Le Porche du mystère de la deuxième vertu (page 8)
Ainsi cette brebis était perdue, ainsi cette brebis était morte,
Ainsi cette âme était morte et de sa propre mort elle est ressuscitée d’entre les mortes.
Elle a fait trembler le cœur même de Dieu.
Du tremblement de la crainte et du tremblement de l’espoir.
Du tremblement même de la peur.
Du tremblement d’une inquiétude
Mortelle.
Et en suite, et ainsi, et aussi
De ce qui est lié à la crainte, à la peur, à l’inquiétude.
De ce qui suit la crainte, la peur, l’inquiétude.
De ce qui marche avec elles, de ce qui est lié à la crainte, à la peur, à l’inquiétude
D’une liaison indéliable, d’une liaison indéfaisable,
Temporelle, éternelle, d’un indéfaisable lien
Elle a fait trembler le cœur de Dieu
Du tremblement même de l’espérance,
Elle a introduit au cœur même de Dieu la théologale
Espérance.
Voilà, mon enfant, quel secret. Voilà quel mystère.
Voilà quelle grandeur, (cachée), quelle source incroyable de grandeur il y a dans cette pénitence.
Dans cette honteuse pénitence. Secrètement, publiquement honteuse et réellement
Peut-être la plus glorieuse de toutes. C’est qu’une pénitence de l’homme
Est un couronnement d’une espérance de Dieu.
Cette honteuse pénitence, honteuse de soi, et qui ne sait où se cacher,
Où cacher sa tête, honteuse, sa tête rouge de honte, pourpre de honte,
Sa tête couverte de cendre et de terre,
En signe de honte et de repentir,
Où cacher sa honte et son péché.
Mais Dieu n’a point honte d’elle.
Car l’attente de cette pénitence,
L’attente anxieuse, l’espérance de cette pénitence
A fait jouer l’espérance au cœur de Dieu,
A fait surgir un sentiment nouveau,
Presque inconnu, comme inconnu, je sais bien ce que je veux dire,
A fait sourdre, a fait battre un sentiment comme inconnu au cœur même de Dieu.
Au cœur comme nouveau.
D’un Dieu comme nouveau. Je m’entends, je sais ce que je veux dire.
D’un Dieu éternellement nouveau.
Et cette pénitence même
A été pour lui, en lui, le couronnement d’une espérance
Car tous les autres Dieu les aime en amour.
Mais cette brebis Jésus l’a aimée aussi en espoir.
Et tous les autres, tout le monde Dieu nous aime en charité.
Mais le pécheur il y a eu un jour où Dieu l’a aimé en espérance.
Il faut tout prendre au pied de la lettre, mon enfant.
Dieu a espéré, Dieu a attendu de lui.
Dieu, qui est tout, a eu quelque chose à espérer, de lui, de ce pécheur. De ce rien. De nous. Il a été mis, à ce point, il s’est mis à ce point, sur ce pied d’avoir à espérer, à attendre de ce misérable pécheur.
Telle est la force de vie de l’espérance, mon enfant,
La force de vie, la promesse, la vie, la force de vie et de promesse qui source au cœur de l’espérance
Et qui rejaillit dans la pénitence même,
Dans la basse pénitence.
Telle la force unique de sève au cœur d’un chêne.
Nous sommes tous enfants de Dieu, mon enfant, également ; sur le même pied.
Il faut tout entendre au pied de la lettre, mon enfant, littéralement cette âme qui a fait jouer l’espérance de Dieu, qui a couronné l’espérance de Dieu
Comme Jésus morte (plus morte que Jésus) de sa propre mort est ressuscitée d’entre les mortes.
(Plus morte que Jésus, infiniment plus morte, éternellement plus morte, car elle était morte de la mort éternelle).
Comme Jésus elle est ressuscitée d’entre les morts.
Et comme nous sonnons nos Pâques à toute volée pour célébrer la résurrection de Jésus,
Christ est ressuscité !
Ainsi Dieu pour chacune âme qui se sauve sonne pour nous des Pâques éternelles.
Et il dit : Je l’avais bien dit.
Singulier renversement, singulier retournement, c’est le monde à l’envers.
Vertu de l’espérance.
Tous les sentiments que nous devons avoir pour Dieu,
C’est Dieu qui a commencé de les avoir pour nous.
C’est lui qui s’est mis à ce point, sur ce pied, qui y a été mis, qui a souffert d’y être mis, à ce point, sur ce pied, de commencer de les avoir pour nous.
Singulière vertu de l’espérance, singulier mystère, elle n’est pas une vertu comme les autres, elle est une vertu contre les autres.
