Sermons (page 3)
53ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue
Bienheureux les pacifiques, dit l’Evangéliste, mes très chers, parce qu’ils sont appelés fils de Dieu.
C’est à juste titre que les vertus chrétiennes verdissent dans celui qui a l’harmonie de la paix chrétienne. La paix, mes très chers, est ce qui arrache l’homme à la servitude, ce qui fait d’un homme un homme libre. Elle fait que la personne change de condition aux yeux de Dieu : d’un serviteur, elle fait un fils; d’un esclave, un homme libre . La paix entre les frères est la volonté de Dieu, la joie du Christ, la perfection de la sainteté, la règle de la justice, la maîtresse de la doctrine, la gardienne des mœurs, et une louable discipline en toutes choses. La paix est le suffrage des prières et le garant des supplications. Elle est un chemin impénétrable, la plénitude rêvée de tous les désirs. La paix est la mère de la dilection, le lien de la concorde, et le signe évident d’une âme pure. Elle exige de Dieu pour elle-même ce que Dieu cache. Elle demande tout ce qu’elle veut et reçoit tout ce qu’elle demande.
Des préceptes divins nous enjoignent de conserver la paix, selon ces paroles du Christ Notre-Seigneur : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce qui revient à dire : Je vous ai quittés dans la paix, je vous trouverai dans la paix. En partant, Il a voulu donné ce qu’Il désirait trouver chez tous à son retour. Conserver ce qu’Il a donné est un mandat céleste qui se résume en une seule phrase : Je trouverai ce que J’ai laissé. Planter la paix jusqu’à la racine est l’œuvre de Dieu; l’arracher complètement est l’œuvre de l’ennemi. Car comme l’amour fraternel vient de Dieu, de la même façon, la haine vient du démon. Il faut donc condamner les haines, parce qu’il est écrit : Celui qui hait son frère est un homicide. Vous voyez donc, frères très chers, pourquoi il faut aimer la paix et affectionner la concorde. Ce sont elles qui engendrent et nourrissent la charité. Vous savez que, d’après l’Apôtre, la charité est de Dieu. Il est donc sans Dieu celui qui n’a pas la charité. La paix du peuple, très chers, est la gloire du prêtre; la charité parfaite des fils est une joie pleine de paix. C’est le devoir du prêtre de dénoncer les manquements; le devoir du peuple est d’écouter ses exhortations. C’est le devoir du pasteur de prohiber tout ce qui n’est pas permis; c’est le devoir du peuple d’écouter et de vouloir s’amender. Si les deux remplissent leurs devoirs, tout va pour le mieux. . Dieu ne trouve pas alors dans le peuple de quoi punir, et le prêtre n’a rien qui le contriste. Conservons donc, mes frères, les préceptes, qui sont des préceptes de vie. Que la fraternité se maintienne dans les liens d’une profonde paix, et que le lien salutaire de la charité la fixe dans la dilection mutuelle, laquelle recouvre la multitude des péchés. Il faut donc tendre vers la charité de tous nos désirs, puisqu’elle possède autant de biens que de récompenses. Il faut garder la paix avant toutes les autres vertus, parce que Dieu est toujours dans la paix. Ne donnons pas d’occasion à l’ennemi, pour qu’il ne puisse pas semer de la zizanie dans le champ où le blé a été semé, de peur que le cultivateur insouciant, frustré de l’espoir de son long travail, ne perde lors de la maturité de la moisson les fruits escomptés. Ou de peur que le mélange de la lie avec un vin rendu plus savoureux par l’âge ne le transforme en une liqueur de perfidie. Ou que la douceur de l’eau miellée ne soit empoisonnée par l’amertume du fiel. Loin de nous les affrontements, loin de nous les rixes, loin de nous les malédictions! Parce que la langue du médisant et de l’hypocrite est un filet de mort, que chacun épargne son âme ! Qu’il ne s’attache pas avec les liens de la mort à son instrument de supplice! Aimez la paix et tout sera paisible. Pour que les joies que vous vous réservez soient pour nous des récompenses, et pour que l’Eglise de Dieu fondée sur l’unité de la paix garde une discipline parfaite dans le Christ. -
54ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Le bienheureux Evangéliste en décrivant tout dernièrement la vie d’un riche inhumain, a ému et affligé les êtres humains. Mais aujourd’hui, en relatant la foi et l’humanité de Zachée, il nous élève et nous attire à une joie céleste. Et étant entré, est-il dit, Jésus parcourait Jéricho. Pourquoi parcourait-Il la ville, et pourquoi ne marchait-Il pas ? Pourquoi ? Jésus traversait là où Moïse avait marché. Et le peuple que Moïse avait mis en route Jésus l’amenait vers le repos promis du séjour.
Il traversait (ou parcourait) Jéricho.
Jéricho est la ville que Josué a jetée par terre en jouant sept fois de la trompette. Mais comme Jésus est venu sauver ce qui périssait, il entre dans Jéricho, pour que ce que la terrible vocifération de la loi avait jeté par terre, la pieuse clameur de sa prédication le redresse. Jésus, est-il dit, étant entré, parcourait Jéricho. Et voici un homme du nom de Zachée, qui était publicain en chef, et riche. Le prince des publicains dans la cité perdue s’est vu assigné la principauté par son œuvre perdue. Le lieu, la personne et le bureau de percepteur manifestent la grandeur de la faute, pour que la grandeur du crime fasse resplendir la grandeur de Celui qui le remet. Et il cherchait à voir Jésus. Celui qui cherche à voir le Christ regarde le ciel d’où vient le Christ, non la terre où se trouve l’or. Le riche, donc, qui regarde en haut ne transporte pas son or sur son dos, mais le foule aux pieds. Son dos n’est pas affaissé par les richesses, mais il est allégé par elles. Et il se sert des richesses pour soulager la misère d’autrui par des largesses, non pour s’asservir à un amour désordonné des richesses. Car l’avare n’est pas le maître mais l’esclave des richesses. Et le riche miséricordieux prouve avoir autant de serviteurs qu’il a de deniers. Il cherchait à voir Jésus, et il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il avait une petite taille. Il était déjà passablement grand par l’âme celui qui semblait petit à cause de son corps. Car il atteignait les cieux par la pensée celui qui n’était pas à la hauteur des hommes. Que personne donc ne se soucie de la petitesse de sa taille, à laquelle on ne peut rien ajouter, mais qu’il mette toute son attention à ce que l’esprit soit éminent. Et courant en avant, il grimpa dans un arbre. Combien de mètres penses-tu qu’il a comptés avant d’atteindre les branches d’un très grand arbre ? Cet homme a méprisé la terre, s’est élevé au-dessus de l’or et a transcendé l’avarice. Il est monté au-dessus de toute la masse des richesses, pour que bondissant sur l’arbre du pardon, il saisisse les fruits de la miséricorde; et pour que, de l’observatoire de sa confession, il aperçoive l’Indulgent qui pardonne. Il grimpa dans un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.
Il a raison d’employer le mot passer, car le Christ n’était pas venu pour demeurer sur les routes humaines et dans les labeurs humains.
Quand Jésus fut arrivé au lieu, levant les yeux, il le vit. Comme s’Il n’aurait pas vu s’Il n’avait pas levé les yeux Celui qui, absent, a vu Nathanaël de loin sous le même arbre. Mais Il l’a vu. Il l’a vu pour lui apporter le pardon. Il a fixé ses yeux sur lui pour lui communiquer la grâce. Il l’a regardé pour lui donner la vie. Il l’a contemplé pour lui procurer le salut. Dieu ne cherche pas à connaître celui qu’Il voit comme s’Il l’ignorait, mais Il veut voir celui qu’Il connaît pour l’amener dans sa gloire.
Il le vit et lui dit :
Zachée, hâte-toi de descendre, car aujourd’hui, il me faut demeurer dans ta maison. S’il avait bien fait de monter, pourquoi lui est-il commandé de descendre ? L’Evangéliste a dit plus haut : Courant en avant, il grimpa dans un arbre. Le serviteur court devant son maître, car Zachée est monté dans l’arbre avant que le Dominateur ne monte sur la croix. Voici pourquoi on lui a dit : Hâte-toi de descendre. Si tu comprends la signification de ton geste, hâte-toi de descendre. Descends avant le Seigneur de l’arbre d’Adam, pour que tu montes après sur la croix de la passion du Seigneur. A moins que quelqu’un ne porte sa croix et ne me suive. Il n’a pas dit : ne me précède.
Descends donc, pour déposer le fardeau d’une si grande fraude, les poids de la cupidité, la masse des usures, le magistère du publicain, la principauté d’une exaction extrêmement cruelle. Une fois désencombré, tu entreras dans l’école de la pauvreté, dans le service de la miséricorde, dans la pratique de la vertu de piété, dans la discipline de la patience, dans l’exercice fervent des vertus, dans la science de la divinité, dans la maîtrise des passions, dans la philosophie qui prépare une bonne mort, pour que, quand tu seras parfait, tu montes dans les parties périlleuses de l’arbre de vie. Descends, car, aujourd’hui, il me faut demeurer dans ta maison. Celui dans la maison duquel le Christ n’entrera pas ne parviendra pas à la demeure divine. Et celui à la table duquel le Seigneur ne s’assiéra pas ne prendra pas place à la table céleste.
Il se hâta de descendre et le reçut tout joyeux. Il se réjouit parce qu’il reçoit Celui qui le reçoit, pait son Berger, parce que le coupable incite le juge à un verdict dicté par l’humanité, parce qu’en lui fournissant gratuitement le breuvage et la nourriture il en fait son débiteur. Et il advint que le publicain ne perdit pas son gain, mais le transmua.
A la vue de ce qui se passait, tous murmurèrent, disant : il s’est arrêté chez un pécheur. Et qui est sans péché ? Et si personne ne l’est, il se refuse à lui-même le pardon celui qui accuse Dieu parce qu’Il entre chez un pécheur. Quand Dieu recherche un pécheur, c’est l’homme qu’il recherche non les péchés.
Il le fait pour mépriser le péché qui est l’œuvre de l’homme, et ne pas perdre son œuvre à Lui qui est l’homme. Ecoute le Prophète qui dit :
Détourne ta face de mes péchés.
C’est-à-dire, de mes œuvres mauvaises. Et parlant de lui : Ne méprise pas les œuvres de tes mains. Quand le Juge veut pardonner, il regarde l’homme, non la faute. Quand le père veut se montrer miséricordieux envers son fils, il se rappelle l’ affection qu’il lui porte, non le délit commis par le fils. De la même façon, dans l’homme, Dieu se souvient de son œuvre, afin d’oublier l’œuvre de l’homme. Toi donc qui fais des reproches, qui murmures, parce que le Christ s’est arrêté chez un pécheur, qu’une telle visite te fasse saisir la voie du salut, un exemple de pardon, l’espérance en la miséricorde divine. Et que ce qui est pour toi une occasion de salut ne soit pas pour toi une raison de blasphémer , prends-y garde ! Où va le médecin si ce n’est chez le malade !....
Ce ne sont pas les gens en santé qui ont besoin de médecin, mais les malades et les infirmes. Et à quoi s’essouffle le pasteur si ce n’est à la recherche de la brebis perdue ? Quand un roi se mêle-t-il aux ennemis si ce n’est quand il veut libérer un captif ? Et celui qui perd une perle précieuse ne dédaigne pas d’entrer dans les lieux souillés, et n’éprouve pas de honte à la chercher lui-même dans le fumier. Dans quel précipice ne s’engage pas la mère à la recherche du fils? Et s’agissant de Dieu qui a créé l’homme à son image et à sa ressemblance on demande : pourquoi la charité du Créateur recherche-t-elle l’homme au milieu des péchés ? Tu te demandes en murmurant, ô homme, pourquoi Dieu cherche l’homme au milieu des péchés? Que feras-tu quand tu Le verras pénétrer, pour l’homme, dans les ténèbres elles-mêmes du Tartare ?
Ecoute, entre temps, ce qu’a opéré l’entrée du Christ chez un pécheur. Se tenant debout, Zachée dit . Vois comment il s’est redressé celui qui gisait. Nous gisons dans nos vices, et nous gisons oppressés. Que les bonnes œuvres nous fassent tenir debout; redressons-nous pour progresser. Se tenant debout, Zachée dit : je donne la moitié de mes biens aux pauvres. Celui qui dès ici bas transfère à la vie future la moitié de ses biens croit qu’il vaincra après la mort. S’il est vrai de dire que seul est parfait celui expédie d’avance là où il remportera la victoire, la totalité de ce qu’il possède ici-bas, celui qui donne la moitié de ses biens est quand même le compagnon des vertus, l’escorte de la prudence, le participant de la foi, car ce que l’homme laisse là, il ne le perd pas. Et en toute vérité, mes frères, comme celui qui transfère ses biens là-bas croit qu’il vit là-bas, de la même façon, il ne croit pas qu’il remportera la victoire à cause de toi celui qui ne prépare pas ici-bas ce dont il aura besoin là- bas. Car si nous sommes à peine capables de supporter la pauvreté temporelle, qui supportera d’être mendiant pendant toute l’éternité ? Quel soldat n’envoie pas à la patrie ce qu’il a conquis à la sueur de son front en se battant, pour que le labeur de l’adolescence assure une vieillesse agréable ? Et le chrétien pour qui la vie dans le siècle est un combat, pourquoi ne pourvoit-t-il pas à ce que les périls terrestres lui procurent la consolation d’un loisir céleste ? La façon dont doit se comporter le chrétien, Zachée le démontre par la parole et par l’exemple. Je donne la moitié de mes biens aux pauvres. Et si j’ai fraudé quelqu’un je lui rends le quadruple. Celui qui distribue les biens d’autrui dilapide plus en donnant qu’en volant. Il ne tarit pas les lamentations des pleureurs, mais les provoque. J’ose dire que celui qui offre à Dieu un bien acquis frauduleusement met le comble à ses crimes; il ne les expie pas. Car, dans de pareils dons, Dieu perçoit les dépouilles des pauvres, non des gestes de miséricorde. Il pleurera devant Dieu sans espoir de gagner sa cause celui que la plainte du pauvre dénonce justement. Voici la voix de Dieu : Si tu as pris la tunique de ton frère en gage, rends-la lui avant le coucher du soleil. Comme la lumière révèle le voleur, ainsi le soleil accuse les fraudeurs. Si nous voulons offrir à Dieu nos biens, si nous voulons posséder auprès de Dieu ce qui nous appartient, méritons nous aussi d’entendre ce que Zachée a entendu : Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison, parce que lui aussi est fils d’Abraham. Le riche inhumain qui est fils d’Abraham était devenu fils de la géhenne. Et bien qu’il ait été le fils de la rapine, en donnant ses biens et en restituant les biens d’autrui, il est devenu fils adoptif d’Abraham. Que personne ne pense cependant qu’en donnant la moitié de ses biens, Zachée a atteint le faîte de la perfection. Par la suite, il a donné tous ses biens et s’est donné lui-même à Dieu . Chargé de l’honneur de l’épiscopat, il est passé de l’opulence de la table du publicain à la table du corps du Seigneur. Et abandonnant les richesses frauduleuses du monde, il a trouvé dans la pauvreté du Christ les vraies richesses du monde.
55ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue Les préceptes de la loi, colligés en volumes et partout répandus, ne sont pas parvenus à nous gagner à l’amour divin, en raison de la dureté du cœur des hommes. C’est par des comparaisons et des exemples que s’insinue et pénètre insensiblement l’affection que Dieu porte aux humains. Qui parmi vous donnera une pierre à qui demande du pain à son père? Ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent à la place du poisson ? S’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes chose à vos fils, à plus forte raison, votre Père céleste donnera-t-il le bon esprit à ceux qui le demandent. Qui parmi vous donne une pierre à celui qui demande du pain à son père ? La charité ne connaît pas la dissimulation.. La bonté ignore la fraude.
L’affection n’accueille pas le mensonge. S’il est père, il ne peut pas ne pas aimer. S’il aime, il ne sait donner que ce qui est bon. Il renie le père celui qui suspecte sa générosité. Il ignore qu’il est fils celui qu’inquiètent les dons paternels. Il rejette la piété en totalité celui qui ne croit pas que lui est salutaire tout ce que le père lui donnera. Comment le père pourrait-il donner des choses mauvaises au fils, et non de bonnes choses lui qui est toujours prêt à supporter les maux que lui inflige le fils, qui ne refuse pas de mourir pour lui, et qui ne recule devant aucun danger ? Dieu donc t’a fait père.
Il a voulu que l’homme soit procréé par toi.
