Contre Celse (Contra Celsum) (page 14)

Origène · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — Contre Celse (8 livres) · 17 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Si nous disons au reste que l'âme de Jésus a été unie d'une union très intime à ce grand et admirable Fils de Dieu, pour n'en être jamais séparée, il n'y a rien de surprenant en cela, car les livres sacrés nous apprennent qu'il y a d'autres choses qui, bien qu'elles soient deux de leur nature, ne laissent pas d'être censées et d'être en effet une seule et même chose. Témoin ce qu'ils disent de l'homme et de la femme : Ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair (Gen., II, 24 ); et de l'homme parfait qui s'attache au véritable Seigneur, la parole (le Verbe), la sagesse et la vérité : Celui qui demeure attaché au Seigneur est un même esprit avec lui ( I Cor., VI, 17 ). Si celui qui s'attache au Seigneur est un même esprit avec lui, qui est-ce qui peut surpasser, qui peut même égaler en aucune sorte l'union qui attache l'âme de Jésus au Seigneur qui est la parole (le Verbe); la sagesse, la vérité et la justice même ? Ainsi l'on peut dire de l'âme de Jésus et de Dieu le Verbe, Le premier né de toutes les créatures (Col., I,15), qu'ils ne sont plus deux.

XLVIII. Les stoïciens disent que la vertu étant la même en l'homme qu'en Dieu, le Dieu souverain n'est pas plus heureux que leur sage, mais que la félicité de l'un est égale à celle de l'autre, et Celse ne s'en moque point ni ne tâche point de tourner leur dogme en ridicule. Mais quand l'Ecriture sainte dit que l'homme parfait est attaché et uni par la vertu à celui qui est essentiellement le Verbe, d'où nous inférons qu'à plus forte raison l'âme de Jésus ne peut être séparée du premier-né de toutes les créatures, il s'en moque et ne peut souffrir que Jésus soit nommé le Fils de Dieu : ce qu'il n'aurait garde de faire, s'il pénétrait le sens mystique et caché de ce que les livres divins nous en disent. Mais pour les personnes qui désirent entendre des vérités bien. suivies et en profiter nous les disposerons à recevoir ce que l'Écriture sainte nous apprend là–dessus, en leur faisant remarquer que, selon les enseignements, toute l'Église de Dieu est le corps de Jésus-Christ ( Col., I, 24) animé par le Fils de Dieu, et que les particuliers qui croient sont les membres de ce corps considéré comme un tout: car comme l'âme anime le corps et lui donne le mouvement animal qu'il n'a pas de lui-même, ainsi le Verbe agissant dans tout son corps qui est l'Église, pour lui donner les mouvements convenables, fait aussi mouvoir chacun des membres qui la composent, de sorte que toutes leurs actions étant dirigées par le Verbe, elles le sont par la raison. Si donc il n'y a rien là, comme je me le persuade qui ne se suive parfaitement, est-il déraisonnable de dire que l'âme de Jésus soit unie au Verbe essentiel d'une union très étroite et d'une manière inconcevable ; que Jésus même tout entier ne puisse être séparé de ce Fils unique de Dieu, le premier-né de toutes les créatures, et qu'il ne soit plus qu'une même chose avec lui?

Mais cela suffit.

XLIX. Voyons ce qu'il ajoute, pour critiquer ce que dit Moïse de la création du monde. C'est une critique qui ne consiste qu'en paroles, et il ne l'appuie pas de la moindre preuve. Il n'y a rien d'extravagant, dit-il, comme leur création du monde. S'il s'était mis en devoir de montrer cette prétendue extravagance, et qu'il en eût allégué quelques raisons, nous tâcherions de nous en défendre. Mais il ne serait pas raisonnable, à mon avis, de nous arrêter, pour un mot dit en l'air, à prouver que son accusation est mal fondée. Si quelqu'un a la curiosité de s'instruire de ce qui nous persuade la création du monde telle que Moïse l'a décrite, et de voir les démonstrations dont nous croyons l'avoir appuyée, il peut lire ce que nous avons écrit sur la Genèse, depuis le commencement du livre jusqu'à ces mots : C'est ici la généalogie des hommes (Gen., V, 1) : où nous tachons de faire voir, par la parole de Dieu, ce que c'est que ce ciel et que cette terre, qui furent créés d'abord ; ce que c'est que cette invisibilité et que cette confusion attribuées à a terre ; ce que c'est que l'abîme, et que les ténèbres qui le couvraient ; ce que c'est que l'eau, et que l'Esprit de Dieu qui était porté dessus; ce que c'est que la lumière créée ; ce que c'est que le firmament distingué du ciel qui fut créé le premier (Gen.. I, 1, etc.), et ainsi du reste.

