Sermons (page 2)
24ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Personne n’ignore qu’en tout temps les veilles sont profitables à toutes sortes de choses, parce que, réellement, plus l’on veille, plus l’on vit. Car, qu’est-ce qui ressemble plus à la mort que le corps de celui qui dort ? Qu’est-ce qui est plein de vie comme les yeux de celui qui veille ? Il faut recourir au sommeil pour réparer les forces du corps, non pour le scléroser. Personne n’ignore que les veilles sont toujours profitables pour une foule de choses. Quel autel, quel travail, quel temps, quel pouvoir, quel office ne cherche pas à protéger la vie par le travail de nuit ?
C’est ainsi qu’un roi vigilant , qui est toujours sur le qui vive, nuit et jour, contrecarre à l’avance les projets de l’ennemi, et évite ses pièges. Par une veille prudente, la sentinelle repousse loin de son camp les assauts ennemis nocturnes. De la même façon, la vigie s’aventure dans la voie incertaine d’un itinéraire mal défini, et il franchit des détroits impraticables, et avec des indications rudimentaires. parvient à la destination voulue, celle d’un port lucratif. De la même façon, le pasteur ajoute les nuits aux jours, et il s’interdit complètement de roupiller aux moments où le loup profiterait du sommeil du gardien pour s’engraisser aux dépens du troupeau. De la même façon, le voyageur a l’habitude de se prémunir contre les rayons torrides du soleil du jour par la brise fraîche de la nuit, et il consacre sagement la totalité du jour à la famille.. Le prophète sachant cela, implorait Dieu non seulement de jour, mais pendant toute la nuit. Seigneur, Dieu de mon salut, j’ai crié vers toi pendant le jour et pendant la nuit. A quoi bon d’autres exemples ! Le Seigneur Lui-même a passé la nuit en prière, pour nous libérer par la prière avant de nous racheter par la passion. Et si le Maître veille sur ses serviteurs, il n’est que juste qu’Il ordonne aux serviteurs de veiller sur eux-mêmes. Que vos reins soient ceints, avec dans vos mains des lampes allumées, et soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître quand il viendra pour les noces. Que vos reins soient ceints.
Pour une nouvelle sorte de veille, un nouvel habit est prescrit. Que vos reins soient ceints, avec dans vos mains des lampes allumées.
Pour les veilles, rien n’est prescrit au sujet du vêtement, ni des chaussures; rien sur la façon d’accueillir le Maître, mais toute l’attention est portée sur les reins qu’il faut ceindre. Le programme tracé par le commandement consiste dans la seule obligation de ceindre ses reins, avec l’ addition de la consolation des lanternes, sans lesquelles l’obscurité de la nuit n’est pas éclairée, et sans lesquelles les premières lueurs du jour ne brilleraient pas suffisamment. Que vos reins soient ceints, avec dans vos mains des lampes allumées. La ceinture est un symbole de servitude, qui rend les coureurs plus lestes, et qui les rend respectueux envers le maître. Mais il aurait suffi de dire : Ceignez-vous. . Pourquoi nommer les reins de préférence aux autres membres ? Comment expliquer chez le Législateur la grandeur de l’appréhension qui le pousse à ne faire mention que des reins ? Tu demandes pourquoi ? Parce que dans les reins se trouve le prétexte invoqué par le corps. Les œuvres de chair sont toutes suscitées par les reins; dans les reins sont toutes les chutes humaines, l’occasion de la fragilité humaine. De là vient l’ignorance de la vertu et le laisser-aller. C’est pour cette raison que le Seigneur nous ordonne de comprimer nos reins du baudrier de la chasteté, de réprimer toutes les mauvaises tendances de notre chair, tout ce qui est flasque et dépravé, avec la ceinture de la vertu , pour qu’après avoir mâté notre chair, nous accourrions rapidement, d’un pas léger et dégagé, à l’encontre du Seigneur..
En entendant ces choses, o homme, tu dois savoir que la chair ne met pas de retard à la rencontre du maître, parce que tu peux en faire le compagnon inséparable du devoir de la préparation à cette rencontre, si tu diminues ses bagages, si tu allèges ses fardeaux, si tu fixes étroitement tout ce qui pend et dépasse. Pourquoi ajouter autre chose ? Tu pourras avec profit traiter ton corps en camarade, si tu n’es pas un précepteur oisif et amolli. Tu devras réduire ses bagages, le soulager des poids excessifs , comme l’Apôtre nous avertit en disant : Mortifiez vos membres qui sont sur la terre : la fornication, l’impureté, la luxure, la concupiscence mauvaise et l’avarice, qui est un service rendu aux idoles. La chair doit donc être mortifiée par le cilice de la continence, de peur que, alourdie par les vices, et empêtrée par le lourd fardeau des péchés, elle ne puisse répondre aux inspirations célestes et surnaturelles. .
Le Seigneur a raison d’ajouter : Et des lampes allumées dans vos mains. Parce que toujours, comme témoins de l’innocence, des lampes sont portées pendant la nuit. Et comme les ténèbres sont toujours amies des vices, les lampes sont ennemies des crimes; elles sont toujours les compagnes des bonnes œuvres. Mais dans les mains des saints, ces mêmes bonnes œuvres sont des lampes, comme le dit le Seigneur : Que votre lumière brille devant les hommes pour qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. Et ils portent vraiment leurs lampes , s’ils les allument avec l’onguent de la miséricorde. Quand elles sont cachées dans un endroit secret, avec un soin jaloux, elles brillent de l’éclat de la vertu et du labeur, et rayonnent sur toute la surface de la terre. Et parce que le Seigneur savait que la durée de son attente nous rendrait tristes et anxieux, pour que personne ne soit accablé par le découragement, pour que le retard n’oppresse personne, pour que personne ne succombe à la fatigue de la longue attente, Il promet des gestes divins de déférence à ceux qui persévèrent dans la recherche de la béatitude céleste. Bienheureux ces serviteurs que le Maître quand Il viendra trouvera éveillés. Et pour que la qualité de cette béatitude ne soit pas en doute, Il ajoute tout de suite après : En vérité, en vérité je vous le dis. Il se ceindra, Il les fera prendre place à table, et allant de l’un à l’autre, Il les servira. Dieu se ceindra, et fera mettre à table les serviteurs, et les servira. Des chants à répondre soutenaient les serviteurs dans leur attente du maître, et relançaient la foi, lors de la fatigue de l’attente. C’est pour eux que, renversant la loi du talion, la divinité se dissimule dans la divinité elle-même. Il se ceignit et les fit mettre à table et, allant de l’un à l’autre, Il les servait. Dieu se tient debout devant l’homme couché, pour que l’homme soit debout dans les cieux. Le Seigneur sert l’esclave qui festoie , et se ceint d’une serviette pour servir. Ce faisant, Il institue le ministère pour ses enfants et ses ministres, et Il le fait même établi dans la gloire du Père . O homme, si tu calomnies le Christ pour cela, que présenteras-tu au Père ? Celui qui sur la terre en te lavant les pieds t’a exprimé un respect suprême te promet de nouveau au ciel une ultime servitude. Crois, hérétique, et applique-toi à lui rendre le talion. Lui, dans le ciel, Il prépare un banquet, où Il sera le serviteur, et toi, tu ne cesses sur la terre de proférer des blasphèmes. Il ira d’un convive à l’autre, parce que, est-il dit, allant de l’un à l’autre, Il les servait. Il servira au banquet de ceux qui ont conservé la foi et l’espérance. Et il te servira à toi aussi, mais ce sera une sentence digne de ton reniement. Et s’Il vient dans la seconde veille, et s’Il vient dans la troisième veille, et s’Il trouve les choses ainsi, bienheureux ces serviteurs. S’Il vient dans la deuxième ou troisième veille. Le monde a plusieurs vigiles. L’attente de la Trinité ne connaît que trois veilles.. Pourquoi a-t-Il commencé par la deuxième, et a-t-Il tait la première ? Parce que la première veillée s’est écoulée dans la nuit de la nativité. Nous en donnent la preuve les pasteurs qui, pendant qu’ils veillent sur leurs moutons, méritent de trouver dans une crèche le Pasteur lui-même du troupeau, de voir et de tenir dans leurs bras leur Auteur. Mais demandons-nous ce qu’est la seconde et la troisième veille. Comme la première veille est celle de sa naissance dans la chair, la deuxième est celle où Il est retourné et est ressuscité dans notre chair. Et pour que le monde aille au Ressuscité, l’année liturgique le rappelle et le monde veille. La troisième veille est celle où toute l’attente de Celui qui s’en vient finit par Son dernier avènement. Et comme Il est, Lui, ressuscité pour nous, nous ressusciterons nous aussi pour Lui, à une vie qui n’aura pas de fin.
25ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Aujourd’hui, écoutez avec quelle insinuante exhortation le Seigneur console les débuts terrestres microscopiques du troupeau évangélique. Ne craignez pas, petit troupeau, est-il dit, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume. Il enlève l’anxiété de l’espérance, le non-sens des évènements. Il exclut et rejette toute crainte, quand au tout début de sa prédication , Il promet le règne aux nouveaux nés. . Car il a plu à votre Père de vous donner le royaume. Pourquoi se torturer à la pensée de la nourriture, du vêtement, des impôts à payer, de la précarité des bourgeons printaniers, quand on est certain de régner, quand la domination nous est assurée ? Il se veut du mal à lui-même celui qui, élevé aux choses sublimes s’abaisse aux choses viles, et s’étend de tout son long devant le vide.
Mais il convient de savoir qui est ce Père, de quelle nature Il est, et quel est le royaume qu’Il a promis à ses fils. Qui est ce Père, tu l’apprends chaque jour dans la profession de foi, quand tu proclames : Notre Père qui es aux cieux. De quelle nature Il est, tu le découvres par la grandeur de ses œuvres. A partir de rien, Il a fait le ciel, et Il a solidifié la terre à partir du liquide. Il a érigé des montagnes qui ne branlent pas et Il a renfermé les mers entre leurs limites légitimes sous la seule juridiction de l’abîme. Si tu désires vraiment connaître la qualité du règne qu’Il a promis aux petits, c’est Lui qui l’explique en disant : Laissez venir à moi les petits, car le royaume des cieux est à eux.
Etre dans le ciel, c’est déjà une chose extraordinaire, vivre dans le ciel est le propre de la Majesté. Ce que peut bien signifier régner dans le ciel, la raison humaine renonce à s’en faire une idée. Et cependant, que l’homme soit impuissant à l’imaginer, tu l’as compris en entendant l’Apôtre dire : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, jamais n’a pénétré dans le cœur de l’homme ce que Dieu a préparé à ceux qui L’aiment. Et ce que tu doutes avoir mérité, avoir bien à toi, posséder, tu es déjà forcé de le confesser. Qu’a donc à voir avec la terre celui qui possède le ciel, avec les choses humaines, celui qui a acquis les divines ? A moins que par hasard on se complaise dans les lamentations, que l’on coure après ce qui est pénible, que l’on se délecte des périls, que l’on mette sa joie dans la dépravation des mœurs, que les maux imposés soient plus agréables que les biens offerts. Mais voyons donc le conseil que donne le Père à ceux qui sont sur le point de régner. Vendez ce que vous possédez, et donnez l’aumône. Si vous avez déjà la conviction que vous vaincrez, que vous régnerez, que vous serez riches dans les cieux, pour qu’existe ce qui vous fera immigrer, les biens que vous possédez doivent vous précéder là où vous régnerez. Comptez vos œuvres de miséricorde envers les miséreux. Convertissez les choses humaines en choses divines. Et, et si tu crains que fasse défaut le service de la poste impériale pour véhiculer ce que tu rejettes, réquisitionne le pauvre pour les corvées de transport. Les pauvres portent nos fardeaux, et ils le font de plein gré, parce qu’ils ne sont pas écrasés par nos poids, mais allégés. Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumône. Faites-vous des sacs qui ne vieillissent pas, des trésors qui ne périssent pas dans le ciel, où le voleur n’approche pas et que la mite ne dévore pas.
Faites-vous des sacs qui ne vieillissent pas. Vous voyez que ce Père veut enrichir ses fils, non les appauvrir. Faites-vous des sacs qui ne vieillissent pas. Celui qui entend cela achète d’une nouvelle façon, d’une façon céleste : il achète en vendant. Il met de côté en retirant son argent pour la distribuer. Il acquiert en perdant. Celui qui dit : faites-vous des sacs qui ne vieillissent pas veut que l’argent perdure, que les sacs de richesse mis en réserve demeurent à perpétuité. Il enseigne que c’est l’avarice qui a commencé à persuader les riches de mépriser les pauvres. Faites-vous des sacs qui ne vieillissent pas. Et Celui qui reprochait à ceux qui thésaurisaient d’attiser la cupidité, c’est Le même qui ordonne de prendre soin des sacs pendant toute l’éternité. Christ, jusqu’où t’a conduit l’amour des tiens ! Pour enrichir l’avare, tu lui fais entendre ce qu’il désire, non ce qu’il faudrait. Tu commandes des sacs. Tu veux qu’on prépare des trésors éternels qui ne périssent pas. Pour que l’avare attrape la vertu ou soit attrapé par elle, pendant qu’il court à ses profits usuraires coutumiers. Vraiment tu es Père, toi qui agis ainsi avec les tiens, quelle que soit leur petitesse. . Et nous, entre temps, à nos petits qui demandent des choses nuisibles nous leur faisons absorber des choses salutaires qui ont l’apparence de choses nuisibles, trompant le sens du goût, mais ne trahissant pas l’affection. Faites-vous des sacs qui ne vieillissent pas, des trésors qui ne périssent pas dans le ciel. Pourquoi préparer des sacs ? A quoi peuvent bien servir les coffres- forts là où l’innocence est chargée de la surveillance ? Pourquoi cadenasser là où nul n’est soupçonné de vol ? Si même dans les cieux on a besoin de sacs, la vigilance n’est pas éliminée, elle change de nature. Seigneur, tu as observé que les avares placent toute leur foi dans les sacs, toute leur espérance dans les trésors. Et c’est pour cela que tu veux que soient préparés dans le ciel des sacs incorruptibles, pour que qui ne te suis pas dans le ciel suive au moins ses sacs. Avare, fais-toi des sacs, et fais-les sur l’ordre de Dieu, parce que la divine Majesté a acquiescé à tes désirs . Mais fais-toi des sacs en dépensant, parce ce que tout ce que le pauvre reçoit le Père céleste l’encaisse. Et où les conserve-t-Il ? Dans le ciel. Et de peur que tu gémisses de crainte de les avoir perdus, ainsi que leurs dividendes, tu recevras cent pour cent d’intérêts de tout ce que tu auras transféré dans le ciel, qui aura transité sur le dos du pauvre. L’usure du monde donne du un pour cent, mais Dieu donne du cent pour un. Et pourtant les hommes ne veulent pas signer de contrat avec Dieu. Sont-ils inquiets au sujet de la garantie ? Pourquoi ? L’homme n’est-il pas étroitement lié à un homme par un engagement fixé sur un petit bout de papier ? Dieu nous met en garde par de si nombreux et de si grands volumes, et le débiteur n’est pas tenu à en tenir compte ? Mais tu dis, je concède qu’il le doit, mais à qui a-t-il l’obligation de restituer ? A lui-même. Parce qu’à celui-là, il ne peut pas mentir : il est lui-même le magistrat chargé d’exécuter les poursuites , et le débiteur. Il ne sera pas insensible, en donnant, celui qui répand ses largesses. Crois homme, que Dieu te rendra plus que ce qu’Il t’a donné . Il veut rendre encore plus, parce que le Prêteur se veut Débiteur.
26ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Ce qu’on lit que le Seigneur a répondu à Pierre qui L’interrogeait, la compréhension de plusieurs est à l’effet que cela a été dit en figure pour les apôtres eux-mêmes, pour les docteurs seulement ou pour les évêques et les prêtres. Pierre interroge :
Cette parabole, est-ce que tu la dis pour nous ou pour tous ? A quoi répondit le Seigneur : Qui penses-tu être le dispensateur fidèle et prudent que Dieu a établi sur sa famille pour lui donner en son temps sa mesure de froment ? Bienheureux ce serviteur que, quand reviendra le maître il trouvera actif. Je vous le dis en vérité qu’Il l’établira sur tout ce qu’Il possède. Que si un serviteur dit dans son cœur : le maître tarde à venir me trouver, et se met à battre les enfants et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, le maître viendra au jour qu’il ne l’attendait pas, à l’heure qu’il ignorait, et il lui mesurera sa part , et la placera chez les infidèles.
Cette parabole s’impose d’abord à ceux qui président dans les églises, mais elle n’exclut aucun mortel, aucun homme. Bien que parlant du dispensateur, Il répond à tous après avoir été interrogé par un seul. S’il y a quelqu’un qui n’a rien reçu de Dieu, il ne redoutera pas une réflexion sur l’administration des deniers publics, ni sur le poste d’administrateur. Homme, si tu as reçu cela même que tu donnes, comment pourras-tu nier que tu as reçu ce que tu as ? Des trésors célestes confiés à sa garde, placés dans des greniers, l’homme devra rendre compte; et celui qui proroge les délais de paiement devra en donner des raisons à l’Eglise. Et plus élevé a été le crédit qu’il a reçu, moins il devra hésiter à rendre ce qu’il doit, au dire du Seigneur : On exigera plus de qui aura plus reçu. Les puissants subiront puissamment des tortures. Plus haut s’élèvera un homme, de plus haut il tombera dans sa chute. Qu’y a-t-il de plus haut que le ciel ? Celui qui pèche tombe du ciel dans le fumier. Il fonce en avant, d’une course désespérée, celui qui commet une offense sous les yeux du Maître. Et il est sans excuse celui qui commet un crime, ayant le Juge lui-même comme témoin.
Et quelle défense espère celui qu’accuse le témoignage de son avocat ? Ainsi le démon, quand il était ange dans le ciel et devant Dieu, était d’une clarté fulgurante et, il brillait de tous ses feux pendant que Dieu purifiait l’or au creuset. Pendant qu’il s’enorgueillissait sous les yeux de Dieu, il tomba par terre, et fut rejeté dans le tartare : d’ange il se transforma en démon. Et celui qui était le ministre du pardon est devenu le tortionnaire suprême des coupables. C’est pourquoi l’Apôtre met en garde les hommes de notre ordre pour que nous ne tombions pas dans le filet satanique de l’orgueil. Le dispensateur de la parole divine, l’administrateur de la doctrine céleste se tient toujours en présence de Dieu , est toujours au service des autels, ne peut jamais échapper au regard de Dieu. Il prend sur lui les causes des pécheurs et les douleurs du peuple, fait des offrandes, fait monter ses prières vers Dieu, reçoit, puis rapporte, restitue ce qu’il a obtenu de Dieu. D’homme qu’il était, il a été changé en ange. Il ne peut pécher que devant la face de Dieu et dans le saint des saints, allant, s’il pèche, chercher un crime là où les autres ont coutume d’aller chercher le pardon. Les prêtres Nadab et Abiad, les fils du prêtre Aaron, ayant prétendu pouvoir contaminer les autels avec un feu profane, un incendie consuma ces autels, pour qu’ils tirent leur peine du sacrifice, eux qui ont fait de la propitiation un péché. Ce péché, c’est l’ébriété qui le leur avait insufflé. Parce que l’odeur du vin a fait fuir l’odeur de l’encens, et les braises de l’ébriété ont fait jaillir des flammes sur l’autel. Parce que, rendus étrangers à eux-mêmes par le vin, ils ont apporté un feu étranger, et le feu divin s’est bientôt éteint en eux. L’ébriété est un crime chez quiconque, mais dans un prêtre c’est un sacrilège, parce que l’un assassine son âme par le vin , tandis que l’autre, le prêtre, éteint l’Esprit de sainteté, selon l’Apôtre : N’éteignez pas l’Esprit. C’est avec raison que parmi les choses que le sermon d’aujourd’hui reproche au mauvais dispensateur est condamnée la passion maniaque du vin, par ces paroles : Que si ce serviteur dit : mon maître tarde à venir me trouver, et s’il commence à frapper les enfants et les servantes, à boire, à manger et à s’enivrer. Il a raison de dire : manger et boire, s’enivrer et frapper. L’ébriété est la mère du meurtre, le père des procès, la mère du délire, elle est l’ignoble maîtresse de l’impudence. Celui qui l’a ne se possède pas. Celui qui l’a n’est pas un homme. Celui qui l’a n’est pas quelqu’un qui a péché, il est le péché lui-même. L’ébriété est un démon séducteur, un poison envoutant , c’est une rage volontaire, un ennemi invité. Elle est la geôlière de l’honnêteté, une offense à la pudeur. Aucun chrétien digne de ce nom ne la connaît;
le prêtre ne la connait que par ouï-dire. Ne pouvant être la forme des vertus, elle devient celle des vices, et leur sert d’exemple. Puisque nous avons suffisamment parlé de nous et des ecclésiastiques, nous rechercherons comment la réponse du Sauveur concerne tout le monde, parce que personne n’est étranger à la dispensation de Dieu. Toute autorité vient de Dieu. Si c’est de Dieu que vient toute autorité, c’est de Dieu que le dispensateur du royaume tient sa dignité. De la même façon, le chef, le soldat, les procurateurs des provinces, tous ces gens devront rendre compte de leur gestion : ont-ils outrepassé les limites de la charge qui leur avait été assignées , leurs jugements ont-ils été conformes à la jurisprudence royale, ont-ils été équitables, ont-ils gouverné avec modération, ont-ils gardé la justice, ont-ils négligé la miséricorde, ont-ils maintenu égaux les plateaux de la balance pour que l’aiguille de la balance ne penche pas d’un côté plus que d’un autre ? Ont-ils eu l’œil à tout, ont-ils procuré le repos aux citoyens, en pourvoyant à ce que les soldats soient en nombre suffisant pour maintenir la paix, mais pas en nombre excédentaire de façon à encombrer et à harasser les tributaires ? Le chef aura aussi des comptes à rendre à Dieu : a-t-il présenté à ses sujets l’exemple des vertus, est-il resté éveillé au milieu des dormeurs, a-t-il été infatigable dans ses allées et venues, et a-t-il procuré la paix à tous par ses propres efforts ? Le soldat devra aussi rendre des comptes : a-t-il obéi aux ordres, a-t-il extorqué de l’argent à quelqu’un , a-t-il mérité son salaire par un travail honnête ? Avec son jugement, le juge devra corroborer le Juge suprême. Et toi qui es le maître de ta maison, je veux que tu te croies un dispensateur placé par un plus grand que toi, plutôt qu’un maître, pour que tu manifestes en toute simplicité ta charité à ton épouse. Et pour que tu communiques avec prudence la doctrine que tu as apprise dans l’Eglise à celle à qui l’Apôtre a commandé de se taire dans l’Eglise, et d’apprendre à la maison la parole de Dieu de ta propre bouche, en disant : Que les femmes se taisent dans l’église. Si elles veulent apprendre quelque chose à la maison, elles interrogeront leurs maris. Aux fils, tu exprimeras une affection sobre, des soins attentifs, et tu les élèveras fidèlement dans la discipline du Seigneur. Aux esclaves, tu leur fourniras la nourriture et le vêtement qui leur sont dus, tu leur remettras leurs manquements, tu les contiendras par des menaces, tu exigeras la discipline, et tu traiteras comme des frères d’une parenté céleste ceux que tu possèdes en tant qu’esclaves d’une mondaine servitude. Vous aussi, serviteurs, vous devez la fidélité au maître dans cette servitude qui est votre lot , car celui qui, d’un cœur pieux et pur, ne rend pas à son maître charnel l’hommage révérenciel qui lui est du, est félon envers Dieu, qui voit les cœurs avant que les hommes n’en reçoivent des dommages. C’est Lui qui t’a fait entrer dans sa parenté par la grâce, toi que ta condition, qui est d’une bassesse servile, avait fait dissemblable à Dieu. Que dois-je dire du lévite, qui a d’autant plus de dettes qu’il a plus reçu.
Il y a des choses qui manquent. En même temps qu’Il rend à l’un, Il livre à l’autre. S’il ne voulait pas les rendre, Il les confierait à des individus partie par partie. Et toi, pauvre, tu n’estimeras pas de peu de valeur la part qui t’a été dévolue, si tu le supportes patiemment, si tu n’es pas ingrat, si la mendicité a pour résultat de te garder sobre et frugal. Si tu rends grâce à celui qui donne, si tu n’injuries pas en blasphémant celui qui ne donne pas, si tu ne t’attends pas à recevoir plus que ne te donne la miséricorde, non ce que réclame une cupidité effrénée. Toi aussi, le pauvre, qui demandes volontiers, donne aussi de bon cœur à ceux qui te demandent quelque chose. Mais tu diras peut-être : je n’ai rien. Que soit en toi le besoin de donner, et l’occasion de faire l’aumône ne te manquera pas. Mets ta chaise à la disposition du visiteur, ta table, ton cierge, ta lampe. Tout comme Elie et Elisée. Quand ils logèrent dans les maisons vides et sans vivres des veuves, ils suppléèrent copieusement à ce qui leur manquait.
Le Seigneur a ajouté pour compléter sa parabole, ces paroles : Le serviteur qui a connu la volonté de son maître et ne s’est pas préparé, et qui n’a pas agi selon cette volonté, sera roué de coups par le maître. Celui qui a agi sans la connaître, et a fait des choses qui mériteraient des coups, sera peu battu par le maître. Celui qui pèche en conscience est affranchi plus difficilement des remords de la conscience, en toute justice. Mais même celui qui pèche par ignorance n’évitera pas les coups de fouet et les coups de bâton que lui aura mérités son ignorance. Comme il n’est pas permis de mépriser Dieu, il n’est pas non plus permis d’ignorer.
27ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Quand on redoute d’être pris à l’improviste, des sentinelles sont placées pour ne donner aucune occasion aux guet-apens, aucune facilité aux embûches. Il n’y a rien de plus redoutable qu’une attaque nocturne impromptue de l’ennemi, car ou elle surprend des gens qui n’ont pas été prévenus, où elle jette le trouble chez des gens qui ne sont pas prêts, où elle massacre les soldats dans leur sommeil.
C’est pourquoi le Christ, notre Roi avant les siècles, pendant toute la nuit du monde, a mobilisé ses soldats et les a placés à différents postes de guet pour faire face à la ruse cauteleuse de notre vieil ennemi, le démon, aux impulsions de nos vices latents, aux pièges insidieux des crimes, aux scandales qui naissent chez nous de différentes causes, aux tentations de la vie présente, aux armées envahissantes des pressions séculières, nous avertissant ainsi : Veillez et priez , pour ne pas entrer en tentation. Et déterminant la façon dont on doit veiller, Il ajoute : Et s’il vient durant la deuxième vieille, et s’il vient durant la troisième vieille, et trouve tout ainsi, bienheureux sont ces serviteurs, qu’il trouvera vigilants quand il viendra. Oui, vraiment bienheureux ! Car ceux qui prévoient les ruses de l’ennemi, en veillant, seront comblés de gloire à l’arrivée de leur maître. Aujourd’hui, toutefois, le Seigneur nous a exposé sa ligne de conduite contre les scandales, et a armé des sentinelles en disant à ses disciples : Il est impossible que n’arrivent pas des scandales. Ce qui veut dire : il est impossible que ne viennent pas les ennemis. Et, en tout premier lieu, il nous convient, frères, de savoir ce que sont les scandales. Il y a plusieurs genres de scandales, et les premiers sont ceux qu’enfante la fourberie du diable. Et les seconds sont ceux qu’engendre la rouerie humaine. Les troisièmes sont ceux que produit d’elle-même notre nature soupçonneuse et insouciante. Viennent du démon ceux qui placent la tromperie sur la qualité morale des actes, en présentant comme bons ceux qui causent le mal. Comme il a agi envers Adam, il nous enlève des biens humains en nous en promettant des divins. Et celui-là qu’il a opéré par l’intermédiaire de Pierre : Que cela ne t’arrive pas, Seigneur ! Il s’efforce d’évacuer le triomphe de la croix, en prétendant faussement brûler d’un immense amour. Car quand Jésus parlait de la gloire de sa passion, Pierre a répondu : Que cela ne t’arrive pas, Seigneur ! La douceur du venin du serpent ! Il fait en sorte que le soldat rejette avant le temps la victoire de son Roi, que le serviteur renie son Seigneur. Alors, le Seigneur fait passer derrière Lui le serviteur, et Il renvoie le scandale à son auteur . Après avoir dit à Pierre : Va derrière moi, Il dit à Satan : Satan, tu es pour moi une cause de scandale ! Et Pierre va vraiment derrière le Seigneur, parce que pour suivre Jésus au ciel, il n’est pas disposé à monter sur la croix. Le scandale que le démon a produit chez les Juifs en est un semblable. Car il a strié la pierre posée avec des empreintes durables et en a exaspéré la rugosité, pour tourner en scandale la pierre de tout le fondement, et lui faire apporter la ruine aux miséreux. Voici que je pose en Sion une roche d’achoppement, une pierre de scandale. Voici ce que le psalmiste postule en une supplication anxieuse : Garde-moi du piège qu’on m’a tendu, et des scandales des artisans d’iniquité. Et parce qu’il avait franchi l’obstacle de l’offense, qu’il avait vaincu le scandale, il rend gloire ainsi : Tu m’as élevé dans la pierre, et tu m’as guidé, parce que tu es devenu mon espérance.