Bien que, t’ayant fait, toi, à partir de la terre, Il aurait pu en faire un grand nombre de la même façon. Mais Il a fait en sorte que, en engendrant, tu connaisses la grandeur de l’affection de celui qui engendre, et que tu éprouves en toi l’amour de ton Auteur, dans la mesure où, étant toi-même auteur d’enfants, tu t’efforces de leur consacrer toute ta vie et toutes tes énergies. Dieu n’a pas voulu seulement que tu ressentes en toi ce qu’est l’amour paternel, mais Il a voulu que tu le voies dans les bêtes sauvages, dans les bêtes à cornes et dans les oiseaux. Après les avoir faits de la terre par un seul commandement, Il a les a forcés par la suite à éprouver les peines de la génération , à changer de patrie, à s’emparer de lieux aptes à devenir des gites, à bien camoufler ou protéger le nouveau-né, à se consumer pour leur progéniture, à pourvoir à leur nourriture par un travail épuisant, et à ne pas refuser de s’exposer à la mort pour défendre leurs petits menacés de capture. Si donc l’exemple de l’homme ne suffit pas à te faire comprendre la sincérité de la charité paternelle, que te l’apprenne le comportement des bêtes sauvages, des animaux domestiques et des oiseaux. Si donc tu crois en Dieu, et Le reconnais Père, crois que t’est salutaire tout ce qu’Il te demandera et choisira pour toi . Il n’est pas permis de contester ce que te donne ta mère. Il ne t’est pas avantageux de récuser les avertissements de ton père. Le commandement du père peut avoir un aspect revêche, mais il t’est toujours utile et profitable. Ainsi en fut-il d’Abraham . Il crut dans la paternité de Dieu. Il ne s’arrêta pas à l’aspérité et à l’âpreté du commandement. Il reçut avec respect la circoncision. Il ne discuta pas les choses que le Père céleste ordonna, mais les jugea glorieuses. Un infanticide est pour lui un très grand crime, mais parce que c’est Dieu qui le commande, il remet tout à la piété. Quand Isaac vit au-dessus de lui le glaive du père, il s’en est réjoui, alors qu’il aurait pu regarder avec horreur et douleur son destin d’hostie. La fille de Jephté également, a accompli en mourant dans l’action de grâces, la promesse et le vœu de son père. Pourquoi donc celui qui connaît Dieu ergote-t-il au sujet des dons que lui faits Dieu, alors que le tout petit et l’innocent enfant demande à son père les biens présents et futurs, au lieu de prétendre les choisir lui-même ?
Mais poursuivons pour découvrir pourquoi Dieu nous donne de tels exemples. Qui parmi vous donnera une pierre à qui demande un pain à son père ? Il aurait pu dire : Qui donne de l’ivraie car elle se rapproche du pain et lui est semblable, même si elle donne des malaises. Mais le Christ était venu pour les fils, i.e., les Juifs, qu’Il se plaignait en ces termes d’avoir engendrés. J’ai engendré des fils et je m’en suis réjoui. Mais ils m’ont méprisé. Il était donc venu pour les fils. Il était venu le Pain du ciel qui a dit : Je suis le pain descendu du ciel. Mais pour les Juifs, Il a été changé en pierre d’achoppement, et en pierre de scandale, au dire du Seigneur : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement, et une pierre de scandale. Pourquoi une pierre ? Parce qu’ ils mettaient leur plaisir à mordre la pierre, non à demander du pain au Père.
Les chiens enragés m’ont entouré. Après qu’il ait été démontré que les Juifs, d’hommes qu’ils étaient, se soient transformés en chiens, le Pain céleste s’est transformé pour eux en pierre, non par l’impuissance du donneur, mais par la malice du destinataire. Ce pain ne les rachèterait pas, mais les tuerait.
Et placé à la base de l’édifice, le Christ ne les hisserait pas au sommet, mais les enfouirait dans les profondeurs de la terre, et entraînerait la ruine de ceux qui complotaient le meurtre de leur Père.
Il ajoute une autre comparaison. Donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson ? Le Christ était également un poisson pris du lit de la rivière du Jourdain, déposé sur les charbons de ses souffrances, qui, après la résurrection, a procuré aux siens, i.e. ses disciples, une nourriture salvifique. Mais, pour les Juifs, ce poisson s’est changé en serpent, au dire du Seigneur : Comme Moïse a élevé un serpent dans le désert, le Fils de l’Homme doit être élevé de la même façon. Les Juifs voyaient un serpent dans le Christ, parce que l’œil de l’impie ne peut pas voir Dieu; il ne peut pas voir sa miséricorde. Il a employé une troisième image. : S’il te demande un œuf, lui donneras-tu un scorpion ? C’est une coutume et presque un rite que les enfants demandent des œufs à leurs parents, et que les parents leur en donnent. Mais comme le Christ était venu rassembler les siens comme la poule rassemble ses poussins, il présenta l’œuf de sa parole, avec laquelle Il nourrirait son Eglise de saints germes. Mais parce qu’au lieu de s’en nourrir, le Juif voulait le gaspiller, il y découvrit un scorpion, d’après l’Apôtre : Le commandement qui devait les conduire à la vie, les a amenés à la mort.
Pour illustrer sa bonté, le Seigneur a présenté et expliqué trois exemples, comme les témoignages de trois témoins, pour nourrir chez les pieux la foi dans son amour, et pour confondre les impies. Si ces derniers n’ont pas reçu la grâce, ce n’est pas par manque de charité de la part du Père, mais par l’absence de leur charité à eux.
56ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Me troublerait la tempête subite et confuse d’un enfantement improvisé , et m’inquiéterait l’immaturité des rejetons si, à cause du relâchement des mœurs, par le vol à main armée du pauvre, et par des coups de poignard, ceux qui ont â naître cherchaient et attrapaient en naissant des profits instantanés. De là vient que souvent le bébé, méprisant la date limite du dixième mois, abandonne, dès le septième mois, l’exiguïté de sa première maison, et la déserte complètement, pour que, nouveau combattant, il se réjouisse de s’être évincé avant le temps, avant d’avoir payé jusqu’au bout la dette de sa servitude. Et si cela est permis à la nature humaine, qui pourra l’interdire à la nature céleste et divine ? Et que ne peut l’Esprit Saint si la chair peut cela? Ou comment la grâce spirituelle n’effectue pas ce que la fragilité humaine réalise et parachève ? Saint Paul n’a-t-il pas porté douloureusement atteinte à la voie et au cœur de notre mère, pour que par un tourbillon céleste et un violent ouragan il prévienne les temps où l’Eglise devait enfanter, et naisse subitement et sur le chemin, lui qui devait indiquer aux Gentils le chemin de la foi ? Il s’appelle avec raison un avorton, et s’étonne d’être né sans avoir été porté dans le sein pendant neuf mois. Car quand, encore ennemi, il tomba à l’extérieur du sein de la sainte mère, et quand, dans sa naissance même il recueillit des gages de vénération, il fut tout d’un coup transformé en un saint rejeton, lui qui était un des plus féroces persécuteurs de cette progéniture.
Même l’eunuque est régénéré par Philippe sur la route. Celui que la témérité humaine avait asservi à l’homme, la chasteté imposée l’avait accrédité dans le palais du roi. Mais la chasteté volontaire vouée à Dieu le promeut et le transfère dans la gloire du palais céleste, pour qu’il vénère et adore le Roi éternel.
Bienheureux celui à qui il est donné de ne pas perdre les médailles et les rubans du palais terrestre, mais de les échanger pour de plus précieux.
Cela, c’est la raison qui le dit, mes fils, pour que vous, que nous avons reçus tout tristes du sein de votre mère, nous vous rendions au comble de la joie en un seul instant. Ecoutez la foi, apprenez la prière. Empêchés par les circonstances, nous ne pouvons pas vous révéler le mystère, et vous ne pouvez pas non plus nous redire ce qui est transmis. Contentez-vous pour le présent d’apprendre les paroles du symbole. Au temps pascal, ces choses seront enseignées plus complètement, et vous pourrez pénétrer au cœur du mystère. Recevez ce que vous voulez, envahissez ce que vous désirez, car le royaume des cieux souffre violence, et ceux qui déploient de la force s’en emparent. Recevez ce que vous voulez. Et ce dont la violence peut s’emparer, la grâce le prodigue. Le seuil de la vie, la porte du salut, l’entrée de la foi l’enseigne à merveille une profession individuelle, innocente et pure, comme le dit le Prophète : Entrez par ces portes dans la confession. Ayant reçu le même genre d’avertissement, le Prophète demande l’entrée de la maison du Dieu qui parle eu lui, en disant : Ouvrez-moi les portes de la justice, et une fois entré, je confesserai le Seigneur. Vous voyez que ne peut pas confesser Dieu celui qui n’est pas entré dans cette demeure du salut et de la foi. La confession l’y introduit, l’apostasie l’en chasse. Mais écoutons comment nous devons confesser notre foi. L’Apôtre dit : On croit du fond du cœur pour obtenir la justice. La confession orale a en vue le salut. Et il montre ce que l’on doit croire. Si tu crois, dit-il, et si tu confesses le Seigneur Jésus dans ton cœur et de vive voix, tu seras sauvé. La foi du cœur obtient la justice, la confession orale se fait en vue du salut. Nous voyons ici, mes fils, un grand résumé de notre foi, car tout le sacrement du salut humain se joue entre le cœur et la langue. Tu as ici comment tu dois croire : croire avec le cœur pour obtenir la justice. Tu as comment tu dois professer : faire une confession orale en vue du salut. Et que dire ? L’homme qui se possède a tout en lui. Celui qui possède Dieu se possède . Il possède Dieu celui qui croit et professe que Dieu est son Auteur. Signez-vous ! La foi qui est captée par l’oreille est crue par le cœur, elle est dirigée vers le salut par la bouche, est déposée au plus intime de l’âme,. et doit être confiée aux richesses vitales de notre cœur. De peur que lorsqu’elle est écrite sans soin sur un parchemin, elle ne conduise pas des croyants à la vie, mais des perfides à la ruine. C’est en toi, homme, que tu dois conserver ce qui, à l’extérieur de toi, pourrait dépérir.
57ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Le bienheureux Isaïe, qui n’est pas moins évangéliste que prophète, déplore avoir les lèvres impures et habiter au milieu d’un peuple ayant les lèvres impures, en disant : Misérable que je suis ! Je suis tout troublé car, bien que je sois un homme et que j’aie les lèvres impures, et que j’habite au milieu d’un peuple ayant les lèvres impures, j’ai vu de mes yeux le Roi et Seigneur Sabaoth. Cet homme est foudroyé par une détresse inhumaine, parce que ce qu’il entend et voit de Dieu il ne peut pas en parler, il ne peut l’annoncer, il ne peut le déclarer. La chair se contracte, l’âme resserre les lèvres, seule la langue peut se faire pendant un bref moment l’interprète de l’esprit. Dans la chair, un feu séquestré halète, se vaporise dans les veines, enflamme les viscères, consume la moelle, incendie sans arrêt toutes les parties internes. Car ce que le mouvement passionné de l’âme contemple ne peut pas être exprimé par la bouche, ne peut pas être articulé par les lèvres, ni balbutié par la langue. En somme, il est absolument impossible d’en faire un exposé. C’est pourquoi Isaïe, quand il vit le roi du ciel qui est le Christ et perçut par une claire vision que c’est Lui qui était le Seigneur Sabaoth, déplora que ses lèvres et celles de son peuple étaient impures. Car la confession de la divinité du Christ illumine les cœurs, rince la bouche, purifie les lèvres, mais la négation de la majesté du Christ les pollue. Mais écoutons le gémissement émis par ce prophète : Et m’a été envoyé un des séraphins, qui tenait dans sa main un charbon, qu’il avait pris de l’autel avec des tenailles , et il toucha mes lèvres en disant : voici que tes lèvres ont été touchées par ce charbon : il a enlevé tes iniquités, et t’a purgé de tes péchés sur tout le pourtour de tes lèvres.
Ce n’est pas le moment de se demander pourquoi un seul a été envoyé, et quel est celui qui a été envoyé, et quelle est la grandeur de celui qui manipule ainsi sans crainte le charbon du feu céleste, et qui va même jusqu’à tempérer l’ardeur du feu en le touchant, de façon à purifier les lèvres du prophète et non à les calciner.
Mais nous maintenant, avec toute la ferveur de notre âme, suscitons en nous des sentiments de componction , et dans cette misère de notre chair, reconnaissons que nous sommes misérables, et déplorons par de pieux gémissements que nous avons des lèvres impures, pour qu’un de ces séraphins, avec les tenailles de la loi de la grâce, nous apporte de l’autel céleste le sacrement igné de la foi. Pour qu’en calmant l’ardeur du feu, il touche les commissures de nos lèvres, enlève les iniquités, nous purge de nos péchés, et allume ainsi dans notre bouche la flamme d’une confession pleine et entière. Pour qu’il nous apporte le salut et non la torture. Demandons aussi que, jusqu’à nos cœurs, parvienne la chaleur de ce charbon, pour que la suavité d’un tel mystère ne soit pas seulement goûtée par les lèvres, mais que les sens et l’esprit en soient rassasiés. Après la purification des lèvres, Isaïe parle de l’enfantement ineffable de la Vierge en ces mots : Voici qu’une Vierge recevra dans l’utérus et enfantera un Fils. De la même façon nous, nous proclamons la gloire du sacrement de la passion et de la résurrection. Je crois en Dieu, le Père Tout-Puissant. C’est avec raison qu’aujourd’hui, vous professez croire en Dieu en vous réjouissant d’avoir fui des dieux et des déesses sexués et de sexe opposé, d’un nombre indéterminé, populaciers, sans noblesse d’âme, célèbres par leurs turpitudes, d’une impiété consommée et l’emportant sur tous par leurs infamies. Ils ont atteint la notoriété par leurs crimes, et ont été convaincus, par leurs tombeaux, de n’être que des hommes . Car c’est le comble de la misère, de la douleur et du malheur d’avoir supporté la domination de tels et de si nombreux esclaves. Mais vous vous réjouissez d’être parvenus à un Dieu qui est unique, vivant et vrai, mais non solitaire, en disant : Je crois en Dieu le Père. Il confesse déjà le Fils celui qui nomme le Père. Car Celui qui a voulu être appelé et être dit Père montre le plus naturellement du monde qu’Il a un Fils, qu’Il n’a pas reçu du temps, qu’Il n’a pas engendré dans le temps, et n’a pas accueilli pour un temps déterminé. La divinité ne reçoit pas de commencement, et ne subit pas de fin. Elle n’admet pas de succession celle qui n’a pas de déclin. Dieu n’a pas enfanté un Fils dans les douleurs, mais Le rend présent par sa puissance. Celui qui vient de Lui, Il ne L’a pas fait à partir que de quelque chose situé en dehors de Lui , mais Il L’a engendré. Dans la mesure où Il est en Lui-même, Il Le manifeste et Le révèle. Le Fils procède du Père sans s’en éloigner.
Il n’est pas né pour succéder au Père, mais pour demeurer toujours dans le Père. Ecoute Jean qui dit : Il était au commencement.
Et ailleurs : Celui qui fut depuis le début.
De toute évidence, Celui qui était n’est pas devenu. Il est clair que Celui qui fut n’a pas commencé à être.
Je suis, est-il dit, le Premier, et je suis le Dernier. Celui qui est le premier ne vient pas après un autre. Celui qui est le dernier ne laisse personne après Lui. Mais en disant cela, Il n’exclut pas le Père, mais renferme tout en Lui et dans le Père.
Mais accédons à ce qui suit : Et dans le Christ Jésus son Fils Unique, notre Seigneur. Comme les empereurs sont appelés d’après les titres de leurs triomphes, et ont conquis de nombreux surnoms par les noms des peuples qu’ils ont subjugués, de la même façon, le Christ est nommé d’après les titres de ses bienfaits.
De l’onction, Il est appelé oint, Lui qui, en tant que pieux médecin, répand l’onguent de la divinité sur les membres asséchés des mortels. Et comme le Christ est appelé Oint à cause de l’onction, Il est appelé Jésus à cause de salut, car Il nous a appliqué l’onguent divin pour apporter la certitude du salut aux malades, et l’éternité de la santé aux moribonds. Et dans le Christ Jésus, son fils unique. Même si nombreux sont ceux qui sont fils par la grâce, Un seul l’est par nature. Notre Seigneur. Il a cherché à nous libérer de l’esclavage d’une foule de maîtres cruels et ignobles, et sa victoire ne nous ramène pas à notre condition primitive, mais nous envoie sous bonne garde vers la liberté perpétuelle.
Qui est né du Saint-Esprit.
Telle est la façon dont le Christ est né pour toi, afin que devenu homme, Il change pour toi l’ordre de la naissance, et soit pour toi une nouvelle naissance dans la vie, toi chez qui demeurait toujours dans la mort l’antique décadence. Qui est né du Saint-Esprit de la Vierge Marie.
