Naturalis Historia (page 5)
XIII. (XII.) [1] Iles dans le Pont-Euxin : les Planctes, ou Cyanées, ou Symplégades (IV, 27); Apollonie, appelée Thynias (V, 44) pour la distinguer de celle qui est en Europe (IV, 27), éloignée du continent de 1.000 pas, de 3.000 pas de tour; en face de Pharnacée (VI, 4), Chalcéritis, qui, d'après les Grecs, porte le nom d’Aria, est consacrée à Mars, et où les oiseaux se sont battus contre les étrangers à coups d'aile.
XIV. [1] Maintenant, après avoir énuméré tout ce qui est dans l''intérieur de l'Asie, il faut se décider à traverser les monts Riphées, et à parcourir à droite le rivage de l'Océan. Baignant l'Asie de trois côtes, il se nomme Scythique au nord, Oriental au levant, Indien au midi. Il se divise encore en une multitude de noms suivant les golfes et les peuples qui le bordent. Une grande partie de l'Asie, située au septentrion et exposée aux rigueurs d'un ciel glacial, a d'immenses solitudes. Depuis le point extrême d'où souffle l'Aquilon (nord-est) jusqu'au commencement du lever d'été, sont les Scythes.
[2] En dehors des Scythes et au delà du commencement de l'Aquilon, quelques-uns ont placé les Hyperboréens, sur lesquels nous avons donné des détails en traitant de l'Europe (IV, 26). Partant de là, on connaît d'abord le promontoire Lytarmis de la Celtique, et le fleuve Carumbucis, où baissent la rigueur du froid et la chaîne des monts Riphées. On place ici un certain peuple Arimphéen , qui diffère peu des Hyperboréens;
[3] il a pour demeure les bois, pour nourriture des baies : les hommes comme les femmes tiennent à déshonneur de porter leurs cheveux; les moeurs sont douces; aussi dit-on qu'ils sont considérés comme sacrés et inviolables, même par les nations sauvages qui les avoisinent; et non seulement eux, mais aussi ceux qui ont cherché un asile dans leur pays. Au delà, plus d'incertitude : ce sont les Scythes, les Cimmériens, les Cissianthes, les Géorgiens, et la nation des Amazones; celle-ci s'étend jusqu'à la mer Caspienne ou mer d'Hyrcanie.
XV. [1] En effet l'océan Scythique fait une irruption par les derrières de l'Asie, et forme une mer à laquelle les riverains ont donné plusieurs noms: de ces noms les deux plus célèbres sont mer Caspienne et mer d'Hyrcanie. Clitarque pense qu'elle n'est pas moindre que le Pont-Euxin; Ératosthène en donne même la mesure, 5.400 stades, depuis le levant et le midi, en suivant la côte de la Cadusie et de l'Albanie ; de là, par la côte des Anariaques, des Amardiens et des Hyrcaniens, jusque l'embouchure du fleuve Oxus, 4800 stades:
[2] de cette embouchure jusqu'à celle du Jaxarte, 2400, ce qui fait 1.575.000 pas. Artémidore retranche de cette mesure 25.000 pas. Agrippa, fixant les limites de la mer Caspienne, des nations riveraines et de l'Arménie à l'Océan Sérique du côté du levant, à la chaîne du Caucase du côté du couchant, à celle du Taurus du côté du midi, à l'océan Scythique du côté du nord, dit que la mer Caspienne a en longueur, autant qu'elle est connue, 490.000 pas, en largeur 290.000. Il ne manque pas d'auteurs qui en évaluent tout le circuit depuis le détroit [qui la joint à l'Océan] à 2.500.000 pas.
[3] Le détroit par lequel elle pénètre dans les terres est resserré, et d'une longueur considérable: quand elle commence à s'élargir, elle s'incurve en forme de croissant , comme si elle descendait vers le Palus-Méotide, ressemblant , dit Varron, à un fer de lance. Le premier golfe s'appelle Scythique; il est habité des deux côtés par les Scythes, qui communiquent entre eux à travers le détroit; d'une part sont les Nomades et les Sauromates, divisés en un grand nombre de peuplades: d'autre part les Abzoens, qui ne se divisent pas moins.
[4] A la droite de l'entrée et à la pointe même sont les Udins, peuple scythe; puis, sur la côte, les Albaniens, issus, dit-on, de Jason, et donnant leur nom à la mer qui est en face d'eux: cette nation, couvrant les montagnes du Caucase, descend, comme nous l'avons dit (VI, 11), jusqu'au fleuve Cyrus, limite de l'Arménie et de l'Ibérie; au-dessus de la côte maritime de l'Albanie et de la nation des Udins, s'étendent les Sarmates, les Utidorses, les Arotères, et, derrière eux, les Amazones Sauromatides, déjà nommées (VI, 14, 8).
[5] Fleuves traversant l'Albanie et se je tant à la mer, le Casius, l'Albanus, puis le Cambyse, né dans les montagne Caucasiennes; le Cyrus, né, comme nous l'avons dit (VI, 10), dans les montagnes Coraxiques. Toute la côte depuis le Casius, hérissée de roches escarpées, a, d'après Agrippa, 425.000 pas d'étendue. Depuis le Cyrus, la mer s'appelle Caspienne; les Caspiens en habitent les bords.
[6] Corrigeons ici une erreur commise par beaucoup d'auteurs, même par ceux qui ont dernièrement fait avec Corbulon la guerre en Arménie : ils ont appelé Caspiennes les portes de l'Ibérie, que nous avons dit s'appeler Caucasiennes (VI, 12); les plans qui ont été levés sur les lieux, et envoyés à Rome, ont ce dernier nom inscrit; et l'expédition projetée par Néron, que l'on disait devoir se diriger vers les portes Caspiennes, se dirigeait réellement vers celles qui mènent par l'Ibérie chez les Sarmates: les montagnes empêchent presque absolument qu'on n'arrive sur les bords de la mer Caspienne. Il y a bien des portes Caspiennes près des nations Caspiennes; mais on ne peut le reconnaître que par le récit de ceux qui ont accompagné Alexandre le Grand.
XVI. [1] En effet, le royaume des Perses, qui aujourd'hui appartient aux Parthes, placé entre deux mers, celle de Perse et celle d'Hyrcanie, est un plateau élevé que parcourt la chaîne du Caucase. Des deux côtes par les versants, et dans la partie antérieure qui regarde la Commagène, la Sophène vient, comme nous l'avons dit (VI, 10), à la grande Arménie; et à la Sophène, l'Adiabène, commencement de l'Assyrie, dont l'Arbélitide est une partie : c'est dans cette contrée qu'Alexandre vainquit Darius; elle est très voisine de la Syrie.
[2] Les Macédoniens ont donné à l'Adiabène entière le surnom de Mygdonie (IV, 17), à cause de sa ressemblance avec leur patrie. Villes : Alexandrie, Antioche, nommée Nisibis, éloignée d'Artaxate de 750.000 pas; Ninive, qui n'existe plus, placée sur le Tigre, regardant l'occident, jadis célèbre au plus haut degré. Sur le reste du front qui s'étend vers la mer Caspienne, on trouve l'Atropatène, séparée par l'Araxe de l'Otène, province de l'Arménie; la ville en est Gazæ, à 450.000 pas d'Artaxate, et à la même distance d'Ecbatane de la Médie, à laquelle appartient l'Atropatène.
XVII. (XIV.) [1] Ecbatane, capitale de la Médie, a été fondée par le roi Séleucus; elle est à 750.000 pas de la grande Séleucie, à 2.000.000 des portes Caspiennes. Autres villes de la Médie: Phazaca, Aganzaga, Apamia, surnommée Rhaphane. La raison qui a fait donner ce nom de portes est la même que plus haut (VI, 12) ; la chaîne des montagnes est interrompue par un étroit passage, à tel point qu'à peine un seul chariot peut le traverser; la longueur en est de 8.000 pas; tout est fait de main d'homme. A droite et à gauche sont suspendues des roches qui semblent brûlées, et la contrée est sans eau pendant 28.000 pas. Le défilé est embarrassé par une eau salée venant des roches, réunie en un lit, et ayant la voie pour issue; d'ailleurs, une multitude de serpents empêche le passage, si ce n'est en hiver.
[2] (XV.) Aux Adiabéniens touchent les peuples appelés jadis Carduques, maintenant Corduéniens, dont le pays est traversé par le Tigre; à ceux-ci touchent les Pratites, dits Parhodon (le long de la route ), qui occupent les portes Caspiennes. De l'autre côté de ces portes sont les déserts de la Parthie (VI, 29) et la chaîne du Cithénus; puis une province la plus agréable de la Parthie, et qu'on nomme Choara. Le deux villes des Parthes, bâties autrefois contre les Mèdes, Calliope et Issatis, qui était jadis sur un autre rocher. La capitale de la Parthie est Hécatompylos, à 133.000 pas des portes Caspiennes. Ainsi le royaume des Parthes est fermé aussi par des portes.
[3] Quand on les passe, on trouve aussitôt la nation Caspienne étendue jusqu'au littoral, et donnant son nom aux portes et à la mer. A gauche sont des terrains montagneux. A partir de cette nation, et en revenant au Cyrus, on compte 125.000 pas; de la même rivière si l'on se rend aux portes, 700.000 pas. Les itinéraires d'Alexandre le Grand font de ces portes une espèce de point central ; ils comptent de là à l'entrée de l'Inde 15680 stades (myr. 1699,712); jusqu'à la ville de Bactres appelée Zariaspa, 3.700 (myr. 68,08); de là jusqu'au Jaxarte, 5.000 (myr. 92).
XVIII. (XVI.) [1] A l'orient des portes Caspiennes est une contrée appelée Apavortène, où est un lieu d'une fertilité renommée, appelé Dareium; puis les Tapyres, les Anariaques, les Staures, les Hyrcaniens, dont le littoral, qui commence au fleuve Sideris, donne le nom à la mer Hyrcanienne; en deçà, les fleuves Maxeras, Stratos, tous venant du Caucase; puis la Margiane, renommée pour ses coteaux à vignobles, seule contrée vitifère dans ces parages, enfermée de tous côtés par des montagnes délicieuses, de 1.500 stades (myr. 27,6) de mur, d'un difficile accès à cause de déserts sablonneux d'une étendue de 120.000 pas, située aussi en regard de la Parthie, et où Alexandre avait fondé Alexandrie :
[2] cette ville fut détruite par les barbares, et Antiochus, fils de Séleucus, bâtit dans le même emplacement une ville syrienne; car, la voyant traversée par le Margus, qui, divisé en ruisseaux , sert à l'irrigation de la contrée de totale, il voulut qu'elle s'appelât Antioche; elle a 70 stades de circuit ( kil. 12,88) ; c'est là qu'Orode avait conduit les Romains faits prisonniers lors de la défaite de Crassus. Des hauteurs de cette contrée, par la chaîne du Caucase, s'étend jusqu'à la Bactriane la nation des Mardes, sauvage, indépendante;
[3] plus loin, les Ochanes, les Chomares, les Berdrigéens, les Harmatotrophes, les Bomaréens, les Comans, les Marucéens, les Mandruéniens, les Iatiens; fleuves: le Mandrus, le Gridinus; au delà, les Chorasmiens, les Candares, les Attasins, les Paricans, les Saranges, les Parrhasins, les Maratians, les Nasotians, les Aorses, les Gèles, que les Grecs ont appelés Cadusiens; les Matians; la ville d'Héraclée, fondée par Alexandre, qui, renversée plus tard et rebâtie, fut nommée par Antiochus Achaïs; les Derbices, dont l'Oxus, né dans le lac Oxus, traverse le pays par le milieu; les Syrmates, les Oxydraques, les Hénioques, les Bateniens, les Sarapares, les Bactriens, dont la ville Zariaspe, nommée plus tard Bactre, a reçu son nom du fleuve;
[4] les Bactriens habitent le versant du mont Paropamisus, à l'opposite des sources de l'Indus (07); ils sont limités par le fleuve Ochus. Au delà, les Sogdiens, la ville de Panda, et, à l'extrémité de leur territoire, Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand. Là sont les autels élevés par Hercule et par Bacchus, par Cyrus, par Sémiramis, par Alexandre; là fut la limite de tous ces conquérants, ils s'arrêtèrent au fleuve Jaxarte (Sihon ou Sir), que les Scythes nomment Silis (VI, 7); Alexandre et ses soldats crurent que c'était le Tanaïs (Don). Ce fleuve fut traversé par Démodamas, général des rois Séleucus et Antiochos, que nous suivons de préférence dans cette partie; il consacra des autels à Apollon Didyméen.
XIX.
(XVIII.) [1] Au delà sont les peuples scythes; les Perses les ont appelés en général Saces, du nom de la nation scythique la plus voisine; les anciens les ont appelés Araméens. Les Scythes eux-mêmes donnent aux Perses le nom de Chorsares, et au Caucase celui de Groucasus, c'est-à-dire, blanchi par la neige. La multitude de ces peuples est innombrable, et ils vivent comme les Parthes. Les plus célèbres sont les Saces, les Massagètes, les Dahes, les Essédons, les Ariaques, les Rhymniciens, les Paesiques, les Amardes, les Histes, les Édons, les Cames, les Camaques, les Euchates, les Cotières, les Antarians, les Piales, les Arimaspes, nommés auparavant Cacidares, les Aséens, les Oetéens, les Napéens et les Apelléens, deux peuples qu'on dit avoir péri : fleuves célèbres, le Mandragaeus et le Caspasius. Nulle part les divergences des auteurs ne sont plus grandes, sans doute à cause du grand nombre et de la vie errante de ces nations. Alexandre le Grand a rapporté, lui aussi, que l'eau de la mer Caspienne était douce; et M. Varron raconte que de l'eau de cette mer ayant été apportée à Pompée, qui commandait dans le voisinage pendant la guerre de Mithridate, fut trouvée telle : sans doute la masse d'eau des fleuves qui s'y jettent triomphe de l'amertume du sel. Le même auteur a écrit qu'il fut reconnu sous Pompée qu'en sept jours on arrive de l'Inde dans la Bactriane sur le bord du fleuve Icare, qui se jette dans l'Oxus; et que les marchandises de l'Inde, amenées de la par la mer Caspienne dans le Cyrus, peuvent être transportées par terre, en cinq jours au plus, jusqu'au Phase, qui tombe dans le Pont-Euxin. Dans toute cette mer il y a beaucoup d'îles; la plus connue est Tazata.
XX. [1] De la mer Caspienne et de l'océan Scythique, notre itinéraire s'infléchit vers la mer d'Orient, direction que prend la ligne du littoral. La première partie, qui commence au promontoire Scythique, est inhabitable à cause des neiges; la suivante est inculte à cause de la férocité des peuples; là sont les Scythes anthropophages, qui se nourrissent de chair humaine. Aussi à l'entour sont de vastes solitudes, où errent une multitude de bêtes farouches qui assiègent les hommes, non moins féroces quelles; puis de nouveau des Scythes; de nouveau des déserts peuplés de bêtes, jusqu'à la montagne qui s'avance sur la mer, et qu'on nomme Tabis. Ce n'est guère avant la moitié de la longueur de cette côte, qui regarde le levant d'été, que la contrée est habitée.
[2] Les premiers hommes qu'on y connaisse sont les Sères, célèbres par la laine de leurs forêts; ils détachent (XI, 26; XII, 22) le duvet blanc des feuilles, en l'arrosant d'eau; puis nos femmes exécutent le double travail de dévider et de tisser. C'est avec des manoeuvres si compliquées, c'est dans des contrées si lointaines qu'on obtient ce qui permettra à la matrone de se montrer en public avec une étoffe transparente. Les Sères sont civilisés; mais, très semblables aux sauvages mêmes, ils fuient la société des autres hommes; ils attendent que le commerce vienne les trouver.
[3] Le premier de leurs fleuves connus est le Psitaras, le second le Cambari, et le troisième Lanos; au delà le promontoire Chryse, le golfe Cyrnaba, le fleuve Atianos, le golfe et la nation des Attacores, préservée, par des coteaux bien exposés, de tout souffle nuisible, et vivant dans la même température que les Hyperboréens. Amométus a écrit sur eux un volume spécial, comme Hécatée sur les Hyperboréens. Après les Attacores viennent les Phruriens, les Tochares, les Casires qui appartiennent déjà à l'Inde, et qui, tournés dans l'intérieur du côté des Scythes, mangent de la chair humaine. Là errent aussi des nomades de l'Inde. Des auteurs ont dit que, dans la direction de l'Aquilon, ces peuples touchent aux Ciconiens et aux Brysans.
XXI. [1] Venons à des nations sur lesquelles on est d'accord : la chaire d'Emodus (Himalaya) s'élève, et la nation des Indiens commence, placée sur le littoral non seulement de la mer Orientale, mais aussi de la mer Méridionale, que nous avons appelée Indienne (VI, 14). La partie qui regarde l'orient, et qui s'étend en ligne droite jusqu'à un coude, commencement de la mer de l'Inde, compte 1.835.000 pas: à partir du coude, en allant au midi, 2.675.000 pas, d'après Ératosthène, jusqu'au fleuve Indus, qui est à l'occident la limite de l'Inde.
[2] Plusieurs auteurs en ont estimé la longueur totale à quarante jours et quarante nuits de navigation, et l'étendue du nord au midi à 2.850.000 pas. Agrippa en a évalué la longueur à 3.300.000 pas, la largeur à 2.300.000. Posidonius l'a mesurée dans la direction du levant d'été au levant d'hiver, la plaçant à l'opposite de la Gaule, qu'il a mesurée du couchant d'été au couchant d'hiver, et mise tout entière au Favonius (vent du couchant d'été);
[3] et il a enseigné d'une manière indubitable que l'Inde, à l'opposite, est favorisée et assainie par le souffle de ce vent (08). Autre est l'apparence de ce ciel, autres les levers des astres; deux étés dans l'année, deux moissons, avec un hiver intermédiaire pendant lequel soufflent le vents étésiens; au temps qui est notre hiver, des brises légères, la mer navigable. Les nations et les villes seraient innombrables, si on voulait toutes les énumérer. En effet, non seulement l'Inde a été ouverte par les armes d'Alexandre le Grand et des rois qui lui succédèrent, une circumnavigation dans la mer Hyrcanienne et la mer Caspienne ayant été exécutée par Séleucus et Antiochus, et leur amiral Patrocle; mais encore elle a été le sujet des récits d'autres écrivains grecs, qui, ayant demeuré dans les cours Indiennes (Mégasthène et Dionysius envoyé par Philadelphe à cet effet ), ont exposé de plus les forces de ces peuples. Toutefois, il n'y a aucun moyen d'être exact; toutes les narrations sont divergentes et incroyables.
[4] Les compagnons d'Alexandre le Grand ont écrit que dans cette portion de l'Inde qu'ils avaient subjuguée on ne comptait pas moins de cinq mille villes, dont aucune n'était plus petite que Cos (V, 36), et neuf peuples ; que l'Inde était le tiers de toute la terre, et la population innombrable, ce qui est probable, car les Indiens sont peut-être les seuls qui n'aient jamais fait des émigrations hors de leur territoire. [5] On compte, depuis Bacchus jusqu'à Alexandre le Grand, 154 rois, et 6.451 ans et 3 mois. Les fleuves ont une grandeur merveilleuse. On rapporte qu'Alexandre n'a jamais fait moins de 600 stades (kil. 110.50) par jour sur l'Indus, et qu'il ne put terminer cette navigation avant cinq mois et quelques jours; et certainement l'Indus est pus petit que le Gange. Sénèque, qui, parmi nous, a publié un essai sur l'Inde, y compte soixante fleuves et cent dix-huit nations. Ce serait le même labeur d'énumérer les montagnes; l'Imaüs, l'Emodus, le Paropamise, le Caucase, s'unissent entre eux, et du pied de ces montagnes se développe l'Inde en une plaine immense, et semblable à celle de l'Égypte.
[6] Mais, pour comprendre l'itinéraire par terre, il nous faut suivre les traces d'Alexandre le Grand. Diognète et Baeton, qui ont mesuré ses itinéraires, ont écrit que des portes Caspiennes à Hécatompyles des Parthes on compte le nombre de milles que nous avons déjà spécifié (VI, 17); de là jusqu'à Alexandrie des Ariens (VI, 25), que ce roi a fondée, 566.000 pas; de là jusqu'à Prophthasie (VI, 25) des Dranges, 199.000 pas; de là jusqu'à la ville des Arachosiens (VI, 25), 515.000; de là jusqu'à Ortospanum, 250.000;
[7] de là jusqu'à la ville d'Alexandrie (VI, 25), 50.000 (dans quelques exemplaires on trouve des nombres différents, et cette ville est placée au pied même du Caucase): de là jusqu'au fleuve Cophes (VI, 24) et à la ville indienne Peucolaitis, 227.000; de là jusqu'au fleuve Indus et à la ville de Taxile, 60.000; de là jusqu’à l'Hydaspe, fleuve célèbre, 120.000; de là jusqu'à l'Hypasis non moins célèbre, 29.390; ce fut le terme de l'expédition d'Alexandre: cependant il traversa ce dernier fleuve, et érigea des autels sur la rive opposée.
[8] Les lettres du roi lui-même s'accordent avec ces données. Le reste a été parcouru par Séleucus Nicator : de l'Hypasis au fleuve Hésidrus, 168.000; de là à la rivière Jomane, autant (quelques exemplaires ajoutent 5.000 pas); de là au Gange, 112.000 ; de là à Rhodapha , 119.000 (d'autres évaluent cet intervalle à 375.000); de là à la ville Calinipaxa, 167.500 (d'autres, 265.000 ); de là au confluent de la Jomanes et du Gange, 625.000 (la plupart ajoutent 13.000); de là à la ville de Palibothra (Patna), 425.000; de là à l'embouchure du Gange, 638.000 pas.
[9] Les nations qu'on peut se décider à citer sont, à partir des montagnes Emodiennes, dont le point culminant est appelé Imaus, mot signifiant neigeux (09) dans la langue des habitants: les Isares, les Cosyres, les Izges, les Chisiotosages sur les montagnes, les Brachmanes, surnom de beaucoup de peuples, auxquels appartiennent les Maccocalinges. Fleuves: le Prinas et le Cainas, tous deux navigables, dont le dernier se jette dans le Gange; nations ; les Calinges (10), qui sont les plus voisins de la mer; au-dessus, les Mandéens, les Malles, chez qui est la montagne Malius : la limite de cette contrée est le Gange.
