, ponctuation qui du reste est donnée par Dalechamp.

(27)  Neuris Vulg.

ATTENTION : police unicode

PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE

En collaboration avec Agnès Vinas  (site Méditerranées)

LIVRE SIX.

livre 5

livre 7

Texte français

Paris : Dubochet, 1848-1850.

édition d'Émile Littré

LIVRE VI.

CONTENANT LES SITUATIONS, LES NATIONS, LES MERS, LES VILLES, LES PORTS, LES MONTAGNES, LES FLEUVES, LES MESURES, LES PEUPLES, QUI SONT ET QUI ONT ÉTÉ.

I. Le Pont et les Mariandynes. - II. La Paphlagonie. - III. La Cappadoce. - IV. La contrée Thémiscyrène et les nations qui s'y trouvent. - V. La contrée Colique, les nations des Achéens, et des autres peuples qui se trouvent dans la même région. - VI. Le Bosphore Cimmérien. - VII. Le Palus-Méotide et les nations qui sont alentour. - VIII. Position de la Cappadoce. - IX. Grande Arménie, petite Arménie. - X. Le fleuve Cyrus et l'Araxe. - XI. L'Albanie, l'Ibérie, et les nation attenantes. - XII. Les portes Caucasiennes. - XIII. Les îles du Pont-Euxin. - XIV. Les nations à partir de l'Océan de Scythie. - XV. La mer Caspienne et la mer d'Hyrcanie. - XVI. L'Adiabène. - XVII. La Médie et les portes Caspiennes. - XVIII. Les nations placées autour de la mer d'Hyrcanie. - XIX. Les nations Scythiques et les positions à partir de l'océan Oriental. - XX. La Sérique. - XXI. L'Inde. - XXII. Le Gange. - XXIII. L'Indus. - XXIV. La Taprobane. - XXV. La Gédrosie et les satrapies attenantes. - XXVI. La navigation en Inde. - XXVII. La Carmanie. - XXVIII. Les golfes Persique et Arabique. - XXIX. L'empire des Parthes. - XXX. La Mésopotamie. - XXXI. Le Tigre. - XXXII. L'Arabie. - XXXIII. Le golfe de la mer Rouge. - XXXIV. La Troglodytique. - XXXV. L'Éthiopie. - XXXVI. Les îles de la mer Éthiopienne. - XXXVII. Les îles Fortunées. - XXXVIII. Comparaison de mesures terrestres (14). - XXXIX. Distribution des contrées suivant les parallèles et l'égalité des ombres.

Résumé: villes, 1195.

Nations, 576.

Fleuves célèbres, 115.

Montagnes célèbres, 38.

Îles, 108.

Villes ou nations qui ont péri, 108.

Faits, histoires et observations, 2214.

Auteurs :

M. Agrippa, M. Varron, Varron Atacinus, Cornelius Nepos, Hygin, L. Vetus, Pomponius Méla, Domitius Corbulon, Licinius Mucianus, l'empereur Claude, Arruntius, Sebosus, Fabricius Tuscus, Tite-Live, Sénèque, Nigidius.

Auteurs étrangers :

Le roi Juba, Hécatée, Hellanicus, Damaste, Eudoxe, Dicéarque, Béton, Timosthène, Patrocle, Démodamas, Clitarque, Ératosthène, Alexandre le Grand, Éphore, Hipparque, Panaetius, Callimaque, Artémidore, Apollodore, Agathocle, Polybe, Eumachus, Timée de Sicile, Alexandre Polyhistor, Isidore, Amometus, Métrodore, Posidonius, Onésicrite, Néarque, Mégasthène, Diognète, Aristocréon, Bion, Dalion, Simonide le jeune, Basile, Xénophon de Lampsaque.

I. [1] Le Pont-Euxin (hospitalier), appelé jadis Axenus (IV, 24) à cause de la barbarie inhospitalière des peuples qui en habitaient les rives, s'épanche, lui aussi, entre l'Europe et l'Asie, grâce à une malignité particulière de la nature, qui cède sans terme à l'avidité de la mer. Ce n'était pas assez que l'Océan entourât les terres, et que, augmentant l'étendue des lieux inhabités, il eût englouti une partie des continents; ce n'était pas assez qu'il eût fait irruption à travers les montagnes brisées, qu'il eût arraché Calpé à l'Afrique, et noyé des espaces plus grands que ceux qu'il laissait découverts; ce n'était pas assez que par l'Hellespont il eût versé la Propontide aux dépens de nouvelles terres qu'il dévorait; il fallait qu'à partir du Bosphore de Thrace il se développât en une autre immensité, toujours insatiable, jusqu'à ce que le Palus-Méotide joigne à ces eaux débordées son contingent de spoliations.

