Les Noms divins (De divinis nominibus) (page 2)
CHAPITRE II. (suite)
III. D’après cela, et comme il a été longuement démontré dans nos Institutions théologiques par le témoignage des saintes Lettres, sont communs à la Trinité tout entière les noms qui la placent au-dessus de toute bonté, divinité, essence, vie et sagesse; et tous les noms de cette théologie qui procède par négation transcendentale ; et également ceux qui accusent la causalité, comme bonté, beauté, être, force vivifiante, sagesse ; et ceux enfin qui expriment les doux bienfaits pour lesquels Dieu est appelé principe de toute chose bonne. Au contraire sont distincts les noms et les personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit, tellement qu’on ne saurait faire en ce point des affirmations réciproques ou absolument générales. Il faut regarder aussi comme propres et incommunicables l’incarnation de Jésus, qui s’est fait homme sans cesser d’être Dieu, et les œuvres mystérieuses qu’il a véritablement opérées en son humanité sainte.
IV. Mais je crois qu’il importe de reprendre la chose de plus haut et d’exposer ce que c’est que cette unité et distinction parfaite en Dieu, afin de donner plus de clarté à nos paroles, évitant la confusion et l’obscurité, et procédant avec toute la précision, la netteté et l’ordre possibles. Or, ainsi qu’il a été dit ailleurs, nos ancêtres dans la science théologique nomment unité en Dieu les mystérieuses et absolues propriétés de cette indivisible essence qu’on ne peut ni exprimer ni connaître; et ils nomment distinctions les processions et manifestations de la fécondité divine. Puis ils ajoutent, toujours d’après les Écritures, que cette unité radicale a ses caractères particuliers, et qu’en chaque distinction il y a une unité et des distinctions relatives. Par exemple, dans l’unité absolue de sa nature transcendante, la Trinité entière possède en commun l’être à son plus haut degré, la divinité avec toute sa richesse, la bonté incommensurable, l’éternelle immutabilité d’une indépendance sans bornes, l’unité par excellence. À la Trinité entière le privilége de ne pouvoir être nommée et de mériter tous les noms, d’être incompréhensible et pourtant conçue, de créer et de détruire, de ne pouvoir être ni créée ni détruite. Aux trois adorables personnes ensemble la gloire d’habiter persévéramment l’une dans l’autre, si je puis parler ainsi, tellement que la plus stricte unité subsiste avec la distinction la plus réelle. C’est ainsi, pour me servir d’exemples sensibles et familiers, que, dans un appartement éclairé de plusieurs flambeaux, les diverses lumières s’allient et sont toutes en toutes, sans néanmoins confondre ni perdre leur existence propre et individuelle, unies avec distinction et distinctes dans l’unité. Effectivement, de l’éclat projeté par chacun de ces flambeaux, nous voyons se former un seul et total éclat, une même et indivisée splendeur, et personne, que je sache, ne pourrait, dans l’air qui reçoit tous ces feux, discerner la lumière de ce flambeau d’avec la lumière des autres, ni voir celle-ci sans celle-là, toutes se trouvant réunies, et non pas mélangées, en un commun faisceau. Que si l’on vient à enlever de l’appartement une de ces lampes, l’éclat qu’elle répandait sortira en même temps ; mais elle n’emportera rien de la lumière des autres, comme elle ne leur laissera rien de la sienne propre ; car, ainsi que je l’ai dit, l’alliance de tous ces rayons était intime et parfaite, mais n’impliquait ni altération, ni confusion. Or, si ce phénomène, s’observe dans l’air, qui est une substance grossière, et à l’occasion d’un feu tout matériel, que sera-ce donc de l’union divine, si infiniment supérieure à toute union qui s’accomplit non-seulement entre les corps, mais encore entre les âmes et les purs esprits ? surtout si l’on songe que les anges, ces saintes et sublimes lumières, s’allient et se pénètrent excellemment et sans confusion, selon le degré où il leur est donné de participer à cette union parfaite qui subsiste en Dieu.
