Contre Celse (Contra Celsum) (page 15)
Dieu n'y participe point: car c'est à lui que les autres êtres participent plutôt qu'une participe à quoi que ce soit. En effet ceux qui reçoivent l'esprit de Dieu sont faits participants de Dieu. Et notre Sauveur ne participe point à la justice ; mais étant la justice même, les justes sont faits participants de lui. Cette question de la substance est d'une discussion longue et difficile, surtout quand on veut examiner si la substance permanente et immatérielle est la substance proprement dite, pour savoir si Dieu est hors des bornes de la substance, et s'il n'est substance qu'en puissance et en office, la communiquant aux autres êtres par son Verbe et à son Verbe même: ou si Dieu lui-même est substance, quoique de sa nature il soit invisible; selon ce qui est dit de notre Sauveur, qu'il est l'image du Dieu invisible (Col., I, 15). Invisible, au reste, est ici la même chose qu'immatériel. Il y aurait encore à examiner si le Fils unique de Dieu, le premier-né de toutes les créatures doit être nommé l'essence des essences, l'idée des idées, et le principe de toutes choses, pendant que Dieu son Père sera considéré comme un être beaucoup au delà de tout ce que ces termes signifient.
LXV. Par ce que Celse ajoute, en parlant de Dieu, que tout est de lui, il détruit je ne sais comment, toutes ses propres maximes. Pour ce qui est de notre S. Paul, il dit, que tout est de Dieu, que tout est par Dieu, et que tout est pour Dieu (Rom.., XI. 36): De Dieu, c'est-à-dire que toutes choses lui doivent leur origine et les principes de leur être : Par Dieu, c'est-à-dire qu'il est la cause de leur subsistance et de leur conservation : Pour Dieu, c'est-à-dire qu'il est la fin à laquelle elles se rapportent. Mais c'est une vérité constante que Dieu n'est d'aucune chose. Sur ce qui suit , que le Verbe même n'y peut atteindre ; il faut user de distinction ; car s'il entend le Verbe qui est en nous, soit l'interne, qu'on nomme la raison, soit l'externe, qu'on nomme la parole, nous dirons avec lui que le Verbe même ne peut atteindre jusqu'à Dieu : mais si on l'entendait par rapport à ce passage : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu , et le Verbe était Dieu (Jean, I,1), nous soutiendrons à l'égard de ce Verbe-là, qu'il peut atteindre jusqu'à Dieu , puisque non seulement il le conçoit, mais qu'il le fait même concevoir à ceux a qui il fait connaître le Père (Matth., XI, 27); et ainsi nous regarderions comme faux ce que dit Celse, que le Verbe même ne peut atteindre jusqu'à Dieu.
Ce qu'il dit encore, qu'on ne peut l'exprimer par des noms, n'a pas moins besoin de distinction; car s'il veut dire que ni dans nos paroles , ni dans les idées qu'elles renferment , il n'y a rien qui puisse exprimer les propriétés de Dieu, ce qu'il dit est très vrai, puisque dans les autres choses mêmes il y a diverses qualités que nous ne saurions exprimer par des noms. Qui peut, par exemple, trouver des termes capables d'exprimer la différence qui se rencontre entre la douceur du fruit de palme, et celle de la figue? Et qui peut marquer distinctement par des paroles, les différentes qualités qui sont propres à tous les autres sujets en particulier? Il n'est donc pas surprenant qu'il n'y ait point de noms pour exprimer ce qu'est Dieu. Mais si par le mot exprimer, l'on entendait employer certains termes en parlant de Dieu, pour aider ceux devant qui l'on s'en sert, à concevoir quelques-unes de ses vertus, autant qu'il est permis à des hommes , il n'y aurait rien d'absurde à dire que Dieu peut de la sorte être exprimé par des noms. La même distinction peut s'appliquer à ce qu'il ajoute, que Dieu ne souffre aucun de ces accidents que nos paroles signifient : car il est certain qu'à la rigueur Dieu est incapable de rien souffrir.
Voilà qui suffit à cet égard.
LXVI. Voyons la suite, où par une espèce de prosopopée il introduit quelqu'un qui, sur ce qui vient d'être dit, s'écrie : Comment donc pourrai-je connaître Dieu ? Qui m'enseignera le chemin pour aller à lui? Comment, dis-je, me montrerez-vous Dieu? Vous me couvres les yeux de ténèbres si épaisses, que je ne vois plus rien de distinct Puis, comme pour répondre à cette difficulté et pour rendre raison des ténèbres dont celui qui la fait se plaint d'avoir les yeux couverts : Ceux , dit-il, qu'on fait passer des ténèbres à la lumière du grand jour, comme ils ne peuvent en soutenir tout l'éclat qui leur fait mal aux yeux et qui leur blesse la vue. Ils s'imaginent être aveugles. Nous disons, pour nous, que tous ceux-là sont logés et enfonces dans les ténèbres, qui, arrêtent leurs yeux sur les malheureux ouvrages des peintres, des sculpteurs et des graveurs ; sans vouloir v détacher des choses visibles et de tout ce qui frappe nos sens pour élever leur esprit jusqu'au Créateur de l'univers qui est la lumière. Nous disons que tous ceux-là sont dans la lumière qui éclairés des rayons du Verbe , et apprenant de lui avec combien d'ignorance, d'impiété et d'aveuglement sur le fait de la Divinité, l'on met ces choses en la place de Dieu pour les adorer, suivent la voie par où il conduit les âmes qui désirent faire leur salut, à cet Être incréé qui est le Dieu souverain. Car le peuple qui habitait dans les ténèbres, savoir les Gentils, a vu une grande lumière : et la lumière, c'est-à-dire Jésus qui est Dieu, est venu éclairer ceux qui demeuraient dans la région des ombres de la mort (Matth., IV, 16). Il n'y aura donc aucun chrétien qui fasse cette demande à Celse ou à quelque autre des calomniateurs de la parole divine : Comment pourrai-je connaître Dieu? car, parmi les chrétiens chacun connaît Dieu, autant qu'il le peut connaître. Il n'y en aura aucun qui lui dise : Qui m'enseignera le chemin pour aller à lui ?
puisqu'il n'y en a point qui n'ait entendu celui qui dit : Je suis la voie , la vérité et la vie , et qui marchant dans cette voie n'ait goûté les douceurs qui s'y trouvent (Jean, XIV, 6). Nul chrétien ne dira non plus à Celse : Comment me montrerez-vous Dieu ?