XXII (XVIII.) [1] Les uns l'ont dit né de sources incertaines, comme le Nil, et inondant, comme lui, le voisinage ; les autres, dans les montagnes de la Scythie : ils disent qu'il s'y jette 19 rivières, parmi lesquelles, outre les rivières susnommées (VI, 21, 7 et 8), sont navigables le Condochates, l'Erannoboas, le Cosoagus (11), le Sonus. Suivant d'autres, le Gange sort de la source même avec fracas, et il se précipite à travers des rochers abruptes; dès qu'il arrive à des plaines adoucies, il reçoit l'hospitalité dans un certain lac; ensuite il coule avec tranquillité, large de 8.000 pas dans sa moindre largeur, de 100 stades (kil. 8, 4) dans sa largeur moyenne, d'une profondeur qui n'est jamais de moins de 20 pas. (XIX.) La dernière nation qu'il traverse est celle des Gangarides Calingiens : leur capitale se nomme Parthalis. Le roi a 60.000 fantassins, 1.000 cavaliers et 700 éléphants, tout prêts à entrer en campagne.
[2] Chez les Indiens civilisés la population est divisée en plusieurs classes: les uns cultivent la terre, les autres sont militaires; d'autres font le commerce; les meilleurs et les plus riches administrent la chose publique, rendent la justice, et sont les conseillers des rois. Ceux de la cinquième classe, adonnés à une sagesse célèbre en ces pays et presque tournée en religion, finissent toujours leur vie par une mort volontaire sur un bûcher.
[3] Il faut ajouter une dernière classe à demi-sauvage, assujettie à un labeur infini, d'où dépend tout le reste, savoir, chargée de chasser et de dompter les éléphants. Avec ces animaux on laboure, sur eux on voyage; on ne connaît guère d'autre bétail: avec eux on fait la guerre et on défend la frontière. On les choisit pour le combat, d'après les forces, l'âge, et la taille.
[4] Dans le Gange est une île très grande, renfermant une seule nation, nommée les Modogalingiens. Au delà sont situés les Modubes, les Molindes, les Ubères, avec une magnifique ville du même nom; les Galmodroèses, les Prètes, les Calisses, les Sasures, les Passales, les Colubes, les Orxules, les Abales, les Taluctes; le roi des Taluctes a 50.000 fantassins, 4.000 cavaliers, et 400 éléphants. Puis vient une nation plus puissante, les Andares (12), possédant grand nombre de bourgs, 30 villes fortifiées de murs et de tours; elle fournit à son roi 100.000 fantassins, 2.000 cavaliers, 1.000 éléphants. Le pays des Dardes est le plus abondant en or; celui des Sètes, en argent.
[5] Des Indiens non seulement de ces parages, mais encore de l'Inde presque entière, les plus puissants et les plus illustres sont les Prasiens, qui possèdent la ville, très grande et très opulente de Palibothra (Pana), d'où quelques-uns donnent le nom de Palibothriens à la nation même, et de Palibothrie à toute la contrée entre le Gange et l'Indus. Leur roi a toujours à sa solde 600.000 fantassins, 30.000 cavaliers, et 9.000 éléphants; d'où l'on conclut que ses richesses sont énormes.
[6] Après ceux-ci, dans l'intérieur, les Monèdes, et les Suares, chez qui est le mont Malée. Dans cette montagne l'ombre tombe au nord en hiver, au midi en été, pendant six mois; la grande Ourse n'y est visible qu'une fois dans l'année, et seulement pendant 15 jours, d'après Baeton. Mégasthène dit que cela arrive en plusieurs lieux de l'Inde. Les Indiens appellent Dramasa le pôle austral. La rivière Jomanes tombe dans le Gange à travers le pays des Palibothriens, entre les villes Méthora et Clisobora.
[7] Dans les régions au midi du Gange, les hommes sont hâlés par le soleil; ils ont déjà une teinte basanée, sans être encore brûlés comme les Éthiopiens. Plus ils s'approchent de l'Indus, plus ils portent la marque de l'action colorante de l'astre. Immédiatement après la nation des Prasiens, dans les montagnes desquels sont, dit-on, les Pygmées, on trouve l'Indus. Artémidore estime à 2.100.000 pas l'intervalle qui sépare ces deux fleuves.
XXIII. (XX) [1] L'Indus, appelé Sindus par les habitants, né dans l'embranchement du Caucase, qu'on appelle Paropamise, coulant d'abord à l'orient, reçoit lui aussi 19 rivières ; les plus célèbres sont l'Hydaspe, qui en amène quatre autres, le Cantabras, qui en amène trois, l'Acésine et l'Hypasis, qui sont navigables eux-mêmes. Toutefois, modeste, pour ainsi dire, nulle part il n'a plus de 30 stades (kil. 9, 2) de large, et plus de 15 pas de profondeur. II forme une île très grande, nommée Prasiane, et une autre plus petite, nommée Patale.
[2] Navigable, d'après les auteurs les plus modérés, pendant l'espace de 1.240.000 pas, il semble accompagner le soleil dans sa marche, court à l'occident, et se jette dans l'Océan. Quant à la mesure de la côte jusqu'à l'Indus, je vais indiquer, comme je la trouve, par distances, bien qu'il n'y ait aucune concordance entre les itinéraires : de l'embouchure du Gange au promontoire des Calingiens et à la ville de Dandagula, 625.000 pas; jusqu'à Tropina, 1.225.000; jusqu'au promontoire de Perimula, où est le plus célèbre marché de l'Inde, 750.000; jusqu'à la ville située dans l'île que nous avons nommée tout à l'heure, Patala, 620.000.
[3] Nations montagnardes entre l’Indus et la Jomane, les Césiens, les Cétriboniens vivant dans les bois; puis les Megalles, dont le roi a 500 éléphants, et un nombre mal connu de fantassins et de cavaliers; les Chryséens, les Parasanges, les Asanges, dont le pays est plein de tigres, qui arment 30.000 fantassins, 300 éléphants, 800 cavaliers; et que renferme l'Indus, et, pendant 625.000 pas, une ceinture de montagnes et des déserts:
[4] au-dessous des déserts, les Dares, les Sures; puis, de nouveau, des déserts de 187.000 pas, où les sables entourent des terres, comme la mer des îles; au-dessous de ces déserts, les Maltécores, les Singiens, les Marohens, les Rarunges, les Morunes, tous peuples montagnards, qui, étendus sans interruption le long de la côte de l'Océan, sont indépendants, sans rois, et ont beaucoup de villes sur les escarpements des montagnes;
[5] puis les Naréens, à qui sert de borne le Capitalia, le plus haut des monts indiens; les habitants de ce mont, qui sur l'autre versant exploitent des mines considérables d'or et d'argent; les Oratures, dont le roi n'a, il est vrai, que 10 éléphants, mais des forces considérables en infanterie; les Varétates, qui, soumis à un roi, ne nourrissent pas d'éléphants, se fiant à leur infanterie et à leur cavalerie; les Odomboères, les Salabastres, les Horates, avec une belle ville défendue par des fossés marécageux, dont les crocodiles, très avides de chair humaine, ne permettent le passage que sur un pont : on cite encore chez eux une autre ville, Automela, placée sur la côte, ou cinq rivières viennent aboutir à un même point; c'est un marché célèbre.
[6] Leur roi a 1.600 éléphants, 150.000 fantassins, 5.000 cavaliers. Le roi des Charmes, plus pauvre, a 60 éléphants, et, du reste, de petites forces. Ensuite viennent les Pandes, seule nation de l'Inde qui soit gouvernée par des femmes : on rapporte qu'Hercule n'eut qu'un enfant du sexe féminin, et que cette fille, plus chérie pour cette raison, reçut le royaume principal. Sa descendante commande à 300 villes, 150.000 fantassins, 500 éléphants; après cette reine de 300 villes, les Syriènes, les Déranges, les Posinges, les Buzes, les Gogiaréens, les Umbres, les Néréens, les Brancoses, les Nobundes, les Cocondes, les Néséens, les Pédatrires, les Solobriases, les Olostres, qui touchent à l'île Patale. De l'extrémité de cette île aux portes Caspiennes, la distance est de 1.925.000 pas.
[7] Ici ensuite, au bord opposé (est) de l'Indus, habitent des peuples sur qui on a des renseignements certains, les Amates, les Bolinges, les Gallitalutes, les Dimures, les Mégares, les Ordabes, les Mèses; puis les Ures, les Silènes; ensuite, des déserts pendant 250.000 pas; au delà de ces déserts, les Organages, les Abaortes, les Sibares, les Suertes; après ces peuples, des déserts pareils aux précédents ; puis les Sarophages, les Sorges, les Baraomates, les Umbrittes, formant 12 nations, dont chacune a deux villes ;
[8] les Asènes, habitant trois villes, dont la capitale est Bucéphale, fondée par Alexandre dans le lieu où a été enterré son cheval de ce nom; au-dessus d'eux , des peuples montagnards placés au pied du Caucase, les Soléades, les Sondres; en passant l'Indus et en suivant son cours, les Samarabriens, les Sambrucènes, les Bisambrites, les Osiens, les Antixènes, les Taxilles, avec la ville célèbre de Taxila : là déjà la contrée s'est abaissée et aplanie, et elle porte dans son ensemble le nom d'Amanda: quatre peuples, les Peucolaïtes, les Arsagalites, les Gérètes, les Asoens.
[9] En effet, la plupart ne font pas du fleuve Indus la limite occidentale de l'Inde, mais ils y ajoutent quatre satrapies, les Gédrosiens, les Arachotes, les Ariens, les Paropamisades, (XXI.) et la dernière limite de l'Inde est alors le Cophès; d'autres prétendent que tout cela appartient à l'Arie. La plupart attribuent aussi à l'Inde la ville de Nysa, le mont Mérus, consacré à Bacchus, d'où vient la fable qui le fait naître de la cuisse de Jupiter (13),
[10] et le pays des Astacans, qui produit la vigne, le laurier, le buis, et tous les fruits de la Grèce. Quant aux particularités mémorables et presque fabuleuses que l'on rapporte sur la fertilité du sol, sur les espèces de grains et d'arbres, sur les quadrupèdes, les oiseaux et les autres animaux, nous en parlerons en lieu et place dans le reste de l'ouvrage. Ajournons pour un moment les quatre satrapies, dans la hâte que nous avons d'arriver à l'île de Taprobane.
[11] Mais auparavant il faut citer d'autres îles : Patalé, que nous avons dit (VI, 23,2) être à l'embouchure même de l'Indus, de figure triangulaire, de 220.000 pas de large; hors de I'embouchure du fleuve, les îles de Chryse et d'Argyre, abondantes, je pense, en mines; car je suis peu disposé à croire ce que quelques-uns ont rapporté, que le sol en est d'or et d'argent; à 20.000 pas, l'île de Crocala; à 12.000, l'île de Bibaga, pleine d'huîtres et de coquillages ; puis, à 9.000 pas, Toralliba, et plusieurs autres sans nom.
XXIV. (XXII.) [1] Taprobane a été longtemps regardée comme un autre monde, sous le nom de terre des Antichthones (14). Au siècle et aux expéditions d'Alexandre le Grand on doit savoir qu'elle est une île. Onésicrite, commandant de sa flotte, a écrit que les éléphants y sont plus grands et plus belliqueux que dans l'Inde; Mégasthène, qu'elle est partagée par un fleuve, que les habitants sont appelés Paléogones, et que leur pays est plus abondant en or et en grosses perles que celui des Indiens.
[2] Érastosthène a même donné la mesure de cette île, 7,000 stades (myr.128, 8), en long et 5.000 (myr. 92) en large, ajoutant qu'elle n'a point de villes, mais qu'elle renferme 700 bourgs. Elle commence à la mer Orientale, s'étendant en face l'Inde, entre le levant et le coucher. Jadis on croyait qu'elle était à vingt jours de navigation de la nation des Prasiens; mais comme on y allait avec des barques faites de papyrus, et munies d'agrès comme celles du Nil, on a réduit cette évaluation à sept journées, en raison de la supériorité de la marche de nos bâtiments.
[3] La mer qui sépare Taprobane de l'Inde est pleine de hauts fonds, où l'eau n'a pas plus de six pas de profondeur, mais tellement profonde dans certaines passes, qu'aucune ancre n'en peut trouver le fond : les habitants se servent de barques qui ont une proue à l'avant et à l'arrière, afin de n'être pas obligés de virer de bord dans ces canaux étroits; le tonnage de ces barques est de 3000 amphores (litres 77.760). Ils n'observent pas les astres pour naviguer, et le pôle septentrional n'est pas visible; mais ils emmènent avec eux des oiseaux qu'ils lâchent de temps en temps et dont ils suivent le vol vers la terre; ils ne naviguent pas plus de quatre mois dans l'année; ils s'abstiennent de se mettre en mer pendant environ cent jours après le solstice d'été : c'est la saison de leur hivernage.
[4] Jusqu'à présent nous avons parlé d'après les anciens; mais des renseignements plus exacts nous sont arrivés sous le règne de l'empereur Claude, et même des ambassadeurs sont venus de cette île à Rome; voici comment cela s'est fait : Annius Plocamus avait affermé du trésor impérial le retenu de la mer Rouge; un sien affranchi, doublant l'Arabie, fut emporté par les aquilons au delà de la Germanie; il arriva le quinzième jour à Hippuros, port de Taprobane : accueilli avec hospitalité par le roi du pays, et ayant appris en six mois la langue des habitants, il put répondre à ce prince sur les Romains et l'empereur.
[5] Ce prince, parmi les choses qui lui furent racontées, admira surtout la probité du gouvernement romain, parce qu'il remarqua dans l'argent pris avec le naufragé que les deniers étaient égaux en poids, bien que les différentes figures qu'ils portaient montrassent qu'ils avaient été frappés par des souverains différents. Engagé par cela principalement à nouer une alliance, il envoya quatre ambassadeurs, dont le chef était Rachias. On apprit d'eux que l'île renfermait 500 villes, un port en face du midi, placé près de la ville de Palaesimundum, la plus célèbre, la ville royale, et contenant une population de 200.000 personnes; que dans l'intérieur se trouvait le lac Mégisba, de 375.000 pas de tour, où sont des îles servant uniquement de pâturages;
[6] qu'il en sort deux fleuves, l'un, le Palaesimundus, se jetant auprès de la ville de même nom, dans le port, par trois bras, dont le plus étroit a cinq stades (mètres 920) et le plus large quinze ( kil. 2, 76), et l'autre, le Cydara, coulant vers le nord et l'Inde; que le point de l'Inde le plus voisin est le cap nommé Coliaque, à quatre jours de navigation, distance au milieu de laquelle on trouve l'île du Soleil; que cette mer est d'une couleur très verte, et en outre pleine d'arbres dont les gouvernails emportent le feuillage.
[7] Ces ambassadeurs admiraient chez nous la grande Ourse et les Pléiades ; c'était pour eux un nouveau ciel: ils avouaient que la lune même n'était visible chez eux au-dessus de la terre que du huitième jour au seizième. Ils racontaient que dans leurs nuits brillait Canopus (II, 71, 2), étoile grande et jetant un vif éclat; mais ce qui les surprenait le plus, c'est que les ombres de leurs corps tombaient du côté de notre ciel et non du côté du leur, et que le soleil se levait à gauche et se couchait à droite, au lieu de faire le contraire. Ils racontaient encore que le flanc de l'île étendu le long de l'Inde avait 10.000 stades (myr. 184), dans la direction du levant d'hiver;
[8] qu'ils voyaient les Sères au delà des monts Emodiens, et qu'ils les connaissaient même par le commerce; que le père de Rachias était allé dans leur pays, et que les Sères venaient au-devant des Taprobaniens qui arrivaient; que les Sères dépassaient la taille ordinaire, qu'ils avaient les cheveux rouges, les yeux bleus, la voix rude, sans langage pour se communiquer leurs pensées. Du reste, les renseignements donnés par eux étaient semblables à ceux de nos négociants, à savoir que les marchandises étaient posées sur la rive du neuve du côté des Sères (VI, 20), qui les emportaient en laissant le prix si elles leur convenaient. A-t-on jamais plus juste raison de haïr le luxe que lorsque, conduit en esprit dans ces contrées, on songe à ce qu'il demande, à quel prix, et pourquoi (IX, 54)?
[9] Mais Taprobane même, quoique reléguée par la nature au delà du monde, n'est pas exempte de nos vices; l'or et l'argent y sont aussi en estime; un marbre semblable à l'écaille de tortue, les pierres précieuses, les perles remarquables, y sont à haut prix; en un mot, c'est notre luxe tout entier porté à son comble. Ils disaient que leurs richesses étaient plus grandes que les nôtres, mais que nous savions mieux en tirer parti. Personne n'y a d'esclaves; on n'y dort ni jusqu'au jour ni pendant le jour; les édifices y sont peu élevés au-dessus du sol; le prix des grains y est toujours le même; il n'y a ni tribunaux ni procès; on y adore Hercule; le peuple élit pour roi un vieillard recommandable par sa douceur, et sans enfants; si plus tard il a des enfants, on le fait abdiquer, pour que le royaume ne devienne pas héréditaire.
[10] Trente directeurs lui sont donnés par le peuple; personne ne peut être condamné à mort que par une sentence de la majorité. Il y a même alors appel au peuple; on donne au condamné soixante-dix nouveaux juges: s'ils l'acquittent, les trente directeurs perdent toute considération, et ils sont frappés de la réprobation la plus sévère. Le roi porte l'habillement de Bacchus; la nation, celui des Arabes. Le roi, s'il commet quelque crime, est condamné à mort; personne ne le tue, tous s'en détournent; on refuse même d'échanger avec lui une parole. Les fêtes se passent en chasses, dont les plus agréables sont celles qui ont pour objet les tigres et les éléphants; les champs y sont soigneusement cultivés, l'usage de la vigne y est inconnu, les fruits y sont abondants; les habitants se plaisent beaucoup à la pêche, surtout des tortues, dont la carapace couvre des familles entières, tant on en trouve de grandes. Une vie de cent ans y est ordinaire. Voilà ce qu'on sait de Taprobane.
XXV. [1] Parlons maintenant des quatre satrapies, que nous avons renvoyées à ce moment. (XXIII.) A partir des nations les plus voisines de l'Indus, on trouve des lieux montagneux; la Capissène, où fut la ville de Capissa, détruite par Cyrus; l'Arachosie, avec un fleuve et une ville de même nom, que quelques-uns ont appelée Céphée, fondée par Sémiramis ; le fleuve Hermandus (15), arrosant Parabeste des Arachosiens: dans le voisinage, au midi, du côté des Arachotes, les Gédrosiens ; au nord les Paropamisades, au pied du Caucase la ville de Cartana, appelée ensuite Tetragonis (le pays des Paropamisades est en face de l'Arachosie): puis le pays des Bactriens, dont la capitale est Alexandrie, ainsi nommée de son fondateur; les Syndraques, les Dangales, les Parapians, les Cantaces, les Maces; au Caucase, les Cadrusiens; une ville fondée par Alexandre.
[2] Au-dessous de toutes ces contrées, la côte à partir de l'Indus; l'Ariane, brûlée par les ardeurs du soleil, entourée de déserts, parsemée cependant de beaucoup de lieux ombragés, et rassemblant ses habitants sur deux fleuves surtout, le Tonderos et l'Arosape; la ville d'Artacoana; le fleuve Arius, qui passe au pied d'Alexandrie (Herat), fondée par Alexandre, ville de 30 stades (kil. 5, 52) ; beaucoup plus belle et aussi plus ancienne, Artacabane, qui, rebâtie par Antiochos, a 50 stades (kil. 9, 4);
[3] la nation des Dorisques; les fleuves Pharnacotis et Ophradus; Prophthasia, ville des Zariaspes; les Dranges, les Evergètes, les Zaranges, les Gédruses; les villes de Peucolaïs et de Lymphorta ; le désert des Méthoriques; le fleuve Manaïs; la nation des Auguttures ; le fleuve Borru; la nation des Urbiens; le fleuve navigable Pomasius, sur le territoire des Pandes (VI, 23) ; le Cabirus, navigable, dans le terri toire des Suares, ayant un port à son embouchure; la ville de Condigramma, le fleuve Cophès, où se jettent le Sadarus, le Parospus, le Sodinus, rivières navigables.
[4] Quelques-uns veulent que la Daritis soit une partie de l'Ariane, et ils disent que ces deux contrées prises ensemble ont une longueur de 1.950.000 pas, et une largeur moitié moindre que celle de l'Inde (VI, 21, 2) ; d'autres ont placé les Gedruses et les Pasires pendant 183.000 pas, puis les Ichthyophages Orites, qui parlent non l'indien, mais une langue particulière, pendant 20:00,000 pas; puis la nation des Arbiens, pendant 200.000 pas encore. Alexandre défendit à tous les Ichthyophages de se nourrir de poisson. Au delà sont des déserts, puis la Carmanie, la Perse, et l'Arabie.
XXVI. [1] Mais, avant d'entrer dans le détail, il convient d'indiquer ce que rapporte Onésicrite: ce commandant de la flotte d'Alexandre vint par mer de l'Inde dans le golfe Persique, décrit récemment par Juba; puis j'exposerai la route que l'on a découverte dans ces derniers temps, et que l'on suit aujourd'hui. Le journal d'Onésicrite et de Néarque n'a ni les noms des stations ni les distances; et d'abord on n'y explique pas suffisamment auprès de quel fleuve et dans quel lieu était Xylenepolis, fondée par Alexandre, qui fut leur point de départ.