Après avoir parlé du premier genre de scandale, parlons maintenant du second, que nous avons dit provenir de l’astuce humaine. Le devin Ballaam proposa au peuple Israélite un scandale, quand il est venu à la rencontre des guerriers non avec des soldats bardés de fer, mais avec des jeunes filles fardées et poudrées, pour transformer la guerre en luxure, pour changer le triomphe en infamie, le faute en faute, pour susciter des vengeurs, et pour profaner, avec la turpitude, tout ce qu’il y de plus saint . Quand Moïse s’en rendit compte, il lui infligea la peine suivante : Et tuez le devin Baal, dit-il, parce qu’il a apporté le scandale aux fils d’Israël. Jéroboam, lui aussi, a machiné un scandale. Il a érigé des vaches en or pour être adorées comme dieux , en une représentation misérable de la divinité, pour que le peuple n’aille pas vers le vrai Dieu, vers le vrai temple, la loi divine, les rois légitimes, pour qu’ils ne suivent pas les rites ancestraux. C’est ainsi que le peuple s’aliène à l’erreur, et se scandalise, selon les paroles de l’Apôtre, quand quelqu’un mange des viandes immolées aux idoles comme s’il ne devait pas en recevoir aucun dommage. Un tel comportement l’amène à surseoir au mépris qu’il vouait à des pierres inintelligentes, et à des dieux faits de bois, qui ne peuvent ni sanctifier ni corrompre personne. Ce qui est présenté comme un exemple de foi, devient pour les ignorants une occasion d’erreur, car il provoque les ignares non au mépris mais au culte des idoles. E à ceux qui ne savent rien, ceux que sciemment il consume par l’ardeur de la dérision, le démon présente cette manducation de viandes consacrées aux idoles comme étant des agapes. C’est pourquoi l’Apôtre conclut ainsi en expliquant : Et ta science fera périr ton frère, pour qui le Christ est mort.
Le troisième genre de scandale, nos propres sens l’engendrent d’eux-mêmes, quand les yeux nous trompent, quand l’ouïe nous induit en erreur, quand nous sommes médusés par l’odeur, et séduits par la saveur.
Ainsi Eve, à qui avait été défendue la nourriture létale, a été blessée par le gout et la vue.
Et la femme vit que l’arbre était bon à manger, qu’il était agréable à voir et beau à regarder. Le Seigneur a raison d’ajouter que les sens eux-mêmes scandalisent , en disant : Si ton œil te scandalise, ou ta main, arrache-le ou coupe-le. Jette-le loin de toi. Il est préférable pour toi de parvenir à la vie sans œil ou sans main plutôt que d’entrer dans la géhenne sain et sauf. En parlant ainsi, le Seigneur nous commande de couper non nos membres mais les fautes et les vices. Si Eve, mère du genre humain avait agi ainsi, elle serait entrée en meilleure forme dans la vie, sans mains et sans yeux, au lieu d’avoir envoyé toute sa postérité dans une mort lugubre. Nous devons donc faire attention, nous, mes frères, de ne pas être un objet de scandale pour autrui, de peur d’être suppliciés pour un acte commis par un autre. Le scandale porte offense aux sens, il est ce qui a fait d’un ange un démon, d’un apôtre un traître, ce qui propage le mal dans le monde, qui mène l’homme à la mort. Ecoute le seigneur qui dit : Malheur au monde à cause des scandales ! Le scandale tente les saints, vient à bout de la résistance des vigilants, précipite du haut en bas les imprudents, confond tout, trouble tout le monde. Et il est permis à cet endroit au Seigneur de parler du scandale de sa passion, et de désigner Judas par qui est venu le scandale des scandales. Et pour que personne ne Lui demande d’empêcher le scandale d’arriver, il dit : Il est impossible que les scandales n’arrivent pas. Il serait préférable qu’une meule de moulin soit suspendue à son cou et qu’il soit jeté dans la mer, plutôt que de scandaliser un de ces petits. Pourquoi faut-il que ce soit une meule de moulin et non pas une pierre quelconque ? Pace que la meule de moulin pendant qu’elle mout le froment , pendant qu’elle en extirpe la farine, lorsqu’elle sépare les téguments de la fleur de farine, fournit pieusement du pain aux laboureurs. Celui qui pense que l’auteur du scandale est plus grand que l’auteur de la paix, il est bon qu’on lui attache au cou une meule de moulin, pour qu’il entraîne à la mort ce qu’il aurait du employer à la vie. Parce que les sens qui nous ont été donnés pour la vie, il les détourne de leur usage naturel pour en faire des agents de mort, leur persuadant de voir autre chose, d’entendre autre chose, de sentir autre chose, de goûter autre chose, que ne voyait, n’entendait, ne sentait et ne goûtait le Christ, autre chose que ce qu’Il a enseigné pour notre salut. Ainsi la pierre angulaire, la pierre qui vient à notre secours, la pierre qui s’est détachée du rocher sans l’aide de main humaine, qui est le Christ, il l’a mobilisée, exploitée en vue du scandale des petits, pour en pétrir non un pain de vie, mais de douleur et de larmes, comme l’atteste le Prophète en ces mots : Vous qui mangez le pain de la douleur. Jésus avait donc bien raison de dire ici comme ailleurs : Qu’on lui entoure une meule de moulin autour du cou. Pout qu’il reçoive la peine là où il avait reçu les sens, et qu’il soit mis sur un pied d’égalité avec les juments dénuées d’intelligence, lui qui n’a pas voulu apparier les réalités célestes aux hommes sages.
28ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Que la pauvreté soit connue par les vertus, le prouvent la discipline terrestre et la céleste. Un athlète se présente nu à la lutte. C’est nu également que le matelot se bat avec les flots. Le soldat ne se tient au garde-à-vous qu’une fois déchargé de ses bagages. Celui qui tend à la philosophie doit d’abord mépriser tout l’être des choses. La pauvreté est donc connue par les vertus. Et si la pauvreté, qui est la mère des vertus, est considérée comme leur compagne, il convient de savoir pourquoi le Christ a appelé des pauvres au devoir de la vertu. Pierre et André, Jacques et Jean, qui ont en commun d’être frère l’un de l’autre, et qui partagent entre eux quatre la pauvreté, sont choisis comme prémisses des apôtres. Pauvres pour le fisc, humbles par le lieu de leur naissance, vils par le métier qu’ils exercent, obscurs par la vie qu’ils mènent, habitués à trimer dur, entraînés à veiller, exposés aux injures, n’ayant de ressources que leur filet, tirant leur nourriture et leurs vêtements de la seule capture des poissons. Mais en eux, bien qu’abjects d’apparence, le regard de Dieu ne voyait que des âmes précieuses. Ils étaient trop pauvres pour payer l’impôt, mais riches d’innocence, humbles par le lieu, mais sublimes par la sainteté, ignobles par le métier, mais précieux par la simplicité, obscurs par leur vie, mais lumineux par le mérite de leur vie. Des métiers communs, mais singuliers par le motif. Ils étaient adonnés aux veilles, mais déjà appelés aux victoires célestes, ballotés par les flots, mais non submergés. Ignorés des hommes, mais riches d’honneurs et non inconnus. Exposés aux injures, mais non abattus par elles. Attrapeurs de poissons, mais déjà prédestinés à être pêcheurs d’hommes. Venez, est-il dit, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Pour que par le lancer de l’appât vital, de l’hameçon de la parole céleste, ils arrachent les âmes de la gorge de la mort pour les amener à la vie éternelle. Les attrapeurs de poissons deviennent des pêcheurs d’hommes; ils passent d’un travail à l’autre, parce que le travail de la méditation ne saurait lasser. Tout ce qui procède de l’habitude ne fatigue pas. La vertu perdure en étant exercée. Voilà pourquoi le Seigneur a voulu entraîner ses apôtres par des travaux humains, pour les rendre infatigables dans les divins. Dieu a voulu ainsi que la force soit toujours portée à son paroxysme, que la vertu parvienne à l’excellence par l’effort constant. . Et parce que le fruit vient du labeur, Il n’a pas voulu qu’ils perdent leur métier , mais qu’ils changent de travail. Il a voulu d’abord leur inculquer l’habitude du travail pour leur donner ensuite l’endurance que requiert la vertu. C’est ainsi qu’ils ont vaincu les royaumes, les peuples, les prisons, les chaînes, les tourments, les morts, les hommes cruels sur tous les territoires. Nous avons déjà dit que dans les apôtres avait été élue la pauvreté, amie des vertus, et chère à Dieu.
Mathieu s’était enrichi au bureau de perception des impôts; il avait multiplié ses gains par les prêts usuraires, et regorgeait des richesses du monde. Le Maître l’a appelé comme apôtre. Qu’avons-nous à dire à cela ? Aujourd’hui, Matthieu commence ainsi : Et comme Jésus passait, Il vit un homme assis au bureau de perception d’impôts, du nom de Matthieu, et Il lui dit : Suis-moi. Le publicain Matthieu ne nous pose pas une petite question par sa richesse. Son souci d’acquérir nous donne un grand souci. Mais dira quelqu’un : quel souci ? Dieu accueille les pauvres, mais ne repousse pas les riches. Celui qui a reçoit, et Dieu attire à Lui les non possédants. Abraham était riche, Job riche, David riche. Et pourquoi Abraham est-il plus heureux, Job plus fort, David plus saint ? Mais Abraham, après les douleurs de la terre, a accueilli dans le sein de sa consolation les âmes pieuses qui retournaient au ciel en volant. Job a vaincu lui-même le diable et les pièges de la richesse qui lui avaient été tendus, et nous a légué en exemple la façon de vaincre le démon. Les richesses qu’Abraham posséda, il les posséda de façon à les mépriser souvent quand elles étaient offertes, et à les fouler aux pieds quand elles voulaient l’accaparer. Et ainsi, il aimait posséder des richesses mais ne pas être possédé par elles. En posséder pour avoir de quoi faire l’aumône, non pour enflammer la cupidité. Mais on répond à cela que les richesses n’ont pas entaché l’innocence des saints, parce qu’elles avaient été données par Dieu, et non acquises de façon malhonnête. Concédées pour l’usage de la vie, non pour l’usure mortelle. Mais les richesses proclament que Matthieu le publicain était un maître de la cupidité, qu’elles l’avaient tellement cuit dans le four de l’avarice, qu’elles le liaient tellement par les liens des reçus, l’écrasaient tellement sous les poids des choses du monde qu’il ne pouvait s’élever à l’innocence, se redresser à la recherche de la justice, progresser dans la vertu. C’est pourquoi être assis signifiait dans son cas, être accroupi, non être assis. Pourquoi Dieu a-t-il appelé un tel homme à son royaume, pourquoi l’a-t-il élu en vue de choses divines ? Il l’a fait comme s’il nous proposait une énigme, et non seulement une énigme, mais un scandale, comme le contexte semble l’indiquer. Quel casse-tête pour l’infirmité humaine de voir le Christ promouvoir ainsi l’argent, faire confiance à un escroc, s’apitoyer devant un fonctionnaire vénal, offrir le ministère au maître-renard de la cupidité, le magistère de la sainteté au docteur ès fraudes, le secret céleste à un publicain mondain ! Les témoins voyaient sans en croire leurs yeux que l’usure qui fait de la terre un désert était élevée jusqu’aux cieux, que Dieu se faisait le défenseur de ce que détestent les hommes. Que les témoins aient ressenti ce genre de choses, Matthieu le laisse entendre. Ne voulant pas faire le récit de ses misères, il n’a pas pu taire ce qui suit : Comme Jésus était à table dans sa maison, voici qu’arrivèrent plusieurs publicains et pécheurs et prirent place à table avec Lui et ses disciples. Ce que voyant les pharisiens, ils dirent aux disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs? Les Pharisiens parlaient ainsi parce que le mal qui s’étalait là pouvait déplaire même aux méchants. Et s’il était néfaste pour le Christ que les publicains prennent part à la fête et au banquet, en quoi était-il interdit de les associer aux choses divines ? Mes frères, par cette question, le génie de l’interprète serait mis à rude épreuve si le Seigneur Lui-même, à qui la question a été posée, n’en avait pas enlevé toute la difficulté.
Reprenons maintenant le récit de la leçon du jour. Ecoutons pourquoi Jésus s’est dirigé vers Matthieu. Comme Jésus passait, est-il dit. L’évangéliste ne dit pas : comme Il se tenait debout. Jésus passait et repassait là afin que Matthieu ne s’y établisse pas à demeure.
Jésus passait pour que Matthieu ne demeure pas perpétuellement dans l’état où il était. Il voit un homme. Il n’a pas dit : Il a vu Matthieu. Parce qu’en Matthieu Il libérerait l’homme. C’est-à-dire : les hommes que l’argent possède, qui sont esclaves de l’argent et ne peuvent servir Dieu. Vous ne pouvez pas servir Dieu et Mammon, est-il dit. Viens et suis-moi. Ce qui veut dire : dépose tes fardeaux, romps tes chaînes, délie tes liens. Suis-moi. Pars à la recherche de toi-même.Abandonne l’usure, pour que tu puisses te retrouver toi-même. Mais écoutons ce qu’Il a répondu aux Pharisiens . Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades et les infirmes. Voilà pourquoi Jésus était venu voir Matthieu : pour soigner les plaies de son avarice, pour le guérir de la peste de l’usure. Allez et apprenez ce que veut dire : je veux la miséricorde et non le sacrifice. Il a voulu la miséricorde pour que ce que Matthieu avait extorqué à la misère, il le rembourse en plusieurs versements par ses miséricordes, pour qu’il se rachète là où il avait commis la faute. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. En parlant ainsi, Il ne repousse pas les justes, mais Il exclut les injustes qui s’imaginent être justes. Jésus est venu vers les pécheurs pour enlever les péchés, non pour fraterniser avec le péché.
Il est aussi difficile de donner la vie à un mort que la générosité à un avare. L’explication de l’appel de Matthieu n’est pas à chercher dans l’argent, mais dans la vertu. Et, en fin de compte, Matthieu est devenu pauvre sur la terre pour être riche dans le ciel.
29ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Quand le Seigneur appelle et élève le publicain Matthieu au faîte de l’apostolat, Il donne la main aux renégats, Il rend l’espoir aux désespérés, Il rend à la vie ceux que la mort tenait déjà dans ses mâchoires. Comme Jésus passait, Il vit Lévi le fils d’Alphée assis à un bureau de perception d’impôts. Il était assis, en vérité, celui que le fardeau de la cupidité empêchait de se tenir debout, et il était courbé par la pleine conscience de son attachement à l’argent. L’or est lourd par nature, mais l’avarice l’alourdit davantage. C’est pourquoi il ploie plus le possesseur que le porteur, et appesantit plus les cœurs que les corps. Il naît dans les entrailles de la terre, il fauche les bases des montagnes, et court ca et là au plus bas des veines du roc dans les sinuosités aveugles. Et bien qu’il retrouve toujours sa nature, il dépose la nature céleste dans les enfers. Il assombrit toujours les sens; les pensées les plus hautes de l’esprit humain il les plonge dans la trivialité. L’or achète le bien, et le remplace par le mal; il méprise ce qui a de la valeur et fuit ce qui est d’une certitude absolue. Comme le propre de la vertu est de vaincre, le propre du bonheur est d’échapper à l’or. La fureur de l’or brûle plus dans le cœur de l’homme que la flamme dans une fournaise, et il dissout plus âcrement les hommes qu’il n’est fondu dans la chaleur des flammes. L’or est le maître de la cruauté, un ennemi furieux. Il blesse en aimant, il appauvrit en enrichissant, il ensorcelle le regard, rompt les engagements, viole l’affection, blesse la charité, trouble le repos. Il enlève l’innocence, enseigne le vol, pousse à frauder, commande le vol à main armée.
Et quoi encore ? L’Apôtre l’a bien dit :
La racine de tous les maux est l’avarice. C’est une commutation unique en son genre quand l’homme prudent expédie l’or dans le ciel avant lui, comme l’insensé l’envoie dans le Tartare. Qu’il l’envoie par la main du pauvre, parce que tout ce qu’il a donné au pauvre à cause de Dieu, le pauvre le transmet sans retard. C’est avec raison que le Seigneur a libéré Matthieu de telles chaînes, désirant que se relève celui qui était entravé, en lui disant : Suis-moi. Ce qui veut dire : suis-moi vers les choses célestes avec l’aide des choses célestes, et ne suis pas l’or qui émerge de l’enfer pour retourner à l’enfer. Là où sera ton trésor, là sera ton cœur. L’or a corrompu, au point de les rendre étrangers à la piété, les rejetons des patriarches, la sainte progéniture, toute la lignée des fils de Jacob, pour qu’ile livrent Joseph à des Egyptiens, le frère à des barbares, l’innocent à des coupables, la candeur à la servitude. L’or a asséché les esprits, dépravé les cœurs au point que ce qu’il y avait en eux de sentiments humains, il l’a changé en une rage sauvage. Il ne leur a pas permis de se souvenir de l’offense faite au père, de la douleur d’un saint vieillard, des liens du sang qui les unissaient. Pourquoi se demander s’il y a quelque chose de plus abrutissant que l’or , puisque ce qui fait perdre aux hommes leurs mœurs, leur fait aussi perdre leur nature. L’or a captivé le peuple judaïque par sa beauté, il l’a vaincu par ses attraits, il l’a trompé par son éclat, au point de croire qu’il était dieu et le vrai dieu, et au point de renier le Dieu qui s’était fait connaître par tant de bienfaits. C’est ainsi qu’il convertit en bêtes de somme des hommes capables de prendre la tête d’un veau pour celle de Dieu, et de faire passer la cervelle d’une brute avant le cerveau qui a créé toutes choses. Essayez de comprendre jusqu’à quel point il faut fuir cette peste qui après avoir entraîné la mort des mœurs, de l’honnêteté, de la vie, a voulu enlever Dieu à l’homme, et y a mis tous ses efforts. Cela veut dire que c’est l’or qui a fait de Judas un traître, forçant l’homme à renier Dieu, à vendre son semblable, à triturer le Créateur, et à évaluer le prix du sang que le Seigneur était sur le point de verser pour notre rachat. Mais pour qu’un excès d’exemples ne produise le dégoût, passons au reste.
Suis-moi.
Et, se levant, il le suivit. On lit souvent que la vertu est utile même chez l’ennemi, qu’elle ne peut être confirmée que par l’adversaire. On n’enlève pas à Mathieu son travail, mais on l’affecte d’un autre sens. Il reçoit un bureau de perception d’impôts plus qu’il ne le quitte, pour qu’il conquière pour Dieu des choses qui demeurent, non des choses périssables pour l’homme, pour que le triste comptable n’ait pas à calculer le treizième des impôts du quarantième et du cinquantième, mais qu’il mette en réserve dans la joie ,dans les coffres divins, trente fois le soixante et le centième du fruit de la joie à venir. Et, se levant, il le suivit.
C’est une nature généreuse qui abandonne facilement et méprise comme si elles n’étaient rien des choses auxquelles il avait attaché une grande valeur. Il semble bien que c’est par ignorance que les richesses de la terre l’avaient auparavant conquis, car dès qu’il se vit ou se sentit libéré, il fut envoûté par les choses divines. Et il arriva que comme Jésus s’était attablé dans la maison de Matthieu, plusieurs publicains et pécheurs se mirent à table avec Jésus et ses disciples. Jésus était couché pour manger plus dans l’esprit de Matthieu que sur le lit de table demi-circulaire, et ce qui le mettait en fête ce n’étaient pas les mets mais la conversion du pécheur. Sa conversation amène rappelait à la convivialité, à la bonne entente et à l’estime de l’humanité ceux qui mangeaient avec Lui, qu’Il savait pouvoir être réduits en miettes par la puissance enflammée du Juge, par la terreur panique qu’inspire sa Majesté. Ils ne pouvaient être terrassés par la présence nue de Celui qui s’est enveloppé d’un corps humain pour venir au secours de l’homme. L’homme a caché le Seigneur, Lui qui a daigné ne pas renier Sa fidélité envers ses esclaves. Il a recouvert d’un manteau sa majesté, Lui qui a la passion d’embrasser le fragile avec un amour parental. Mais les Juifs s’en offensent en disant : Pourquoi votre Maître mange-t-Il et boit-Il avec les publicains et les pécheurs ? Tu te demandes avec étonnement , Judée, pourquoi Il prend part au banquet avec les pécheurs, Lui qui a voulu naître pour les pécheurs, et qui pour eux n’a pas refusé de mourir . Tu te déchaînes parce qu’Il boit le vin des pécheurs Celui qui a répandu son sang pour les pécheurs. Et si tu veux pousser plus loin ton indignation, apprends qu’ Il a pris sur Lui le péché pour ne pas perdre les pécheurs. Le Juge a retourné contre Lui-même l’arrêt de mort, pour révéler qu’Il a plus aimé les pécheurs en expiant pour eux à leur place qu’en leur donnant simplement le pardon. Mais qu’il suffise à ce genre de personnes ce que le Seigneur a répondu : Ceux qui sont en santé n’ont pas besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Et qui n’était pas malade , la nature du genre humain étant si malade ? Il est donc venu vers tous Lui qui a découvert que tous étaient des malades ayant besoin de guérison. Il mérite certainement de mourir celui qui a méprisé le médecin de peur de s’accuser lui-même, de peur de se reconnaître malade. Mais le Seigneur explique peu après le sens de cette parole en disant : Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Le Seigneur ne rejette pas ici les justes mais les orgueilleux. Et Il désigne ceux qui se vantent d’être saints sans l’être. Et où étaient les justes lorsque le Prophète a prononcé : Il n’y a en avait pas qui fasse le bien, pas même un seul. Pour qu’ils admettent qu’ils sont malades, pour qu’ils accueillent le médecin en vue de leur guérison, pour qu’ils confessent qu’ils sont des pécheurs, pour que bientôt le Christ, leur parent et leur convive, leur accorde le pardon, afin que plus tard le Juge n’inflige pas à des contumaces la peine éternelle qui leur est due.
30ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Aujourd’hui la lecture évangélique a changé le publicain Matthieu en Apôtre, pour que celui qui fraudait avec l’argent devienne un distributeur de la grâce, et pour que de l’école de l’impiété, il parvienne à la maîtrise de la piété; pour que devienne docteur de la miséricorde celui qui avait été un instituteur de l’avarice.
Pendant que Jésus passait par là, Il vit un homme assis au bureau de perception des impôts. Quand Jésus a passé par là, Il a passé d’un endroit à un autre. Il a traversé à pied la Judée pour aller chez les Gentils; Il dépassait la Synagogue pour se rendre à l’église. Il traversait le pays de la chair pour demeurer au siège de sa Divinité.
Dans le Christ, mes frères, l’injure de la chair est transitoire, Lui en qui l’honneur de la divinité est permanent . Pendant qu’Il passait, Il vit un homme. Il l’a vu plus avec ses yeux divins qu’avec ses yeux humains. Il a vu un homme, pour ne pas voir les péchés de l’homme. Il a regardé Son œuvre à Lui pour détourner les yeux des œuvres des hommes. Dieu l’a vu pour que lui voie Dieu. Le Christ l’a vu pour ne plus apercevoir les subterfuges, les prétextes où se camouflent les péchés d’avarice. Dieu l’a vu assis, parce que, affaissé par le poids de la cupidité, il ne pouvait plus se redresser. Mes frères, ce publicain qui était assis dans le bureau de perception des impôts était dans un état plus grave que le paralytique étendu sur son grabat, dont nous avons déjà parlé.
Parce que ce dernier souffrait d’une paralysie du corps, l’autre de l’âme. Dans le premier c’était le corps dans tout ses membres qui était affecté, dans le second c’était les sens dans leur ensemble qui étaient détraqués. L’un gisait prisonnier de sa chair, l’autre était assis, captif du corps et de l’âme. L’un succombait aux douleurs malgré lui, l’autre s’était fait volontairement serviteur des vices. L’un se voyait innocent du crime d’avarice, l’autre, au milieu de ses plaies, se reconnaissait pécheur. L’un continuait à accumuler les crimes des profits usuraires, l’autre effaçait ses péchés par les gémissements que lui arrachaient les douleurs. C’est donc avec raison qu’il est dit au paralytique : Aie confiance, mon fils, tes péchés te sont remis, parce qu’il avait expié ses fautes par les douleurs. Mais au publicain il est dit : Viens, suis-moi. Pour que, en me suivant, du payes pour ce que tu as perdu en poursuivant l’argent. Mais dira quelqu’un : pourquoi ? Le publicain qui était plus grand dans le crime est plus grand dans le ministère ? Mais bientôt après, assigné d’avance à la dignité durable de l’apostolat, non seulement il reçoit lui-même le pardon des péchés, mais il l’accorde aux autres. Il irradie toute la terre de la splendeur de la prédication évangélique, et le paralytique semble digne du seul pardon. Tu veux savoir pourquoi le publicain a reçu davantage ? Parce que d’après l’Apôtre, là où a abondé le péché, la grâce a surabondé.
Nous savons que le publicain présente le type du peuple Gentil, et le paralytique la figure du peuple Juif qui, encore aujourd’hui, est retenu dans son lit par une maladie infectieuse, de sorte que, à moins d’être porté dans son lit par la foi des gentils, offert au Christ par la pitié des saints, sauvé par la foi du peuple chrétien, il ne peut pas parvenir à la maison de la foi, à la maison de la patrie.
Après s’être mis à table, voici que vinrent beaucoup de publicains et de pécheurs, et s’attablèrent avec Lui et ses disciples. Ce que voyant les Pharisiens dirent aux disciples : pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? On fait des reproches à Dieu parce qu’Il se penche vers les hommes : Pourquoi s’étend--Il près d’un pécheur ? Pourquoi a-t-Il faim de la pénitence ? Pourquoi est-Il assoiffé de la conversion des pécheurs ? Pourquoi accepte-t-Il les plats de la miséricorde ? Pourquoi prend-il la coupe de la piété ? Mes frères, le Christ est venu au banquet, La vie est venue au festin, pour faire vivre avec Lui ceux qui étaient sur le point de mourir. La Résurrection s’est couchée pour que ceux qui dormaient du sommeil de la mort surgissent des sépulcres. L’indulgence s’est allongée pour élever les pécheurs jusqu’au pardon. La divinité vient à l’humanité pour que l’humanité vienne à la divinité. Le roi vient au banquet des coupables, pour que l’humanité prévienne la sentence de la condamnation. Le médecin vient vers ceux qui sont languissants pour qu’en mangeant avec eux, il refasse les forces des épuisés. Le bon pasteur penche ses épaules pour ramener la brebis perdue au bercail du salut. Mais cela, le Pharisien l’a en horreur, et en fait un motif d’accusation, croyant que c’était le ventre du Seigneur qui festoyait et non la vertu, non l’esprit mais la chair, non la bonté divine mais la volupté charnelle, la débauche de la terre non la grâce du Ciel. Il se voit ainsi lui-même lui qui ne voit pas Dieu. Qui reproche au Médecin de s’étendre près de ceux qui sont étendus, si ce n’est l’ennemi du salut humain ? Qui reproche au pasteur de porter sur ses épaules l’agneau fatigué, si ce n’est celui qui n’aime dans le troupeau que le profit ? Qui fait au Juge un crime de sa piété, si ce n’est le désespéré ? Qui méprise la communion de Dieu, si ce n’est le sacrilège ? Qui méprise son pardon si ce n’est le cruel qui l’a en horreur ? Pourquoi votre maître mange-t-Il avec les publicains et les pécheurs ? Et qui donc est le pécheur si ce n’est celui qui refuse de se voir tel ? Il est un plus grand pécheur, et pour parler plus correctement, il est lui-même le péché celui qui ne comprend pas encore qu’il est un pécheur. Et qui est le plus injuste si ce n’est celui qui se juge juste : les Scribes, les Pharisiens, parce qu’aucun vivant n’est justifié en ta présence.
Tant que nous sommes dans le corps mortel, la fragilité domine en nous. Et si nous avons vaincu les péchés en acte, nous ne pouvons pas vaincre les péchés en pensée , ni fuir les jugements téméraires. Si nous pouvons éviter les fautes provenant du corps , et si nous sommes capables de triompher d’une conscience mauvaise, comment pourrons-nous éliminer les fautes de négligence, comment pourrons-nous abolir les péchés d’ignorance ?