V. Si les noms divins doivent s’appliquer avec distinction, ce n’est pas seulement lorsqu’il s’agit d’exprimer, comme j’ai fait plus haut, que les adorables personnes, dans leur parfaite union, conservent leur subsistance propre, mais aussi lorsqu’il faut marquer qu’en la génération éternelle toutes choses ne sont nullement réciproques. Ainsi, le Père seul est la source substantielle de la divinité ; et le Père n’est pas le Fils, et le Fils n’est pas le Père ; et la langue sainte attribue invariablement à chaque personne ses propriétés relatives. Voilà ce qu’il y a de commun et de distinct dans cette ineffable et indivisible nature. Mais il faut encore nommer distinction en Dieu les œuvres qu’il produit dans sa bonté féconde, l’unité restant inaltérable, mais se dissimulant sous des formes multiples. Et alors cette distinction est commune aux trois personnes ; car elle a pour fondement l’acte incompréhensible par lequel Dieu répand l’être, la vie, la sagesse et les autres merveilles de sa bienfaisance, qui se manifeste dans ses largesses et dans ceux qui en sont l’objet comme incommunicable à la fois et daignant se communiquer. C’est donc chose indivisible, et par suite propre à toute la Trinité, d’admettre les créatures à sa participation non pas substantielle, mais réelle cependant ; ainsi en est-il du point placé au centre d’un cercle, par rapport aux lignes tirées de la circonférence jusqu’à lui ; ainsi encore de nombreuses empreintes participent du sceau qui les a gravées en laissant à chacune d’elles sa forme entière, sans rien laisser de sa substance. Mais ces exemples représentent mal ce qu’il faut penser en ce point de la cause souveraine du monde ; car il n’y a ni contact, ni alliance qui établisse l’unité entre elle et ceux qui sont honorés de sa participation.
VI. On m’objectera peut-être que la marque du cachet n’est pas toujours parfaite, ni toujours la même. Mais il ne faut pas s’en prendre au moule qui se présente avec des conditions absolument identiques ; la différence des matières qu’il frappe détermine seule l’inégalité qu’on observe parmi les empreintes, quoique, dans les divers cas, la forme originale soit de tout point identique. Par exemple, si la matière est douce et facilement imprimable, polie et neuve encore ; si elle n’offre pas de résistance par sa solidité, et si elle n’a pas trop de mollesse et trop peu de consistance, elle recevra l’image pure, parfaite et durable. Mais s’il lui manque quel qu’une des propriétés qu’on vient de dire, alors elle ne reproduira pas le sceau, ou ne le reproduira qu’infidèlement, et avec les inexactitudes qui doivent dériver de son imperfection même.
Mais il faut admettre encore la distinction, lorsqu’il s’agit du salut qui nous fut accordé par la divine miséricorde : car c’est le Verbe sur-essentiel, qui seul a pris véritablement notre nature en tout ce qui la constitue ; qui seul a opéré et souffert les choses que Dieu opéra et souffrit par cette sainte humanité. Ni le Père, ni le Saint-Esprit n’eurent part en cet abaissement, à moins qu’on veuille dire que pourtant ils n’y furent pas étrangers, à raison du pardon plein d’amour qui nous fut octroyé, à raison encore de la valeur surhumaine et ineffable des actes que produisit par son humanité celui qui est immuable en tant que Dieu et Verbe de Dieu.
C’est ainsi que nous essayons d’unir et de distinguer dans nos discours ce qui est un et distinct dans la divinité.
VII. Les hautes et pieuses raisons de ces unions et distinctions divines, nous les avons puisées dans les saints oracles, et déduites, avec autant de détail qu’il se pouvait, en nos Institutions théologiques. Nous avons éclairci les unes par des développements pleins de vérité, appliquant un esprit calme et pur aux lumineux enseignements des Lettres sacrées ; pour les autres qui sont mystiques, nous les avons étudiées, comme veut la tradition, par une faculté supérieure à toute opération intellectuelle. Car nous ne connaissons les choses divines et ce que le ciel nous manifeste qu’autant que nous y participons ; mais de dire ce qu’elles sont dans leur principe et dans leurs formes, c’est ce qui dépasse tout entendement, toute nature, toute science. Ainsi, lorsque nous nommons ce mystérieux océan de l’être, Dieu, vie, substance, lumière, ou Verbe, nous ne concevons autre chose que les grâces qui nous en viennent et par lesquelles la déification, l’existence, la vie ou la sagesse nous sont départies ; mais pour lui, nous ne l’atteignons que par le repos complet des facultés de l’entendement, n’apercevant plus ni déification, ni vie, ni substance qui soutienne comparaison exacte avec cette cause première, suréminemment élevée par-dessus tout. Ainsi encore, nous avons appris des saintes Écritures que le Père est la source de la divinité ; que le Fils et l’Esprit sont, pour parler de la sorte, les fruits merveilleux de sa fécondité, et comme les fleurs et l’éclat de cette riche nature : mais comment cela se fait-il, c’est ce qu’on ne peut ni dire, ni concevoir.
VIII. La force de notre pensée se borne à entendre que toute paternité et filiation sainte, parmi nous et dans les rangs des anges, dérivent de cette paternité et filiation primitives et sublimes ; et que c’est de la sorte que les esprits revêtus de pureté deviennent par la grâce et [sont appelés dieux, fils et pères de dieux. Et cette mystérieuse fécondité s’exerce spirituellement, c’est-à-dire sans l’intermédiaire des sens, ni de la matière, mais par l’intelligence. Au reste, l’Esprit saint s’élève par-dessus toute immatérialité et déification possibles, comme le Père et le Fils l’emportent excellemment sur toute paternité et filiation créées. Car il n’y a pas de comparaison parfaite entre les effets et leurs causes ; à la vérité, les effets ont une lointaine ressemblance avec leur cause ; mais la cause conserve sur les effets une supériorité inexpugnable, précisément parce qu’elle est leur principe. Ainsi, pour me servir d’exemples connus, on dit que le plaisir et le chagrin donnent gaîté et tristesse, mais non pas qu’ils se réjouissent et s’attristent ; le feu échauffe et brûle ; mais il n’est lui-même ni échauffé, ni brûlé. Et il ne me semble pas qu’on dise heureusement que la vie elle-même vit, et que la lumière est éclairée, à moins peut-être qu’on veuille marquer par là que la cause possède essentiellement et par excellence tout ce qui est dans son effet.