[2] Voici cependant ce qui fut digne d'être cité : Arbis, ville fondée par Néarque dans cette navigation, le fleuve Nabrus, navigable; en face, une île (16), à 70 stades (kil. 12, 88) ; Alexandrie, fondée par Léonnatus (XXXV, 47) sur l'ordre d'Alexandre, dans le territoire de ce people; Argenus, qui a un bon port; le fleuve Tubérus, navigable, le long duquel sont les Pasires;
[3] puis les Ichthyophages, qui s'étendent dans un si long espace, qu'on navigue pendant vingt jours le long de leur côte; l'île appelée île du Soleil, ou Lit des Nymphes, dont le sol est rouge et fait périr tout animal, sans qu'on en connaisse la cause; la nation des Oriens; l'Hytanis, fleuve de la Carmanie, qui a un port, et qui roule de l'or. Là, pour la premiers fois, les navigateurs revirent la grande Ourse : ils ajoutent qu'Arcturus n'est visible ni toutes les nuits ni la nuit entière;
[4] que les Achaeménides avaient possédé le pays jusque-là, et qu'on y exploite des mines de cuivre, de fer, d'arsenic, et de minium (XXXII, 36 et 37). Au delà est le cap de la Carmanie, duquel il y a une distance de 50.000 pas jusqu'à la nation arabe des Maces, sur la côte opposée; trois îles, dont Oracla, à 25.000 pas du continent, a de l'eau et est seule habitée; quatre îles qui sont déjà dans le golfe et en face de la Perse : dans ces parages, des hydres marines, de 20 coudées, effrayèrent la flotte par leur approche; l'île d'Acrotadus; les Gaurates, qui comprennent la nation des Chianiens; le fleuve Hyperis, au milieu du golfe Persique, et qui porte des bâtiments de charge; le fleuve Sitiogagus, par lequel on arrive à Pasargade (VI, 29) en sept jours; l'Hératémis, fleuve navigable;
[5] une île sans nom ; le fleuve Granis, portant des bâtiments d'une dimension médiocre, et traversant la Susiane; à la droite de ce fleuve, les Deximontans, qui fabriquent du bitume: le fleuve Zarotis, dont l'embouchure est difficile, si ce n'est à ceux qui en ont la pratique; deux petites îles; puis des hauts-fonds semblables à un marais, à travers lesquels on navigue cependant à l'aide de certains canaux; l'embouchure de l'Euphrate; le lac que l'Eulée et le Tigre forment auprès de Charax; puis Suse, à laquelle on remonte par le Tigre. La flotte y trouva Alexandre célébrant une fête; il y avait sept mois qu'il s'en était séparé à Patalé (VI, 23,11). et il y en avait trois que la flotte tenait la mer. Telle fut la navigation de la flotte d'Alexandre. Plus tard on a pensé qu'on pouvait, de Syagrus (VI, 32), promontoire d'Arabie, gagner en toute certitude Patalé avec le vent du couchant d'été qu'on appelle là Hippalus; on évaluait la distance à 1.332.000 pas.
[6] L'âge suivant indiqua une voie plus courte et plus sûre : c'était d'aller du même promontoire à Zigerus, port de l'Inde. Longtemps on a navigué ainsi, jusqu'à ce qu'un négociant eût trouvé une voie abrégée, et que l'amour du gain eût rapproché l'Inde. Aujourd'hui on y fait un voyage tous les ans; à bord des bâtiments on met des cohortes d'archers, pour écarter les pirates qui infestent ces mers. II ne sera pas hors de propos d'exposer toute la navigation depuis l'Égypte; ce n'est que de nos jours qu'on en a une connaissance certaine. La chose en vaut la peine. Il n'y a pas d'année où l'Inde n'enlève à l'empire romain moins de 50.000.000 de sesterces (105.000,00 fr.); elle nous expédie en retour des marchandises qui se vendent chez nous au centuple.
[7] A 2.000 pas d'Alexandrie est la ville de Juliopolis; de là on navigue sur le Nil jusqu'à Coptos, à 303.000 pas; ce trajet est parcouru en douze jours avec les vents étésiens. De Coptos on va sur des chameaux; les stations sont disposées d'après les endroits où l'on trouve de l'eau : la première s'appelle Hydreum (17), à 32.000 pas; la seconde est dans une montagne, à une journée de marche; la troisième, à un autre Hydreuma, à 95.000 pas de Coptos; puis dans une montagne; puis à Hydreum d'Apollon, à 184.000 pas de Coptos; derechef dans une montagne ; puis au nouvel Hydreum, à 233.000 pas de Coptos ;
[8] à une distance de 4.000 pas du nouvel Hydreum est l'ancien Hydreum, dit Troglodytique, où un détachement tient garnison, et qui peut recevoir 2.000 personnes. De là on arrive à la ville de Bérénice, qui a un port sur la mer Rouge, à 258.000 pas de Coptos: mais comme on fait la plus grande partie de la route pendant la nuit à cause de la chaleur, et qu'on passe le jour dans les haltes, le trajet, de Coptos à Bérénice, demande douze jours.
[9] On se met en mer au milieu de l'été, avant le lever de la Canicule ou immédiatement après; au bout de trente jours environ, on arrive à Océlis d'Arabie, ou à Cane, de la région de l'encens. Il y un troisième port appelé Muza, où les navigateurs qui vont en Inde ne touchent pas; il n'est fréquenté que par les négociants en encens et en parfums arabiques. Dans l'intérieur est une ville nommée Saphar, capitale du pays, et une autre ville nommée Save. Pour ceux qui vont en Inde le point de départ le plus avantageux est Océlis; de là avec le vent Hippalus, on navigue pendant quarante jours jusqu'à Muziris, premier marché de l'Inde, peu désirable à cause des pirates voisins qui occupent le lieu appelé Nitries ; il n'est pas non plus riche en marchandises ;
[10] en outre, le mouillage des navires est loin de la terre, et c'est avec des chaloupes que l'on fait le chargement et le déchargement. Le roi de ce pays, pendant que j'écrivais ceci, était Célébothras. Un port plus favorable est celui de la nation des Nelcanidiens (18), appelé Barace : là règne Pandion (19), dans une ville méditerranée éloignée du marché, et appelée Modura. Le pays d'où l'on apporte le poivre à Barace, sur des chaloupes faites d'un seul arbre, se nomme Cottonara. Tous ces noms de nations, de ports ou de villes, ne se trouvent chez aucun des anciens auteurs ; d'où il résulte que l'état des lieux change.
[11] On revient de l'Inde au commencement du mois égyptien tybi, qui est notre mois de décembre, ou tout au moins avant le sixième jour du mois égyptien méchir, c'est-à-dire avant nos ides de janvier (le 13 de janvier); de la sorte on revient dans la même année. On revient de l'Inde avec le vent Vulturne (du lever d'hiver), et lorsqu'on est entré dans la mer Rouge, avec l'Africus (du coucher d'hiver) ou l'Auster (du midi). Maintenant revenons à notre sujet.
XXVII. [1] Néarque a écrit que la côte de Carmanie a 1.250.000 pas; depuis son commencement jusqu'au fleuve Sabis, 100.000 pas; de là on trouve des vignobles et des champs cultivés jusqu'au fleuve Andanis, pendant 25.000 pas; le pays s'appelle Armuzia. Villes de la Carmanie, Zéthis et Alexandrie.
XXVIII. [1] Puis, en ces parages, la mer fait une double irruption dans les terres, sous le nom de mer Rouge chez les Latins, et chez les Grecs de mer Érythrée, du nom du roi Érythras, ou, suivant d'autres, à cause de la couleur rouge qu'elle présente, soit que cette couleur provienne de la réflexion des rayons du soleil, soit qu'elle tienne à la teinte de la terre et du sable, ou à la nature de l'eau elle-même. (XXIV.) Elle se divise en deux golfes: celui qui est à l'orient s'appelle golfe Persique, il a 2.500.000 pas de tour d'après Ératosthène. En face est l'Arabie, dont la longueur est de 1.200.000 pas; puis vient un second golfe, nommé Arabique. La mer qui entre dans les golfes s'appelle mer Azanienne (VI, 34).
[2] L'entrée du golfe Persique a 5.000 pas de large, 4.000 d'après d'autres. De cette entrée au fond du golfe, il est à peu prés certain qu'il y a en ligne directe 1.125.000 pas; il est configuré comme une tête humaine. Onésicrite et Néarque ont écrit que du fleuve Indus jusqu'au golfe Persique, et de là jusqu'à Babylone, par les marais de l'Euphrate, il y a 2.500.000 pas.
[3] Dans l'angle de la Carmanie sont les Chélonophages, qui couvrent leurs cabanes avec des carapaces de tortues, et qui se nourrissent de la chair de ces animaux ; ils habitent le promontoire (VI, 26) à partir du fleuve Arbis ; ils ont, excepté la tête, tout le corps hérissé de poil, et leurs vêtements sont faits en peaux de poisson. (XXV.) Au delà, en allant vers l'Inde, on cite Caïcandrus, île déserte dans l'Océan, à 50,000 pas ; dans le voisinage de cette île, et séparée par un bras de mer, Stoïdis, dont les perles rapportent beaucoup d'argent.
[4] A partir du promontoire, aux Carmaniens touchent les Armozéens ; quelques-uns interposent les Arbiens ; le littoral entier a 402,000 pas ; là, le port des Macédoniens et les autels d'Alexandre, sur un promontoire. Fleuves : le Saganos, puis le Daras et le Salsos ; au delà, le promontoire Thémistéas, et l'île Aphrodisias, habitée ; puis le commencement de la Perse : elle va jusqu'au fleuve Oroatis, qui la sépare de l'Elymaïs ; en face de la Perse, les îles Philos, Casandra, Aracia consacrée à Neptune, avec une montagne très élevée ; la Perse elle-même, regardant le couchant, occupe un littoral de 550,000 pas, opulente jusqu'au luxe, et à laquelle depuis longtemps les Parthes ont imposé leur nom. C'est le moment de dire quelques mots de l'empire de ce peuple.
XXIX. [1] Les royaumes des Parthes sont au nombre de dix-huit ; c'est ainsi qu'ils appellent leurs provinces. Ces royaumes sont situés, comme nous l'avons dit (VI, 16), le long de deux mers, la mer Rouge au midi, la mer Hyrcanienne au nord. De ces dix-huit royaumes, les onze qu'on appelle supérieurs commencent aux confins de l'Arménie et au littoral de la mer Caspienne ; ils touchent aux Scythes, dont ils partagent le genre de vie (VI, 19). Les sept autres royaumes sont appelés inférieurs. Quant aux Parthes proprement dits,
[2] il y eut toujours une Parthie au pied de ces montagnes, souvent nommées (VI, 16), qui couvrent toutes ces nations. La Parthie a du côté de l'orient l'Arie (VI, 23), au midi la Carmanie et l'Ariane (VI, 26), du côté de l'occident les Mèdes Pratites (VI, 17), du côté du nord les Hyrcaniens ; elle a une ceinture de déserts. Les Parthes ultérieurs sont appelés Nomades ; en deçà sont des déserts (VI, 17). Au couchant, les Parthes ont les villes que nous avons déjà nommées (VI, 17), Issatis et Calliope ; au levant d'été, Europus ; au levant d'hiver, Mania ; au milieu, Hécatompylos, capitale d'Arsace (père des Arsacides) ; Nisée, ville célèbre de la Parthyène, où est Alexandropolis, nommée ainsi de son fondateur.
[3] (XXVI.) Il est nécessaire ici de tracer la situation des Mèdes et la configuration des terres jusqu'au golfe Persique, afin de faire comprendre plus facilement le reste. La Médie, placée transversalement au couchant, et se présentant obliquement à la Parthie, ferme l'entrée des royaumes supérieurs et inférieurs. Elle a donc au levant les Caspiens et les Parthes, au midi la Sittacène (VI, 31), la Susiane et la Perse, au couchant l'Adiabène, au nord l'Arménie.
[4] Les Perses ont toujours habité sur le bord de la mer Rouge : c'est d'eux que lui vient le nom de golfe Persique ; la région maritime porte le nom de Syrtibolos. Du côté par où l'on monte en Médie, il est un lieu appelé la Grande Échelle (20) :c'est une montagne escarpée où des gradins sont taillés, et qui offre un passage étroit jusqu'à Persépolis, capitale du royaume, et détruite par Alexandre. La Perse a en outre, sur son extrême frontière, Laodicée, fondée par Antiochus (21). A l'orient, les mages tiennent Pasargade (VI, 26), château où est le tombeau de Cyrus. Leur ville, Ecbatane, fut transportée par le roi Darius dans les montagnes. Entre la Parthie et l'Ariane s'étendent les Paraetacènes; les nations et l'Euphrate ferment les royaumes inférieurs. Nous parlerons des autres (VI, 31) à partir de la Mésopotamie, excepté la pointe de cette même Mésopotamie et les peuples arabes : nous en avons parlé dans le livre précédent (V, 21).
XXX. [1] La Mésopotamie tout entière a appartenu aux Assyriens, qui n'y avaient que des bourgs, excepté Babylone et Ninive. Les Macédoniens y créèrent des villes, à cause de la fertilité du sol. Outre les villes déjà nommées, elle renferme Séleucie, Laodicée, Artémite; de plus, dans le pays des Arabes appelés Aroéens (VI, 9) (22) et Mardanes, Antioche, qui, fondée par Nicanor, gouverneur de la Mésopotamie, se nomme Arabis. Aux Arabes Aroéens touchent, dans l'intérieur, les Arabes Eldamariens ; au-dessus de ce peuple, sur le fleuve Pellaconta, la ville de Bura, les Salmanes, et les Maséens Arabes.
[2] Aux Gordyens (VI, 17) confinent les Alones, à travers lesquels la rivière Zerbis va se jeter dans le Tigre ; les Azones, les Silices montagnards, les Orontes, à l'occident desquels est la ville de Gaugamela; puis Sue, dans des rochers; au-dessus, les Silices Classites, à travers lesquels coule le Lycus, venant de l'Arménie; l'Absidris, au levant d'hiver; la ville d'Azochis: puis dans la plaine les villes de Diospage, de Polytelia, de Stratonice, et d'Anthémonte (V, 21); dans le voisinage de l'Euphrate, Nicéphorion, dont Alexandre ordonna, comme nous l'avons dit (V, 21), la fondation, à cause de la situation favorable du lieu.
[3] A l'occasion de Zeugma, nous avons nommé Apamée (V, 21) : quand de cette ville on va à l'orient on rencontre une ville très bien fortifiée, ayant eu jadis 70 stades (kil. 12, 88) d'étendue, appelée la capitale des Satrapes; c'était là qu'on apportait les tributs; maintenant ce n'est plus qu'un fort; Hebata demeure dans l'état où elle était jadis; puis vient Oruros, limite de l'empire romain sous le grand Pompée, à 250.000 pas de Zeugma. Des auteurs rapportent que le gouverneur Gobarès fit partager l'Euphrate à l'endroit où nous avons dit qu'il se divise (V, 21), de peur que, se précipitant avec violence, il ne ravageât la Babylonie. Tous les Assyriens donnent à l'Euphrate le nom de Narmalchan (23), ce qui signifie fleuve royal. Là où il se divise il y eut jadis Agrani, ville des plus grandes, qui fut détruite par les Perses.
[4] Babylone, capitale des nations chaldéennes, a joui longtemps de la plus grande célébrité dans tout l'univers; c'est d'elle que tout le reste de la Mésopotamie et de l'Assyrie a été appelé Babylonie. Elle avait 60.000 pas de tour, des murs hauts de 200 pieds, larges de 50 (et le pied babylonien a trois doigts de plus que le nôtre) (24), traversée par l'Euphrate, que bordaient des quais aussi admirables que l'enceinte. Le temple de Jupiter Bélus (XXXVII, 55) y subsiste encore; Bélus fut l'inventeur de l'astronomie;
[5] du reste, elle est devenue un désert, dépeuplée qu'elle fut par le voisinage de Séleucie, fondée à cet effet par Nicator (av J. C. 312 -282), à 90.000 pas, au confluent du Tigre et d'un canal venant de l'Euphrate. Pourtant Séleucie est surnommée Babylonienne: libre aujourd'hui et indépendante, elle conserve les usages macédoniens; on dit qu'elle a dans ses murs 600.000 personnes; ses murailles ont la forme d'un aigle aux ailes étendues ; son territoire est le plus fertile de tout l'Orient.
[6] Pour la dépeupler à son tour, les Parthes ont fondé à trois milles, dans la Chalonitide, Ctésiphon, maintenant la capitale de leurs royaumes; puis, cela ne réussissant pas, Vologèse a fondé récemment dans le voisinage une autre ville, Vologesocerta. Il y a encore dans la Mésopotamie la ville d'Hipparenum, célèbre, comme Babylone, par une secte chaldéenne, et située sur le fleuve Narraga, qui lui a donné son nom. Les Perses ont détruit les murs des Hipparéniens. Les Orchéniens, troisième secte des Chaldéens, sont aussi placés dans la même contrée, du côté du midi; puis viennent les Notites, les Orthophantes, et les Graeciochantes.
[7] Néarque et Onésicrite rapportent que le trajet du golfe Persique à Babylone par l'Euphrate est de 412.000 pas; mais les auteurs postérieurs disent que la distance de Séleucie au même golfe est de 440.000 pas; Juba évalue la distance de Babylone à Charax (VI, 31, 12) à 175.000 pas. Quelques-uns disent que l'Euphrate continue de couler à plein lit au-dessous de Babylone pendant 87.000 pas, avant d'être divisé pour les irrigations, et que son cours en totalité est de 1.100.000 pas. Les variations dans les mesures tiennent à la diversité des auteurs qui ont été suivis, les Perses attribuant tantôt une valeur et tantôt une autre aux schènes (V, 11, 4) et aux parasanges.
[8] Quand le fleuve cesse de faire aux habitants un rempart de son lit, ce qui a lieu sur les limites du territoire de Charax, aussitôt la contrée est infestée par des brigands, les Attales, nation arabe, au delà desquels sont les Scénites (VI, 32). Tout le long de l'Euphrate sont les Nomades Arabes jusqu'aux déserts de l'Assyrie, où nous avons dit (V, 20 et 21) qu'il s'infléchissait vers le midi, abandonnant les solitudes palmyréennes. Séleucie est, par l'Euphrate, à 1.125.000 pas du commencement de la Mésopotamie; par le Tigre, à 320.000 de la mer Rouge (golfe Persique); à 527.000 de Zeugma. Zeugma est a 175.000 pas (V, 13) de Séleucie de Syrie, sur la côte de notre mer (Méditerranée.) Telle est la largeur du continent entre les deux mers; la largeur de l'empire des Parthes est de 944.000 pas.
XXXI. [1] Il y a encore une ville en Mésopotamie, sur le bord du Tigre, auprès des confluents; on l'appelle Digba. ( XXVII.) Mais il convient de parler du Tigre lui-même. Il naît dans un district de la grande Arménie, par une source remarquable, en plaine; le nom de cette localité est Elégosine. Tant qu'il coule avec lenteur, il s'appelle Diglito; on ne commence à l'appeler Tigre que quand son cours s'accélère : c'est le nom que les Mèdes donnent à la flèche. Il se jette dans le lac Aréthuse, sur lequel surnagent toutes les substances, et qui exhale des vapeurs nitreuses:
[2] ce lac ne renferme qu'une espèce de poissons, lesquels n'entrent jamais dans le lit du fleuve qui passe; de même les poissons du Tigre n'entrent point dans ce lac; au reste, le mouvement et la couleur de ses eaux l'y font distinguer. Sorti de là, il rencontre le mont Taurus, et s'engouffre dans une caverne; après un trajet souterrain, il ressort de l'autre côté de la montagne. Le lieu de sa sortie s'appelle Zoroanda; ce qui prouve que c'est le même, c'est que les corps jetés d'un côté reparaissent de l'autre. Puis il traverse un autre lac qu'on appelle Thospites; il se plonge de nouveau dans des souterrains, et après un espace de 25.000 pas il revient à la surface auprès de Nymphaeum.
[3] D'après l'empereur Claude, son lit est si voisin de celui de l'Arsanias (V, 20), dans le pays d'Arrhène, que lorsqu'ils sont gros ils se réunissent sans se mêler; l'eau de l'Arsanias, plus légère, surnage celle du Tigre pendant environ 4.000 pas; puis l'Arsanias s'éloigne, et se jette dans l'Euphrate. Le Tigre, de son côté, venant d'Arménie, et recevant des rivières célèbres, le Parthénias et le Nicéphorion, sert de limite aux Arabes Aroéens (25) (VI, 9) et à l'Adiabène, et, formant la Mésopotamie, comme nous l'avons dit, coule au pied des montagnes des Gordyéens (VI, 17); auprès d'Apamée, ville de la Mésène, à 125.000 pas au-dessus de Séleucie Babylonienne, il se divise en deux bras, dont l'un gagne le midi et Séleucie, arrosant la Mésène, et dont l'autre, tournant au nord, coupe les campagnes des Cauches, sur les derrières de la Mésène.
[4] Quand ces bras se sont réunis, il prend le nom de Pasitigris, puis il reçoit de la Médie le Choaspes (XXXI, 21), et, coulant, comme nous l'avons dit (VI, 30, n° 5 et n° 6), entre Séleucie et Ctésiphon, il s'épanche dans les lacs de la Chaldée, qu'il remplit dans une étendue de 70.000 pas : alors formant un vaste canal, laissant à droite la ville de Charax, il se jette dans le golfe Persique par une embouchure de 10.000 pas. Entre les embouchures du Tigre et de l'Euphrate, toutes deux navigables, l'intervalle fut jadis de 25.000 pas, ou, suivant d'autres, de 7.000; mais il y a longtemps que les Orchéniens et les peuples voisins ont barré l'Euphrate pour l'irrigation de leurs champs, et ses eaux n'arrivent à la mer que par le Pasitigris.
[5] Le pays sur le bord du Tigre s'appelle Parapotamie; il renferme la Mésène, dont il a déjà été parlé, ville de la Parapotamie, Dibitach. Puis vient la Chalonitis : où est la ville de Ctésiphon (VI, 30, 6), et qui est célèbre non seulement par ses palmiers, mais aussi par ses oliviers, ses arbres fruitiers, et d'autres végétaux. Le mont Zagros arrive jusque là; il vient de l'Arménie entre les Mèdes et les Adiabènes, au-dessus de la Paraeltcène et de la Perse. La Chalonitis est éloignée de la Perse de 380.000 pas. Quelques auteurs disent que par le chemin le plus court l'Assyrie est à la même distante de la mer Caspienne.
[6] Entre ces nations et la Mésène est la Sittacène, appelée aussi Arbelitis et Palestine. Villes de la Sittacène, Sittace, de fondation grecque, à l'orient, et Sabata; à l'occident, Antioche entre deux fleuves, le Tigre et le Tornadotus; de plus, Apamée, à laquelle Antiochus (av. J. C. 282 - 262) a donné le nom de sa mère (Apame). Le Tigre la contourne, l'Archoüs la traverse.
[7] Au-dessous est la Susiane, où est Suse (26), l'ancienne capitale des Perses : cette ville, fondée par Darius, fils d'Hystaspe, est à 450.000 pas de Séleucie Babylonienne, à la même distance d'Ecbatane des Mèdes par le mont Charbanus. Sur le bras septentrional du Tigre est la ville de Babytace, à 135.000 pas de Suse : les habitants (27), seuls de tous les mortels, ont l'or en horreur; ils le ramassent et l'enfouissent, pour qu'il ne serve à personne.