Il traite aussi d'extravagante l'histoire de la création de l'homme, mais sans rapporter et sans combattre nos preuves. C'est sans doute qu'il ne pouvait opposer rien de solide à ce qui nous est enseigné, que l'homme fut fait selon l'image de Dieu (Gen., I, 27). Il ne comprend pas non plus ce que c'est que le paradis que Dieu avait planté, ni quelle y devait être, dans sa première destination, la vie de l'homme, qui a été changée par accident, lorsque l'homme ayant péché, il fut chassé de ce jardin de délices, et logé à l'opposite. Puisqu'à l'en croire, ce sont là autant d'extravagances, qu'il examine chaque chose en détail, et en particulier celle-ci : Dieu posa des chérubins avec une épée de feu, qu'ils tournaient de tous côtés pour garder le chemin de l'arbre de vie (Gen., Ill, 24). Si ce n'est, peut-être, que quand Moïse a écrit cela, il n'ait eu d'autre dessein que de faire un conte divertissant, à peu près comme les auteurs de l'ancienne comédie, lorsqu'ils disent que Prète fit mourir Bellérophon, et que Pégase était d'Arcadie. Mais pour eux, ils proposaient de faire rire, au lieu qu'il n'est pas vraisemblable que Moïse, qui écrivait des lois pour tout un grand peuple, el qui voulait qu'il les reçut comme de la part de Dieu, ait dit des choses vaines et sans raison ; qu'il n'ail voulu cacher aucun sens sous ces paroles : Dieu posa des chérubins avec une épée de feu, qu'ils tournaient de tous côtés pour garder le chemin de l'arbre de vie; ni sous les autres qui expliquent l'origine des hommes, el dont les mystères font l'étude des sages d'entre les Juifs.

L. Celse touche ensuite les divers sentiments que quelques anciens ont eus sur l'origine du monde et des hommes ; et sans faire autre chose que les proposer tout simplement, il ajoute, que Moïse et les prophètes, qui nous ont laissé leurs écrits, ne connaissant ni la nature du monde ni celle des hommes. Ils ont dit là-dessus de hautes impertinences. S'il marquait ce qui lui fait regarder ces saint écrits comme de hautes impertinences, nous tâcherions encore de combattre ses raisons ; mais, pour imiter ses manières agréables, nous disons à notre tour que Celse ne connaissant point la nature de l'esprit prophétique, et n'en pouvant pénétrer le sens, il a écrit de hautes impertinences, qu'il a eu la vanité de nommer Discours véritable.

Il est vrai qu'il croit avoir nettement conçu et clairement exprimé ce qu'il nous objecte des jours de la création, dont les uns ont précède la lumière, le ciel, le soleil, la lune et les étoiles, et les autres les ont suivis. Mais je n'ai sur cela qu'une question à lui faire : savoir, si quand Moïse dit : C'est là l'histoire de l'origine des hommes, le jour que Dieu créa le ciel et la terre (Gen. II, 4) ; il ne se souvenait plus qu'il venait de dire, que Dieu avait achevé l'ouvrage de la création en six jours (Gen., II, 2).

Il n'y a nulle apparence quo Moïse, après avoir ainsi parlé des six jours, ajoute incontinent, sans vouloir signifier quelque chose de mystérieux. Le jour que Dieu créa le ciel et la terre (Ibid., I, 1). Quelqu'un pourrait s'imaginer que cela se doit entendre de ce qui est dit, qu'au commencement Dieu créa le ciel et la terre (Ibid., I, 3) : mais qu'il prenne garde que ces mots. An commencement Dieu créa le ciel et la terre, sont avant ceux-ci. Que la lumière soit faite, et la lumière fut faite (Ibid., I, 5) : et avant ces autres, Dieu donna à la lumière le nom de jour.

LI. Aller maintenant discourir de la nature des êtres intelligibles et des êtres sensibles, et montrer comment il y a eu des jours destinés pour chacune de ces deux espèces, ce n'est pas ce dont il s'agit; et nous ne saurions ici entrer dans ce détail. Il faudrait des livres entiers, pour expliquer la création telle que Moïse la raconte : et nous l'avons fait, autant que nous en avons été capables, plusieurs années avant cette dispute contre Celse, lorsque nous avons traité, selon notre portée d'alors, des six jours que Moïse attribue à la création du monde. Mais il ne faut pas oublier que dans Isaïe, les oracles divins promettent aux justes, qu'un jour viendra où le soleil ne les éclairera plus; mais où le Seigneur lui-même sera leur lumière pour une éternité, et où Dieu, sera leur gloire (Is., LX, 19). Ce que Celse ajoute est pris des dogmes d'une pernicieuse hérésie dont il a sans doute ouï parler, qui suppose, contre le bon sens, que ce fut par forme de souhait que Dieu dit, Que la lumière soit faite. Il ne se faut pas imaginer, dit-il, que le Créateur ait emprunté d'en haut la lumière, comme quand nous allumons notre chandelle à celle de notre voisin. C'est encore la légère connaissance qu'il peut avoir des maximes impies d'une autre hérésie, qui lui fait dire : Si l'auteur de toutes ces choses est un dieu maudit qui les ait faites malgré le grand Dieu auquel il est opposé, pourquoi ce dernier prêtait-il la lumière à l'autre? Nous sommes si éloignés de vouloir soutenir ces rêveries, que nous sommes tout prêts à les condamner ouvertement comme des erreurs, et d'en entreprendre même la réfutation, non comme Celse, sans les bien savoir, mais avec la connaissance exacte que nous en avons, tant par le rapport de ceux qui y sont engagés, que par la lecture soigneuse de leurs livres.