IX. Ce qu’il y a de plus sensible dans la sainte doctrine, le fait de l’incarnation du Sauveur, ne saurait être exprimé par aucune parole, ni connu par aucun entendement, non pas même par le premier et le plus sublime des archanges. Que Dieu se soit réellement fait homme, c’est une vérité que nous avons religieusement acceptée. Mais comment fut-il formé du pur sang d’une vierge, contrairement aux lois de la nature ? comment foula-t-il les flots d’un pied sec, et sans que leur mobilité et leur inconsistance cédassent sous le poids de son corps ? comment enfin s’accomplirent les autres miracles du Seigneur ? c’est ce qu’il nous est impossible de comprendre.
Mais nous avons ailleurs suffisamment traité ce point, et notre illustre maître, dans ses Éléments de théologie, en a dit d’admirables choses, soit qu’il les eût reçues des pieux théologiens ; soit qu’il les eût découvertes dans les Écritures par une savante investigation, et après de laborieuses études ; soit enfin qu’il en fût instruit par quelque inspiration spéciale, ayant non-seulement appris, mais encore expérimenté les choses divines, et façonné par cet enseignement du cœur, si je puis parler ainsi, à cette union mystique et à cette foi qu’on ne puisera jamais dans les leçons d’un homme. Pour exposer dans un court fragment quelques-unes des suaves contemplations de cette puissante intelligence, citons ce qu’il a écrit, dans l’ouvrage indiqué plus haut, touchant Jésus-Christ.
Extrait des Éléments de théologie du bienheureux Hiérothée.
X. « La divinité du Seigneur Jésus est la cause et le complément de tout ; elle maintient les choses dans un harmonieux ensemble, sans être ni tout, ni partie ; et pourtant elle est tout et partie, parce qu’elle comprend en elle et qu’elle possède par excellence et de toute éternité le tout et les parties. Comme principe de perfection, elle est parfaite dans les choses qui ne le sont pas ; et en ce sens qu’elle brille d’une perfection supérieure et antécédente, elle n’est pas parfaite dans les choses qui le sont. Forme suprême et originale, elle donne une forme à ce qui n’en a pas ; et dans ce qui a une forme, elle en semble dépourvue, précisément à cause de l’excellence de la sienne propre. Substance auguste, elle pénètre toutes les substances, sans souiller sa pureté, sans descendre de sa sublime élévation. Elle détermine et classe entre eux les principes des choses, et reste éminemment au-dessus de tout principe et de toute classification. Elle fixe l’essence des êtres. Elle est la durée, elle est plus forte que les siècles et avant tous les siècles. Sa plénitude apparaît en ce qui manque aux créatures ; sa surabondance éclate en ce que les créatures possèdent. Indicible, ineffable, supérieure à tout entendement, à toute vie, à toute substance, elle a surnaturellement ce qui est surnaturel, et suréminemment ce qui est suréminent. De là vient (et puissent nous concilier miséricorde les louanges que nous donnons à ces prodiges qui surpassent toute intelligence et toute parole), de là vient qu’en s’abaissant jusqu’à notre nature, et prenant en réalité notre substance, et se laissant appeler homme, le Verbe divin fut au-dessus de notre nature et de notre substance, non-seulement parce qu’il s’est uni à l’humanité sans altération ni confusion de sa divinité, et que sa plénitude infinie n’a pas souffert de cet ineffable anéantissement; mais encore, ce qui est bien plus admirable, parce qu’il se montra supérieur à notre nature et à notre substance dans les choses même qui sont propres à notre nature et à notre substance, et qu’il posséda d’une façon transcendante ce qui est à nous, ce qui est de nous. »
XI. Mais c’est assez sur ce point. Revenons à notre but et essayons de développer les noms divins qui expriment une distinction absolument commune aux trois personnes de la Trinité. Et afin qu’on s’entende parfaitement sur ce que nous allons dire, nous nommons distinction, ainsi qu’on a vu plus haut, toutes les productions de la bonté divine. Car, en appelant les êtres à sa participation et en laissant déborder sur eux le torrent de ses bienfaits, la divinité devient chose séparable, multiple, nombreuse en ses œuvres, sans qu’elle-même se divise, perde sa simplicité, sorte de son unité. Ainsi, parce que, du sein de son unité adorable, Dieu distribue les existences et crée tous les êtres, on dit que cette sublime unité se multiplie en ces êtres divers qu’elle produit ; et néanmoins, à travers la multiplicité, la production, la distinction de toutes choses, il reste identique, inaltérable, indivisible, parce qu’il est éminemment supérieur à tout; qu’il exerce sa fécondité sans fractionner sa substance, et qu’il répand ses dons sans que son trésor s’appauvrisse. De même