[8] A l'orient de la Susiane sont les brigands Oxiens et quarante peuples Myzéens, qui sont indépendants et sauvages. Au-dessus d'eux se développent les Parthusiens, les Mardes, les Saïtes, et les Hyens, qui s'étendent au-dessus de l' Elymaïs, que nous avons dit être contiguë à la Perse sur la côte (VI, 28, 4), Suse est à 250.000 pas du golfe Persique; la flotte d'Alexandre y remonta (VI, 26) par le Pasitigris, en passant par un bourg appelé Aphlé, et situé sur le lac de Chaldée; de ce bourg à Suse il y a une navigation de 65.500 pas. A l'est encore de la Susiane sont les Cosséens; au-dessus des Cosséens, au nord, la Mésabatène, au pied du mont Cambalidus, qui est un embranchement du Caucase; là est le passage le plus facile pour aller en Bactriane.
[9 ] La Susiane est séparée de l'Elymaïs par le fleuve Eulaeüs; il naît dans la Médie, et passe sous terre dans un espace peu étendu ; sorti de là et traversant la Mésabatène, il entoure la citadelle de Suse et le temple de Diane, le plus révéré de ces nations. Le fleuve lui-même est l'objet de cérémonies pompeuses; les rois ne boivent pas d'autre eau, et on en transporte pour eux dans leurs voyages (XXXI, 21) : il reçoit la rivière Hedypnus, outre l'Asylus qui vient de la Perse, et l'Adunas qui vient de la Susiane; la ville de Magoa est sur ses bords, à 15.000 pas de Charax; quelques-uns la reculent à l'extrémité de la Susiane, dans le voisinage du désert.
[10] Au-dessous de l' Eulaeüs est l'Elymaïs, contiguë à la Perse sur la côte, étendue depuis le fleuve Oroates jusqu'à Charax dans un espace de 240.000 pas. Les villes en sont Séleucie et Sosirate, placées auprès du mont Casyrus. Le littoral, qui a l'apparence des petites Syrtes, est, comme nous l'avons dit (VI, 29, 4), inaccessible et fangeux, les fleuves Brixias et Ortacéas y déposant beaucoup de limon : l'Élymaïs elle-même est tellement marécageuse, qu'on ne peut pénétrer en Perse qu'en la tournant;
[11] elle est infestée aussi de serpents que les fleuves y amènent. La partie la plus impénénétrable s'appelle Characène de nom de la ville de Charax, qui est la limite des royaumes d'Arabie, et dont nous parlerons après avoir exposé d'abord le sentiment de M. Agrippa : cet auteur dit que la Médie, la Parthie et la Perse, bornées à l'orient par l'Indus, à l'occident par le Tigre, au nord par le Taurus et le Caucase, au midi par la mer Rouge (golfe Persique), ont en longueur 1.320.000 pas, et en largeur 840.000; qu'en outre la Mésopotamie, enfermée au levant par le Tigre, au couchant par l'Euphrate, au nord par le Taurus, au midi par le golfe Persique, a 800.000 pas de long et 360.000 de large.
[12] Charax, ville située sur la partie la plus intérieure du golfe Persique, et à laquelle commence l'Arabie surnommée Heureuse, est placée sur une colline faite de main d'homme, entre le confluent du Tigre à droite, de l'Eulaeüs à gauche, dans un espace de 3.000 pas d'étendue. Elle fut fondée d'abord par Alexandre le Grand ; il y établit des colons de la ville royale de Durine, qui alors cessa d'exister; il y laissa ceux de ses soldats qui ne pouvaient plus servir, et ordonna qu'on l'appelât Alexandrie. Il avait même fondé un bourg appelé Pella, du nom de son lieu natal, et qu'il avait destiné exclusivement aux Macédoniens. Les fleuves emportèrent cette ville ; puis Antiochos, le cinquième roi [de Syrie], la rétablit, et l'appela de son nom.
[13] Ravagée de nouveau par les eaux, Pasinès, fils de Sogdonacus, roi des Arabes limitrophes, que Juba dit à tort avoir été satrape d'Antiochus, la restaura, éleva des digues et lui donna son nom, après avoir exhaussé le terrain dans un espace de 3.000 pas de long sur une largeur un peu moindre. Elle fut d'abord à 10 stades (kil. 1, 84) de la côte, et elle y eut même un port; du temps où écrivait Juba elle en était à 50.000 pas; maintenant les ambassadeurs des Arabes et nos négociants qui y sont allés affirment qu'elle en est à 120.000. En aucune partie du monde les alluvions des fleuves n'ont été plus considérables et n'ont marché plus vite; il est étonnant que le flux qui s'avance beaucoup au delà de cette ville ne les ait pas entraînées.
[14] C'est là qu'est né Denys, l'auteur le plus récent d'une description de la terre; le dieu Auguste l'envoya en Orient recueillir tous les renseignements, pendant que son fils aîné se préparait à aller en Arménie pour régler les affaires des Parthes et des Arabes. Je n'ignore pas et n'ai pas oublié que j'ai dit, au début de cet ouvrage (III, 1), que l'auteur le plus exact était celui qui écrivait sur son propre pays: cependant pour cette partie j'aime mieux suivre les expéditions romaines et le roi Juba, qui a adressé à ce fils d'Auguste, C. César, un livre sur cette même expédition d'Arabie.
XXXII. (XXVIII.) [1] L'Arabie, qui ne le cède à aucune autre contrée, d'une étendue immense, commence, comme nous l'avons dit (V, 20 et 21), au mont Amanus, à la Cilicie et à la Commagène; plusieurs nations arabes ont été amenées dans ces contrées par le grand Tigrane; d'autres sont venues spontanément sur notre mer (Méditerranée) et la côte de l'Égypte, ainsi que nous l'avons dit (V, 12); et même les Nubéens pénètrent dans le milieu de la Syrie jusqu'au mont Liban.
[2] Aux Nubéens touchent les Ramiséens, à ceux-ci les Taranéens, puis les Patamiens. Quant à la péninsule Arabique elle-même, elle s'étend entre deux mers, la mer Rouge et le golfe Persique. La nature semble avoir voulu l'entourer de la mer, de manière à lui donner la forme et la grandeur de l'Italie, dont elle a d'ailleurs exactement l'orientation. Une situation analogue lui procure une fertilité analogue. Nous avons énuméré les nations arabes depuis notre mer (Méditerranée) jusqu'aux déserts de Palmyre (V,12 et 21); énumérons maintenant les autres. Au delà des Nomades et de ceux qui pillent la Chaldée, sont, comme nous l'avons dit, les Scénites (VI, 30, 8), nomades eux-mêmes, et ainsi nommés de leurs tentes de poil de chèvre (skênê, tente), qu'ils plantent où il leur plaît.
[3] Puis les Nabatéens ont la ville de Pétra, située dans un vallon d'un peu moins de 2.000 pas, entourée de montagnes inaccessibles, et traversée par une rivière ; elle est à 600.000 pas de Gaza sur notre mer (Méditerranée), à 135.000 de golfe Persique. Là aboutissent deux routes, celle qui mène de la Syrie à Palmyre, et celle qui vient de Gaza.
[4] A partir de Pétra, le pays a été habité par les Omanes jusqu'à Charax : il y avait là autrefois des villes célèbres, fondées par Sémiramis, Abésamis et Soractia; ce sont maintenant des solitudes. Puis est une ville qui obéit au roi des Characéniens, sur le bord du Pasitigris, nommée Forath, qui est un rendez-vous quand on vient de Pétra. De Forath on remonte par eau à Charax, distance de 12.000 pas, avec l'aide de la marée. Quand on vient par eau de chez les Parthes, on trouve le bourg de Térédon au-dessous du confluent de l'Euphrate et du Tigre; la rive gauche du fleuve est occupée par les Chaldéens, la droite par les nomades-Scénites.
[5] Quelques auteurs rapportent qu'en naviguant sur le Tigre on rencontre à un grand intervalle deux villes, Barbatia, puis Thumata: nos négociants disent que Thumata est à dix journées de navigation de Pétra, et qu'elle obéit au roi des Characéniens; qu'Apamée est située là où les lagunes formées par l'Euphrate communiquent avec le Tigre, et que lorsque les Parthes projettent des incursions, les habitants les arrêtent en élevant des digues, qui causent une inondation.
[6] Partons de Charax pour décrire la côte; le roi Epiphane (de Syrie, av. J. C. 176 - 164) l'a fait le premier explorer : le lieu où fut l'embouchure de l'Euphrate (VI, 31, 4); le fleuve Salé; le cap Chaldone: une étendue de côtes de 50.000 pas, plus semblable à un gouffre qu'à une mer; le fleuve Achana; les déserts pendant 100.000 pas, jusqu'à l'île Ichara; le golfe Capéus, sur lequel habitent les Gaulopes et les Chatènes; le golfe Gerraïque; la ville de Gerra, qui a 5.000 pas d'étendue, et des tours faites de quartiers de sel cubiques; à 50.000 pas du littoral, le pays d'Attène; en face, l'île Tylos, à 50.000 pas du rivage, très célèbre à cause de l'abondance des perles, avec une ville de même nom; à côté, une autre plus petite, qui, à 12,500 pas du promontoire de la première (au delà, dit-on, on aperçoit de grandes îles, auxquelles on n'a pas abordé),
[7] à 112.500 pas de tour, et est éloignée de la Perse de plus de 112.500 pas; on n'y arrive que par une passe étroite. Asgilia, île; nations : les Nochètes, les Zuraches, les Borgodes, les Cataréens, les Nomades; le fleuve du Chien. Au delà, un littoral que la navigation n'a pas exploré de ce côté, à cause des écueils, au dire de Juba, qui a omis la mention de Batrasabbes, ville des Omanes, et d'Omana, dont les auteurs précédents avaient fait un port célèbre de la Carmanie; il a omis aussi Omna et Athana, villes que nos négociants disent être aujourd'hui un des rendez-vous les plus fréquentés du golfe Persique.
[8] Au delà du fleuve du Chien, d'après Juba, une montagne qui semble brûlée; la nation des Epimaranites; puis les Ichthyophages; une île déserte; la nation des Bathymes; les monts Eblitéens; l'île Omoenus; le port Machorbe; les îles Etaxalos et Onchobrice; la nation des Chadéens; plusieurs îles sans nom; îles renommées, Isura, Rhinnéa, et une île voisine où sont des colonnes de pierre portant des inscriptions en caractères inconnus; le port de Goboea; les îles Bragae, désertes; la nation des Thaludéens; la région de Dabanegoris; le mont Orsa, avec un port; le golfe Duatus ; plusieurs îles ; le mont Tricoryphos; la région de Cardalène; les îles Solanides et Capina ; les îles des Ichthyophages ; puis Glari, le littoral Hamméen, où sont des mines d'or; la contrée Canauna; les nations des Apitames et des Gasanes; l'île Devade; la fontaine Goralus; les îles Calaeu et Amnamethu ; la nation des Darres; l'île de Chélonitis, plusieurs îles des Ichthyophages; Eodanda, déserte; Basag; plusieurs îles des Sabéens;
[9] les fleuves Thamar, Amnon; les îles Doliques ; les sources Daulotes et Dora; les îles Ptéros, Labatanis, Coboris, Sambracate, et une ville de même nom sur le continent; au midi, plusieurs îles, Camaris la plus grande; le fleuve Mysécros; le port Leupas; les Scénites Sabéens; plusieurs îles; le marché des Scénites Sabéens. Acila, où l'on s'embarque pour l'Inde; le pays Amithoscuta; Damnia; les grands et les petits Mizes; les Drimates. Le promontoire des Naumachéens est en face de la Carmanie, à 50.000 pas: on raconte qu'il s'y passa un événement singulier: Numénius, nommé gouverneur de la Mésène par le roi Antiochus, y vainquit le même jour les Perses dans un combat naval, et, la marée s'étant retirée, dans un combat de cavalerie; il éleva sur ce lieu un double trophée, l'un à Jupiter, l'autre à Neptune.
[10] En face, dans la haute mer, est l'île d'Ogyris, célèbre par le tombeau du roi Erythras; elle est à 125.000 pas du continent, et elle en a 112.000 de tour. Une autre non moins célèbre est dans la mer Azanienne; elle se nomme île de Dioscoride (Socotora), et est à 280.000 pas du cap Syagrus (Fartach), qui est le plus en dehors.
[11] Au midi, sur la terre ferme, les Ausarites (XII, 45) ; puis un trajet de huit jours de marche à travers les montagnes : nations, les Larendans, les Catabanes, les Gébanites, avec plusieurs villes, dont les plus grandes sont Nagia, et Tamna (XII, 32) avec soixante-cinq temples, nombre qui témoigne de sa grandeur; un promontoire (Syagrus ?), d'où l'on compte 50.000 pas à la terre ferme des Troglodytes; les Toaniens (28), les Ascites, les Chatramotites, les Tomabéens, les Antidaléens, les Lexianes, les Agréens (29), les Cerbanes, les Sabéens, les plus connus des Arabes à cause de l'encens, et dont les tribus s'étendent sur l'une et l'autre mer.
[12] Villes qui leur appartiennent sur le rivage de la mer Rouge, Marane, Marma, Corolia, Sabatha; dans l'intérieur, les villes de Nascus, Cardava, Carnus et Tomala, où l'on apporte les parfums. Un district appartient aux Atramites (XII, 32), dont la capitale est Sabota, renfermant dans son enceinte soixante temples; mais la ville royale est Mariaba. L'Atramitide occupe un golfe de 94.000 pas, rempli d'îles où croissent les parfums. Aux Atramites touchent dans l'intérieur des terres les Minéens; sur le bord de la mer habitent les Elamites avec une ville de même nom;
[13] leurs voisins sont les Cagulates, la ville de Sibi, que les Grecs appellent Apate; les Arses, les Codans, les Vadéens, avec une grande ville; les Banasaséens, les Léchiens; l'île de Sygaros, où les chiens n'entrent pas; si on les y porte, ils hurlent sur les rivages et y meurent. Un golfe profond où sont les Léanites, qui lui ont donné leur nom ; leur capitale est Agra, et dans le golfe Laeana, ou, suivant d'autres, Aelana ; car le golfe lui-même a été appelé par les auteurs latins Aelanitique, par d'autres Aelénatique, par Artémidore Aelénitique, par Juba Laenitique. Le tour de l'Arabie depuis Charax jusqu'à Laeana est, d'après les auteurs, de 4.770.000 pas; Juba pense que le tour en est d'un peu moins de 4.000.000 de pas. L'Arabie est la plus large, au nord, entre les villes Héroum et Charax.
[14] Maintenant énumérons ce qui reste dans l'intérieur. Selon les anciens, aux Nabatéens confinaient les Thimanéens; maintenant ils ont pour voisins les Tavènes; suivent les Suellènes, les Arracènes, les Arènes; une ville, qui est le rendez-vous de tout le commerce; les Hémuates, les Analites; les villes de Domatha et d'Egra; les Thamudènes; la ville de Badanatha; les Carréens; la ville de Carriata; les Achoales; la ville de Phoda; les Minéens (XIII, 35), tirant, d'après l'opinion vulgaire, leur origine de Minos, roi de Crète, et auxquels appartiennent les Charméens; une ville de 14.000 pas; Mariaba des Baramalaques, qui elle-même n'est pas à mépriser; la ville de Cannon ;
[15] les Rhadaméens, qui passent pour tirer leur origine de Rhadamanthe, frère de Minos; les Homérites (VI, 26, 9), avec la ville de Massala; les Hamiréens, les Gédranites, les Ampres, les Ilisanites, les Bachilites, les Samméens, les Amathéens avec les villes de Nessa et Cennesseris, les Zamarènes avec les villes de Saïace, de Scantate et de Bacascamis; la ville de Riphearma, mot qui signifie orge dans la langue des indigènes; les Autéens, les Raves, les Gyréens, les Mathatéens, les Helmodènes avec la ville d'Ebade;
[16] les Agactures dans les montagnes, avec une ville de 20.000 pas, où est la source Emischabales, nom signifiant ville des chameaux; Ampélone, colonie des Milésiens ; la ville d'Actrida, les Calingiens, dont la ville s'appelle Mariaba, mot qui signifie maître de tous; les villes de Pallon, de Vrannimal, auprès d'un fleuve par lequel l'on pense que l'Euphrate vient sortir; les nations des Agréens et des Ammoniens; la ville d'Athène; les Caurananes, mot qui signifie très riches en gros bétail; les Coranites, les Caesanes, les Choanes. Il y eut aussi dans ces parages des villes grecques, Aréthuse, Larisse, Chalcis; elles ont été détruites dans différentes guerres.
[17] Jusqu'à ce jour les armes romaines n'ont été portées dans l'Arabie que par Aelius Gallus, de l'ordre équestre; car C. César (VI, 31, 14), fils d'Auguste, ne fit que voir de loin l'Arabie. Gallus détruisit des villes qui n'avaient pas été nommées par les auteurs antérieurs, Négra, Amnestrum, Nesca, Magusa, Tammacum, Labécia et Marlaba [des Calingiens], nommée plus haut (VI, 32, 16), de 6.000 pas de tour; il détruisit aussi Caripéta (30); ce fut la limite extrême de son expédition.
[18] Il rapporta les renseignements suivants: que les nomades se nourrissent de lait, et de la chair des bêtes sauvages; que les autres expriment, comme les Indiens (XIV, 19), un vin des palmiers et une huile du sésame; que les Homérites sont les plus nombreux ; que les Minéens ont des champs fertiles en palmiers et en arbrisseaux, et que leur richesse consiste en troupeaux; que les Cerbanes, les Agréens, et surtout les Chatramotites l'emportent à la guerre; que les Carréens ont les champs les plus étendus et les plus fertiles; que le territoire des Sabéens est le plus riche en forêts remplies d'arbres odoriférants, en mines d'or, en cours d'eau pour l'arrosement des champs, en miel et en cire. Nous parlerons des parfums dans le livre qui est consacré à ce sujet. (XII).
[19] Les Arabes portent la mitre, ou les cheveux longs; ils se rasent la barbe, excepté à la lèvre supérieure; d'autres ne se la coupent pas du tout. Chose singulière, parmi les peuples innombrables de cette contrée, une moitié vit dans le commerce, et l'autre dans le brigandage ! En somme, ce sont les nations les plus riches du monde; car les trésors des Romains et des Parthes y affluent. Les Arabes vendent les productions de leurs mers ou de leurs forêts, et n'achètent rien.
XXXIII [1] Maintenant suivons la côte opposée à la côte Arabique. Timosthène a évalué le golfe entier en longueur à quatre jours de navigation, et à deux jours en largeur; le détroit, à 7.500 pas de largeur. Ératosthène évalue la longueur de chacune des deux côtes, depuis l'entrée, à 1.300.000 pas; Artémidore, la côte Arabique à 1.750.000 pas, (XXIX.) et la côte Troglodytique jusqu'à Ptolemaïs, à 1.137.500 pas; Agrippa, à 1.722.000 pas, sans distinction de côte: la plupart ont dit que la largeur en était de 475.000 pas; et ils ont porté la largeur du détroit qui regarde l'orient d'hiver, les uns à 6.000 pas, les autres à 7.000, d'autres à 12.000.
[2] Voici la configuration des lieux : après le golfe Aelaniitique est un autre golfe que les Arabes nomment Aeant, où est la ville d'Héroum. Il y est aussi, entre les Nèles et les Marchades, la ville de Cambyse, où ce prince établit les malades de son armée. Puis viennent la nation des Tyres, le port Danéon. Le projet de conduire de là un canal navigable jusqu'au Nil, à l'endroit où il descend dans le Delta nommé plus haut (V, 9), dans l'intervalle de 62.000 pas qui sépare le fleuve de la mer Rouge; ce projet, dis-je, a été conçu d'abord par Sésostris, roi d'Égypte, puis par Darius, roi de Perse; enfin par le second Ptolémée (av. J.C. 205 - 246), qui fit creuser un canal de 100 pieds de large, de 40 pieds de profondeur, de 37.500 pas de long, jusqu'aux Sources amères:
[3] il ne le continua pas plus loin, par la crainte de l'inondation, car on découvrit que le niveau de la mer Rouge est de trois coudées au-dessus du sol de l'Égypte; d'autres n'attribuent pas à une crainte l'interruption du travail, mais ils disent que l'on eut peur que l'introduction de l'eau de mer ne gâtât l'eau du Nil, qui seule sert à la boisson. Néanmoins, tout ce trajet depuis la mer d'Égypte se fait par terre; il y a trois itinéraires: l'un part de Péluse, et traverse les sables, où l'on ne peut retrouver son chemin qu'à l'aide de roseaux fixés en terre, à cause que les vents effacent la trace des pas.
[4] Un second commence à 2.000 pas au delà du mont Casius (VI, l 2), et rejoint au bout de 60.000 la route de Péluse. Les Arabes Autéens habitent sur ce trajet. Le troisième part de Gerrhum qu'on appelle Sans-Soif, traverse le pays des mêmes Arabes, et est plus court de 60.000 pas; mais il franchit d'âpres montagnes, et est pauvre en eau. Toutes ces routes aboutissent à Arsinoé, fondée dans le golfe de Charandra, sous le nom de sa soeur, par Ptolémée Philadelphe, qui, le premier, explora la Troglodytique, et qui appela Ptolémée un fleuve passant à Arsinoé. Puis est la petite ville d'Aennus, nom au lieu duquel d'autres écrivent Philotera; au delà, les Azaréens, Arabes sauvages sortis des mariages avec les Troglodytes; les îles de Sapirène et de Scytala; puis des déserts jusqu'à Myoshormos, où est la source Tadnos; le mont Aeas; l'île Iambe; plusieurs ports; Bérénice, appelée ainsi du nom de la mère de Philadelphe, à laquelle, avons-nous dit (VI, 26, 8), on arrive de Coptos; les Arabes Autéens, les Gébadéens.
XXXIV. [1] La Troglodytique, que les anciens ont nommée Michoé, d'autres Midoé; le mont Pentedactylos; les îles Stenaedeirae (Cols étroits) en assez grand nombre, les îles Halonnèses en nombre non moins grand; Cardamine ; Topazos, qui a donné son nom à la pierre précieuse (XXXVII, 32 ); un golfe rempli d'îles : celles qu'on appelle îles de Maréos ont de l'eau, celles qu'on appelle îles d'Eraton n'en ont pas, les rois d'Égypte y eurent des gouverneurs. Dans l'intérieur, les Candéens, qu'on appelle Ophiophages , accoutumés à se nourrir de serpents; il n'y a pas de pays qui en produise davantage.
[2] Juba, qui paraît avoir mis beaucoup d'exacti ude dans la description de ces parages, y a omis, à moins que ce ne soit une faute des copistes, une autre Bérénice, surnommée Panchrysos (Tout-or), et une troisième, surnommée Épidires (Sur-le-col), remarquable par sa situation : elle est en effet, placée sur un col très allongé, là où le détroit de la mer Rouge sépare l'Afrique de l'Arabie par un intervalle de 7.500 pas. Là est l'île de Tytis, qui produit aussi des topazes.