LII. Il ajoute encore :Je n'examine point maintenant quelle est l'origine, ni quelle doit être la fin du monde ; s'il est incréé et éternel, ou s'il a eu un commencement, mais qu'il ne doive jamais finir, ou si c'est tout le contraire. Je ne suis pas d'avis de l'examiner non plus ; car le dessein que je me suis proposé ne m'y oblige pas. Nous ne disons point aussi sur ces paroles : L'Esprit de Dieu était porté sur les eaux (Gen., I, 2), que l'esprit du grand Dieu se soit mêlé en ces choses comme en des choses où il n'avait nulle part, ni qu'un autre Créateur que le grand Dieu, ayant fait des entreprises injurieuses à cet esprit, sans que le Dieu souverain s'y opposât, il ait été nécessaire de les ruiner. Nous laissons donc à et ceux qui parlent de la sorte, et Celse qui ne les réfute pas comme il devrait ; car il fallait ou qu'il n'en dit rien du tout, ou, qu'après avoir nettement rapporté leur créance, il combattit, selon les mouvements de la charité, ce qu'il y remarquait d'impie. Nous n'avons jamais entendu dire que le grand Dieu, ayant donné son esprit au Créateur, le lui ait redemandé dans la suite.

C'est pourtant cette impiété que Celse attaque lorsqu'il continue ainsi : Quel Dieu a jamais donné une chose pour la redemander ! Si l'on redemande ce que l'on a donné, c'est que l'on en a besoin; mais Dieu n'a besoin de rien. A quoi il ajoute comme un trait excellent contre ceux à qui il en veut : Comment ignorait-il, lorsqu'il le prêta, qu'il le prêtait à un mauvais être? Et encore : Comment se met-il si peu en peine de ce Créateur injuste qui s'élève contre lui?

LIII.

Ensuite, mêlant et confondant, autant que j'en puis juger, hérésie avec hérésie, sans marquer qu'il prend ceci de l'une, et cela de l'autre, il produit ce que nous objectons à Marcion ; et comme ceux de qui il le lient ne l'ont pas peut-être bien instruit, il veut réfuter la réfutation même; mais il le fait d'une manière si basse et si peu digne d'un homme de lettres, qu'il n'y saurait paraître moins de lumières. Voici donc comme il rapporte nos arguments contre Marcion; mais sans avertir que c'est lui qu'il attaque: Pourquoi, dit-il, envoie-t-il secrètement pour détruire les ouvrages du Créateur? Pourquoi y fait-il des entreprises secrètes, subornant et séduisant ceux qu'il peut? Pourquoi flatte-t-il ceux que leur Créateur a condamnés et maudits, comme vous parlez l Pourquoi les enlève-t-il comme un plagiaire ? Pourquoi leur apprend-il à se dérober à leur maître comme des esclaves fugitifs ? Pourquoi leur persuade-t-il de fuir leur père? Pourquoi les adopte-t-il lui-même sans que le père y consente, affectant de prendre te nom de père pour des enfants qui sont à un autre? Sur quoi il s'écrie par forme d'admiration : Voilà, certes, un Dieu bien digne du nom qu'il porte, dont l'ambition est que des criminels, condamnés par un autre que lui, de misérables bannis qui, selon eux-mêmes, ne doivent être regardés que comme des excréments, le reconnaissent pour leur père ? Un Dieu qui n'a pas le pouvoir de prendre et de châtier son envoyé, qui se rebelle contre lui !

Continuant après cela comme s'il parlait à nous qui avouons que ce monde n'est pas l'ouvrage d'un autre dieu, d'un dieu étranger : Si c'est lui, dit-il, qui ait fait toutes ces œuvres, comment, étant Dieu, en a-t-il fait de mauvaises ? Comment est-il incapable d'exhorter et de persuader ? Comment est-il sujet à se repentir, ne voyant que de l'ingratitude et de la méchanceté en ceux qu'il avait faits? Comment est-il réduit à se plaindre et à se vouloir mal de son art, à menacer ses propres enfants et à les détruire ? ou s'il ne les détruit pas, en quel lieu peut-il les transporter hors de ce monde qu'il a fait lui-même? Je ne rois pas qu'il se mette en peine de nous expliquer ici quelle est la nature du mal, bien que les Grecs mêmes, selon qu'ils ont été partagés en diverses sectes, aient eu des opinions différentes touchant les biens et les maux. Il se contente de supposer, comme, une suite de notre créance, de nous qui disons que ce monde est l'ouvrage du grand Dieu ;

il suppose, dis-je, que, selon nous, Dieu est l'auteur du mal ; mais que Dieu en soit l'auteur ou qu'il ne le soit pas, ce n'est toujours que par une suite et par une dépendance du principal dessein. Je suis fort trompé, au reste, si, comme de ce que nous dirons que, ce monde est l'ouvrage du grand Dieu, Celse veut qu'il s'ensuive que Dieu soit l'auteur du mal, on ne peut pas aussi tirer la même conséquence des sentiments auxquels il souscrit; car on peut lui dire tout de même : Si, selon vous, c'est Dieu qui a fait toutes ces œuvres, comment en a-t-il fait de mauvaises ? Comment est-il incapable d'exhorter el de persuader ? Il ne se peut rien de plus inexcusable dans la dispute, que de reprocher à ses adversaires que leurs dogmes sont pernicieux, pendant que les dogmes qu'on tient sont beaucoup plus sujets aux mêmes reproches.