[2] Ces inondations se sont faites malgré les terres ; on le voit à tant de détroits, à tant d'espaces rétrécis par la résistance de la nature: l'Hellespont n'a que 875 pas de large (IV, 18); le trajet des deux Bospbores, un boeuf peut le faire à la nage, d'où vient le nom qu'ils portent (01). Les continents, quoique séparés, ont encore des points de contact : on entend, en effet, des deux côtés le chant des oiseaux et les aboiements des chiens; la voix humaine, d'une rive à l'autre, peut même établir une conversation entre ces deux mondes, si les vents n'en dissipent pas le bruit dans les airs. La mesure du Pont-Euxin, depuis le Bosphore jusqu'au Palus-Méotide, a été évalué par quelques-uns à 1.438.500 pas; Ératosthène l'estime à 100.000 pas de moins ;

[3] Agrippa compte de Chalcédoine au Phase 1.000.000 de pas, de là au Bosphore Cimmérien 360.000. Quant à nous, nous exposerons d'une manière générale les distances que l'on a reconnues de notre temps; car on s'est battu même sur le Bosphore Cimmérien. A partir de la gorge du Bosphore de Thrace, on trouve le fleuve Rhebas, que quelques-uns ont appelé Rhésus; puis le fleuve Psillis; le port Calpas; le Sagaris, fleuve célèbre, ayant sa source en Phrygie, recevant de grandes rivières, et entre autres la rivière de Tembrogius et celle de Gallus, et portant chez la plupart le nom de Sangarius : à partir de là, les golfes de Mariandyna, la ville d'Héraclée, placée sur le fleuve Lycus, à 200.000 pas de l'ouverture du Pont-Euxin; le port Acone, redoutable à cause de l'aconit (XXVII, 2), plante vénéneuse; la caverne Achérusienne; les fleuves Paedopides, Callichorus, Sonautes; la ville de Tium, à 38.000 pas d'Héraclée; le fleuve Billis.

II. (II.) [1] Au delà de ce fleuve est la Paphlagonie, appelée par quelques uns Pylaeménie, s'appuyant en arrière sur la Galatie; elle renferme Mastya ville des Milésiens, puis Cromma; en ce lieu Cornélius Népos place les Hénètes, et il prétend que les Vénètes d'Italie, dont le nom est le même, en sont issus; la ville de Sesamum, appelée aujourd'hui Amastris; le mont Cytorus, à 63.000 pas de Tium;

[2] les villes de Cimolis, de Stephane ; le fleuve Parthénius, le promontoire Carambis s'avançant énormément dans la mer, et situé à 325.000 pas, ou, d'après d'autres, à 350.000, de l'ouverture du Pont-Euxin, à la même distance du Bosphore Cimmérien, ou, d'après quelques-uns, à 312.500 pas; les villes de Carambis et d'Armène, qui n'existent plus; encore debout, Sinope, colonie, à 154.000 pas du mont Cytorus; le fleuve Evarchus, la nation des Cappadociens, les villes de Gaziura et de Gazelum; le fleuve Halys, descendant du pied du Taurus à travers la Cataonie et la Cappadoce;

[3] les villes de Gangre, de Carusa, d'Amisus, libre, à 130.000 pas de Sinope; le golfe d'Amisus, qui s'avance si profondément dans la terre, qu'il fait de l'Asie presque une île. De là au golfe d'Issus en Cilicie il y a, par terre, 200.000 pas et plus; dans tout ce trajet, les auteurs ne comptent que trois nations qui puissent être appelées Grecques à juste titre: la Dorienne, l'Ionienne, et l'Éolienne; les autres sont des nations barbares. A la ville d'Amisus tenait jadis la ville d'Eupatoria, fondée par Mithridate; après la défaite de ce prince (VII, 27), elles furent réunies sous le nom de Pompeiopolis.