[3] Au delà, les forêts où est Ptolémaïs, fondée sur le lac Monoleus par Philadelphe, pour la chasse des éléphants, et surnommée par cette raison Epithéras (Pour-la-chasse) : cette région est celle dont nous avons parlé dans 2e livre (II, 75), et où, 45 jours avant le solstice d'été et 45 jours après, il n'y a pas d'ombre à midi; dans les autres heures l'ombre est tournée au midi; hors ces 90 jours, elle est tournée au nord ; au lieu qu'à la première Bérénice l'ombre disparaît, il est vrai, à midi, le jour même du solstice d'été, mais on ne remarque rien autre. Elle est à 602.000 pas de Ptolémaïs: grand exemple ! lieu témoin d'un prodige de l'esprit humain ! là la mesure du monde a été trouvée; car, en partant du calcul incontestable des ombres, Ératosthène a pu indiquer la dimension de la terre.
[4] Puis vient la mer Azanienne; le promontoire que quelques-uns ont appelé Hispalus; le lac Mandalum ; l'île Colocasitis, et, en haute mer, plusieurs îles où abonde la tortue; la ville de Suché : l'île de Daphnis; la ville des Adulites, fondée par des esclaves fugitifs égyptiens : c'est le plus grand marché des Troglodytes et même des Éthiopiens; elle est à cinq jours de navigation de Ptolémaïs; on y porte beaucoup d'ivoire, des cornes de rhinocéros, des cuirs d'hippopotames, des écailles de tortues, des sphingies (sorte de singe), et des esclaves.
[5] Au delà, les Éthiopiens laboureurs; les îles dites d'Aliaeos; les îles Bacchias et Antibacchias; l'île de Straton; puis sur la côte d'Éthiopie un golfe inconnu, ce qui est étonnant, car les négociants trafiquent sur des points plus éloignés; le cap sur lequel est la source de Cucios, visitée des navigateurs; au delà le port d'Isis, éloigné de la ville des AduIites de dix jours de navigation pour un vaisseau allant à rames, et où l'on porte la myrrhe de la Troglodytique; deux îles en face du port, appelées Pseudopyles ; dans le port même deux îles appelées Pyles; dans l'une d'elles des colonnes de pierre (VI, 32) portant des inscriptions en caractères inconnus; au delà le golfe Abalite; l'île de Diodore, et d'autres îles désertes; sur le continent aussi, des déserts; la ville de Gaza; le cap et le port Mossylique, où l'on apporte le cinnamome; Sésostris vint jusque-là avec son armée.
[6] Quelques-uns placent au delà, sur le rivage une seule ville d'Éthiopie, Baragaza. Juba prétend qu'au promontoire Mossylique commence la mer Atlantique, et qu'à l'aide du Corus (vent du coucher d'été) on irait, longeant son royaume de Mauritanie, jusqu'à Cadix. Il ne faut pas omettre ici d'exposer toute sa manière de voir : suivant lui, du promontoire des Indiens, appelé Lepteacra et par d'autres Drepanum, il y a en ligne droite, en doublant Exusta, jusqu'à l'île Malchu, 1.500.000 pas; de là au lieu qu'on nomme Scénéos, 225.000; de là à l'île d'Adanos, 150.000; ce qui fait jusqu'à la grande mer 1.875.000.
[7] Tous les autres ont pensé que la chaleur brûlante du soleil en empêchait la navigation. De plus, le commerce est en butte aux pirateries d'Arabes insulaires appelés Ascites (VI, 32), parce que, plaçant des planches sur deux outres de peau de boeuf, ils attaquent les navigateurs avec des flèches empoisonnées. Juba compte encore parmi les Troglodytes ceux qui sont nommés Thérothoes (Chacals-chasseurs), parce qu'ils atteignent le gibier à la course, de même que les Ichthyophages nagent aussi bien que les animaux marins, les Bargènes, les Zagères, Ies Chalybes, les Saxines, les Syrèques, les Darèmes, les Domazanes.
[8] De plus, il dit que les habitants des bords du Nil depuis Syène jusqu'à Méroé sont non des Éthiopiens, mais des Arabes; que la ville d'Héliopolis, qui, avons-nous dit dans la description de l'Égypte (V, 9, 3), est non loin de Memphis, a aussi les Arabes pour fondateurs. Il y a même des auteurs qui enlèvent la rive ultérieure [orientale] du Nil à l'Éthiopie, et l'adjoignent à l'Afrique, dont les habitants se seraient répandus sur les deux rives à cause de l'eau. Quant à nous, laissant à chacun le soin de se faire une opinion là-dessus, nous allons énumérer les villes dans l'ordre de leur situation sur l'un et l'autre bord.
XXXV. [1] Depuis Syène (V, 10), et d'abord sur la rive Arabique, la nation des Catadupes (V, 10, 4 et 16); puis les Syénites. Villes : Tacompsos, que quelques-uns ont appelée Thathice, Aranium, Sesanium, Sandura, Nasaudum, Anadoma, Cumara, Peta, Bochiana, Leuphithorga, Tantarène, Moechindira, Noa, Gophoa, Gystate, Mégéda, Léa, Rhemnia, Nupsia, Diréa, Pataga, Bagada, Dumana, Rhadata, où l'on adorait pour divinité un chat d'or; Boron dans les terres; Mallos tout près de Méroé: telle est l'énumération de Bion.
[2] Juba parle autrement : La ville de Megatichos sur une montagne, entre l'Égypte et l' Éthiopie, portant le nom de Myrsos chez les Arabes; puis Tacompsos, Aranium, Sesanium, Pide, Mamuda, Corambis; auprès de cette ville une source de bitume; Hammodara, Prosda, Parenta, Mama, Tessara, Gallas, Zoton, Graucome, Emeum, les Pidibotes, les Hebdomecontacomètes, les Nomades vivant dans des tentes; Cyste, Pemma, Gadagale, Paloïs, Primis, Nupsis, Daselis, Patis, Gambreves, Magase, Segasmala, Cranda, Denna, Cadeuma, Thena, Batha, Alana, Macum, Scammos, Gora dans une île; puis Abala; Androcalis, Sere, Mallos, Agoce.
[3] Sur la rive Africaine, on cite : une autre Tacompsos portant le nom de la précédente, ou n'en étant peut-être qu'une partie: Magora, Sen, Édosa, Pelenaria, Pyndis, Magusa, Bauma, Linitima, Spintum, Sydopta, Gensora, Pindicitora, Agugo, Orsima, Suasa, Maumarum, Urbis, Mulon, ville que les Grecs ont appelée Hypaton; Pagoargas, Zamnes, où commencent les éléphants; Mamblia, Berresa, Cetuma. Il y eut jadis aussi en face de Méroé une ville nommée Épis, détruite avant que Bion n'écrivît.
[4] Voilà les villes qu'on a citées jusqu'à Méroé; aujourd'hui il n'en existe presque plus aucune, ni sur l'un ni sur l'autre côté. Toujours est-il que des soldats prétoriens, envoyés avec un tribun militaire, ont, dans ces derniers temps, annoncé n'avoir trouvé que des déserts, à l'empereur Néron, qui, entre autres guerres, songeait une expédition en Éthiopie. Les armes romaines y ont aussi pénétré du temps du dieu Auguste, sous la conduite de P. Pétronius, appartenant à l'ordre équestre, et préfet de l'Égypte.
[5] Cet officier emporta les seules villes qu'il trouva, dans l'ordre suivant : Pselcis, Primis, Aboccis, Phthuris, Cambusis, Attevas, Stadisis, où le Nil, se précipitant, enlève par son fracas l'ouïe aux habitants; il saccagea aussi Napata; le terme de son expédition fut à 970.000 pas de Syène. Ce ne sont cependant pas les armes romaines qui ont dépeuplé ce pays: l'Éthiopie a été écrasée par les guerres des Égyptiens, dans des alternatives de conquête et de servitude; elle avait été célèbre et puissante jusqu'à la guerre de Troie, sous le règne de Memnon (x, 37; XXXVII, 63); elle étendit même son empire jusqu'à la Syrie et aux côtes de notre mer (Méditerranée), du temps du roi Céphée; cela se voit par la fable d'Andromède (V, 34).
[6] Semblablement les dimensions en ont été diversement indiquées, d'abord par Dalion, qui se rendit bien au delà de Méroé, puis par Aristocréon, par Bion, par Basilis, et par Simonide le Jeune, qui même séjourna cinq ans à Méroé lorsqu'il écrivait sur l'Éthiopie. Timosthène, commandant des flottes de Philadelphe, a écrit, sans évaluer autrement la distance, que de Syène à Méroé il y avait 60 jours de marche; Ératosthène, 625.000 pas; Artémidore, 600.000; Sebosus, de l'extrémité de l'Égypte, 1.675.000, distance qui, suivant les auteurs qui viennent d'être nommés, est de 1.250.000. Mais toute discussion à ce sujet vient d'être terminée : les explorateurs envoyés par Néron ont rapporté que de Syène à Méroé il y avait 873.000 pas, ainsi supputés : de Syène à Hiera Sycaminos, 54.000;
[7] puis à Tama, 72.000; à la région des Évonymites, la première des Éthiopiens, 120.000; jusqu'à Acina, 54.000 ; jusqu'à Pitara, 25.000; jusqu'à Tergedum, 106.000; l'île Gagaudes est au milieu de ces parages. A partir de là, l'expédition vit des perroquets; à partir d'une autre île, nommée Artigula, le sphingie (sorte de singe) (VIII, 30) ;à partir de Tergedum, des cynocéphales (VIII, 80) : de là à Napata, 80.000 pas; cette petite ville est la seule qui subsiste parmi celles qui ont été citées (VI, 35, 4); de Napata à l'île de Méroé, 360.000. Autour de Méroé les herbes commencèrent à devenir plus vertes, et l'on aperçut quelque peu de forêt, et des traces de rhinocéros et d'éléphants.
[8] D'après ce rapport, la ville de Méroé est à 70.000 pas de l'entrée de l'île (Méroé); à côté est une autre île, dite de Tadu, qu'on rencontre en entrant par le bras droit du Nil, et qui fait un port; la ville a peu d'édifices; le pays est gouverné par une femme, la reine Candace, nom qui, depuis grand nombre d'années, passe de reine en reine. Hammon a ici aussi un temple révéré, et l'on trouve des chapelles dans toute la contrée; au reste, au temps de la puissance des Éthiopiens, cette île jouissait d'un grand renom (V, 10). On rapporte qu'elle fournissait d'ordinaire 250.000 hommes armés, et qu'elle nourrissait 400.000 artisans. On dit qu'aujourd'hui encore les Éthiopiens sont partagés entre quarante cinq rois. (XXX.) Le pays entier a été appelé Aethérie, puis Atlantie, puis Éthiopie, d'Éthiops fils de Vulcain.
[9] Il n'est pas étonnant que des formes monstrueuses d'hommes et d'animaux se produisent vers l'extrémité de l'Éthiopie; car le feu, élément mobile, est l'artisan de la configuration du corps et de la ciselure des formes. Toujours est-il qu'on dit qu'au fond de sa partie orientale sont des peuples sans nez, dont toute la face est plane; d'autres sans lèvre supérieure, d'autres sans langue;
[10] quelques-uns, ayant la bouche close et privés de narine, ne respirent que par un pertuis qui sert aussi de passage à la boisson, aspirée à l'aide d'un tuyau d'avoine, et à la nourriture, consistant en grain de la même plante, qui croît spontanément. Certains ne parlent que par signes et gestes; il en est à qui l'usage du feu a été inconnu jusqu'au règne de Ptolémée Lathyre. Des auteurs ont aussi rapporté que la nation des Pygmées (VI, 22) était entre des marais qui seraient l'origine du Nil.
[11] Reprenons la côte (VI, 34, 5) au point où nous l'avons quittée : des montagnes continues rouges, et paraissant enflammées. Toute cette contrée est au-dessus des Troglodytes et de la mer Rouge à partir de Méroé. Pendant trois jours de marche, de Napata à la mer Rouge, de l'eau de pluie est conservée en plusieurs lieux pour la boisson, et le pays intermédiaire est très fécond en or. Au delà sont les Atabules, nation éthiopienne; puis, en face de Meroé, les Mégabares, nommés par quelques-uns Adiabares, et occupant la ville d'Apollon: une partie d'entre eux est nomade, et se nourrit de chair d'éléphant ;
[12] en face, sur le côté africain, les Macrobiens; de l'autre côté, à partir des Mégabares, les Memnons et les Davelles, les Critenses à une distance de vingt jours de marche; au delà les Doches, puis les Gymnètes toujours nus; les Andères, les Mathites, les Mésagèbes, les Hipporéens, d'une couleur noire et se mettant sur tout le corps une couche de rouge; sur le côté africain, les Médimnes; les Nomades vivant du lait des singes cynocéphales, les Olabes, les Syrbotes, qui sont, dit-on, hauts de huit coudées (VII, 2).
[13] Aristocréon rapporte que du côte de la Libye, à cinq jours de marche de Méroé, est la ville de Tole, et de là à douze journées Esar, ville des Égyptiens qui avaient fui Psammétique : on dit qu'ils y ont résidé trois cents ans, et qu'en face, du côté de l'Arabie, est la ville de Daron, qui leur appartient. Au contraire, Dion appelle Sape ce que celui-ci appelle Esar; il dit que ce nom signifie étrangers, que leur capitale est Sembobitis dans une île, et qu'ils ont une troisième ville, Saï, en Arabie.
[14] Entre les montagnes et le Nil sont les Symbares, les Paluogges; dans les montagnes mêmes les Asaches (VIII, 23), divisés en plusieurs nations qui, dit-on, sont à cinq jours de marche de la mer, et qui vivent de la chasse des éléphants; une île dans le Nil, qui appartient aux Semberrites et qui obéit à une reine; plus loin, durant huit journées de marche, les Éthiopiens Nubéens, leur ville Tenupsis placée sur le Nil; les Sambres, chez qui tous les quadrupèdes, même les éléphants, sont sans oreilles; sur le côté africain, les Ptoembares, les Ptoemphanes qui ont un chien pour roi, et qui jugent de ses ordres d'après ses mouvements; les Auruspes, dans une ville située loin du Nil; les Achisarmes, les Phaliges, les Marigères, les Casamarres.
[15] Bion cite d'autres villes dans les îles, le trajet entier étant de Sembobitis à Méroé de vingt journées de marche : dans l'île la plus voisine de Méroé, la ville des Semberrites, sous une reine; un autre Asar; la ville de Daron, dans une autre île; une troisième île nommée Médoé, où est la ville d'Asel; une quatrième, nommée Garode comme la ville; puis sur les rives les villes de Navos, Modundam, Andatim, Secundum, Colligat, Secande, Navectabe, Cumi, Agrospi, Aegipa, Candrogari, Araba, Summara.
[16] La région au dessus de Sirbitum, où cessent les montagnes, renferme, d'après quelques auteurs, les Éthiopiens maritimes, les Nisicastes, les Nisites, mot qui signifie homme à trois et quatre yeux; non qu'ils soient ainsi conformés, mais parce qu'ils excellent a lancer les flèches. Du côté du Nil, qui s'étend au-dessus des grandes Syrtes et de l'océan méridional, Dalion dit que ce sont des peuples n'usant que d'eau de pluie, appelés Cisores, Longopores;
[17] qu'à partir des Oecalices (V, 8), à cinq journées de marche, sont les Usibalques, les Isuèles, les Pharusiens (31) les Valiens, les Cispiens. Le reste est désert ; puis viennent des espaces livrés aux fables (32). A l'ouest sont les Nigres, dont le roi n'a qu'un oeil, et dans le front; les Agriophages, qui se nourrissent surtout de chair de panthère et de lion; les Pamphages, qui mangent de tout; les Anthropophages, qui se nourrissent de chair humaine; les Cynamolges, qui ont des têtes de chien; les Artabatites, qui errent comme les quadrupèdes sauvages; puis les Hespériens, les Pérorses, qui, avons-nous dit (V, 1, 10 et 8, 1), sont sur les confins de la Mauritanie. Une partie des Éthiopiens ne vivent que de sauterelles fumées et salées, dont ils font provision pour l'année; ces hommes ne passent pas quarante ans.
[18] D'après Agrippa, le pays entier des Éthiopiens avec la mer Rouge, a en long 2.170.000 pas; en large, avec l'Égypte supérieure, 1.298.000. Quelques uns ont détaillé ainsi la longueur : de Meroé à Sirbitum, une navigation de douze jour-nées; de là aux Davelles, douze; des Davelles à l'océan Éthopique, six jours de marche; en somme la plupart des auteurs s'accordent à compter, de l'Océan à Méroé, 625.000 pas; de là à Syène il y a la distance que nous avons indiquée (VI, 35, 6). L'Éthiopie est orientée du levant d'hiver au couchant d'hiver; la partie qui est au midi a de vastes forêts ou l'ébène domine; dans son milieu, une haute montagne, penchée sur la mer, brûle de feux éternels; les Grecs l'ont appelée Théon ochéma (Char des dieux). De là, en quatre jours de navigation, on arrive au promontoire nommé Hesperion ceras (Corne occidentale), touchant à l'Afrique, près des Éthiopiens hespériens. Quelques-uns placent aussi dans ces parages des collines d'une médiocre hauteur, couvertes d'ombrages agréables, et séjour des Aegipans et des Satyres (V, 8).
XXXVI. (XXXI.) [1] Un grand nombre d'îles sont dans cette mer, d'après Éphore, Eudoxe et Timosthène; Clitarque dit qu'on parla à Alexandre d'une île tellement riche, que les habitants donnaient un talent d'or pour un cheval; d'une autre, où l'on trouve un mont Sacré couvert d'une forêt épaisse, dont les arbres laissaient couler un parfum d'une suavité merveilleuse. En face du golfe de Perse est une île nommée Cerné, opposée à l'Éthiopie : on n'en connaît ni la grandeur ni la distance au continent. On dit que la population en est exclusivement éthiopienne.
[2] Éphore rapporte que les navigateurs qui y cinglent de la mer Rouge ne peuvent s'avancer, à cause des chaleurs, au delà de certaines colonnes: on appelle ainsi de petites îles. D'après Polybe, Cerné est à huit stades (mètres 1.472) du continent, en face du mont Atlas, à l'extrémité de la Mauritanie. D'après Cornélius Népos, elle est à peu près à l'opposite de Carthage (33) à 1.000 pas du continent, et n'a pas plus de 2.00 pas de tour.
[3] On parle encore d'une île Atlantis, en face de l'Atlas, et tirant d'Atlas son nom comme la montagne. A cinq jours de navigation de cette île sont des solitudes jusqu'aux Ethiopiens Hespériens, et au promontoire que nous avons appelé Corne occidentale, point où le front de la terre ferme commence à s'infléchir vers le couchant et vers la mer Atlantique. On cite encore en face de ce promontoire les îles Gorgades, jadis le séjour des Gorgones, à deux jours de navigation du continent, ainsi que le rapporte Xénophon de Lampsaque. Hannon, général des Carthaginois, y a pénétré, et il a rapporté que les femmes avaient le corps velu, que les hommes s'échappèrent par la rapidité de leur course; et il consacra dans le temple de Junon, en témoignage de son expédition et comme curiosité, les peaux de deux Gorgones, qu'on y a vues jusqu'à la prise de Carthage. Plus loin encore que les îles Gorgades, sont, dit-on, deux îles des Hespérides. Au reste, tout cela est tellement incertain, que Statius Sebosus a évalué la distance entre les îles des Gorgones et les îles des Hespérides à quarante journées de navigation le long de l'Atlas, et à une journée de navigation la distance entre les Hespérides et la Corne occidentale. Les renseignements sur les îles de la Mauritanie ne sont pas plus certains. On sait seulement qu'il y en a quelques-unes en face des Autololes (V, 1, 9), découvertes par Juba, qui y avait établi des fabriques de pourpre de Gétulie (IX, 60).
XXXVII. (XXXII.) [1] Des auteurs rapportent qu'au delà sont les îles Fortunées et quelques autres. Le même Sebosus est allé jusqu'à en donner le nombre et les distances, disant que Junonia est à 750.000 pas de Cadix; que Pluvialia et Capraria sont à cette même distance de Junonia, vers l'occident; que dans Pluvialia il n'y a pas d'autre eau que l'eau de pluie; qu'à 250.000 pas sont les îles Fortunées, à la gauche de la Mauritanie, sur la ligne de trois heures de l'après-midi (sud-ouest ); qu'une île est appelée Convallis à cause de ses concavités, et une autre Planaria à cause de son apparence; que le tour de Convallis est de 350.000 pas, et que les arbres s'y élèvent à la hauteur de 114 pieds.
[2] Voici le résultat des recherches de Juba sur les îles Fortunées: il les place aussi au midi auprès du couchant, à 625.000 pas des îles Purpuraires (VI, 36, 4); de sorte qu'on navigue pendant 250.000 pas au-dessus du couchant, puis on va à l'est pendant 375.000 pas (34). La première, nommée Ombrios, ne porte aucune trace d'édifices : elle a en ses montagnes un étang, des arbres semblables à la férule (XIII, 42). On extrait une eau amère de ceux qui sont noirs, une eau agréable à boire de ceux qui sont blancs. Une autre île s'appelle Junonia; on n'y voit qu'un petit temple bâti en pierre; dans le voisinage est une île de même nom, plus petite;
[3] puis vient Capraria, remplie de grands lézards. En vue de ces îles est Nivaria, qui a pris ce nom de ses neiges perpétuelles, et qui est couverte de brouillards. La plus voisine de Nivaria est Canaria, appelée ainsi des chiens d'une grandeur énorme qui y abondent ; on en amena deux au roi Juba : on y aperçoit des vestiges d'édifices. Toutes ces îles ont en abondance des arbres fruitiers et des oiseaux de toute espèce. De plus, Canaria est pleine de bois de palmiers à dattes (XIII, 9), et de pommes de pin. Il y a aussi du miel en grande quantité; on trouve dans les rivières du papyrus et des silures (IX, 17). Ces îles sont infectées par la putréfaction des animaux que la mer rejette continuellement sur leurs côtes.