quand il communique l’unité à chaque partie et totalité, à chaque individualité et multitude, il garde essentiellement son unité immuable, non point comme partie d’un tout ni comme un tout composé de parties. Ce n’est pas ainsi, certes, qu’il est un, qu’il participe à l’unité, qu’il possède l’unité; mais il est l’unité transcendante, l’unité radicale des êtres; il est totalité indivisible, plénitude incommensurable ; il crée, perfectionne et embrasse toute unité et multitude. Enfin, lorsque, par la grâce divine, les créatures, selon leur capacité respective, se transforment en dieux, il semble, et l’on dit effectivement, qu’il y a pluralité de dieux divers ; et toutefois le Dieu-principe et supérieur reste essentiellement seul, uni à lui-même, indivisé dans les choses divisibles, pur de tout mélange et constamment simple dans les choses multiples. C’est ce qu’entendait surnaturellement celui qui nous guida, mon maître et moi, vers la lumière céleste, personnage profond dans les choses saintes et glorieuse lumière du monde, lorsque sa main inspirée écrivait ceci : « Quoiqu’il y en ait qui soient nommés dieux tant au ciel que sur la terre, et qu’il y ait ainsi plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, pour nous, nous n’avons qu’un seul Dieu Père qui a créé toutes choses et qui nous a faits pour lui, et un seul Seigneur Jésus-Christ par qui tout a été fait, et par qui nous sommes[22]. » Car, en Dieu, l’unité précède et domine la distinction ; mais la distinction n’entame pas, ne déchire pas l’unité.
Or, nous voulons de tout notre cœur célébrer ces distinctions, ou, si l’on veut, ces œuvres de bonté absolument communes à la divinité tout entière, expliquant les noms divins par lesquels l’Écriture nous les représente. Mais il demeure constant que toutes les saintes appellations qui expriment la bienfaisance doivent s’entendre indistinctement de la Trinité tout entière, quelque personne divine qu’on veuille désigner d’ailleurs.
CHAPITRE III.
DE LA FORCE DE LA PRIÈRE ; DU BIENHEUREUX HIÉROTHÉE ; DE LA PIÉTÉ ET DE LA MANIÈRE DE PARLER DE DIEU.
Argument. — I. C’est seulement par la prière qu’on peut aller à Dieu, non pas qu’on veuille dire qu’il soit éloigné de nous, mais bien plutôt que nous nous rapprochons de lui ; car dans la prière Dieu descend moins vers nous qu’il ne nous élève vers lui. II. Il y a quelque utilité à traiter les questions qu’on va lire, même après ce qu’en ont dit d’autres écrivains. III. Modestes sentiments de l’auteur par rapport à son œuvre.
I. Commençons, si vous le jugez convenable, par étudier le nom de bonté, qui exprime plus parfaitement la totalité des œuvres divines. Et d’abord invoquons la Trinité, bonté suprême, cause de tout bien, qui nous dévoilera elle-même les secrets de sa douce providence. Car il faut, avant tout, que la prière nous conduise vers le bienfaisant Créateur, et que, approchant de lui sans cesse, nous soyons initiés de la sorte à la connaissance des trésors de grâces dont il est comme environné. À la vérité, il est présent à toutes choses ; mais toutes choses ne se tiennent pas présentes à lui. Quand nous l’appelons à notre aide par une prière chaste, l’esprit dégagé d’illusions et le cœur préparé à l’union divine, alors nous lui devenons présents ; car on ne saurait dire qu’il soit jamais absent, puisqu’il n’habite pas un lieu et qu’il ne passe point d’une place à l’autre. Et même affirmer qu’il est dans tous les êtres, c’est exprimer bien mal son infinité qui comprend et surpasse toutes choses. L’homme s’élève donc par la prière à la contemplation sublime des splendeurs de la divine bonté : tels, si une chaîne lumineuse attachée à la voûte des cieux descendait jusque sur la terre, et si, la saisissant, nous portions sans cesse et l’une après l’autre les mains en avant, nous croirions la tirer à nous, tandis qu’en réalité elle reste immobile à ses deux extrémités, et que c’est nous qui avançons vers le splendide éclat de son radieux sommet. Tels encore, si, montés dans un navire, nous tenions pour nous aider un câble fixé à quelque rocher, nous ne ferions pas mouvoir le rocher, mais bien plutôt nous irions à lui, et le navire avec nous. Tel enfin, si, du bord d’un bateau, quelqu’un venait à pousser les montagnes du rivage, il n’ébranlerait certes pas ces masses immenses, immobiles, mais lui-même s’éloignerait d’elles ; et plus son effort serait violent, et plus il se rejetterait loin. C’est pourquoi dans tous nos actes, et surtout quand il s’agit de traiter des choses divines, il faut débuter par la prière, non pas afin d’attirer cette force qui n’est nulle part et qui est partout, mais afin de nous remettre entre ses mains et de nous unir à elle par un souvenir et des invocations pieuses.