III. (III.) [1] La Cappadoce a dans l'intérieur Archélaïs, colonie de l'empereur Claude, baignée par l'Halys; les villes de Comana, baignée par le Sarus, de Néocésarée par le Lycus, d'Amasia par par l'Iris, dans la Gazacène; dans la Colopène, Sebasta et Sébastopolis, petites villes, mais égales à celles qui viennent d'être nommées; dans le reste de son étendue, Mélita, fondée par Sémiramis non loin de l'Euphrate; Diocésarée, Tyanes, Castabales, Magnopolis, Zela; au pied du mont Argaeus, Mazaca appelée maintenant Césarée.

[2] La partie de la Cappadoce qui s'étend au-devant de la grande Arménie s'appelle Mélitène; au-devant de la Commagène, Cataonie; au-devant de la Phrygie, Gersauritis, Sargarausène, Cammanène; au-devant de la Galatie, Morimène : là les Cappadociens sont limités par la rivière Cappadox, ils en ont pris le nom; ils portaient auparavant celui de Leucosyriens; le fleuve Lycus sert de limite, au delà de Néocésarée susnommée, entre la Cappadoce et la petite Arménie. Dans l'intérieur se trouve aussi Céraunus, célèbre (02); sur la côte, à partir de la ville d'Amisus, la ville et le fleuve de Chadisia; la ville de Lycastum, a partir de laquelle commence la contrée de Themiscyra.

IV. [1] Le fleuve Iris, qui reçoit le Lycus; dans l'intérieur, la ville de Ziela, célèbre par la défaite de Triarius (67 av. J. C) et par une victoire de J. César (47 av. J. C.); sur la côte, le fleuve Thermodon, ayant sa source près d'un château appelé Phanarée, et coulant au pied du mont Amazonius; une ville de Thermodon qui n'existe plus, et cinq autre, Amazonium, Themiscyra, Sortira, Amasia, Comana, détruites aussi; Mantium, qui subsiste encore ; (IV) les nations des Génètes et des Chalybes; la ville de Cotyorus;

[2] les nations des Tibaréniens et des Mossyniens, qui se tatouent; la nation des Macrocéphales; la ville de Cérasonte (XV, 30), le port de Chordule, les nations des Béchires et des Buzères; le fleuve Mélas; la nation des Macrons; le pays de Sidène; le fleuve Sidénus, qui arrose la ville de Polémonium à 120.000 pas d'Amisus;

[3] puis les fleuves Jasonius et Melanthius; à 80,000 pas d'Amisus, la ville de Pharnacée, le château et le fleuve de Tripolis, le château et le fleuve de Philocalée, sans fleuve, le château de Liviopolis; à 100.000 pas de Pharnacée, la ville libre de Trapézonte, fermée en arrière par une vaste montagne; au delà, la nation des Arménochalybes, éloignée de 30.000 pas de la grande Arménie ; sur la côte, avant Trapézonte, le fleuve Pyxites;

[4] au delà de Trapézonte, la nation des Sanniens Héniochiens, l'embouchure du fleuve Absarus avec un château de même nom, à 140.000 pas de Trapézonte ; là, en arrière des montagnes, l'Ibérie; sur la côte, les Héniochiens, les Ampreutes, les Lazes; les fleuves Acampsis, Isis, Mogrus, Bathys; les nations des Colchiens, la ville de Matium; le fleuve Héracleum, le promontoire de même nom, et le fleuve le plus célèbre du Pont, le Phase, ayant sa source dans le pays des Moschiens, navigable aux plus gros vaisseaux dans un espace de 38.500 pas,

[5] et beaucoup plus loin à des bâtiments plus petits, traversé par 120 ponts. Il a eu sur ses rives un grand nombre de villes: les plus célèbres ont été Tyndaris, Circaeum, Cygnus, et, à l'embouchure, Phasis ; mais celle qui a jeté le plus d'éclat est Aea à 15.000 pas de la mer, où Hippos et Cyanéos, deux grandes rivières, viennent se jeter de contrées différentes dans le Phase; maintenant on n'y voit plus que la ville de Surium, nommée ainsi de la rivière Surius, qui se jette dans le Phase à l'endroit où ce dernier cesse de porter les gros vaisseaux.

