Le Porche du mystère de la deuxième vertu (page 7)
Pour venir à ce prix-là nous donner de la tablature
À déchiffrer.
Des malices, de pauvres niaiseries, des quiproquos, des roueries spirituelles comme un devin de village.
Comme un farceur de campagne.
Comme un saltimbanque ambulant, un charlatan dans sa voiture.
Comme le malin du bourg, comme le gars le plus malin au cabaret.
Mais quand le Fils de Dieu, mon enfant, s’est dérangé du Ciel et de la droite de son Père.
Quand il s’est dérangé d’être assis à la droite.
Il n’a point fait, il n’a point fourni cette grande dépense.
Il n’a point fait ce grand dérangement pour venir nous conter des balivernes
De quatre sous.
Des paroles en l’air.
Et des emberlificotages à n’y rien comprendre.
Mais, à ce prix-là, il est venu nous dire ce qu’il avait à nous dire.
N’est-ce pas.
Tout tranquillement.
Tout simplement, tout honnêtement.
Tout directement. Tout premièrement.
Tout ordinairement.
Comme un honnête homme parle à un honnête homme.
D’homme à hommes.
Il ne s’est pas amusé à entortiller tout ça.
Il avait quelque chose à nous dire, il nous a dit ce qu’il avait à nous dire.
Il ne nous a pas dit autre chose.
Et il ne nous l’a pas dit autrement qu’il n’avait à nous le dire.
Comme il avait à dire, il a parlé.
Ce sont les imbéciles qui font le malin.
Et qui cherchent toujours midi à quatorze heures.
Toi quand ta mère t’envoie faire une commission chez le boulanger,
Quand tu vas chez le boulanger,
Tu ne te mets pas tout d’un coup à raconter des choses extraordinaires au boulanger.
Tu fais ta commission et puis tu t’en reviens.
Tu prends ton pain, tu payes, et tu t’en vas.
Lui c’est la même chose il est venu pour nous faire une commission.
Il avait une commission à nous faire de la part de son père.
Il nous a fait sa commission et il s’en est retourné.
Il est venu, il a payé, (quel prix !), et il s’en va.
Il ne s’est pas mis à nous raconter des choses extraordinaires.
Rien n’est aussi simple que la parole de Dieu.
Il ne nous a dit que des choses fort ordinaires.
Très ordinaires.
L’incarnation, le salut, la rédemption, la parole de Dieu.
Trois ou quatre mystères.
La prière, les sept sacrements.
Rien n’est aussi simple que la grandeur de Dieu.
Il nous a parlé sans détours ni embarbouillements.
Il ne faisait pas des manières, des embarbouillages.
Il parlait tout uniment, comme un simple homme, tout crûment, comme un homme dans le bourg,
Un homme dans le village.
Comme un homme dans la rue qui ne cherche pas ses mots et qui ne fait pas des embarras.
Pour causer.
Aussi, soit qu’il nous parlât et qu’il nous ait parlé directement,
Soit qu’il nous ait parlé par paraboles,
Que nous nommons en latin des similitudes,
Puisqu’il n’était point venu pour nous dire des fariboles,
Puisque toujours il nous a parlé directement et pleinement
Au pied de la lettre,
Au ras du mur,
Toujours aussi en réponse nous aussi nous devons l’écouter et l’entendre au pied de la lettre.
Directement et pleinement au pied du mur.
Notre frère, notre grand Frère ne nous a point trompés pour le plaisir de faire le malin.
Nous ne devons point le tromper pour le plaisir de faire les jacques.
Et c’est le tromper que de chercher des malices là où il n’en a point mis.
Que d’entendre, que de chercher, que de vouloir entendre ; que d’imaginer ;
Que de travailler ;
Que d’entendre sa parole autrement qu’il ne l’a dite.
Que d’écouter même autrement qu’il n’a parlé.
C’est même la plus grave tromperie que nous puissions lui faire.
Que de le recevoir autrement, contrairement qu’il ne s’est donné.
C’est la plus grave injure, peut-être la seule injure que nous puissions lui faire.
Une couronne a été faite une fois : c’était une couronne d’épines.
Et le front et la tête ont saigné sous cette couronne de dérision.
Et le sang perlait par gouttes et le sang s’est collé dans les cheveux.
Mais une couronne aussi a été faite, une mystérieuse couronne.
Une couronne, un couronnement éternel.
Toute faite, mon enfant, toute faite de souples rameaux sans épines.
De rameaux bourgeonneux, de rameaux de fin mars.
De rameaux d’avril et de mai.
De rameaux flexibles et qui se tressent bien en couronne.
Sans une épine.