L’Esprit engendre, la vierge enfante. C’est une action toute divine : rien là d’humain. L’infirmité n’a pas sa place là où la Vertu se joint à la vertu. Adam a été endormi pour qu’une vierge soit tirée de l’homme. La Vierge est tombée en extase pour que l’homme soit réparé à partir de la Vierge. Qu’est-ce qu’une telle naissance permet à la nature de revendiquer ? Pendant qu’elle voit se renouveler son ordre, elle constate que tous ses droits sont transformés; elle réalise dans l’étonnement que son Auteur est venu dans sa descendance. Les perfides regardent cela avec dédain, mais les croyants y voient un grand sacrement. Qui a été crucifié et enseveli sous Ponce Pilate. Tu entends le nom du juge pour que tu reconnaisses le temps de la passion. Tu entends qu’Il a été crucifié pour que tu reconnaisses, qu’en périssant, Il a nous a restitué le salut que nous avions perdu, et pour que tu voies que la Vie des croyants pend là où la mort des perfides L’avait suspendu. Tu entends dire qu’Il a été enseveli, pour qu’on ne puisse pas mettre en doute la réalité de sa mort. En ceci apparaît la vertu divine : quand la mort est morte par la mort, l’auteur de la mort est tronqué par sa propre épée, le prédateur est attrapé par sa proie, l’enfer est dépecé et englouti par la vie. Le troisième jour, il est ressuscité des morts. Ces trois jours de sépulture le Christ les a passés en voyageant dans trois demeures : l’enfer, la terre et le ciel. Dans le ciel, pour préparer des places pour ses élus, sur la terre, pour réparer ce qu’il y avait à réparer, et dans l’enfer pour apporter la rédemption. En même temps, par ce triple sacrement, Il a révélé aux hommes la grâce de la Trinité donnée pour le salut. Il est monté aux cieux. Il n’est pas monté pour se rapatrier Lui qui demeure toujours dans le ciel, mais pour t’y amener, toi qu’Il a absous quand tu étais vaincu, et t’a arraché de l’enfer. Comprends pour que toi, qui es un homme, tu sois élevé par Dieu, pour que tu obtiennes la stabilité dans les cieux, toi qui étais dissolu et chancelant sur la terre. Il est assis à la droite du Père.
Mais le Père n’a rien à sa gauche. Notre profession de foi ne porte pas sur des lieux divins plus ou moins honorables, mais sur le signe de la puissance divine. Dieu ne se déplace pas, la Divinité ne se connaît pas de gauche. D’où Il viendra juger les vivants et les morts.
Passe pour les vivants, mais les morts comment pourra-t-Il les juger ? Mais ils vivent ceux que nous comptons au nombre des morts. Croyez donc qu’ils ressusciteront pour être jugés, ceux que l’infidélité estime être anéantis. Pour que ceux qui ont été morts, et sont trouvés vivants, rendent compte eux aussi de leur vie et de leurs actes.
Je crois dans le Saint-Esprit.
Après avoir confessé le sacrement de l’incarnation, il te faut confesser la divinité du Saint-Esprit, pour que l’unité harmonisée de la Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit conserve et garde, dans notre confession, la vérité intégrale de la vertu de foi. La sainte église catholique. Car la tête n’est pas séparée des membres, ni l’époux de l’épouse.
Mais par une telle unification réalisée par l’Esprit, Dieu devient un, Il devient toutes choses et est en toutes choses. Donc, celui-là croit en Dieu qui confesse en Dieu la sainte église. Et la rémission des péchés. Il s’accorde à lui-même le pardon celui qui croit que le Christ peut lui remettre ses péchés. La résurrection de la chair. Tu crois correctement si tu crois que Dieu peut te ressusciter de la mort, toi en qui les éléments se renouvellent constamment. Comme le temps vient du temps, le jour de la nuit, de la même façon, la semence vient de la sépulture. Tu ne pourras pas périr tant que ces choses reprennent vie. Il n’est pas difficile à Dieu de faire de toi, parvenu à la vieillesse, ce que tu fais toujours toi-même de la semence. La vie éternelle. Cette foi, ce sacrement ne doit pas être confié à des parchemins, ne doit pas être écrit avec des lettres, car les lettres des parchemins plaident plus éloquemment en faveur de l’accusation que du pardon. En vérité, là où est la grâce de Dieu , le don divin, la foi suffit pour garder le pacte, la noblesse du cœur suffit pour conserver le secret. De cette façon, l’arbitre divin connaîtra ce symbole de salut, ce pacte divin, et le faux témoin l’ignorera. Signez-vous ! Que le Seigneur notre Dieu Lui-même garde vos sens et votre cœur, et dans les choses qu’Il vous prescrit, qu’Il vous vienne en aide et vous assiste !
-
58ième sermon de SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE
Celui qui cherche la foi ne cherche pas la raison. Celui qui demande les choses divines dépose les choses humaines. Celui qui naît du Dieu Père transcende la nature; et ne doit rien au temps celui qui mérite l’Auteur du temps. Nous constatons que vous voulez que les germes pieux de la foi naissent avant d’avoir été conçus, que vous désirez prendre part au royaume des cieux avant d’avoir éprouvé les douleurs de l’enfantement, que vous aspirez aux joies de la patrie avant d’avoir traversé les souffrances de la maternité. Et vous n’estimez pas être un avortement une naissance que vous jugez naturelle, et que vous attribuez au Christ. L’Apôtre Paul, qui est né adulte par la foi, se proclamait un avorton né avant le temps. Recevez donc la foi par la seule foi. Ne demandez pas que vous soit élucidée la raison de votre foi, puisque cette raison vous vous êtes hâtés de l’enclore dans votre foi. C’est à la foi, mes fils, qu’aujourd’hui la foi de votre Auteur invite, qui remplit la foi de sa promesse avant qu’Il reçoive la foi de votre engagement solennel. Et Il a restitué cela aux choses humaines, comme Il l’avait promis autrefois par cette parole du Prophète : Dilate ta bouche et je l’emplirai. Ce qui signifie : dilate ta bouche en professant ta foi, et je l’emplirai du sacrement de cette confession; je l’enrichirai d’un discours mystique, et je la remplirai de toute l’éloquence des secrets célestes. Et en vérité, mes frères, tout ce que professe l’obéissance de celui qui écoute la parole de Dieu et y donne son assentiment rejaillit sur la grâce du Dieu qui donne et qui enseigne.
Etant sur le point donc de recevoir le symbole, c’est-à-dire le pacte de la vie, les maximes du salut, et un lien indissoluble entre vous et le Dieu de la foi, préparez votre cœur, non un papier lustré, aiguisez votre ouïe non votre plume, et n’écrivez pas avec de l’encre les paroles que vous entendez, mais avec l’aide de l’Esprit. Car le secret céleste éternel ne peut pas être confié à des instruments caducs et corruptibles, mais doit être logé dans l’arche de l’âme, dans la bibliothèque de l’esprit qui est en nous, de peur que ne survienne un juge profane, un indigne raisonneur qui le défigurerait. Ce qui a été donné pour le salut de celui qui croit et qui pratique deviendrait la ruine de l’ignorant et de l’incroyant. Mais au Prophète qui te dit : Dilate ta bouche et je l’emplirai, tu peux répondre : J’ai caché dans mon cœur tes paroles pour que je ne pèche pas contre toi.
Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Celui qui a confessé le Père confesse aussi le Fils, parce que sans Fils Il ne peut pas être dit Père. Dieu ne peut recevoir ni augmentation ni agrandissement : le Fils a toujours été parce que le Père a toujours été.
Le Fils ne connaît pas de commencement parce que le Père ne connaît pas de fin. L’engendré croît sans que vieillisse l’Engendreur. La substance éternelle et coéternelle du Père et du Fils ne peut pas être pensée dans des catégories humaines, elle relève de la puissance infinie de Dieu. Dans le Christ Jésus son Fils unique, notre Seigneur. Ne va pas t’imaginer que le Christ a été oint d’une huile ordinaire, mais d’une huile sainte qui L’a fait naître du Saint Esprit. Qui est né du Saint-Esprit.
Par une telle nativité, l’humanité est consacrée en Dieu, mais une telle dignité ne diminue pas en l’homme la divinité.
Qui est né du Saint-Esprit de la Vierge Marie. La virginité a cru en Dieu, car ce n’est que par Dieu que la même femme a pu être vierge et mère.
Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et enseveli.
Il indique le juge pour désigner le temps. Il mentionne qu’Il a été crucifié pour nous présenter la valeur de sa passion. Et ainsi la foi réunit la preuve de la divine vertu et de la vraie résurrection, là où l’impiété conjecture un motif d’ignominie et une occasion d’erreur. Crucifié sur la croix, et élevé bien haut à la vue de tous ses ennemis qui jetaient sur Lui des regards farouches, Il a reçu la mort. Il a subi la sépulture, pour que les impies ne l’accusent pas d’avoir feint la mort afin de tromper tout le monde, et ne nient pas qu’Il a connu la mort pour vaincre la mort.
Enseveli, Il est ressuscité le troisième jour. Et si sa passion nous a démonté qu’Il avait la vraie substance de notre chair, la figure de trois jours nous indique qu’Il est ressuscité à la gloire totale de la très sainte Trinité. Il est monté aux cieux. Il n’est pas monté en se transportant, en se déplaçant Lui qui ne s’est jamais éloigné du Ciel. Il s’assoit à la droite du Père. Il ne s’agit pas ici d’un protocole humain, mais d’un rang divin. Ainsi, le Fils s’assoit à droite pour que le Père ne s’assoie pas à gauche.La façon dont Dieu siège lui est particulière et n’a rien de commun avec la nôtre. Le Tout-Puissant ne peut pas avoir près de Lui une gauche sinistre. (la gauche en latin se dit : sinistra) D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Que les hommes cessent, que les hérétiques cessent de juger leur Juge ! Qu’ils espèrent le pardon, qu’une telle présomption n’entraîne pas leur condamnation ! Je crois dans le Saint Esprit.
Ta confession se parfait dans la confession de la Trinité, quand ta parole confesse fidèlement le Saint Esprit qui avec le Père et le Fils est d’une seule et même substance. Et la sainte église.
Car elle est unie au Christ d’une façon telle qu’elle est transférée dans toute la gloire de la divinité. La rémission des péchés.
Acquiers par ta foi le pardon, car il est grandement ennemi de lui-même celui qui ne croit pas pouvoir se donner à lui-même ce que promet la bénignité de Celui qui accorde libéralement le pardon. La résurrection de la chair. Crois en la résurrection de la chair, car celui qui n’y croit pas n’a pas foi dans les prédictions, comme celle de l’Apôtre : Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ n’est pas ressuscité non plus. Quels sont ceux que Dieu jugera, sur qui règnera-t-Il si la résurrection ne rend pas à la vie, au jugement, ce que la mort a enlevé au monde ?
La vie éternelle. Il est évident que la vie éternelle succédera à la mort de la mort.
59ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Vous avez entendu la voix du Père, vous avez entendu la voix de Celui qui appelle. Venez, fils, venez, venez, parce qu’est arrivé le temps de la foi, le jour de la croyance, l’heure de la confession. Venez, vous qui demandez la foi, apportez un cœur sincère, une âme purifiée, une voix honnête , pour qu’une sainte écoute vous permette de saisir ce que vous communique notre parole de salut. La foi vient de l’écoute, l’écoute procède de la parole. Les articles de la foi, le pacte de la grâce, le symbole du salut pénétrez-en le sens en toute simplicité, pour qu’au moment de la confession, vous puissiez non seulement l’écouter mais en témoigner.
Car le savoir par cœur c’est le posséder. Celui qui peut redonner le don divin ne l’a pas perdu. Avant de donner la loi Dieu a ordonné que le peuple se lave et lave ses vêtements, qu’il se purifie intégralement de toute contagion charnelle, parce que l’homme ne peut pas approcher de Dieu le corps tout barbouillé, pollué par une crasse mondaine. Si la loi, qui est l’ombre et la figure de la grâce, a raison d’exiger une telle purification, une telle pureté, à ceux qu’est présentée la totalité du sacrement de la divinité, quelle pureté du corps et de l’âme ne faut-il pas ! Purifions donc nos cœurs, mortifions nos corps, ouvrons-nous les yeux, taillons nos sens jusqu’au vif, ouvrons toutes grandes les portes de notre âme. pour que nous puissions entendre, comprendre, retenir, et garder secret dans le plus intime de notre cœur le symbole qui est le pacte de la foi.
Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Nous croyons en Dieu si nous rejetons les dieux, si nous renonçons aux idoles, si nous renions le diable et ses anges. Ecoute Israël, est-il dit, le Seigneur ton Dieu est unique.
Et de nouveau :
Tu n’auras pas d’autres dieux en dehors de Moi.
Il aura donc le Dieu vrai, le Dieu unique celui qui n’aura pas d’autres dieux. Nous croyons en Dieu et nous confessons qu’il est Père, pour que nous croyions qu’Il a toujours eu un Fils. Il a eu un Fils sans le concevoir, sans l’ébaucher, un Fils qui n’a pas grandi au cours des années, qui n’est pas inférieur en dignité, qui ne vieillit pas, mais qui demeure, en tant que Fils, pendant toute l’éternité dans le Père éternel.
Je suis dans le Père, est-il dit, et le Père en moi. Nous avons entendu parler du Père, croyons aussi dans le Fils qui est né par la vertu divine, d’une façon qui n’est pas humaine, mais divine et mystérieuse, non d’après la raison mondaine, non d’après la loi du siècle, mais par une puissance suprême. Il n’est pas permis de discuter ce qu’il est permis de savoir. Il ne convient pas de disséquer ce qu’il convient de croire. C’est parce que nous pensons que rien n’est impossible à Dieu que nous disons que Dieu est tout-puissant. Et en Jésus-Christ son fils unique notre Seigneur. Il est appelé oint à cause de l’onction, comme il est appelé Sauveur (Jésus) à cause du salut. Parce que l’onction des rois, des prophètes et des prêtres qui autrefois était donnée en figure est répandue dans toute la plénitude de la divinité de l’Esprit sur ce Roi des rois, sur ce Prêtre des prêtres, sur ce Prophète des prophètes. Pour que le royaume et le sacerdoce qu’Il avait envoyés préalablement dans le temps par l’intermédiaire d’autrui, refluent et retournent à leur Auteur éternel. Et Jésus, c’est-à-dire le Sauveur, est correctement appelé salut, parce qu’après avoir donné l’être aux humains, Il a sauvé ceux qui périssaient. Son fils unique. C’est en Lui-même que se trouve son Fils unique, qui est le seul à posséder par nature ce qu’Il donne aux autres par sa grâce. Notre Seigneur. Comme nous l’avons déjà dit, le Seigneur est Dieu. L’unité de la divinité subsiste dans le Christ, car tout ce qui en Lui relève de l’humanité et de la divinité est un seul Dieu. La diversité des substances a disparu dans le Christ là où la chair a commencé à être ce qu’est l’esprit, l’Homme ce qu’est Dieu, et là où notre corps et la divinité sont une seule Majesté. Qui est né du Saint-Esprit de la Vierge Marie. Qu’y a-t-il de terrestre dans une naissance où une vierge est appelée à enfanter sous l’opération du Saint-Esprit ? Qui ne considérera pas divine cette naissance quand celle qui enfante n’éprouve rien d’humain ? La femme portait Dieu dans le temple de sa virginité. Voilà pourquoi elle acquit l’honneur de la maternité, sans perdre la gloire de la virginité. Qui a été crucifié sons Ponce Pilate et a été enseveli. Nous disons le nom du juge pour indiquer le temps de la passion et marquer le caractère historique de l’évènement.
Il a été crucifié. Pour que comme la mort était venue du bois, la vie revienne du bois. Et il a été enseveli. Pour remplir toutes les exigences de la mort, pour que la mort meure par la mort, pour que de la semence de ce corps, toutes les semailles des corps humains poussent et lèvent pour une moisson vivante. Le troisième jour Il est ressuscité des morts. Pour que dans les trois jours soit manifesté le don de la Trinité, pour que par ces trois jours, soit sauvée la génération humaine des trois époques : avant la loi, sous la loi, et dans la grâce. Il est monté aux cieux. Non comme y allant, mais comme y retournant, car personne ne monte au ciel si ce n’est celui qui en est descendu. Il est assis à la droite du Père. Mais Il n’a pas le Père à sa gauche. Le trône de la Divinité ne comporte aucune gauche. Il est assis à la droite du Père.
Comme étant d’une seule divinité avec le Père.
Il est assis à la droite du Père. Pour qu’Il ne soit pas inférieur par le rang ni second en dignité, mais qu’Il règne en commun avec le Père dans l’unité de la divinité et dans l’égalité de la puissance, comme il est écrit : Moi et le Père nous sommes un. D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Si nous croyons que le Juge va venir, préparons-nous pour être innocentés par le Juge. Il nie l’existence d’un Juge celui qui ne croit pas qu’Il viendra. Celui qui vit mal montre assez clairement qu’il fait fi du jugement. Il juge les vivants et les morts, les morts i.e. ceux qu’il ressuscite précisément dans le but de les juger.