[6] Le Phase reçoit encore d'autres rivières remarquables par leur nombre et par leur grandeur, entre autres le Glaucus; dans l'embouchure du Phase, à 70.000 pas du fleure Absarus, des îles sans nom; ensuite un autre fleuve, le Chariis; les Saliens, appelés Phthirophages (03) par les anciens; les Suaniens; le fleuve Cobus, descendant du Caucase à travers le pays des Suaniens; puis le Rhoas; le pays d'Ecrectice; les fleuves Singames, Tarsuras, Astelephas, Chrysorrhoas ; la nation des Absiles ; le château de Sebastopolis, à 100.000 pas de la ville de Phasia; la nation des Sannigiens ; une autre ville de Cygnus, le fleuve et la ville de Pénius; puis les nombreuses tribus des Héniochiens.

V. (V.) [1] Au-dessous est la région du Pont appelée Colique, où la chaîne du Caucase se contourne vers les monts Riphées, comme nous l'avons dit (V, 27), ayant un versant du côté du Pont-Euxin et du Palus-Méotide, et l'autre du côté de la mer Caspienne et de la mer d'Hyrcanie. Le reste de la côte est occupé par des nations sauvages, les Melanchlaenes (04), les Coraxiens arec la ville colchique de Dioscurias, auprès du fleuve Anthémonte, aujourd'hui abandonnée, jadis tellement célèbre que, d'après Timosthène, c'était le rendez-vous de 300 nations, qui parlaient des langues différentes; plus tard, les Romains y ont fait négoce avec 130 interprètes.

[2] Des auteurs pensent qu'elle fut fondée par Amphitus et Telchius, cochers de Castor et de Pollux, et de qui on assure qu'est sortie la nation sauvage des Héniochiens. Aprés Dioscurias, la ville d'Héracleum, à 70.000 pas de Sebastopolis; les Achéens, les Mardes, les Cercètes; derrières eux, les Serres, les Coupe-Têtes; au fond du golfe le plus éloigné, la très opulente ville de Pityonte, qui a été saccagée par les Héniochiens; derrière cette ville, les Epagérites, peuple sarmate, dans la chaîne du Caucase, et ensuite les Sauromates, auprès desquels, sous le règne de l'empereur Claude, s'était enfui Mithridate (roi de l'Ibérie);

[3] il a rapporté qu'ils avaient pour voisins les Thalles, qui à l'orient atteignaient l'embouchure de la mer Caspienne (05), et que cette embouchure était à sec pendant le reflux; sur la côte du Pont-Euxin, auprès des Cercètes, le fleuve Icarusa, la ville et le fleuve d'Hiéros, à 136.000 pas d'Héracleum; puis le cap Crunae, à partir duquel les Torètes occupent une crête escarpée; la cité de Sindos, à 67.500 pas d'Hiéros, le fleuve Sethéries (VI.). De là à l'entrée du Bosphore Cimmérien, 88.500 pas.

VI. [1] La péninsule même qui s'étend entre le Pont-Euxin et le Palus-Méotide n'a pas plus de 67.500 pas de long; la largeur n'est nulle part au-dessous de deux jugères (50 ares); on l'appelle Eion. La côte du Bosphore, tant du côté de l'Asie que du côté de l'Europe, s'incurve vers le Palus-Méotide. Villes de la Péninsule à l'entrée du Bosphore, d'abord Hermonassa, puis Cépi des Milésiens; un peu plus loin Stratoclie, Phanagorie, Apaturos presque abandonnée; à l'extrémité du Bosphore, Cimmérium, appelée auparavant Cerbérion; (VII.) puis le Palus-Méotide, dont il a été question dans la description de l'Europe (IV, 24).

VII. [1] A partir de Cimmerium la côte est habitée par les Méotes, par les Vales, les Serbes, les Arrèches, les Zinges, Ies Psésiens; puis les rives du Tanaïs, qui a deux embouchures, sont habitées par les Sarmates, qui sont, dit-on, issus des Mèdes, et qui sont divisés en plusieurs branches : d'abord les Sauromates Gynaecocratumeni (soumis aux femmes), maris des Amazones; puis les Evazes, les Cottes, les Cicimènes, les Messénians, les Costobocces, les Choatres, les Ziges, les Dandares, les Tussagètes, les Turcs, jusqu'à des déserts occupés par des ravins boisés; au delà de ces déserts, les Arimphéens, qui atteignent aux monts Riphées. Les Scythes donnent au Tanaïs le nom de Silis, an Palus-Méotide le nom de Témérinda, qui signifie mère de la mer; il y eut aussi une ville à l'embouchure du Tanaïs. Les contrées limitrophes ont été occupées d'abord par les Cariens, puis par les Clazoméniens et les Méoniens, enfin par les Panticapiens.