Bien obéissants, bien conduits sous le doigt.
Une couronne a été faite de bourgeons et de boutons.
De bourgeons de fleurs comme un beau pommier, de bourgeons de feuilles, de bourgeons de branches.
De bourgeons de rameaux.
De boutons de fleurs pour les fleurs et pour les fruits.
Toute bourgeonnante, toute boutonnante une couronne a été faite
Mystérieuse.
Toute éternelle, toute en avance, toute gonflée de sève.
Toute embaumée, toute fraîche aux tempes, toute tendre et embaumante.
Toute faite pour aujourd’hui, pour en avant, pour demain.
Pour éternellement, pour après-demain.
Toute faite de pointes menues, de pointes tendres, de commencements de pointes.
Feuillues, fleuries d’avance,
Qui sont les pointes des bourgeons, tendres, fraîches,
Et qui ont l’odeur et qui ont le goût de la feuille et de la fleur.
Le goût de la pousse, le goût de la terre.
Le goût de l’arbre.
Et par avance le goût du fruit.
D’automne.
Pour calmer le pauvre front battant de fièvre, chargé de fièvre,
Afin de rattraper, afin de revaloir le couronnement de dérision,
Pour adoucir, pour apaiser, pour calmer, afin de rafraîchir les tempes battantes,
Les tempes fiévreuses.
Le front ardent, le front fiévreux,
Lourd de fièvre, les tempes chaudes, la migraine et l’injure, et le mal de tête et pour calmer la dérision même.
Pour apaiser, pour embaumer, pour étancher le sang qui se collait dans les cheveux.
Une couronne aussi a été faite, une couronne de sève, une couronne éternelle,
Et c’est la couronne, le couronnement de l’espérance.
Comme une mère fait un diadème de ses doigts allongés, des doigts conjoints et affrontés de ses deux mains fraîches
Autour du front brûlant de son enfant
Pour apaiser ce front brûlant, cette fièvre,
Ainsi une couronne éternelle a été tressée pour apaiser le front brûlant.
Et c’était une couronne de verdure.
Une couronne de feuillage.
Il faut avoir confiance en Dieu mon enfant.
Il faut avoir espérance en Dieu.
Il faut faire confiance à Dieu.
Il faut faire crédit à Dieu.
Il faut avoir cette confiance en Dieu d’avoir espérance en lui.
Il faut faire cette confiance à Dieu d’avoir espérance en lui.
Il faut faire ce crédit à Dieu d’avoir espérance en lui.
Il faut faire espérance à Dieu.
Il faut espérer en Dieu, il faut avoir foi en Dieu, c’est tout un, c’est tout le même.
Il faut avoir cette foi en Dieu que d’espérer en lui.
Il faut croire en lui, qui est d’espérer.
Il faut avoir confiance en Dieu, il a bien eu confiance en nous.
Il faut faire confiance à Dieu, il nous a bien l’ait confiance à nous.
Il faut faire espérance à Dieu, il nous a bien fait espérance à nous.
Il faut faire crédit à Dieu, il nous a bien fait crédit à nous.
Quel crédit.
Tous les crédits.
Il faut faire foi à Dieu, il nous a bien fait foi à nous.
Singulier mystère, le plus mystérieux,
Dieu a pris les devants.
Ou plutôt ce n’est pas un mystère, propre, ce n’est pas un mystère particulier, c’est un mystère qui porte sur tous les mystères.
C’est un redoublement, c’est un agrandissement à l’infini de tous les mystères.
C’est un miracle. Un miracle perpétuel, un miracle d’avance, Dieu a pris les devants, un mystère de tous les mystères, Dieu a commencé.
Un miracle de tous les mystères, singulier, mystérieux retournement de tous les mystères.
Tous les sentiments, tous les mouvements que nous devons avoir pour Dieu,
Dieu les a eus pour nous, il a commencé de les avoir pour nous.
Singulier retournement qui court au long de tous les mystères,
Et les redouble, et les agrandit à l’infini,
Il faut avoir confiance en Dieu, mon enfant, il a bien eu confiance en nous.
Il nous a fait cette confiance de nous donner, de nous confier son fils unique.
(Hélas hélas pour ce que nous en avons fait).
Retournement de tout c’est Dieu qui a commencé.
C’est Dieu qui nous a fait crédit, qui nous a fait confiance.
Qui nous a fait créance, qui a eu foi en nous.
Cette confiance sera-t-elle mal placée, sera-t-il dit que cette confiance aura été mal placée.
Dieu nous a fait espérance. Il a commencé. Il a espéré que le dernier des pécheurs,
Que le plus infime des pécheurs au moins travaillerait quelque peu à son salut,
Si peu, si pauvrement que ce fût.