LXVII. Ce que Celse dit ici de véritable, c'est qu'après avoir entendu ce qu'il avance, quelqu'un voyant combien ses discours sont ténébreux lui pourrait faire cette réponse : Vous me couvrez les yeux d'épaisses ténèbres. En effet Celse et ses pareils nous veulent répandre des ténèbres devant les yeux ; mais pour nous , nous dissipons les ténèbres des dogmes impies par les lumières de la parole de Dieu. La réponse qu'un chrétien pourrait encore faire à Celse, qui ne dit rien de net ni de vif, c'est celle-ci: Je ne vois rien de distinct dans vos paroles. Bien loin donc de nous faire passer des ténèbres à la lumière du grand jour , il veut nous entraîner de la lumière dans les ténèbres, changeant les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres et s'exposant ainsi à la malédiction de ce bel oracle d'Isaïe : Malheur à ceux oui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres (Is., V. 20). Mais nous qui, des yeux de notre âme ouverts par le Verbe, voyons la différence de la lumière et des ténèbres, nous faisons tous nos efforts pour demeurer dans la lumière, et nous ne voulons avoir rien de commun avec les ténèbres. Au reste, comme la vraie lumière est une lumière animée, elle sait à qui il se faut montrer dans tout son éclat, et à qui il ne faut laisser voir que quelques-uns de ses rayons : car il y en a à qui elle ne découvre pas sa plus vive splendeur, parce que leurs yeux sont encore trop faibles.
Mais s'il faut dire de quelques-uns, que le grand jour leur fait mal aux yeux et qu'il leur blesse la vue , de qui le peut-on dire plutôt que de ceux qui ne connaissant point Dieu, croupissent dans leur ignorance, et qui étant offusqués par leurs passions, ne peuvent voir la vérité? Pour les chrétiens, ils ne s'imaginent point être aveuglés par les discours , soit de Celse, soit de quelque autre ennemi de la véritable religion. Ceux, qui se connaissent être aveugles en ce qu'ils suivent le torrent de l'erreur , imitant le peuple qui célèbre des fêtes en l'honneur des démons, ceux-là n'ont qu'à s'approcher du Verbe. Il leur fera la même grâce qu'il fit à ces aveugles qui mendiaient sur le chemin et qui ayant crié : Fils de David, ayez pitié de nous (Matth., XX, 30), furent guéris par Jésus. Ce Verbe divin aura aussi pitié d'eux : il leur rendra la vue, il leur donnera de bons yeux dignes de la main qui les aura formés.
LXVIII. Si Celse donc nous demande :
Comment nous espérons connaître Dieu et obtenir de lui le salut , nous lui répondrons que le Verbe de Dieu, qui habite en ceux qui le cherchent ou qui l'ont reçu depuis qu'il s'est manifesté, est suffisant pour leur révéler et pour leur faire connaître son l'ère qui, avant celle manifestation, n'avait été vu de personne (Jean, I , 14). Et quel autre que le Verbe, qui est Dieu , peut sauver les âmes des hommes et les faire approcher du Dieu souverain ? Ce Verbe, qui étant au commencement avec Dieu, s'est fait chair (Ibid..
I, 1 et 14) pour l'amour de ceux qui sont liés à la chair et qui ne sont eux-mêmes que chair, afin que par ce moyen il fût compris d'eux , qui ne le pouvaient voir en tant qu'il était le Verbe, qu'il était avec Dieu, qu'il était Dieu; ce Verbe qui, comme couvert d'un corps et comme revêtu de chair, adresse ses discours et ses promesses à ceux qui sont chair, et qui les appelle à soi pour les rendre premièrement conformes au Verbe qui s'est fait chair, et pour les élever ensuite jusqu'à le contempler dans l'état où il était avant que de se faire chair (Ps. LXXVII ou LXXVI1I, 39). De sorte que passant de cette première condition, qui est selon la chair, à une autre condition beaucoup plus haute et beaucoup meilleure , ils s'écrient : Bien que nous ayons autrefois connu Jésus-Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi maintenant (2 Cor.. V, 16). Il a donc été fait chair, et comme tel, il a habité au milieu de nous (Jean, I, 14) : car il ne s'est point tenu hors de nous. Habitant ainsi et se tenant au-dedans de nous, il n'y est pas demeuré sous sa première forme ; mais il nous a fait monter sur la haute montage de sa parole où il s'est fait voir à nous, sous sa forme la plus glorieuse et où il nous a montré l'éclat de ses habits (Matth.. XVII, 1, etc.). Il s'est, dis-je, fait voir à nous dans cet état glorieux non tout seul, mais accompagné de la loi spirituelle représentée par Moïse, qui parut environné de gloire, avec Jésus. Il nous a aussi montré toute la prophétie, non celle qui est morte et finie depuis qu'il est venu paraître parmi les hommes , mais celle qui a été élevée dans le ciel et dont Élie était la figure. Après quoi les spectateurs de tant de merveilles peuvent bien dire : Nous avons vu sa gloire, telle que la gloire du Fils unique du Père plein de grâce et de vérité (Jean, 1, 14). C'est donc avec très peu de réflexion que Celse s'est figuré la réponse que nous pourrions faire à sa demande : Comment nous espérons de connaître Dieu et d'obtenir de lui le salut. Car nous n'avons pas d'autre réponse à lui faire que celle qu'on vient de voir :
LXIX. mais pour lui , voici celle qu'il nous attribue par une conjecture qui lui paraît vraisemblable : Comme Dieu est grand et difficile à connaître par la voie de la contemplation il a envoyé son Esprit dans un corps semblable au nôtre et il l'a fait descendre vers nous, afin que nous pussions l'entendre et recevoir ses instructions. Le Dieu souverain, qui est le Père, n'est pas le seul que nous reconnaissions pour grand : il s'est communiqué avec toute sa grandeur à son Fils unique, Le premier né de toutes les créatures (Col., I, 15); afin que ce Fils , qui est l'image du Dieu invisible , portât l'image de son père , à l'égard même de la grandeur; car il n'était pas possible qu'une image du Dieu invisible fût parfaite, et , s'il faut ainsi parler, qu'elle eût de la proportion avec lui , qu'elle n'eût aussi le caractère de sa grandeur. Il est certain que , selon nous, Dieu est invisible, puisqu'il n'est pas corporel; mais les personnes qui aiment la contemplation , le peuvent contempler du coeur, c'est-à-dire de l'entendement. J'entends au reste un cœur, non quel qu'il puisse être, mais un cœur pur. Car il est impossible que Dieu soit l'objet d'un cœur impur. Comme il est la pureté même, il ne faut rien que de pur pour le contempler dignement (Matth., V, 8). Je veux que Dieu soit difficile à connaître par la voie de la contemplation. Il ne l'est pas seul : son Fils unique l'est aussi ; car Dieu le Verbe est difficile à connaître de la sorte (Prov., Ill, 19). La sagesse de Dieu, par laquelle, il a crée toutes choses, l'est pareillement. Qui peut, en effet, connaître par le menu et en détail celle sagesse par laquelle Dieu a fait chaque partie de ce grand tout, considérée en particulier? Ce n'est donc pas parce que Dieu est difficile à connaître, qu'il nous a envoyé son Fils, Dieu comme lui, mais plus aisé à connaître. Celse, qui entend peu ces matières, nous fait bien dire que Dieu étant difficile à connaître par la voie de la contemplation, il a envoyé son Esprit dans un corps semblable un nôtre, et il l'a fait descendre vers nous , afin que nous pussions l'entendre et recevoir ses instructions. Mais ce que nous disons, c'est que le Fils, qui, comme nous venons de le voir, est lui-même difficile à connaître, en tant que Dieu le Verbe, par lequel toutes choses ont été faites , que ce Fils est venu habiter au milieu de nous (Jean, I, 3 et 14).