LIV. Mais voyons nous-mêmes, brièvement, ce que la sainte Écriture nous enseigne, touchant les biens et les maux ; et répondons ainsi à ces questions : Comment Dieu a-t-il fait de mauvaises choses? Comment est-il incapable d'exhorter et de persuader? Selon la sainte Écriture, les biens proprement dits ce sont les vertus et les actions vertueuses: comme les maux proprement dits sont les choses contraires à celles-là. Il suffit maintenant de rapporter là-dessus le passage du psaume XXXIII : Mais ceux qui cherchent le Seigneur, ne manqueront d'aucun bien. Venez, mes enfants, écoutez-moi et je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Qui est l'homme qui aime la vie et qui souhaite de voir des jours bons et heureux? Gardez votre langue du mal et tos lèvres de la tromperie : détournez-vous du mal et faites le bien (Ps. XXXIII oo XXXlV, 11, etc.) ; car ces paroles . détournez-vous du mal et faites le bien, ne doivent pas s'entendre des biens el des maux corporels, comme quelques-uns les nomment, ni des biens et des maux extérieurs, mais des biens et des maux de l'âme. Celui donc qui fuit ainsi le bien par l'amour de la vraie vie, ne saurait manquer de la posséder : celui qui souhaite de voir ces jours heureux, ces bons jours auxquels la parole de la justice sert de soleil, il les verra selon son souhait, Dieu le délivrant du présent siècle qui est mauvais (Gal., I, 4), et de ces mauvais jours dont parle S. Paul, quand il dit : Rachetons le temps, car les jours sont mauvais (Ephés., V, 16).

LV. L'on trouve aussi quelquefois, lorsque l'Écriture parle moins proprement, que des choses extérieures et corporelles, celles qui contribuent à l'entretien de la vie que nous tenons de la nature, sont nommées biens, comme celles qui y sont contraires, passent pour des maux ; car c'est en ce sens que Job disait à sa femme : Si nous avons reçu les biens de la main de Dieu, ne nous soumettrons- nous pas aux maux qu'il nous envoie (Job, II, 10) ?

Comme donc l'Écriture sainte introduit en quelque endroit Dieu disant de lui-même : C'est moi qui donne la paix, et c'est moi qui crée les maux (Is., XLV, 7), et que ailleurs elle dit de lui : Il est descendu des maux, de la part de Dieu, sur les portes de Jérusalem; un grand bruit de chariots et de cavalerie : ( Mich., I, 12, et XIII). plusieurs n'ont pu lire cela sans en être embarrassés, ne comprenant pas ce que l'Écriture entend quand elle parle des biens et des maux. Il y a de l'apparence que c'est de là aussi que Celse a pris occasion de se former ce doute : Comment Dieu a-t-il fait de mauvaises choses ? Peut-être même qu'il s'est rencontre quelqu'un qui, s'exprimant et se défendant sur ces matières d'une façon peu exacte, lui adonné lieu de parler de la sorte. Pour nous nous disons que Dieu n'est point l'auteur du mal, c'est-à-dire du vice et des actions vicieuses; car si Dieu était l'auteur du mal proprement ainsi nommé, comment pourrait subsister la doctrine du dernier jugement, où les méchants doivent être punis de leurs crimes à proportion que leurs crimes seront grands, et où les gens de bien, qui se seront adonnés à la vertu, doivent être mis en possession du bonheur et des récompenses que Dieu leur préparé? Je sais que ceux qui sont assez téméraires pour soutenir que Dieu est même l'auteur de ces sortes de maux, allégueront ici quelques passages de l'Écriture, ne pouvant l'accorder avec elle-même, lorsque d'un côté elle condamne les pécheurs et loue les justes, et que de l'autre elle ne laisse pas de dire des choses qui, bien qu'en petit nombre, semblent capables de donner d'autres pensées à ceux qui ne la lisent pas avec le discernement nécessaire. Le nombre de ces passages n'est pas néanmoins si petit, et l'explication ne s'en peut pas faire en si peu de paroles que je juge à propos de m'y arrêter en ce lieu.

Je me contenterai donc de dire, que s'il s'agit des maux proprement ainsi nommés, Dieu n'en est point l'auteur; quoiqu'il y en ait quelques-uns, en petite quantité, si on les compare au grand ouvrage de l'univers, qui sont une suite et une dépendance de ses véritables œuvres : comme le charpentier par une suite du travail qu il a entrepris, fait les copeaux et la sciure de bois ; et comme l'architecte semble être l'auteur de ces éclats de pierre et de ces superfluités de mortier qui font des monceaux d'ordures dans les places où l'on bâtit.