Qu’il s’en occuperait un peu.
Il a espéré en nous, sera-t-il dit que nous n’espérerons pas en lui.
Dieu a placé son espérance, sa pauvre espérance en chacun de nous, dans le plus infime des pécheurs. Sera-t-il dit que nous infimes, que nous pécheurs, ce sera nous qui ne placerions pas notre espérance en lui.
Dieu nous a confié son fils, hélas hélas, Dieu nous a confié notre salut, le soin de notre salut. Il a fait dépendre de nous et son Fils et notre salut et ainsi son espérance même ; et nous ne mettrions pas notre espérance en lui.
Mystère des mystères, portant sur les mystères mêmes,
Il a mis en nos mains, en nos faibles mains, son espérance éternelle,
En nos mains passagères.
En nos mains pécheresses.
Et nous, nous pécheurs, nous ne mettrions pas notre faible espérance
En ses éternelles mains.
La parole de Dieu n’est point un écheveau embrouillé.
C’est un beau fil de laine qui s’empelote autour du fuseau.
Comme il nous a parlé, ainsi nous devons l’écouter.
Comme il a parlé à Moïse.
Comme il nous a parlé par Jésus.
Comme il nous a parlé tout ainsi nous devons l’entendre.
Or, mon enfant, s’il en est ainsi, si c’est ainsi que nous devons entendre Jésus.
Que nous devons entendre Dieu.
Littéralement.
Au pied de la lettre.
Rigoureusement, simplement, pleinement, exactement, sainement.
Au ras du mur.
Alors mon enfant quel tremblement, quel commandement d’espérance.
Quelle ouverture, quel saisissement d’espérance. Quel écrasement. Les paroles sont là.
Il n’y a pas à ratiociner, quelle ouverture sur la pensée de Dieu.
Sur la volonté de Dieu.
Sur les intentions, (dernières), de Dieu.
Abîme d’espérance, quelle ouverture, quel éclair, quelle foudre, quelle avenue.
Quelle entrée.
Paroles irrévocables, quelle ouverture sur l’Espérance même de Dieu.
Dieu a daigné espérer en nous. Espérer que nous.
Révélation, quelle révélation incroyable. Sic non est,
Ainsi n’est pas
Espoir incroyable, espoir inespéré Ainsi n’est pas
Voluntas ante Patrem vestrum, la volonté devant votre Père,
Qui in cœlis est. Qui est aux cieux.
Ut pereat. Que périsse
Unus. Un seul
De ces petits. De pusillis istis.
Et il leur fit cette parabole, disant :
Quel homme de vous, qui a cent brebis ;
(Ceci est selon saint Luc) ;
Et s’il en perd une,
Est-ce qu’il ne renvoie pas, (ne laisse pas), les quatre-vingt-dix-neuf dans le désert,
Et ne va pas à celle-là,
Quae perierat, qui était périe, qui avait péri,
C’était fait.
Jusqu’à ce qu’il la trouve ?
Et quand il l’a trouvée,
Il la place sur ses épaules se réjouissant ;
(Il la pose) sur ses épaules.
Et venant à la maison, il convoque, (il appelle), ses amis et ses voisins, leur disant :
Réjouissez-vous, (félicitez-vous), avec moi, parce que j’ai trouvé ma brebis qui avait péri ?
Je vous le dis,
Qu’il y aura autant de joie dans le ciel
Sur un pécheur faisant pénitence,
Que sur quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence.
Or qu’est-ce que la pénitence, mon enfant, qu’est-ce qu’il y a donc dans la pénitence. Quelle est donc cette vertu secrète de la pénitence.
Mon enfant c’est singulier, c’est étrange, c’est inquiétant.
Qu’est-ce qu’il y a donc d’extraordinaire dans cette pénitence.
Comme c’est inquiétant.
Quelle est cette vertu, ce secret, qu’est-ce qu’il faut donc qu’il y ait de si extraordinaire,
Dans la pénitence,
pour que ce pécheur,
Pour que un vaille cent, ou enfin quatre-vingt-dix-neuf,
(Pour compter juste),
Pour que ce pécheur vaille autant,
Pour que ce pécheur, ce seul pécheur qui fait pénitence vaille autant, réjouisse, fasse autant de joie dans le ciel que quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence.
Et pour que cette brebis égarée fasse tant de joie au pasteur,
Au bon pasteur,
Qu’il en laisse dans le désert, in deserto, dans un endroit abandonné,
Les quatre-vingt-dix-neuf qui ne s’étaient point égarées.