LXX. Si nos sentiments touchant l'esprit de Dieu étaient mieux connus à Celse, el s'il savait que, selon nous, Tous ceux qui sont conduits par l'esprit de Dieu sont enfants de Dieu, il ne se ferait pas à lui-même cette réponse, comme de notre part que Dieu ayant envoyé son Esprit dans un corps, il l'a fait descendre vers nous (Rom., VIII, 14). Dieu communique toujours de son Esprit à ceux qui sont capables d'entrer dans sa communion, quoiqu'on le communiquant à chacun de ceux qui en sont dignes, il ne le divise pas ni ne le partage pour cela. Car cet Esprit duquel nous parlons, n'est pas un corps, non plus que le feu, dont il est dit que notre Dieu est un feu dévorant. Toutes ces façons de parler sont figurées, pour faire comprendre la nature des êtres intelligibles, par des expressions tirées des êtres corporels auxquelles nous sommes accoutumés. Si l'on dit que les péchés sont du bois, du foin, de la paille (Heb., XII, 29), l'on n'en conclura pas que les péchés soient des corps; et si l'on dit que les bonnes actions sont de l'or, de l'argent et des pierres précieuses (1 Cor., III, 12), on n'en inférera pas non plus que les bonnes actions soient quelque chose de corporel. Ainsi, quand il est dit de Dieu qu'il est un feu dévorant qui consume ce bois , ce foin , celle paille et généralement tout ce qui, dans son essence, est péché, il ne le faut pas pourtant prendre pour un corps.
Comme donc Dieu n'est pas un corps , quoiqu'on lui donne le nom de feu; tout de même, bien qu'il soit dit que Dieu est esprit (Jean, IV, 24), qui est comme qui dirait qu'il est un vent, il n'est pas un corps pour cela. Car l'Écriture a accoutume de donner aux choses intellectuelles le nom d'esprits ou de choses spirituelles, pour les distinguer des chose« sensibles. C'est en ce sens que S. Paul dit: Si nous sommes capables de quelque chose , cela vient de Dieu , qui nous a rendus capables d'être les ministres de la nouvelle alliance, non pas de la lettre , mais de l'esprit : car la lettre tue, et l'esprit donne la vie (II Cor., III, 5 et 6). Par la lettre, il entend la manière sensible et charnelle d'expliquer l'Écriture sainte, et par l'esprit il en marque l'explication intellectuelle el sublime. Il en est tout de même de ces paroles, Dieu est esprit. Et les Samaritains et les Juifs observaient les ordonnances de la loi corporellement, s'arrêtant à la figure. Notre Sauveur, ayant cela en vue, dit à la Samaritaine : Le temps vient que l'on n'adorera plus le Père, ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem : Dieu est esprit ; et il faut que ceux qui l'adorent , l'adorent en esprit et en vérité (Jean, IV, 21 et 24). Par où il nous enseigne que l'on ne doit pas adorer Dieu charnellement, ni lui présenter des victimes charnelles; mais qu'il faut l'adorer en esprit : car on donnera lieu de conclure qu'il est Esprit, à proportion de ce qu'on lui rendra un culte spirituel et qui consiste en des choses intellectuelles. Un esprit ne doit pas être non plus adoré avec des figures; il doit être adoré en vérité. Et la vérité a été apportée par Jésus-Christ (Jean., 1 , 17), comme la loi avait été donnée par Moïse. Car quand nous nom convertissons au Seigneur (or le Seigneur est esprit) , le voile que nous avions sur le coeur, pendant qu'on nous lisait Moïse , en est alors ôté (II Cor., III, 15, 16 et 17).
LXXI. Tout ce que nous venons de dire de l'esprit de Dieu sont des choses où Celse ne pénètre point; car l'homme animal et charnel n'est pas capable et ce qui regarde l'esprit de Dieu ; il prend cela pourune folie , ne pouvant comprendre les choses pour lesquelles il faut un discernement spirituel (I Cor. , II , 14). Il nous fait donc parler selon sa pensée, et il nous attribue les sentiments qu'il lui plaît : comme si, quand nous disons que Dieu est esprit, nous le disions dans le sens des stoïciens, qui soutiennent parmi les Grecs que Dieu est un esprit répandu partout et renfermant tout en soi. Les soins et la Providence de Dieu sont bien répandus partout; mais ce n'est pas de la manière que les stoïciens l'entendent de leur esprit. Cette même Providence encore renferme bien et contient toutes les choses qu'elle gouverne ; mais ce n'est pas comme un corps en renferme un autre qui est de même nature que lui, c'est comme la vertu et la puissance de Dieu renferme et embrasse tout ce qui lui est soumis.
Ainsi, selon les stoïciens, qui croient que les principes des choses sont corporels et qui de la sorte n'exemptent rien de corruption , jusque-là qu'ils assujettiraient presque le grand Dieu lui-même sans l'absurdité trop visible qu'ils . remarquent ; selon ces philosophes, dis-je, le Verbe de Dieu, qui est descendu jusqu'aux hommes et jusqu'à ce qu'il y a de plus bas et de plus abject au monde, n'est autre chose qu'un esprit corporel. Mais selon nous , qui nous efforçons de faire voir que l'âme raisonnable elle-même est d'une nature beaucoup plus excellente que tous les êtres corporels ; que c'est une substance invisible et immatérielle ; on peut bien moins dire encore, que Dieu le Verbe, par qui toutes choses ont été faites, soit un corps; lui qui, afin que tout dans le monde fût fait avec sagesse, a fait sentir sa présence non seulement aux hommes, mais aux choses mêmes qui semblent les plus petites entre celles sur qui la nature étend ses soins. Que le Portique condamne donc tout à passer par le feu : pour nous , nous ne croyons pas qu'une substance immatérielle y soit sujette; nous ne saurions nous persuader que l'âme humaine , que les Anges, les Trônes, les Dominations, les Principautés , les Puissances (Col. , I , 16) , soient d'une nature à se résoudre en feu.
LXXII. C'est sur un vain fondement que Celse raisonne; et il montre qu'il n'entend rien en ce qui regarde l'esprit de Dieu , lorsqu'il dit, Que si le Fils de Dieu , qui s'est revêtu d'un corps humain , est un esprit que Dieu ait fait descendre ici- bas, ce Fils même de Dieu ne sera pas immortel. Il s'embrouille de plus en plus, quand il suppose qu'il y en a entre nous qui ne sont pas dans le sentiment que Dieu soit esprit : mais qui disent que c'est son fils : sur quoi il nous fait cette réponse, Qu'il n'y a aucun esprit qui soit de nature à durer éternellement. C'est comme si, lorsque nous disons que Dieu est un feu dévorant , il nous répondait, qu'il n'y a point de feu qui soit de nature à durer éternellement : sans vouloir comprendre en quel sens nous disons que notre Dieu est un feu, ni quelles sont les matières qu'il dévore, savoir, les vices et les péchés ; car il fallait que ce Dieu, qui est tout bon, après avoir vu comment chacun se serait acquitté de son devoir et quels efforts on y aurait faits, consumât les vices par le feu du châtiment. Il continue encore à nous faire dire des choses auxquelles nous n'avons jamais pensé, Qu'il fallut de nécessité que Jésus, en mourant, rendit l'esprit par lequel il était Dieu : d'où il suit qu'il ne put le redonner à son corps par la résurrection ; car l'esprit qu'il avait reçu de Dieu ayant été souillé par le commerce du corps. Dieu n'aurait pas voulu le reprendre (Luc, XXIII, 46). Ce serait folie à nous de nous arrêter à ces paroles, comme si nous y prenions quelqu'intérét, nous qu'elles ne regardent en aucune sorte.