Je crois dans le Saint-Esprit.
Jusqu’à présent, nous avons confessé le mystère de la nativité de Notre-Seigneur, de sa passion, de sa résurrection, de son ascension et de sa venue à la fin du monde. Venons-en maintenant à la confession du Saint-Esprit. Nous croyons du Saint-Esprit ce que nous croyons du Père et du Fils, car nous prêchons dans la Trinité une seule divinité, une seule puissance, une seule gloire. Et la sainte église. Nous croyons aussi dans l’église que le Christ a reçue et confirmée, et nous proclamons sa gloire. La rémission des péchés.
Celui qui renaîtra pour devenir un autre homme, qu’aura-t-il encore de la faute antique, du péché atavique ? Celui qui ne croit pas que ses fautes passées lui sont remises n’est pas certain de posséder les biens futurs. La résurrection de la chair.
Crois o homme que tu peux ressusciter de la mort, parce qu’avant de vivre tu n’étais rien. Ou pourquoi doutes-tu que tu ressusciteras, lorsque tout ce qui est dans les choses ressuscite à chaque jour sous tes yeux ? Le soleil disparaît et réapparait; le jour est enseveli et revient à la vie.
Les mois, les années, les époques, les fruits, les plantes meurent quand ils s’en vont; et quand ils reviennent, il revivent à partir de leur propre mort. Comme l’exemple du perpétuel retour printanier t’enseigne que tu vas ressusciter, à chaque fois que tu d’endors et que tu te réveilles tu meurs et tu ressuscites. La vie éternelle. Amen. Il est forcé que celui qui ressuscite vive éternellement, car s’il ne vivait pas éternellement il ne ressusciterait pas pour la vie mais pour la mort. Signez-vous ! Ce pacte de l’espérance, cette charte du salut, ce symbole de vie, ce garant de la foi que l’esprit le retienne, que la mémoire le conserve, de peur qu’un vil parchemin ne discrédite le don précieux de la divinité; de peur qu’un auditeur indigne et profane n’ait sous ses yeux le secret de Dieu. Si votre charité m’écoutait toujours ainsi en silence, vous pourriez saisir les moindres détails de mon sermon. Que le Seigneur Jésus me donne à moi la confiance voulue pour parler, et à vous, le désir d’entendre !
-
60 ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Si la supplication spontanée et la foi subite de la Cananéenne a obtenu, avec l’aide du Christ, ce qu’elle demandait, et a extorqué ce qui lui était refusé; si l’eunuque éthiopien a découvert le mystère du bain de vie en marchant sur la route, et s’en est emparé en passant ; si le centurion Corneille est parvenu au Christ avant d’entrer dans le baptême; si le larron a envahi le paradis à l’article de la mort, qui vous déniera à vous aussi la vie que vous recherchez en un court laps de temps ? Recevez donc la foi de la foi. Et pour que vous puissiez savoir le mystère de la foi, trimez dur au fur et à mesure qu’approche le temps. Sur le point d’apporter la loi, Moïse invoque le ciel et la terre. Que demandera le prêtre sur le point de communiquer la grâce ? Lui dit : Regarde au ciel, et je parlerai, et la terre entendra mes paroles de ta bouche. Moi je dirai : Regarde, Dieu, je parle, et que l’homme entende les paroles de ma bouche ! Lui a dit : Que mon discours soit désiré comme la pluie, et que mes paroles descendent comme la rosée. Et moi je dirai : Que ton esprit vienne comme la rosée, et que comme un fleuve ta grâce nous inonde; qu’elle arrive aujourd’hui l’onde céleste du Verbe jaillissant en vie éternelle ! Il a dit : Parce qu’il a invoqué le nom de Dieu, magnifiez notre Dieu ! Et moi je dis : Parce que j’ai invoqué la foi, faites confiance à votre Dieu ! Et parce que les navires de nos corps sont maintenus en bon état grâce au jeûne du Carême, il est nécessaire que nous disions déjà la charte de la foi, le symbole du commerce céleste, pour que la certitude de notre espérance conquière au dépends du monde des gains qui demeurent, sur toutes les plaines liquides, et les flots infidèles du monde. Recevez donc la foi, et attendez-en le résultat ! Car celui dont la foi n’a pas précédé, à l’état de semence, ne trouvera pas dans le fruit ce que promet la foi. Signez-vous ! Le sermon crée l’audition, l’audition conçoit la foi, la foi enfante l’assurance, la certitude nourrit la confession, la confession donne le salut perpétuel. On peut donc dire que ce qui s’est passé dans ma bouche se passe dans votre bouche. Comme la foi s’embrasse elle-même, la confiance s’embrasse elle aussi elle-même. Ainsi, le salut se salut avec le baiser de la confession. Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Cette phrase vous déclare et vous ouvre tout le sacrement de la Trinité. Il dit Dieu, non des dieux, parce que la foi chrétienne croit un seul Dieu dans la Trinité. Elle connaît le Père, elle connaît le Fils, elle connaît le Saint-Esprit, mais elle ne connaît pas des dieux. La divinité est trine en personnes, mais elle est une dans la Trinité. La Trinité est distincte dans les Personnes, mais elle n’est pas divisée par les substances. Dieu est unique, mais dans une trinité, Il est seul mais Il n’est pas solitaire. Ni la divinité ni la trinité ne se divisent, et l’unité n’implique aucune confusion. Voilà ce que croit la foi quand elle dit : Je crois en Dieu. Pour ajouter tout de suite après : Le Père. Celui qui croit que le Père existe confesse le Fils. Que celui qui croit dans le Père et le Fils ne pense pas à l’âge, n’imagine pas des degrés, ne recherche pas de durée temporelle, ne soupçonne pas un fœtus, ne visualise pas un enfantement. Celui qui croit en Dieu confesse des choses divines, non des choses humaines.
Mais dit l’hérétique : comment peut-Il être Père s’Il n’a pas précédé le Fils ? Comment peut-Il être Fils s’il ne vient pas après le Père ? Comment peut-Il engendrer sans donner de commencement ? Comment celui qui est engendré ne reçoit-Il pas un commencement d’être de Celui qui l’engendre ? Voilà ce qu’enseigne la raison, voilà ce que proclame la nature. Tu te trompes, hérétique, c’est la raison humaine qui enseigne cela, mais non la divine. C’est la nature du monde qui est ainsi faite, mais non la nature divine. C’est la fragilité humaine qui est conçue et conçoit, est enfantée et enfante, est engendrée et engendre, qui reçoit un commencement et donne une fin, qui subit la mort, et est refoulée, et qui conserve dans sa descendance tout ce qui appartient à la condition et à la nature humaine. Dieu le Père n’engendre pas dans le temps, parce qu’Il ne connaît pas le temps. Il n’a pas donné de commencement Lui qui ne connaît pas de commencement. Il n’a pas franchi un terme, Lui qui ne connaît pas de fin. Mais Il a engendré son Fils de Lui-même de façon à ce que tout ce qui était en Lui soit et demeure dans le Fils. L’honneur de l’Engendré est l’honneur de l’Engendreur; la perfection de l’Engendré est la substance de l’Engendreur. Toute diminution de l’Engendré se révèle être une injure faite à l’Engendreur. Mais en entendant cela, hérétique, ne va pas dire : Comment est tout cela ? Tu as dit Dieu, tu as cru dans le Père, tu as confessé le Tout-Puissant. Si tu doutes, tu es un menteur. Si tu dis : je crois, pourquoi ne crois-tu pas ? Si tu discutes, si tu penses que c’est impossible, le Tout-Puissant que tu as confessé tu Le rejettes. Mais nous qui confessons que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont d’une seule majesté et d’une seule gloire, passons à la foi dans le Corps du Seigneur. Et en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur.
Après que le Fils de Dieu, comme la pluie sur le poil, s’est répandu dans notre chair avec tout l’onguent de sa divinité, le Christ a reçu son mon du mot onguent. Et Il est le seul auteur de ce nom. Cette huile a été répandue et infusée par Dieu de telle façon que l’homme et Dieu soient un seul Dieu. Et le nom de cet onguent s’est appliqué à nous qui portons le nom de chrétiens. Et s’est réalisé ce que l’on chante dans le cantique des cantiques : Ton nom est un onguent répandu. Et en Jésus-Christ son Fils unique. L’un est le nom du sacrement, l’autre du triomphe. Car comme l’oint de Dieu tire son nom de l’onction, quand Il a rendu au monde le salut qui avait été perdu, (en nous sauvant) Il a reçu le nom de Sauveur . Nous avons souvent répété que ce qui se dit Jésus en langue hébraïque se dit sauveur en langue latine. Et en Jésus-Christ son Fils. Le Fils de qui ? De toute évidence, du Père.
Donc, quand tu dis : en Jésus, son Fils, tu confesses que Jésus, qui est né de Marie, est Fils de Dieu. Veille à ne plus penser qu’Il fut un homme, mais à o toujours confesser qu’Il est Dieu, selon la parole de l’Apôtre : Et si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant ainsi. Unique, notre Seigneur. Ceci convient à l’un et à l’autre, parce qu’Il est l’unique du Père et notre unique Seigneur. D’autres ont reçu par la grâce d’être fils et seigneur; seul le Christ a et possède d’être Fils et Seigneur par nature. Qui est né du Saint-Esprit de la vierge Marie. D’après l’Evangéliste, ce qui est né en elle est né du Saint-Esprit. Puisque l’Esprit est Dieu, que l’hérétique confesse que c’est Dieu qui est né d’une chair vierge. Et le mystère céleste, l’enfantement de la virginité, qu’il ne le ravale pas aux songeries du monde, qu’il ne lui fasse pas l’injure de le ramener à la fragilité terrestre. Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et a été enseveli. Tu entends le nom du juge pour connaître le temps de la passion. Tu entends qu’Il a été crucifié, pour que l’ignominie de sa mort te fasse sentir la grandeur de sa charité, et que tu saches que la mort qui est venue par le bois a été mise à mort par le bois; et que tu croies que de plus grandes choses te sont rendues par l’arbre du Paradis que celles que tu regrettais avoir perdues par l’arbre du paradis. Tu dis qu’Il a été enseveli, pour que la profession de la sépulture démontre non une apparence mais la réalité de la chair et de la mort du Christ . Pour qu’elle prouve qu’Il a reçu la mort pour la vaincre, pour entrer dans les enfers et en ressortir; qu’Il est venu là où le Tartare exerce sa justice pour abolir les droits du Tartare. Cela n’est pas de la fragilité, mais de la puissance. Tu confesseras qu’Il est ressuscité le troisième jour, pour que tu comprennes que la résurrection du Christ a été la victoire de toute la Trinité. Tu dis qu’Il est monté au ciel, pour que tu Le croies le Seigneur du ciel, pour que tu confesses qu’Il est retourné d’où Il venait. Parce qu’après avoir vaincu le démon, terrassé la mort, libéré le monde, le Christ que l’on croyait vaincu sur la terre triomphe au plus haut des cieux. Tu proclames qu’Il est assis à la droite du Père.
Pour que la déité du Père et du Fils étant une, égale leur puissance, il n’y ait pas sur le trône céleste l’injure d’un siège à gauche. D’où Il viendra juger les vivants et les morts.
Parce qu’à l’arrivée du Christ, les morts ressusciteront, les vivants se tiendront debout pour qu’ils rendent également compte de leurs actions.
Et parce que nous avons déjà dit le sacrement du corps du Christ, passons à la confession de la divinité du Saint-Esprit. Je crois en l’Esprit Saint, que le Prophète célèbre comme le coopérateur du Père et du Fils : Les cieux ont été affermis par la parole de Dieu, et par l’Esprit de sa bouche, toute leur vertu. C’est le Dieu entier, c’est la totalité du pouvoir de Dieu que l’on prouve être le Créateur de toutes les vertus célestes. Nous croyons en la sainte Eglise. Le Christ l’a reçue en Lui de telle manière qu’il l’a rendue participante de sa divinité. Nous croyons en la rémission des péchés. Car celui qui par le Christ et l’Eglise naîtra à une nouvelle humanité n’aura plus rien du péché antique. Nous croyons à la résurrection de la chair. Nous croyons que le Christ a souffert, est mort et est ressuscité pour que nous ressuscitions des morts. Elle ressuscitera, elle ressuscitera la chair, telle que nous sommes nous-mêmes, pour que l’on puisse reconnaître les personnes, pour que le martyr aussi retire de la joie de la peine que lui a infligée son persécuteur, et que le persécuteur trouve son supplice dans les honneurs rendus au martyr. Nous croyons en la vie éternelle. Parce qu’après la résurrection, ce ne sera pas la fin des biens et des maux. Signez-vous ! La foi que nous croyons et que nous enseignons ne la confions pas à une plume mais au Saint-Esprit, non à un parchemin mais à notre cœur. Déposons-la dans notre mémoire, non dans un livre, pour que les choses humaines ne violent pas le don divin, pour qu’un profane ne s’arroge pas le droit de juger un secret céleste, afin que ce qui conduit les croyants à la vie ne mène pas les perfides à leur perdition. Le soleil n’apporte pas de lumière aux yeux chassieux, mais de l’obscurité. Le vin ne répare pas les forces de ceux qui ont la fièvre, il les énerve. Sans médecin, un remède qui devait donner la vie procure la mort. De la même façon, le sacrement de la foi sans la foi est dommageable à l’âme des perfides. Comme le dit l’Apôtre : La foi est reçue de l’audition et l’audition de la parole. Et la charte de la vie, le pacte de la foi ne sont pas imprimés sur des sens qui vont mourir mais qui sont vivaces..
61ième sermon de SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE
Si la conversion subite et imprévue de saint Paul n’était pas pour moi matière à consolation, j’aurais de la difficulté à croire que vous puissiez passer si facilement de la souillure terrestre à la gloire céleste. Car une confession subite a fait d’un persécuteur un apôtre, et a donné à l’Eglise un docteur insigne, lui qui, écumant de rage à l’énoncé du mot chrétien, dévastait l’église avant de la défendre Ne m’encourage pas moins l’exemple de cet eunuque que la foi a ravi pour le mener à la grâce, avant que son char le ramène chez lui en Inde. S’est produit aussi ce témoignage étonnant du larron qui s’est emparé du paradis quand il était suspendu pour expier ses vols à main armée. Pour préparer, mes fils, le jour de votre régénération, nous ne pouvons pas dire ce qui est nécessaire, et vous ne pouvez pas écouter ce qu’il faut entendre. Mais confiant la foi à foi, nous transmettons brièvement ce que nous ne pouvons pas commenter plus longuement. Car comment pouvez-vous connaître le sacrement du symbole que nous vous présentons quand vous pouvez à peine le retenir de mémoire. ? Nous ne vous donnons que ce seul avertissement : que personne ne consigne par écrit ce qui doit être confié au cœur, pour stimuler la foi. On croit avec le cœur en vue de la justice, la confession orale se fait en vue du salut. Sur le point d’entendre le contenu de la foi, la norme de la croyance, l’ordre dans lequel se fait la confession, disposez à la fois votre corps et votre cœur à écouter. Comme une source au faible débit s’élargit par l’afflux convergeant de plusieurs rivières, de la même façon la foi, depuis la brièveté d’un sermon sur le symbole, élargit considérablement les chemins de la croyance. Et comme une racine fixée en profondeur fait monter la sève jusqu’aux bourgeons, de la même façon la foi qui est enracinée dans le cœur s’élève jusqu’au sommet de la croyance. Expurgez donc de vos cœurs la fange de la perfidie, pour que s’écoule de façon uniforme la pureté des flots de votre foi. Eradiquez à fond les orties et les épines de l’incrédulité pour que croissent en hauteur les robustes plantes de votre croyance. Et parce qu’au témoignage de l’Apôtre, on croit avec le cœur en vue de la justice, et la confession orale se fait en vue du salut, confessez maintenant de vive voix ce que vous croyez déjà dans le cœur.
Je crois en Dieu le Père tout puissant. Celui qui croit en Dieu ne présume pas mener une discussion sur Dieu. Il suffit de savoir que Dieu existe. Celui qui demande : d’où est-Il, combien y a-t-il de dieux, qui est Dieu, celui-là ne Le connaît pas. Le soleil enténèbre un regard téméraire , enténèbre de la même façon une approche de la divinité qui est interdite.. Celui qui veut voir Dieu doit apprendre à garder la mesure dans son regard. Celui qui veut connaître son Dieu qu’il ignore les dieux des nations. Celui qui parle des dieux nie Dieu. La vraie liberté consiste à ne servir qu’un seul Dieu; le service de plusieurs dieux est de l’esclavage. Celui que tu confesses comme Dieu crois qu’Il est Père, pour que croyant dans le Père, tu apprennes qu’un Fils existe, et pour qu’en disant fils, tu apprennes qu’Il a été engendré par le Père. Sachant qu’Il a été engendré par le Père, tu ne chercheras pas à savoir comment Il a été engendré, car tu as dit : Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Celui qui est tout puissant peut tout, et s’Il peut tout, qui osera nier qu’Il a toujours son Fils en Lui, de Lui et avec Lui ? La génération de Dieu n’a pas de commencement. L’Engendré ne connaît pas de fin, n’admet pas la mort, dans la mesure où Il persiste toujours à demeurer dans l’Engendreur, au dire même du Seigneur : Je suis dans le Père et le Père est en moi. Le Père et moi nous sommes un. Tu as confessé le Père, tu as confessée le Fils, tu as confessé le mystère caché de la divinité, le sacrement de l’incarnation du Seigneur.