En quoi, quel est donc ce mystère,
En quoi un peut-il valoir quatre-vingt-dix-neuf.
Ne sommes-nous pas tous enfants de Dieu. Également sur le même pied.
En quoi, comment, pourquoi une brebis vaut-elle quatre-vingt-dix-neuf brebis.
Et surtout pourquoi c’est justement celle qui s’est égarée, qui avait péri, qui vaut justement les quatre-vingt-dix-neuf autres, les quatre-vingt-dix-neuf qui ne s’étaient pas égarées.
Pourquoi, quel est ce mystère, quel est ce secret, c’est suspect, comment, pourquoi, en quoi une âme vaudrait-elle quatre-vingt-dix-neuf âmes, c’est un peu fort.
C’est tout de même un peu fort, quand on y pense.
Quelle est cette manigance.
C’est justement cette âme qui était perdue, qui avait péri, qui vaut autant, qui fait autant de joie dans le ciel que ces quatre-vingt-dix-neuf autres.
Que ces quatre-vingt-dix-neuf qui ne s’étaient point
égarées.
Jamais.
Qui ne s’étaient point perdues, qui n’avaient point péri.
Jamais.
Qui étaient demeurées fermes.
C’est injuste. Quelle est cette invention, cette nouvelle invention.
C’est injuste. Voilà une âme, (et c’est justement celle qui s’était perdue), qui vaut autant, qui compte autant, qui réjouit autant que ces quatre-vingt-dix-neuf malheureuses qui étaient demeurées constantes.
Pourquoi ; en quoi ; comment. Voilà un qui pèse autant dans la balance de Dieu que quatre-vingt-dix neuf.
Qui pèse autant ? Peut-être qui pèse plus. En secret. On ne sait jamais. J’ai bien peur. Secrètement on a l’impression qu’il pèse plus, quand on lit cette parabole.
Donc voilà un pécheur, disons-le, qui pèse au moins autant que quatre-vingt-dix-neuf justes.
Qui pèse même peut-être plus. On ne sait jamais. Quand une fois on est entré dans l’injustice.
On ne sait plus où l’on va.
Disons le mot voilà un infidèle, il faut le dire, il ne faut pas avoir peur du mot.
Qui vaut plus que cent, que quatre-vingt-dix-neuf fidèles. Quel est ce mystère.
Quelle serait donc cette vertu extraordinaire de la pénitence.
Qui passerait cent fois la fidélité même.
Il ne faut pas nous en conter. Nous savons très bien ce que c’est que la pénitence.
Un pénitent c’est un monsieur qui n’est pas très fier de soi.
Qui n’est pas très fier de ce qu’il a fait.
Parce que ce qu’il a fait, il faut le dire, c’est le péché.
Un pénitent c’est un monsieur qui a honte de soi et de son péché.
De ce qu’il a fait.
Qui voudrait bien se terrer.
Surtout qui voudrait bien ne pas l’avoir fait.
Jamais.
Se cacher, se sauver de la face de Dieu.
Et qu’est-ce aussi que cette drachme qui vaut neuf drachmes, à elle toute seule.
Qu’est-ce qu’elle vient faire.
Et pourtant c’est celui-là, nul autre, c’est cette brebis, c’est ce pécheur, c’est ce pénitent, c’est cette âme
Que Dieu, que Jésus rapporte sur ses épaules, abandonnant les autres.
Enfin je veux dire (seulement) les laissant pendant ce temps à elles-mêmes.
La pénitence, nous le savons, ça n’est déjà pas si brillant que ça.
Ça n’est pas si reluisant.
(Il est vrai que Dieu ne quitte jamais personne).
C’est un sentiment honteux, je veux dire un sentiment d’une honte.
D’une honte légitime et due.
En somme c’est un acte honteux.
La pénitence ça n’est déjà pas si malin que ça. Alors quoi.
Non seulement ce pénitent en vaut un autre, non seulement il vaut un juste, ce qui serait déjà un peu raide.
Mais il en vaut quatre-vingt-dix-neuf, il en vaut cent, il vaut tout le troupeau.
Autant dire.
Dans le besoin on sent qu’il vaudrait plus et qu’on
l’aimerait davantage
Dans le secret du cœur.
Dans le secret du cœur éternel. Alors quoi.
Mon enfant, mon enfant, tu le sais, quoi. C’est justement cela.
C’est qu’elle avait péri ; et qu’elle a été trouvée.
C’est qu’elle était morte ; et qu’elle a revécu.
C’est qu’elle était morte et qu’elle est ressuscitée.
Puisqu’il faut tout prendre au pied de la lettre, mon enfant,
Littéralement comme Jésus était mort et est ressuscité d’entre les morts,