XXXVIII. [1] Mais nous avons suffisamment décrit le globe terrestre, tant dans les continents qu'en dehors; il faut maintenant résumer la mesure des mers. (XXXIII) D'après Polybe, on compte depuis le détroit de Cadix, en droite ligne, jusqu'à l'embouchure du Palus-Méotide, 3.437.500 pas; du même point de départ, en droite ligne à l'orient, jusqu'à la Sicile, 1.260.500 pas; de là à la Crète, 375.000; de là à Rhodes, 183.500: de là aux îles Chélidoniennes, autant; de là à Chypre, 322.500; de là à Séleucie Pieria de Syrie, 115.000,
[2] ce qui fait une somme de 2.440.000 pas. Agrippa estime ce même intervalle depuis le détroit de Cadix jusqu'au golfe d'Issus, en ligne directe, à 3.440.000 pas; mais je ne sais s'il n'y a pas là une erreur de chiffres, car le même auteur n'évalue la distance du détroit de Sicile à Alexandrie qu'à 1.250.000 pas. Tout le circuit le long des golfes indiqués est, à partir du détroit de Cadix jusqu'au Palus-Méotide, de 10.056.000 pas. Artémidore en ajoute 753.000 ; et, y compris le Palus-Méotide, il évalue ce circuit à 17.390.000. Telle est la mesure donnée par des hommes qui vont sans armes, et avec une audace pacifique, provoquer la fortune.
[3] Maintenant comparons la grandeur des diverses parties du monde, quelque difficulté qui naisse de la diversité des auteurs: on s'en fera la meilleure idée, si l'on ajoute la longueur à la largeur (35). D'après cette manière de compter, la grandeur de l'Europe est de 8.294.000 pas. L'Afrique (pour prendre la moyenne des évaluations données par les auteurs) a en longueur 3.794.000 pas; la largeur dans la partie cultivée, n'excède jamais 250.000 pas; mais comme Agrippa l'estime dans la Cyrenaïque à 910.000 pas, y comprenant les déserts jusqu'à ce qu'on connaissait du pays des Garamantes, la somme qui entre en ligne de compte est de 4.608.000 pas.
[4] La longueur de l'Asie est, de l'aveu commun, de 6.375.000 (V, 9 ); la largeur, qui doit s'en compter depuis la mer Éthiopienne jusqu'à Alexandrie, située près du Nil, de manière à passer par Méroé et Syène, est de 1.875.000. En résumé, l'Europe est plus grande que l'Asie, d'un peu moins de la moitié de l'Asie, et plus grande que l'Afrique d'une fois l'Afrique et un sixième.
[5] En réunissant toutes ces sommes, on verra que l'Europe est un peu plus du tiers et un huitième de la terre entière, que l'Asie en est le quart et un quatorzième et l'Afrique le cinquième et un soixantième.
XXXIX. [1] Nous ajouterons encore une théorie d'invention grecque, et excessivement ingénieuse, afin que rien ne manquer dans la contemplation de la géographie, et que l'indication des régions fasse voir les liens qui les rattachent, c'est-à-dire quels en sont les rapports pour la durée des jours et des nuits, et quelles sont celles qui ont des ombres égales et une même hauteur sous le pôle. Donnons donc ce détail, et rapportons la terre entière aux divisions du ciel. Ces segments du monde que les Latins ont appelés cercles, et les Grecs parallèles, sont nombreux.
[2] (XXXIV.) Le premier commence à la partie de l'Inde tournée vers le midi : il s'étend jusqu'à l'Arabie et aux riverains de la mer Rouge; il comprend la Gédrosie, la Perse, la Carmanie, l'Élymaïde, la Parthyène, l'Arie, la Susiane, la Mésopotamie, Séleucie surnommée Babylonienne, l'Arabie jusqu'à Pétra, la Coele Syrie, Péluse, la partie inférieure de l'Égypte, ce qu'on appelle la Chora (région) d'Alexandrie, les parties maritimes de l'Afrique, toutes les villes de la Cyrénaïque, Thapsus, Adrumetum, Clupea, Carthage, Utique, les deux Hippones, la Numidie, les deux Mauritanies, la mer Atlantique, les Colonnes d'Hercule. Dans cette zone, au jour de l'équinoxe, à midi, l'indice qu'on appelle gnomon, de 7 pieds de long, ne donne pas une ombre de plus de 4 pieds; la nuit la plus longue et le jour le plus long sont de 14 heures équinoxiales; les plus courts, de 10 heures.
[3] Le parallèle suivant commence à l'Inde, qui regarde le couchant; il passe par le milieu du pays des Parthes, Persépolis, le nord de la Perse, l'Arabie citérieure, la Judée, le mont Liban; il embrasse Babylone, l'Idumée, la Samarie, Jérusalem, Ascalon, Joppé, Césarée, la Phénicie, Ptolemaïs, Sidon, Tyr, Béryte, Botrys, Tripolis, Byblos, Antioche, Laodicée, Séleucie, les parties maritimes de la Cilicie, le midi de Chypre, la Crète, Lilybée en Sicile, le nord de l'Afrique et de la Numidie. A l'équinoxe, le gnomon de 35 pieds donne une ombre de 24 pieds. Le plus grand jour et la plus grande nuit sont de 14 heures équinoxiales et un cinquième.
[4] Le troisième parallèle commence aux Indiens voisins de l'Imaüs; il passe par les portes Caspiennes les plus voisines de la Médie, la Cataonie, la Cappadoce, le Taurus, l'Amanus, Issus, les portes de Cilicie, Solae, Tarse, Chypre, la Pisidie, Side de Pamphylie, la Lycaonie, Patara de Lycie, le Xanthe, Caunus, Rhodes, Cos, Halicarnasse, Gnide, la Doride, Chios, Délos, les Cyclades moyennes, Gythium (IV, 8), Malée, Argos, la Laconie, l'Élide, Olympie, Messène (36) du Péloponnèse, Syracuse, Catane, le milieu de la Sicile, le midi de la Sardaigne, Carteia, Cadix. Un gnomon de 100 parties donne une ombre de 77 parties. Le jour le plus long est de 14 heures équinoxiales et une demie plus un trentième.
[5] Sous le quatrième parallèle sont les pays situés de l'autre côté de l'Imaüs, le midi de la Cappadoce, la Galatie, la Mysie, Sardes, Smyrne, Sipylus, le mont Tmolus de Lydie, la Carie, l'Ionie, Tralles, Colophon, Éphèse, Milet, Samos, Chios, la mer Icarienne, les Cyclades septentrionales, Athènes, Mégare, Corinthe, Sicyone, l'Achaïe, Patras, l'Isthme, l'Épire, le nord de la Sicile, le levant de la Gaule Narbonnaise, le littoral de l'Espagne à partir de Carthagène, et de là au couchant. A un gnomon de 21 pieds répondent des ombres de 17; le jour le plus long est de 14 heures équinoxiales et deux tiers.
[6] Au cinquième parallèle appartiennent, depuis l'entrée de la mer Caspienne (VI, 15, 1), Bactres, l'Ibérie, l'Arménie, la Mysie, la Phrygie, l'Hellespont, la Troade, Ténédos, Abydos, Scepsis, Ilion, le mont Ida, Cyzique, Lampsaque, Sinope, Amisus, Héraclée dans le Pont, la Paphlagonie, Lemnos, Imbros, Thasos, Cassandrie, la Thessalie, la Macédoine, Larisse, Amphipolis, Thessalonique, Pella, Aedessa, Beroea, Pharsale, Caryste, l'Eubée du côté de la Béotie, Chalcis, Delphes, l'Acarnanie, l'Étolie, Apollonie, Brindes, Tarente, Thurium, Locres, Rhegium, la Lucanie, Naples, Putéoles, la mer Étrusque, la Corse, les îles BaIéares, le milieu de l'Espagne; 7 pieds au gnomon, 6 à l'ombre. La plus grande longueur du jour est de 15 heures équinoxiales.
[7] Le sixième parallèle, où se trouve la ville de Rome, embrasse les nations Caspiennes, le Caucase, le nord de l'Arménie, Apollonie sur le Rhyndacus, Nicomédie, Nicée, Chalcédoine, Byzance, Lysimachie, la Chersonèse, le golfe Mélas, Abdère, la Samothrace, Maronée, Aenos, la Bessique, la Thrace, la Nordique, la Péonie, l'Illyrie, Dyrrachium, Canusium, l'extrémité de l'Apulie, la Campanie, l'Étrurie, Pise, Luna, Lucques, Gênes, la Ligurie, Antipolis, Marseille, Narbonne, Tarragone, le milieu de l'Espagne Tarragonaise, et de là le travers de la Lusitanie. Au gnomon, 9 pieds; à l'ombre, 8. Le plus long jour est de 15 heures équinoxiales, plus un neuvième, ou, d'après Nigidius, un cinquième.
[8] Le septième parallèle commence à l'autre côté de la mer Caspienne, et s'étend sur Calatis, le Bosphore, le Borysthène, Tomes, le revers de la Thrace, les Triballes, le reste de l'Illyrie, la mer Adriatique, Aquilée, Altinum, la Vénétie, Vicence, Padoue, Vérone, Crémone, Ravenne, Ancône, le Picenum, les Marses, les Péligniens, les Sabins, l'Ombrie, Ariminium, Bologne, Plaisance, Milan, et tout ce qui est à partir de l'Apennin, et, au delà des Alpes, la Gaule Aquitanique, Vienne, les Pyrénées, la Celtibérie. A un gnomon de 35 pieds répond une ombre de 36, de telle sorte cependant que dans une partie de la Vénétie l'ombre est égale au gnomon. Le jour le plus long est de 15 heures équinoxiales et trois cinquièmes.
[9] Jusqu'à présent nous avons exposé les observations des anciens. Les modernes les plus exacts ont rapporté le reste de la terre à trois parallèles : l'un part du Tanaïs, traverse le Palus-Méotide, les Sarmates jusqu'au Borysthène, et embrasse les Daces, une partie de la Germanie, les Gaules, et les rivages de l'Océan; il est de seize heures. Le second comprend les Hyperboréens et l'île de Bretagne; il est de dix-sept heures. Le dernier est le parallèle Scythique, depuis les monts Riphées jusqu'à Thulé, où, comme nous l'avons dit (IV, 26, 11), l'année se partage en un jour et une nuit. Les mêmes auteurs ont placé, avant notre premier parallèle, deux autres parallèles : le premier passant par l'île Méroé et Ptolémaïs, fondée sur la mer Rouge pour la chasse des éléphants, et ayant le jour le plus long de douze heures et demie; le second passant par Syène d'Égypte, et étant de treize heures; puis ainsi de suite, de demi-heure en demi-heure, jusqu'au dernier parallèle. Ainsi finit la partie géographique.
FIN DU LIVRE VI.
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NOTES DU SIXIÈME LIVRE.
(01) De bous, boeuf, et poros, passage.
(02) On ne sait si ce Ceraunus, écrit aussi Coeranus dans un manuscrit, est ou une ville ou une rivière.
(03) Qui mangent des pous, de phtheir et phagein (phtheirophagos). Il faut remarquer cependant que phtheir signifie aussi une sorte de pomme de pin.
(04) Les habits noirs, de melas et de chlaina.
(05) Les anciens pensaient que la mer Caspienne communiquait avec l'océan Scythique ou Septentrional.
(06) Orei Vulg.— Voy., pour cette correction, V, 20 et la note qui y est relative.
(07) Ex adverso fontis codd. Gelen. — Ex adversus fontes Vulg.
(08) Il paraît que Posidonius se représentait l'Inde comme étant à l'ouest de la Gaule. C'était aussi l'opinion de Christophe Colomb, qui en abordant à l'Amérique croyait toucher à l'Inde.
(09) On retrouve en effet dans Imaüs la racine sanscrite hima, froid, conservée dans le latin hiems.
(10) Le bas Telinga, d'après Lassen, Indische Alterth., p. 186.
(11) Le Kôçî d'après Lassen, ib. p. 59.
(12) Le Telinga supérieur, d'après Lassen, ib. p. 178. Une ancienne dynastie porte le nom d'Andhra.
(13) Mêros en grec signifie cuisse.
(14) De anti, contre, et chthôn, terre, la terre opposée, les antipodes.
(15) Hermandus praefluens per Abesten Editt. vet. — Erymanthus praefluens Parabesten Vulg. — M Burnouf, Comm. sur le Yaçna, notes et éclaircissements, t. 1, p.94, fait remarquer qu'il n'y a aucune raison de changer le Hermandus des anciennes éditions à l'aide de l'Erymanthus de Polybe ou de Quinte-Curce ; qu'au reste ces leçons ne sont que des variantes du nom d'un même fleuve ; et il ajoute en note : « Le texte de Pline présente une difficulté grave dans le nom de la ville près de laquelle passe le Hermandus. On lisait dans les anciennes éditions : amnis Hermandus praefluens per Abesten. Hardouin donne, d'après plusieurs mss., en un seul mot Parabesten. Mais cette dénomination ne se retrouve, que je sache, dans aucun autre auteur ; du moins Cellarius (Géogr. ant. t. II, p. 848), qui adopte la correction d'Hardouin, Parabesten, déclare que cette localité est inconnue. Quelque imposante que soit l'autorité d'un critique comme Hardouin, j'oserai cependant défendre, sinon complètement, au moins dans sa partie la plus importante, la leçon des anciens éditeurs. Si l'on se rappelle que Pline n'a pu connaître cette partie de l'Asie que par les récits des Grecs, que les sources auxquelles il a puisé sont exclusivement grecques, on n'aura pas de peine à admettre que pour apprécier en connaissance de cause la valeur relative des deux leçons, per Abesten et Parabesten, il faut se les représenter sous leur forme hellénique. Or, je me figure que Pline avait sous les yeux par’Abestên ou para Bestên. Un copiste, peu familiarisé avec cette partie de l'Asie, encore si mal connue de nos jours, aura fait de ces deux mots un seul nom Parabesten. Un autre, au contraire, connaissant d'ailleurs Abestên ou Bestên, aura détaché la préposition para et l'aura remplacée par per, quoique l'idée qu'elle exprime fût déjà indiquée dans praefluens. Enfin le grand d'Anville n'a pas cru qu'il fût nécessaire de corriger le texte de Pline ; il a gardé le nom de Abeste, et y a trouvé la moderne Boat sur le Hindmend (Géogr. an., t. II, p. 288), rapprochement qui prouve d'une manière définitive la supériorité de la leçon Abesten sur Parabesten. On doit remarquer qu'il ne faut pas dire, avec d'Herbelot (Bibl. or., v. Bost ), que Bost ou Bust est située sur une rivière qui se jette dans l'Indus. C'est une erreur qui est analogue à celle de Ptolémée, relative à la direction méridionale d'un fleuve sans nom, qu'il place dans la Drangiane, et qui, selon lui, se jette dans l'Arabius, D'Anville (ib., p. 287) a relevé cette inexactitude. Kiuneir (Géogr. Mem., p. 190) place, avec les voyageurs modernes, Bost sur la rivière Hirmend, et identifie Bost à l'ancienne Abeste, qu'il écrit Abbeste. En résumé, la seule correction dont je crois le texte de Pline susceptible, c'est le retranchement de la préposition per, et je proposerais de lire : Amnis Hermandus praefluens Abesten, ou peut-être Besten. Cette dernière lecture serait confirmée par l'existence, dans la table de Peuttiuger, du nom de Bestia, qui paraît être l'ancienne Abeste. Je remarquerai en outre que le mot Bost, si exactement reproduit par l'Abeste de Pline, avec la simple addition de l'a prosthétique, fréquente dans la langue persane, peut se rattacher au mot persan bostan, jardin”. A cette note si savante et si ingénieuse je n'ajouterai qu'une remarque, c'est que la faute doit être reportée non sur un copiste, mais sur Pline lui-même. Lisant rapidement un texte grec, Pline a pris pour un seul mot par’Abestên ou para Bestên ; c'est le seul moyen d'expliquer dans les manuscrits soit par, soit per. D'ailleurs, des méprises pareilles ne sont pas très rares dans Pline. Je crois donc qu'il faut garder dans son texte Parabesten, trace de son erreur, qu'on expliquera à l'aide de l'observation de M. Burnouf.
(16) Insula Editt. vet. — Insulam Vulg. — Dans des détails aussi incertains il est inutile de changer les anciens textes.
(17) udreion ou udreuma, lieu où l'on trouve de l'eau.
(18) Il faut lire Nelcanidon et un peu plus bas Madura. Voy. Lassen, Lad. Alt., p. 158. Madura est aujourd'hui Maduré.
(19) Les fils de Pandu figurent dans les livres sanscrits parmi les généalogies de l'âge héroïque.
(20) M. de Bode arriva devant les restes d'une chaussée gigantesque, dans lesquels il n'eut pas de peine à reconnaître un des monuments les plus antiques et les plus mystérieux de l'Orient. Cette chaussée, appelée aujourd'hui le Jaddehi-Atabeg (le chemin des Atabegs), était regardée comme une des merveilles du monde par les anciens historiens, qui la désignaient sous le nom de Climax megale (grande échelle). Au temps même d'Alexandre on n'en connaissait plus le constructeur. Qu'on se figure un pavé colossal formé de pierres d'environ trois mètres de long sur un mètre de large, reliées à chaque intervalle de quinze ou vingt blocs par des dalles énormes, et franchissant à la montée comme à la descente les versants les plus escarpés. D'après la description de M. de Bode, on ne saurait douter de l'identité du Jaddehi-Atabeg et du Climax megale. (Travels in Luristan and Arabistan, by the baron C. A. Bode ; Londres, 1846.)
(21) Le fils de Séleucus Nicator.
(22) Orei Vulg. — Voyez, pour cette corection, V, 20 et la note qui y est relative.
(23) Armalchar Vulg. — On a depuis longtemps indiqué qu'il fallait lire, d'après Isidore de Charax, Stathmoi, p. 186, Narmalchan, qui signifie en effet en chaldéen fleuve royal.
(24) Le pied romain valait 0 m 2915.
(25) Oreos Vulg. — Vof pour cette correction, V, 20 et la note qui y est relative.
(26) D'après M. de Bode, Suse n'est pas Shouster, comme on le dit d'ordinaire, mais Shoush, à 7 lieues de Dizfoul , lequel est à 12 lieues de Shonster.
(27 ) Ibi mortalium solis aurum in odio ; contrahunt id defodiuntque, ne cui sit in usu Sillig ex Chiffl. mortalium soli aurum in odio contrahunt, id defodiunt, ne quo cui sit in usu Vulg.
(28) La vallée de Doan rappelle par son nom les Toani de Pline, les Daveni d'Étienne de Byzance (De urbibus, v. Dave) (Fresnel, notice sur le voyage de M. de Wrède dans la vallée de Doan et autres lieux de l'Arabie méridionale, Journal asiatique, 4e série, t. VI ; novembre 1845, p. 386).
(29) Les Minéens, peuple agricole, sont soumis depuis longtemps aux Arabes des déserts circonvoisins, parmi lesquels figurent les hommes du Hadjar ou Haguiar, qui sont bien certainement les Agraei des géographes grecs et de Pline (Fresnel, ib , p. 391).
(30) D'après M. Fresnel (Journal asiatique, 1845, p. 224), Caripeta est Karibet, ville en ruine découverte par M. Arnaud.
(31) Pharusos Vulg. — Il faut lire Pharusios, comme plus haut, V, 1, 10; V, 8, 3 ; V, 8, 1.
(32) Fabulosa Dalech., Sillig. — Sabulosa Vulg.
(33) Cela veut dire que Cerne est dans l'Océan, à la même distance du détroit de Cadix que Carthage est de ce détroit dans la Méditerranée.
(34) LXXV Hardouin. — Voici comment on explique ce passage obscur : Si l'on va des îles Purpuraires aux îles Fortunées, on fait, dans la direction de l'ouest, un trajet de 250.000 pas ; puis en revenant, dans la direction de l'est, des îles Fortunées aux îles Purpuraires, on fait 375.000 pas ; somme totale, 625.000. On ajoute qu'en effet de Lancerota ( une des Purpuraires) il y a jusqu'à Palma, une des Fortunées, environ 250.000 pas, et que le retour comporte bien 375.000, si l'on y comprend la traversée pour visiter chacune des îles Fortunées. Cette explication me parait fort douteuse ; mais je n'en ai aucune autre à donner.
(35) Est-il possible que Pline se soit imaginé qu'on avait l'évaluation d'une surface en ajoutant la longueur à la largeur ?
(36) Messenen Dalecb. — Messeniam Vulg.
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ATTENTION : police unicode
PLINE L'ANCIEN
HISTOIRE NATURELLE
LIVRE SEPT.
livre 6
livre 8
Texte français
Paris : Dubochet, 1848-1850.
édition d'Émile Littré
LIVRE VII,
CONTENANT LA GÉNÉRATION DES HOMMES, LEURS INSTITUTIONS, ET L'INVENTION DES ARTS.
I. De l'homme. - II. Formes singulières de certaines nations. - III. Enfantements prodigieux.
- IV. De la génération de l'homme; durée remarquable de certaines gestations; exemples depuis sept mois jusqu'à treize. - V. Signes du sexe manifestes chez les femmes grosses avant l'accouchement. - VI. Enfantements monstrueux.
- VII. Enfants extraits du ventre de leurs mères par l'excision. - VIII. Quels sont ceux appelés vopisci.
- IX. De la conception et de la génération. - X. Exemples de ressemblance. - XI. Quels hommes sont aptes à la génération; exemples de procréation d'enfants très nombreux. - XII. Quel est l'âge de la génération. - XIII. Singularités du flux menstruel.
- XIV. Théorie de la génération. - XV. Faits concernant les dents: faits concernant les enfants.
- XVI. Exemples d'extrême grandeur. - XVII. Enfants précoces. - XVIII. Qualités corporelles singulières.
- XIX. Force extraordinaire. - XX. Rapidité extraordinaire à la course. - XXI. Vue d'une longueur extraordinaire.
- XXII. Ouïe merveilleuse - XXIII. Force extrême de résistance. - XXIV. Mémoire.
- XXV. Vigueur de l'âme. - XXVI. Démence et grandeur d'âme. - XXVII. Actions grandes et glorieuses.
- XXVIII. Réunion de trois grandes qualités, chez un même personnage, jointes à une probité parfaite.
- XXIX. Grand courage. - XXX. Génies du premier rang. - XXXI. Quels ont été les hommes les plus sages - XXXII. Préceptes les plus utiles à la conduite de la vie. - XXXIII. De la divination.
- XXXIV. Nom de l'homme qui fut déclaré le meilleur. - XXXV. Noms des femmes les plus chastes.
- XXXVI. Exemples de la piété la plus grande. - XXXVII. Noms de ceux qui ont excellé dans les arts :astronomie, grammaire, médecine. - XXXVIII. Géométrie et architecture. - XXXIX. Peinture, statuaire, art de travailler l'ivoire, ciselure.