Et en Jésus-Christ son Fils unique. Il est appelé Christ à cause de l’onguent céleste, car Il est rempli de toute la plénitude de la divinité. Le nom de Jésus vient de salut, nom que confesse à genoux, tête penchée, en tremblant, tout ce qui est au ciel et en enfer. Et en Jésus-Christ son fils unique, notre Seigneur. Comme dans le Père et dans le Fils il n’y a qu’une seule divinité, il n’y a qu’une seule puissance. Qui est né du Saint Esprit de la vierge Marie. Le Saint-Esprit et la vierge ne forment pas un couple terrestre, c’est un secret céleste. C’est pour cela que ce qui nait est divin. Il faut donc confesser ce qui est né, et taire le comment de la naissance, car ce qui est secret ne peut pas être connu, ce qui est scellé ne peut pas être ouvert, ce qui est unique ne peut pas être connu par des choses semblables. Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et enseveli. Tu entends le nom du juge pour ne pas ignorer le temps. Tu entends dire qu’Il a été crucifié afin que te soit connue la valeur de sa mort, et que tu comprennes quelle épée de Damoclès était suspendue sur ta tête, pour qu’Il accepte pour toi l’ignominie d’une telle mort. Tu as entendu dire qu’Il a été enseveli, pour que tu saches que sa mort n’était pas une affabulation , mais une vraie mort. Ne pas vouloir mourir provient de la peur humaine, ressusciter des morts vient de la vertu divine. Nous ne sommes pas vexés quand nous entendons dire qu’Il est mort, parce que la gloire de la résurrection occulte l’injure de la mort. Il est ressuscité le troisième jour. La mort vient de l’humanité, la résurrection de la Trinité. Il est monté aux cieux. Amenant l’homme là où Il a toujours demeuré. Il est assis à la droite du Père. Il s’assied à droite parce que la déité n’a pas de gauche. D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Il jugera les vivants et les morts parce qu’ils ressusciteront pour être jugés ceux qui pensent ne plus exister après la mort, ceux que la gentilité estimait avoir péri avec le monde.
Je crois dans le Saint-Esprit.
Pour que tu croies et comprennes que dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, il n’y a qu’une seule divinité. Je crois en la sainte Eglise. Pour que tu confesses que l’Eglise est l’épouse du Christ qui demeurera perpétuellement en compagnie du Christ.
Je crois en la rémission des péchés, en la résurrection de la chair. Celui qui ne croit pas dans la rémission des péchés, qui ne croit pas dans la résurrection de la chair, s’interdit à lui-même le pardon, se soustrait à la vie. Ce que vous avez entendu et ce que vous croyez, ce que vous avez confessé, que le cœur le conserve, que la mémoire le retienne, que le parchemin l’ignore, que le scribe n’en sache rien, de peur que le sacrement de la foi ne soit crié sur tous les toits, de peur que le mystère caché de la foi ne dérive vers un infidèle. Que le Dieu qui, par la foi, vous a donné d’entendre le sacrement de la foi et d’y croire, vous fasse Lui-même parvenir au salut éternel !
`
62ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Si le pieux nourricier ne s’engage pas à fond au service de l’enfant, jamais il n’en fera un adulte parfait. Tantôt il affaiblit sa voix, tantôt il se tait et ne parle que par signes. Il met ses sens à rude épreuve, s’affaiblit, s’épuise, va au bout de ses forces. Tantôt il traîne de la patte, tantôt il trouve sa joie non à marcher mais à ramper. Il fait des grimaces, simule la crainte, contrefait la douleur, parce qu’en lui les bouffonneries et les pitreries sont de la piété, l’extravagance est chez lui de la prudence, l’infirmité de la vertu. Je pense que c’est ce qu’a fait Paul quand il a dit : Je me suis fait petit au milieu de vous, comme une nourrisse qui tient au chaud ses fils. Mais quelqu’un s’étonnera-t-il en voyant une nourrisse agir ainsi ? S’il est parent il n’en rira pas; s’il est père, il ne s’en étonnera pas. Celui qui sait ce que c’est qu’aimer ne peut pas appeler cela de la sottise. Je vous implore donc vous qui déjà êtes des pères prudents et forts de souffrir qu’aux petits de mon Seigneur je procure avec soin la nourriture qui leur est due, et que je choisisse aujourd’hui des paroles qui se rapprochent plus à des compliments et à des flatteries qu’à la science des choses divines. Qu’on me permettre de faire des sermons non selon les règles de l’art , mais qui soient clairs et limpides , et de vous les infuser d’une voix faible comme si c’était du lait, selon l’enseignement de l’Apôtre : Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide. Modifier son langage, se plaire à la diversité des sentiments, quoi de meilleur ? Qu’y a-t-il d’autre que de disposer son esprit, son cœur et son corps à se mettre à la portée des esprits imbéciles des tout petits. Mais j’apostrophe déjà les pieux germes avec un sermon prophétique : Venez, fils, écoutez-moi. Je dirai plus : par moi et par ma voix, écoutez les commandements de votre Père, parce que c’est Dieu qui vous parle par ma voix. Venez, fils. D’où venez-vous et où allez vous? Je vous enseignerai, dit-il, la crainte de Dieu. Et qui viendra à la crainte ? Celui qui veut la vie, celui qui désire voir les bons jours, qui veut faire le bien, fuir le mal; celui qui après les conflits de la chair et de l’esprit aspire au repos de la paix divine.
Venez, fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte de Dieu. Quel est l’homme qui veut la vie, et désire voir de bons jours ? Détourne ta langue du mal, ainsi que tes lèvres, pour qu’elles ne disent pas de mensonge. Comme les crimes vicient la conscience, le mensonge pollue les lèvres et les malédictions contaminent la langue. Et celui qui a la langue et les lèvres souillées ne peut pas confesser Dieu. Et parce que l’on croit avec le cœur en vue de la justice, et que la confession orale se fait en vue du salut, sanctifiez vos cœurs, purifiez vos lèvres, que votre langue ne dise que des choses justes, pour que la voix de la foi, qui puise sa force dans un cœur totalement purifié, provienne d’un exemple de sainteté. Signez-vous ! La charte ou le pacte qui contient l’espoir du profit futur à venir, nous constatons qu’il est appelé symbole à cause d’un contrat humain. Une entente amicale entre deux personnes est entérinée par un symbole.
Cela a été stipulé pour que, rendus prudents par la défiance humaine, personne ne surprenne traitreusement personne, et pour que la perfide qui est toujours l’ennemie des contrats n’escroque personne. C’est entre les hommes, que la fraude lèse toujours, aussi bien celui qui fraude que celui qui est fraudé. Mais entre Dieu et les hommes, le symbole de la foi n’est confirmé que par la foi. On ne croit pas à une signature mais à l’esprit. La foi est confiée au cœur, non à un parchemin, parce que le crédit divin n’a pas besoin de caution humaine. Dieu ne sait pas frauder, Il ne peut pas non plus être victime , car Il n’est pas conditionné par le temps. Il n’est pas vaincu par l’âge, n’est pas induit en erreur par ce qui est caché, mais voit les choses abscondes. Il tient entre les mains ce qui a été volé et possède ce qu’on Lui refuse. La raison de Dieu est toujours sauve, car ce qu’Il pense ne peut pas périr. Si l’homme renie Dieu, ce n’est pas Dieu qui périt mais l’homme. Mais tu dis : Celui qui ne pas être trompé, pourquoi exige-t-Il un gage ? Pourquoi demande-t-Il un symbole ? Il le demande à cause de toi, pas à cause de Lui. Non parce qu’Il doute, mais pour que tu croies. Il demande le symbole parce que comme Il dispose toujours tout convenablement, Il veut que nous soyons ses débiteurs. Il demande un symbole parce que, pour le moment, Il ne te convoque pas aux réalités célestes mais à la foi; et parce que par l’engagement, le présent attire le futur et l’invite au profit. L’Apôtre rappelle cela en disant : De la foi à la foi. Et ailleurs : Le juste vit de la foi. Qu’il n’y ait personne qui ne sache par cœur le symbole ! Que personne n’oublie la charte qui vient de Dieu ! Personne au moment où il reçoit la foi n’exige de recevoir l’objet de la foi. Quand il vient à la foi, pourquoi ne reçoit-il pas, ne conquiert-il pas sur- le- champ ce qu’il espère ? Ecoute l’Apôtre qui dit : Nous sommes sauvés par la foi. , La foi qui est vision n’est pas de la foi, car qui espère voir ce qu’il voit ? Si donc ce que nous espérons c’est ce que nous ne voyons pas, attendons-le patiemment. L’espérance tend vers les choses à venir, la foi nous transporte vers les choses promises. Quand la chose crue apparaîtra, quand les choses promises seront rendues présentes, l’espérance prendra fin, la foi cessera.
La lettre est douce , mais aussi longtemps que n’est pas encore arrivé celui qui l’a envoyée. Une facture est nécessaire, mais jusqu’au remboursement de la dette. Les fleurs sont agréables mais seulement avant que ne poussent les pommes. Mais la présence enlève tout le charme de la lettre, mais le paiement congédie la prudence, et les fleurs sont consumées par les pommes. Et c’est pourquoi la foi doit te faire savoir que tu es déclaré , toi personnellement, fils du Père éternel, héritier de Dieu, cohéritier du Christ, participant du royaume céleste, confesseur du Juge divin, habitant du ciel, possesseur du Paradis. C’est dans l’espérance que tu connais maintenant cette promotion, non dans la réalité de la chose. Recevez donc la foi, gardez l’espoir, dites le symbole, pour que vous puissiez parvenir à la réalité des choses que nous vous avons annoncées. Signez-vous ! Aujourd’hui, o homme, ton âme est présentée à Dieu à l’avance.
Je crois en Dieu. Ces choses que pendant longtemps tu appelais Dieu sans Le connaître, tu les nommais dieu, mais tu ne savais rien de Dieu. Tu ignorais, en effet, Celui que tu recherchais dans les pierres et les arbres. Dis donc maintenant, dis : Je crois en Dieu le Père tout-puissant. Aussi longtemps que tu as vu des pierres, tu n’as rien vu en qui croire. Mais Il est vraiment Dieu Celui qui t’a accordé de voir quand tu ne voyais pas, toi que les dieux des nations rendaient aveugle quand tu voyais. Ecoute le Seigneur qui dit : Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient pas voient, et pour que ceux qui voient deviennent aveugles. Je crois en Dieu le Père. La piété est en Dieu, l’affection est toujours en Dieu, la paternité demeure en Lui. Crois donc que le Fils a toujours existé, pour ne pas blasphémer en prétendant qu’il fut un temps où le Père n’a pas été Père. Mais tu dis : S’il L’a engendré, comment L’a-t-Il toujours eu ? Comment L’a-t-Il engendré ? Si tu poses ce genre de questions, tu renies la foi que tu professes. Tu as dit : Je crois. Si tu crois, d’où vient le comment ? C’est là le discours de quelqu’un qui doute non de quelqu’un qui croit. Tu as dit : Je crois en Dieu le Père tout puissant. S’il y a quelque chose qui ne peut pas être, Il n’est pas tout puissant. Mais tu penses qu’Il L’a engendré à partir d’un autre Celui que tu confesses avoir tout fait à partir de rien ? Car Il l’aurait fait à partir d’un autre s’Il provenait du temps. Si le Père est étranger au temps, le Fils ne connaît aucun commencement. Mais misérable es-tu si tu veux rendre temporel celui qui veut te rendre éternel ! Le Père n’engendre donc pas par une conception temporelle ni dans la douleur des entrailles, mais en nous Le révélant.
Et en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur.
Observe, o homme, avec quelle révérence la foi t’est inculquée et transmise. Entends qu’Il est Père pour que tu saches, que tu comprennes, que du croies qu’Il est Fils, non pour que tu en dissertes à perte de vue. Et tu confesses qu’Il est, non pas d’où Il est, non depuis quand Il est ou comment Il est. Voilà ce que recherche le fouineur téméraire. Le sermon céleste qui t’annonce le Père te conduit aussitôt par la pensée au Christ, à Jésus, au Fils, à Celui qui est seul à être Notre Seigneur, pour que quand tu verras que tu ne peux pas imiter ce qu’il y a d’humain en Lui, tu n’oses pas capter et saisir ce qu’il y a de divin en Lui. Qui est né du Saint-Esprit de la vierge Marie. Courage, o homme si tu en es un ! Avance avec ton cœur, élève-toi en esprit, dilate tous tes sens, aiguise la pointe de ton âme, mobilise toutes les ressources de ta science, fais appel à tout ce qu’il y a en toi de raison, examine, discute, scrute à la loupe, et découvre ce que, d’une façon stupéfiante , l’Esprit est le seul à engendrer, ce que la Vierge conçoit et enfante, tout en demeurant vierge après l’enfantement. Examine omment le Verbe est devenu chair, Dieu homme; comment l’homme est transféré en Dieu; comment un berceau contient ce que le ciel ne peut contenir; comment est porté dans des bras Celui qui soutient tout l’univers; pourquoi Celui qui a fait toutes choses, qui a produit l’univers, qui gouverne toutes choses, a voulu naître de toi, et être régi par toi; pourquoi Il a décidé d’être nourri et de vivre avec toi comme parent, toi dont Il avait autrefois méprisé la servitude. Et si tu as pu atteindre un peu de la face cachée de la divinité et parler du secret de la déité, pénètre à l’intérieur de toi, monte plus haut, examine avec plus de licence encore , et maintenant, explorateur nouveau, singulier inventeur, révélateur de la divinité, explore les âges du Père, les débuts du Fils. Sois plus grand qu’Isaïe qui a dit : Comme une brebis il a été conduit à l’abattoir, et commet un agneau devant le tondeur qui est sans voix, il n’a pas ouvert la bouche. Son jugement a été offert dans l’humilité, et sa génération qui la racontera ? La génération de qui ? La génération de Celui qui a été conduit à la mort comme une brebis.
Le Christ a une génération humaine et en a une divine. Quand tu as voulu comprendre comment Il a été engendré, on ne peut raconter quelles ondes, quels flots t’ont conduit à ce naufrage, quel est l’esprit qui t’a poussé à voleter dans les airs pour ta ruine. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont une seule déité, une seule vertu, une seule éternité, une seule majesté. La naissance temporelle et la croissance dans le temps du Fils, tout ce qui le rend inférieur à son Père, Il le tient de mon corps, non de sa substance. T’étonnes-tu, o homme, qu’Il appelle Dieu son Père Celui qui a daigné avoir une mère sur la terre ? Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et a été enseveli. Pourquoi accuses-tu, o homme, Celui qui en Lui-même est égal au Père d’avoir voulu être en toi inférieur à son Père ? Pourquoi crois-tu quand on te dit qu’Il a comparu devant le tribunal de Pilate, qu’Il a été jugé par Pilate qui avait à instruire la cause ? Pourquoi te contentes-tu d’accepter qu’Il a été convaincu de crimes par ses accusateurs, qu’Il a été condamné après avoir été reconnu coupable ? Mais Il a voulu naître de ta chair , être nourri de ton sein, reposer sur ton cœur, sauter sur tes épaules, Celui qui a toujours voulu être aimé par toi, non redouté. Regarde ce qu’Il avait d’abord commandé dans la loi, et tu verras ce qu’Il a demandé dans la grâce. Quand on demanda à Jésus, comme le rapporte l’évangéliste, quel était le premier commandement dans la loi, il répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Il s’est adressé à ton cœur et à ton esprit, parce qu’Il a cherché à être aimé par toi dès le début avec ton cœur, ton esprit et ton corps. Qui a été crucifié sous Ponce Pilate et a été enseveli. Le Juif et l’hérétique nous suivent jusqu’ici. Qu’ils attendent ! Que personne n’ait part aux priorités de ceux qui se repaissent et s’engraissent des injures infligées au Christ. Mais vous, fils, écoutez, pour qu’après la passion de la mort et la douleur de la sépulture, vous vous enfuyiez vers les joies de la résurrection. Il est ressuscité le troisième jour. Pour qu’Il soit la résurrection de notre corps, la vertu, la grâce, le don de la Trinité. Il est monté aux cieux. Il est monté par moi Celui qui par Lui-même n’a jamais quitté le ciel. Il est assis à la droite du Père. Selon l’ordre de la vertu divine, non de l’honneur humain. Nous avons déjà dit que le Fils s’assoit à droite, de façon à ce que le Père ne soit jamais assis à gauche. D’où Il viendra juger les vivants et les morts. Et pourquoi la mort doit-elle être jugée ? Pour qu’elle revienne à la vie, comme elle le doit.