II. Mais il convient de repousser un reproche qu’on pourrait me faire. Puisque mon illustre maître Hiérothée a fait son admirable recueil des Éléments de théologie, devais-je, comme si ce traité fût incomplet, écrire le présent ouvrage et d’autres encore ? Certainement, s’il eût voulu continuer l’exposition par ordre de toutes les matières théologiques, et développer en des traités particuliers la somme entière de la théologie, nous ne fussions jamais tombé en cet excès de folie et de témérité, d’imaginer que nous parlerions des mêmes choses avec plus de profondeur que lui et d’une façon plus divine ; nous n’eussions pas entrepris un travail superflu pour répéter ses propres discours ; surtout nous n’eussions jamais commis cette lâcheté envers notre maître et ami, auquel, après saint Paul, nous devons notre initiation à la science divine, de lui dérober la gloire de ses pensées et de ses sublimes enseignements. Mais comme il exposait sa doctrine d’une façon vraiment relevée et émettait des sentences générales et qui, sous un seul mot, cachaient beaucoup de choses, nous tous qui sommes les maîtres des âmes encore novices dans la perfection, nous reçûmes l’ordre d’éclaircir et de développer, dans un langage mieux proportionné à nos forces, les idées si profondes et si concises de cette puissante intelligence. Vous-même m’avez adressé souvent une semblable exhortation et renvoyé son livre comme dépassant la portée ordinaire. Et effectivement je le regarde comme le guide des esprits avancés dans la perfection, comme une sorte de seconde Écriture qui vient à la suite des oracles inspirés des apôtres, et crois qu’il le faut réserver aux hommes supérieurs. Pour moi, je transmettrai, selon mon pouvoir, les secrets divins à qui me ressemble. Car, si la nourriture solide n’est que pour les parfaits, quelle doit être la perfection de celui qui la communique aux autres ! J’ai donc eu raison de dire que cette vue intuitive et cet enseignement relevé du sens spirituel des saintes Lettres requièrent toute la force d’une mûre intelligence ; mais que la connaissance et le développement des considérations élémentaires conviennent à des maîtres et à des élèves moins capables.
Je me suis encore scrupuleusement abstenu de toucher aucunement à ce que notre glorieux maître a expliqué avec une évidence sensible, pour ne pas répéter en cette rencontre les éclaircissements qu’il a fournis le premier. Toute parole vient mal après la sienne ; car il brillait même entre nos pontifes inspirés, comme vous avez vu quand vous et moi et beaucoup d’entre les frères nous vînmes contempler le corps sacré qui avait produit la vie et porté Dieu. Là se trouvaient Jacques, frère du Seigneur, et Pierre, coryphée et chef suprême des théologiens. Alors il sembla bon que tous les pontifes, chacun à sa manière, célébrassent la toute-puissante bonté de Dieu, qui s’était revêtu de notre infirmité. Or, après les apôtres, Hiérothée surpassa les autres pieux docteurs, tout ravi et transporté hors de lui-même, profondément ému des merveilles qu’il publiait, et estimé par tous ceux qui l’entendaient et le voyaient, qu’ils le connussent ou non, comme un homme inspiré du ciel et comme le digne panégyriste de la divinité. Mais à quoi bon vous redire ce qui fut prononcé en cette glorieuse assemblée ? Car, si ma mémoire ne m’abuse pas, il me semble avoir souvent entendu de votre bouche des fragments de ces divines louanges : tant vous déployez toujours une pieuse ardeur en ce qui concerne les choses saintes.