LXXIII.
Ce qu'il ajoute n'est qu'une répétition ennuyeuse de ce qu'il a dit ci-devant, où il s'est fort étendu et où il a fait bien des railleries sur la naissance d'un Dieu, mis au monde par une vierge; à quoi aussi nous avons tâché de satisfaire autant qu'il nous a été possible. Si Dieu voulait, dit-il, maintenant envoyer son esprit ici-bas, qu'avait-il besoin de souffler dans les flancs d'une femme? Il savait déjà l'art de faire des hommes, et il pouvait bien bâtir un corps à son esprit sans le faire passer par un lieu si plein d'ordures. S'il l'eût fait ainsi descendre immédiatement d'en haut , c'eût été le moyen d'aller au-devant de l'incrédulité des hommes. Il ne dirait pas cela, s'il savait combien pure et combien exempte de toute corruption a été la naissance de ce corps qui sortit du sein d'une vierge, pour servir a la rédemption du genre humain. Mais il veut parler en stoïcien; et cependant, il feint d'ignorer la condition des choses indifférentes : et il s'imagine que la nature divine s'est souillée, ou qu'elle s'est mêlée avec des ordures, soit en demeurant dans le sein d'une femme , jusqu'à ce que son corps y fût formé, soit en prenant ce corps même. C'est comme ceux qui croient que les rayons du soleil se salissent, en passant sur des bourbiers ou sur de mauvaises odeurs; et qu'ils n'y conservent pas toute leur pureté. Au reste, quand selon la supposition de Celse, le corps de Jésus aurait été formé par une autre voie que celle de la naissance , ceux qui auraient vu ce corps n'auraient pas d'abord reconnu pour cela qu'il n'était pas né comme les autres ; car les choses que nous voyons ne portent point de caractères évidents du principe qui les a produites. Supposons , par exemple, que du miel ait été produit par une autre cause que des abeilles, on ne jugerait jamais, soit par le goût, soit par la vue, que ce ne sont pas des abeilles qui l'ont produit; comme ce n'est pas non plus par les sens que celui que produisent les abeilles nous fait connaître son origine, c'est l'expérience qui nous enseigne que c'est à elles que nous le devons. Il en est tout de même du vin : c'est l'expérience et non le goût qui nous apprend qu'il est une production de la vigne. Ainsi donc un corps, quoique sensible, ne fait point juger quelle est la cause qui le fait être ce qu'il est. Pour en être convaincu , vous n'avez qu'à considérer les corps célestes : nos yeux qui les voient si lumineux ne nous permettent pas de douter de leur existence ; mais nous ne saurions connaître par le ministère de nos sens , s'ils ont eu commencement ou non. Aussi les hommes ne sont-ils pas tous d'un même sentiment là-dessus : et ceux-là même qui croient que les corps célestes n'ont pas toujours été, ne conviennent pas entre eux de la manière dont ces corps ont commencé d'être ; car après que la force de la raison nous a persuadés que leur existence n'est pas éternelle, les sens ne nous disent point encore de quelle sorte elle a commencé.
LXXVIV. Il répète ensuite ce qu'il a déjà dit plusieurs fois des sentiments de Marcion, qu'il rapporte, tantôt tels qu'ils sont, tantôt d'une manière qui fait voir qu'il n'en est pas bien instruit ; mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire que nous nous arrêtions à montrer que nous ne les approuvons pas , ni à relever les fautes que Celse y a faites. De là, il passe encore à ce qu'on peut dire pour et contre Marcion ; le justifiant d'une partie de ce dont on l'accuse, et le reconnaissant coupable de l'autre. Sur quoi il dit nettement, pour soutenir contre Marcion et ses disciples que Jésus-Christ a été prédit par les prophètes : Comment pourrait-on faire voir qu'un homme qui a souffert de tels supplices soit le Fils de Dieu, si ses souffrances n'avaient pas été prédites ?
Mais après cela, il raille et se divertit à sonin ordinaire , introduisant deux fils de dieu, l'un fils du créateur , l'autre fils du dieu de Marcion. Il décrit les combats de l'un contre l'autre et les compare à ceux des cailles. Il parle aussi des combats de dieu à dieu, entre les deux pères. Si ce n'est , ajoute-t-il, que les pères étant déjà faibles de vieillesse et commençant à radoter, ils ne se battent plus eux-mêmes, et qu'ils laissent faire leurs enfants. Nous ne pouvons que lui appliquer ici ce qu'il a dit ailleurs : y a-t-il de vieille femme qui n'eût n'eut honte d'endormir son enfant avec des sornettes pareilles à ce qu'on nous débite dans un Discours auquel on donne le titre de véritable? Car au lieu de s'attacher sérieusement à la dispute qu'il a entreprise , il abandonne sa matière, et s'amuse à railler et à bouffonner, comme s'il écrivait quelque farce ou quelque satire , ne voyant pas que cette manière d'agir est contraire au dessein qu'il a de nous faire renoncer au christianisme pour entrer dans ses sentiments. S'il les proposait avec quelque gravité, peut-être qu'us paraîtraient plus probables ; mais puisqu'il ne fait que railler, que bouffonner et que tourner les choses en ridicule, on aura sujet de dire qu'il manque de bonnes raisons, et que comme il ne peut faire mieux, il se jette dans ces plaisanteries.
LXXV. Il ajoute :
Puisque l'esprit de Dieu voulait prendre un corps, il fallait au moins qu'il s'y fît distinguer, ou par la grandeur, ou pur la force, ou par la beauté, ou par la majesté, ou par le ton de la voix, ou par l'éloquence ; car il n'est pas possible qu'une personne ait quelque chose de divin que n'ont pas les autres, et qu'il n'ait cependant aucun avantage sur eux; mais celui-ci , bien loin d'avoir aucun avantage, était, dit-on, et petit et laid, et d'une mine basse. Celse fait encore voir ici que quand il s'agit de former quelque accusation contre Jésus, il se sert des textes de l'Écriture qui semblent y donner lieu, comme s'il y ajoutait foi : mais que quand il juge que de cette même Écriture on peut inférer tout le contraire de ce qu'il avance, il ne fait pas semblant d'en avoir jamais ouï parler. Il faut demeurer d'accord que l'Écriture parle de Jésus comme d'un laid; mais pour la mine basse qu'on y veut joindre, elle n'en dit rien; et elle ne dit point non plus clairement qu'il fût petit. Voici le passage d'Isaïe, où il est prédit que Jésus devait paraître au monde, sans se faire remarquer par une beauté éclatante, ni par une bonne grâce extraordinaire : ô Dieu! qui a cru à noire prédication, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Nous avons publié qu'il est devant le Seigneur comme un enfant, comme une racine dans une terre aride. Il n'y a en lui aucun éclat, ni aucune gloire. Nous l'avons vu ; il n'avait ni grâce, ni beauté , mais son extérieur était méprisable et abject, plus que d'aucun autre entre les enfants des hommes (Is., LIII, 1, 2, 3j. Celse a donc bien retenu cela, qui favorise à son avis , le dessein qu'il a de parler mal de Jésus; mais il n'a point pris garde à ce qui est dit de lui au psaume XLIV: Mets ton épée à ton côté , vaillant prince, pour rehausser ton éclat et ta beauté ; pousse tes desseins, fais-les réussir et règne (Ps. XLIV ou XLV, 4, 5).