Je crois dans l’Esprit Saint. Il renie le Dieu dans lequel il croit celui qui renie le Saint-Esprit. Dans la sainte église. Parce que l’église est dans le Christ, et le Christ dans l’église. Celui qui reconnaît l’église confesse qu’il a cru dans l’église. La rémission des péchés. O homme, accorde-toi à toi-même le pardon en croyant, toi que le désespoir a plongé dans tous les péchés.
La résurrection de la chair. Voilà qui complète le document de la foi, si tu crois que la chair qui était corrompue, qui était putréfiée, qui avait disparue peut revenir, se reformer, ressusciter, par Dieu, par Celui que tu as juré pouvoir tout quand tu L’as confessé. La vie éternelle. C’est une bonne chose que le symbole ajoute la vie éternelle, pour que tu croies qu’il ressuscitera celui qui reprend vie par Celui qui vit et règne avec le Père et le Saint Esprit maintenant et toujours, et pendant les siècles immortels des siècles. Amen.
63ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue A nous qui désirons, après la lecture apostolique, retourner aux vertus évangéliques, Lazare accourt, tout d’un coup, de retour des enfers, en nous apportant le secret de la victoire contre la mort, et en nous proposant un exemple de la résurrection. Si la chose vous agrée, avant de pénétrer au cœur de la leçon, avant de nous attaquer aux questions épineuses, avant de pénétrer la profondeur d’un tel fait, contemplons la figure de la résurrection, parce que nous y voyons le signe des signes, nous y décernons la vertu des vertus et nous y détectons la merveille des merveilles. Le Seigneur avait ressuscité la fille de Jaïre, le chef de la Synagogue, mais son cadavre était encore chaud, et pour ainsi dire, entre la vie et la mort. Il l’a ressuscitée en présence du corps, quand Il était encore un homme demeurant avec les hommes. L’esprit de la défunte était encore en plein vol, et son âme ignorait tout de la prison du tartare. Et Il a rendu la vie à la morte sans préjudice du droit que l’enfer possède sur le grand nombre. Il a ressuscité aussi le fils unique de sa mère, mais porté sur un brancard, avant l’inhumation, avant que le corps ne se corrompe, avant l’apparition de la puanteur, afin de rendre la vie à un défunt avant que le mort n’entre complètement dans les droits de la mort.
Mais ce qui est arrivé à Lazare est tout à fait singulier, car sa mort et sa résurrection n’ont rien en commun avec les cas précités.. Chez lui, la mort s’est épanouie dans toute sa force et dans toute sa plénitude. J’ose même dire que si Lazare était revenu après avoir séjourné trois jours dans les enfers, il se serait emparé de la totalité du sacrement de la résurrection du Seigneur.
Mais le Christ revient au bout de trois jours parce qu’Il est le Seigneur; Lazare est rappelé au bout de quatre jours parce qu’il est le serviteur. Mais pour démontrer ce que nous disons, dégustons quelques passages de l’évangile. Les sœurs envoyèrent vers Jésus des serviteurs pour Lui dire : celui que tu aimes est malade. En parlant ainsi, elles frappent à la porte de l’affection, interpellent l’amour et convoquent la charité. Elles s’efforcent de détourner une nécessité par une autre nécessité. Mais le Christ pour qui vaincre la mort compte plus que guérir une maladie, dont l’amour ne consiste pas à soulager un ami mais à le ramener des enfers, n’a pas préparé à celui qu’il aimait une panacée, mais la gloire de la résurrection Quant Il apprit la maladie de Lazare, Il demeura deux jours dans le lieu où il était . Vous voyez comme Il donne carte blanche à la mort, comme Il donne au tombeau toute la latitude possible, comme Il autorise la corruption. Il ne retranche rien à la putréfaction ni aux exhalaisons pestilentielles. Il fait en sorte que tout espoir humain soit anéanti, que le désespoir terrestre soit à son comble, pour que Son intervention ait un caractère divin et non humain. Il demeure dans ce lieu à attendre la mort de Lazare, et jusqu’à ce qu’Il puisse l’annoncer à ses disciples. Alors seulement, Il déclare venir voir Lazare. Car Il a dit : Lazare est mort, et je m’en réjouis. Est-ce cela aimer ? Le Christ se réjouissait, car la souffrance de la mort devait être changée bientôt en la joie de la résurrection. Et je me réjouis à cause de vous. Pourquoi dit-Il à cause de vous ? Parce que dans la mort et la résurrection de Lazare, était peinte toute la figure de la mort et de la résurrection du Seigneur; et parce que ce qui devait bientôt venir après dans le Maître précédait dans le serviteur. Et Il a dit une fois de plus à ses disciples : Voici que nous montons à Jérusalem, et le fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort et le livreront aux Gentils pour qu’ils se moquent de Lui, le flagellent, et le crucifient. Et en disant cela, Il les voyait devenir tellement déprimés, bouleversés et comme sevrés de toute consolation. Et Il savait qu’ils seraient accablés outre mesure par le poids de la passion, au point qu’en eux ne demeurerait ni le goût de vivre, ni la foi en rien, ni la moindre lueur d’espoir, mais qu’ils seraient plongés dans la nuit noire de la perfidie. Il prolongea la mort de Lazare jusqu’au quatrième jour, et Il permit à la corruption de foisonner, pour que les disciples ne puissent en aucune façon douter que le Seigneur ne ressuscite après seulement trois jours, eux qui avaient vu le serviteur ressusciter après quatre jours de décomposition. Pour qu’ils croient que Celui qui avait rappelé quelqu’un à la vie pouvait facilement se rendre la vie à Lui-même. Voilà pourquoi Il dit : Je me réjouis à cause de vous. Il était donc nécessaire que Lazare meure, pour qu’avec l’ensevelissement de Lazare, ressuscite déjà la foi des disciples. Parce que Je n’étais pas là. Y avait-il un lieu où le Christ n’était pas ? Et comment n’était-Il pas dans le lieu à partir duquel Il a annoncé la mort de Lazare à ses disciples ? Mes frères, le Christ Dieu était là, mais le Christ homme n’y était pas. Le Christ Dieu était présent à la mort de Lazare, mais le Christ homme venait vers un mort au temps où le Christ Seigneur était sur le point de subir la mort. Il disait donc : Comme je n’étais pas là. Ce qui veut dire : comme je n’étais pas dans la mort, dans le sépulcre, dans l’enfer, là où par moi et par ma mort, toute la puissance de la mort sera renversée. Quand Marthe entendit dire que Jésus venait, elle accourut à Lui en disant : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Femme, tu confesses qu’Il est Seigneur, et du dis : si tu avais été ici ? Les lieux n’ont pas le pouvoir de rendre Dieu absent, et le passé et le futur ne peuvent empêcher Dieu d’être présent. Lazare ne serait pas mort si le Seigneur avait été là où il était ? Ou plutôt, si toi, femme, tu n’avais pas été dans le paradis! Femme, c’est toi qui as sollicité les larmes, toi qui as inventé les gémissements, toi qui as acheté la mort au prix de la gourmandise. Et tu accuses l’absence de Dieu quand tu ne nies pas que c’est ta présence qui a été la cause de la mort ? Quand la mort t’a été préfigurée, c’est alors qu’il y avait lieu de pleurer. Maintenant, la mort est devenue une occasion de vertu, car elle est maintenant donnée comme une punition du péché; elle est maintenant permise en vue de la gloire de la résurrection. Le tartare alors avait acquis un homme, maintenant il le perd. Désormais, femme, cherche à retrouver par la foi ce que tu as perdu par la perfidie. Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais même maintenant que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. Cette femme ne croyait pas, mais fait des efforts pour pouvoir croire, elle dont l’incrédulité trouble la croyance. Tout ce que tu demanderas à Dieu il te le donnera. Dieu donne de Lui-même, Il ne se le demande pas à Lui-même. Femme, pourquoi t’attardes-tu à supplier, pourquoi procrastiner quand Il est déjà disposé à t’accorder ce que du demandes ? Femme, Celui que tu traites comme un avocat, c’est le Juge. En Lui se trouve le pouvoir de donner, non le besoin de demander. Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu il te le donnera. Femme, croire cela, ce n’est pas croire; savoir cela c’est ignorer. L’Apôtre a déjà démontré que quand l’homme pense savoir quelque chose, il ne sait rien. (1,Cor. X1) Mais écoutons ce que le Seigneur a répondu : Ton frère ressuscitera. Et la femme : Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. Marthe, de nouveau tu sais ce que tu ne sais pas. Tu sais que ton frère peut ressusciter au dernier jour, mais qu’il le puisse maintenant, tu ne le sais pas. Se pourrait-il que Dieu qui pourra au dernier jour ressusciter tout le genre humain ne puisse pas maintenant ressusciter un seul mort ? Oui, Dieu peut, par manière de signe temporel, ressusciter un seul mort, Lui qui alors, ressuscitera tous les morts pour la vie perpétuelle. Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera, et je sais qu’il ressuscitera au dernier jour. Marthe, devant toi est la Résurrection que tu renvoies si loin dans le temps. Je suis la résurrection. Pourquoi dire Je suis la résurrection, et non je ressusciterai ? Pourquoi ? Parce qu’Il a assumé l’homme, parce qu’Il a assumé la mort, afin que Celui qui, en commandant, en a ressuscité un, ressuscite en Lui tous les hommes en ressuscitant; et pour qu’à ceux qu’Adam a été un puits de mort, le Christ soit une fontaine de vie.
Et pour que soit accompli ce mot de l’Apôtre : Comme tous sont morts en Adam, de la même façon tous seront rendus à la vie par le Christ. Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il est mort, vivra, et tous ceux qui vivent et croient en moi ne mourront pas éternellement. Crois-tu cela ? Et la femme : Oui Seigneur. J’ai cru et je crois que tu es le Christ, le fils du Dieu vivant qui est venu dans ce monde. Celui qui est venu pour Lazare, pourquoi se soucie-t-Il tant de Marthe ? Pourquoi ? Pour qu’elle croisse dans la foi avant qu’il soit ressuscité dans son corps. C’est ainsi que se comporte Celui qui est venu pour veiller aux intérêts des vivants et des morts. Et Il ne craint pas de perdre du temps auprès de qui demeurent et la puissance et l’effet du fait. Frères, souffrez que je coupe court à mon exposé, si vous désirez entendre plus tard des développements plus élaborés.
64ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue
Si chacune des paroles de l’Ecriture était reléguée dans chacun des livres, les mystères qu’elles contiennent ne pourraient pas être mis en lumière pour les auditeurs. Et quel fruit peut bien récolter un sermon court et improvisé qui, à la manière d’un éclair, disparait avant d’avoir éclairé les yeux, et apporte aux voyants de l’éblouissement plutôt que de la lumière ? Priez donc pour que nous qui sommes plongés dans l’obscurité du siècle, qui placés dans une chair, remplissons le quart de nuit non de jour, pour que le Christ allume la lumière de sa parole, qui nous fera entrer dans les obscurités prévisibles du mystère céleste; et pour que pas à pas, nous parvenions, autant que nous le pourrons, à la science divine de la charité. Comme ces mages qui, se défiant des yeux de leur esprit, n’osaient pas se commettre à la splendeur du soleil, ou à la clarté divine, mais fixaient de nuit la faible lumière de l’étoile avec leurs faibles yeux, et qui sont ainsi parvenus à la crèche du Christ.
Mais, comme nous vous l’avons promis, continuons l’explication de ce qui reste de l’évangile. Quand Marthe entendit dire que Jésus venait, elle accourut à lui.
Il n’était certainement pas un serviteur, ni même un parent, ni seulement un ami le Consolateur qui approchait pour qu’une femme seule, au milieu de la foule, traversant toute sa propriété, accoure, en temps de deuil et à l’extérieur de la ville, au Sauveur qui arrivait. Frères, cette personne, ce ne sont pas des raisons qui l’amènent à courir, mais des sacrements qui sont par là exprimés. La femme qui présentement court à cause de la mort a couru autrefois vers la mort. Elle se hâte vers le pardon celle qui s’était précipitée vers la faute.
Elle rejoint le pieux Rédempteur celle qu’avait prévenue le pervers séducteur. Elle recherche la résurrection celle qui a cherché la ruine. Et celle qui a apporté la mort à l’homme, c’est celle-là même qui halète pour rapporter la vie à l’homme. Voilà pourquoi le Christ était resté dans ce lieu, pourquoi Il attendait, pourquoi Il ne s’était pas mêlé à la foule. Voilà pourquoi Il ne s’était pas rendu à la maison, ne s’était pas encore dirigé vers le sépulcre, et ne s’était pas hâté vers Lazare pour qui Il était venu. Mais Il attend la femme, Il se souvient d’abord de la femme. Il accueille la première femme , celle que le tentateur avait d’abord infectée. Il chasse de la femme la perfidie, Il replace sa confiance en elle, pour que celle qui avait été l’instrument de la perdition , devienne ministre du salut; et qu’elle devienne enfin, par Dieu, la mère des vivants celle qui, par le démon, a été la mère des morts. Et parce que la femme avait été l’origine du mal, Il s’attaque à la cause de la mort pour écarter le crime avant d’accorder le pardon; pour enlever la cause de la condamnation avant de prononcer la sentence d’absolution. S’assurant ainsi que l’homme, qui avait été une fois trompé par la femme, ne lui refuse pas le droit de participer à la vie. Et de peur que, si le Christ Seigneur était parvenu d’abord à l’homme, la femme ne périsse dans la perte d’un grand nombre. Voilà pourquoi, mes frères, le Christ nait d’une femme. Voilà pourquoi la femme tire toujours l’homme du sépulcre de son ventre, pour qu’elle rappelle par les douleurs celui qu’elle avait exilé par des caresses, pour qu’elle répare en pleurant ce qu’elle avait perdu en mangeant. Ensuite, après que Marthe eut confessé le Christ, et que sa pieuse confession eut effacé tout ce qu’il y avait de peccamineux dans la personne de la femme, Il est envoyé vers Marie, parce que sans Marie la mort ne pouvait pas être mise en fuite, et la vie ne pouvait pas être réparée.