Elle prend le contre-pied de toutes les autres. Elle s’adosse pour ainsi dire aux autres, à toutes les autres.
Et elle leur tient tête. À toutes les vertus. À tous les mystères.
Elle les remonte pour ainsi dire, elle va à contre courant.
Elle remonte le courant des autres.
Elle n’est point une esclave, cette enfant est une forte tête.
Elle réplique pour ainsi dire à ses sœurs ; à toutes les vertus, à tous les mystères.
Quand ils descendent elle remonte, (c’est très bien fait),
Quand tout descend seule elle remonte et ainsi elle les double, elle les décuple, elle les agrandit à l’infini.
C’est elle qui a fait ce renversement, ce retournement le plus fort de tout,
(C’est peut-être ce qu’elle a fait de plus fort),
(Qui eût cru que tant de pouvoir, qu’un pouvoir suprême était donné à cette petite
Espérance)
Ce retournement que tout ce que nous devons faire pour Dieu,
C’est Dieu qui prend les devants, qui commence de le faire pour nous.
Tout ce que nous devons lui dire, lui faire, faire envers lui.
Et tout ce que nous devons avoir pour Dieu.
C’est Dieu qui commence par l’avoir pour nous.
Celui qui aime se met, par cela même,
Par cela seulement, dès par cela dans la dépendance,
Celui qui aime tombe dans la servitude de celui qui est aimé.
C’est l’habitude, c’est la loi commune.
C’est fatal.
Celui qui aime tombe, se met sous la servitude, sous un joug de servitude.
Il dépend de celui qu’il aime.
C’est pourtant cette situation-là, mon enfant, que Dieu s’est faite, en nous aimant.
Dieu a daigné espérer en nous, puisqu’il a voulu espérer de nous, attendre de nous.
Situation misérable, (en) récompense de quel amour,
Gage, rançon de quel amour.
Singulière récompense. Et qui était dans la condition, dans l’ordre même, dans la nature de cet amour.
Il s’est mis dans cette singulière situation, retournée, dans cette misérable situation que c’est lui qui attend de nous, du plus misérable pécheur.
Qui espère du plus misérable pécheur.
Qui ainsi dépend du plus misérable pécheur.
Et nous.
Voilà où il s’est laissé conduire, par son grand amour, voilà où il s’est mis, où il a été mis, où enfin il s’est laissé mettre.
Voilà où il en est, où il est.
Où nous devons être, c’est lui qui s’est mis.
À ce point, sur ce pied.
Qu’il a à craindre, à espérer, enfin à attendre du dernier des hommes.
Qu’il est aux mains du dernier des pécheurs.
(Mais le corps de Jésus, dans toute église, n’est-il pas aux mains du dernier des pécheurs.
À la merci du dernier des soldats)
Qu’il a à redouter, tout, de nous.
(Qu’il ait à redouter, c’est déjà trop, c’est déjà tout),
(Si peu que ce fût, et ici c’est tout)
(Si peu que ce fût, quand ce ne serait presque rien, rien pour ainsi dire)
Telle est la situation où Dieu par la vertu de l’espérance
Pour faire le jeu de l’espérance,
S’est laissé mettre
En face du pécheur.
Il craint de lui, puisqu’il craint pour lui.
Tu comprends, je dis : Dieu craint du pécheur, puisqu’il craint pour le pécheur
Quand on craint pour quelqu’un, on craint de ce quelqu’un.
C’est à cette loi commune que Dieu s’est laissé mettre.
Et soumettre.
À ce niveau commun.
C’est à cette loi commune qu’il a souffert d’être mis.
Il faut qu’il attende le bon plaisir du pécheur.
Il s’est mis sur ce pied.
Il faut qu’il espère dans le pécheur, en nous.
Il faut, c’est insensé, il faut qu’il espère que nous nous sauvions.
Il ne peut rien faire sans nous.
Il faut qu’il écoute nos fantaisies.
Il faut qu’il attende que monsieur le pécheur veuille bien un peu penser à son salut.
Voilà la situation que Dieu s’est faite.
Celui qui aime tombe sous la servitude de celui qui est aimé.
Par là même.
Celui qui aime tombe sous la servitude de celui qu’il aime.
Dieu n’a pas voulu échapper à cette loi commune.
Et par son amour il est tombé dans la servitude du pécheur.
Retournement de la création, c’est la création à l’envers.
Le Créateur à présent dépend de sa créature.
Celui qui est tout s’est mis, a souffert d’être mis, s’est laissé mettre sur ce niveau.