LXXVI. Mais quand il n'aurait jamais lu celte prophétie, ou que, l'ayant lue, il se serait rapporté du sens qu'elle renferme, aux fausses gloses de ceux qui ne veulent pas qu'elle regarde Jésus-Christ, qu'a-t-il à dire, sur ce qui est récité dans l'Évangile même (Matth., XVII, 1, etc) : Que Jésus étant monté avec ses disciples sur une haute montagne, il y fut transfiguré devant eux, et se fit voir d'eux dans sa gloire, pendant que Moïse et Élie, qu'ils y virent aussi dans un état glorieux, parlaient de sa sortie du monde, qui devait arriver dans Jérusalem (Luc, IX, 30, etc). Veut-il reconnaître que quand un prophète dit : Nous l'avons vu, il n'avait ni grâce ni beauté, et ce qui suit, cette prophétie doit être rapportée à Jésus : s'aveuglant au reste sur le fond même de la prédiction, pour ne pas voir qu'il y a une preuve illustre que ce Jésus, qui paraissait sans beauté, était le Fils de Dieu en ce que tant d'années avant sa naissance, un prophète avait prédit quel serait son extérieur. Et quand un autre prophète dit que l'éclat et la beauté devaient l'accompagner, il ne veut plus avouer que cela regarde Jésus-Christ. Si l'on pouvait évidemment recueillir de l'histoire de l'Évangile que Jésus-Christ n'eut ni grâce ni beauté, que son extérieur fut méprisable et abject pus que d'aucun autre entre les enfants des hommes, l'on pourrait dire que c'est de l'Évangile et non des prophètes que Celse a pris ce qu'il dit. Mais puisque les évangélistes ni même les apôtres ne disent point de Jésus qu'il n'eut ni grâce ni beauté, il est clair que Celse est contraint de reconnaître que ce que la prophétie avait prédit, se trouve accompli en Jésus-Christ : ce qui rompt le cours de toutes les accusations qu'il formait contre ce même Jésus.
LXXVII. Il dit que si l'esprit de Dieu voulait prendre un corps, il fallait au moins qu'il s'y fit distinguer ou par la grandeur ou par la force, ou par la beauté ou par ta majesté, ou par le ton de la voix ou par l'éloquence. Mais lui qui parle de la sorte, comment ne prend-il point garde à la prérogative qu'avait ce corps de paraître aux yeux de ceux qui le regardaient tel qu'il fallait qu'il leur parût selon la portée, et par là même selon le besoin de chacun? C'est une chose qui ne doit point sembler surprenante que la matière qui, de sa nature est sujette à l'altération et au changement, qui est capable de tontes les formes, et susceptible de toutes les qualités que l'ouvrier ou l'artisan lui veut imprimer, soit tantôt dans un état qui fait dire :I l n'avait ni grâce ni beauté (Is., LIII, 2)
, tantôt dans un autre si éclatant, si glorieux et si admirable, que les trois disciples qui étaient montés avec Jésus, tombent le visage contre terre à la vue de tant de merveilles (Matlh., XVII, 6). Mais Celse dira de ceci comme de toutes les autres choses extraordinaires qui sont racontées de Jésus, que ce ne sont que des fictions et de pures fables. Sur quoi nous lui avons assez amplement répondu ci-dessus. Pour ce qui est de la doctrine que je viens d'établir, elle nous fournit aussi un sens mystique selon lequel les différentes formes de Jésus doivent être entendues par rapport à la parole divine qui a cette propriété de ne paraître pas la même au peuple grossier qu'à ceux qui, comme nous l'avons expliqué ailleurs , sont capables de la suivre sur la haute montagne. A l'égard de ceux qui demeurent au bas, n'étant pas encore disposes comme il le faut être pour monter, celle parole n'a pour eux ni grâce ni beauté; il n'y voient rien qui ne leur semble digne de mépris; ils la regardent comme beaucoup inférieure à la parole des autres hommes dont les discours sont ici désignés figurément par les enfants des hommes. En effet, l'on peut dire que les discours des philosophes, qui ne sont que des productions humaines, paraissent beaucoup plus beaux que ne l'est la parole de Dieu, qui, quand on la prêche au commun peuple, présente à l'esprit la folie de la prédication (I Cor., 1, 21) et qui, à cause de cette folie apparente, fait dire à ceux qui n'en jugent que par là : Nous l'avons vue : elle n'a ni grâce ni beauté. Mais à l'égard de ceux qui ont la force de la suivre et de monter avec elle sur la haute montagne, elle a pour eux des beautés toutes divines : des beautés que l'on découvrira pourvu que l'on soit un Pierre, c'est-à-dire que l'on ait en soi l'édifice de l'Église (Matth.,XVl, 18), bâti par la parole de Dieu; que l'on ait formé une telle habitude au bien, qu'aucune des portes de l'enfer ne puisse jamais prévaloir contre nous, que l'on ait été retiré des portes de la mort par cette parole, afin de publier toutes les louanges de Dieu aux portes de la Fille de Sion ( Ps. IX, 15) : pourvu encore que l'on ait pris une nouvelle naissance par le moyen de la parole, que l'on ait une voie pleine de vertu, et que l'on ne le cède en rien à ceux qui ont mérité le nom d'enfants du tonnerre (Marc, III, 17). Pour ce qui est de Celse et des autres ennemis de cette divine parole qui, quand ils examinent la créance des chrétiens, n'ont point pour principe l'amour de la vérité; d'où auraient-ils appris ce que veulent dire les différentes formes sous lesquelles Jésus a paru (Luc, II, 52)? Je dis ses différentes formes , et encore les divers âges par lesquels il a passé, et les diverses actions qu'il a faites, soit avant sa mort, soit après sa résurrection.
LXXVIII.