Qu’elle vienne Marie, qu’elle vienne celle qui porte le prénom de la Mère, pour que l’homme voie que le Christ a habité dans le secret d’un sein virginal, avant que les défunts puissent s’échapper de l’enfer, avant que les morts puissent sortir de leurs sépulcres. Jésus voyant Marie pleurer, et pleurer aussi les Juifs qui l’accompagnaient, frémit en esprit et se troubla et dit : Où l’avez-vous mis ? Ils répondirent : Seigneur, viens et vois. Et Jésus pleura. Marie pleure, les Juifs pleurent et Jésus pleure aussi. Penses-tu que leur compassion soit de même nature ? Admettons que Marie ait des raisons valables de pleurer , la sœur qui n’a pas pu retenir le frère, qui n’a pas pu soustraire son frère à la mort. Bien qu’elle était sûre qu’il ressusciterait, la privation de toute consolation, la durée d’une si longue absence, la tristesse d’une séparation définitive ne pouvaient retenir ses larmes. Et de surcroit, une image si horrible, si cruelle, si funeste de la mort ne pouvait pas ne pas toucher, ne pas émouvoir son âme en dépit de toute sa fidélité. Les Juifs, eux, pleuraient en se souvenant de leur condition mortelle, et en désespérant de posséder la vie future. La mort qui est déjà amère aux hommes, apporte le trouble seulement à y penser. Mais un exemple secoue davantage. A chaque fois que quelqu’un voit un mort, il prend conscience qu’il est destiné à la mort. Voilà pourquoi un mortel ne peut pas ne pas pleurer devant la mort. Mais qu’a le Christ en commun avec tout cela ? Rien. Et s’Il n’a rien, pourquoi pleurait-Il ? A n’en pas douter, c’est Lui qui a dit : Lazare est mort, et je m’en réjouis. Celui de la mort duquel Il s’est réjoui , Il le pleurerait au moment où Il le ressuscite ? Celui qu’Il n’a pas pleuré quand Il l’a perdu, Il se lamenterait sur lui quand Il le retrouve ? Il répandrait des larmes mortelles au moment où Il lui infuse de nouveau l’esprit de vie ? Frères, la nature du corps humain a ceci de propre que l’intensité de la joie et de la souffrance produit des larmes. A chaque fois que les viscères vibrent sous le choc d’une trop grande joie ou d’une trop grande tristesse, les yeux déversent des torrents de larmes. Voilà pourquoi les larmes du Christ n’exprimaient pas la douleur de la mort, mais l’anticipation de la joie qu’Il ressentira quand par sa voix, par une seule parole, Il rappellera tous les morts à la vie perpétuelle. Il frémit en esprit, et se trouble de toutes les palpitations de son cœur, parce qu’Il ne pouvait à ce moment ressusciter que Lazare, et non tous les morts. Qui pourrait penser que le Christ a pleuré ici par faiblesse humaine, alors que le Père céleste a pleuré le fils luxurieux à son retour, non à son départ ? Le Christ pleure Lazare au moment où Il le reçoit, non au moment où Il le perd. Il n’a donc pas pleuré en voyant les autres pleurer. Mais quand Il constate par les réponses de ceux qu’Il interroge qu’il ne reste plus de foi, Il dit : Où l’avez-vous mis ? Et ils lui répondirent : Seigneur, viens et vois. Ils pensaient qu’Il ignorait où Lazare avait été placé sur la terre, Lui qui connaissait les lieux sordides où le tartare le retenait. En interrogeant ainsi, Il exigeait la foi, Il répandait la science, pour que les assistants sachent que la mort, que le tombeau, que la corruption, que la putréfaction, que la puanteur, ne provenaient pas de la sage disposition de Dieu, mais de la faute de l’homme. Car quand Il dit : Où l’avez-vous mis ? Il incrimine les femmes, Il accuse les femmes. C’est comme s’Il disait : Celui que j’ai moi-même placé dans le paradis, dans la région de la vie, où l’avez-vous placé vous-autres ? Mais les Juifs, ne comprenant rien à ce qui était demandé, répondirent tout candidement : Seigneur, viens et vois. Pourquoi ? Pour commander à la mort ? Pour quelle raison ? Croyaient-ils qu’Il commanderait aux enfers de le laisser sortir, eux qui pensaient qu’Il ne voyait pas ce qu’Il avait sous les yeux, qui se faisaient une fausse idée de ses pleurs ? Celui qui a pu ouvrir les yeux d’un aveugle-né, comment n’a-t-il pas pu faire en sorte qu’il ne meure pas ? Il pouvait empêcher qu’il ne meure, mais Il a permis qu’il meure, parce qu’Il voulait ressusciter le mort, à sa plus grande gloire. Il permit à Lazare de descendre dans les enfers, pour qu’Il apparaisse Dieu au moment où Il ramène un homme des enfers. Mais ô Juifs, vos esprits apparaissent plus cadenassés que les enfers, vos cœurs plus durs que les morts, vos yeux plus sombres que les sépulcres, car la voix qui a ouvert le tartare ne décrypte pas vos arcanes, car le commandement qui a ressuscité les esprits des morts ne réveille pas les vôtres, car la loi qui éclaire votre sépulcre n’illumine pas votre cécité. Mais que cela suffise pour le moment, pour qu’avec plus de patience, nous puissions avec le Christ voir la gloire de la résurrection de Lazare.
65ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Après n’avoir fait qu’effleurer, en deux sermons, la mort de Lazare, les pleurs de Marie , les lamentations de Marthe, et le deuil des Juifs, désencombrons nos esprits, mettons de côté nos préoccupations et nos soucis, mettons nos sens au repos, pour que la joie d’une si grande résurrection puisse nous faire saisir et comprendre de toutes les forces de notre esprit ce que raconte l’évangéliste de la venue du Seigneur au tombeau. Jésus, frémissant de nouveau en esprit, vient au tombeau. C’était une grotte, et une pierre était placée à l’entrée. Jésus frémissant vint au monument. Le Christ frémit pour que la chair reprenne vie. La Vie frémit pour que la mort s’enfuie. Dieu frémit pour que l’homme ressuscite. L’indulgence frémit pour que la justice ne la contredise pas. Le Christ frémit en luttant contre la mort, parce qu’Il ne peut pas ne pas frémir en ravissant à l’ennemi une victoire singulière. L’évangéliste dit qu’Il a frémi de nouveau. Il frémit de nouveau pour attirer notre attention sur les germes insignes de la résurrection. Car comme à la voix du Christ, les morts selon la chair sortent de leurs tombeaux vivants, les morts qu’a tués la perfidie renaissent à la vie de la foi. C‘était une grotte. Il aurait suffi de dire qu’il était venu à la tombe. Pourquoi l’évangéliste insiste tellement sur le fait que c’était une grotte ? C’est dans une grotte que le larcin du démon a placé l’homme. C’est dans une grotte que la fraude de la femme a caché l’homme. C’est dans une grotte que la rapacité de la mort avait enfermé l’homme formé par Dieu du limon de la terre. Et une roche était placée à l’entrée. La porte de la dure mort était plus dure que la plus dure des pierres qui bouchait l’entrée. Mais quel profit le tombeau peut-il retirer des pleurs, puisque la voix de celui qui pleure ne pénètre pas dans des obstacles si épais et si compacts ! Chrétiens, lamentons-nous devant Dieu à cause de nos péchés, et puisque les morts n’entendent pas, ne gémissons pas avec les gentils ! Et Jésus dit : enlevez la pierre ! Le Christ demande-t-Il un auxiliaire humain aux vertus divines ? Celui qui a la force suffisante pour mettre la mort en fuite n’aurait pas ce qu’il faut pour écarter une pierre ? Il ne peut pas enfoncer la forteresse d’un tombeau Celui qui avait ce qu’il fallait pour ouvrir les portes du tartare ? Il avait dit par le prophète : J’enlèverai le cœur de pierre de leur chair, et je leur donnerai un cœur de chair. Il ordonne donc que les Juifs enlèvent d’eux-mêmes le cœur de pierre, qu’ils fassent tourner la pierre de perfidie, qu’ils excluent le silex de la dure incrédulité, pour que les âmes que l’infidélité a mises à mort, bondissent hors du sépulcre du cœur. Et pour qu’ils ne se réjouissent pas uniquement de ce que Lazare soit ressuscité, mais qu’ils ressuscitent avec lui. Enlevez la pierre. Enlevez votre déférence et votre complaisance envers l’humanité misérable, pour que reluisent les œuvres de la bienheureuse divinité. Enlevez la pierre. Que vous avez posée vous-mêmes !... afin que je repositionne l’homme que j’avais moi-même placé. Marthe répondit : il sent déjà mauvais. Ce qui pour le corrupteur sent mauvais ne sent pas mauvais pour le Créateur. Il sent déjà mauvais. Celui qui aime son œuvre n’en a pas horreur, mais celui qui détruit l’œuvre d’autrui la déteste. Mais en parlant ainsi, Marthe, tu témoignes contre la mort, que toi, femme, as introduite. Tu cries à la puanteur, pour que la plénitude de la mort fasse savoir aux auditeurs qu’à la résurrection de Lazare son esprit reviendra de loin, mais ne sortira pas de la cachette du corps. Ce sera l’effet d’une vertu divine, non de l’adresse humaine. Pour que les Juifs qui disent que c’est par le prince des démons qu’Il chasse les démons, ne disent pas de nouveau que ce n’est pas par le pouvoir de Dieu que nous ressuscitons les morts mais avec des secours humains. Il sent déjà. C’est le quatrième jour.
En parlant ainsi, elle exaspère le désespoir, pour que les spectateurs constatent qu’Il est Dieu Celui qui apporte ainsi le salut aux morts dont ont désespère du salut, qui donne la vie à la pourriture.
Levant ses yeux eu haut. Il lève les yeux en haut pour nous léguer la façon de supplier, non pour se préparer à Lui-même un moyen de demander. Car Il regarde en haut Celui qui est toujours en haut avec le Père, dont le Père est toujours en Lui, et Lui toujours dans le Père. Je suis dans le Père et le Père est en moi.
Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé Il rend grâce de quelque chose qui a déjà été accordé.
On nous dit ce que le Père a entendu, mais on tait ce que le Fils a demandé. Mes frères, dans la relation Père- Fils, il y a l’amour qui porte à écouter, mais il n’existe aucune nécessité de supplier. Il y a l’assentiment provenant de la charité, mais non l’austérité du commandement.
Tout se règle dans l’amour, là où les marques de déférence ne sont pas requises, comme la suite le révèle. Père je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je savais que tu m’exauces toujours. Mais je dis cela pour le peuple qui m’entoure. Vous voyez qu’en disant de telles paroles, Il exalte l’amour qu’Il porte à son Père et le met en pleine lumière. En rendant grâce, Il parle de l’unité qui existe en Dieu. Il avait dit : Tout ce que mon Père a est à moi. Et si tout ce qu’a Son Père est à Lui comment demande-t-Il ? Celui qui demande ce qui lui appartient ne le fait pas poussé par le besoin, mais par l’amour. Père je te rends grâce de ce que tu m’as exaucé. Moi, je savais que tu m’exauces toujours. Mais je dis cela pour le peuple qui m’entoure, pour qu’ils croient que tu m’as envoyé. Il se dit envoyé, pour que les peuples sachent que le Christ est venu du ciel sans s’en être éloigné. Selon la même logique, le Fils reçoit ce qu’il possède, et le Père ne perd pas ce qu’Il donne.
Mes frères, ce qui est entendu, ce qui est envoyé, ce qui vient, ce qui reçoit, ce qui naît, ce qui souffre, ce qui meurt et ce qui ressuscite n’appartient pas à la divinité mais à notre infirmité, à notre nature. Tout ce qu’Il a assumé dans notre corps à cause de nous, Il ne l’a pas assumé dans la nature divine de sa Majesté, parce que Dieu en aurait eu besoin.
Mais revenons à notre sujet. Pourquoi dit-Il :
Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.
Oui, pourquoi donc ? Au moment où le Christ commence à déboulonner le portail de l’enfer, à sortir de leurs gonds les portes du tartare, à forcer le pont-levis de la mort, à dissoudre la loi vieillotte de la géhenne, à jeter à bas le droit très ancien des peines, à réclamer l’âme de Lazare, à découvrir le chemin du retour de l’enfer, accourt à Lui en furie toute la puissance du tartare, brandissant l’édit du Prince suprême, exhibant le décret du Roi d’en haut, colportant la sentence séculaire de condamnation portée par Dieu. Et apercevant l’homme, elle se demande qui Il est , ce qu’Il osera, ce qu’Il veut, et pourquoi, seul et sans aucune crainte, assaille-Il et envahit-Il le porche de la mort ? A celui qui demande qui Il est, les ministres de la résurrection, les anges, répondent avec la voix du prophète : Il est le roi de gloire, il est fort et puissant dans le combat. Mais réplique le tartare : Je connais moi, le Roi de gloire qui préside dans les cieux sur toutes les puissances célestes, dont toute la création ne peut pas supporter le moindre signe de tête. Mais Celui-ci, je vois qu’Il vient de la terre, qu’Il a été formé du limon, qu’Il est doté d’un corps mortel, qu’Il est de forme et de condition humaine. Il est même plus vil que les hommes, puisqu’Il doit être livré au sépulcre, et qu’Il s’apprête à tomber sous ma juridiction. Mais les anges persistent et répètent : Celui-ci est le Seigneur des vertus, c’est Lui le roi de gloire. C’est Lui qui préside dans les hauteurs, c’est Lui le créateur du monde, c’est Lui le sauveur du monde. Lui, le Rédempteur de tous, portera la sentence de condamnation sur le vol que tu as commis. C’est Lui qui te piétinera la tête, qui fracassera ton empire, qui te châtiera par son jugement, toi qui après avoir reçu l’ordre de t’emparer des coupables, séduis les innocents, déchires les saints, et portes ton insolence jusqu’à menacer le Fils de Dieu Lui-même. Rends-en donc un avant d’être forcé d’en renvoyer plusieurs. Mais ne croyant pas encore ces choses, le tartare s’adresse au Ciel par le moyen de ses messagers accoutumés, pour porter plainte en un plaidoyer inspiré par l’envie : Moi, Seigneur, même si je suis la dernière de tes créatures, et qu’asservi à ton triste service, j’observe tes préceptes comme s’il s’agissait d’une loi inviolable, je veille à ce qu’aucun novateur téméraire ne porte atteinte au droit antique fondé sur ta sentence de condamnation. Mais un homme est apparu qui se dit le Christ, se vantant d’être ton Fils. Il interpelle tes prêtres, dispute avec les scribes, viole tes sabbats, affranchit de l’observance de ta loi, et force à retourner à leurs corps, dans lesquels ils ont vécu avec scélératesse, les âmes qui vivent sans la chair, qui sont condamnées à la peine et remises à ma charge. Et Il pousse ses audaces si loin qu’Il cherche à faire sortir de l’enfer par effraction Lazare déjà claustré dans notre prison, un vaincu régi par notre loi, relevant déjà de notre code de droit. Hâte-toi d’intervenir, autrement, s’il ouvre une fois les portes, tu perdras tous ceux que pendant des siècles nous avons écroués. A ces paroles, le Fils répondit du sein du Père : Mon Père, il est juste que la prison retienne ceux qui ne sont pas innocents, mais non les innocents. Que la peine ne torture pas les justes, mais les injustes. Pendant combien de temps continuera ce carnivore à attirer à lui en une cruelle vexation, à cause de la faute d’un seul homme, à cause du péché du seul Adam, les patriarches, les prophètes, les martyrs, les confesseurs, les vierges, les veuves, ceux qui ont pratiqué la chasteté dans le mariage, tous les états, l’un et l’autre sexe, et les enfants qui ne connaissent ni le bien ni le mal ? Père, je mourrai pour que tous ne meurent pas. Père, moi, je vais payer la dette d’Adam, pour que par moi ils vivent pour toi, ceux qui par Adam meurent dans l’enfer. Père, à cause de ta sentence de condamnation, je répandrai, moi, mon sang, autant qu’il le faudra pour que ta créature revienne à Toi. Que la valeur de mon sang soit pour toi le prix exigé pour la rédemption de tous les morts. Toute la trinité donna son consentement à ces paroles, et ordonna à Lazare de sortir. Et le tartare reçut l’ordre d’obéir au Christ et de rendre tous les morts. Voilà pourquoi le Fils clame : Je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. L’Apôtre atteste que le Christ, notre avocat, est auprès du Père.
Donc quand Il siège, Il juge conjointement avec le Père.
Quand Il se tient debout, Il remplit le rôle de l’ Avocat. Le Christ donc, après invoqué son Père, crie d’une voix puissante : Lazare, viens dehors ! Alors le tartare rendit Lazare à la terre, pieds et poings liés. Il craignait en tremblant que s’il ne le libérait pas, s’il temporisait et s’il tardait à en remettre un seul, il serait forcé de les rendre tous. Il fut ainsi un complice de l’évasion des morts celui qui s’était accoutumé à être leur ravisseur. Pourquoi le Christ a-t-Il rompu les chaînes de l’enfer, a-t-il dénoué les liens de la mort, si ce n’est pour nous montrer le redoutable esclavage de l’enfer ? Car si le diable a tenu tête à l’ange au sujet du corps de Moïse, comment le tartare ne se serait-il pas opposé au Christ au sujet de la vie et de la résurrection de Lazare ? Priez, mes frères, pour que nous qui avons gouté à la résurrection, à la coupe de laquelle Lazare a été le premier à boire, nous méritions d’entendre, au retour du Christ, les paroles de la résurrection universelle.
- 66ième sermon de Saint Pierre Chrysologue
Nous avons fait lire aujourd’hui un récit rapporté par deux évangélistes différents, pour que votre esprit aille au devant de notre sermon, et pour pouvoir clarifier certains points obscurs. Pourquoi notre réflexion sur la résurrection de Lazare nous a-t-elle poussé à faire mention de l’autre Lazare, vous l’apprendrez par ce qui suit. Nous sommes impatients de vous présenter et de vous montrer les destins étonnants du pauvre Lazare et du riche inhumain, ce qui leur est arrivé à tour de rôle de redoutable, et leurs lamentables conditions, parce que le riche qui a dédaigné d’écouter d’une oreille compatissante le pauvre affligé des maux de la vie présente, n’a pas mérité de trouver un pauvre qui compatirait aux maux de la vie future. Brûlant de soif, il ne reçut pas d’eau pour le soulager celui qui a refusé à la faim du pauvre exténué le réconfort d’un morceau de pain. Quand il était dans les tourments, il éleva les yeux, et vit Abraham au loin, et Lazare dans son sein. C’est en vain qu’il regarde maintenant Lazare en haut celui qui a dédaigné de le voir en bas. De pareilles gens le prophète a dit : Ils ont décidé d’abaisser leur regard sur la terre. Comme il était dans les tourments. Il est aiguillonné par une douleur lancinante celui qui n’a pas été ulcéré par la vue de la misère; les tourments vexent celui que les plaies de Lazare n’ont pas ému. Il ne voit pas pour rien ses peines avivées l’ingrat qui se vautrait dans la pourpre. Il vit Abraham au loin. Abraham était loin de celui qui n’avait pas été proche du pauvre. Le riche a vu un Abraham doté de richesses mais pauvre d’inhumanité. Abraham est riche mais plus par l’humanité que par le recensement. Mais toi, tu as été plus riche d’inhumanité que de richesses. Le nomade Abraham s’est conduit en sédentaire envers ceux qui lui demandaient l’hospitalité . Mais toi qui possédais des palais, tu n’a pas même donné un toit au pauvre. Abraham en accueillant des serviteurs a reçu le Seigneur, et en donnant des pains à tous les hommes, il a eu le Seigneur lui-même comme commensal. Toi parce que tu as refusé à chaque pauvre quelques miettes de pain, tu as perdu la goutte d’eau du rafraîchissement.