- XL. Haut prix de quelques esclaves. - XLI. Du bonheur suprême. - XLII. Le bonheur se perpétue rarement dans les mêmes familles. - XLIII. Exemples étonnants de vicissitudes. - XLIV. Exemples merveilleux d'honneurs.
- XLV. Réunion de dix choses très heureuses chez un même personnage. - XLVI. Adversités de l'empereur Auguste.
- XLVII. Quels sont ceux que les dieux ont jugés les plus heureux. - XLVIII. Quel est celui qu'on a ordonné d'honoré comme un dieu, de son vivant. - XLIX. Des durées les plus longues de la vie. - L. Époques diverses de la naissance.
- LI. Exemples divers dans les maladies. - LII. De la mort. - LIII. Quels sont ceux qui, portés au bûcher, sont revenus a la vie. - LIV. Exemples de mort subite. - LV. De la sépulture. - LVI. Des mânes ; de l'âme.
- LVII. Découvertes et inventeurs. - LVIII. En quelles choses les nations se sont-elles d'abord accordées; des lettres antiques. - LIX. Quand y a-t-il eu pour la première fois des barbiers? - LX. Quand y a-t-il eu pour la première fois des horloges.
Résumé : Faits, histoires et observations, DCCLXLVII.
Auteurs :
Verrius Flaccus, Cn. Gellius, Licinius Mucianus, Massurius Sabinus, Agrippine femme de Claude, Cicéron, Asinius Pollion, Messala Rufus, Cornelius Nepos, Virgile, Tite-Live, Cordus, Melissus, Sebosus, Celse, Valère Maxime, Trogue Pompée, Nigidius Figulus, Pomponius Atticus, Pedianus Asconius, Fabianus, Caton le censeur, les Actes, Fabius Vestalis.
Auteurs étrangers :
Hérodote, Aristéas, Béton, Isigone, Cratès, Agatharchide, Calliphane, Aristote, Nymphodore, Apollonides, Philarque, Damon, Mégasthène, Ctésias, Tauron, Eudoxe, Onésicrite, Clitarque, Doris, Artémidore, Hippocrate le médecin, Asclépiade le médecin, Hésiode, Anacréon, Théopompe, Hellanicus, Damastes, Éphore, Épigène, Bérose, Pétosiris, Nécepsos, Alexandre Polyhistor, Xénopbon, Callimaque, Démocrite, Diyllus l'historien, Straton, qui a écrit contre les inventions (heurêmata) d'Éphore, Héraclide de Pont, Asclépiade qui a écrit sur les sujets tragiques , Philostéphane, Hégésias, Archimaque, Thucydide, Mnésigiton , Xénagoras, Métrodore de Scepsis, Anticlide, Critodème.
I. [1] Le monde, et dans le monde la terre, les nations, les mers notables (01), les îles, les villes, se comportent comme il a été dit (III, IV, V, VI). L'histoire des animaux qui le peuplent, si toutefois l'esprit humain peut, là, tout parcourir, offre à la contemplation un spectacle qui n'est inférieur peut-être à celui d'aucune autre partie. Il est juste de commencer par l'homme, pour qui la nature paraît avoir engendré tout le reste : mais à de si grands présents elle oppose de bien cruelles compensations ; et il est permis de douter si elle est pour l'homme une bonne mère, ou une marâtre impitoyable.
[2] D'abord il est le seul de tous les animaux qu'elle habille aux dépens d'autrui ; aux autres elle accorde des vêtements variés, des tests, des coquilles, des cuirs, des piquants, des crins, des soies, des poils, du duvet, des plumes, des écailles, des toisons. Elle a protégé contre le froid et la chaleur le tronc même des arbres par une écorce quelquefois double. L'homme est le seul que, le jour de sa naissance, elle jette nu sur la terre nue, le livrant aussitôt aux vagissements et aux pleurs. Nul autre parmi tant d'animaux n'est condamné aux larmes, et aux larmes dès le premier jour de sa vie.
[3] Mais le rire, grands dieux ! le rire même précoce et le plus hâtif, n'est accordé à aucun enfant avant le quarantième jour. Après cet apprentissage de la lumière, des liens, épargnés même aux bêtes nées dans la domesticité, le saisissent et garrottent tous ses membres. Heureuse naissance ! le voila étendu pieds et mains liés, pleurant, lui, cet être qui doit commander aux autres ! et il commence la vie par des supplices, sans avoir commis autre faute que celle d'être venu au monde ! Quelle démence que de se croire, après de tels débuts, des droits à l'orgueil !
[4] A la première apparence de force, par le premier bienfait du temps, il devient semblable à un quadrupède. Quand a-t-il la marche d'un homme ? quand la voix ? quand sa bouche est-elle capable de broyer les aliments ? combien de temps ne sent-on pas des battements au haut de sa tête, indice de la plus grande faiblesse entre tous les animaux ? ajoutez les maladies et tant de remèdes inventés contre les maux, et que parfois de nouveaux fléaux rendent inutiles. Les animaux sont guidés par leurs instincts ; les uns ont une course rapide, les autres un vol impétueux, d'autres nagent : l'homme seul ne sait rien sans l'apprendre, ni parler, ni marcher, ni se nourrir ; en un mot, il ne sait rien spontanément que pleurer. Aussi beaucoup ont-ils pensé que le mieux était de ne pas naître, ou d'être animal au plus tôt.
[5] A lui seul entre les animaux a été donné le deuil, à lui le luxe, et le luxe sous mille formes et sur chaque partie de son corps ; a lui l'ambition, à lui l'avarice, à lui un désir immense de vivre, à lui la superstition, à lui le soin de la sépulture, et le souci même de ce qui sera après lui. Aucun n'a une vie plus fragile, aucun des passions plus effrénées pour toute chose, aucun des peurs plus effarées, aucun de plus violentes fureurs.
[6] Enfin les autres animaux vivent honnêtement avec leurs semblables ; nous les voyons se réunir et combattre contre des espèces différentes ; les féroces lions ne se font pas la guerre entre eux ; la dent des serpents ne menace pas les serpents ; les monstres même de la mer et les poissons ne sont cruels que pour des espèces différentes. Mais certes c'est de l'homme que l'homme reçoit le plus de maux.
[7] (I.) Nous avons, dans l'énumération géographique, dit à peu près tout ce que nous avions à dire du genre humain en général ; car nous ne nous occupons pas maintenant des coutumes et des moeurs, dont la diversité est infinie, et presque égale au nombre des sociétés humaines. Cependant il est certains détails que je crois ne pas devoir omettre, surtout au sujet des peuples qui vivent loin de la mer. Je ne doute pas que plu-sieurs de ces détails ne paraissent prodigieux et incroyables à beaucoup. Qui, en effet, a cru à l'existence des Éthiopiens [des nègres] avant de les voir ? et quelle est la chose qui ne nous paraît pas étonnante quand elle vient à notre connaissance pour la première fois ? Que d'impossibilités supposées avant d'en avoir vu la réalisation ! la puissance et la majesté de la nature surpassent à chaque moment notre croyance, quand on n'en considère que les parties, sans l'embrasser tout entière en esprit.
[8] Pour ne parler ni des paons, ni de la robe bigarrée des tigres et des panthères, ni des riches cou leurs de tant d'animaux, il est un fait petit en apparence mais dont la portée est immense : c'est l'existence de tant de langages, de tant d'idiomes, de tant de parlers, si différents, qu'un homme est à peine un homme pour qui n'est pas son compatriote. D'un autre côté, bien que la face humaine ne se compose guère que de dix parties, remarquez que parmi tant de milliers d'hommes il n'y a pas deux figures qu'on ne puisse distinguer l'une de l'autre : variété que, malgré tous ses efforts, l'art ne peut reproduire entre le petit nombre de types qu'il a créés. Toutefois je ne me porterai pas garant de la plupart de ces détails, et je renverrai aux auteurs mêmes, que je citerai pour toutes les choses douteuses ; mais je demande qu'on ne se lasse pas de suivre les Grecs, les plus exacts des observateurs comme les plus anciens.
II. (II.) [1] Nous avons indiqué (IV, 26 ; V, 25) qu'il y a des peuplades scythes, et en grand nombre, qui se repaissent de chair humaine. Cela même paraîtra peut-être incroyable, si nous ne réfléchissons pas qu'au milieu de nous, en Sicile et en Italie, de pareilles monstruosités ont été commises par des nations, les Cyclopes (III, 9) et les Lestrygons, et que tout récemment les peuples transalpins étaient dans l'habitude de sacrifier des hommes (XXXVI, 5) : de là à en manger il n'y a pas loin.
[2] Auprès de ceux qui sont tournés vers le septentrion, non loin de l'origine de l'Aquilon et de la caverne d'où il sort, lieu appelé Geselitos, on rapporte que sont les Arimaspes, qui, avons-nous dit (IV, 2 ; VI, 19), n'ont qu'un oeil au milieu du front. Ils sont continuellement en guerre autour des mines avec les griffons, espèce d'animaux ailés, tels que la tradition les figure d'ordinaire : les griffons extraient l'or des cavités souterraines, et le défendent avec autant d'ardeur que les Arimaspes cherchent à le ravir ; c'est du moins ce que racontent beaucoup d'auteurs, et parmi les plus illustres Hérodote (Hist., III, 116 ; IV, 13) et Aristée de Proconnèse.
[3] Au delà d'autres Scythes anthropophages, dans une grande vallée du mont Imaüs, est une région appelée Abarimon, où vivent des hommes sauvages, dont les pieds sont tournés en sens contraire des nôtres ; ils sont d'une vélocité extraordinaire, et ils errent dans les bois avec les animaux. Ils ne peuvent pas respirer sous un autre ciel ; c'est pour cela qu'on n'en amène pas aux rois voisins, et qu'on n'en conduisit point à Alexandre le Grand : tel est le dire de Béton, chargé de mesurer les marches de ce prince.
[4] D'après Isigone de Nicée, les anthropophages que nous avons dit précédemment être à dix journées de marche vers le nord au delà du Borysthène (IV, 26 ; VI, 29) boivent dans des crânes humains, dont ils portent au-devant de leur poitrine en guise de serviette, la peau garnie de la chevelure. D'après le même auteur, en Albanie (VI, 15), il naît des individus avec des yeux glauques, dont les cheveux sont blancs dès l'enfance, et qui voient mieux la nuit que le jour [albinos]. Le même auteur rapporte qu'à dix journées au delà du Borysthène, les Sauromates ne mangent que de deux jours l'un.
[5] On lit dans Cratès de Pergame que sur l'Hellespont, auprès de Parium, fut une espèce d'hommes qu'il appelle Ophiogènes, habitués à guérir par des attouchements les morsures des serpents, et à extraire du corps les venins par l'imposition des mains. Varron prétend même qu'il y en a encore dans le même lieu un petit nombre, et que leur salive est un remède contre ces morsures. Telle était aussi en Afrique, au rapport d'Agatharchide, la nation des Psylles (XXVIII, 6), nommés ainsi du roi Psylle, dont le tombeau est dans un endroit des grandes Syrtes.
[6] Leur corps possédait naturellement un venin funeste aux serpents, et dont l'odeur assoupissait ces animaux. Leur coutume était d'exposer leurs enfants, aussitôt après la naissance, aux plus redoutables de ces reptiles, et d'éprouver ainsi la chasteté de leurs femmes, les serpents ne s'éloignant pas des enfants nés d'un commerce adultère. Cette nation a été presque exterminée par les Nasamons, qui maintenant occupent ce pays. Cependant la race de ces hommes fut perpétuée par ceux qui échappèrent au combat, ou qui étaient absents au moment où il se livra ; et il en reste quelques-uns aujourd'hui.
[7] Telle est encore eu Italie la race des Marses, que l'on dit issus (02) du fils de Circé, et chez qui on explique par là cette propriété naturelle. Au reste, tous les hommes (XXVII, 7) possèdent un venin redouté des serpents : on prétend que ces reptiles, touchés par la salive, fuient comme si c'était de l'eau bouillante, et que si elle pénètre dans la gueule, ils meurent, surtout quand l'homme qui crache est à jeun.
Au delà des Nasamons et des Machlyes qui leur sont limitrophes, Calliphane rapporte que sont les Androgynes, réunissant les deux sexes, et usant tour à tour de l'un et de l'autre. Aristote ajoute que chez eux la mamelle droite est faite comme celle de l'homme, et la mamelle gauche comme celle de la femme.
[8] Dans la même Afrique sont, d'après Isigone et Nymphodore, des familles de fascinateurs qui, par la vertu de paroles enchantées, font périr les troupeaux, sécher les arbres, et mourir les enfants. Isigone ajoute que chez les Triballes et les Illyriens il y a des individus de même espèce qui fascinent par leurs regards, et donnent la mort à ceux sur lesquels ils fixent longtemps leurs yeux, surtout leurs yeux courroucés ; les adultes ressentent plus facilement leur influence funeste. Il est remarquable qu'ils ont des pupilles à chaque oeil. Apollonides dit qu'il y a en Scythie des femmes de cette espèce, qu'on appelle Bithyes.
[9] Phylarque place dans le Pont les Thibiens et beaucoup d'autres de même espèce, qu'on reconnaît, dit-il, parce qu'ils ont dans un oeil une pupille double, et dans l'autre l'effigie d'un cheval, et qui de plus ne peuvent être submergés, même chargés de vêtements. Damon a parlé de gens semblables en Éthiopie, les Pharusques, dont la sueur cause la consomption à ceux qu'elle touche.
[10] Cicéron, parmi les auteurs latins, assure aussi que toutes les femmes qui ont les pupilles doubles nuisent par leur regard : tant la nature, après avoir placé dans l'homme le goût qu'ont les bêtes féroces pour la chair humaine, s'est complu à créer même des poisons dans tout le corps et dans les yeux de certains individus, de peur qu'il n'y eût quelque part une influence funeste qui ne fût pas dans l'homme !
[11] Non loin de Rome, dans le territoire des Falisques, sont quelques familles appelées Hirpes : dans un sacrifice annuel qui se fait en l'honneur d'Apollon au mont Soracte (II, 95), ces Hirpes passent sur un bûcher embrasé sans se brûler. Pour cette raison, un sénatus-consulte les exempte à toujours du service militaire et de toutes les autres charges.
[12] Quelques-uns ont des parties du corps douées de propriétés merveilleuses : par exemple Pyrrhus, dont le gros orteil droit guérissait par le contact les affections de la rate. On rapporte que cet orteil ne put être brûlé avec le reste du corps, et qu'il fut renfermé dans une niche d'un temple.
[13] Les contrées de l'Inde et de l'Éthiopie sont surtout fertiles en merveilles. Les plus grands animaux appartiennent à l'Inde. On le voit par les chiens, qui y sont de plus haute taille qu'ailleurs [VIII, 40). On cite des arbres d'une telle hauteur, qu'une flèche ne peut les dépasser ; la fécondité du sol, la température du ciel, l'abondance des eaux, font que sous un seul figuier peut s'abriter (le croira qui voudra) un escadron de cavalerie (XII, 11) ; et les joncs y sont d'une telle grandeur, que chaque entre-noeud fournit un canot qui parfois porta trois hommes (XVI, 85).
[14] Là beaucoup d'hommes (cela est certain) ont plus de cinq coudées, ne crachent jamais, n'éprouvent jamais de douleur de tête, de dents ou d'yeux, et rarement des douleurs dans d'autres parties ; tant est bien mesurée pour les endurer la chaleur du soleil ! Leurs philosophes, qu'on appelle gymnosophistes, gardent depuis le matin jusqu'au soir les yeux fixés sur le soleil, et se tiennent sur un seul pied pendant toute la journée dans des sables brûlants. Mégasthène rapporte que, dans une montagne nommée Nule les hommes ont les pieds tournés à rebours, et huit doigts à chaque pied.
[15] Ctésias a écrit que dans beaucoup de montagnes une race d'hommes à têtes de chien s'habille avec des peaux de bête, aboie au lieu de parler, et, armée de griffes, se nourrit du produit de sa chasse sur les quadrupèdes et les oiseaux : il ajoute qu'il y en avait plus de 120.000 en moment où il écrivait ; il rapporte aussi que dans une certaine nation indienne les femmes n'engendrent qu'une fois dans leur vie, et que leurs enfants prennent aussitôt une chevelure blanche.
[16] Il parle aussi d'hommes appelés Monocoles (monos, unique, kôlon, jambe), qui n'ont qu'une jambe et qui sautent avec une agilité extrême ; il dit qu'on les nomme aussi Sciapodes (skia, ombre, pous, pied), parce que dans les grandes chaleurs, couchés par terre sur le dos, ils se détendent du soleil par l'ombre de leur pied ; qu'ils ne sont pas loin des Troglodytes ; et que près d'eux, à l'occident, se trouvent d'autres hommes qui, privés de cou, ont les yeux dans les épaules.
[17] Il y a des satyres dans les montagnes indiennes situées au levant équinoxial : le pays est dit des Catharcludes. Ces satyres sont très rapides ; ils courent tant à quatre pattes que sur leurs deux pieds : ils ont la face humaine, et leur agilité fait qu'on ne les prend que vieux ou malades. Tauron donne le nom de nation des Choromandes à une race sauvage, privée de sois, poussant des cris horriblement stridents, ayant le corps velu, les yeux glauques, des dents de chien. Eudoxe prétend que dans le midi de l'Inde les hommes ont le pied long d'une coudée, et les femmes si petit qu'on les appelle Struthopodes (stroudos, moineau, pous, pied, pied de moineau).
[18] Mégasthène mentionne une nation d'entre les Nomades de l'Inde qui n'a que des trous pour narine, et des pieds flexibles comme le corps des serpents ; on la nomme les Scyrites. Il dit qu'aux extrémités de l'Inde, du côté de l'Orient, vers la source du Gange, est la nation des Astomes, sans bouche, le corps entier couvert de poil, laquelle s'habille avec le duvet des feuilles (VI, 20), et ne vit que de la respiration et des odeurs aspirées par les narines ; qu'ils ne prennent aucun aliment solide, aucune boisson : qu'ils se contentent des odeurs variées de racines, de fleurs, de pommes sauvages, qu'ils portent avec eux dans les excursions un peu éloignées, pour avoir de quoi flairer ; qu'une odeur un peu forte les tue sans difficulté.
[19] Au delà, à l'extrémité des montagnes, on parle des Trispithames et des Pygmées, qui n'ont pas plus de trois spithames de haut, c'est-à-dire 27 pouces : ils ont un ciel salubre, un printemps perpétuel, défendus qu'ils sont par les montagnes contre l'Aquilon. Homère (Il., III, 3) rapporte, de son côté, que les grues leur font la guerre. On dit que, portés sur le dos de béliers et de chèvre, et armés de flèches, ils descendent tous ensemble au printemps sur le bord de la mer, et mangent les oeufs et les petits de ces oiseaux ; que cette expédition dure trois mois ; qu'autrement Ils ne pourraient pas résister à la multitude croissante des grues : que leurs cabanes sont construites avec de la boue, des plumes et des coquilles d'oeufs. Aristote (Hist. an., III, 12) dit que les Pygmées vivent dans des cavernes ; il donne pour le reste les mêmes détails que les autres.
[20] D'après Isigone, les Cyres, race indienne, vivent cent quarante ans. Il attribue la même longévité aux Éthiopiens Macrobes, aux Sères, et à ceux qui habitent le mont Athos ; et ces derniers, parce qu'ils se nourrissent de chair de vipère (XXIX, 28) : aussi dit-il qu'ils n'ont de vermine ni dans leurs cheveux ni dans leurs vêtements.
[21] Onésicrite rapporte que dans les lieux de l'Inde où il n'y a pas d'ombre (II, 75) les hommes ont une taille de cinq coudées et deux palmes (mètres 2, 355), vivent cent trente ans, et ne vieillissent pas, mais meurent comme au milieu de la vie. Cratès de Pergame appelle Gymnètes des Indiens qui dépassent cent ans ; bon nombre d'auteurs les appellent Macrobes. D'après Ctéslas, il y a une nation de ces Gymnètes, appelée Pandore, habitant dans des vallées, qui vit deux cents ans, et qui, ayant la chevelure blanche dans la jeunesse, l'a noire dans la vieillesse ;
[22] au contraire, d'autres ne dépassent pas quarante ans ; ils sont limitrophes des Macrobes, et leurs femmes n'accouchent qu'une fois. Agatharchide rapporte la même chose, et il ajoute qu'ils se nourrissent de sauterelles (VI, 35) et qu'ils sont très agiles à la course. Clitarque et Mégasthène leur ont donné le nom de Mandes, et ils en comptent 300 bourgades ; ils disent que les femmes sont mères à sept ans, et vieilles à quarante.
[23] D'après Artémidore, c'est dans l'île de Taprobane (VI, 22) que les hommes atteignent la vieillesse la plus avancée sans aucune maladie. D'a–près Doris, quelques Indiens s'unissent avec des bêtes, et il en résulte des produits hybrides et monstrueux. Chez les Calinges, qui appartiennent aussi à l'Inde, les femmes conçoivent à cinq ans, et leur vie ne dépasse pas huit ans : ailleurs les hommes naissent avec une queue velue, ils sont d'une agilité extraordinaire ; d'autres se couvrent tout entiers avec leurs oreilles (IV, 27). Les Orites sont séparés des Indiens par le fleuve Arbis (VI, 25) ; ils ne connaissent pas d'autre aliment que des poissons, qu'ils déchirent avec leurs ongles et sèchent au soleil ; ils en font, ainsi préparés, du pain, au rapport de Clitarque. Les Troglodytes au delà de l'Éthiopie sont plus rapides que les chevaux, d'après Cratès de Pergame, qui dit aussi que les Éthiopiens ont plus de huit coudées de haut (mètres 3, 534), et qu'on les nomme Syrbotes (VI, 35).
[24] Parmi les nomades Éthiopiens qui sont le long du fleuve Astragus, vers le nord, sont les Ménismins, à dix journées de l'Océan ; ils vivent du lait des animaux que nous appelons cynocéphales ; ils en entretiennent des troupeaux, ne con servant de mâles que ce qu'il en faut pour propager l'espèce.
[25] Dans les déserts de l'Afrique on rencontre parfois des apparences d'hommes qui s'évanouissent au même moment. L'ingénieuse nature a produIt dans l'espèce humaine ces variétés et tant d'autres : jouets pour elle, merveilles pour nous ; et d'ailleurs qui pourrait énumérer ce qu'elle fait chaque jour, et pour ainsi dire à chaque heure ? Pour révéler sa puissante, qu'il nous suffise d'avoir cité des nations qui sont des prodiges. Maintenant passons à quelques observations non contestées qu'on a faites sur l'homme.