Voici comme Celse continue : Si Dieu, se réveillant d'un profond sommeil comme Jupiter de la comédie, voulait délivrer le genre humain de ses maux, pourquoi en voyait-il dans un petit coin du monde l'esprit dont vous parlez ? Ne fallait-il pas qu'il le soufflât de la même manière élans plusieurs autres corps et qu'il le répandit ainsi par toute la terre? Le poète n'a eu dessein que de faire rire les spectateurs lorsqu'il a introduit sur le théâtre Jupiter qui, à son réveil, envoie Mercure aux Athéniens et aux Lacédémoniens : et vous, ne voyez-vous point que votre Fils de Dieu envoyé eaux Juifs n'est aussi qu'un sujet de risée ? Remarquez encore ici combien les manières de Celse sont basses et indignes d'un philosophe, de nous alléguer ce qu'un poète comique a inventé pour faire rire, et de comparer notre Dieu, le Créateur de tout l'univers, à ce dieu de théâtre qui se réveille pour donner ses ordres à Mercure. Nous avons fait voir ci-devant que quand Dieu a envoyé Jésus au monde, ce n'a pas été comme se réveillant d'un profond sommeil. Ce même Jésus qui, pour les sages raisons qu'il en a eues, a maintenant accompli le dessein de son incarnation, a de tout .temps répandu ses bienfaits sur le genre humain; car il n'y a jamais eu rien de bon parmi les hommes que par la grâce du Verbe divin qui agissait intérieurement en ceux qui pouvaient, ne fût-ce que pour quelques moments, recevoir dans leur âme la vertu de son opération. Et si Jésus n'a paru que dans un petit coin du monde, comme il vous le semble, ce n'a pas été non plus sans de bonnes raisons ; car c'était entre ceux qui avaient la connaissance d'un seul Dieu, qui lisaient ses prophètes et qui y voyaient la promesse d'un messie, que ce messie promis devait paraître: mais dans une circonstance de temps si favorable, que de ce petit coin il se pût faire connaître par toute la terre.
LXXIX. Ainsi, il n'était point nécessaire qu'il y eût partout divers corps et divers esprits semblables à Jésus pour éclairer toute la terre par la parole de Dieu : il suffisait ue ce seul Verbe (ou parole), comme il est le soleil de justice (Mal., IV, 2), se levât dans la Judée, pour répandre de là ses rayons sur les âmes de tous ceux qui voudraient ouvrir les yeux à sa lumière. Si quelqu'un souhaite, au reste, de voir plusieurs corps remplis de l'Esprit divin qui, comme ce seul Christ, s'emploient par toute la terre à procurer le salut des hommes, il n'a qu'à jeter les yeux de tous côtés sur ceux qui prêchent purement la doctrine de Jésus, et qui mènent, d'ailleurs , une vie sainte. Ceux-là aussi sont nommés des christs, des messies ou des oints dans ce passage de l'Écriture : Ne touchez point à mes christs, et ne faites point de mal à mes prophètes (Ps. CIV ou CV, 15).
Car comme nous avons été avertis que l'antéchrist doit venir, ce qui n'empêche pas qu'il y ait déjà plusieurs antéchrists dans le monde ( I Jean, II, 18) : nous avons appris, et nous voyons tout de même que Jésus-Christ étant venu sur la terre, a fait qu'il y a dans le monde plusieurs autres christs qui, à son exemple ont aimé la justice et ont haï l'iniquité, à cause de quoi Dieu, le Dieu du Christ les a oints, eux aussi, d'une huile de joie (Ps. XLIV ou XLV, 8). Mais comme de tous ceux qui participent a cette gloire, Jésus est celui qui a le plus aimé la justice et le plus haï l'iniquité, il a reçu les prémices de cette onction, et, s'il le faut ainsi dire, il a reçu l'onction entière de l'huile de joie : au lieu que ceux qui y ont part avec lui n'en reçoivent chacun que la portion dont ils sont capables. En effet, puisque Jésus -Christ est le chef (ou la tête) de l'Église (Col., I,18), de sorte que Jésus-Christ et l'Église ne sont qu'un seul corps ; le parfum qui est répandu sur la tête , descend de là sur la barbe le symbole d'un homme parfait, et jusque sur le bord de la robe de cet Aaron mystique (Ps. CXXXII ou CXXXIII, 2).
C'est ce que j'avais à dire sur ces mots de Celse, si peu dignes d'un homme grave : Ne fallait-il pas qu'il soufflât ce même esprit dans plusieurs autres corps, et qu'il le répandit ainsi par toute la terre? C'est au reste pour faire rire, que le poète introduit Jupiter qui dort, et qui à son réveil envoie Mercure vers les Grecs ; mais la droite raison, qui nous enseigne que Dieu n'est point d'une nature sujette au sommeil, doit nous apprendre aussi que ce même Dieu gouverne sagement les choses du monde, selon les circonstances du temps ; quoique ses jugements soient si sublimes et si impénétrables, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner si les âmes mal instruites et Celse avec elles tombent ici dans l'erreur (Sag , XVII, 1). Ce n'est donc point une chose digne de risée, que le Fils de Dieu ait été envoyé aux Juifs qui avaient eu chez eux les prophètes; qu'il ait, dis-je, commencé par là a paraître corporellement, afin qu'il fit ensuite lever la lumière de sa vertu et de son esprit sur la terre où seraient les âmes lasses de vivre dans les ténèbres que produit l'éloignement de Dieu.
LXXX.
Après cela Celse prend plaisir à donner aux Chaldéens l'éloge d'avoir été, dès les premiers temps, une nation toute divine ; eux qui ont introduit dans le monde la trompeuse science des horoscopes. Il n'en dit pas moins des mages , à qui les autres peuples doivent et le nom et la connaissance de la magie, cet art pernicieux qui fait périr ceux qui s'y appliquent. Pour ce qui est des Égyptiens, Celse les condamnait ci-dessus comme ayant des temples magnifiques au dehors qui, sous l'apparence de lieux sacrés , ne renferment au dedans que des singes , des crocodiles , des chèvres, des aspics et d'autres animaux semblables : mais ici ces mêmes Égyptiens sont, selon lui, une nation toute divine, et divine dès les premiers temps ; parce, peut-être que, dès les premiers temps ils ont été ennemis des Juifs. Les Perses aussi, qui épousent leurs mères, et qui couchent avec leurs filles sont, à son avis , une nation divine : et les Indiens tout de même ; bien qu'il ait dit ci-devant que, parmi eux il y en avait qui mangeaient de la chair humaine. Mais pour les Juifs, qui ne font rien de pareil, et particulièrement les anciens Juifs, bien loin de les mettre an rang des nations toutes divines , il dit que c'est un peuple qui est sur le point de périr. C'est sans doute par un esprit de prophétie qu'il en parle ainsi. Il ne pense pas cependant à tous les soins de Dieu pour les Juifs, ni aux sages lois par lesquelles ce même Dieu les a longtemps gouvernés. Il ne voit pas que c'est par leur chute que le salut a été procuré aux Gentils ; que cette chute a été l'élévation du monde, et que leur pauvreté a fait la richesse des Gentils, jusqu'à ce que la multitude des Gentils soit entrée tout entière dans l'Église (Rom., XI, 11, 12, 25, 26), afin qu'ensuite tout Israël soit sauvé, cet Israël que Celse ne connaît point.