[2] Des auteurs nomment ainsi qu'il suit les nations qui habitent autour du Palus-Méotide jusqu'aux monts Cérauniens: à partir de la rive, les Napites; au-dessus les Essédons, touchant aux Colchiens, et habitant sur le sommet des montagnes; puis les Carmaques, les Orans, les Autaques, les Mazaques, les Cantocaptes, les Agamathes, les Piques, les Rhymozoles, les Ascomarques; et jusqu'à la chaîne du Caucase, les Icatales, les Imaduches, les Ramiens, les Anclaques, les Tydiens, les Carastacéens, les Authiandes, le fleuve Lagoüs, qui descend des monts Cathéens, et où se jette l'Opharus ; là les nations des Caucades et des Opharites; les rivières Menotharus et Imityes descendant des monts Cissiens, entre les Acdéens, les Carnes, les Uscardéens, les Accises, les Gabres, les Gogares; autour de la source de l'Imityes, les Imityens et les Aparthéniens.

[3] D'autres auteurs prétendent que les Scythes Auchètes (IV, 26), les Atarniens et les Asampates ont émigré dans ces contrées, et qu'ils ont exterminé complètement les Tanaïtes et les Inapéens. Quelques-uns disent que le fleuve Ocharius coule à travers le pays des Cantèques et des Sapéens, mais que le Tanaïs a été traversé par les Phataréens, les Herticéens, les Spondoliques, les Synhiètes, les Amasses, les Isses, les Catazètes, les Tagores, les Catones, les Néripes, les Agandéens, les Mandaréeens, les Satarchéens, les Spaléens.

VIII. (VIII.) [1] La côte intérieure est parcourue, tous les peuples qui l'habitent ont été nommés; maintenant décrivons les vastes contrées situées plus avant dans les terres. Je conviens que ma description différera en beaucoup de points de celles des anciens ; mais je me suis mis avec soin au courant des connaissances acquises sur ces contrées, tant par les guerres que Domitius Corbulon a faites récemment de ce côté, que par l'arrivée à Rome de rois qui venaient en suppliants, ou de fils de rois qui étaient envoyés en otage. Nous commencerons par la nation des Cappadociens. La Cappadoce, de toutes les nations du Pont, s'avance le plus loin dans l'intérieur des terres, dépassant par son flanc gauche la grande et la petite Arménie et la Commagène, et à droite toutes les nations énumérées dans la province Asie; couvrant des peuples nombreux, et s'élevant rapidement vers le levant et la chaîne du Taurus, elle passe au-devant de la Lycaonie, de la Pisidie, de la Cilicie, s'avance au delà de la contrée d'Antioche, et s'étend jusqu'à la Cyrrhestique per sa partie appelée Cataonie. Là la longueur de l'Asie est de 1.250.000 pas, la largeur de 640.000.

IX. (IX.) [1] La grande Arménie, qui commence aux monts Paryadres, est séparée, comme nous l'avons dit (V, 20), de la Cappadoce par l'Euphrate, et, quand l'Euphrate s'éloigne de la Mésopotamie, par le Tigre, fleuve non moins célèbre. Elle donne naissance à l'un et à l'autre, et forme le commencement de la Mésopotamie, qui doit s'étendre entre les deux fleuves; là l'intervalle est occupé par les Arabes Aroéens (06). Elle étend ainsi sa frontière jusqu'à l'Adiabène; séparée de cette province par une chaîne transversale, elle s'étend en largeur à gauche jusqu'au fleuve Cyrus, passant au delà du fleuve Araxe; en longueur jusqu'à la petite Arménie, dont elle est séparée par le fleuve Absarus se jetant dans le Pont-Euxin, et par les monts Paryadres donnant naissance à l'Apsarus.

X. [1] Le Cyrus naît dans les montagnes des Héniochiens, qui ont été appelées par d'autres Coraxiques; l'Araxe, dans les mêmes montagnes que l'Euphrate, 6.000 pas d'intervalle: accru de la rivière Musis, il se jette lui-même, ainsi que plusieurs auteurs l'ont dit, dans le Curus, qui l'emporte à la mer Caspienne.