LVI. Mais si l'on entend les maux extérieurs et corporels qui ne portent ce nom qu'improprement, on peut accorder que Dieu ait fait quelquefois de ces maux-là à dessein de convertir quelqu'un. Et je ne vois pas que l'on y puisse rien trouver à redire ; car comme quand nous donnons improprement le nom de mal à la douleur de ceux qui sont châties par leurs pères, par leurs maîtres ou par leurs gouverneurs, ou à celle que le médecin cause, à ses malades par le fer et par le feu qu'il emploie pour leur guérison, nous ne prétendons pas blâmer ni ces pères, ces gouverneurs et ces maîtres, ni le médecin, en disant qu'ils ont fait du mal à ceux qu'ils ont traités de la sorte : tout de même quand on dira que Dieu a fait cette espèce de maux pour la conversion el pour la correction de ceux qui avaient besoin de ce remède, on ne doit trouver là rien d'absurde. On ne doit point s'étonner qu'il descende des maux de la part de Dieu sur les portes de Jérusalem (Mich., I, 12), des maux qui ne sont autre chose que les peines qu'elle souffre, par les mains de ses ennemis, et dont sa conversion sera le fruit, ni que Dieu châtie avec la verge les fautes de ceux qui abandonnent sa loi, et qu'il punisse leurs iniquités par des fléaux (Ps. LXXXVIII ou LXXXIX, 31 et 33), ni qu'il dise : Tu as des charbons de feu, assieds-toi dessus, et tu y trouveras du secours (Is., IV, 14, 15).

Nous expliquerons encore dans le même sens ces autres paroles : C'est moi qui donne la paix, et c'est moi qui crée les maux (Ibid., XLV, 7). Dieu crée les maux extérieurs et corporels, pour châtier et pour corriger les personnes qui n'ont pas voulu se rendre aux enseignements de la parole et de la sainte doctrine. Voilà pour la question : Comment Dieu a-t-il fait de mauvaises choses ?

LVII. Quant à l'autre : Comment est-il incapable d'exhorter et de persuader? nous avons déjà dit que si cette objection était bien fondée, elle regarderait tous ceux qui reconnaissent la Providence. Qui voudrait y répondre pourrait dire que Dieu n'est nullement incapable d'exhorter, puisqu'il fait de continuelles exhortations, et dans toute son Écriture, et par la bouche de ceux qui sont établis par un effet de sa grâce, pour enseigner les autres hommes. Si ce n'est que l'on veuille attribuer une nouvelle signification au mot d'exhorter, comme s'il voulait dire, toucher celui que l'on exhorte et lui faire passer l'exhortation jusque dans le cœur, ce qui est fort éloigné de l'usage commun.

Sur le, Comment est-il incapable de persuader ? où tous les défenseurs de la Providence n'ont pas moins d'intérêt, on dirait pareillement que le verbe être persuadé, étant du nombre de ceux qui marquent une double action, comme être rasé en marque deux, l'une de celui qui rase, et l'autre de celui qui se fait raser, Il est nécessaire que dans la persuasion, il y ait et l'action de celui qui persuade et la soumission, s'il faut ainsi dire, de celui qui est persuadé, ou l'acte par lequel il reçoit ce qu'on lui propose. Ainsi quand les hommes ne sont pas persuadés, on doit dire que cela vient non de ce que Dieu est incapable de persuader, mais de ce que quelque capable qu'il en soit, ils ne reçoivent pas les vérités qu'il leur présente.

On peut sans se tromper en dire autant de ces hommes qu'on appelle les artisans de la persuasion ; car il se eut faire qu'un homme sache parfaitement tous les préceptes de la rhétorique et qu'il les mette en pratique avec toutes les finesses de l'art, n'oubliant rien de ce qui est capable de persuader, sans que pourtant il persuade, à en juger par l'événement, parce qu'il ne peut vaincre l'obstination de celui à qui il a affaire. Qu'il soit vrai au reste, qu'encore que Dieu parle d'une manière très propre à persuader, la persuasion néanmoins ne vienne pas de lui, c'est ce que S. Paul enseigne évidemment lorsqu'il dit : La persuasion où vous êtes ne vient pas de celui qui vous appelle (Gal., V, 8). C'est encore ce qui se recueille de ces autres paroles : Si vous voulez m'obéir, vous serez rassasiés des biens de la terre; mais si vous ne le voulez pas et que volis me résistiez, l'épée vous dévorera (Is., I, 16, 20 ). Car afin qu'un homme défère aux exhortations qui lui sont faites et qu'ainsi il se rende digne de ce que Dieu promet à ceux qui lui obéissent, il faut qu'il acquiesce à ce qu'on lui dit et qu'il y soumette sa volonté ce qui ne pouvait être plus vivement exprimé, à mon avis, que par ces paroles du Deutéronome : Maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur votre Dieu désire de vous, si ce n'est que vous craigniez le Seigneur, votre Dieu, que vous marchiez dans toutes ses voies, que vous l'aimiez et que vous observiez ses commandements (Deut., X, 12, 13).