Celui qui est tout dépend, attend, espère de ce qui n’est rien.
Celui qui peut tout dépend, attend, espère de ce qui ne peut rien,
(Et qui peut tout, hélas, car on lui a tout remis,
On lui a tout confié,
On lui a tout donné,
On lui a tout remis, en mains, dans ses mains pécheresses,
En confiance,
En espérance,
On lui a tout permis.
En toute confiance.
On lui a remis, on lui a permis son propre salut, le corps de Jésus, l’espérance de Dieu.
Dieu s’est mis sur ce pied. Comme la plus misérable créature a pu librement
Souffleter librement la face de Jésus,
Ainsi la dernière des créatures peut faire mentir Dieu
Ou lui faire dire vrai.
Effrayante remise.
Effrayant privilège, effrayante responsabilité.
Comme Jésus dans les siècles des siècles a remis son corps
Dans les pauvres églises
À la discrétion du dernier des soldats,
Ainsi Dieu dans les siècles des siècles a remis son espérance
À la discrétion du dernier des pécheurs.
Comme la victime se rend aux mains du bourreau,
Ainsi Jésus s’est livré en nos mains.
Comme la victime se livre au bourreau,
Ainsi Jésus s’est livré à nous.
Et comme le prisonnier se livre au gardien de prison,
Ainsi Dieu s’est livré à nous.
Comme le dernier des misérables a pu souffleter Jésus,
Et il fallait qu’il en fût ainsi,
Ainsi le dernier des pécheurs, un malheureux infirme,
Le plus infime des pécheurs peut faire avorter, peut
faire aboutir
Une espérance de Dieu ;
Le plus infime des pécheurs peut découronner, peut
couronner
Une espérance de Dieu.
Et c’est de nous que Dieu attend
Le couronnement ou le découronnement d’une
espérance de lui.
Effrayant amour, effrayante charité,
Effrayante espérance, responsabilité vraiment effrayante,
Le Créateur a besoin de sa créature, s’est mis à avoir besoin de sa créature.
Il ne peut rien faire sans elle.
C’est un roi qui aurait abdiqué aux mains de chacun de ses sujets
Simplement le pouvoir suprême.
Dieu a besoin de nous, Dieu a besoin de sa créature.
Il s’est pour ainsi dire condamné ainsi, condamné à cela.
Il manque de nous, il manque de sa créature.
Celui qui est tout a besoin de ce qui n’est rien.
Celui qui peut tout a besoin de ce qui ne peut rien,
Il a remis ses pleins pouvoirs.
Celui qui est tout n’est rien sans celui qui n’est rien.
Celui qui peut tout ne peut rien sans celui qui ne peut rien.
Ainsi la jeune espérance
Reprend, remonte, refait,
Redresse tous les mystères
Comme elle redresse toutes les vertus.
Nous pouvons lui manquer.
Ne pas répondre à son appel.
Ne pas répondre à son espérance. Faire défaut. Manquer. Ne pas être là.
Effrayant pouvoir.
Les calculs de Dieu par nous peuvent ne pas tomber juste.
Les prévisions, les prévoyances, les providences de Dieu
Par nous peuvent ne pas tomber juste,
Par la faute de l’homme pécheur.
Les conseils de Dieu par nous peuvent manquer.
La sagesse de Dieu par nous peut défaillir.
Effrayante liberté de l’homme.
Nous pouvons faire tout manquer.
Nous pouvons être absents.
Ne pas être là le jour qu’on nous appelle.
Nous pouvons ne pas répondre à l’appel
(Excepté dans la vallée du Jugement)
Effrayante faveur.
Nous pouvons manquer à Dieu.
Voilà le cas où il s’est mis,
Le mauvais cas.
Il s’est mis dans le cas d’avoir besoin de nous.
Quelle imprudence. Quelle confiance.
Bien, mal placée, cela dépend de nous.
Quelle espérance, quelle opiniâtreté, quel parti-pris,
quelle force incurable d’espérance.
En nous.
Quel dépouillement, de soi, de son pouvoir.
Quelle imprudence.
Quelle imprévision, quelle imprévoyance,
Quelle improvidence
de Dieu.
Nous pouvons faire défaut.
Nous pouvons faire faute.
Nous pouvons être défaillants.
Effrayante faveur, effrayante grâce.
Celui qui fait tout s’adresse à celui qui ne peut rien
Faire.
Celui qui fait tout a besoin de celui qui ne fait rien.