III. Mais laissons ces mystiques entretiens, qu’on ne doit pas divulguer aux profanes, et que d’ailleurs vous connaissez parfaitement. Rappelons seulement ceci : lorsqu’il fallait conférer avec le peuple et amener les masses à la sainteté de nos croyances, comme Hiérothée remportait sur la plupart de nos maîtres par sa ténacité en ce pieux travail, par la rectitude de son esprit, par la puissance de ses démonstrations et la vertu de ses discours : tellement que nous étions vaincus par l’éclat de ce radieux soleil ! Car nous avons la conscience de nous-même, et certainement nous sommes incapable de bien comprendre ce qu’on peut savoir de Dieu, incapable d’expliquer parfaitement ce qu’on en peut dire. C’est pourquoi tant inférieur à ces hommes parfaits qui possèdent pleinement la vérité théologique, une sorte de religieuse frayeur nous eût empêché de rien entendre et de rien dire touchant la divine philosophie, si nous n’étions convaincu qu’on ne doit pas négliger la science sacrée, à quelque degré qu’on la reçoive. Et ce qui détermine en nous cette persuasion, c’est, d’un côté, le désir inné des esprits qui aspirent avec un insatiable amour à la contemplation des choses surnaturelles ; c’est, d’autre part, la sage disposition des lois divines par où il est à la fois défendu de sonder curieusement les secrets qui nous dépassent, et que nous sommes indignes et incapables de connaître, et ordonné d’apprendre avec zèle et de transmettre avec bonté tout ce qu’il nous est utile et permis de savoir. Pour ces motifs, ni le travail, ni la lâcheté ne nous détourneront de rechercher les choses divines en la mesure de nos forces ; nous ne voudrions pas abandonner sans secours ceux qui ne peuvent encore s’élever à une plus grande hauteur que nous. Ainsi avons-nous été entraîné à écrire ; et nous ne venons pas proposer témérairement des solutions nouvelles, mais seulement diviser et développer par des commentaires moins concis ce que le divin Hiérothée a dit d’une manière plus angélique.
CHAPITRE IV.
DU BON ; DE LA LUMIÈRE ; DU BEAU ; DE L’AMOUR ; DE L’EXTASE ; DU ZÈLE ; ET QUE LE MAL N’EST PAS UN ÊTRE, NE PROCÈDE PAS DE L’ÊTRE, NE SUBSISTE PAS DANS L’ÊTRE.
Argument. — I. La bonté est le premier des attributs divins et le principe de toutes choses. II. De la bonté, en effet, proviennent les rangs et les facultés des anges, les âmes et leurs propriétés, les êtres animés et inanimés. III. La bonté est supérieure à tout, comme il paraît en ce qu’elle appelle à l’existence les choses même qui ne sont pas. IV. Elle a créé les cieux et ordonné leur mouvement ; et le soleil, qui attire tout à lui, est sa splendide image. V. Dieu est nommé lumière ; VI, et il est vraiment la lumière intellectuelle et le soleil des esprits. VII. Dieu, également, est beau et la beauté même, parce qu’il possède suréminemment, et par anticipation, la béauté, et que toutes choses belles sont un reflet de sa glorieuse perfection. VIII. Les anges sont doués d’un triple mouvement, IX, qui apparaît aussi dans les âmes. X. Toutes choses sont conservées par le beau et par le bon, où elles aspirent indéfiniment. XI. L’Écriture emploie encore le nom d’amour pour désigner Dieu ; XII, même ce mot, parfois, semble préféré par elle à celui de dilection, que peut-être le vulgaire trouve plus pur. XIII. L’amour est plein d’enthousiasme et de jalousie. XIV. Dieu est à la fois l’amour, le bien-aimé, l’essence et l’objet de la dilection. XV. L’amour est un secret d’union, XVI, et d’ordre parfait ; XVII, et il trouve en Dieu son principe, son moyen et sa fin. XVIII. Comment les démons ne recherchent pas le bon et le beau ; qu’est-ce que le mal ? et d’où vient-il ? XIX. Le mal, d’abord, ne vient pas de Dieu, et tout ce qui existe est bon en tant qu’il existe. XX. Le mal, comme tel, n’est bon à rien ; il porte seulement une apparence de bien qui peut séduire, mais il n’existe pas pur et par lui-même ; il est un accident du bien. XXI. Le mal ne vient pas de Dieu, et il n’est pas en Dieu ; il n’est pas dans les choses elles-mêmes. XXII. Ainsi il n’est pas dans les anges ; XXIII, par conséquent les démons ne sont pas mauvais par nature, mais par une déchéance qui toutefois ne les a pas privés de leurs facultés essentielles. XXIV. Il y a également un certain sens dans lequel on peut dire que le mal atteint nos âmes, mais c’est toujours comme privation et non comme substance ; XXV, il n’existe pas non plus dans les animaux, XXVI, ni dans la totalité de la nature, XXVII, ni dans les corps, XXVIII, ni dans la matière brute. XXIX. Bien plus, la privation n’est pas mauvaise en elle-même. XXX. Le bien est donc la perfection, le mal un défaut. XXXI. Le bien n’a qu’une cause, le mal en a plusieurs. XXXII. Le mal n’est qu’un accident qui survient aux substances. XXXIII. Le mal peut subsister sous l’empire de la Providence, qui l’empêche d’altérer substantiellement les natures qu’il envahit. XXXIV. Il suit donc que le mal n’est ni réalité, ni puissance quelconque. XXXV. Qu’y a-t-il de punissable dans le péché ?