LVIII. Il faut présentement répondre à ceci : Comment est-il sujet à se repentir, ne voyant que de l'ingratitude et de la méchanceté en ceux qu'il avait faits? Comment est-il réduit à se plaindre et à se vouloir mal de ton art, à menacer ses propres enfants et à les détruire? C'est une altération et une falsification de ce passage de la Genèse : Le Seigneur Dieu voyant que les crimes des habitants de la terre s'étaient multipliés, et que les hommes n'avaient tous chaque jour dans le coeur d'autre soin ni d'autre pensée que de faire du mal, il fit réflexion que c'était lui qui avait fait l'homme sur la terre, et rentrant en lui-même, il dit : J'exterminerai tant les hommes que le bétail, tant les reptiles que les oiseaux du ciel. Car j'ai fait réflexion sur ce que c'est moi qui les ai faits (Gen., VI 5, VI, 6). Celse veut que ce qu'il exprime soit la même chose que ce qui est écrit ; quoique ce qui est écrit ne soit pas pourtant ce qu'il exprime ; car il n'est point là parlé du repentir de Dieu ; il n'est point dit qu'il se plaigne et qu'il se veuille mal de son art.

S'il semble qu'il use de menaces et qu'il détruise ses propres enfants par le déluge, il faut dire à cela que l'âme de l'homme étant immortelle, ce qu'on prend pour des menaces sont des moyens pour convertir ceux à qui elles s'adressent ; et que le déluge qui a détruit les hommes, a servi a nettoyer la terre conformément à ce que de grands philosophes d'entre les Grecs ont dit : Quand les dieux viennent nettoyer la terre (Platon dans son Timée). Pour les expressions humaines dont on se sert en parlant de Dieu, nous en avons assez traité ci-devant.

LIX. Celse soupçonnant ensuite ou voyant même clairement ce qu'on lui peut répondre sur le sujet de ceux qui périrent par le déluge ajoute : Ou s'il ne détruit pas ses propres enfants, en quel lieu peut-il les transporter, hors de ce monde qu'il a fait lui-même ? Nous lui dirons donc que ce n'est pas hors de ce grand monde composé du ciel et de la terre, que Dieu transporta ceux qui moururent dans les eaux du déluge ; mais qu'il les retira de cette vie charnelle, et que leur faisant quitter leurs corps, il leur fit aussi quitter la terre, qui dans l'Écriture porte souvent le nom de monde, principalement dans l'Évangile selon S. Jean. Comme quand il y est dit: C'était la vraie lumière qui illumine tout homme venant dans le monde (Jean, I, 9), le monde, c'est-à-dire ces lieux terrestres, lit ailleurs, Vous aurez des afflictions dans te monde, mais avez confiance, j'ai vaincu le monde (Jean, XVI, 33). Si donc, par le monde, on entendait cette basse région, il n'y aurait rien d'absurde à dire que Dieu transporte quelqu'un hors du monde. Mais si par le monde, on entend l'univers qui renferme le ciel et la terre, ce n'est pas hors du monde pris en ce sens que ceux qui périrent par le déluge furent transportés. Quoiqu'à considérer ces paroles : Nous ne regardons point les choses visible mais les invisibles (II Cor., IV. 18) ; et ces autres : Ce qui est invisible en Dieu est visible en ses ouvrages, et s'y fait connaître depuis la création du monde (Rom., I, 20), on puisse dire que ceux qui s'attachent aux choses invisibles et immatérielles, sont sortis hors du inonde ; le Verbe (qui est la souveraine raison), les en ayant tirés et les ayant transportés au-dessus des cieux pour contempler ce qu'il y a de plus beau et de plus noble.

LX. Après cela comme si Celse ne se proposait que de grossir son livre, il répète en d'autres termes les mêmes choses à peu près qu'il venait de dire et que nous ne faisons que d'examiner. Il n'y a rien de plus ridicule, que de partager la création du monde en plusieurs jours avant qu'il y eût des jours; car comment pouvait-il y en avoir avant que les deux fussent faits, que la terre fut bâtie, et. que le soleil eût commencé à se mouvoir ? C'est ce qu'il venait de dire. Et qu'est-ce autre chose que ce qu'il dit maintenant? Considérons encore, reprenant les choses de plus haut, combien il est absurde de faire dire au grand Dieu, au Dieu souverain par forme de commandement : Que ceci ou que cela se fasse; et de l'introduire,travaillant le premier jour à une chose le lendemain à une autre, et avançant de plus en plus, le troisième, le quatrième et le cinquième jour jusqu'au sixième.

Nous avons déjà fait ce qui dépendait de nous pour éclaircir ces commandements, Que ceci ou que cela se fasse ; en rapportant ce passage : Il a parlé, et tout a été fait ; il a commandé et tout a été créé (Ps. XXXII ou XXXIII,9, et CXLVIII, 5), et en montrant que l'Ouvrier immédiat du monde celui qui, pour ainsi dire, a mis la main à l'œuvre, c'est le Fils de Dieu nue nous nommons le Verbe; mais que le Père du Verbe en est l'ouvrier primitif, en ce qu'il a commandé à son Fils de faire le monde.