Et comme nous sonnons à toutes volées nos Pâques,
À pleine volée,
Dans nos pauvres, dans nos triomphantes églises,
Dans le soleil et le beau temps du jour de Pâques,
Ainsi Dieu pour chacune âme qui se sauve
Sonne à pleine volée des Pâques éternelles.
Et dit : Hein, je ne m’étais pas trompé.
J’avais raison d’avoir confiance dans ce garçon-là.
C’était une bonne nature. Il était de bonne race.
Fils de bonne mère. C’était un Français.
J’ai eu raison de lui faire confiance.
Et nous nous avons nos dimanches,
Notre beau dimanche, le dimanche de Pâques,
Et le lundi de Pâques,
Et même le mardi de Pâques, qui est aussi fête,
Tellement la fête est grande.
(C’est la fête de saint Loup).
Mais Dieu a aussi ses dimanches dans le ciel.
Son dimanche de Pâques.
Et il a aussi des cloches, quand il veut.
Et qu’est-ce que c’est aussi que ces dix drachmes.
Qui est comme qui dirait dix livres parisis.
Qu’est-ce que c’est encore que cette affaire des dix drachmes.
Qu’est-ce qu’elle vient faire ici cette drachme qui en vaut neuf autres.
Drôle de calcul, comme qui dirait une livre parisis qui vaut neuf autres livres parisis,
Neuf autres de la même. Quelle drôle d’arithmétique.
C’est pourtant ainsi, mon enfant, que sont faits les comptes de Dieu.
Ainsi étaient faits, mon enfant, les comptes de Jésus. Il est indéniable ; il ne fait aucun doute qu’il y a deux races de saints dans le ciel.
Deux sortes de saints.
(Heureusement qu’ils font bon ménage ensemble).
De même que les soldats du roi et les capitaines
Sont d’une race ou d’une autre mais sont tous des Français.
Et ils font tout de même une seule armée.
Et ils sont tous les soldats (de l’armée) du roi, et les capitaines.
Mais enfin ils proviennent d’une province ou d’une autre.
Ou d’une marche. Les uns de l’une, les autres de l’autre.
Ou d’outre Loire ou de par ici de la Loire.
Ainsi, (et autrement), il faut le dire il y a, il faut dire le mot il y a deux races de saints dans le ciel.
Deux races temporelles.
Deux sortes de saints.
Tout le monde est pécheur. Tout homme est pécheur.
Mais enfin il y a deux grandes races, il y a deux
recrutements.
Il y a un double recrutement des saints qui sont dans le ciel.
Il y a ceux qui viennent, il y a ceux qui sortent des justes.
Et il y a ceux qui sortent des pécheurs.
Et c’est une entreprise difficile.
C’est une entreprise impossible à l’homme.
Que de savoir quels sont les plus grands saints.
Ils sont tellement grands les uns et les autres.
Il y a deux extractions (et tous pourtant, ensemble, également ils sont des saints dans le ciel. Sur le même pied) (Des saints de Dieu)
Il y a deux extractions, ceux qui viennent des justes et ceux qui viennent des pécheurs.
Ceux qui n’ont jamais inspiré d’inquiétudes sérieuses
Et ceux qui ont inspiré une inquiétude
Mortelle.
Ceux qui n’ont pas fait jouer l’espérance et ceux qui ont fait jouer l’espérance.
Ceux dont on n’a jamais rien craint, rien redouté de sérieux, et ceux dont on a failli désespérer, Dieu nous en garde.
Quel grand combat.
Ceux dont on n’a jamais rien entendu dire.
Et ceux dont on a entendu dire
La parole
Mortelle.
Il y a deux formations, il y a deux extractions, il y a deux races de saints dans le ciel.
Les saints de Dieu sortent de deux écoles.
De l’école du juste et de l’école du pécheur.
De la vacillante école du péché.
Heureusement que c’est toujours Dieu qui est le maître d’école.
Il y a ceux qui viennent des justes et il y a ceux qui viennent des pécheurs.
Et ça se reconnaît.
Heureusement qu’il n’y a aucune jalousie dans le ciel.
Au contraire.
Puisqu’il y a la communion des saints.
Heureusement qu’ils ne sont point jaloux les uns des autres. Mais tous ensemble au contraire ils sont liés comme les doigts de la main.
Car tous ensemble ils passent tout leur temps toute leur sainte journée ensemble à comploter contre Dieu.
Devant Dieu.
Pour que pied à pied la Justice
Pas à pas cède le pas à la Miséricorde.
Ils font violence à Dieu. Comme des bons soldats ils luttent pied à pied,
(Ils font la guerre à la justice
(Ils sont bien forcés)
Pour le salut des âmes périclitantes.