Pharisien, confesse ton péché, pour que tu puisses venir à la table du Christ, pour que le Christ soit pour toi le Pain, et que la fraction de ce pain soit faite pour le pardon de tes fautes, et que la coupe du Christ existe pour toi, elle qui est versée pour la rémission de tous tes péchés. Pharisien, mets-toi à table avec les pécheurs, pour pouvoir manger avec le Christ. Reconnais-toi pécheur, pour que le Christ prenne son repas avec toi. Entre avec les pécheurs au banquet de ton Maître pour que tu puisses ne plus être un pécheur. Entre dans la maison de la miséricorde avec le pardon du Christ de peur que , à cause des jugements que tu as faits en dehors de la maison de la miséricorde, tu en sois exclus. Reconnais le Christ, écoute le Christ, écoute ton Seigneur, écoute le Médecin céleste réfuter tes calomnies de façon péremptoire :
Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades et les infirmes.. Si tu veux la cure reconnais l’anémie. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Si tu désires la miséricorde, confesse ton péché. Allez et apprenez z ce que veut dire : je veux la miséricorde et non le sacrifice. Le Christ veut la miséricorde et non le sacrifice. Quel sacrifice pourrait-Il chercher Lui qui pour te chercher s’est fait Lui-même sacrifice ? Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Il ne rejette pas les justes, mais c’est que, sans le Christ, personne n’est innocent sur terre. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. En parlant ainsi, Il ne repousse pas les justes, mais c’est que, pour Lui, tous sont pécheurs. écoute le Psalmiste : Du haut du ciel, le Seigneur examine les fils d’hommes, pour découvrir s’il en est un qui soit intelligent et qui recherche Dieu. Ils se sont tous détournés du chemin, tous ensemble ils sont devenus inutiles. Il n’y en pas qui fasse le bien, pas même un seul. Mes frères, mes frères, confessons que nous sommes pécheurs, pour qu’avec le pardon du seigneur nous ne le soyons plus .
31ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
La bonté est la mère des vertus, et la malice est l’origine des vices. La gloire accompagne les vertus, une confusion connaturelle est inhérente aux vices. Comme les vices sont apparentés à la fausseté, les vertus ont pour apanage la liberté. De là vient que le Christ, Lumière des vertus, agissait en toute liberté, n’énonçait que la vérité, l’emportait comme Dieu, souffrait en tant que Père, incriminait en tant que Seigneur. Les Juifs, vraie race de vipères, mort de leur mère, assassinat de leur père, ont rompu les entrailles de leur mère la synagogue en détruisant le Christ. Tout à fait comme il a été écrit : engeance de vipères. Ils inclinaient leurs têtes, adoraient avec la langue, ils blessaient avec leur hypocrisie, ils corsaient leurs poisons avec des blasphèmes. Et comme si cela n’était pas encore assez, ils étaient le mépris poussé jusqu’à la haine, le dénigrement jusqu’au déni de justice. C’est ainsi qu’ils ont persécuté Jésus par toutes sortes de traquenards, qu’ils Lui ont tendu des pièges, qu’ils L’ont accusé de crimes imaginaires, qu’ils L’ont abreuvé d’insultes, et assiégé avec toute la dissimulation de l’envie. Ils lui objectaient de guérir des malades le Sabbat . S’Il ne l’avait pas fait, leur mépris L’aurait taxé d’impuissance. S’il avait guéri, la condamnation aurait émané de la loi elle-même. Ils Lui demandaient par quel pouvoir Il opérait des prodiges à volonté. S’Il avait dit par le pouvoir divin, ils auraient été mordus par l’envie. S’il s’était tu, ils l’auraient rejeté comma magicien. Car ils disaient que c’était par Beelzebub, le prince des démons, qu’il chassait les démons. Et d’après la lecture d’aujourd’hui, ils accusaient le maître auprès des disciples pour avoir participé au festin des publicains. Et auprès du Maître, ils accusaient les disciples comme des gens qui ne voulaient rien savoir du jeûne , et qui sont aux adonnés aux plaisirs de la table. En cherchant des occasions pour susciter la suspicion entre disciples et maître et maître et disciples, ils lançaient les semences du venin de la discorde Les disciples de Jean, est-il dit, s’avancèrent et dirent : Comment expliques-tu que les Pharisiens et nous jeûnions fréquemment, alors que tes disciples ne jeûnent pas. Quelle association pouvait-il bien y avoir entre les Pharisiens et les disciples de Jean, à part le fait que l’envie réunissait ce que la discipline séparait. Il perd ses droits ici le zèle qui a réuni ce qu’il a coutume de dissocier . Les Juifs ne supportaient pas que Moïse soit placé après le Seigneur : les disciples de Jean ne voulaient pas que le Christ soit préféré à Jean en quoi que ce soit. Ils frémissaient donc contre le Christ d’une jalousie commune.. Comment se fait-il qu’alors que nous et les pharisiens nous jeûnons fréquemment, tes disciples ne jeûnent pas? Pourquoi ? Parce que votre jeûne vient de la loi, non de votre volonté. Le jeûne ne regarde pas celui qui jeûne, mais celui qui jeûne de plein gré. Et quel profit tirez-vous du jeûne, vous qui jeûnez d’un jeûne qui n’est pas volontaire ? Le jeûne est la charrue insigne de la sainteté, il laboure les cœurs, éradique les crimes, arrache les fautes, déracine les vices, sème la charité, nourrit avec abondance, dresse la table de l’innocence. Les disciples du Christ établis dans la totalité du champ ensemencé de la sainteté, et cueillant les gerbes des vertus, ayant le pain du nouveau froment, ne peuvent jeûner des jeûnes désuets et caducs.
Cette jactance en paroles, cette pâleur de visage , ce trafic frauduleux plaisent aux yeux humains, non aux divins. Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas quand les pharisiens et nous nous jeûnons fréquemment ? Jésus répondit : Les fils de l’époux peuvent-ils jeûner tant que l’Epoux est avec eux ? Qu’est-ce à dire?
Quand on interrogea Jean, il attesta que Jésus était l’Epoux. Celui qui a l’épouse est l’époux. Mais l’ami de l’époux qui est présent et entend, se réjouit de joie en entendant la voix de l’époux. Il est donc tout à fait normal que Jean ait répondu à ses disciples par la voix de son Maître pour qu’ils croient en Lui, pour qu’ils ne contraignent pas les temps du triste jeûne à entrer dans les temps joyeux de l’Epoux. Car celui qui cherche une épouse écarte les jeûnes, .laisse de côté l’austérité, se donne tout entier à la joie, s’adonne aux festins : il est la gentillesse et l’amabilité personnifiée. Il se met sur un pied de fête, et fait tout ce que requiert la tendre affection de l’épouse. Le Christ qui, alors, épousait son église, se permettait de participer à des festins, ne se refusait pas à la joie des convives; sa pieuse charité le rendait affable, sociable, charmeur, afin d’unir les choses humaines aux choses divines, et pour faire de la société terrestre une harmonie céleste. Notre-Seigneur ajoute à ce qu’Il avait déjà dit en disant : Personne ne rapièce un vieux linge avec une étoffe brute. Il enlève au vêtement sa rigidité, et une déchirure pire encore apparaît.
Le vêtement de l’ancienne loi, altéré par le zèle judaïque, dont le sens a été corrompu, déchiré par les sectes, rendu obsolète par des actes impurs, appelle l’étoffe rude de l’évangile. Mais comprends que l’étoffe ne fissure pas une partie du vêtement, mais les fibres même de la texture. Car alors, en premier lieu, la toile du vêtement royal était tissée avec la toison du Christ, de la toison que donnait l’Agneau, l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde.
Le vêtement des rois était tissé, que le sang rouge de la passion teindrait en pourpre éclatant. C’est donc avec raison que le Christ interdisait de mettre cette étoffe brute sur la vétusté judaïque, pour que ne se produise pas une déchirure pire encore, si la nouveauté chrétienne fendillait la vétusté judaïque. Et il ajoute un exemple semblable en disant : On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres. Autrement les outres se fendillent et le vin s’écoule, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et les deux se conservent. Il donne aux Juifs le nom de vieilles outres. Il appelle les chrétiens des outres neuves. Car comme les outres sont purgées de toute forme de saleté, et sont enduites de drogues odorantes pour pouvoir conserver sans altération la saveur du vin, ainsi les jeûnes humains sont purifiés de la saleté de toutes les fautes charnelles, et deviennent aptes aux pressoirs divins, pour que de la presse de la croix ils reçoivent un vin nouveau, et se conservent dans une nouveauté incorruptible. Mais je parle du jeûne que les chrétiens pratiquent. Ainsi les Juifs, s’il ne deviennent chrétiens, ne l’auront pas. Corrompus par les vices et pécheurs invétérés, ils reçoivent le vin nouveau qui est la parole de l’Evangile en rompant les outres et en laissant s’échapper le vin. Il faut donc reconnaître qu’avec ces exemples, Jésus n’avait pas l’intention d’empêcher ses disciples de jeûner, mais Il ne voulait pas qu’ils mêlent le vrai jeûne au jeune frelaté.
32ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Il faut croire que tous les miracles du Christ sont des œuvres d’une puissance étonnante, qui n’ont pas été produites humainement ni par hasard, mais par une procuration divine, comme la lecture de l’évangile d’aujourd’hui nous le démontre. Et Jésus entra dans une synagogue, est-il dit, et il y avait là un homme ayant une main desséchée.
Le Christ entre dans la synagogue, mais le Juif ne le L’accueille pas à Son entrée, ne Le reconnaît pas quand il est mis en Sa présence, ni ne comprend, dans son aveuglement, Son activité thaumaturgique. Constatez comment se réduit à rien la présence corporelle là où les esprits sont pitoyablement séparés.
On peut dire à l’inverse que l’absence corporelle n’entrave pas l’union des cœurs quand la foi les rassemble. Et il y avait là un homme ayant une main desséchée. Cet homme est une image de tous les hommes, sa cure est celle de tous les hommes, son retour à la santé est le rétablissement de la santé longtemps différé de tous les êtres humains. La main de l’homme était affligée plus par la paralysie de la foi que par le dessèchement des nerfs, et plus par le remords de la conscience que par la défaillance de l’organisme. Cette maladie était suffisamment ancienne : elle remontait au début du monde, et ne pouvait être guérie ni par la science médicale ni par la philanthropie . Elle avait été contractée par la juste indignation de Dieu quand la main avait touché ce qui était défendu, quand elle avait aspiré présomptueusement à ce qui n’était pas concédé, quand elle s’était étendue jusqu’à l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Elle avait besoin non d’un charlatan qui lui appliquerait un cataplasme, mais de son Auteur, de Celui qui pourrait révoquer la condamnation portée, délier par Son pardon ce que Son indignation avait lié. Dans cet homme, apparaît l’ombre seulement de notre santé. La perfection de notre salut était réservée à notre Christ, car la sécheresse de notre main a été guérie par la miséricorde quand elle a été versée dans le sang rouge de la passion du Seigneur, quand le Seigneur a été étendu sur le bois vivifiant de la croix, a extirpé de la douleur une vertu fertile et féconde, quand Il a embrassé tout l’arbre du salut, quand le corps du Seigneur a été supplicié aux montants et traverses de la croix, pour que l’homme ne retourne jamais à l’arbre de la concupiscence et à l’aridité de la volonté. Les pharisiens observaient pour voir s’Il le guérirait un jour de sabbat, afin d’avoir un motif d’accusation contre Lui. A l’infamie du juge, et à l’iniquité de l’enquêteur, est présentée une cure dont on fait un crime, une œuvre de miséricorde qu’on s’efforce de rendre peccamineuse, un acte vertueux que l’on veut incriminer. On demande la peine de mort pour une santé restituée. Mais il n’y a là rien d’étonnant : le bien offense toujours les mauvais, les œuvres pies les impies, les choses saintes les profanes. Quand donc celui qui est lascif n’accuse-t-il pas la discipline, le vicieux la vertu, le criminel l’innocence ? Les fauteurs de crimes passent leurs nuits à veiller; ils sont à l’affût pour mettre les vertus en accusation, comme si le Sabbat avait été institué contre le salut et non pour le salut. Les Pharisiens observaient pour voir s’Il le guérirait un jour de Sabbat. Avec un tel interprète de la loi, le malade non seulement souffre terriblement, mais son état ne peut qu’empirer, et bientôt il expire. Jésus n’a pas refusé de guérir les infirmes en homme sans cœur, mais sa grande miséricorde accorda souvent le repos à ceux qui étaient rendus à bout, et qui par un trop dur labeur touchaient à leurs derniers jours. Et Il dit à l’homme ayant la main desséchée : lève-toi et viens au centre.
Celui qui professe l’incrédulité judaïque est un professeur de sa propre débilité, le superviseur de la piété céleste, un témoin qui dépose contre la vertu divine.
Lève-toi, et viens au milieu. Pour que, à la vue d’une telle déchéance physique, un sentiment de compassion émeuve et adoucisse ceux que la puissance de tant de miracles n’amène pas à la componction, que les œuvres d’un tel salut n’ébranlent pas. Il leur dit alors : Est-il permis, le Sabbat, de faire du bien plutôt que du mal, de sauver une âme plutôt que de la perdre ? En parlant ainsi, Il met l’accent sur la bonté de son œuvre, et blâme leurs desseins malicieux consciemment échafaudés. Car Jésus s’était proposé de sauver cet homme dans son corps et dans son âme. Mais c’est à perdre Jésus que s’acharnait le zèle de ces accusateurs, eux qui souffraient de voir Jésus guérir un jour de sabbat. Ils voulaient quand même L’induire à opérer une guérison pour qu’au cas où Il le ferait, ils en détournent malicieusement le sens, et que, pour avoir été si patients, ils deviennent plus méchants que la malice elle-même, et soient plus furieux pour s’être contenus, que démentiels pour avoir porté un tel jugement.
Mais eux se taisaient, et les regardant avec colère, contristé par l’aveuglement de leurs cœurs. Regardant tout autour, ne regardant pas seulement le visage comme homme, mais en tant que Dieu, contemplant les corps, les cœurs, les esprits, les sens, le passé, le présent et le futur. Les regardant avec colère, contristé.
Il se fâche comme Seigneur, Il est contristé en tant que Père, et Il souffre comme homme, Il pénètre les secrets des cœurs en tant que Dieu. Il dit à l’homme : étends ta main. Et il l’étendit, et sa main fut guérie. Etends ta main.
Par un commandement, est déplié ce qui avait été recroquevillé par un commandement. Etends ta main. La peine reconnaît le Juge, l’œuvre de miséricorde montre du doigt le Dieu Créateur. Prions mes frères pour que la Synagogue soit seule à être assombrie par une telle débilité, et pour qu’il n’y ait personne dans l’Eglise dont la main soit desséchée par la cupidité, contractée par l’avarice, affaiblie par les rapines, dont l’infirmité soit entretenue par la parcimonie. Mais si une pareille chose devait jamais arriver, que cette personne écoute le Seigneur, et immédiatement, Il lui étendra la main pour qu’elle puisse faire une œuvre de miséricorde, et la lui ouvrira toute grande pour qu’elle fasse l’aumône. Il ne saurait connaître la guérison celui qui ne sait que prêter son argent à intérêt aux pauvres. Les Pharisiens étant sortis avec les Hérodiens se réunirent pour trouver de quelle façon ils le feraient mourir. Le Juif se joint toujours aux Hérodiens pour se jeter sur les chrétiens. Jésus avec ses disciples se retira en direction de la mer. Pour que la figure des flots illustre et démontre l’erreur des Juifs qui devaient servir de guides à l’humanité. Mais aussi parce que Jésus, grâce au fidèle service que lui rend le bateau, i.e., l’Eglise, est isolé du brouhaha des foules, et parce que le pilote du peuple chrétien y habite à demeure, sans être jamais fatigué par la grande diversité des maladies qu’Il a à guérir. Et Il commanda aux vents et à la mer, pour que l’obéissance les tranquillise et les apaise, selon le Prophète : Rompons leurs chaînes, et rejetons loin de nous leurs jougs. Pour que demeurant sous le joug de la piété, nous méritions de participer à la gloire divine.
33ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Vous allez entendre aujourd’hui, mes frères, et vous apprendrez avec moi dans quelle décadence était la Synagogue avant le Christ et combien impuissants étaient ses chefs quand, sous l’empire de la loi, ils confessaient et adoraient Dieu sous deux vocables : Seigneur et Dieu, comme il est écrit dans la loi : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu. La synagogue désigne ainsi Celui qui peut rendre la vie, quand elle implore le salut de la fille mourante. Un chef de synagogue vint vers lui, du nom de Jaïre. En le voyant, il se jette à ses pieds, et le suppliait avec instance en disant : ma fille est rendue à l’extrémité. Viens et étends la main sur elle, et elle recouvrera la santé et elle vivra. Avant que le sermon ouvre le sacrement du sens évangélique, j’ai le goût, en cet endroit, d’exprimer en peu de mots les tourments que les parents connaissent et éprouvent dans l’amour et l’affection qu’ils portent à leurs enfants. Entourée de sa famille, au milieu des caresses et des témoignages de tendresse , la fille est étendue dans un lit moelleux. Le père se penche, s’agenouille, et se tord de douleur. Elle agonise dans son corps, lui dépérit dans son esprit et son âme. Elle endure les affres de la maladie, lui est complètement dévasté et démoli. En titubant, il donne de la tête ici et là sur les gens qui l’entourent. Elle meurt pour trouver le repos, lui continue à vivre pour porter sa peine. Et pour sûr, nous avons omis les vœux pleins d’anxiété faits à Dieu par les parents quand ils engendrent, les présages funestes quand ils produisent des rejetons, quand ils les nourrissent, les angoisses et les tourments quand ils sont malades. Le jour de la mort est plus tragique quand les enfants meurent avant les parents. Hélas ! Pourquoi les fils ne connaissent-ils pas ces choses ? Pourquoi ne suent-ils pas sang et eau pour rendre à leur tour à leurs parents ce qu’ils ont reçu d’eux ? Et pourtant, la tendresse des parents perdure. Parce que tout ce que les parents ont dilapidé pour leurs fils, Dieu le Père de tous en répondra pour les parents.
Mais revenons à notre sujet. Vint un chef de synagogue du nom de Jaïre. Et en Le voyant il se jeta à ses pieds, et le supplia avec instance en lui disant : ma fille est rendue à l’extrémité. Viens et impose ta main sur elle, et elle retrouvera la santé. Les lamentations et les supplications baignées de larmes et la demande d’un remède pour la malade prouvent et démontrent suffisamment l’affection proche du désespoir du père. Ce père décrit lui-même la façon dont Jésus devrait procéder : Viens et impose ta main sur elle. Il ne lui impose pas la façon de guérir la malade, il implore seulement sa guérison. Mais comme il était chef de synagogue, il avait connaissance de la loi. Et il avait lu que si les autres choses avaient été créées par une parole, l’homme avait été façonné par la main de Dieu. Il a donc cru en Dieu : par la même main, -il le sentait,- qu’elle avait été crée, sa fille pouvait être recréée et rendue à la vie. Nous aussi, nous savons ces choses. Viens et impose ta main sur elle. Pour que Celui qui a posé sa main spontanément pour créer l’impose de nouveau sur demande, afin de la remettre en son état premier. Voilà ce que déclare le Prophète quand il chante dans les psaumes : Tu m’as formé, et tu as posé sur moi ta main. Car Celui qui a posé la main quand Il formait à partir de rien, la pose de nouveau pour la reformer à partir du manque. Ensuite le même Psalmiste pour faire l’expérience de cette main salutaire et en recevoir les largesses, éclate en paroles similaires : La droite du Seigneur a fait la vertu, la droite du Seigneur m’a exalté, la droite du Seigneur a fait la vertu. Et pour démontrer que le chef de synagogue avait mérité de ce qu’il demandait, il ajoute : Je ne mourrai pas, mais je vivrai. Le chef de la synagogue, lui, quand il demandait avait dit : Viens et impose ta main, et elle retrouvera la santé et elle vivra. Le prophète exulte comme quelqu’un qui a déjà obtenu ce qu’il demandait : Je ne mourrai pas mais je vivrai. La droite du Seigneur c’est le Christ, comme nous l’enseigne un oracle prophétique . Le Christ a vraiment déployé sa force quand Il a lutté contre le démon : en mettant en pièces les vases du fort, après l’avoir ligoté, comme Lui-même l’a dit; en détruisant l’enfer et en apportant la mort à la mort. Et Il nous a vraiment exaltés quand Il nous a tirés de l’abime, et élevés jusqu’au ciel.
Mais que le sermon se tourne vers la femme qui a demandé un remède pour une plaie cachée et une maladie secrète, pour couvrir sa pudeur et préserver le respect qu’elle devait au Guérisseur. Et se levant, Jésus le suivait ainsi que ses disciples. Or voici qu’une femme hémorroïsse, depuis douze années, s’approcha par derrière et toucha la frange de son manteau. Car elle se disait en elle-même : si seulement je touche son manteau, je serai sauvée. Et immédiatement se tarit le flux de sang, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de sa maladie. Un bateau n’est pas plus balloté par la houle et le tangage que l’âme de cette femme n’était agitée par l’accumulation de ses pensées. Après les rencontres conflictuelles avec les médecins, après les dépenses faramineuses causées par l’achat des remèdes, après une cure pénible et inutile, tous les biens de la malade avaient été engloutis n par l’impuissance et l’inexpérience de la science. La blessure honteuse accourut à l’Auteur, non par hasard, mais par inspiration divine, pour que ce que l’expertise humaine n’a pas pu pendant tant d’années soulager soit guéri par la seule foi et la seule humilité. La femme en qui la nature avait infusé la pudeur, se tenait à distance, car la loi judaïque la nommait impure, par ces mots : Elle sera impure et n’aura pas de contact avec ce qui est saint. Elle hésite à toucher le Seigneur, de peur de subir la colère des juifs et la condamnation portée par la loi. Elle n’a pas osé parler, pour ne pas ennuyer et écoeurer par un récit lassant de ses déboires , pour ne pas devenir la fable du peuple, elle qui fut pendant tant d’années l’arène et le théâtre de tant de passions. Une douleur lancinante et de chaque instant ne lui donnait aucun répit, et la rapidité des déplacements du Christ lui ôtait le temps de la réflexion Mais elle savait qu’en se taisant, qu’en cachant son mal, la santé ne serait pas donnée à sa maladie.
Au milieu de ces pensées contradictoires , la femme trouva que la voie du salut consistait à dérober la guérison, pour que le silence s’empare de ce que la parole ne pouvait pas demander, et que la pudeur et la gêne obtiennent ce qu’elles ne pouvaient pas implorer. Pour que le cœur parvienne au médecin que le corps ne méritait pas, la foi à Dieu, la main au vêtement du Christ. Sachant que cette fraude, tramée par la pudeur non par la volonté, apporterait non seulement le pardon mais la guérison. Ce qui surtout la comblait c’est qu’en recherchant le profit de la voleuse, elle ne causerait aucun tort à celui à qui elle dérobait la santé. Pieux larcin qui a la foi pour inspiratrice et pour complice. Voici un cas où la vertu est composée de contraires, où la fraude a obtenu ce qu’elle désirait avec l’assentiment de la foi. Déchirée par des pensées opposées , la femme était incapable de prendre une décision. Après de longs atermoiements, elle présuma pouvoir dérober la guérison par la foi seule, et afin de se soustraire à la vue, elle se dissimula derrière Jésus, se jugeant indigne de Le regarder en face.
La foi a guéri en un clin d’œil, ce que douze ans de médecine n’avaient pas pu guérir. Après cet exemple, la Synagogue par son vice , se traîna langoureuse pendant de longs siècles, et par sa négligence, prolongea sa peine, elle ne qui ne savait pas comment obtenir la guérison par la seule foi, mais croulait sous les dépenses astronomiques des baumes et des d’onguents. Le femme a touché le vêtement et a été guérie.
Et sa maladie avait été guérie de toute antiquité.
Misérables sommes-nous nous qui, à chaque jour, prenons et mangeons le corps du Seigneur, et qui ne sommes pas guéris de nos plaies. Ce n’est pas le Christ qui manque aux infirmes, mais la foi. Car à plus force raison pourra-t-Il guérir les infirmes en demeurant en nous, Celui qui a guéri, en se déplaçant, une femme qui se cachait. Il suffit aujourd’hui d’avoir raconté les larcins de la foi et la vertu du Seigneur en mouvement. Pourquoi le Seigneur a-t-Il cherché à savoir, comme s’Il l’ignorait, quelle était la personne qu’Il savait avoir été guérie par l’œuvre de sa vertu, nous l’expliquerons dans le prochain sermon, car il se fait tard.
34ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Toutes les lectures de l’évangile, mes très chers frères, nous gratifient de grands avantages pour la vie présente et future. Mais la lecture d’aujourd’hui apporte des raisons d’espérer, et écarte tout motif de désespoir.
La fragilité innée nous force à pécher, et la confusion qu’engendre la faute nous empêche de la confesser. On a honte d’avouer le péché mais pas de le commettre. Nous avons peur de dire ce que nous n’avons pas peur de faire.
Mais la femme, aujourd’hui, en cherchant un remède discret pour une plaie secrète, trouva le silence par lequel le pécheur pouvait parvenir au pardon. Le premier des bonheurs est de ne pas tomber dans la turpitude des pécheurs; le second est d’obtenir le pardon pour les péchés cachés.
Cela le Prophète l’avait compris qui disait : Bienheureux sont ceux dont les iniquités sont remises et dont les péchés sont recouverts. Voici, dit l’évangéliste, qu’une femme hémorroïsse depuis douze années s’approcha par derrière et toucha la frange de son manteau. La femme se réfugie subitement dans la foi , elle qu’une longue cure avait éxténuéee. Celle qui avait honte de demander le remède voulut dérober la santé. Elle n’a pas voulu être inconnue de Celui par qui elle croyait pouvoir être sauvée. Comme par une tornade que forment des vents contraires, la femme était agitée par l’orage de ses pensées. Le besoin luttait avec l’espoir, la nécessité avec la pudeur, le froid de la crainte éteignait l’ardeur de la cruelle plaie, l’intensité de la pudeur obscurcissait la lumière de la foi, et la nécessité de la honte rompait la confiance. Ainsi la femme ballotée au milieu des vagues de la haute mer, cherchait comment rendre public ce qui doit rester caché, comment révéler à la foule un secret. Elle recherchait comment retrouver la santé sans offenser la pudeur, mais elle prenait grand soin que sa cure ne cause pas d’injustice au guérisseur. Elle voyait à ce que sa santé lui soit restituée sans porter atteinte à l’honneur du Sauveur. C’est de cette façon que la femme, de façon méritoire, est parvenue, de la frange du vêtement, à la plénitude de la divinité. Elle s’approcha par derrière. Mais où ça, par derrière? Elle toucha la frange de son vêtement. Elle s’approcha par derrière. Mais où est-ce ? Il n’y avait pas de derrière. La face qu’elle fuyait, elle la trouva. Le corps du Christ était composé de parties, mais la déité est simple. Il était tout entier œil Celui qui la voyait derrière Lui en supplications. Elle s’approcha par derrière et toucha la frange de son vêtement. Qu’est-ce que cette femme a donc vu habiter à l’intérieur du Christ, pour avoir vu habiter dans la frange d’un manteau toute la plénitude de la divinité ? O comme elle enseigne la puissance du corps du Christ, celle qui nous fait voir tant de choses dans la frange d’un manteau! Que les chrétiens qui, à chaque jour, touchent le corps du Christ comprennent en l’écoutant quel remède ils peuvent tirer de Son corps, quand cette femme s’est emparée de la santé par l’intermédiaire de la seule frange d’un manteau. Mais ce qui est pour nous un motif de verser des larmes c’est que la plaie l’a conduite au remède, tandis que pour nous, c’est le remède qui dégénère en plaie. C’est pourquoi l’Apôtre avertit et exhorte ceux qui touchent indignement le corps du Christ : il mange sa propre condamnation, car la témérité contracte l’ infirmité là où la foi devrait recevoir la santé. Il insiste : C’est pour cela que parmi vous , il y a beaucoup d’infirmes et d’imbéciles, et que plusieurs se sont endormis. Il dit qu’ils dorment ceux aux tombeaux desquels il a versé des larmes, étant demeuré, lui, encore en vie. Pierre et Paul, les princes de la foi chrétienne, ont répandu la connaissance du nom de Jésus-Christ par toute la terre. Cette femme est la première à livrer la voie d’accès au Christ. Elle a été la première à indiquer la façon dont le pécheur efface sans honte son péché par une confession silencieuse. Et elle a montré comment le délinquant, dont la faute n’est connue que de Dieu, n’est pas obligé de raconter devant tout le monde les fautes dont rougit sa conscience; comment l’homme peut prévenir la condamnation par le pardon. Et Jésus se retournant, la vit et lui dit : Aie confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée. Et Jésus s’est retourné non par un mouvement du corps mais par le regard de Sa divinité. Le Christ s’est retourné vers la femme pour que la femme se tourne vers le Christ, pour recevoir la guérison de Celui dont elle avait reçu la vie; et pour s’approprier cette vérité que la présence de la blessure a été la cause d’un salut éternel. Et Jésus se retournant, la vit. Il la vit avec ses yeux divins, non humains. Il la vit pour lui rendre la santé , non pour lier connaissance avec celle qu’Il connaissait. Il l’a vue. Elle se voue au bien et s’éloigne du mal celle que Dieu a regardée. Que tous comprennent cela, l’usage le démontre, puisque on dit de ceux qui sont heureux : Dieu le voit. Dieu a donc vu cette femme qu’Il a rendue si heureuse en la guérissant. Que dire d’autre ? Par l’exemple de cette femme, le Christ a enseigné comment la foi seule profite à la totalité du salut.