III. (III) [1] Il est certain qu'il naît des trijumeaux : exempte, les Horaces et les Curiaces ; un plus grand nombre passe pour un prodige, excepté en Égypte, où l'eau du fleuve est prolifique. Vers la fin de la vie du dieu Auguste, une femme du peuple, nommée Fausta, ayant mis au monde, à Ostie, deux garçons et deux filles, a annoncé sans aucun doute la famine qui survint ensuite. On cite aussi dans le Péloponnèse une femme qui accoucha quatre fois de deux jumeaux : la plus grande partie de ces enfants vécut. Trogue Pompée rapporte qu'en Égypte il y a des accouchements de sept enfants à la fois. Il naît aussi des enfants qui ont les deux sexes : nous les appelons Hermaphrodites ; on les appelait autrefois Androgynes, et on les regardait comme des prodiges : aujourd'hui on en fait un objet de délices.
[2] Pompée le Grand plaça, pour orner son théâtre, les statues de personnages renommés, lesquelles, pour cette raison, avaient été exécutées avec soin par de grands artistes ; entre autres on lit sur une de ces statues : Eutychis de Tralles, portée au bûcher par vingt enfants, en avait eu trente ; et sur une autre statue : Alcippe enfanta un éléphant. Cependant les enfantements de ce genre sont comptés parmi les présages sinistres : en effet, une esclave mit au mande un serpent au commencement de la guerre des Marses (II, 85). Les femmes produisent quelquefois des monstres qui réunissent plusieurs formes. L'empereur Claude décrit qu'un hippocentaure né en Thessalie mourut le même jour : nous aussi, sous son règne, nous en avons vu un qui lui fut apporté d'Égypte dans du miel (XXIII, 50). On cite le cas d'un enfant qui rentra aussitôt dans l'utérus : cela arriva à Sagonte, l'année qu'elle fut détruite par Annibal.
[3] (IV.) Le changement de femmes en hommes n'est pas une fable. Nous avons observé dans les Annales que, sous le consulat de P. Licinius Crassus et de C. Cassius Longinus (an de Rome 581), une fille, encore sous la puissance paternelle, devint un garçon à Casinum, et fut transportée, par l'ordre des aruspices, dans une île déserte. Licinius Mucianus rapporte qu'il vit à Argos Arescon qui avait porté le nom d'Arercuse, qui avait même pris mari : il lui vint de la barbe et des parties viriles, et il prit femme. Il en arriva autant à un garçon de Smyrne qu'a vu le même Licinius Mucianus. Moi-même j'ai vu en Afrique L. Cossicius, citoyen de Thysdris (V, 4, 5), qui fut changé en mâle le jour de ses noces.
[4] Quand deux jumeaux sont mis au monde, il est rare que la mère ou l'un des deux enfants ne meure pas. Si les jumeaux sont de sexe différent, il est plus rare encore de les conserver tous les deux. Les femmes se forment plus rapidement que les hommes, et vieillissent aussi plus vite. Les garçons se meuvent plus souvent dans l'utérus ; ils sont presque toujours contenus dans la partie droite de cet organe, tandis que les filles sont contenues dans la partie gauche.
IV. (V.) [1] Les autres animaux ont une époque fixe pour la gestation et le part : l'homme vient au monde en tout temps de l'année, et après une gestation d'une durée incertaine. L'un naît au bout de sept mois, l'autre au bout de huit, un autre au commencement du dixième ou du onzième mois ; aucun n'est viable avant le septième. Les enfants conçus la veille ou le lendemain du jour de la pleine lune, ou pendant l'inter-lune, sont les seuls qui naissent au septième mois. La naissance au huitième mois est commune eu Égypte ; et même en Italie de tels enfants sont viables, contre l'opinion des anciens.
[2] Le temps de la gestation peut éprouver toutes les variations : Vestilia, femme de C. Herdicius, puis de Pomponius et d'Orfitus, citoyens des plus illustres, qui avait eu de ses trots maris quatre enfants, et toujours au septième mois, mit au monde Suillus Rufus au onzième, Corbulon (VI, 8) au septième, l'un et l'autre consuls ; puis au huitième Caesonia, femme de l'empereur Caligula. Pour les enfants qui naissent au huitième mois, les plus grands dangers sont jusqu'au quarantième jour ; pour les femmes, c'est au quatrième et au huitième mois ; et les avortements sont mortels à ces époques.
[3] Masarius rapporte que le préteur L. Papirius, sans s'arrêter aux réclamations d'un collatéral, déclara héritier un enfant que sa mère disait avoir porté pendant treize mois, se fondant sur ce que la gestation n'avait pas de durée fixe.
V. (VI.) [1] Le dixième jour de la conception sur-viennent des douleurs de tête, des vertiges, des éblouissements, des dégoûts, des soulèvements d'estomac, indices qui annoncent qu'un être humain est ébauché. Le teint est meilleur, la grossesse plus facile, quand c'est un garçon ; les mouvements s'en font sentir dans l'utérus au quarantième jour. C'est tout le contraire dans l'autre sexe : le poids est difficile à porter ; il y a un léger gonflement aux jambes et dans les aines ; et les premiers mouvements sont au quatre-vingt-dixième jour.
[2] Mais la mère éprouve le plus d'affaissement lorsque les cheveux de l'enfant poussent, quel que soit son sexe, et aussi dans la pleine lune, époque qui est d'ordinaire dangereuse pour les enfants, même après leur naissance. La marche, et à vrai dire tout, importe dans une femme grosse : ainsi, pour avoir usé d'aliments trop salés des femmes mettent au monde des enfants privés d'ongles ; et le travail de l'accouchement est plus difficile chez celles qui ne savent pas retenir leur haleine. Le baillement même est mortel dans l'accouchement ; et éternuer après le congrès annonce l'avortement.
[3] (VII.) On est saisi de pitié, on est saisi de honte quand on songe combien frêle est l'origine du plus superbe des animaux. Voyez : l'odeur d'une lampe éteinte suffit souvent pour causer l'avortement C'est ainsi que commencent les tyrans, et ces coeurs bourreaux des autres hommes. Toi qui te confies dans les forces de ton corps ; toi qui embrasses les dons de la fortune et qui te regardes moins comme son élève que comme son fils ; toi (03) dont l'esprit est toujours occupé d'idées sanguinaires, et qui, enflé par quelques succès, te crois un dieu, tu as pu périr par une si petite cause : aujourd'hui même, moins encore suffira pour te tuer, la morsure de la dent ténue d'un serpent, un grain de raisin sec, comme pour le poète Anacréon ; un seul poil dans une gorgée de lait, comme pour Fabius, sénateur et préteur, qui périt ainsi étouffé. Celui-là estimera la vie à sa juste valeur qui se souviendra toujours de la fragilité humaine.
VI. (VIII.) [1] Il est contre la nature que les enfants naissent les pieds les premiers ; ceux qui naissent ainsi ont été appelés pour cela Agrippa, mot qui signifie enfanté difficilement. C'est ainsi, dit-on, que M. Agrippa vint au monde, le seul heureux peut-être parmi tous ceux qui ont été enfantés de cette manière ; et encore il fut tourmenté par la goutte ; il eut une jeunesse pénible ; il passa sa vie au milieu des armes et des morts ; il réussit, mais pour le mal ; toute sa race fut fatale à la terre, surtout par les deux Agrippine, qui mirent au monde Caligula et Néron, fléaux l'un et l'autre du genre humain :
[2] de plus, il vécut peu, enlevé à cinquante et un ans, torturé par les adultères de sa femme (VII, 46, 1) et par le despotisme de son beau-père, circonstances qui ont fait penser qu'il avait accompli ainsi le présage de sa naissance contre nature. Agrippine, mère de Néron, a écrit que son fils, qui fut empereur, et ennemi du genre humain durant tout son règne, naquit les pieds les premiers. L'ordre naturel est que l'homme vienne au monde la tête en avant, et en sorte les pieds les premiers.
VII. (IX.) [1] Les enfants dont les mères meurent en leur donnant le jour, naissent sous de meilleurs auspices : c'est ainsi que naquit Scipion l'Africain l'ancien, et le premier des Césars, ainsi nommé de l'opération césarienne qu'on fit à sa mère. Cette même cause a fait donner à d'autres le nom de Céson Manillus (04), qui entra dans Carthage avec une armée, eut une naissance semblable.
VIII. (X.) [1] On appelait Vopiscus celui de deux jumeaux qui restait dans l'utérus, l'autre ayant péri par un avortement, et venait à terme ; car il y a de ces singularités, bien que rares.
IX. (XI.) [1] Excepté la femme, peu de femelles, à l'état de gestation, reçoivent le mâle ; il n'y a guère qu'une ou deux espèces chez lesquelles la superfétation existe. On lit dans les écrits des médecins, et de ceux qui ont recueilli des faits semblables, qu'une femme avorta en une seule fois de douze embryons ; mais lorsqu'il s'est écoulé un peu de temps entre les deux conceptions, l'un et l'autre produit arrivent à terme, comme on le vit pour Hercule et Iphiclés son frère : même observation chez la femme qui en une seule couche mit au monde un enfant ressemblant à son mari, et l'autre à son amant. Même observation encore pour une esclave de Proconnèse qui, ayant doublement conçu dans un même jour, accoucha d'un enfant ressemblant à son maître, et d'un autre ressemblant à l'intendant ; pour une autre femme qui accoucha à la fois d'un enfant à terme et d'un foetus de cinq mois ; et pour une autre enfin qui, ayant accouché d'un enfant à sept mois, accoucha de deux à terme.
X. [1] Il est d'observation vulgaire que les individus sans lésion donnent quelquefois naissance à des enfants mutilés, et les individus mutilés à des enfants sans lésion, et aussi à des enfants mutilés dans la même partie. On sait encore que certains signes, des naevus et des cicatrices, se reproduisent jusqu'à la quatrième génération (05). Les stigmates que les Daces se font au bras se reproduisent aussi. (XII) On rapporte que dans la famille des Lépides trois personnes sont nées l'oeil couvert d'une membrane, vice de conformation qui sauta chaque fois une génération. Quelques-uns sont semblables à leur aïeul. Des jumeaux, souvent l'un ressemble à son père, l'autre à sa mère. Souvent aussi l'enfant qui naît un an après un autre ressemble à son aîné comme s'ils étaient jumeaux. Quelques femmes engendrent toujours des enfants qui leur ressemblent, d'autres des enfants qui ressemblent à l'homme, d'autres des enfants qui ne ressemblent à aucun des parents, d'autres des filles qui ressemblent au père, et des garçons qui leur ressemblent à elles. L'observation de Nicée, célèbre lutteur, né à Byzance, est incontestable : sa mère provenait d'un adultère commis avec un Éthiopien ; et, bien qu'elle ne différât en rien des autres par la couleur, lui était parfaitement noir comme son grand-père l'Éthiopien.
[2] Les ressemblances tiennent sans doute à l’imagination, sur laquelle on pense que beaucoup de circonstances fortuites exercent de l'influence, la vue, l'ouïe, les souvenirs, et les images qui frappent au moment de la conception. La pensée même qui traverse subitement l'esprit de l'un ou de l'autre parent passe pour déterminer ou altérer la ressemblance. Aussi y a-t-il plus de différences chez l'homme que chez les autres animaux ; la rapidité des pensées, la promptitude de l'esprit et la variété des dispositions, impriment des marques diversifiées, tandis que les autres animaux ont des esprits immobiles, également uniformes dans chaque espèce et dans chaque individu de la même espèce.
[3] Un homme du peuple, nommé Artémon, ressemblait tellement à Antiochos le Grand, roi de Syrie, qu'après le meurtre de ce prince, Laodicée, sa femme, put jouer, à l'aide de cet Artémon, une scène où elle se fit recommander pour la succession du trône. Un certain Vibius, plébéien, et Publicius, affranchi, ressemblaient au grand Pompée, à ce point qu'on pouvait à peine les distinguer ; ils avaient jusqu'à cette physionomie honnête et ce beau front qui inspirait le respect (XXXVII, 6). Une pareille ressemblance fit donner (06) au père de Pompée, qui portait déjà le surnom de Strabon à cause du strabisme dont il était affecté, le nom de son cuisinier Ménogène, qui était louche aussi, et a Scipion le surnom de Sérapion : celui-ci était le vil esclave d'un marchand de porcs.
[4] Dans la suite un Scipion, de la même famille, reçut d'après un mime le surnom de Salution (XXXV, 2). De même l'acteur Spinther, qui jouait les seconds rôles, et Pamphile, qui jouait les troisièmes, donnèrent leur nom à Lentulus et à Métellus, qui avaient le consulat en même temps ; hasard très désagréable qui faisait figurer à la fois sur la scène les portraits des deux consuls. Au contraire, le nom de l'orateur L. Plancus devint un surnom pour l'histrion Rubrius. L'histrion Burbuleius donna son nom à Carion le père, l'histrion Ménogène à Messala le censeur.
[5] Un certain pêcheur sicilien était le portrait vivant du proconsul Sura ; il avait même sa grimace en parlant, le mouvement spasmodique de sa langue, et son bredouillement. On reprocha à Cassius Sévérus, orateur célèbre, sa ressemblance avec Mirmillon le bouvier (07). Toranius, marchand d'esclaves, vendit comme jumeaux à Antoine, déjà triumvir, deux enfants d'une beauté remarquable, nés l'un en Asie, l'autre au delà des Alpes, tant la ressemblance était grande.
[6] Le langage des enfants ayant fait découvrir la fraude et Antoine s'emportant, et se plaignant entre autres de l'élévation du prix (il les avait payés 200.000 sesterces) [42.000 fr.], l'adroit marchand répondit que c'était justement pour cela qu'il les avait vendus si cher, attendu que la ressemblance entre deux enfants nés de la même mère n'avait rien de merveilleux, tandis qu'une ressemblance aussi complète entre deux individus nés chez des nations différentes était une rareté au-dessus de toute évaluation. Cette réponse excita si à propos l'admiration, que ce coeur de proscripteur, toute à l'heure furieux, par surcroît, d'une injure, en vint à n'estimer rien tant dans toute sa fortune.
XI. (XIII.) [1] Il y a certaines antipathies entre les individus : des personnes infécondes entre elles deviennent fécondes en s'unissant à d'autres ; par exemple, Auguste et Livie. Des hommes et des femmes n'engendrent que des filles ou des garçons ; la plupart alternent : par exemple la mère des Gracques, qui eut douze couches, et Agrippine, mère de Germanicus, qui en eut neuf. Chez les unes, la jeunesse est stérile ; aux autres il n'est donné d'enfanter qu'une fois dans la vie. Quelques-unes ne portent pas à terme leurs enfants et si parfois elles y réussissent à l'aide de la médecine et des soins, elles mettent au monde presque toujours une fille.
[2] Le dieu Auguste, entre autres exemples rares, vit, l'année de sa mort, la naissance du petit-fils de sa petite-fille, M. Silanus, qui gouvernait l'Asie après son consulat, fut empoisonné par l'ordre de Néron arrivant par succession à l'empire. Q. Metellus le Macédonique, qui laissa six enfants, avait onze petits-fils et vingt-sept personnes, brus, gendres et autres, qui lui donnaient le titre de père. On lit dans les Actes du temps du dieu Auguste que sous son douzième consulat, où il eut pour collègue L. Sylla (5 av. J. C.), le 3 des ides d'avril (11 avril), C. Crispions Hilarus, d'une honnête famille plébéienne de Fésulum, conduisant en pompe neuf enfants (parmi lesquels étaient deux filles), vingt-sept petits-fils, vingt-neuf arrières-petits-fils et huit petites-filles, fit un sacrifice dans le Capitole avec toute sa famille.
XII. (XIV.) [1] La femme n'engendre pas après la cinquantième année, et chez la plupart le flux menstruel cesse à la quarantième. Quant aux hommes, on sait que le roi Massinissa engendra à quatre-vingt-six ans passés un fils qu'il appela Methymathnus ; et Caton le censeur, à quatre-vingt ans accomplis, en eut un de la fille de Salonius, son client. Pour cette raison, une branche de ses enfants a été surnommée Licinienne, et l'autre Salonienne : c'est de cette dernière que vint Caton d'Utique. Dernièrement encore, L. Volusius Saturninus (XI, 90), mort préfet de Rome, a eu, à plus de soixante-deux ans (cela est notoire), de Cornelia, de la famille des Scipions, Volusius Sturninus, quia été consul.
[2] D'ailleurs, il est ordinaire de rencontrer des gens du commun qui engendrent jusqu'a soixante-quinze ans.
XIII. (XV.) [1] La femme est la seule femelle qui ait un flux menstruel ; c'est la seule dans l'utérus de laquelle il se forme des môles (X, 84) : on appelle môle une chair informe, inanimée, et que n'entament ni le fer ni l'acier ; elle se meut, et arrête les règles ; tantôt elle cause la mort, comme l'accouchement d'un enfant ; tantôt la femme vieillit avec cette incommodité, tantôt la môle est expulsée par une dysenterie. Quelque chose de semblable qu'on appelle squirrhe s'engendre dans le ventre des hommes. Oppius Capiton, ancien préteur, en a été la victime.
[2] Mais difficilement trouvera-t-on rien qui soit aussi malfaisant que le sang menstruel (XXVIII, 23). Une femme qui a ses règles fait aigrir le vin doux par son approche, en les touchant frappe de stérilité les céréales, de mort les greffes, brûle les plants des jardins ; les fruits de l'arbre contre lequel elle s'est assise tombent ; son regard ternit le poli des miroirs, attaque l'acier et l'éclat de l'ivoire ; les abeilles meurent dans leurs ruches ; la rouille s'empare aussitôt de l'airain et du fer, et une odeur fétide s'en exhale ;
[3] les chiens qui goûtent de ce sang deviennent enragés, et leur morsure inocule un poison que rien ne peut guérir. Bien plus, le bitume, substance visqueuse et collante qui, à une certaine époque de l'année, surnage au-dessus des eaux d'un lac de Judée, nommé Asphaltite, ne se laisse diviser par rien, tant il adhère à tout ce qu'il touche, mais se laisse diviser par un fil infecté de ce virus. Les fourmis même, animal si petit, en ressentent, dit-on, l'influence, rejetant les grains qu'elles portent, et ne les reprenant pas. Ce flux d'une telle virulence revient chez la femme tous les trente jours, et il est plus abondant tous les trois mois.
[4] Chez quelques-unes, il vient plus souvent que tous les mois ; chez quelques autres, jamais : celle-ci sont stériles, attendu que le sang menstruel est la matière de l'être à engendrer ; la semence fournie par le mâle, agissant comme un levain, l'arrondit sur soi-même ; puis cette masse, avec le temps, se vivifie et prend un corps. Aussi, quand le flux menstruel continue pendant la grossesse les enfants viennent au monde ou faibles, ou non viables, ou pleins d'humeurs, comme dit Nigidius. (XVI.) Le même auteur pense que le lait d'une femme qui nourrit et devient grosse ne s'altère pas, pourvu qu'elle ait conçu du même homme.
XIV. [1] Au commencement de l'écoulement mensuel ou à la fin, on dit que la conception est le plus facile. Nous lisons que c'est un signe certain de fécondité chez les femmes quand une drogue dont on leur frotte les yeux passe dans la salive.
XV. [1] Les enfants ont leurs premières dents à sept mois, et la plupart du temps à la mâchoire supérieure : cela n'est pas douteux. Ces dents tombent à sept ans, et sont remplacées par d'autres. Quelques-uns naissent même avec des dents, par exemple Manius Curius (VII, 51), appelé pour cette raison Dentatus, et Co. Papirius Carbon, tous deux hommes remarquables. Mais dans les femmes cette circonstance fut d'un augure fâcheux du temps des rois [de Rome].
[2] Valérie étant née avec des dents, les aruspices déclarèrent qu'elle causerait la perte de la cité où on la conduirait : elle fut transportée à Sussa Pometia, ville alors très florissante, et l'événement justifia le présage. Quelques-unes naissent avec les parties sexuelles fermées, c'est d'un augure funeste : Cornélie, mère des Gracques, en est la preuve. Quelques-uns apportent en naissant, au lieu de dents, un os continu : le fils de Prusias, roi des Bithyniens, avait la mâchoire supérieure ainsi conformée.
[3] Les dents seules résistent au feu, et ne brûlent pas avec le reste du corps. Ces organes, que les flammes ne consument pas, se creusent par la corrosion de la pituite ; elles prennent de la blancheur par l'effet d'une certaine préparation ; elles s'usent par le frottement, et chez quelques-uns elles font défaut bien avant ce terme. Elles ne sont pas nécessaires seulement a la mastication des aliments, car les dents de devant règlent la voix et la parole : le choc de la langue y vient pour ainsi dire résonner, et par leur arrangement en arcade, ainsi que par leur hauteur, elles coupent, adoucissent ou atténuent les mots ; quand elles manquent l'articulation devient tout à fait impossible.
[4] On croit même que les dents fournissent des présages. Les hommes en ont trente-deux, excepté la nation des Turdules (III, 3 ; IV, 35). Ceux qui en ont un plus grand nombre peuvent compter, pense-t-on, sur une vie plus longue. Les femmes ont moins de dents que les hommes (XI, 63). Une dent canine surnuméraire du côté droit, et en haut, promet les faveurs de la fortune ; on en a un exemple chez Agrippine, mère de Néron : c'est le con traire quand c'est du côté gauche. On n'est pas dans l'habitude de brûler le corps d'un enfant mort avant que les dents aient percé. Mais nous parlerons davantage de cela quand nous traiterons des diverses parties du corps (XI, 16).
[5] Un seul homme a ri, dit-on, le jour même de sa naissance : ce fut Zoroastre. Le cerveau de ce même personnage offrait de tels battements, qu'il repoussait la main posée dessus, présage de sa science future.
XVI. [1] A trois ans chacun a la moitié de la taille qu'il aura, cela est certain. Au reste, le genre humain devient partout de plus en plus petit, c'est une observation à peu près constante : rarement les enfants sont plus grands que leurs pères, la fécondité de la semence se consumant par la combustion, phase vers laquelle le temps précipite maintenant le monde (II, 110). En Crète, dans un tremblement de terre, une montagne s'étant ouverte, on trouva un corps debout, haut de 46 coudées (mètres 20, 320), attribué par les uns à Orion, par les autres à Otus. Les histoires rapportent que le corps d'Oreste, déterré par l'ordre de l'oracle, avait 7 coudées (mètres 3, 092).