I. Ces explications données, il est temps de passer à cet attribut de la bonté, que les théologiens reconnaissent excellemment et par-dessus tout en la divinité adorable, quand ils affirment, je crois, que la bonté est l’essence même de Dieu, et que par cela même qu’il est bon substantiellement et par nature, il répand la bonté sur tous les êtres. Car, comme le soleil matériel, sans qu’il le comprenne ou qu’il le veuille, mais par le seul fait de son existence, éclaire toutes les choses que leur organisation rend susceptibles de sa lumière ; de même le bon, qui dépasse aussi éminemment le soleil, qu’un original, par cela seul qu’il est, dépasse la pâle copie qu’on en tire, le bon répand sur tous, les êtres, autant qu’ils en sont capables, la douce influence de ses rayons. C’est par là que sont produites les natures, puissances et perfections intelligibles et intelligentes ; c’est par là qu’elles subsistent et possèdent une vie éternelle, inaltérable ; qu’elles sont affranchies de la corruption, de la mort, de la matière et de la génération ; qu’elles échappent à l’instabilité, à la décadence, aux perpétuels changements. Par là, elles sont intelligibles, à cause de leur parfaite immatérialité ; et purs esprits, elles sont surhumainement intelligentes, éclairées touchant les raisons propres des choses, et transmettant la lumière reçue aux autres substances angéliques. Là encore, elles trouvent leur permanence et fixité, leur maintien, la protection et un asile assuré ; elles s’affermissent dans l’existence et dans la félicité par le désir quelles ont de cette bonté suprême ; et, s’appliquant à l’imiter autant que possible, elles contractent sa ressemblance, et, d’après le divin précepte, communiquent aux rangs inférieurs les heureux bienfaits dont elles furent comblées les premières.
II. C’est de là que ces esprits tiennent leur céleste ordonnancé, leur fraternelle union, la faculté de se pénétrer l’un l’autre sans se confondre jamais, la force qui attire les inférieurs à la suite des supérieurs et la providence amie que ceux-ci exercent envers ceux-là, le soin avec lequel chacun se maintient en son degré propre, l’activité avec laquelle, sans sortir d’eux-mêmes, ils explorent ce qui les entoure, leur immuable et souverain amour pour la bonté infinie, et toutes ces perfections dont il a été parlé en notre livre des Ordres angéliques et de leurs propriétés. Également tout ce qui constitue la hiérarchie céleste, la purification, l’illumination et la perfection telles qu’elles s’accomplissent dans la sublime nature des anges, tout cela leur fut départi par la bonté féconde qui a produit l’univers. C’est cette bonté première qui leur a donné d’être bons : bonté mystérieuse dont ils sont l’expression vivante, et qui les a créés anges, c’est-à-dire messagers du silence divin, et lumineux flambeaux placés au vestibule du temple où se cache la divinité.
Après ces saintes et vénérables intelligences, les âmes et toutes les richesses des âmes découlent de l’incomparable bonté. C’est par elle, en effet, que les âmes sont douées d’entendement, qu’elles ont une vie subsistante et incorruptible, qu’elles sont appelées à ressembler aux anges, et peuvent être conduites, par le généreux ministère de ces guides sacrés, vers la source infinie de tous les biens, et participer, selon la mesure de leurs forces respectives, aux illuminations qui tombent du sein de Dieu et au bonheur de se conformer à la bonté originale : c’est de là, en un mot, qu’elles tirent tous les biens que nous avons énumérés dans le traité de l’Âme.
Ensuite, s’il faut parler des âmes irraisonnables, des animaux, ceux qui fendent l’air, qui marchent ou rampent sur la terre, qui nagent dans les eaux ou sont amphibies, qui vivent cachés et enfouis sous la terre, tout ce qui a sensibilité et vie, tout fut animé et vivifié par cette bonté souveraine. C’est encore elle qui donne aux plantes cette vie où elles s’alimentent et végètent ; c’est elle enfin qui donne à tout ce qui n’a ni âme ni vie, d’exister et d’être substance.
III. Or, si la bonté suprême l’emporte sur toutes choses, comme on n’en peut douter, alors, quoique sans formes, elle donne la forme à ce qui ne l’a pas. Alors la négation employée en parlant d’elle sera une affirmation sublime ; la privation d’être, de vie, d’entendement deviendra chez elle une suréminence d’être, une surabondance de vie et d’entendement. Même, si l’on pouvait parler ainsi, le non-être est travaillé du désir de cette bonté, et aspire à atteindre cet Être, océan sans fond ni rivages.
IV. Mais pour ne pas omettre ce qui m’a échappé plus haut, c’est la même bonté qui a créé les cieux, le point où ils commencent et celui où ils finissent, et leur substance qui n’augmente, ne diminue et ne s’altère jamais, et, si je puis dire ainsi, le silencieux mouvement des sphères immenses qui roulent dans l’espace. Elle a déterminé la superbe ordonnance, la beauté, la lumière et le séjour fixe des astres et la course des étoiles errantes. Elle a produit ces deux grands luminaires, comme parle l’Écriture[23], qui reviennent pour disparaître périodiquement aux mêmes points de l’horizon ; par où se limitent les jours et les nuits, les mois et les années, qui, à leur tour, marquent la distinction, le nombre, l’ordre et l’étendue des révolutions du temps et des choses du temps.