Mais parlons du chef de synagogue qui, pendant qu’il conduit le Christ à sa fille, a donné à la femme un chemin par lequel elle pouvait parvenir au Christ. C’est ainsi que débute la leçon d’aujourd’hui. Voici qu’un chef de synagogue s’avance, se prosterne en disant : Seigneur, ma fille est aux portes du tombeau. Mais viens, impose ta main sur elle, et elle vivra. Connaissant le futur, le Christ n’ignorait pas l’arrivée de cette femme. Par elle, le chef de la synagogue apprend que Dieu ne se déplace pas d’un lieu à l’autre, qu’on ne Le rejoint pas en marchant, qu’on ne L’attire pas par la présence corporelle, mais en croyant comment Dieu est partout présent, présent tout entier partout, partout et toujours, et qu’Il peut tout faire par un ordre, non par un travail fatiguant. Il envoie les vertus, mais ne les expédie pas d’une ville à une autre. Il triomphe de la mort non en lui livrant un combat meurtrier, mais par un acte de sa volonté. . Ma fille est presque morte. Mais viens. Ce qui veut dire : la chaleur de la vie demeure encore; on voit encore les vestiges de l’âme; l’esprit est encore en chemin; le maître de maison a encore sa fille; le tartare ne connaît pas encore la morte. Dépêche-toi donc pour que tu puisses retenir l’âme sur le point de s’en aller. Sot qui croyait que le Christ ne pouvait ressusciter un mort, à moins de la garder vivante. Le Christ, quand Il parvint à la maison et vit que la fille allait être perdue, dit, pour promouvoir à la foi les âmes infidèles, , qu’elle dort, non qu’elle est morte. Pour qu’ils croient qu’il Lui est plus facile de la tirer de la mort que du sommeil . La fille n’est pas morte, elle dort. Il est vrai de dire que pour Dieu la mort est un sommeil, parce que Dieu rappelle plus rapidement un mort à la vie qu’un dormeur n’est réveillé par quelqu’un. Et Dieu communique la chaleur vivifiante aux membres glacés par la mort avant que l’homme puisse infuser de la vigueur aux corps ensevelis dans le sommeil. Ecoute l’Apôtre : En un moment, en un clin d’œil, les morts ressusciteront. L’Apôtre, ne pouvant rendre par des mots la rapidité avec laquelle s’effectuera la résurrection des corps, a recours à des exemples. Comment pourrait-il resserrer la rapidité de la parole là où la puissance divine précède la célérité elle-même ? Où comment apparaît le temps là où une chose éternelle nous est donnée sans le temps ? Comme le temps implique la temporalité, l’éternité représente l’exclusion du temps.
35ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Ce que c’est que toucher le Christ, la femme hémorroïsse l’enseigne aujourd’hui. Lorsqu’elle toucha la frange du vêtement du Christ, elle frappa au plus secret du cœur divin; et en dérobant la foi, elle a ravi, de la cime de la frange, le sommet de la vertu. . Heureuse fraude qui apporte le fruit du salut, et qui a soustrait la pudeur aux outrages. On s’en convainc en écoutant la lecture de l’évangile. Elle s’approcha par derrière, toucha la frange de son manteau en se disant à elle-même : si seulement je touche la frange de son manteau, je serai guérie. Dans les souffrances lancinantes, l’intensité de la douleur porte souvent conseil. Dans les causes désespérées, la nécessité est souvent la maîtresse qui enseigne la voie à suivre ; la souffrance trouve d’elle-même ce qui l’apaisera. C’est ainsi que la femme découvrit comment traiter sa plaie honteuse : murmurer dans le silence de la foi ce qu’elle ne pouvait pas proclamer en public; parvenir au Médecin céleste par la voie secrète de l’esprit, puisqu’elle ne pouvait pas parvenir à ce Médecin par le chemin visible de la chair. La bonté du Médecin lui donnait une grande audace, mais la confiance requise pour demander était enlevée par l’implacabilité de la prostration. La grandeur de la douleur la forçait à s’approcher du Christ, mais l’aspect hideux de la plaie ne lui permettait pas d’aller vers Lui. Ainsi cette femme à l’esprit hésitant, sur le conseil intrépide de la foi, préféra s’en rapporter à la foi plutôt que de mourir de sa plaie immonde. Elle s’approcha par en arrière et toucha la frange du manteau. Sachant que le toucher ne pollue pas Dieu, que le regard ne l’offense pas, que l’odeur ne l’incommode pas, et que la pensée humaine ne le souille pas. Car si le soleil touche le fumier, il n’est pas contaminé par les excréments. A plus forte raison, le Créateur de toute chose peut-Il toucher toute chose sans qu’aucun contact ne Le vicie. Et si le médecin quand il ponctionne le pus des plaies, quand il soigne les parties honteuses, n’en retire aucune atteinte à sa réputation, mais plutôt de l’estime, à plus forte raison Dieu ne se croit pas offensé dans Sa dignité quand Il regarde nos plaies en les soignant, quand Il les touche pour leur administrer un remède, quand Il les visite pour leur apporter le salut. Ce sont les plaies des péchés qui offensent la vue de Dieu, non celles causées par les maladies ; les morts qu’engendrent les crimes, non les passions des corps; le pus des vices non les flux de sang. L’homme qui demeure volontairement dans le péché, les maladies le retiennent captif, à son corps défendant. On peut donc dire que le pécheur reçoit la punition pendant que le malade reçoit la guérison. La femme donc, consciente de ce qu’elle souffrait plus que de ce qu’elle voulait faire, rendue indécise par sa maladie mais non par ses crimes, s’approcha par derrière pour échapper au regard de la foule, non pour éviter le regard du Christ. Elle ne chercha pas à se cacher de Dieu mais des hommes, parce que par Dieu seul elle pouvait être vue en se dissimulant, entendue en se taisant, être guérie de maux qu’elle maintenait cachés. Elle s’approcha et toucha la frange de son vêtement.
Parce qu’elle crut que dans le Christ il n’y avait ni arrière ni avant, ni proximité ni éloignement. Parce que Dieu n’était pas diminué du fait d’être homme, et, dans la frange du vêtement, la vertu de Dieu n’était pas réduite ; les mouvements des membres ne faisaient pas bouger non plus la nature céleste. C’est pour cela que la femme parvint à la face par l’arrière, au cœur par le vêtement, et par la frange au front.
Cela, non sans mystère.
Ecoute le Prophète qui dit : Comme un onguent qui descend sur le liseré de son vêtement. Vous voyez, mes frères, que dans la frange de ce vêtement, est passée toute la plénitude de l’onction divine, toute la vertu de la Tête divine. C’est en sachant ce qu’elle faisait que la femme chercha à atteindre la frange sacrée du Christ, pour pouvoir recevoir un onguent dans le mystère caché de sa plaie. Mes frères, elle est grande cette femme, et tout à fait admirable, car elle a vaincu les docteurs de la loi par la science, surpassé tous les Juifs par le sacrement, et précédé l’Apôtre dans la foi. Car la Judée avec ses scribes et ses docteurs, a complètement méprise Dieu dans Son incarnation.
L’apôtre Thomas, pour croire en la divinité du Christ, mit ses mains dans Ses plaies, Les toucha du doigt, Les vérifia. Pour croire dans le Christ, il Le força, pour ainsi dire, à souffrir de nouveau. Mais quelle personne cette femme représente, quel type, quelle image elle suggère, recherchons-le avec les lumières de l’Esprit. Qui est donc cette femme qu’un sang donné à la naissance, une débilité naturelle, une maladie originelle, ont conduit à des germes de mort, à des blessures mortelles, et aux angoisses d’une maladie ignominieuse ? Qu’est elle donc celle qui a été souillée par les vices, viciée par les crimes, polluée par des plaies secrètes, que l’art répugnait à soigner, l’œil à regarder, que l’honnêteté avait en dégout, que la loi elle-même ne parvenait pas à purifier, bien plus , que la loi ordonnait d’expulser du temple, d’être interdite des rites sacrés, de s’abstenir de toutes les choses saintes?Et que la loi déclarait impure au point où tout ce qu’elle touchait devenait impur. Cette femme, mes frères, cette femme c’est l’Eglise, qui, blessée par le péché du premier homme, perdait continuellement tout son sang, ne faisait, depuis son origine, que courir à la mort.
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Première traduction française des 176 Sermons de saint Pierre Chrysologue par JesusMarie.com, 19 août 2014
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Sermons 36 à 70
36ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
C’est le propre d’un débiteur honnête de rembourser rapidement ses dettes, de ne pas faire languir son créditeur par sa négligence ou son insouciance, de ne pas se jouer de lui par des atermoiements ou des échappatoires. Comme le récit du chef de la synagogue et celui de la femme hémorroïsse sont imbriqués l’un dans l’autre et ne forment qu’un seul tout, nous avons préféré, pour ne pas déroger à la brièveté habituelle de nos sermons, ne pas partager en deux développements notre exposé, de peur qu’il serve moins à ranimer les courages qu’à chatouiller vos oreilles.
Le chef de la synagogue est venu au devant du Seigneur, et a fait une grande prostration sur le sol. Il indique le motif de sa venue, il éveille la sympathie, touche le cœur de Celui qui l’écoute, et Le presse de partir et de venir guérir sa fille. A l’inverse, le Seigneur se retourne en marchant vers la femme hémorroïsse, sans avoir été sollicité, et détecte une occasion d’apporter le salut. En se taisant, Il reconnaît le besoin de celle qui se tait, et voit les plaies occultes de celle qui les cache. Entre le Seigneur et la femme se traite la grande affaire d’un salut furtif . Et tandis que, après avoir été supplié par une demande faite en public, Il se met en route vers la fille de Jaïre, la seule pensée de la foi de l’hémorroïsse pénètre le divin, et le divin pénètre ce qui est secret. Heureuse femme qui, dans une si grande foule, est seule avec le Christ, pour être seule consciente de la santé restituée, et du déploiement divin de force . Bienheureuse est-elle d’avoir repéré un telle voie d’accès, que personne ne peut obstruer. Bienheureuse est-elle pour s’être précipitée et s’être élancée par un tel chemin vers son Auteur. Car avant qu’elle ait été rabrouée par l’homme à cause de cette blessure, avant que cette plaie l’ait sevrée du bonheur, elle savait que les hommes avaient barricadé le chemin du complet rétablissement, eux qui avaient coutume d’exécrer plutôt que de guérir les plaies. Dieu est étranger aux plaies humaines, mais ne les méprise pas. Il n’a pas en horreur les maladies contagieuses : Il les enraye. Il ne déteste pas les immondices du corps humain, mais les purifie. Dieu n’ignore pas ce que fait sa créature, mais ne peut pas en être souillé.
Or l’évangéliste soulève une question quand il dit : Comme Jésus connaissait en Lui-même la vertu qui était sortie de Lui, Il dit en se tournant vers la foule : Qui a touché mon vêtement? Alors qu’Il interroge comme faisant profession d’ignorance, tout en se rendant compte qu’une vertu est sortie de Lui, Il ignorerait à qui elle a été appliquée ? Celui qui est certain qu’une santé a été restituée ne saurait pas à qui cette grâce a été accordée ? Ici, le Seigneur interroge non pour dissiper l’erreur de l’ignorance, mais dans toute la majesté de qui sait et prévoit. Il n’enquête pas pour apprendre ce qui lui est caché, Il démontre au contraire qu’Il sait de quoi il s’agit, parce qu’en posant cette question, Il révèle une chose cachée que tous ignoraient. Il fait apparaître au milieu de la foule une femme qui interpelle en silence, qui s’exprime par ses seules pensées, et qui obtempère aux conseils de sa vertu en se tenant derrière. Il ne fait pas cela comme quelqu’un qui s’informe de ce qu’Il ignore, mais comme quelqu’un qui constate la grâce octroyée. Il fait en sorte qu’elle se tienne devant Ses yeux, pour qu’après lui avoir apporté le salut, Il apporte à tous la foi; et pour que celle qui avait ressenti la vertu divine reconnaisse la Majesté de Dieu. Et pour que, contre son attente, elle ne retourne pas inconnue, après avoir donné une entière connaissance d’elle-même.
Pendant que la plaie rougit de honte, que dans une telle cure, elle a une crainte respectueuse d’elle-même autant que de Dieu, le faible nuage de sa foi ne pouvait pas emporter toute résistance, et la lumière de son esprit elle-même assombrissait la confusion produite par les nuages. La voix du Seigneur qui interrogeait, comme un vent salutaire mit les nuages en fuite, la foi en relief, et celle qui se cachait dans les ténèbres de la nuit, Il la rendit plus claire que le soleil. Serait-elle inférieure au soleil celle qui darde ses rayons sur toute la planète, qui brille et resplendit dans toute l’assemblée ecclésiale ?
Si elle était retournée sans être vue, pardonnez-lui, elle se serait jouée du médecin, elle ne l’aurait pas reconnu.. Et elle aurait pu s’attribuer à elle-même et non au Guérisseur ce qui allait arriver. Elle aurait pensé que c’était elle qui avait arraché la guérison à la frange du vêtement, non à ce qu’il signifiait. . Que croyait-elle qu’était cette chose dont elle sentait en elle-même la vertu, mais dont elle se jugeait trop profane pour la désirer ? Elle qui avant sa cure, se cachait de honte et se jugeait indigne dans son humilité, pourquoi après la cure, n’accourt-elle pas spontanément pour rendre grâces, pour Lui faire honneur, pour Le glorifier pour une telle action ? Et après qu’elle ait vu le Seigneur persister dans son inquisition, et les disciples l’excusant et opposant au Seigneur l’oppression de la foule, après qu’elle eut réalisé qu’elle ne pouvait pas se cacher, après que la peur et les remords de la conscience aient commencé à lui faire des reproches, alors, elle vint au médecin, pour que Celui qu’elle professait secrètement comme médecin, elle Le proclame ouvertement et L’adore comme Dieu, et pour qu’elle devienne, autant pour ses contemporains que pour leurs successeurs, une médecine pour un tel mal, au dire de l’évangéliste : La femme remplie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui s’était passé en elle-même, vint et se prosterna à ses pieds et lui dit toute la vérité.
En vérité, parce qu’un récit historique doit toujours être ramené à une plus sublime signification , et que les figures présentes -le chef de la Synagogue, sa fille et la femme hémorroïsse- font connaître des mystères futurs, il faut expliquer quel genre de sacrement elles représentent en un discours allégorique, sous la forme de ces personnes. La fille du chef de Synagogue à qui le Christ est venu, vers qui Il s’en est allé, a avancé et a cheminé d’un pas humain, qui à cause du lieu ne peut pas être promue à la filiation divine, c’est, sans aucun doute, la synagogue, au dire du Seigneur : Je n’ai été envoyé qu’à ceux qui périssent de la maison d’Israël. Mais pendant que le Christ se dirige vers la Synagogue, l’Eglise, établie dans toutes les nations, après avoir perdu le bien de la nature, perdait et perdait en abondance le sang du genre humain. En s’efforçant de soigner sa langueur, la science humaine ne faisait que l’aviver. Car les efforts pour contrer la fragilité humaine et le lustre de la civilisation ont toujours répandu le sang des peuples sans éradiquer les conflits, sans mettre fin aux guerres civiles, ni supprimer la démence des crimes. Mais elle a été, elle, démolie par de tels soins, par cette cure où elle vit tout ce qu’elle avait de bien englouti : tout ce qu’elle avait, c’est-à-dire son âme, son esprit, son sentiment, son ingéniosité, son travail, sa débrouillardise, sa raison. Nous recommandons cette femme aux médecins des âmes pour leur plus grand profit, car elle a reconnu le Christ pendant qu’Il se déplaçait; elle s’est approchée de Lui par derrière, parce que la pollution de son sang ne lui permettait pas de Le voir. Elle s’est avancée par an arrière, i.e. qu’elle suit l’Aide que la foi lui apporte, et étant la dernière de toutes, elle touche la frange du vêtement du Christ, alors qu’elle n’est pas honorée dans les pères, n’est pas considérée comme sainte dans la loi, ne peut pas se vanter des déclarations des prophètes, n’est pas honorée dans le corps du Seigneur Lui-même, pendant qu’elle se trouve étrangère à l’ordre de la génération du Christ. Par en arrière, i.e. que, en ces derniers temps, elle suit le Christ et reçoit l’approbation du sacrement occulte de la foi. Elle touche vraiment le vêtement qu’elle découvre dans le sépulcre, qu’elle reconnait et prêche comme le signe du Christ ressuscité. Mais pendant que le Christ s’affaire à cette femme en manifestant sa puissance, son aide fait défaut à la fille du chef de la synagogue, et la Synagogue meurt, pour qu’elle renaisse à une vie de perfidie, elle qui était morte par la loi, et avait péri par la nature. Entre temps, arrivèrent de la maison du chef de la Synagogue des gens qui dirent : Ne dérange plus le maître pour rien : ta fille est morte. Aujourd’hui encore les Juifs ne veulent pas importuner le Christ , dont ils ne désirèrent pas la venue et qu’ils condamnèrent à la mort, qui perdirent dans l’infidélité l’espoir de la résurrection. Mais convient à notre interprétation le fait que la fille du chef de la Synagogue ait douze ans révolus, et que la maladie de l’hémorroïsse se soit prolongée douze ans, puisque à l’une et à l’autre le salut et la vie ont été accordées après cette période ultime de temps. Car ce chiffre conclut le temps de la vie humaine. Le chiffre douze fait l’année et on l’identifie et on le compte dans les doigts. De là vient que les Prophètes déclarent que le Christ viendra pendant l’année agréable à Dieu, et l’Apôtre le prouve en disant que le Christ est venu à la plénitude des temps : Quand vint la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils. Priez mes frères pour que, comme la Synagogue est morte à elle-même et à la loi, pour que le Christ vive, nous mourions au péché et à la chair pour pouvoir vivre dans le Christ.
37ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue Frères, les gestes des saints ne doivent pas être considérés comme des évènements fortuits mais comme des signes. Et les actions défectueuses qu’on leur attribue ne doivent pas être envisagées comme des fautes mais comme des mystères, ainsi que la lecture d’aujourd’hui le signale et le fait connaître clairement : Aux foules nombreuses qui l’entouraient, Jésus commença par dire : Cette génération est mauvaise. Elle demande un signe. Il ne lui en sera pas donné d’autre que celui du Prophète Jonas. Comme Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi en sera-t-il du Fils de l’Homme pour cette génération. Voici que la fugue elle-même du Prophète se change en figure du Seigneur, et ce que le funeste naufrage a célébré c’est un sacrement de la résurrection du Seigneur. Car le texte de l’histoire écrite sur lui montre comment Jonas a tenu et rempli le rôle de type du Sauveur en toutes choses. Jonas a fui loin de la face de Dieu, est-il dit. Pour présenter un visage et une forme d’homme, le Seigneur n’a-t-Il pas fui loin de la face et de la forme de sa propre divinité, au témoignage de l’Apôtre : Comme il était dans la forme de Dieu, il n’a pas considéré comme une rapine d’être égal à Dieu, mais il s’est anéanti lui-même en prenant la forme de l’esclave. Le Seigneur a pris la forme de l’esclave. Pour se cacher au monde, pour surprendre le diable, Il s’est réfugié dans l’homme. Le type du Christ est bien conservé dans ces paroles de Jonas, car il n’est pas dit : Je fuis Dieu, mais : Je fuis loin de la face de Dieu. Dieu qui est partout n’a pas où se fuir Lui-même. Mais le Christ, pour fuir loin de la face de Dieu, en changeant de forme non de lieu, s’est réfugié dans le visage de notre servitude.
Jonas, est-il dit, descendit à Joppé pour fuir à Tharsis. Ecoute Celui qui est descendu : Personne ne monte au ciel si ce n’est celui qui en est descendu. Le Seigneur est descendu du ciel à la terre, Il est descendu de la divinité à l’humanité; la Domination suprême est descendu dans notre servitude. Et cependant celui qui était descendu dans le bateau, est monté pour gouverner le bateau. Ainsi en est-il du Christ. Celui qui est descendu dans ce monde est monté dans le navire de son Eglise par ses vertus et ses miracles. Que peut bien signifier cette violente tempête si ce n’est le démon qui, pénétrant dans le cœur de Judas, a soulevé les rois, les nations, les peuples, les soldats, les juges, les marins, a insufflé en eux la révolte, pour que les vagues montantes et descendantes du siècle foncent sur leur calme Auteur ? Ecoute les vagues du siècle, écoute le Prophète qui dit : Pourquoi frémissent les nations, et pourquoi les peuples projettent-ils des choses insensées ? Les rois de la terre se sont levés, les princes se sont ligués, contre le Seigneur, et contre son Christ. Et parce que le sort de Jonas n’est pas en porte -à -faux avec la révélation, il accomplit la prophétie davidique se rapportant au Christ : Et sur mon vêtement ils ont jeté le sort. Le fait que Jonas est le propre auteur de sa projection dans l’eau, comme il le dit lui-même : Prenez-moi, et jetez-moi à l’eau, ce fait indique la passion volontaire du Seigneur. Car pourquoi sont-ils d’accord pour ordonner qu’il soit traité ainsi, eux qui, dans un tel péril, pouvaient spontanément pourvoir à leur salut ? Quand donc le salut de tous demande-t-il la mort d’un seul? La mort ici demande l’arbitrage de quelqu’un qui périt. Car la volonté de celui qui est sur le point de mourir peut différer la mort collective, si la mort de celui qui met en danger le groupe prévient le péril. Si ici où tout est traité en figure on attend l’autorité du Mourant pour que la mort ne soit pas une nécessité mais une manifestation de puissance. Ecoute le Seigneur qui dit : J’ai le pouvoir de déposer mon âme, et j’ai le pouvoir de la reprendre de nouveau. Personne ne me l’enlève. Comment ? Parce que le Christ ne perdit pas son âme en la remettant, car Celui qui tient et reçoit toutes les âmes dans sa main, on ne voit pas comment Il pourrait perdre la Sienne. Ecoute le Prophète qui dit : Mon âme est toujours dans tes mains. Je remets mon âme entre tes mains. Mais à quoi bon en dire davantage ? Elle court, elle se précipite, elle est présente la bête des profondeurs qui va accomplir et prédire le tout de la résurrection du Christ, bien plus, qui va concevoir et enfanter le mystère. Elle est présente la bête, elle est présente l’image horrible et cruelle de l’enfer, qui est rapportée comme avide d’avaler le prophète. Dans le prophète, elle sentit et dégusta la vigueur de l’Auteur, et la faim inassouvissable accourut pour dévorer. Mais frémissant au plus profond de son cœur, elle dispose et prépare tout pour la demeure de l’Hôte céleste. Celle qui avait été la cause de la rupture, deviendrait elle-même le moyen de transport inouï de la nécessaire navigation, conservant son passager , et le référant après trois jours aux cieux. Et serait donné aux Gentils ce qui serait retranché aux Juifs. Cherchant un signe, les Juifs ont entendu que le Seigneur a décrété de ne donner que ce signe, par lequel ils apprendraient que la gloire qu’ils espéraient trouver dans le Christ était accordée en totalité aux Gentils. Cette génération, dit-Il, est mauvaise. Elle cherche un signe. Il ne lui en sera pas donné d’autre que celui de Jonas. Parce que la perfidie judaïque s’agitant, le Christ a été plongé dans les profondeurs de l’enfer.
Et dans une course de trois jours, Il parcourut tous les lieux cachés du tartare, et quand Il ressuscita, Il donna un indice et de la cruauté juive et de sa Majesté et de la destruction de la mort. C’est donc avec raison qu’au jour du jugement se lèveront les Ninivites et condamneront cette génération, car eux se son amendés à la prédication d’un seul prophète naufragé, étranger, inconnu. Eux, après tant de vertus, tant de miracles, et l’éclair foudroyant de la résurrection , i ne viennent pas à la foi, ne sont pas amenés à la pénitence.
Ils ne croient pas le signe lui-même de la résurrection, mais cherchent à le discréditer. Leur or ferme les yeux des soldats et corrompt leurs cœurs, pour qu’ils taisent ce qu’ils savent et ce qu’ils ont vu, récompensant ainsi le mensonge pour gommer la vérité. Ils renvoient la responsabilité de leur acte pervers sur les disciples, en disant : Dites que ses disciples sont venus la nuit et l’ont volé. Tu te trompes, Juif, ce ne sont pas les disciples qui ont enlevé le corps, mais le Maître. Il a dérobé Lui-même son propre corps tout claquemuré qu’Il était. Mais je m’étonne que le Juif s’enquiert du Christ qu’Il a sauvagement placé entre deux bandits. Il se comporte mal, il conserve avec impiété, et s’enquiert avec plus d’iniquité encore. Juif, le Christ ne peut pas périr, mais toi tu t’es perdu avec ta scélératesse.
Elle viendra, elle viendra en jugement la reine de Saba, et alors, Celui que l’on croyait fou, devenu juge, te condamnera. Car elle est venue de l’extrémité du monde pour entendre la sagesse de Salomon , et toi, le plus misérable des hommes, tu as tué la Sagesse qui venait à toi. Les Ninivites sont une figure des Gentils qui croiraient, la reine de Saba une image de l’Eglise aperçue de loin. Nous sommes heureux, mes frères, car ce qui a précédé dans le type, ce qui a été promis en figure et en image, nous le vénérons, le voyons et le possédons en réalité.
38ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue Ce qu’est la grandeur de la philosophie chrétienne, ce qu’est la vertu de la milice chrétienne, le Seigneur nous l’enseigne aujourd’hui en disant : Si quelqu’un te frappe à la joue droite, présente-lui l’autre. Celui qui ne connaît pas les récompenses réservées à la patience trouve ce conseil impraticable. Est-ce que tu penses que des blessures peuvent faire remporter une médaille de bravoure à celui qui ne veut pas mériter la couronne par une gifle ? Peut-il recevoir la gloire de celui qui meurt au champ d’honneur celui qui accorde plus d’importance à un affront fait à lui-même qu’à l’honneur de Dieu ? Homme, est-ce que les enseignements reçus dans ton enfance étaient aussi puérils ? La paume ou le revers de la main est une arme qu’emploient les enfants, non les hommes faits. L’enfance chrétienne est nourrie de commandements légers, pour que l’adolescence évangélique accède avec toute sa vigueur aux commandements plus exigeants, et que, par les durs labeurs, les souffrances et la mort, elle se réjouisse d’obtenir ce que l’enfance ne pouvait pas acquérir en supportant de petites injustices. Pour se convaincre que ces préceptes ne sont pas exigeants, passons en revue la liste des commandements. Vous avez entendu qu’il avait été dit aux anciens : œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas répliquer. Si quelqu’un te frappe sur la joie droite, présente-lui aussi la gauche. Et si quelqu’un veut entrer en jugement avec toi, et s’il t’enlève ta robe, remets-lui aussi ton manteau, et celui qui te réquisitionnera pour marcher mille pas avec lui, vas-y, et marche deux fois plus loin. Vous avez entendu ce qui a été dit aux anciens. A quels anciens ? Pour sûr, aux Juifs, que la malice plus que la vétusté avait fait anciens, que la fureur de la vengeance avait rendus si cupides que pour un œil ils demandaient une tête, pour une dent une vie humaine. Voilà pourquoi la loi mettait des freins à l’alternative de la vengeance, pour que ceux qui étaient incapables de trouver de la saveur au pardon de la faute, goûtent la modération dans la vengeance; et que la demande de réparation soit proportionnelle au tort infligé par le délinquant. Mais à nous, les anciens rénovés par la grâce, pourquoi la bonté divine commande-t-elle cela ? Ecoutons-le : Moi je vous dis. A qui ? Pour sûr, aux chrétiens. Ne répliquez pas au mal. En parlant ainsi, Il ne veut pas que nous réprimions les vices avec les vices, mais que nous les surmontions par les vertus, et éteignions en elles la braise mal éteinte de la colère, qui, si elle parvenait à l’incendie généralisé de la folie furieuse, ne pourrait pas être apaisée sans que le sang soit versé. La colère est vaincue par la douceur, la folie furieuse par la mansuétude. La malice est touchée par la bonté, la cruauté se jette aux pieds de la miséricorde, l’impatience est punie par la patience, l’emportement s’avoue vaincu devant la gentillesse, l’humilité étend sur le sol l’orgueil.