LXXXI. Je ne sais pas comment il ajoute, que Dieu qui sait toutes choses, n'a pas su qu'en envoyant son Fils au monde, il l'envoyait vers des méchants qui ajouteraient à leurs autres péchés celui de le condamner au supplice. Il semble que ce soit oublier volontairement que les prophètes de Dieu ont prévu et prédit par l'Esprit divin tout ce que Jésus-Christ devait souffrir (Luc XXIV, 26, 27) : car il n'y a rien de plus contraire à cela que ce qu'il dit ici, que Dieu n'a pas su qu'il envoyait son Fils vers des méchants qui ajouteraient à leurs autres péchés celui de le condamner au supplice.Cependant il reconnaît aussitôt que nous nous défendons, en disant que toutes ces choses avaient été prédites longtemps avant qu'elles arrivassent.
Mais comme ce sixième livre est déjà assez long, nous le finirons ici pour commencer dans le suivant, si Dieu le permet, l'examen de ce que Celse avance contre ce que nous disons que tout ce qui est arrivé à Jésus a été prédit par les prophètes.
La matière est si ample et a besoin de tant d'éclaircissements que, si nous l'avions entamée il aurait fallu ou l'interrompre, ou faire ce livre d'une longueur entièrement disproportionnée à celle des autres ; qui sont deux inconvénients que nous voulons éviter.
D'APPIEN
LIVRE SEPTIEME.
Dans les six livres précédents, pieux Ambroise, mon très-cher frère, nous avons combattu de toutes nos forces les accusations de Celse contre les chrétiens , et nous avons tâché, autant qu'il nous a été possible, de ne rien laisser sans examen et sans réponse. Nous allons présentement commencer le septième , après avoir demandé à Dieu, par ce même Jésus-Christ que Celse attaque, que comme il est la vérité (Jean. XIV, 8) , il lui plaise d'allumer dans notre coeur une lumière capable de dissiper les ténèbres du mensonge: suivant cette parole du prophète, à laquelle nous conformons nos voeux , Détruis-les par ta vérité (Ps. LIII ou LIV, 7). Qu'est-ce qui doit dire détruit par la vérité de Dieu ? Ce sont les raisonnements contraire à la vérité : afin que tous les hommes les voyant détruits , et ne s'y laissant plus surprendre, puissent s'appliquer les paroles suivantes : Je t'offrirai volontairement des sacrifices (vers. 8 ) ; et présenter au Dieu de tout l'univers des victimes spirituelles avec un feu exempt de fumée.
Ce que Celse se propose maintenant. c'est de combattre ceux qui disent que ce qui est arrivé à Jésus-Christ, avait été prédit par la prophètes des Juifs. Nous commencerons avec lui, par la distinction qu'il fait d'abord . lorsqu'il dit que ceux qui admettent un autre Dieu que le Dieu des Juifs, ne sauraient absolument répondre à ses difficultés : mais que nous qui reconnaissons le même Dieu, nous avons recours pour nous défendre, aux prédictions qui ont été fuites du messie. Voici ses paroles: Voyons donc quelle couleur ils trouveront pour se défendre. Ceux qui admettent un autre Dieu, n en sauraient trouver : et ceux qui reconnaissent le même, auront recours à leur défaite ordinaire, savoir, à cette belle raison, qu il fallait que cela arrivât ainsi. Et pourquoi ? Parce qu'il avait été prédit longtemps auparavant. Nous disons à cela que ce qu'il vient d'objecter un peu plus haut, à Jésus et aux chrétiens, a si peu de force, que ceux qui ont l'impiété d'admettre un autre Dieu, y pourraient facilement répondre : et s'il n'était pas dangereux de donner aux faibles l'occasion d'embrasser des dogmes pernicieux, nous y répondrions nous-mêmes, pour montrer à Celse combien il est mal fondé à dire que ceux qui admettent un autre Dieu, soient hors d'état de se défendre contre lui. Mais contentons-nous de soutenir encore ici la cause des prophètes, après ce que nous avons déjà dit pour eux ci-dessus. Ils comptent pour rien, dit-il, en parlant de nous, les oracles de la Pythie, des Dodonides, d'Apollon Clarien, des Branchides, de Jupiter Hammon et une infinité d'autres, desquels on peut dire qu'ils ont servi de guides aux colonies qui ont peuplé toute la terre : mais pour les choses dites ou non dites, dans la Judée, à la manière du pays, telles que nous en voyons dire encore aujourd'hui aux habitants de la Phénicie et de la Palestine, ils regardent cela comme des merveilles et comme des vérités constantes. Sur ces oracles dont il fait le dénombrement, nous pourrions alléguer beaucoup de choses prises d'Aristote et des péripatéticiens, ses sectateurs, pour montrer que ni celui de la Pythie, ni les autres, n'ont rien de réel, ni de solide. Nous pourrions encore produire les sentiments d'Épicure et de ses disciples, pour faire voir que chez les Grecs mêmes, il s'est trouvé des gens qui se sont moqués de ces fameux oracles que toute la Grèce admirait. Mais je veux que toutes les réponses, tant de la Pythie que des autres, soient de vrais oracles et non des effets de l'adresse de quelques fourbes qui ont voulu passer pour des hommes divinement inspirés, voyons si avec tout cela, on ne saurait convaincre les personnes de bonne foi, qu'on peut reconnaître ces oracles, sans être contraint de les attribuer à quelques divinités : si au contraire on ne peut pas soutenir que ce sont de mauvais démons, des esprits ennemis du genre humain, qui veulent ainsi empêcher l'âme de s'élever vers le ciel, de suivre la voie de la vertu, et de retourner à Dieu par une sincère piété. On dit de la Pythie, dont l'oracle est le plus célèbre, si je ne me trompe, que quand elle est assise sur l'ouverture de l'antre Castalien, l'esprit prophétique d'Apollon s'insinue en elle, par un endroit que la pudeur défend de nommer; et que c'est alors qu'en étant toute remplie, elle donne ces merveilleuses réponses, qui passent pour des vérités divines. Jugez par là, des sales inclinations de cet esprit impur, qui pour pénétrer dans l'âme de la prophétesse, n'entre pas en elle par où il l'aurait pu faire d'une manière beaucoup plus honnête, comme par les pores, qui bien qu'imperceptibles, ne laissent pas d'être ouverts ; mais qui choisit expressément un endroit où un homme chaste, bien loin d'imiter le dieu, ne voudrait pas même porter la vue : et qui le fait non pour une fois, ni pour deux, ce qui peut-être semblerait plus supportable, mais autant de fois que la Pythie fait croire qu'elle reçoit l'inspiration d'Apollon. Ce n'est pas non plus le propre de l'esprit divin, de ravir en extase une personne destinée à prophétiser; ni de la mettre hors d'elle-même, en sorte qu'elle ne se connaisse plus, comme si elle était possédée. Il faut que celui qui est rempli de l'esprit de Dieu, soit le premier qui en ressente les salutaires effets : et que la principale utilité n'en soit pas pour ceux qui ne viennent consulter l'oracle, que pour les affaires de la vie civile ou naturelle; que pour être instruits de ce qui regarde leur profit, ou leur avantage temporel. Il faut qu'il ne voie jamais plus clair, que quand il est dans ce commerce étroit avec la Divinité. Conformément à cela, nous faisons voir qu'en consultant