Mais que ne dirait-on pas du soleil, si l’on voulait considérer à part cet astre radieux ? Car la lumière vient du bon, et elle est une figure de la bonté ; et le bon pourrait se nommer lumière, l’archétype pouvant être désigné par son image. Car, comme la bonté de Dieu infini pénètre tous les êtres, depuis les plus élevés et les premiers jusqu’aux derniers et aux plus humbles, et les surpasse tous, sans que les plus sublimes puissent atteindre son excellence, ni les plus vils échapper à ses étreintes ; comme elle répand sa lumière sur tout ce qui en est susceptible, et crée, vivifie, maintient et perfectionne ; comme elle est la mesure, la durée, le nombre, l’harmonie, le lien, le principe et la fin de toutes choses : tel, image visible et lointain écho de la divine bonté, le soleil, fanal immense, inextinguible, resplendit en tous les corps que peut envahir la lumière, fait briller son éclat et enveloppe le monde visible, la terre et les cieux de la gloire de ses purs rayons. Et si quelques objets n’en sont nullement pénétrés, ce n’est pas qu’il ne puisse les atteindre ou qu’il les frappe trop faiblement, c’est que les objets eux-mêmes ne présentent que des éléments grossiers peu propres à recevoir la lumière : aussi elle semble passer outre, et étale sa richesse dans les corps mieux disposés ; mais rien de ce qui se voit n’échappe à l’action universelle de ce vaste foyer. Même le soleil concourt à la production des êtres organisés : il les amène à la vie, les alimente, leur donne accroissement et perfection, les purifie et les renouvelle. La lumière nous mesure et nous compte les saisons, les jours et le reste du temps ; et c’est cette lumière même, quoique alors elle n’eût pas sa forme définitive, qui distingua les trois premiers jours de notre univers, d’après le récit de Moïse. Ensuite, de même que la bonté attire à elle et, en tant que source divine et cause féconde d’unité, appelle en son sein la foule des êtres qui sont dispersés pour ainsi dire, et que toutes choses aspirent à elle comme à leur principe, à leur sauvegarde et à leur fin ; de même que, selon l’expression des Écritures, tout ce qui subsiste vient de la bonté, et a été créé par sa puissance parfaite, et se conserve maintenu et protégé en elle comme en un fond incorruptible ; de même que tout se ramène vers elle, comme à son terme propre, et la désire : les purs esprits et les âmes avec intelligence ; les animaux, par la sensibilité ; les plantes, par ce mouvement végétatif qui est comme un désir de vivre ; les choses sans vie et douées de la simple existence, par leur aptitude même à entrer en participation de l’être ; ainsi, et au degré où elle représente la bonté, la lumière, centre puissant, attire à elle tout ce qui est, ce qui voit, ce qui se meut, ce qui est capable d’éclat et de chaleur, en général tout ce qu’elle enveloppe de ses rayons : voilà pourquoi les Grecs nomment le soleil ἥλιος, du mot ἀολλὴς, parce qu’il rassemble et maintient dans l’unité les êtres disséminés dans l’univers.
Et toutes choses sensibles aspirent vers lui, soit pour jouir de la vision, soit pour recevoir, de lui Je mouvement, la lumière et la chaleur, pour être conservées par son vivifiant éclat. Ce que je dis toutefois non pas selon l’opinion des anciens, qui regardaient le soleil comme le dieu, le créateur et la souveraine providence du monde physique, mais parce que depuis la production du monde, les créatures ont rendu visible et intelligible ce qu’il y a d’invisible en Dieu, même son éternelle puissance et sa divinité[24].
V. Mais ceci a été traité dans la Théologie symbolique. Il faut interpréter maintenant le nom de lumière appliqué au souverain bien. Or, la bonté est appelée lumière spirituelle, parce qu’elle remplit de sa splendeur intelligible tout esprit céleste ; parce qu’elle chasse l’ignorance et l’erreur des âmes où elles se réfugient, leur dispense à toutes la lumière sacrée, purifie leur entendement des ténèbres dont l’ignorance l’offusquait, et réveille et dessille leur œil intérieur appesanti et fermé par l’obscurité. Elle leur envoie d’abord un éclat modéré ; puis, quand elles l’ont savouré, pour ainsi dire, et qu’elles en sont éprises, elle le répand avec plus d’abondance, et enfin le verse à flots pressés, quand elles ont aimé beaucoup[25]. Ainsi elle les attire sans cesse de plus en plus, en raison toutefois de leur zèle à aspirer vers la lumière.