Mes frères, celui donc qui veut vaincre les vices, qu’il se revête des armes de la religion, non de la fureur. Et bien que le sage païen puisse se faire une certaine idée des commandements chrétiens relatifs aux injures, cependant, parce qu’ils ne comprend pas qu’en eux se trouvent le sommet de la vertu de la bonté, le faîte de la piété, que c’est le propre d’une philosophie divine non humaine de ne pas rendre le mal pour le mal, mais de vaincre le mal par le bien, de bénir celui qui parle en mal de nous, de ne pas refuser à celui qui nous frappe la possibilité de frapper de nouveau, de remettre notre manteau à qui nous enlève notre tunique, et de faire des largesses à qui nous enlève notre butin. A celui qui nous réquisitionne pour une marche de mille pas, que notre servitude ajoute deux autres mille. Pour que la volonté vainque la nécessité, la piété l’impiété. Voilà en quoi consiste la vertu de celui qui subit la violence de la contrainte. Ces choses enseignent comment les injures entraînent le soldat du Christ à la vertu. Mais pour faire davantage comprendre de quel ordre relèvent ces préceptes, nous devons porter plus loin notre regard. Mes frères, là où la maladie des péchés, la peste des vices, la frénésie de l’impiété s’infiltrent dans les esprits humains, elles éteignent ce qui s’y trouve d’expérience, de bon sens et de raison : une fureur empoisonnée pousse les nations répandues sur toute la terre à fuir Dieu, à suivre les démons, à adorer les créatures, à mépriser le Créateur, à convoiter les vices, à avoir horreur des vertus, à traiter les hommes à coup de bâton, à les couvrir de plaies, à maltraiter les vivants jusqu’à les faire mourir.
Les hommes ne pourront pas être assainis à moins qu’armés de toute la patience et de toute la piété du médecin céleste ils ne redeviennent florissants, en supportant les injures de ceux que tourmente la frénésie, en acceptant les malédictions, en supportant d’être flagellées, d’être criblés de plaies, jusqu’au moment où ils redéboucheront sur la sobriété des sentiments, la sincérité de l’esprit, et la santé spirituelle. Comme s’ils avaient tout d’un coup obtenu de chercher Dieu, de fuir les démons, de se rendre compte de ce qu’est la maladie, d’avoir le goût de ce qui est sain, de cultiver les vertus, d’avoir horreur d’infliger des blessures, de détester verser le sang, de rompre le pacte avec la mort, et d’aspirer à la vie.
Et si vous voulez que ce que nous avons dit se comprenne plus complètement, prenons l’exemple des médecins charnels. A chaque fois que l’incendie du choléra enflamme un pauvre homme, la fièvre fait divaguer le malade , trouble sa raison, l’esprit dépérit, la bestialité prend le dessus, l’humanité se retire, et, pour le dire en un mot , la fureur vit dans l’homme mourant. Le voilà qui grince des dents, met en pièces ses parents, déchire ceux qui sont près de lui, donne des coups de poignard, invective et blesse en paroles ceux qui le cajolent. Alors le médecin s’arme de patience , à la louange de la vertu, à la gloire de la science , pour porter sa réputation à son comble. Il fait vœu de tolérance, fait fi des injures, supporte les invectives, accepte de longues heures de travail. Ce ne sont pas de légères peines qu’il tolère pour libérer de la fièvre celui qui souffre. Il le frotte avec de l’huile, ne ménage pas ses efforts, lui donne la saignée, certain que le malade quand il recouvrera la santé récompensera ses soins par une récompense honorable. Je demande, quelle plus grande frénésie, quelle plus grande folie furieuse y a-t-il que de frapper, par démence, la joue d’un saint homme, de heurter la face d’un frère débonnaire, de percuter , par la triste envie, la gentillesse du visage d’un frère sans malice, de dépouiller un homme du seul vêtement qui le couvre ? Et pour ce vilain butin , ne rien laisser à l’homme, à la nature, à la pudeur. Quelle plus grand frénésie y a t-t-il que de réquisitionner un homme déjà débordé de travail, et trouver sa consolation dans la peine d’autrui? Donc, mes frères, quand quelqu’un se porte à de tels excès, nous savons qu’il est atteint du délire de la fièvre. Obéissons donc au Christ et les morsures des frères en délire, les coups et les fardeaux supportons-les avec toute la vertu de la piété, pour libérer nos frères du châtiment, et pour obtenir la récompense que mérite une patience inlassable. Que le serviteur ne dédaigne pas de recevoir de ses compagnons en servitude ce que le Seigneur a daigné accepter de la part de ses esclaves et pour ses esclaves. Il n’a pas soustrait sa face aux soufflets. A celui qui Lui enlevait sa tunique et son manteau, Il a remis aussi son corps. Avec reconnaissance et en toute liberté , Il a suivi jusqu’à la mort celui qui l’avait réquisitionné pour un dur travail.
Donc, frères, si le Seigneur a jugé qu’il est honorable et digne de souffrir, comment l’esclave pourrait-il estimer cela indigne de lui ? Nous nous trompons, nous nous trompons, mes frères. Celui qui ne fait pas ce que le Seigneur a ordonné attend en vain ce que le Seigneur a promis.
39ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Les choses divines se suffisent toujours à elles-mêmes. Cette vérité est souvent illustrée par des exemples humains, parce que la Providence céleste ne se demande pas ce qu’elle doit dire mais ce que l’auditeur peut saisir. Ainsi, à sa source, un canal d’eau naturel se fraie un passage, et serpente petit à petit sous la forme d’étroits ruisseaux, jusqu’à ce que, par un juste retours des choses , il se dilate en une grande rivière et s’écoule avec fracas.. Et pour vous parler de nous, à sa naissance, la nature prépare aussitôt au bébé une décoction propre à son âge, puis elle échange la nourriture pour du breuvage, et à l’étonnement de la gorge et à la stupeur des canaux internes, une longue période d’allaitement prépare le bébé à l’ ingestion d’une nourriture plus solide. C’est ainsi que le Seigneur nous rend capables de comprendre les choses divines par des exemples tirés de la vie de tous les jours, comme le font voir ces paroles : Qui de vous ayant un ami qui vient le voir au milieu de la nuit et lui dit : Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu’un de mes amis est venu me voir et je n’ai rien à lui offrir, et lui, répondant de l’intérieur : Ne me dérange pas, car la porte est déjà barrée, et mes enfants et moi nous sommes déjà au lit. Comment pourrais-je me lever pour te donner quoi que ce soit ? Et bien moi je vous le dis, s’il ne se lève pas par amitié, il le fera à cause du sans gêne de son ami, et il lui donnera tout ce qui lui est nécessaire. O comme Il veut donner Celui qui accepte de se lever ainsi quand on l’importune ! O comme il montre qu’il se sent obligé de donner ce qu’il peut donner ! O comme Il est impatient d’accourir à celui qui frappe celui qui a placé près de la porte le lit de sa retraite ! O comme Il ne veut rien refuser Celui qui nous montre comment lui extorquer quelque chose contre sa volonté ! O comme ce n’était pas seulement près de la porte qu’était le Seigneur, puisqu’Il est la porte ! Je suis, dit-Il, la porte. Pendant que dorment mes serviteurs, Je suis le premier et le seul à entendre les besoins de celui qui frappe. O comme Il est pieux, comme Il est miséricordieux Celui qui explique et démontre par des exemples ce qu’Il enseigne par ses commandements.
Quand tu fais l’aumône, ne va pas le trompeter.
Et encore : Que ta gauche ne sache pas ce que fait ta droite ! Qui de vous a un ami qui vient le voir au milieu de la nuit. C’est peu de chose que la nuit couvre d’un voile celui qui exerce la miséricorde, que le sans-gêne du demandeur cache la générosité du donneur, si l’on passe sous silence le rôle que joue le sommeil pour mettre un comble à la tentative de voiler la charité. Dans cet acte humanitaire, celui qui demande et celui qui dort subissent des nécessités de même nature : l’hôte force l’un à demander et le sommeil force l’autre à donner. De sorte que ce n’est pas l’amitié qui promet de donner à cette heure tardive, mais le sommeil. Il aurait préféré le sommeil qu’il lui soit permis de dormir plutôt que de se complaire à donner à qui demande.
Que dire d’autre ? Voici que à celui qui a frappé , le sommeil a été d’un plus grand secours que le cœur. Il ne doit pas être excusé de paresse celui qui ouvre en insistant sur l’heure de la demande, en disant : Qui parmi vous a un ami qui va le voir au milieu se la nuit. Non à la première ou à la deuxième ou à la troisième heure de la nuit, quand un engourdissement délectable, doux aux membres fatigués par le labeur du jour, se communique à tout le corps qui est en train de sombrer dans un profond sommeil , car le réveiller à ce moment-là serait une impolitesse majeure impardonnable. Mais il y a le temps que le jugement du veilleur de nuit indique comme étant celui du zèle. Voilà le temps , que, pressée par les travaux passés et futurs, une âme ardente consacre aux choses divines, et non au repos du corps. Mais avant de terminer les travaux du jour qui vient de se dérouler, elle ébauche et anticipe ceux du lendemain.
Voilà l’heure très efficace pour la demande. Le prophète sachant cela, affirme que le temps de sa supplication est arrivé : Au milieu de la nuit, je me lèverai pour me confier à toi. A cette heure, l’Epoux céleste accourt toujours vers ceux qui veillent, Celui dont a dit : Au milieu de la nuit, il y eut une grande clameur : voici que l’Epoux arrive. Il n’a pas pu ne pas demander tout ce qu’il voulait celui qui pour recevoir un hôte, pour le nourrir , s’est interdit tout repos. Et comment à quelqu’un qui demande ainsi, qui frappe ainsi ne répondrait pas celui qui reconnaît avoir été reçu comme hôte, quand Il dit : J’ai été un hôte, et tu m’as reçu. J’estime que c’est celui qui frappe qui a dit cela, ou peut-être que la phrase admet un autre sens : j’ai fait ce que tu as ordonné, rends ce que tu as promis; je t’ai cru quand tu as dit : ne vous souciez pas du lendemain. D’où : il ne m’est rien resté à mette sur la table pour recevoir l’hôte d’hier. Si cela t’embête que je n’en n’aie pas, c’est plus emmerdant pour moi de ne pas en avoir. Et cependant, je n’ai pas pu me refuser à lui car je me suis efforcé de t’obéir.
Ici l’embarras de celui qui ordonne est plus grand que la honte de celui qui n’a rien. L’hôte est dans la maison et tu dors, bien plus, tu dors toi qui ne dors pas. Moi j’ai accueilli un hôte. Si tu ne donnes pas de pain, c’est à l’hôte que tu auras refusé du pain. Ce prêteur évangélique a donc méritoirement avancé généreusement autant de pains qu’il a paru nécessaire à celui qui frappait et demandait. Que font ceux qui ne se placent pas dans un lit mais dans un sépulcre ? Qui ne se livrent pas au sommeil mais à la mort ? Ceux que le coq ne réveille pas, que l’étoile du matin n’arrache pas de leur sommeil, que le soleil ne rappelle pas, ne ramène pas à la lumière ? Ceux-ci ont perdu le temps de la supplication, la récompense humaine, et même les œuvres du jour.
Nous nous plaignons, mes frères, quand nous nous tenons debout un peu longtemps devant le Seigneur de ne pas voir avec nous nos fils. C’est au milieu de la nuit qu’a frappé celui dans la maison duquel un hôte était venu. Je demande : toi, pourquoi ne veilles-tu pas un certain temps, toi qui as un hôte dans ta maison ? Accorde-lui gracieusement ce que refuse ta paresse, de bon gré ce que es obligé de faire, toi qui aimes mieux le sommeil que toi-même .
Pour pouvoir veiller pour la vie au lieu de dormir pour la mort, écoute ce qui suit : Et moi je vous dis : demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. Tous ceux qui demandent reçoivent, tous ceux qui cherchent trouvent, et on ouvre à ceux qui frappent. Tu dis : j’en conviens. Mais savoir quoi demander, comment frapper c’est un secret céleste. Comment? En répétant tes demandes, en attendant la décision du bienfaiteur, en supportant très patiemment le retard du donateur. Parce que quiconque s’indigne de ne pas avoir été exaucé après une première demande n’est pas quelqu’un qui demande en suppliant, mais quelqu’un dont c’est l’office d’exiger de façon autoritaire l’exécution de ce qu’il ordonne. Ecoute le Prophète qui dit : Attends le Seigneur, agis courageusement, et ton cœur reprendra confiance. Et s’il se trouble de nouveau dans le futur, mets patiemment ton espoir dans le Seigneur. Tu veux savoir ce que tu dois demander ? Les richesses sont dans le sein du pauvre, et le royaume des cieux est à l’intérieur de toi. Le Seigneur a dit : Le royaume des cieux est à l’intérieur de vous. Qui est donc l’ami qui dort , et qui est l’ami qui arrive de voyage, et qui sont les enfants qui dorment, et qui est celui qui frappe, et pourquoi demande-t-il un nombre précis de pains, trois seulement? Quand je demanderai, je chercherai, je frapperai, et que sans dormir de la nuit je mériterai dans mon angoisse de recevoir, je ne vous renierai pas, vous, les amis de mon Seigneur. Mais vous me dites : voici que l’ami de ton Seigneur vient à toi. Lui, Il a l’habitude de donner plutôt que de recevoir. Le pasteur avide au viatique plantureux a donc épuise sa besace pour qu’il goûte aux vils mets de notre pauvreté ? Et Il n’ pas supporté que je demande ailleurs l’hospitalité par une nuit de tempête, lui qui est très riche. Il n’y a rien d’étonnant là, mes frères. Le riche veut toujours donner au pauvre quant il est sur son déclin. Il demeure toujours à la porte de l’ami de l’évangile. Dans le lit où il dort avec ses enfants, il persiste à être un bienfaiteur évangélique, celui dans l e cœur duquel le Père, le Fils et le Saint Esprit font et établissent leur demeure pour toujours. Que dire d’autre ? Il est Père. Je crois que c’est par Lui que je demande, en Lui que je cherche, et par Lui que je frappe. Je ne vous ai donc pas promis imprudemment qu’il vous donnerait.
40ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue Quand l’époque annuelle de la brise printanière commence à tout disposer pour la mise à bas des brebis, quand elle entreprend de disperser en grand nombre par les champs, les prés et les chemins les graines nécessaires à la fécondité du troupeau, le bon pasteur plante là son travail ordinaire , et courant anxieusement ici et là, en fredonnant des chants nouveaux, il recueille et rassemble les agnelets nouveaux nés, puis, tout heureux, il les place autour de son cou, sur ses épaules, dans ses bras, pour les transporter, et les ramener tous sains et saufs, pour les conduire en sécurité dans un bercail. Ainsi, nous, frères, quand au printemps souriant du carême, nous voyons le troupeau ecclésiastique produire des enfants en abondance, nous mettons de côté nos chants profanes et les propos de table, et, anxieusement, par un dur labeur, nous nous consacrons totalement à ramasser et à mettre en lieu sûr tous les soins à apporter à la génération céleste. Mais parce que nous voyons que tous les agneaux ont déjà rejoint le troupeau, dans notre joie, nous entonnons de nouveaux chants divins, et présentons un grand nombre de veaux à l’action de grâces de la nourriture du Seigneur. Pour que ceux que nous avons connus comme compagnons de travail nous puissions les voir participer à nos joies. Et parce que notre introduction au bon Pasteur n’a pour but que de présenter Celui qui seul est bon, seul est pasteur, seul est Pasteur de pasteurs, tout le propos de notre sermon et de notre exposé portera sur Lui. Le bon pasteur, est-il dit, dépose sa vie pour ses brebis. La puissance de l’amour décuple les énergies , parce que pour l’amour vrai, rien n’est dur, rien n’est amer, rien n’est pénible, rien n’est mortel. Quel tranchant de l’épée, quelles blessures, quelle souffrance, quelles morts parviennent à nous séparer de l’amour parfait ? L’amour est une cuirasse impénétrable qui fait rebondir les javelots et fait tomber les glaives en les secouant. L’amour se rit des dangers et se moque de la mort. Quand l’amour existe, il triomphe de tout. Mais demandons-nous si la mort de ce Pasteur est une chose avantageuse pour les brebis, puisqu’elle disperse les brebis, livre le troupeau sans défense aux loups, abandonne le troupeau chéri aux morsures des bêtes féroces, livre les brebis au pillage, les expose à la mort, comme la mort du Pasteur par excellence, le Christ, l’a démontré. Car Il a déposé son âme pour ses brebis, et Il a permis à la fureur judaïque de Le tuer.
Ses brebis parmi les Gentils sont pillées par les incursions des barbares. Elles sont torturées dans les prisons, elles s’enferment dans des cavernes de voleurs. Elles sont lacérées sans arrêt par les persécuteurs comme par des loups enragés; elles sont mordues par les hérétiques, comme par des chiens à la dent empoisonnée. De cela, le chœur des apôtres donne une preuve sans réplique. Le proclame également le sang des martyrs répandu sur toute la terre. Les membres des chrétiens donnés à dévorer aux bêtes fauves, consumés par le feu, jetés à la mer le démontrent clairement. La vie du Pasteur aurait pu empêcher tout ce que Sa mort a apporté.
Donc le Pasteur te prouve l’amour par la mort, car comme Il voyait qu’approchait la sélection des brebis, comme Il ne pouvait défendre le troupeau, Il préféra mourir avant de le voir perdu à tout jamais. Mais comment nous exprimer ? Car la Vie n’aurait pas pu mourir à moins de le vouloir. Qui aurait bien pu enlever l’âme à Celui qui a donné l’âme, s’Il ne l’avait pas voulu, selon son propre témoignage : J’ai le pouvoir de déposer mon âme, et j’ai le pouvoir de la reprendre. Personne ne me l’enlève. Il a donc réellement voulu mourir : Celui qui ne pouvait pas mourir permit qu’on Le tue. Demandons-nous donc quelle est la puissance de l’amour, quelle est la raison de cet amour, quelle est la cause de cette mort, quelle est l’utilité de cette passion. Et de toute évidence, la puissance certaine, la vraie raison, la cause du drame est l’utilité escomptée d’un tel sang, car la mort de ce seul Pasteur a dégagé une vertu singulière. Le pasteur est accouru à la mort préparée pour les brebis, pour que, dressant un nouveau traquenard, Il attrape l’auteur de la mort, le diable, en se faisant attraper par lui, le vainque en étant vaincu par lui. le terrasse en Se faisant tuer par lui, et ouvre le chemin de la victoire sur la mort en mourant pour les brebis. Car le démon, en se dirigeant vers l’homme, s’est précipité sur Dieu. Pendant qu’il charge sur le coupable, il tombe sur le Juge. Il rencontre le supplice en infligeant la peine. Il reçoit la condamnation en la donnant. Et vivante, la mort meurt de la nourriture des vivants en dévorant la vie. En absorbant les coupables, elle est absorbée, en déglutissant l’Auteur de l’innocence. Et la mort elle-même enfante, qui avait perdu tout le genre humain en voulant détruire le salut de tous. De cette façon, le Pasteur a précédé ses brebis, Il ne s’est pas éloigné d’elles. Il ne les a pas données non plus aux loups, mais Il leur a livré les loups, en donnant aux siens de choisir les loups comme prédateurs, pour qu’après avoir été tués par eux ils vivent, pour qu’ils ressuscitent après avoir été transpercés, pour que, teints de leur sang, ils brillent d’un éclat rouge écarlate, et que leur vêtement de laine scintille comme de la neige . C’est ainsi que le bon Pasteur a déposé sa vie pour ses brebis : Il ne les a pas perdues. Il a logé les brebis, Il ne les a pas abandonnées. Il ne les a pas laissé périr, mais les a invitées, elles que par des champs mortels, par un chemin de mort, Il a appelées et conduites aux pâturages vivifiants. Mais dira quelqu’un : Quand ces choses auront-elles lieu ? Voici qu’entretemps les brebis, i.e., les apôtres, les prophètes, les martyrs et les confesseurs gisent dans les tombeaux. Les condamnés à mort sont éparpillés sur toute la surface de la terre, recouverts de sang, claustrés dans les sépulcres. Mais qui doute qu’ils ressusciteront et vivront, que règneront les martyrs assassinés, quand le Christ est ressuscité pour eux, est mort et règne après avoir été tué ? Ecoute la voix de ce Pasteur : Mes brebis connaissent ma voix et me suivent. Il est nécessaire que celles qui L’ont suivi jusqu’à la mort, Le suivent jusqu’à la vie;
que celles qui L’ont accompagné dans l’ignominie, L’accompagnent dans les honneurs, et soient participantes de la gloire celles qui participèrent à sa passion. Là où je serai, dit-Il, seront mes ministres. Où ? Au plus haut des cieux, là où le Christ est assis à la droite de Dieu. Homme que ta foi ne se trouble pas, que la longueur de l’attende ne te lasse pas! Car il y a une chose qui est certaine pour toi, qui est conservée en Lui-même pour toi par l’Auteur des êtres: Vous êtes morts, dit-Il, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand apparaîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi vous apparaitrez en gloire avec Lui. Tout en travaillant, souviens-toi que ce que tu n’a pas vu dans la semence tu le verras dans la moisson, et que celui qui a versé des larmes sur le sillon jubilera à la vue des fruits.
41ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Nous lisons que la plupart de ceux qui ont remporté des guerres contre d’autres nations n’ont pas pu remporter le combat contre la chair; et nous avons entendu dire qu’ils ont présenté leurs poitrines aux plaisirs ceux qui n’ont pas présenté leurs dos aux ennemis. Hélas !
Les vainqueurs des peuples ont été captifs de leurs vices;
les maîtres des nations ont servi de la servitude honteuse des vices. Ils se sont tenus debout au milieu des glaives dégainés, mais se sont écroulés devant les moeurs efféminées.
Ils furent la terreur des royaumes, mais ils sont le jouet des péchés. Ils ont broyé les armées adverses à jeun, et avec leur ivresse, ils ont mis en pièces les camps des vertus. Ils se sont étendus par terre après avoir versé le vin, ceux qui ne sont pas tombés sur le sol après avoir versé leur sang. D’où est-ce que ça vient ? D’où ? Parce que cela n’est pas le produit de la raison, mais de la maladie; non de la vie mais de la fièvre; de la frénésie non de la nature. Car, à chaque fois qu’un excès de nourriture affecte les parties vitales, l’estomac est affaibli, les humeurs sont viciées, la jaunisse éclate, et enfin, l’incendie de la fièvre fait des ravages. A chaque fois, le malade perd l’esprit, délire. Il désire l’impossible, il défend le pour et le contre en même temps, il rejette ce qui pourrait lui procurer le salut, jette son dévolu sur ce qui lui est nuisible, et repousse les remèdes.
Alors les médecins s’efforcent de lui venir en aide par le remède de l’abstinence, pour que l’abstinence guérisse ce que la gloutonnerie avait gâté. Et si pour une cure temporelle, les malades obéissent aux médecins, maintiennent la modération bien que péniblement, pourquoi donc pour le salut éternel est-il difficile d’obéir aux Christ qui nous prescrit des jeûnes modérés, de gouverner notre corps avec mesure, de guider notre esprit en nous contentant de peu, de freiner les sens par la sobriété ? Comme les nuages de la terre assombrissent le ciel, les orgies obscurcissent également les âmes. Comme les tornades apportent la confusion dans un pays, ainsi les estomacs surchargés troublent la santé. L’ébriété noie le corps comme les vagues engloutissent un navire. Elle fait descendre l’homme dans les bas fonds, enlève tout profit à la vie, fait subir le naufrage de la mort. C’est donc une fièvre, que le bienheureux Apôtre déplore haleter dans les viscères humains en ces mots : Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair. Si ce n’est pas le bien, c’est donc le mal.
Quel mal ? La fragilité, certainement, qui s’insinue dans la chair, débouche dans les veines, pénètre dans les os, se cache dans la moelle, bouille dans le sang, et déclenche la frénésie des vices. La fragilité est une fièvre de la nature, la mère des maladies, celle qui engendre les passions. C’est la fragilité qui nous impose ce genre de nécessité. Et où est la nécessité, là n’est pas la volonté. Où la captivité provient de la condition, nul n’est responsable de la perte de sa liberté. La fragilité est ce par quoi l’homme avance non où la volonté invite, mais où la nécessité le conduit. Ecoute l’Apôtre qui dit : Je ne fais pas ce que je veux. La fragilité en préparant à l’homme ce qui est nécessaire le fait parvenir aux choses non nécessaires. Quand elle prépare la nourriture, elle le conduit à l’indigestion. Quand elle lui sert du vin, elle le persuade de s’enivrer. Elle lui présente le sommeil pour l’amener à l’inertie. Elle soigne les maux d’estomac en compromettant la cure de la santé. Elle donne tout à la chair et ne laisse rien à l’âme. Elle fait du corps un cortège de toutes les passions. Elle fait que l’homme meure à lui-même et vive pour les vices. Si donc un tel homme se sent malade, qu’il s’abandonne au Médecin céleste, qu’il acquiesce fidèlement à Ses recommandations, qu’il mange sobrement, qu’il trempe son vin dans l’eau, pour pouvoir surmonter la langueur de la fragilité, fuir la flamme des passions, éviter la fièvre et la frénésie des vices.
L’abstinence est la première médecine de l’homme. Mais pour le succès total de la cure, elle a besoin des dépenses commandées par la miséricorde.
L’abstinence éteint la fièvre, mais les membres calcinés par l’incendie de la fièvre ne peuvent retourner à l’intégralité de la santé à moins d’être enduits d’un onguent abondant, à moins qu’on leur applique des baumes odorants, à moins d’être aidés par l’absorption de remèdes. Ainsi bien que le jeûne exclue les morts des vices et repousse au loin les causes des crimes, il n’apporte pas le salut complet aux esprits sans l’onguent de la miséricorde, sans le ruisseau de la pitié, sans les aumônes abondantes. Le jeûne guérit les plaies des pécheurs, mais, sans la miséricorde, il ne fait pas disparaître les cicatrices des plaies. < Ecoute le Seigneur qui dit : Faites l’aumône, et voici que tout est pur pour vous. Par une culture singulière, le jeûne arrache les vices, éradique les crimes, et prépare de bons fruits pour les champs du corps et de l’âme. Mais pas sans avoir posé les fondements de la miséricorde, elle qui est ce qui stimule et vivifie le jeûne. Le jeûne est l’hostie de la sainteté, le sacrifice que demande la chasteté, mais sans l’encens de la miséricorde, il ne peut pas monter en présence de Dieu en odeur de suavité. Ce que l’âme est corps, la miséricorde l’est au jeûne. Quand le jeûne vit de la miséricorde, il vivifie alors le jeûneur. Le jeûne est le navire des vertus, il rapporte des profits à la vie, il transporte les richesses de la vie. Mais il s’engage dans la haute mer de la chair, fend les flots des vices, passe à travers les écueils des crimes, longe les littoraux des passions. A moins d’entrer le plus rapidement possible dans le port de la pitié, il ne peut pas pratiquer les vertus, il ne peut pas avoir les vertus comme profit. Celui qui sait se tenir debout dans le terrain glissant de la vie, celui qui comprend que la route de la chair se traverse en trébuchant, celui qui se sent subjugué par les incartades commandées par l’ignorance et par les chutes dues à la négligence, qu’il maintienne le jeûne sans abandonner la miséricorde. Le jeûne nous ouvre le ciel, le jeûne nous donne accès à Dieu, mais à moins que plaide en notre faveur la miséricorde , nous ne serons pas surs du pardon , nous qui ne pourrons pas faire la preuve de notre innocence, comme le dit le Seigneur : Le jugement sera sans miséricorde pour celui qui n’a pas eu de miséricorde. . Le jour est agréable, mais il l’est davantage s’il est serein. Notre jeûne sera plus glorieux si la splendeur de la miséricorde donne des jours sereins au Carême. Le Seigneur proclame à haute voix : Je veux la miséricorde. Homme donne à Dieu ce qu’Il veut, si tu veux qu’Il te donne ce que tu veux. Je veux la miséricorde. C’est la voix de Dieu. Dieu nous demande la miséricorde, et si nous la Lui donnons, que dira-t-Il ? Ce que nous lisons aujourd’hui : J’avais faim et tu m’as donné à manger, soif et tu m’as donné à boire. Et puis quoi ? Venez les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé depuis le début du monde. Celui qui donne un pain à un affamé se donnera à lui-même le règne. Il se refusera à lui-même la fontaine de vie celui qui refusera un verre d’eau à un assoiffé. C’est avec l’amour du pauvre que Dieu vend son royaume, et pour que tout homme puisse l’acheter, Il en a fixé le prix à une tranche de pain. C’est parce qu’Il veut avoir tous les êtres qu’Il demande comme prix ce que l’homme a conscience d’avoir. Dieu vend son royaume pour le montant d’une tranche de pain. Qui pourra excuser le non acheteur qu’un si bas prix de vente accuse ? Que notre repas soit la table du pauvre, pour que la table du Christ soit transformée en notre repas, selon la promesse formelle du Christ, en ces termes : Ils mangeront à ma table dans mon royaume. Frères, que les délices des pauvres soient nos jeûnes, pour que notre jeûne temporel puisse être transformé pour nous en délices éternelles. Homme, en donnant au pauvre, tu te donnes à toi-même, parce que ce que tu ne donneras pas à un pauvre, un autre l’aura. Il ne te restera que ce que tu auras donné aux pauvres.
42ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Dans le sermon précédent, mes frères, en dépit de nos efforts, nous n’avons fait qu’effleurer les bienfaits du jeûne, et c’est dans la conclusion seulement, que nous avons indiqué que la prière est apparentée au jeûne . Mais parce que le jeûne est insuffisant sans la miséricorde, et que le jeûne jeûne sans la piété, parce que sans la miséricorde l’oraison est débile, et que l’oraison sans la bienfaisance est infirme, fortifions notre jeûne par une prestation de miséricorde, sublimons notre oraison en nous mettant à l’écoute de la misère, accordons au jeûne le patronage de la miséricorde, parce que la faim est le jeûne de l’avarice sans miséricorde, la peine de la cupidité. Et un jeûne sans piété, c’est une punition, non une dévotion; ce n’est pas jeûner pour Dieu mais pour le monde; c’est s’émacier par l’abstinence, et s’enfler de l’hydropisie de la cupidité; c’est décharger le ventre du poids des aliments, et alourdir l’esprit par le poids de l’argent. Il agit en homme du monde celui qui ne sait ni proroger ni annuler une dette. L’avarice est la gardienne de ce qui appartient à autrui, non la maîtresse de ses propres biens. Parce qu’elle prépare pour un autre ce qu’elle se refuse à soi-même;
et le miséricordieux prélève de l’argent pour celui que l’avare a opprimé.
Celui qui jeûne sans miséricorde est un jardin labouré non ensemencé. Le champ qui n’est que labouré est privé de semences, dépourvu de graines. S’il est vrai qu’il échappe à tout reproche de négligence ou de laisser-aller, sans semence il demeure stérile, le labourage par lui-même ne produisant pas de fruit. Le labour exige un travail pénible mais ne peut pas faire lever le forment. C’est ainsi que cultive le jeûne : il purge les sens, purifie le cœur, déracine les vices, éradique les crimes; il cultive l’esprit, embellit le corps. Mais sans la miséricorde, il ne parvient pas au fruit de la vie, il ne se rend pas à la récompense du salut. Ce qu’un palais est sans le roi, voilà ce qu’est le jeûne sans la libéralité. Dans le palais royal l’or étincelle, le marbre brille, les peintures resplendissent, les appartements sont spacieux, les dômes sont majestueux, les plantes vertes réjouissent l’œil, le silence est imposant. Mais sans le roi le palais n’est pas honoré, la gloire lui manque, c’est une coquille vide, c’est un désert enfermé entre quatre murs, c’est une horrible solitude. Il en va ainsi du jeûne. Il brille d’innocence, irradie la chasteté, illumine par les actes, a des mœurs enchanteresses comme un tableau de grand-maître, embaume avec l’encens, est magnifié comme ornement de la sainteté. Mais sans la miséricorde, il n’a pas de gloire, manque de récompense, n’obtient pas la palme, perd la confiance dans la supplication, ne reçoit pas le mérite de la demande, au témoignage de l’Ecriture qui dit : S’il bouche ses oreilles pour ne pas entendre l’infirme, quand lui-même criera, il n’y a aura personne pour l’écouter.
Celui qui ne donne pas à autrui la miséricorde se l’enlève à lui-même. La miséricorde sera à celui qui distribue aux pauvres. Il a distribué, il a donné aux pauvres : sa justice demeure pour les siècles des siècles. Celui qui sème la miséricorde chez le pauvre récolte chez lui.. Ceux qui sèment dans les larmes récoltent dans la joie. Les larmes du pauvre irriguent le jeûne bien plus que la pluie ne pénètre dans la terre. Homme, jette les semences de ton jeûne dans les larmes des pauvres, parce que les vertus du jeûne s’assèchent, les moissons des jeûneurs flétrissent, qui n’ont pas été arrosées par les larmes des pauvres.
Les pluies du ciel s’écoulent dans la terre, les larmes du pauvre imprègnent le ciel. Le ciel a donc soif et attend de la lamentation du pauvre sa part de rosée, parce que la miséricorde laboure les champs du ciel et la piété conduit les sillions jusqu’au ciel. C’est là que sème la miséricorde. Car tout ce que la main du pauvre a reçu, c’est ici qu’elle en fait la moisson. C’est ici que recueille le froment celui qui a confié sa semence au pauvre pour qu’elle y soit mise en terre . Heureux celui dont les greniers éternels de la vie perpétuelle sont préparés pour recevoir ce qu’il a semé . L’Apôtre avait ceci à prescrire au semeur : Voilà ce que je dis : celui qui sème parcimonieusement récoltera parcimonieusement. Et celui dont la semence est bénie sera béni dans sa récolte. Que chacun agisse selon le mouvement de son cœur : non pas poussé par la tristesse ou par la nécessité. Car Dieu aime celui qui donne avec joie. Les œuvres de Dieu sont grandes, mais la grandeur de la miséricorde l’emporte en munificence. Les œuvres du Seigneur sont grandes. Et il ajoute ailleurs : Les miséricordes de Dieu sont sur toutes ses œuvres. La miséricorde, frères, emplit le ciel, couvre la terre. Seigneur, est-il dit, dans le ciel est ta miséricorde. Et le même dit la même chose : La terre est pleine de la miséricorde du Seigneur. Et en vérité, mes frères, Dieu aurait perdu tout ce qu’Il avait fait si la miséricorde n’était pas intervenue. La faute et la punition avaient enlevé tout ce qui était venu dans ce monde. Car la fragilité tendait toujours vers la chute, et le verdict du juge contraignait à punir. C’est ainsi que des villes ont été consumées par un incendie divin. C’est ainsi qu’un peuple tiré de l’Egypte était caché dans le désert. C’est ainsi que la terre avait engouffré le peuple. Et pour ne pas citer des exemples à n’en plus finir, c’est ainsi que le peuple romain a vengé le sang du Christ en détruisant la Judée. C’est la miséricorde Christ, la grande, la large, la seule qui en un jour a différé tout jugement, qui a obtenu une trêve pour donner à l’homme tout le temps voulu pour faire pénitence, pour que ce que l’enfance avait concédé aux vices, l’adolescence l’en délivre, la jeunesse le mette aux fers, ou la vieillesse l’amende. Et que l’homme se repende tu péché quand il comprend qu’il ne peut plus pécher, et qu’il abandonne au moins le crime quand le crime l’aura abandonné. Qu’il fasse de nécessité vertu, qu’il meure dans l’innocence celui qui a toujours vécu dans le crime. D’où vient que le Prophète accourt de tout son être vers la miséricorde, parce qu’il n’avait pas confiance en sa justice. Aie pitié de moi, Seigneur, dit-il, selon ta grande miséricorde. Et pourquoi grande?
Parce que ta miséricorde est grande envers moi. Tu as retiré mon âme des profondeurs de l’enfer. Et si Dieu rend par la miséricorde ce qui avait été perdu par le jugement, homme, comment pensais-tu tenir, comment pensais-tu résister sans la miséricorde ? Il a donc été démontré que non seulement le jeûne mais que toutes les vertus sont dénudées sans la miséricorde. L’humanité en feu, en la personne d’Abraham, s’est acquittée à la perfection de son obligation de donner l’hospitalité pour Dieu sans rien lésiner , car en accueillant deux voyageurs à sa table terrestre avec Dieu, elle invitait à la table céleste les peuples d’Orient et d’Occident. Ils viendront, est-il dit, de l’Orient etde l’Occident, et siègeront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume de Dieu. Pace que l’hospitalité a reçu des anges, elle a prévenu le jugement. C’est ainsi qu’elle a vaincu la géhenne dans la chair. Le feu divin ne peut pas brûler le miséricordieux. Il fait donc l’aumône celui qui ne veut pas redouter l’incendie de la géhenne. Jésus, à son arrivée, fera porter son enquête sur la miséricorde avant de se prononcer sur la culpabilité d’un acte. Quand il s’assiéra sur son trône de gloire, il dira : J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger. Il n’a pas dit : vous avez tué vous avez volé, mais J’avais faim, Moi, et vous ne m’avez pas donné à manger. On ne cherchera pas à prouver le crime de celui dont la miséricorde aura été démontrée. Pourquoi ? Parce que : faites l’aumône et tout est pur pour vous. Celui que le juge loue pour sa générosité ne sera pas condamné à des châtiments. Celui qui admet un manque de libéralité exige d’être jugé en toute rigueur. J’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger. Dieu mange dans le ciel le pain que le pauvre a reçu sur la terre. Toutes les fois que vous avez fait cela à un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait. Donne donc du pain, donne de l’eau, donne un vêtement, donne un toit, si tu veux avoir Dieu comme débiteur non comme juge. Rien ne nous nuira sur la terre si au ciel la miséricorde est notre avocate.
43ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Il faut parler au peuple dans le langage du peuple; l’unanimité s’obtient par un discours à la portée de tous; les choses qui sont nécessaires à tous doivent être dites à la manière de tous;
la langue maternelle est chère aux simples, et sonne avec douceur aux oreilles des savants; celui qui enseigne dit des choses profitables à tous. Que les experts pardonnent, aujourd’hui, à la parole inexperte.
Il y a trois choses, mes frères, qui consolident la foi, stabilisent la dévotion et maintiennent la vertu : la prière, le jeûne et la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne demande et la miséricorde reçoit. La prière, la miséricorde et le jeûne sont tous trois une seule et même chose qui se donnent mutuellement la vie. Car si le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Personne ne coupe les liens qui les unit : ils ne peuvent pas être séparés. Quelqu’un qui ne possède qu’un des trois ou qui ne les possède pas tous les trois ensemble , n’a rien du tout. Donc, que celui qui prie jeûne, que celui qui jeûne fasse l’aumône. Celui qui espère qu’on écoutera ce qu’il demande, qu’il écoute d’abord celui qui demande. Il ouvre l’oreille de Dieu celui qui ne ferme pas son oreille à la supplication. Que celui qui jeûne comprenne en quoi consiste le jeûne. Celui qui veut comprendre Dieu qu’il comprenne le pauvre. Qu’il soit miséricordieux celui qui veut qu’on le traite avec miséricorde. Celui qui implore la pitié doit commencer par l’exercer. Si quelqu’un veut qu’on lui témoigne de l’affection, qu’il en témoigne à autrui. C’est à toi à fixer la mesure de la miséricorde qu’on exercera envers toi : de quelle façon, en quelle abondance, à quel rythme tu veux qu’on soit miséricordieux envers toi. Plus tu seras prompt à venir en aide aux autres, plus on sera prompt à te venir en aide.
Que l’oraison, donc, le jeûne et la miséricorde soient pour nous un seul et même protecteur auprès de Dieu, un seul et même avocat, une seule et même supplication à trois faces. Ce sont eux mes frères, qui pénètrent dans la citadelle du ciel, qui bousculent le verdict du Dieu juge avant qu’il soit formulé, qui plaident devant le tribunal de Dieu les causes du genre humain, qui demandent l’indulgence pour les injustes, qui méritent le pardon pour les coupables. Celui qui ne reçoit pas l’assistance de ces choses au ciel ne peut subsister sur la terre. Comme elles détiennent le premier rang parmi les choses célestes, elles contrôlent, sur la terre, la totalité des choses. Ce sont elles qui font don de la prospérité, ou déclenchent les fléaux. Elles éteignent les vices, allument les vertus.
Ce sont elles qui donnent des corps chastes, des cœurs purs; elles apportent la paix aux membres et le repos aux esprits. Elles sont une école de discipline pour les sens humains. C’est par elles que les cœurs humains s’élèvent jusqu’ à la contemplation dans le temple de Dieu. C’est par elles que l’homme l’emporte sur l’ange, ce sont elles qui confèrent à l’homme les honneurs de la divinité.
Que de choses Moïse a faites en Dieu par leur suffrage; tous les éléments avaient été mis à sa disposition pour qu’il remporte des triomphes militaires. Il ordonne à la mer de se retirer, au vagues de se solidifier, au lit de la mer de s’assécher, au ciel de pleuvoir. Il donne la manne, force les vents à parachuter des cailles. Il illustre la nuit par la clarté du soleil, il tempère le soleil par le voile d’u nuage. Il frappe la pierre pour que de la plaie récente, coule de l’eau froide en abondance pour les assoiffés. Il est le premier à donner à la terre la loi du ciel, à écrire la règle de vie, à fixer les limites de la discipline. Par elles, Eli n’a pas connu la mort; il a quitté la terre pour entrer dans les cieux , où il demeure avec les anges et vit de la vie Dieu. Et l’hospitalité terrestre possède les demeures célestes. Par elles, saint Jean Baptiste fut un ange dans la chair, un être céleste sur la terre, et le seul à saisir, tenir et embrasser toute la Trinité avec l’ouïe , la vue et le toucher. Et nous, mes frères, si nous voulons avoir part à la gloire de Moïse, à la vie d’Elie, aux vertus de Jean, et aux mérites de tous les saints, vaquons à l’oraison, astreignons-nous au jeûne, mettons-nous au service de la miséricorde. Celui qui vivra de ces choses, qui aura construit des redoutes avec elles, qui porte donc les armes de Dieu et est le soldat du Christ, ne redoutera pas les javelots du péché, les traits du diable, le bélier du monde, les coins des vices, les maux de la chair, les filets des voluptés, les armes de la mort . Mais nous qui nous mobilisons pour combattre l’incertitude, qui traversons les jours au milieu des embûches, qui supportons le poids du jour, qui sommes emportés dans le flux changeant des choses, qui parlons sans réflexion, dont les actions sont remplies de périls, pourquoi ne voulons-nous pas entrer à l’église le matin ?
Pourquoi ne voulons-nous pas demander par une prière matinale le secours pour toute la journée? Pourquoi avons-nous t toujours le goût de nous adonner aux activités humaines et ne sentons-nous pas le besoin de consacrer à Dieu un seul instant ? Ce n’est pas de notre faute, mes frères, ce n’est pas de notre faute. C’est une friponnerie diabolique. Quand il veut commencer à séduire quelqu’un, il ne lui permet pas de se fortifier par la prière. Pourquoi redoute-t-il les revers celui qui ne demande pas la prospérité ? Ecoutons l’avertissement de Dieu : Priez pour ne pas entrer en tentation. Il va vers la tentation celui qui ne va pas à l’église. Sachant cela, le Prophète chantait : Venez, adorons-Le, et approchons-nous de Lui. Pleurons devant le Seigneur qui nous a faits. Penses-tu qu’il est digne de répandre des larmes devant Dieu celui qui ne daigne pas prononcer un seul mot ? Soyons matinaux, prions, par crainte humaine si nous ne pouvons pas prier par amour divin. Si nous ne sommes pas attirés par le bien, que nous ne subissions pas la contrainte du mal. C’est notre mépris de Dieu qui rend les temps mauvais, ce n’est pas le dérèglement des saisons . Ce que donc nous avons perdu par le mépris, reconquérons-le par le jeûne. Immolons nos âmes par les jeûnes, car nous ne pouvons rien offrir de plus prestigieux à Dieu. Le prophète est de notre avis quand il dit : Le sacrifice à offrir à Dieu est un cœur contristé. Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié. Homme, offre à Dieu ton âme, et offre l’oblation du jeûne, pour que l’hostie soit pure, le sacrifice saint, la victime vivante, qui demeurera en toi et qui sera donnée par Dieu. Celui qui ne donnera pas cela à Dieu n’aura pas d’excuse, car il ne peut avoir que ce que ce qu’il se donne à lui-même.
Mais pour que ces choses soient agréables à Dieu, la miséricorde doit fermer la marche. Le jeûne ne germe pas s’il n’est pas irrigué par la miséricorde. Le jeûne s’assèche par l’assèchement de la miséricorde. Ce que la pluie est à la terre, la miséricorde l’est au jeûne. Bien qu’il laboure le cœur, purifie la chair, éradique les vices, met en gerbes les vertus, le jeûneur ne moissonnera rien s’il ne donne pas les cours d’eau de la miséricorde. Jeûneur, ton champ jeûne quand jeûne la miséricorde. Ce que tu auras gaspillé en miséricorde, tu le retrouveras dans les greniers . Homme, pour ne pas perdre en conservant, ramasse en prorogeant. Homme, donne à toi-même en donnant au pauvre, car ce que tu laisseras aux autres, tu ne l’auras plus.
44ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
A toutes les fois que le médecin expérimenté veut découvrir le remède qui convient à ceux qui sont atteints de diverses maladies, il fait d’abord un diagnostic, investigue la marche cachée d’une peste, montre aux habitants des diverses régions de l’empire comment se protéger contre une épidémie, enseigne les différentes sortes de remèdes, démontre l’efficacité des plantes médicinales, disserte sur les propriétés des médicaments, promet à ceux qui lui font confiance une santé durable. C’est ainsi qu’il persuade les malades et les amène à des cures pénibles et exténuantes. De la même façon, le saint prophète, s’apprêtant à appliquer une médecine céleste au corps et à l’ âme, inspecte les replis secrets de l’impiété, met à nu les maladies occultes des péchés, montre les iniquités, démonte avec une logique admirable les ressorts secrets des virus des vices, en révèle la nature, décèle l’origine des fautes, les racines des crimes C’est ainsi que, par une divine cure, il conduit à une santé stable les esprits malades des mortels, usant d’une modération équitable qui tient compte de l’âge, du sexe, du temps et des forces de chacun. Le psaume que nous venons de chanter est une préface aux psaumes, et le psaume par excellence. Il est le psaume des psaumes et la dédicace des dédicaces.
C’est un thème qui fait naître d’autres thèmes, il est la somme complète des cantiques qui suivent. Et comme, après avoir ouvert la première porte, la clé de la cour d’un prince donne accès à toutes les chambres les mieux verrouillées, de la même façon ce psaume, après avoir ouvert les premières portes de la compréhension, révèle le secret, le mystère de tous les psaumes. Bienheureux l’homme qui ne s’éloigne pas vers les conseils des impies, et qui ne demeure pas dans le chemin des pécheurs, et ne s’assoie pas sur la chaire de pestilence.
Bienheureux l’homme. Comme on promet d’abord des trophées, des récompenses et des couronnes à celui qui doit lutter contre des bêtes sauvages, et relever le défi des combats les plus féroces, le prophète promet la béatitude , pour motiver l’homme à vaincre toute la férocité des crimes, qu’il énumère ensuite.
Bienheureux l’homme qui ne s’éloigne pas vers les conseils des impies, et qui ne demeure pas dans le chemin des pécheurs. Ce qu’il appelle s’éloigner vers et demeurer dans le chemin peut paraître absurde, puisqu’on dit plus normalement : se maintenir dans une résolution et s’éloigner du chemin. Aux pervers, toutes les choses sont perverses; ils ne peuvent conserver l’ordre ceux qui n’agissent pas de façon ordonnée . Mais ici le prophète ne parle pas d’un déplacement du corps mais de l’esprit. Il n’interdit pas aux pieds de s’enfarger, mais il détourne des ruines de l’âme.
Bienheureux l’homme qui ne s’éloigne pas vers les conseils des impies . Il s’est éloigné, il s’est éloigné de lui-même, de Dieu quand il s’est éloigné en reculant. Il ne demeure pas ferme dans son propos celui qui erre à l’aventure dans les pensées des impies.
Cet homme tantôt s’élève jusqu’au ciel, tantôt est redescendu sur la terre; il est balloté par les vagues, englouti dans les profondeurs de l’océan. Comme il voltige toujours en pensée comme un homme ivre, il examine le ciel au lieu de s’examiner lui-même. Celui qui s’imagine se connaître complètement ne se connaît pas lui-même. S’il se connaissait, il n’adorerait jamais le ciel, le soleil, la lune, les arbres et les pierres, qui lui ont tous été donnés et asservis. Mais il adore la pierre, sert le bois, celui qui refuse avec mépris d’adorer le Dieu vivant et vrai. Et pour que nous déroulions les faits de l’impiété à partir du tout début, le conseil de l’impiété a conduit l’ange aux enfers, il a changé le messager du secret céleste en diable, il a transporté l’homme du royaume de la vie à l’exil d’un habitacle mortel. Il a fait déchoir la femme de la gloire de la virginité dans les enfantements douloureux. Voilà pourquoi elle n’ignore pas les douleurs avant de connaître le bonheur, et pourquoi elle doit subir la peine de la faute avant de se réjouir de la naissance d’un rejeton. En multipliant, je multiplierai tes douleurs et tes gémissements. C’est dans la tristesse et les gémissements que tu enfanteras des enfants. Quelle est la fin, quelle est l’origine de la peine ? Quel est donc celui que la joie peut maintenir dans la voie, puisqu’il a passé le début de sa vie dans la tristesse ?
Le prophète savait cela lui qui a dit : J’ai été conçu dans les iniquités, et dans les péchés ma mère m’a enfanté. Mes frères, la naissance nous a projetés dans la voie des pécheurs, et à tous les âges de notre vie nous courons dans le chemin des fautes. Pensons aux vanités de l’enfance, aux chutes de l’adolescence, aux ruines de la jeunesse, aux maladies de la vieillesse, et nous réaliserons que ce n’est pas le chemin de la vie que nous suivons, mais la voie des pécheurs. Le Christ parle de cette voie en disant : Quelle est large et spacieuse la voie qui condit à la perdition, et nombreux sont ceux qui entrent par elle. Elargie par les fautes, agrandie par les passions, rendue spacieuse par les crimes, elle est la vraie et véritable voie où présentement, va et vient l’homme. Une génération s’en vient et une génération s’en va, est-il dit, et la terre demeure toujours. Et c’est pour cela qu’il a dit avant : Bienheureux l’homme qui ne s’éloigne pas vers les conseils des impies, et qui ne demeure pas dans le chemin des pécheurs. Il n’a pas dit : il ne vient pas. Car personne ne vient dans le chemin des impies, où nous conduit d’elle-même la loi de la nature de la mort. Mais bienheureux celui qui n’y demeure pas ! Il s’y tient, il y demeure celui qui allège les fardeaux des pécheurs , mais qui, lourdement chargé, parvient tardivement à la maison céleste, et la trouve fermée pour lui. Alourdi par ces fardeaux, le prophète pleurait ainsi : Mes iniquités sont chargées sur ma tête, et se sont toutes lourdement appesanties sur moi. Et comme cela valait pour tout le temps de la vie, il s’exclame : Je suis devenu misérable, et courbé pour toujours. Ce voyageur a traversé la voie des pécheurs. Il a vu les maux de cette vie, mais les a méprisés; il les a ressentis, mais les a foulés aux pieds. II souffre, mais il triomphe, et plus il les fuit, plus il court. Vient à sa rencontre le portier céleste : la maison céleste ne se ferme pas pour lui. Mais pourquoi a-t-il ainsi rejeté le conseil de la voie d’impiété des pécheurs ? Bienheureux l’homme qui ne s’éloigne pas vers les conseils des impies et qui ne demeure pas dans le chemin des pécheurs .Mais bien que, par sa naissance, il soit dès le début venu dans la voie des pécheurs, qu’il soit tombé d’abord, il n’a pas parcouru longtemps la voie du péché. Il l’a quittée dès qu’il a commençé à gouter le venin du péché, à savourer la graisse des péchés. L’impie tend vers Dieu, va vers Dieu quand il pèche. Dieu rejette les pécheurs, qui avaient été avertis auparavant par Lui de ne pas pécher. Les ténèbres fuient la lumière; les ténèbres retournent quand la lumière se retire. Là où est Dieu, il n’y a pas de péché. Là où est le péché, Dieu n’est pas. Et pour que tu saches, homme, que l’homme parcourt la voie des pécheurs sans se sentir regardé par Dieu, écoute le Prophète : Dieu n’est pas devant ses yeux, ses voies sont polluées en tout temps. C’est plus gravement donc que l’homme tombe dans la voie des péchés quand il tombe des précipices de l’impiété. Et qui ne s’assoie pas dans la chaire de pestilence. Il approuve l’impiété celui qui la commet, il l’aime. Il ne peut pas ne pas l’enseigner. Voilà comment, en enseignant l’impiété, il trône dans la chaire de pestilence. Et, avec un discours mielleux, il diffuse chez ses auditeurs le virus d’une doctrine létale, qui enseigne ou la multitude des dieux, ou la non existence de Celui qui est, ou l’impossibilité de Le découvrir; qui donne la créature à la nature, pour que la nature nie l’Auteur. Le pharisien a donné préséance à la chaire de pestilence, en faisant passer les traditions humaines avant les décrets célestes, Il a projeté ainsi sur le peuple juif une lumière blafarde. L’hérétique s’assied dans la chaire de pestilence. Sous prétexte de foi, il déchire, rompt, détruit l’unité. Bienheureux l’homme qui ne s’est pas éloigné vers le conseil des impies, et qui n’est pas demeuré dans la voie des pécheurs, et qui ne s’est pas assis dans la chaire de pestilence. Et tout à fait bienheureux celui qui en rejetant ces trois choses-là, mérite de parvenir à la béatitude de la Trinité. Qu’il médite donc la loi de Dieu, qu’il la médite jour et nuit, pour mériter de voir dans le futur ce qui vient après, et l’entendre exposer plus abondamment à un moment opportun.
45ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Votre charité admet et reconnaît avec moi que la supplication du Prophète, que nous avons aujourd’hui chantée dans le répons, correspond parfaitement à notre temps et est adaptée aux maux présents Ne m’inculpe pas dans ta colère, ne me saisis pas dans ta fureur. Dieu bouille-t-Il de colère, brûle-t-Il de fureur ? Loin de nous cette pensée, mes frères. Dieu n’est pas sujet aux passions; Il ne s’enflamme pas de colère, Il n’est pas emporté par la fureur. Mais la colère de Dieu est la punition des pécheurs, les supplices des impies sont la fureur de Dieu. Mes frères, créés à partir de la poussière, façonnés avec de la boue, nous sommes piétinés par les vices, nous sommes les esclaves des péchés, nous sommes harassés par les tracas, nos membres se dessèchent, la mort nous dissout, nous grelottons dans des tombeaux fétides, et nous nous trouvons ainsi inaptes à la vertu, mais très aptes à contracter des vices. Se souvenant de la fragilité humaine, et conscient que la chair est notre substance, le prophète s’est envolé vers le secours de Dieu il n’avait pas confiance dans ses mérites, pour que le jugement de Dieu sur lui s’inspire de la miséricorde et non de la sévérité. Seigneur, ne me condamne pas dans ta colère. Ce qui revient à dire : juge-moi, mais non dans ta colère. Punis- moi comme un Père, non comme un Seigneur. Juge-moi pour me corriger, non pour me perdre. Punis- moi pour m’amender, non pour me tuer. Et cela, pourquoi ? Parce que je suis faible. Aie pitié de moi, Seigneur, est-il dit, parce que je suis infirme. Qu’y a-t-il de plus infirme, Seigneur, que celui que les sens trompent, que l’ignorance surprend, que le jugement circonvient, que la gloire du monde séduit, que le temps abandonne, que l’âge modifie, que l’enfance rend hébété, que la jeunesse jette à bas, que la vieillesse fracasse? Se fâcher de colère, s’indigner de fureur contre cette infirmité, ce n’est pas le fait d’un Créateur miséricordieux mais d’un Juge intraitable.