Pour ce qui est des six jours de la création (Gen., I, 3, etc.) ; comment la lumière fut faite le premier jour, et le firmament le second ; comment le troisième, les eaux qui étaient sous le ciel, furent rassemblées dans leur grand réservoir, et qu'ainsi la terre poussa ce qu'elle produit par la seule force de la nature: comment le quatrième jour, les grands astres furent créés avec les étoiles: le cinquième, les animaux aquatiques le sixième, les terrestres et l'homme, c'est ce que nous avons expliqué selon notre pouvoir dans nos Commentaires sur la Genèse Et ci-dessus même, pour montrer qu'il ne faut pas prendre les choses à la lettre, comme font ceux qui croient que l'espace de six jours a été effectivement employé à la création du monde, nous avons allégué ces paroles : C'est là l'histoire de l'origine du ciel et de la terre; c'est ainsi qu'ils furent faits, le jour que Dieu créa le ciel et la terre (Gen.. II, 4)

LXI.

Celse fait bien voir dans ce qui suit qu'il n'entend pas ce passage: Dieu acheva ses œuvres le sixième jour, et les ayant toutes faites, il cessa de travailler le septième. Dieu donc bénit le septième jour et il le sanctifia; parce que ce jour là il avait cessé de travailler à toutes les œuvres qu'il avait entreprit de faire (Ibid., II, 2 et 3). Il s'imagine que ces deux façons de parler: Il cessa de travailler le septième jour; et il se reposa le septième jour, soient la même chose, et dans relie pensée, il ajoute : Après tout cela, l'on dirait d'un lâche ouvrier qui, tout fatigué, a besoin de ne rien faire pour rétablir ses forces par le repos. Mais il parle ainsi, parce qu'il ne sait pas ce que c'est que ce jour du sabbat, ou du repos de Dieu, qui doit succéder à la création continuelle dont la durée du morde est la mesure (Hébr., IV, 9) : ce jour qui sera un jour de fête pour ceux aussi qui. comme Dieu, auront fait toutes leurs œuvres pendant les six jours précédents, et qui pour n'avoir négligé aucune partie de leur devoir, auront été élevés à la contemplation des biens célestes, et reçus en l'assemblée des saints et des bienheureux qui en jouissent. (Hébr. XIIl, 23) Il continue comme s'il trouvait dans l'Écriture ou que nous disions, au moins nous-mêmes que, Dieu étant fatigué, eut besoin de repos. La nature du choses ne permet pas, dit-il, que le grand Dieu se fatigue ni qu'il travaille de la main, ni même qu'il commande. Celse dit qu'il ne se peut faire que le grand Dieu se fatigue. Mais nous disons de Dieu le Verbe qu'il ne se peut fatiguer non plus ; nous le disons même de tous ces êtres d'un ordre supérieur, et voisins de la Divinité : car la fatigue n'est que pour les êtres corporels. Je vous laisse à examiner si c'est pour tous les êtres corporels, quels qu'ils soient, ou seulement pour les corps terrestres et pour ceux qui sont d'une condition peu élevée au-dessus des corps terrestres. Il ajoute que le grand Dieu n'est pas pour travailler de la main. Si l'on prend proprement les mots de travailler à la main, ce qui est dit du grand Dieu se peut dire et d'une divinité du second rang, et de tous les êtres qui ont quelque chose de divin.

Mais posé que cela se doive entendre en un sens impropre et figuré, de la manière que nous entendons ce passage : Le firmament publie ¡es ouvrages des mains de Dieu (Ps. XVIII ou XIX, 1 ), et celui-ci : ses mains ont formé le ciel (Ps. CI ou CII, 20) ; et s'il y en a quelque autre de semblable, où nous expliquons allégoriquement les mains et les autres membres attribués à Dieu, qu'y a-t-il d'étrange que Dieu travaille de la main en ce sens? Et s'il n'est pas étrange que Dieu travaille de la sorte, il ne l'est pas non plus qu'il commande : car ce qui est exécuté par celui à qui le commandement s'adresse ne peut être que bon et louable, puisque c'est Dieu qui en donne l'ordre.

LXII. Je ne sais si c'est de lui-même que Celse, en poursuivant, donne un mauvais sens à ces paroles : Le Seigneur a prononcé cela de sa bouche (Is., I, 20 ), ou si elles lui ont été mal expliquées par des personnes peu intelligentes; mais quoi qu'il en soit, il ignore que c'est l'usage de l'Écriture d'exprimer les vertus de Dieu par les noms des parties de notre corps, lorsqu'il ajoute, que Dieu n'a ni bouche ni voix.