[2] Villes célèbres dans la petite Arménie, Césarée, Aza, Nicopolis; dans la grande, Armosate, voisine de l'Euphrate, Carcathiocerta, voisine du Tigre; Tigranocerta; sur un plateau; Artaxata, en plaine auprès de l'Araxe. Aufidius a évalué l'étendue de l'Arménie entière à 5.000.000 de pas; l'empereur Claude en porte la longueur, depuis Dascusa jusqu'au bord de la mer Caspienne, à 1.3000.000 pas; la largeur à la moitié, depuis Tigranocerta jusqu'à l'Ibérie. Ce qui est certain, c'est qu'elle est divisée en préfectures, appelées stratégies, dont quelques-unes formaient jadis des royaumes; elles sont au nombre de 120, et portent des noms barbares. A l'orient, l'Arménie est bornée, mais non immédiatement, par les monts Cérauniens et l'Adiabène; l'espace intermédiaire est occupé par les Sophènes ;

[3] au delà des Sophènes sont les montagnes, et au delà des montages est l'Adiabène. Sur les pentes les plus voisines de l'Arménie sont les Ménobardiens et les Moschènes. L'Adiabène est entourée par le Tigre et des montagnes inaccessibles, elle a à sa gauche le pays des Mèdes, et en perspective la mer Caspienne, laquelle, comme nous le dirons en son lieu (VI, 15), provient de l'Océan, et est entourée tout entière par la chaîne du Caucase. Maintenant énumérons les peuples qui habitent sur les limites l'Arménie.

XI. (X.) [1] Toute la plaine, depuis le Cyrus, est occupée par la nation des Albaniens; puis par les Ibères, séparés d'eux par la rivière Alazon, qui descend du Caucase et va se jeter dans le Cyrus. Villes prépondérantes : de l'Albanie, Cabalaca; de l'Ibérie, Harmastis, auprès d'un fleuve; Néoris; la contrée de Thasie et de Triare jusqu'aux monts Paryadres ; au delà, les déserts de la Colchide; sur le côté de ces déserts tourné vers les monts Cérauniens, les Arménochalybes; le pays des Moschiens jusqu'au fleuve Ibère, qui se jette dans le Cyrus; au-dessous, les Sacassanes, et puis les Macrones jusqu'au fleuve Absarus. Telles sont les populations des plaines et des pentes. D'un autre côté, à partir des limites de l'Albanie, sont, sur tout le front des montagnes, les nations sauvages des Silves; au-dessous, celles des Lubiènes; puis les Didures et les Sodiens.

XII. (XI.) [1] Après ces peuples sont les portes Caucasiennes, que beaucoup, par une grande erreur (VI, 15, 6), appellent portes Caspiennes: c'est un immense ouvrage de la nature qui interrompt subitement la chaîne des montagnes. Là sont des portes garnies de poutres ferrées: au-dessous de ces portes passe un cours d'eau qui exhale une odeur détestable; en deçà, sur un rocher, est une forteresse appelée Cumania, élevée pour empêcher le passage de nations innombrables: ainsi, à peu prés en face de Harmastis (VI, 11), ville des Ibères, une porte suffit pour fermer l'entrée d'un monde. A partir des portes Caucasiennes, en suivant les monts Gordyéens, on trouve les Valles, les Suarnes, nations indomptées, qui cependant exploitent des mines d'or; de là jusqu'au Pont, plusieurs tribus des Héniochiens, puis des Achéens (VI, 5). Telle est la description de cette contrée (VI, 8), l'une des plus célèbres.

[2] Quelques-uns ont rapporté que du Pont-Euxin à la mer Caspienne il n'y a pas plus de 375.000 pas; Cornélius Népos réduit cette distante à 250.000, tant l'Asie se rétrécit de nouveau ! L'empereur Claude a rapporté que la distance du Bosphore Cimmérien à la mer Caspienne est de 150.000 pas, et que Séleunus Nicator conçut le projet de percer cet isthme au temps où il fut tué par Ptolémée Céraunus. Il est à peu près certain qu'il y a 200.000 pas depuis les portes du Caucase jusqu'au Pont-Euxin.

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