Aie pitié de moi, Seigneur, parce que je suis infirme. Que veux-tu alors ? Guéris-moi, Seigneur. Le prophète réalise l’état de sa blessure, il sent la morsure du serpent antique, il découvre la ruine du premier parent, il reconnaît avoir hérité de ces infirmités à la naissance. Et parce que la science humaine était incapable d’éliminer la mort, il se voit dans l’obligation de solliciter une médecine divine. Et pour obtenir plus facilement la guérison de sa maladie, il en déclare la cause , il en décrit les symptômes, il en expose la grandeur, exprime l’intensité de la douleur. Guéris-moi, Seigneur.
Pourquoi ? Parce que mes os sont troublés. Les os portent toute la structure du corps. Et si les os sont ébranlés, quelle stabilité existe donc pour les membres ? Quelle force dans les nerfs? Où est la substance misérable de la chair ? Les os s’ébranlent, mes frères, par le poids des péchés, par la peur de la mort, par la terreur du jugement. Ecoute le Prophète s’exprimer ainsi en un autre endroit : Il n’y a pas de santé dans ma chair en face de ta colère, il n’y a pas de paix dans mes os à la pensée de mes fautes. Et puis après :
Mon âme est remplie d’illusions, et il n’est pas de santé dans ma chair. Il a donc raison d’ajouter : Et mon âme est grandement troublée. Entre les préceptes de Dieu et les passions du cœur, entre les vertus et les vices, entre la prospérité et la calamité, entre les péchés et les récompenses, entre la vie et la mort, mon âme oscille et ballotte. . Je suis dans une armée rangée en bataille, supportant l’assaut, recevant des blessures, rarement debout, frappé mortellement par les sens, troublé dans l’âme. Elle est profondément troublée, l’âme, parce que, alourdie par le poids de la chair, elle devient captive des vices avant d’aller à la vertu. L’Apôtre décrit ces guerres en disant : La chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair. de sorte que vous ne faites pas ce que vous voulez faire. Et ailleurs : Je vois une autre loi dans mes membres qui répugne à la loi de mon esprit, et me rend captif de la loi du péché. Le bienheureux prophète, alléguant donc ces infirmités, ces guerres, ces troubles de l’âme, implore Dieu en ces mots : Et toi, Seigneur, jusques à quand ? Ce qui signifie : Combien de temps supporteras-Tu cela ? Pendant combien de temps feras-Tu Celui qui ne voit pas ? Combien de temps attendras-Tu avant de nous venir en aide? Pendant combien de temps permettras-Tu que ton œuvre se détruise, que ton image se défigure, que périsse ta créature ? Où donc est ton Christ annoncé dans de fois dans la loi, que les prophètes nous ont promis de plusieurs façons ? Qu’Il vienne, qu’Il vienne, de peur que, s’Il attend que périsse le monde, Il ne trouve dans le monde plus rien à restaurer. Qu’il vienne pour enlever le péché, abolir la mort, détruire l’enfer, rendre la vie, donner le ciel, pour que la tache terrestre ne puisse plus trouver en nous où polluer .
Que c’est ce que demande le prophète, le prochain verset le montre : Tourne-toi vers moi, Seigneur. L’homme parle ainsi à Dieu, le coupable au Juge, celui qui a déjà été adjugé au vendeur à l’encan. Tourne-toi vers moi, Saigneur. (Convertis-toi). L’homme pèche, et c’est Dieu qui dont se convertir ? En toute vérité, mes frères, parce que, selon le prophète : Il porte nos péchés, et souffre pour nous. Et le bienheureux Jean-Baptiste a dit : Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde.
Il reçoit le péché pour l’enlever, non pour le conserver. Tourne-toi vers moi, Seigneur. Convertis-toi. Comment ? Où ? De Dieu en homme, de maître en esclave, de juge en père, pour que sa conversion t’enseigne plus et mieux que sa puissance ne te menace de choses terribles. Tourne-toi vers moi, seigneur, libère mon âme. Des profondeurs de l’enfer. Sauve-moi à cause de ta miséricorde. Non à cause de mon mérite, que la lassitude affaiblit, que diminuent nos gémissements, que la colère obscurcit, que l’ennemi combat. Mais pour nous faire comprendre plus clairement cela, le saint prophète chante sans arrêt : Sauve-moi à cause de ta miséricorde. Pourquoi ?
Parce qu’il n’y a personne dans la mort qui se souvienne de toi, personne qui te loue dans l’enfer. J’ai travaillé dans mon gémissement, je laverai mon lit de mes pleurs pendant chacune de mes nuits. Je mouillerai ma couche de mes larmes. Voilà ce que disait saint David au sommet du pouvoir royal. Il a exercé, lui, la plénitude du pouvoir royal en conservant la sainteté de l’esprit et la grâce du prophète. Et nous, ayant mérité toute la colère de Dieu, nous ne savons dire : Seigneur, ne me condamne pas dans ta colère. La terre refuse de donner des fruits, le ciel, un climat tempéré, l’air, la salubrité. La peste est répandue partout dans les villes, dans les campanes, surgit un grand nombre de maladies mortelles de différentes espèces, et malgré tout cela, nous ne disons pas : Seigneur, ne nous condamne pas dans ta fureur, ne nous châtie pas dans ta colère. Le roi David, après ses triomphes militaires, occupait ses jours et ses nuits dans des larmes et des gémissements. Nous qui sommes sous la menace d’un glaive ennemi, nous n’avons pas de temps à donner à Dieu, nous n’avons pas de larmes à répandre devant Lui, en cette heure. Mais nous nous livrons et nous nous adonnons continuellement aux rapines, aux fraudes, aux parjures, aux malversations, aux extorsions , de sorte que nous irritons de plus en plus la colère de Dieu, en l’alimentant par nos vices. Venez, mes frères, venez avec le Prophète.
Venez, adorons-Le, avançons-nous vers Lui, et pleurons devant le Seigneur qui nous a faits. Venez, disons : Seigneur, ne nous condamne pas dans ta colère, et ne nous châtie pas dans ta fureur. Pour que se souvenant de sa miséricorde, Il change la colère en miséricorde, rende ce qui a été perdu, libère ce qui est au pouvoir de l’ennemi. Et enfin, qu’Il nous enseigne de Le servir dans la joie, Lui qui vit et règne dans les siècles des siècles.
46ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Comme une source d’eau froide réjouit et rafraichit le voyageur altéré qui souffre terriblement nde la soif, il en est de même pour nous qui, accablés de tristesse, nous affaissons sous le poids des tribulations : le chant de la voix prophétique nous invite aujourd’hui à la joie.
Venez, est-il dit, exultons dans le Seigneur. Venez! Où ? ou : A partir d’où ? A partir de toi-même vers toi-même, là où ce n’est pas le changement de lieu mais la conversion qui repousse les ennemis de la joie , qui met en fuite le découragement, rejette le désespoir, apaise les angoisses, et qui pénètre dans le secret d’un cœur sincère pour préparer la demeure éternelle de la joie divine. Exultons dans le seigneur. Et où est-il écrit ? Bienheureux ceux qui pleurent, ou malheur à vous qui riez ! Tout à fait heureux ceux qui pleurent dans le monde, et malheur à ceux qui rient dans le monde ! Mais heureux ceux qui exultent dans le Seigneur, qui sont étrangers aux vols, aux fraudes, qui ne savent pas se réjouir des larmes du prochain. ! Exultez dans le Seigneur ! Il exulte dans le Seigneur celui qui, en parole et en acte, exulte non pour lui mais pour son Auteur. Exultons dans le Seigneur. Il exulte dans le Seigneur celui dont Dieu seul est toute la joie. Réjouissons-nous en Dieu, notre Sauveur. Ce n’est pas là la voix des brebis, mais du Pasteur, qui par une douce jubilation et une harmonieuse cantilène, mène ses bêtes aux pâturages, ou repose son troupeau fatigué à l’ombre d’un orme. Il lui arrive de condescendre à leur désir de plantes plus salubres en les exhortant à gravir des collines, ou, au contraire, de descendre dans les vallons de toute urgence. Mais heureuses sont ces brebis qui accueillent la voix de leur pasteur, qui le suivent, le nourrissent et se regroupent à son appel. Elles se réjouissent de leur vrai pasteur, et remuent ciel et terre pour donner au Seigneur de leur troupeau une progéniture.
. Prévenons sa face dans la confession. Et qui prévient le spectateur des péchés, le scrutateur des cœurs, le connaisseur des pensées, Celui qui est la récompense de l’avenir et qui est toujours présent partout ? Mais on doit le prévenir non par la proximité corporelle, mais par la sagacité de l’esprit. Non par la vitesse des pieds, mais en anticipant l’hommage de notre confession. Mais il n’a pas dit seulement : Prévenons-le, mais prévenons sa face dans la confession.
Tant qu’il y a encore lieu d’espérer en sa miséricorde, tant que dure le temps du pardon, tant qu’il est possible de faire pénitence, confessons-nous au Père pour ne pas avoir à affronter le Juge. Révélons à la Miséricorde ce que nous avons fait, de peur d’être obligés de découvrir à la Sévérité ce que nous avons caché. Disons au bon moment nos fautes à l’Indulgence, de peur de recevoir la sentence de condamnation. Pourquoi en dire davantage, mes frères ? Ce n’est pas le juge mais le jugement que le prophète très clément nous exhorte de prévenir.
Et dans des psaumes, est-il dit, jubilons en lui, afin qu’on ne croie pas que soit irrationnelle la joie prescrite à nos coeurs.
Jubilons dans des psaumes. Pour que dans les psaumes résonne le sacrement divin, et tout ce qui entraîne les âmes des auditeurs à progresser dans la voie du salut. Parce que Dieu, est-il dit, est un grand Seigneur. Ici il révèle le sacrement du corps du Seigneur, parce que, même dans notre corps, Dieu est un grand Seigneur. Et un grand roi au-dessus de tous les dieux. D’après ceci : Qui sera semblable à Dieu parmi les fils de Dieu ? Parce que toutes les vertus célestes qui en régissent d’autres sont régies par le Christ. Parce que dans ses mains sont tous les confins de la terre. Car les choses qui sont dans la main de Dieu ne peuvent subsister si elles outrepassent leurs limites, transgressent leurs frontières. Mais si nous, chrétiens, nous désirons rappeler des choses disparues , nous demandons à Dieu avec les ressources de la foi, ces choses que nous avons perdues en L’offensant. Et par la propitiation de Celui qui donne et enlève comme Il veut, elles reviennent plus amples qu’auparavant. S’Il ne pouvait pas les restituer, Il ne serait pas tout-puissant. Il fait beaucoup de choses à l’instigation de sa magnificence, et pour nous donner un exemple d’amendement et de correction. Notre Roi n’a pas besoin de secours de l’étranger, et ne reçoit pas d’aide de l’extérieur.
Parce que la mer lui appartient, c’est Lui qui l’a faite, pour que vous ne pensiez pas qu’elle a été explorée, découverte et non créée par Dieu.
La mer est à Lui, c’est Lui qui l’a faite, et ses mains ont formé la terre. Où sont-ils donc ceux qui s’imaginent que Dieu a formé le monde à partir de la matière, et surtout à partir de l’eau ? Notre Dieu dans le ciel et sur la terre a tout amené à la perfection à partir du néant, non comme un découvreur mais comme un créateur de la matière. Venez, est-il dit, adorons-le.
Ce qui suit laisse croire aux ignorants que le prophète a vite oublié son exultation, puisqu’il convie aux pleurs ceux qu’il venait tout juste d’inciter à la joie. Venez, adorons-Le, prosternons-nous devant Lui, et pleurons devant le seigneur qui nous a faits. Il avait dit : Venez, exultons. Ce prophète veut que nous versions avec lui des larmes de joie, car les larmes coulent avec abondance autant dans les grandes tristesses que dans les grandes joies. Toutes les deux manifestent et extériorisent le sentiment intérieur. Après avoir connu le vrai Dieu, celui qui se prosternait devant les pierres et devant les arbres veut que nous adorions Dieu, que nous nous prosternions devant Lui , et que, en versant des larmes, nous Lui rendions le constant hommage de notre dévotion.- ce que nous avons négligé de faire pendant longtemps. Le prophète pleure quand il se repent du passé, se réjouit du présent, et craint pour le futur. Que les larmes aient été des larmes de joie parfaite, ce qui suit le démontre : Venez, adorons-Le et prosternons-nous devant Lui, et pleurons devant le Seigneur qui nous a faits. Et comme si on demandait : pourquoi ? Il en explique le pourquoi, il en donne les raisons : Parce que c’est Lui qui est notre Dieu, et nous, le peuple de son pâturage, et les agneaux de son troupeau. Autant il est dévot s’il se réjouit de cela, autant il est ingrat s’il s’en contriste. Mais écoutons plus attentivement sa mise en garde : Si vous entendez aujourd’hui sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs, comme au jour de l’irritation, comme au jour de la tentation dans le désert, où vos pères m’ont tenté. Ils ont constaté et ont vu mes œuvres. Pendant quarante ans, j’ai été proche de cette génération, et j’ai dit : ils errent toujours dans leur cœur. Ils n’ont pas connu mes voies et j’ai juré dans ma colère qu’ils n’entreraient pas dans mon repos. Quand Il dit aujourd’hui, c’est toi qu’Il désigne, c’est à toi qu’Il parle. Qui que tu sois, tu es un auditeur. Après avoir entendu sa voix, garde-toi bien de commettre la faute du mépris, le crime de contumace, si ni les préceptes ni les exemples ne t’ont corrigé. Car, à ce sujet, il a raconté dans un long développement la dureté judaïque, pour te rendre plus prudent, toi avec qui Dieu ne cohabite pas et ne séjourne pas seulement pendant quarante ans, mais se manifeste pendant toute ta vie, et combat pour ton salut.
47ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Le Christ notre Dieu en faisant le ciel, la terre , la mer et les nombreuses, magnifiques et variées créatures qui les habitent a donné des preuves admirables de sa puissance. En revêtant la nature humaine, en agissant en tant qu’homme, en entrant dans le temps, en traversant les divers âges de la vie, en enseignant avec une parole humaine, en guérissant avec sa vertu, en racontant des paraboles, en donnant des exemples, Il a fait pencher la balance de notre cœur vers Lui, et a montré que se trouvait en Lui une charité ineffable débordante de tendresse humaine. . Voilà pourquoi Il illustre les réalités célestes avec des exemples terrestres; Il nous fait goûter les choses futures au moyen des présentes, et fait comprendre les choses invisibles par des démonstrations visibles. Le prouvent les paraboles que nous propose aujourd’hui la lecture de l’Evangile. Le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche des perles de grand prix. Après en avoir trouvé une, il s’en retourne, vend tout ce qu’il a, et l’achète.
A l’audition de cette parabole, personne n’est choqué par le mot marchand.. Le marchand dont on parle est quelqu’un qui est miséricordieux, non par quelqu’un qui ne donne toujours que les profits de ses exactions . Il distribue les parures des vertus, non les stimulants des vices. Il affecte la gravité des mœurs, non la dureté des pierres. Les bijoux qu’il porte ne sont pas le fruit de l’usure mais de l’honnêteté. Il ne met pas sa joie à faire parade des différentes sortes de volupté, mais dans les marques distinctives de la discipline. Ce marchand donc propose les perles du cœur et du corps non comme un commerce humain mais un exercice divin., non pour un avantage présent, mais pour négocier le futur. Non en vue de la gloire terrestre, mais de la céleste. Et cela, dans la mesure où il peut acheter le royaume des cieux en récompense de ses vertus, et racheter la perle de la vie éternelle au prix d’un grand nombre de biens terrestres.
Le Seigneur ajoute une autre comparaison : Le royaume des cieux est aussi semblable à des filets que l’on jette à la mer, et qui se remplissent de poissons. Quand ils sont pleins, on les ramène au bord, et assis sur la grève, les pêcheurs choisissent les bons qu’ils mettent dans des barils, puis rejettent les mauvais. Le royaume des cieux est semblable à des filets jetés à la mer. Cette parabole nous fait comprendre pourquoi le Christ a choisi des pêcheurs pour l’apostolat, et comment, de preneurs de poissons, Il a fait des pêcheurs d’hommes. Il voulait donner un type du jugement divin par le métier de la pêche. La pêche capture les poissons sans discrimination, mais le tri met les élus dans des barils. C’est ainsi que l’appel divin rassemble les justes et les injustes, les bons et les mauvais. Mais l’élection divine fait la distinction entre les bons et les mauvais. Le royaume des cieux est semblable à des filets jetés à la mer.
Le Christ a envoyé ses pêcheurs, i.e. Pierre, André, Jacques, Jean et ceux qui pratiquaient ce métier, à la mer de ce siècle gonflé d’orgueil, enflé par la hauteur de ses prétentions , agité par les sectes, fluctuant par l’ignorance, bruyant de rixes, frémissant de colère, sinistre de perfidie, qui a fait le naufrage du péché et est descendu dans les abîmes de l’impiété. Venez, suivez-moi, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Il envoya donc ses pêcheurs portant des filets noués avec les préceptes de la loi et de l’évangile, frangés d’avertissements, agrandis et élargis par les dons des vertus et de la grâce, réunissant sans fin dans le sein évangélique la capture.
Cela se produit de notre temps, mes frères. Les filets sont tirés de l’eau, maintenant, chez toutes les nations et les peuples chrétiens, et capturent des êtres humains sans aucune discrimination par toute la terre. Mais la fin du monde est proche, et au rivage du jugement, les filets apportent les poissons de notre pèche, i.e. des hommes. Ils ont vagabondé avec férocité et sans frein jusqu’aux bas fonds, mais décontenancés par la sécheresse du littoral, i.e., troublés par la proximité de la fin, ils se heurtent les uns les autres. Ils avaient constaté que les nations impies prospèrent et triomphent , que les peuples chrétiens sur toute la terre sont enferrés captifs dans l’angoisse de leur âme, que les impies se réjouissent de leur prospérité, que les pieux sont foulés aux pieds par une succession continuelle de maux, que les maîtres sont asservis, que les esclaves dominent leur maîtres, que les fils se rebellent contre leurs parents, que le vieillard est méprisé par les jeunes, que tout s’est effondré : l’ordre social, la supériorité que donnent la naissance, les offices, les dignités et le talent. Les choses étant ce qu’elles sont, elles ne perturbent pas les forts, mais les faibles. Elles ne peuvent pas troubler les forts parce qu’ils puisent leurs forces dans la parabole, leur courage dans la comparaison. Tirés des profondeurs de l’eau, les poissons tournent sur eux-mêmes sur le littoral de leur confusion, mais le tri dont on a déjà parlé rejette les mauvais et choisit les bons. Ce mélange passager de bons et de mauvais, et qui va bientôt passer, n’apporte pas le trouble. Ainsi en est-il du tri suprême qui envoie les méchants aux peines, qui s’empare des bons pour les porter aux nues, conduit les impies dans le tartare, et transfère les pieux au royaume. Les pères, les vieillards, les justes et les élus seront consolés de leur brève abjection et court avilissement par une gloire perpétuelle. Cette parabole démontre cela en disant : A la consommation du siècle, les anges sortiront, et sépareront les mauvais du milieu des justes.
A la consommation du siècle.
Celui qui croit à la consommation du siècle, qui est causée par la dégradation du monde,- qui a confiance que le jugement suivra, pourquoi cherche-t-il à posséder des choses transitoires ? Mes frères, le monde tire son principe de la fin. La créature est renouvelée par la fin, elle ne cesse pas d’exister. Le monde ne s’éloigne pas du Créateur mais du crime. Les éléments prennent fin non pour les justes mais pour les pécheurs. A la consommation du monde, les anges sortiront pour séparer les justes. Personne ne doute que c’est pour les saints que les anges apparaîtront, ces saints à qui le Christ a promis de faire honneur, car c’est Lui qui a dit : Je me ceindrai, et je vous servirai. Les anges sortiront et sépareront les mauvais du milieu des justes. Justes, concédez , accordez une trêve, car ce bref amalgame de bons et de mauvais sera compensé par une longue séparation. Ils sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise de feu. Voilà la demeure que se sont choisie ceux qui expulsent leurs voisins, qui mettent à la porte les hôtes; voilà quelles délices ils se préparent par la faim du pauvre et les souffrances des autres. Leur plaisir d’un moment leur a allumé un feu Là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Il grincera des dents là-bas celui qui a ri d’un mauvais rire ici-bas.. Et celui qui se réjouit des maux du pauvre pleurera sur les biens accordés aux pauvres. Car il aurait pu se réjouir avec le pauvre, mais il ne l’a pas voulu. Vous qui restez fidèles, réjouissez-vous toujours dans le Seigneur !
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48ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Voulant aujourd’hui raconter la jalousie du peuple Juif à l’endroit de Jésus, l’évangéliste commence ainsi : Jésus vint dans sa patrie, et il leur enseignait dans leur synagogue. Ils furent saisis d’étonnement et dirent : D’où lui vient cette sagesse et cette vertu ? N’est-ce pas là le fils du menuisier? Sa mère n’a-t-elle pas pour nom Marie, et ses frères ne s’appellent-ils pas Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’où lui viennent donc toutes ces choses ? Les nuages n’obscurcissent pas autant le ciel, la nuit le jour, les ténèbres le soleil, que l’envie n’aveugle et n’enténèbre l’entendement. Le prouve cette jalousie judaïque, qui s’admire la sagesse du Christ, s’étonne de son pouvoir, porte aux nues ses œuvres, écoute avec attention ses paroles, mais met l’accent sur les noms de ses parents humains, de peur de voir en Lui la divinité, de peur de reconnaître en Lui la déité.
Jésus est venu dans sa patrie. Que personne ne s’étonne si le Créateur de toutes choses , le Seigneur des cieux, le Dieu de tous les êtres, obtient du sort un lieu et une patrie, puisqu’Il s’est enfermé dans un utérus, a réduit sa grandeur aux dimensions d’un berceau, puisqu’Il a été allaité au sein, puisqu’Il a été porté dans des bras, puisqu’Il ne mesurait pas plus d’une brasse. Pour soulager les hommes de leurs misères et de leurs contraintes humaines, Il s’en est fait don, Il se les a appropriées. Ce faisant, Dieu s’est déposé Lui-même pour toi; en agissant ainsi, Il marche sur tes traces. C’est par ces faiblesses humaines qu’Il te recherche sans cesse. Pour qu’Il réforme par l’exemple Celui qu’Il a formé en le façonnant. Pour que celui que sa justice avait rejeté, son amour le rééduque, et pour qu’Il conserve en Lui celui qu’Il voyait dépérir en dehors de Lui.
Jésus vint dans sa patrie, et il leur enseignait dans leur synagogue. Pas dans Son temple, mais dans leur synagogue. Ne pouvaient pas être Son temple les synagogues dans lesquelles s’assemblaient les foules de la perfidie, non celles de la foi . Où se réunissait le peuple de la jalousie non de l’amour. Où siégeait le conseil des méchants, non le conseil de la bonne discipline. Il enseignait dans leurs synagogues de façon à susciter leur admiration. Leur étonnement provenait de l’indignation, non de la grâce. Leur stupéfaction ne provenait pas de l’admiration mais de l’envie. Ils enrageaient, parce que ce qu’ils ne pouvaient pas savourer des banquettes de leur orgueil, ils auraient pu l’accepter s’ils s’étaient tenus humblement debout. De telle sorte qu’ils étaient dans un grand étonnement et qu’ils disaient : D’où lui vient cette sagesse ? C’est ainsi que parle celui qui ignore le Dieu de qui procède la sagesse et la vertu. C’est ainsi que parle celui qui ne sait pas que le Christ est la sagesse de Dieu, la vertu de Dieu.
Salomon a démontré d’où vient la sagesse . Après avoir hérité de la puissance suprême dans sa jeunesse, il a voulu la sagesse qui vient de Dieu, afin de pouvoir régir le peuple à lui confié par la vertu et non le faste, par la sagesse et non par l’orgueil, avec le cœur et non avec le cerveau. Il l’a demandée, et il l’a obtenue. D’où lui vient cette sagesse et ce pouvoir ? Cette vertu qui donne des yeux que la nature n’a pas donnés, qui redonne l’ouïe obstruée par une malformation, qui libère les muets des entraves de la parole, qui fait courir les boiteux, qui force les âmes déjà enchaînées dans les enfers à retourner à leurs corps, cette vertu-là vient de Dieu . Seul celui qui est jaloux du salut peut le nier. Mais les Juifs savaient que les œuvres du Christ étaient d’une vertu divine, et qu’elles étaient impossibles à réaliser à un être humain. Mais le brouillard de la jalousie, la fumée de la malice obnubilaient la vue des spectateurs et leur cachaient la lumière du Christ, le temps de l’Evangile. Ils disaient : N’est-ce pas là le fils du menuisier ? Ils disaient : voici le fils du menuisier pour que l’art du Créateur soit caché par un vil art, et que le nom d’un métier voile le nom de la divinité. Le Christ était le fils de l’Artisan, mais de celui qui a fabriqué le monde non avec un marteau mais par un commandement; qui a agencé les membres non par la réflexion mais par un ordre, qui n’a pas formé la masse du monde par fusion avec du charbon, mais par son autorité. Qui n’a pas allumé le soleil avec un feu terrestre, mais avec une chaleur céleste. Qui a formé la lune, les ténèbres et la nuit et le temps. Qui a diversifié les étoiles par des lumières différentes. Qui a tout fait de rien, et a fait, o homme, que tu reconnaisses l’Artisan en admirant l’œuvre. Mais toi, Juif, tu décèles le fils du menuisier, alors que tu devrais récompenser le Fils de l’Artisan, pour tant de bienfaits. Tu n’acceptes pas les choses futures, parce que pour les choses présentes tu manifestes de l’ingratitude. N’est-ce pas là le fils du menuisier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ? De nouveau, Juif, tu cries le nom de la mère pour occulter celui du Père . Tu dis père sans indiquer son nom.
Tu l’appelles artisan, sans parler du son œuvre. Juif, ces choses t’incitent en erreur, mais elles ne feront pas trébucher pas les futurs croyants. Sa mère n’est-elle pas Marie, et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Judas ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? Si la mère, les frères et les sœurs sont parmi vous, ou-donc est le Père ? Il n’est pas avec vous, parce que Dieu hait les hypocrites, abandonne les envieux, s’éloigne des ingrats, Il ne permet pas aux cruels et aux impies d’habiter avec Lui. Et ses frères et ses sœurs ne sont-ils pas tous parmi nous ? C’est avec beaucoup d’astuce que tu exhibes des frères, que tu fais ostentation de sœurs, pour cacher la virginité de Marie sous plusieurs maternités, pour que soit entachée l’intégrité de sa virginité ; pour qu’on ne voie dans le Fils qu’un être humain comme les autres, un homme qui n’a rien de divin. Juif, ceux que tu appelles frères et sœurs de Marie sont les enfants de la sœur de Marie, l’épouse de Cléophas , non de Marie, mère de Jésus. Et il appelle frères les neveux. C’est ainsi que le voulait la loi et le système juif de parenté . Ce n’est donc pas la virginité de Marie qui a enfanté ceux que l’on appelle " frères " du Christ, puisque Marie est demeurée vierge après l’enfantement. On ne désigne par là que le lien de parenté. Si la bienheureuse Marie avait eu d’autres fils, elle n’aurait pas été confiée au disciple au temps de la croix; à l’article de la mort, elle n’aurait pas été remise à un étranger.
La jalousie a rejeté l’ange du ciel et a chassé l’homme du paradis. C’est elle qui, au tout début, a contaminé la terre en versant le sang fraternel. C’est elle qui a poussé des frères à vendre leur frère.
C’est elle qui a fait fuir Moïse. Elle poussa Aaron à être injuste envers son frère. Elle a entaché Marie de l’envie de son frère. Et pour tout dire en une phrase, ce qui épouvante l’esprit, aveugle la vue, et assourdit l’ouïe-elle a ciblé le sang du Christ et l’a obtenu. L’envie est le pire de tous les maux. Ceux qu’elle a saisis ne peuvent pas être libérés.
Ceux qu’elle a blessés ne peuvent pas être guéris.
La jalousie est le venin des méfaits, le virus des crimes, la mère des péchés, l’origine des vices. Celui qui ne l’a pas vue voit le bien. Celui qui ne la connaît pas ne connaît rien du mal. Celui qui la fuit vit. On peut vaincre la jalousie par la fuite, on ne peut pas l’emporter sur elle dans une bataille rangée.
Mais écoutons ce que le Seigneur répond : Le prophète n’est sans honneur que dans sa patrie et dans sa maison. Le Seigneur est venu dans sa patrie et dans sa maison, parce qu’il est écrit : Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Il a donc raison de dire : Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie et dans sa maison. Avoir de la puissance au milieu des siens est une morsure, une brûlure. Exceller au milieu de ses citoyens, de ses proches est marquer au fer rouge la gloire de ses citoyens. Si les proches doivent honorer leur prochain, qu’ils misent sur la servitude. Et il ne fit pas là de grands miracles à cause de leur incrédulité.