l'Écriture sainte, on trouve que les prophètes des Juifs, éclairés par l'esprit divin, autant que leur propre besoin le demandait, recueillaient les premiers fruits de la présence de la Divinité qui les inspirait. Ainsi leur âme, par l'attouchement de cet Esprit saint, s'il faut que je parle de la sorte, était toute pénétrée de lumière et avait des yeux plus perçants que de coutume. Leur corps même ne résistait plus aux mouvements de la vertu; étant mort à l'égard de ce qui se nomme parmi nous, les pensées et les sentiments de la chair; car nous croyons fermement que l'Esprit divin fait mourir les passions charnelles, et qu'il étouffe les rébellions que les pensées et les sentiments de la chair commençaient à exciter contre Dieu (Rom., VIII, 6, 7 et 13). Si donc la Pythie perd le sens et la connaissance, comme entièrement hors d'elle-même, lorsqu'elle prédit l'avenir, quel jugement doit-on faire de cet esprit qui lui remplit l'âme de ténèbres et qui lui ôte la raison, sinon qu'il est de même ordre que ces démons, dont beaucoup de chrétiens délivrent ceux qui en sont possédés? Ce qu'ils font au reste, sans aucun appareil de magie ou de recettes : mais avec des prières et des adjurations si simples, que les moindres des hommes en sont capables ; car pour l'ordinaire, ce sont des gens sans lettres qui font cette opération. Jésus-Christ voulant faire voir par cet effet de la grâce, dont il accompagne son Évangile, la faiblesse et l'impuissance des démons, qui pour être vaincus, el pour sortir sans aucune résistance du corps et de l'âme d'un homme, n'ont pas besoin du savoir ni de la force de ceux qui sont les plus puissants dans les Écritures (Act.. XVIII, 24), et les plus exercés dans les matières de la foi. D'ailleurs c'est une créance reçue, non par les chrétiens et par les Juifs seulement, mais par la plupart des Grecs mêmes et des barbares, que l'âme humaine subsiste après être séparée de son corps, et ne meurt pas avec lui. A quoi les lumières de la raison veulent que l'on ajoute, que les âmes nettes, qui ne sont point chargées du fardeau des vices, comme d'une pesante masse de plomb, élèvent au plus haut des airs, dans la région des corps les plus purs et les plus subtils ; laissant ici-bas les corps grossiers, avec leurs ordures : au lieu que les âmes souillées, que le poids de leurs péchés attache tellement à la terre, qu'elles n'ont pas la force de pousser môme leurs soupirs en haut, se tournent et se vautrent dans ces bas lieux, les unes autour des sépulcres, où l'on en voit qui paraissent quelquefois comme des ombres, les autres autour de quelques autres matières terrestres, quelles qu'elles soient. Cela étant, que doit-on penser de ces esprits qui passent des siècles entiers pour ainsi dire arrêtés en de certains endroits, et attachés à une môme demeure comme par la force de quelques charmes ou par un effet de leur propre impureté? Ils doivent avec raison être pris pour des esprits malins, puisqu'ils abusent ainsi de l'art de prédire l'avenir qui, de soi, est de l'ordre des choses indifférentes; et qu'ils l'emploient à tromper les hommes, les détournant
par là du vrai Dieu et de la pureté de son service. Ce qui fait voir encore qu'ils doivent être pris pour tels, c'est qu'ils aiment le sang des victimes, la fumée et l'odeur des sacrifices, et qu'ils en nourrissent leurs corps; se tenant autour avec plaisir comme pour y chercher leur vie : semblables à ces hommes corrompus qui, méprisant la pureté d'une vie détachée des sens, n'ont d'inclination que pour les voluptés de la chair, et pour la vie terrestre et corporelle où ils les trouvent . Si cet Apollon qu'on sert à Delphes était un Dieu comme les Grecs se le persuadent, quel autre devait-il choisir pour rendre ses oracles, qu'un homme sage ou s'il n'en pouvait trouver de tel, qu'un homme au moins qui tâchât de le devenir? Comment ne se servait-il pas pour cela plutôt d'un homme que d'une femme? Ou s'il aimait tant ce sexe qu'il ne pût s'insinuer ni se plaire que dans le sein d'une femme, pourquoi ne prenait- il pas une vierge plutôt qu'une autre pour interprète de sa volonté? Non ce grand Apollon si célèbre parmi les Grecs sous le nom de Pythien, n'a point fait choix d'un homme sage ni même d'un homme quel qu'il fût pour l'honorer comme ils parlent de ses inspirations divines. Et entre les femmes il n'a point pris une vierge ou une personne vertueuse que l'étude de la philosophie rendit recommandable : il s'est adresse à une femme du commun. C'est peut-être que les grands hommes avaient de trop bonnes qualités pour recevoir de pareilles inspirations. Encore devait-il, s'il était Dieu, faire servir l'art de prédire l'avenir comme d'une amorce pour ainsi dire afin d'attirer les hommes et de les obliger a se convertir, à se corriger de leurs vices et à embrasser l'élude de la vertu. .Mais c'est un fait dont l'histoire ne nous dit rien; car si l'oracle déclare Socrate le plus sage de tous les hommes, il avilit la louange qu il lui donne par ce qu'il dit en même temps d'Euripide et de Sophocle :
Tout sage qu'est Sophocle. Euripide est plus sage ;
Mais Socrate en sagesse a sur tous l'avantage.
Puis donc qu'il donne le nom de sages à des poètes tragiques, ce n'est pas proprement en vue de la philosophie qu'il loue Socrate, ni à cause de son amour pour la vérité et pour la vertu. Il ne lui fait pas beaucoup d'honneur de le préférer à des hommes qui, pour une vile récompense, disputent sur le théâtre le prix des vers, et qui, par les choses qu'ils représentent sur la scène, excitent les spectateurs tantôt aux larmes et aux soupirs, tantôt à un ris déshonnête : саг c'est à ce dernier effet que leurs pièces satiriques sont destinées. Et peut-être que la philosophie a bien moins contribué à lui faire donner cette louange d'être le plus sage de tout les hommes, que les victimes qu'il faisait fumer sur les autels de ce démon et des autres; car je ne doute pas que ceux qui servent les démons, n'éprouvent que ces sortes de choses sont plus propres pour obtenir d'eux ce qu'on souhaite, que les actions vertueuses. De là vient qu'Homère, le plus excellent des poètes, représentant ce qui a coutume d'arriver, et nous voulant faire comprendre ce qui porte le plus les démons à répondre aux vœux de leurs dévots, introduit Chrysès, qui. pour quelques guirlandes et pour quelques cuisses de taureaux et de chèvres, obtient ce qu'il demandait contre les Grecs à l'occasion de sa fille Chryséïde que la peste les contraignit de lui rendre (Iliad.. I, v. 39, 40, il ). Et je me souviens d'avoir lu dans les écrits d'un pythagoricien qui a expliqué les sens caché d'Homère, que la prière de Chrysès à Apollon, et la peste qu'Apollon envoie ensuite dans l'armée des Grecs, sont des preuves que ce poète croyait qu'il y a de mauvais démons qui aiment la fumée des sacrifices, et qui, pour récompenser ceux qui leur en offrent, leur accordent la perte des autre« hommes s'ils la leur demandent. Celui encore (Jupiter)