Il est très constant que Dieu n'a point de voix, si la voix est un air ébranlé, ou une secousse de l'air, ou une modification de l'air, ou telle autre chose, suivant la définition qu'en donnent ceux qui sont savants en ces matières. Mais ce que l'on nomme la voix de Dieu est de telle nature, qu'il est dit de celle voix, qu'elle a été vue du peuple, selon ce passage : Tout le peuple voyait la voix de Dieu (Exode. XX, 18) : en prenant le mot de voir, spirituellement, pour parler avec l'Écriture. Il dit ensuite qu'il n'y a même en Dieu aucune autre de ces choses qui tombent sous notre connaissance. Mais il n'explique point quelles sont ces choses qui tombent sous notre connaissance. S'il entend par là des membres corporels, nous sommes d'accord avec lui, supposant que les choses qui tombent sous notre connaissance ne sont autres que celles que nous connaissons d'une manière corporelle et par la voie la plus commune . qui est celle des sens. Mais s'il faut entendre en général toutes les choses que nous connaissons, nous connaissons beaucoup de choses, que l'on peut attribuer à Dieu : car il possède la vertu, la béatitude, la Divinité. Enfin si l'on veut prendre ces paroles en un sens plus sublime, comme rien ne tombe sous noire connaissance qui ne soit infiniment au-dessous de Dieu, nous ne croirons point nous éloigner de la raison en reconnaissant avec Celse, qu'il n'y a en Dieu aucune de ces choses qui tombent sous notre connaissance; car ce qui se trouve en lui est bien plus excellent que toutes les choses qui tombent sous la connaissance, non seulement des hommes, mais des êtres mêmes auxquels la nature humaine est inférieure. Si Celse avait lu dans les prophètes ce que dit David : Mais toi, tu es toujours le même (Ps. et ou Cil, 28), et ce que dit Malachie, si je ne me trompe : Je ne change point (Malach., III, 6 ), il saurait qu'aucun de nous ne dit qu'il y a du changement en Dieu, soit de fait, soit de pensée; car Dieu demeurant toujours le même, dispose des choses sujettes au changement, et il les gouverne conformément à leur nature par les soins que son Verbe en veut prendre.

LXIII.

Ce qu'il dit ensuite fait voir qu'il ne connaît pas la différence qu'il y a entre être fait selon l'image de Dieu et être l'image de Dieu (Col., I, 15). L'image de Dieu, c'est le premier né de toutes les créatures (Sag., VII, 26; son Verbe divin, la sagesse et la vérité même, qui est l'image de sa bonté (Gen., I, 27 ) : mais pour l'homme, il a été fait selon l'image de Dieu. D'ailleurs, tout homme qui a Jésus- Christ pour chef, est l'image et la gloire de Dieu (Cor., XI, 3,7). Celse ne s'arrête point a cela, et sans examiner quel est en l'homme ce caractère de l'image de Dieu, savoir, de posséder une nature qui n'a jamais eu ou qui n'a plus le vieil homme, ni ses oeuvres, ce qui fait dire de ceux qui sont en ces termes, qu'ils sont faits à l'image de leur Créateur, Dieu n'a point fait l'homme, dit-il, pour être son image. Car Dieu n'a point la forme de l'homme, ni d'aucune autre chose sensible (Col., III, 9, 10). Que veut-il dire, de supposer comme il fait que dans un composé tel que l'homme, ce soit le corps, la partie la moins noble qui porte l'image de Dieu? S'il n'y avait que le corps qui portât cette image, l'âme, la principale partie, n'en aurait aucun trait; le seul corps, qui est périssable, serait fait à l'image de Dieu, ce qu'aucun de nous n'a jamais dit. Si l'on dit que cela regarde les deux ensemble, il faudrait que Dieu fût composé, et comme fait lui-même d'un corps et d'une âme, afin que son âme eût du rapport à ce qu'il y aurait de plus excellent dans cette image, et son corps, ce qui le serait moins : ce que nous ne disons point non plus. Il reste donc que l'avantage d'être fait à l'image de Dieu appartienne à ce que nous nommons l'homme intérieur qui se renouvelle (Ephés., III, 16 ), et qui est propre à représenter l'image de son Créateur (Col., III, 16) : ce qui se rencontre en ceux qui sont parfaits comme leur Père céleste est parfait (Matth., V, 4, 8) ; en ceux qui veulent être saints comme le Seigneur leur Dieu est saint (Lev., XIX, 2); et qui ayant appris à être les imitateurs de Dieu (Ephés., V,1), reçoivent dans une âme vertueuse les traits de son image. Le corps même de ceux qui ont une âme ainsi disposée est le temple de Dieu (I Cor., Ill, 16, VI,19) : car, étant formés à l'image de Dieu, ils ont Dieu lui-même dans leur âme, puisqu'ils y ont reçu l'empreinte de ses vertus.

LXIV. Celse fait après cela de lui-même une longue liste d'autres choses qu'il nous attribue, comme si c'était notre créance, bien qu'aucun chrétien de bon sens ne les admette. Car qui de nous a jamais dit que la figure et la couleur convinssent à Dieu? Le mouvement ne lui convient point non plus, à lui qui, ayant une nature ferme et stable, exhorte le juste à l'imiter en cela. Toi, dit-il, demeure ici avec moi (Deut., V, 31). S'il y a des passages qui semblent marquer en Dieu quelque mouvement, comme quand il est dit : ils entendirent sur le midi la voix du Seigneur Dieu, qui se promenait dans le jardin (Gen., III, 8), il ne faut entendre ce mouvement de Dieu que par rapport aux pécheurs qui se le figuraient , ou il faut l'entendre de la même manière que l'on entend le sommeil , la colère ( Ps. XLIIII ou XLIV.24. ; Ps. LXXVII ou LXXVIII, 31) et les autres choses semblables qui sont attribuées à Dieu par allégorie. Il en est de même encore de la substance.

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