Il n’y a pas de manifestation de pouvoir là où l’incrédulité ne le mérite pas. Et bien qu’Il trouve normal la reconnaissance, Il ne l’exige pas. Il s’indigne cependant quand au lieu d’honneurs on lui adresse des injures, parce que Dieu est béni et glorieux au-dessus de tout pour les siècles des siècles. Amen.
Même sujet que le précédent mais selon saint Marc
49ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue
A toutes les fois que l’Evangéliste raconte des choses humaines que le Seigneur saint a faites ou subies, il apporte le trouble dans les esprits comme fait un orage ou une tempête. Ceux qui ont l’esprit débile ne savent pas entendre, discerner et divulguer les mystères qui se rapportent au corps du Seigneur, comme la lecture d’aujourd’hui le montre en ces mots : Après être parti de là, Il vint dans sa patrie. Il sort de la façon dont il entre Celui qui n’est contenu ni enfermé dans aucun lieu. A quelle patrie va-t-Il Lui qui a fait la terre et possède l’univers ? Comme le dit le Prophète : A toi sont les cieux, et à toi est la terre. C’est toi qui as fait la terre et tout ce qu’elle contient. En vérité, Il ne sort pas de Lui-même pour aller vers Lui-même, mais Il sort par toi (dans ton humanité) et pour toi, et Il entre jusqu’à ce qu’Il te rappelle, toi qui a été expulsé; qu’Il te fasse entrer toi qui a été exilé;
et te ramène toi qui a été banni. Jésus s’éloigna en direction de sa patrie. Non pour se redonner à Lui-même une patrie, mais pour te redonner ta patrie qu’Adam avait perdue. Il s’éloigna en direction de sa patrie. S’Il est né, comment ne pourrait-Il pas être un homme ? S’Il est un homme, comment ne pourrait-Il pas être un citoyen ? S’Il est un citoyen, comment s’étonner qu’Il ait une patrie ? Parce que Celui qui est et qui était avant les siècles, notre Dieu, notre Père, a voulu naître dans les derniers temps pour que Sa miséricorde sauve ceux que Sa puissance avait créés, et que sa compassion récupère ceux que sa justice avait bannis. Tout ce que nous lisons que le Christ a fait ou subi ou supporté dans son humanité, nous n’entendons pas que ce fut au détriment de sa divinité, mais à la gloire de l’Homme-Dieu. Et ses disciples le suivaient. Ils avaient bien raison les disciples de suivre Jésus qui retournait dans sa patrie, eux qu’une telle élection et une si grande plénitude de grâce avaient fait citoyens de la patrie céleste, avaient inscrits sur le rôle d’évaluation du royaume céleste, conformément à la parole du Seigneur : Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux.
Et le jour du Sabbat, Il commença à prêcher dans la synagogue, et plusieurs de ceux qui l’écoutaient s’étonnaient de sa doctrine en disant : D’où lui vient tout cela, et quelle est donc cette sagesse qui Lui a été donnée ? Et tous ces prodiges opérés par ses mains ? Terrible et horrible méchanceté de la pensée juive, toujours plus prompte à contester qu’à croire. Les prodiges divins ne la sollicitent pas à croire, ne l’amènent pas à la foi mais à la calomnie, car elle n’a mérité que d’entendre la sagesse. Mais où se trouve une démarche inquisitoriale pointilleuse et malicieuse, qui croit facilement au mal et tient le bien pour suspect, la doctrine est méprisée plutôt qu’admirée.
Elle méprise les préceptes qu’elle approuve. Elle biaise et temporise dans le culte qu’elle doit rendre à Dieu, à cause de l’attirance qu’elle ressent envers les idoles. Elle est fermée aux choses divines, mais complètement tournée vers le bois et la pierre. Rebelle aux prophètes, mais se fourvoyant dans ce qui est contraire à la vérité, les augures mensongers.
A qui cela pose-t-il un problème qu’un aveugle voie? Qui peut être troublé par le fait qu’un mort ressuscite ? Où est la difficulté de croire qu’un muet parle ? Assurément, personne n’ignore que c’est par Dieu seul que toute l’infirmité humaine est guérie par un commandement . Moïse a fait plusieurs miracles, Elie a donné de grandes preuves de sa puissance, et Elisée en a fait autant. Pourquoi personne ne fait-il pas d’investigation sur l’auteur du miracle ? Pourquoi personne ne met-il pas en question l’évènement ? Pourquoi la curiosité et l’ingratitude ne font demander à personne : Qui étaient-ils ? D’où venaient ces prodiges, et par qui les faisaient-ils ? Jésus est le seul à être jugé, qui n’a pas voulu juger pour ne pas punir. On discute sur Lui avec une sévérité déplacée, Lui qui n’a rien demandé avant d’exercer sa miséricorde. Et , comme étant seul innocent, Il trouva tous les autres coupables, Il préféra se rendre aux raisons apportées par une immense piété, plutôt que de simplement abroger la sentence de condamnation. Et cela, pour rendre aux mortels la vie autrefois perdue, et restaurer ceux qui ont été tués. Il est vrai de le dire avec l’Apôtre : C’est un grand sacrement de piété que le Christ se soit manifesté dans notre chair. Mais cette animosité charnelle aiguise sa curiosité, elle dont la pensée est toujours ennemie de la vérité. Et elle n’accepte pas de croire en la divinité du Christ à cause de sa doctrine et de ses miracles, mais en s’appuyant sur l’affinité, la fraternité, la parenté, la proximité, elle se borne à ne voir, ne comprendre, ne reconnaître en Jésus qu’un homme, en disant : Celui-ci n’est-il pas le fils du menuisier et de Marie ? Ses frères ne sont-ils pas Jacques, Joseph, Jude et Simon? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? Caïphe a prophétisé d’une bouche profane, et comme il était grand-prêtre, il a vaincu le sens de la fausseté par sa fonction de vérité. Balaam prouve sa sentence non par son autorité de maître mais par sa condition d’esclave. Poussé par un bénisseur médisant et entraîné vers la méchanceté, il révèle tous les mystères de la vérité. Et comme une rose fleurit dans les épines, et comme sur des arbrisseaux hérissés germent des fleurettes d’un parfum merveilleux, de la même façon, les sens des pires hommes sont parfois attirés malgré eux vers ce qui est bien selon Dieu. Ce qu’ils disent ne provient pas de leur mérite mais d’un mystère céleste. C’est ce que nous voyons se réaliser dans la malice judaïque. Elle met en épingle le métier du menuisier Joseph, pour avilir la génération du Seigneur. Elle n’a d’yeux que pour la menuiserie. Mais en parlant ainsi, elle proclame et confesse la qualité de son vrai Père, quand elle dit :
Celui-ci est le fils du menuisier. Elle a su taire la personne en représentant le père par le métier, en disant non Joseph, mais fils du menuisier. Et qui est un Artisan comme Celui qui a fabriqué tout l’univers à partir du néant ? Ou quel est le meilleur Ouvrier que Celui qui est l’auteur de tous les métiers, qui les a produits à Lui seul ? Dis donc, Juif, fils de l’artisan pour nommer malgré toi le Fils de Dieu. Appelle-Le fils de Marie, pour que tu sois disposé à Le confesser comme vrai homme et Fils de la vierge. Dis frères, pour que tu prêches et professes la si grande dignité de ton Créateur. Et bien que, avec cela, tu t’efforces d’occulter les vertus de la sainte mère, la vérité de l’évangéliste démontre à souhait que ceux que tu appelles frères de Jésus sont les fils non de Joseph et de Marie, mais de Cléophas et d’une sœur de Marie du même nom. D’après la coutume en vigueur même de notre temps, le nom de frères est donné aux frères et aux fils des frères : on appelle frères les cousins. N’aurait-ce pas été contre l’ordre de la piété que Jésus ait confié du haut de la croix la mère du Seigneur à un étranger, i.e. Jean, si elle avait eu d’autres fils ? Mais Il a confié une vierge à un homme chaste, pour qu’il ne soit question entre eux que de ce qui se rapporte au sacrement, pour qu’ils ne soient réunis que par la seule religion. Pour qu’un tel disciple ne se préoccupe pas des évènements mondains.
Pour que, ayant à prêcher dans le futur l’enfantement virginal, il ait à la portée de la main de quoi convaincre les sceptiques. Jacques a régi de façon admirable l’église de Jérusalem au tout début de l’Eglise, et pendant que faisait rage la fureur judaïque. En sa qualité d’évêque, n’avait-il pas tout ce qu’il fallait pour prendre en charge une femme , et une mère si Marie avait été la sienne ? Le Seigneur ajoute avec raison : Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie. Voilà comment savent apprécier un prophète des citoyens charnels ! Voilà comment les parents mondains le reconnaissent et l’honorent ! Bienheureux celui qui mérite d’avoir Dieu pour Père ! Il ne désire rien en dehors de la patrie céleste.
50ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
La lecture d’aujourd’hui nous montre que dans ses actions humaines Jésus a accompli des mystères divins, et que par le moyen des choses visibles il a réalisé des oeuvres invisibles.
Il monte dans un bateau, traverse et arrive dans sa ville. N’est-ce pas Celui qui, après avoir chassé les eaux de la mer, en dénuda le fond, pour que le peuple Israélite traverse à pied sec au milieu de vagues immobilisées, creuses et rondes comme des montagnes? N’est-ce pas Celui qui a fait s’affaisser d’énormes vagues aux pieds de Pierre, pour préparer, par grâce, à ses pieds humains le secours d’un chemin liquide solide ? Mais pourquoi rejette-t-Il le service servile de la mer à son endroit pour faire une courte traversée sur un petit lac ? Il monte dans un bateau et traverse. Et qu’y a-t-il là d’étonnant, mes frères ? Le Christ est venu pour prendre sur Lui nos infirmités, et nous conférer ses vertus : chercher les choses humaines et apporter les divines; recevoir des injures et rendre des honneurs; supporter les dégoûts et rendre les santés. Car un médecin qui n’a pas eu à supporter des infirmités, ne sait pas comment les guérir. Et celui qui n’a pas été infirme avec l’infirme ne peut pas apporter la santé à l’infirme. Si le Christ s’était limité à faire des prodiges et des miracles , Il n’aurait eu rien de commun avec les hommes. Et s’Il n’avait pas vraiment assumé la condition humaine, son incarnation aurait été inutile. Il s’est donc soumis à ces nécessités, pour démontrer par les besoins humains qu’Il était vraiment homme. Il monte dans un bateau. Jésus monte dans le navire de son église pour toujours apaiser les flots déchaînés du monde, pour qu’une paisible navigation conduise dans la patrie céleste ceux qui croient en Lui , et pour faire citoyens de Sa ville ceux qu’Il avait fait participants de Son humanité. Le Christ n’a donc pas besoin de navire, mais c’est le navire qui a besoin du Christ, parce que sans pilote divin, il ne pourra pas parvenir au port céleste , voyageant en haute mer en grand danger de perdre la vie. Ce que nous venons de dire se rapporte à la compréhension spirituelle de l’évènement.
Tenons-nous en maintenant à la succession des évènements.
Il monta dans un navire, traversa et arriva dans sa ville. Le Créateur des êtres, le Seigneur du monde, après s’être enfermé pour nous dans notre chair, a commencé à avoir une patrie humaine, a commencé à être citoyen d’une ville judaïque.
Il commença à avoir des parents, Lui le Père de tous les parents, pour que l’amour invite, que la charité attire ceux que la toute-puissance avait mis en fuite; pour que l’affection convainque et que l’humanité persuade ceux que la crainte avait dispersés et que la justice avait bannis. Il vient dans sa ville, et voici qu’on Lui apporte un paralytique, étendu sur un grabat. Jésus regarda et vit leur foi. Puis il dit au paralytique : Aie confiance, mon fils. Tes péchés te sont remis. Le paralytique entend le pardon et se tait. Il ne remercie en aucune façon, parce qu’il recherchait plus la guérison du corps que celle de l’âme. Et il déplorait plus les misères temporelles d’un corps atrophié que les peines éternelles d’une âme paralysée, estimant la vie présente plus importante que la future. C’est avec raison que le Christ a eu égard à la foi des porteurs, et ne tint pas compte de la démence de celui qui était alité, pour que l’âme du paralytique soit guérie avant le corps par le suffrage d’une foi étrangère. Regardant leur foi. Vous voyez dans ce cas-ci , mes frères, que Dieu ne cherche pas les volontés de ceux qui sont déraisonnables, n’attend pas la foi des ignorants, ne scrute pas les désirs insensés des infirmes, mais Il n’a pas empêché que ce qu’Il conférait par la seule grâce soit une réponse à la foi d’un autre. Et en vérité, mes frères quand donc le médecin des maladies cherche-t-il à complaire à ses patients, quand l’infirme demande toujours et exige des choses contraires à sa santé ? Voilà pourquoi il présente et applique à ceux qui ne le veulent pas le fer, ou le feu ou un brevage amer, pour qu’une fois guéris, ils se réjouissent de la cure qu’ils ne pouvaient pas supporter quand ils étaient malades. Et si le médecin fait fi des injures, méprise les malédictions pour apporter de plein gré le salut et la vie aux malades et aux infirmes, à bien plus forte raison le Christ- médecin attire-t-Il malgré eux au salut par sa bonté divine, ceux qui sont infectés par les péchés, et sont atteints de la frénésie des crimes. O si nous voulions, mes frères, si nous voulions observer attentivement toute la paralysie de notre esprit, examiner notre âme privée des vertus étendue dans les sentiers des vices, il nous arriverait de comprendre comment le Christ regarde continuellement nos volontés coupables, nous attire aux remèdes salutaires, et nous harcèle malgré nous.
Mon fils, tes péchés te sont remis. En parlant ainsi, Il a voulu qu’on Le considère comme le Dieu que l’homme cachait aux yeux humains. Par les prodiges et les miracles, Il était comparable aux prophètes qui eux aussi, mais par Lui, avaient opéré des prodiges. Que pardonner aux péchés est une chose qui n’appartient pas à l’homme mais est une prérogative divine insigne , Dieu l’avait gravé dans les cœurs humains. La jalousie des Pharisiens en est une preuve : Tes péchés te sont remis. Les Pharisiens répondirent : Il blasphème! Qui peut remettre les péchés sinon Dieu ? Pharisien, toi qui ignores en sachant, qui renies en professant, tu réfutes en attestant. Si c’est Dieu qui remet les péchés, pourquoi le Christ n’est-Il pas Dieu pour toi , Lui qui par l’apport de sa seule miséricorde a enlevé tous les péchés du monde. Nous en avons la preuve. Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Pour que tu puisses comprendre de plus grandes marques de sa divinité, rends-toi compte qu’Il a pénétré le secret de ton cœur. Reconnais qu’il s’est introduit jusque dans les replis de ta pensée. Comprends qu’Il a mis à nu les projets camouflés de ton cœur. Et quand Jésus vit leurs pensées, il leur dit : Pourquoi ces mauvaises pensées dans vos cœurs ? Qu’est-ce qui est plus facile de dire : tes péchés te sont remis, ou bien : lève-toi et marche ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés, il dit au paralytique : lève-toi, prends ton grabat et retourne dans ta maison. Et il se leva et retourna dans sa maison. Le scrutateur des âmes prévient les pensées malicieuses, et donne la preuve de sa divinité en faisant un miracle. Il raccorde les membres épars de son corps, resserre les nerfs, emboite les os, complète les viscères, ajuste les articulations, et répare le pied pour la course dans le cadavre redevenu vivant de ceux qui étaient ensevelis. Prends ton grabat. Ce qui signifie : porte Celui qui porte, chante l’ambivalence de ton action, pour que ce qui est un témoignage de l’infirmité soit une preuve de la santé, pour que le lit de ta douleur soit le signe de ma guérison, et que la grandeur du poids du lit atteste la grandeur de la force reçue. Va dans ta maison, de peur qu’une fois guéri par la foi chrétienne, tu demeures dans les voies de la perfidie judaïque.
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51ème sermon de Saint Pierre Chrysologue
Parce que, plus qu’à l’accoutumée, nous avons été accablés par une chaleur intense, je me suis tu pendant un certain temps, de peur que la cohue qui naît du désir d’entendre n’engendre l’incendie d’une chaleur caniculaire. Maintenant que la température automnale a rafraichi l’air, nous revenons, avec l’aide du Seigneur, à la parole de Dieu. Quand un homme amenait au Seigneur, pour qu’Il le guérisse, son fils possédé par la fureur d’un esprit sourd et muet, l’évangéliste rapporte que le Seigneur, contrairement à sa patience habituelle, en fut tellement troublé qu’avant de partir pour délivrer le fils, Il songea d’abord à soigner la plaie du père. Quelqu’un de la foule répondant dit : Je t’ai amené mon fils qui a un esprit muet. A quelque endroit qu’il se saisit de lui, il le jette à terre et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai di à tes disciples de l’expulser, et ils n’en ont pas été capables. Jésus répondit et dit : O génération incrédule ! Quelqu’un de la foule répondant. Comment expliquer qu’un seul interroge, mais que tous sont blâmés ? Comment se fait-il que tous soient accusés d’incrédulité quand un seul a parlé ? Pourquoi, à la voix d’un seul, toute une génération est déclarée perfide et orgueilleuse ? Pourquoi ? Par qu’elle n’était pas venue vers Dieu mais vers le maître, et exigeait la cure non de la vertu divine mais de la science médicale. Parce qu’elle imputait le retard de la cure au soigneur, non à la vraie cause. En attribuant l’incapacité des disciples du Maître à l’inexpérience, l’envieuse jalousie des scribes, par une telle prétention, clamait au peuple sa satisfaction. Et j’ai dit à tes disciples de le chasser et ils n’ont pas pu. Ce qui revient à dire : Il y a un démon qui ne redoute pas le Christ. Il y a un démon qui possède plus de pouvoir que n’en possède le petit nom du Christ. Car les disciples chassaient les démons du corps des possédés, non en leur nom, mais au nom du Christ. Le fait que le démon ne cédait pas aux injonctions des disciples, la faute n’en revenait pas aux disciples mais à la faiblesse du nom du Christ. Voyant donc Jésus que les escadrons de Juifs qui l’entouraient pensaient ainsi, que la perfidie des pères se communiquait aux fils, que les germes empoisonnés pullulaient dans les pères : O génération incrédule ! Le Seigneur allant vers ses disciples vit près d’eux une grande foule, et les scribes qui discutaient avec eux. Et aussitôt tout le peuple en voyant Jésus fut étonné et accourut à sa rencontre. Les scribes craignaient que l’arrivée du Maître ne leur fasse perdre ce qu’ils avaient gagné en se moquant des disciples, et qu’une fois le démon mis en fuite, ce qui, à cause des disciples, leur fut un sujet de gloire leur devienne un sujet de honte. Voilà pourquoi Jésus répondit à l’interrogation d’un seul : O génération incrédule!
Combien de temps serai-je parmi vous ! A cause de leur incrédulité, aucun démon n’était chassé des corps des possédés. Combien de temps serai-je parmi vous ? Et je n’enverrai pas aux Gentils ? Là où à la voix d’un seul de mes disciples, les temples s’écroulent, les idoles s’enfuient, les autels sont ravagés, les statues fracassées, les feux des vestales éteints , et là où est muselée toute l’ancienne puissance des démons. La prophétesse gémissant et tremblant sur les sièges de la divination s’enfuit en criant. Les temples d’idoles sont métamorphosés en églises, les autels païens sont convertis en autels chrétiens, les victimes des taureaux morts sont transmuées en hostie vivante du cœur, les augures, les divinations et les songes en la seule volonté de Dieu. Combien de temps serai-je parmi vous ? Combien de temps aurai-je à vous supporter ? Ce n’est pas la difficulté de l’entreprise, son incapacité ou la peur de ne pas réussir qui le font souffrir : sa patience, sa miséricorde et sa confiance sont mises à rude épreuve. Il supporte cela, Il le prend sur Lui et Il attend, Lui qui veut le retour de l’impie et non sa perte.
Apportez-le moi. Comme s’Il ne pouvait pas guérir quelqu’un à distance !... Mais apportez la cause de votre incrédulité, la raison de votre infidélité, le document de votre perfidie.
Apportez-le.
Pour que vous qui n’avez pas voulu croire à l’enseignement de Dieu vous croyiez en la profession de foi du démon; et que vous compreniez que vous êtes pires que le démon, quand vous le verrez Le confesser, et redouter la présence de Celui qui le connaît. Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus l’esprit secoua violemment l’enfant qui tomba à terre et s’y roulait en écumant. L’homme se roulait, mais le démon était mis à la torture.
La cure tourmentait l’envahi, mais la majesté du Juge condamnait l’envahisseur. Le captif était accablé, mais l’ennemi était puni. La peine du démon apparaissait dans les tortures du corps humain. Il nous faut, mes frères, il nous faut la lumière de Dieu de peur que les yeux humains ne faillent à l’oeuvre divine. Et il interrogea son père. Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? Et il répondit : depuis son enfance.
L’auteur du temps s’enquiert du temps de la souffrance, le Médecin veut savoir la durée de la maladie. Non parce qu’Il l’ignore, mais pour que Celui qui le sait l’apprenne à ceux qui ne le savent pas. Par une telle interrogation, Il remonte le cours du temps, indique l’âge, et pointe l’enfance. Pour que la cause d’un tel mal n’accuse pas l’enfant mais le père, car le gage que Dieu lui avait donné il l’avait remis au bon plaisir du diable, à l’honneur des démons, au dire même de l’Ecriture : Et ils offrirent leurs fils et leurs filles aux démons. Pour que l’enfance loge en elle le démon, quel crime reconnaît-elle, quelle faute ? Mais les enfants sont remplis des démons quand ils sont offerts aux démons par leurs parents; ils sont remis par eux aux soins du diable. Vient un moment où il est libéré par la foi du père celui qui avait été lié par l’infidélité du père. Voici comment résonne la voix du père : Si tu peux quelque chose, aide-nous, aie pitié de nous ! Ce qui veut dire : aide-nous, aie pitié de nous, nous dont les crimes accablent l’innocent, nous dont la punition a rejailli en souffrance sur l’enfant. Et Jésus fait bien de solliciter la foi des parents en disant :
Si tu peux croire. Tout est possible à ceux qui croient. Et le père : Je crois, Seigneur, mais viens en aide à mon manque de foi. Le père a cru. Et comme nous avons dit, la foi du père a délivré celui qui avait été condamné par l’infidélité du père. Car celui à qui la foi du père a été avantageuse, comment son infidélité n’a-t-elle pas pu lui être nuisible ?
Comment a-t-il été guéri, pourquoi ses disciples qui avaient chassé plusieurs démons n’ont-ils pas pu chasser celui-là ? C’est ce que nous rechercherons avec l’aide de Dieu dans le prochain sermon.
52ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Le devoir d’un docteur est de commenter les lectures de la Bible, et d’élucider par un exposé limpide les obscurités mystiques, de peur que là où il pouvait et devait apporter une connaissance salutaire, une information insuffisante ne cause du dommage à l’auditeur. Voici donc à quoi ressemble la lecture d’aujourd’hui.
Et un de la foule répondant lui dit : Maître, j’ai apporté mon fils qui a un esprit sourd et muet. (Marc) Il n’a pas dit : j’ai apporté mon fils qui est sourd et muet, mais j’ai apporté mon fils qui a un esprit sourd et mauvais. La méchanceté spirituelle qui est étrangère à nos membres peut-elle être engouffrée dans les sens humains pour subir nos faiblesses et nos passions ? Elle ne pourrait pas voir à moins de passer par les fenêtres des yeux et les trous des oreilles ? Elle ne pourrait pas s’exprimer s’en proférer un discours avec la langue ? Et comment un esprit peut-il partager l’état misérable d’un sourd et muet, puisque sa nature ténue et aérienne ne connaît pas la chair, n’a pas besoin d’ossature, traverse toute la terre en une seconde comme un tourbillon, assume diverses apparences, se transforme de plusieurs façons, pénètre les cœurs, séduit les âmes, inspire les pensées impies et honteuses ? Il ne perçoit pas par les sens où il va et d’où il vient; et, tel un javelot volant, il transperce avec une grande facilité les âmes innocentes , et leur inflige une blessure mortelle. Il aurait peu importé que le père ait été le seul à le dire en suppliant le Seigneur, J’ai apporté mon fils qui a un esprit sourd et muet- si le Seigneur lui-même n’avait pas utilisé les mêmes mots en expulsant l’esprit impur : Esprit sourd et muet, je te l’ordonne, sors de Lui. Mais portons-nous vers les réflexions qui peuvent nous amener à solutionner cette question. Dieu qui va roussir les démons dans un incendie perpétuel, qui déjà, en personne, resserre leurs liens, les angoisse à la pensée des tourments qui les attendent, les oppresse de châtiments, peut à n’importe quel moment, les rendre complètement débiles, et rendre sourds, aveugles et muets ceux qui voient, entendent et parlent.
Mais en ce passage, est déclaré ce que le démon a fait à l’homme. Dès que l’apostat antique s’est aperçu que Dieu était venu sur la terre, il a obstrué les oreilles des hommes, s’est emparé de leur langue, et après avoir verrouillé les sens des humains sauvages, il s’est fait dans leur cœur un antre qui lui sert d’abri, et s’en est ainsi rendu maître, estimant que sans l’audition de la parole, la vertu du nom divin ne pourrait pas opérer. En même temps, comme il est rusé et sournois, il pensait pouvoir attraper le père et tromper les parents par un tel procédé, pour qu’ils désespèrent de la cure de qui ne pouvait ni entendre ni parler. Et pour qu’ils pensent que ce qui venait de l’action diabolique était une faiblesse humaine; pour qu’ils l’attribuent au sort, et rendent responsable la nature de ce que l’ennemi lové avait saisi. Ensuite, comme Matthieu le rapporte, il montre le père accablé par d’autres roueries de ce misérable. Car il le suppliait ainsi : Seigneur, aie pitié de mon fils, parce qu’il est un lunatique et est méchamment torturé..
Le démon a voulu que ce qui venait de ses artifices passe pour provenir de la nature humaine ou d’un astre, attribuant aux chars de Junon les passions humaines. Il vexait les corps par les croissants de lune, pour que l’on croie que vient de la lune ce qui procédait de la fureur criminelle du diable. C’est ainsi qu’il trompa les hommes, circonvint les ignorants, vitupéra la lune auprès des désoeuvrés, elle qui par sa lumière pâlotte ne peut pas brûler les hommes, mais est plutôt forcée de les aider en une servitude perpétuelle. Après la venue du connaisseur des choses cachées, du scrutateur très consciencieux des cœurs, à qui les pièges les mieux dissimulés du démon ne pouvaient pas échapper, on amène l’enfant pour qu’il soit guéri par une prescription divine, pour que tout ce que le démon avait conquis soit délivré par le Christ. L’ennemi a agi de façon à ce que la possession diabolique paraisse être l’œuvre de la nature.
Mais pourquoi les disciples n’ont-ils pas pu l’expulser ? Parce que cet homme est présenté comme une figure du peuple des Gentils. Car selon l’Apôtre, le peuple des Gentils avait un esprit aérien de cette sorte. L’esprit de l’air qui opère maintenant dans les fils de l’incroyance. Le Gentil était donc sourd et muet, qui ne pouvait ni écouter la loi , ni ne pouvait confesser Dieu; il était dans le feu de la géhenne, lui qui était balloté toujours par les flots d’un gouffre amer. Il ne pouvait être guéri ni par les disciples ni par aucun être humain, car c’est le Christ depuis longtemps qui était appelé la vie et la rédemption des Gentils, la confession du salut, et l’accueil de la foi. Là donc où le commandement du Christ met le démon en fuite, les portes s’ouvrent, les chaînes tombent, la parole est rendue, l’ouïe revient, l’homme est réparé. Et il n’y a que le démon qui se lamente d’avoir été privé d’une possession durable. Voilà pourquoi , à son arrivée, par l’imposition des mains et l’exorcisme, il est d’abord purgé du démon, reçoit l’ouverture des oreilles, et peut comprendre la parole de la foi. Afin de pouvoir parvenir au salut en suivant le Seigneur.
[Hésitation de traduction entre Junon ou Lunon ds texte latin. Mais c’est sans conséquence pour le sens. Il s’agit de Junon. Il y avait un grand J majuscule et des voyelles qui pouvaient se rapporter à Junon. Il n’est pas impossible que le J ait été un l et soit la première du mot lune. On parle après explicitement du rôle assigné à la lune. Junon pouvait représenter symboliquement la lune puisque les philosophes grecs ou latins païens qui donnaient une explication naturaliste des dieux considéraient que Junon désignait la lune, et Jupiter le soleil. Que Junon y soit ou n’y soit pas, le sens demeure le même.]