Et en criant il dit. Il crie là-bas celui qui a dédaigné d’entendre ceux qui criaient ici. Là la réclamation est inutile, et vaine la récrimination. Ecoute le prophète qui dit : Dans l’enfer qui te confessera ? Pour qui l’enfer est-il un lieu de miséricorde ? Dans les tourments, ya-t-il un espoir de pardon ? Et à l’heure de la sentence, qui réclamera l’indulgence ? Père Abraham, aie pitié de moi ! Fils cruel, quelle miséricorde demandes-tu, toi qui, en la refusant au pauvre, te l’as refusé à toi-même ! Et envoie Lazare.
Malheureux fils, si Lazare était venu à ta table, tu pourrais toi aussi prendre place à table.
Pour qu’il plonge la pointe de son doigt dans de l’eau. Celui qui ferme sa main au pauvre prend un boit de doigt pour une canne; et il a soif d’une goutte d’eau celui qui pour ne pas donner une gorgée de vin dissimule la bouteille dans une citerne . Pour qu’il plonge l’extrémité de son doigt. Celui qui ne donne pas ses richesses au pauvre, qui ne le prend pas en pitié, se soustrait à la miséricorde.
Pour qu’elle refroidisse ma langue, parce que je souffre horriblement dans cette flamme. Comme s’il avait une partie du corps qui fut immunisée contre l’incendie. Mais elle brûle davantage la langue de celui qui a négligé de donner des ordres pour que soient exercées les œuvres de miséricorde. Elle ressent plus l’incendie la langue qui a maudit le pauvre et qui a contrecarré la miséricorde. Mais la langue qui souffre le plus de tourments est celle qui, en dérogeant à ce qu’elle doit au pauvre, a blasphémé l’Auteur du pauvre. Mais écoutons ce qu’a répondu Abraham : Fils, souviens-toi que tu as reçu des biens pendant ta vie, et Lazare des maux. Personne ne pensera en entendant ces choses que le riche a reçu des biens en récompense de ses bonnes actions, puisque ces biens ne font que le rendre plus coupable. Car, ayant reçu de Dieu des biens à la place des maux qu’il méritait, il a refusé avec mépris de rendre à Dieu ces biens, en les mettant à notre usage. Car ses si grandes richesses ne lui ont pas donné de quoi prendre le pauvre en charge, ni n’ont fourni la dépense de la plus petite offrande à Dieu. Mais le pauvre, riche de blessures, dépouillé de tout selon le recensement, émacié, revêtu de ses souffrances, offrait constamment à Dieu, comme une hostie, son âme qui était seule à ne pas être recouverte de plaies. Voilà pourquoi ses douleurs lui ont procuré le repos, l’opprobre la gloire, les mépris les honneurs, le dédain humain la faveur divine, ses souffrances l’immortalité, ses plaies des récompenses, sa soif la fontaine rafraîchissante, sa faim les délices sempiternels de la table céleste. Et celui que le portique du riche n’a pas reçu, le sein de la divine consolation l’a accueilli. Toi, riche, qui autrefois resplendissais dans la pourpre, couvre-toi maintenant de fumier, et, au lieu de vêtements d’écarlate, vête-toi de flammes. En souvenir des coussins moelleux des salles de banquets, supporte la dureté des tourments; et à la place des mets somptueux, rassasie-toi de peines. Compense l’abondance par la disette, cuve tes ébriétés avec la soif; et en guise de parfum, asperge-toi de puanteur. Car celui qui a reçu les hommages de la volupté a pour serviteurs les peines. C’est toi qui, en méprisant le pauvre, a opéré cette métamorphose. Abraham a ajouté ceci : Pour toutes ces choses, entre vous et nous un abime immense a été constitué, de sorte que ceux qui veulent traverser d’ici vers vous ne le peuvent pas, ni d’ici transférer ces choses. . En disant cela il déclare qu’avant la venue du Seigneur, les justes aussi bien que les injustes étaient dans les enfers. Il révèle qu’ils n’étaient pas situés dans des directions opposées, mais séparés par des lieux seulement. Après que le Seigneur ressuscité des morts eut ouvert les portes de l’enfer, rendu les cieux accessibles, décadenassé le paradis, Il permit aux saints d’entrer dans le royaume du paradis, de parvenir à la gloire du ciel. Celui qui croit ces choses comprend ce que la venue du Christ a apporté aux mortels. Il était donc fou ce riche de penser pouvoir permuter les lieux dans les enfers, puisque c’est d’après la façon dont il agit ici-bas, en bien ou en mal, qu’il établit les frontières du lieu de la peine ou du repos. Sot pendant sa vie, le riche s’avère plus sot encore au lieu de la punition. Et celui qui n’a pas sur reconnaître le temps de son bonheur ignore dans sa misère celui de ses malheurs. Je te prie, père. C’est maintenant que tu demandes ? Ce n’est plus le temps de demander mais de souffrir. Je te demande, père. Quoi ? D’envoyer Lazare dans la maison de mon père. Avant que Lazare gise saintement près de ta porte, sur laquelle sa faim a gravé les titres de ton inhumanité, où il a honoré ton perron de ses ulcères, et où le pus qui en découlait a entaché tes miettes de pains ? Sois franc , tiens-toi debout à ton tour , et cesse de feindre la pitié! Il est clair comme le jour que tu ne peux pas supporter de voir Lazare dans l’état où il est. Qui ne sait, qui ne comprend que la béatitude de Lazare te brûle plus que l’incendie de la géhenne ! Abraham répondit : ils ont Moïse et les Prophètes. Qu’ils les écoutent ! Ce qui signifie : si Moïse qui renversa les royaumes d’Egypte avec le concours des éléments qui militaient pour lui, qui assécha la mer rouge, qui solidifia les vagues, qui fit jaillir l’eau du rocher, qui tempéra l’ardeur du soleil par une nuée, qui fit briller la lumière pendant la nuit, qui fit pleuvoir des cailles du ciel, qui fit apporter des pains par la rosée, si ce Moïse non seulement ils ne l’ont pas écouté, mais se sont efforcés de le tuer, ces gens-là daigneront-ils écouter Lazare, eux qui ont infligé à Moïse autant de plaies qu’il produisait de prodiges ? Découvre-moi et fais-moi connaître ce que j’ai accompli, et avoue ce que tu as fait. Non père Abraham. En toute vérité, Abraham n’était pas son père, car il n’était pas le fils d’Abraham mais de la géhenne.
Non, père Abraham, mais si quelqu’un vient des morts vers eux, ils feront pénitence. Ce que le riche suppose du cœur de tous, ce qu’il attend des désirs de tous, ce qu’il attribue aux voeux de tous les mondains, nous sommes habitués d’entendre tous le susurrer : Oh! Si quelqu’un venait de chez les morts, et rapportait ici ce qui s’y passe, tout le monde le croirait ! Ce genre de discours est celui de personnes qui doutent ! Qui vient ici d’où personne ne vient ? Qui prouvera qu’après la mort on existe encore ? Nous ne disons tous que ce que nous avons entendu; nous ne comprenons que ce qui découle de ce qui a été dit. Car ce que la foi comporte de vrai est enseveli dans les profondeurs. Mais c’est la perfidie non l’ignorance qui nous fait parler de cette façon de ce que nous croyons, c’est ce que démontre la lecture de saint Jean qui suit. Car comme le riche l’avait demandé, Dieu envoya Lazare dans un autre Lazare. Mais pourquoi était-il envoyé, en quoi était-il désiré, qu’avait-il obtenu en ressuscitant, ayez la patience de l’entendre. Les princes des prêtres prirent la décision de tuer Lazare parce que plusieurs à cause de lui s’éloignaient d’eux et croyaient en Jésus.
Comme si sa renaissance avait été désirée pour qu’il réitère les souffrances de sa mort. Ils ne veulent pas, non, ils ne veulent pas prêter foi à ce qu’ils voient ceux qui ne veulent pas croire à ce qu’ils entendent. Nous savons, nous savons que la vie est préparée pour les bons et des châtiments pour les mauvais. Mais parce que nous sommes retenus captifs des vices, nous ne voulons pas profiter du temps qui nous est donné pour pratiquer les vertus. Nous feignons d’ignorer ce que nous savons, et nous ne voulons pas que quelqu’un vienne des enfers pour nous dire ce qu’il y a après la mort, car le Christ qui vient du ciel et qui retourne des enfers, a enseigné par la parole et a confirmé par l’exemple quels sont les biens qui demeurent pour toute l’éternité dans le ciel, et quels sont les maux que l’on doit s’attendre à trouver en enfer. Mais peut-être que nous ne croyons pas non plus en ces choses, et que nous ne voulons pas que le Christ revienne, parce que nous ne voulons pas que le monde passe, mais surtout parce que nous nous lamentons de la disparition des vices. Le Christ n’est pas venu fuir la vie mais la mort. Il est venu fuir la mort non la vie, rappeler le monde à Lui, non le détruire, anéantir les vices, non réduire à rien sa créature. Mais priez, mes frères, pour qu’à son retour le Christ nous trouve capables de participer à son règne, selon son désir et son commandement.
67ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue
Vous avez prêté attention à l’exposé de la foi, écoutez maintenant une explication de l’oraison dominicale. Le Christ a enseigné à prier en peu de mots, Lui qui veut accorder promptement ce qu’on demande. Que ne donnera-t-Il pas à ceux qui Lui demandent quelque chose, Celui qui s’est donné Lui-même à ceux qui ne le demandaient pas ? Ou quel retard mettra-t-Il à répondre celui qui prévient les désirs et les demandes en dictant les prières ? Ce que vous allez entendre aujourd’hui stupéfie les anges, émerveille le ciel, époustoufle la terre. La chair ne le tolère pas, l’oreille ne le capte pas, l’esprit ne le saisit pas, la créature entière ne peut le supporter. Je n’ose pas le dire, mais je ne puis pas me taire. Que Dieu vous accorde à vous de pouvoir l’entendre, et à moi, de pouvoir le dire ! Qu’est-ce qui est le plus extraordinaire ? Que Dieu se soit donné à la terre, ou qu’Il vous donne au Ciel ? Que Lui-même entre en association avec la chair, ou qu’Il vous fasse entrer en participation avec la divinité ? Qu’Il ait Lui-même assumé la mort, ou qu’Il vous ait soustrait à la mort ? Qu’Il ait pris sur Lui votre pauvreté, ou qu’Il fasse de vous ses héritiers, ses uniques cohéritiers ? Y a-t-il quelque chose de plus renversant que la terre soit transférée dans le ciel, que l’homme soit mué en la déité, et que le sort de la servitude et de l’esclavage obtienne du sort les droits de la domination et de la suprématie ?. Mais bien que cela soit redoutable, puisque ce n’est pas celui qui enseigne qui en porte la responsabilité, mais Celui qui ordonne d’enseigner, accédons, mes fils, là où la charité nous appelle, où nous attire l’amour, où nous invite l’affection. Que les cœurs expérimentent la présence de Dieu le Père, que la voix résonne au loin, et que tout ce qu’il y a en nous réponde à la grâce, non à la crainte. Car Celui qui a changé le Juge en Père, veut être aimé, non craint.
Notre Père qui es aux cieux. (Matt.V1) Quant tu dis cela, ne l’entends pas au sens où Il ne serait pas sur la terre. Ne va pas penser qu’Il est enfermé dans un lieu, Lui qui renferme tout, mais comprends que tu tires ton origine du ciel, et que ton Père est céleste. Et fais en sorte qu’une vie sainte réponde à la sainteté de ton Père.
Il prouve sa filiation divine celui qui n’est pas avili par des vices humains, celui chez qui commencent à luire les vertus divines. Que ton nom soit sanctifié. Celui dont nous sommes la progéniture, reconnaissons-le aussi par le nom. Nous prions donc pour que son nom qui par lui-même et en lui-même est saint soit sanctifié en nous. Car le nom de Dieu est honoré par nos bonnes actions ou blasphémé par nos mauvaises. Ecoute l’Apôtre qui dit : Le nom de Dieu à cause de vous est blasphémé chez les nations. Que ton règne vienne. Et quand donc Dieu n’a-t-Il pas régné ? Nous demandons donc que Celui qui a toujours régné pour Lui-même règne maintenant en nous, pour que nous puissions nous aussi régner en Lui. Le diable a régné, le péché a régné, la mort a régné, et la mortalité a été longtemps captive. Nous demandons donc qu’à la venue du règne de Dieu, le démon obéisse, le péché disparaisse; que la mort meure, que la captivité soit capturée, pour qu’une fois affranchis, nous puissions régner dans la vie perpétuelle.
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. C’est le royaume de Dieu quand sur la terre et au ciel, il n’y a plus qu’une seule volonté : celle de Dieu. Quand la Sagesse de Dieu est dans tous les hommes, c’est alors que Dieu agit, que Dieu vit, que Dieu règne. Dieu est tout, selon le mot de l’Apôtre : Que Dieu soit toutes choses en vous tous !
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Celui qui s’est donné à nous comme Père, qui nous a adoptés pour Lui-même comme ses fils , qui nous a fait héritiers de la création, qui nous a ennoblis en nous faisant porter son nom, qui nous fait participants de son honneur et de son règne, c’est le même qui approuve que nous demandions notre pain quotidien. Que cherche la pauvreté humaine dans le royaume de Dieu, parmi les dons divins ? Un père si bon, si compatissant, si généreux n’accorderait le pain à ses fils que dans la mesure où ils l’en supplient ? Mais que dire alors de cette parole de Jésus :
Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez, ni de ce que vous boirez, ni de quoi vous vous vêtirez. Il ordonne de demander ce dont Il nous défend de nous préoccuper, jusqu’à ce que le Père céleste nous exhorte nous, ses fils célestes, à demander le pain du ciel. Car c’est Lui-même qui a dit :
Je suis le Pain descendu du ciel. Il est le Pain qui a été semé dans le sein de la Vierge, qui a fermenté dans la chair, qui a été pétri dans la passion, cuit dans la fournaise du sépulcre, conservé dans les églises, offert sur les autels, et qui assure à chaque jour aux fidèles la nourriture céleste. Et remettez- nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous doivent. Homme, si tu ne peux pas être sans péché, et si tu veux toujours qu’on te remette tout ce que tu dois, remets toujours aux autres ce qu’ils te doivent. Toutes les fois que tu veux qu’on te remette ce que tu dois, remets aux autres ce qu’ils te doivent. Homme, comprends qu’en pardonnant aux autres tu t’accordes à toi-même le pardon. Et ne nous induis pas en tentation. La vie dans le siècle est à elle seule une tentation. La tentation est le lot de l’homme. Demandons donc que notre Père ne nous abandonne pas à notre libre arbitre, mais que dans toutes nos actions Il nous serre paternellement la main, et qu’Il nous maintienne dans le chemin de la vie avec une patience céleste. Mais délivre- nous du mal. De quel mal ? Du diable, sans aucun doute, de qui vient tous les maux. Demandons d’être libérés du mal, car celui qui ne s’est pas privé du mal ne peut pas jouir du bien.
Si ceux qui ne sont pas encore nés, qui se développent dans le sein de leur mère, demandent déjà du pain, attendent déjà le règne, pourquoi se demander à quoi s’occupe constamment le Fils de Dieu dans le sein mystérieux du Père ? Si l’église engendre, il n’y a pas à en chercher la raison, c’est un mystère céleste. Que le Fils de Dieu ait été dans le Père, Il ne l’est pas à la façon dont le conçoit la raison humaine.
Les choses divines ne doivent pas être considérées à la façon humaine. Tu as entendu le mot Dieu, ne va pas penser à quelque chose de terrestre ou d’humain. Tu as entendu " le Père du Christ ", crois qu’Il est Fils par nature. Tu as entendu que Dieu est ton père. crois qu’Il l’est par grâce. Il a toujours été en état d’avoir un Fils. Mais c’est tout récemment qu’Il t’a donné d’être fils. Sache donc être fils sans cesser d’être serviteur. Comprends que tu as été rétabli à la ressemblance du Christ, de façon à toujours te souvenir que tu es le sujet du Christ.
68ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue
Cette condition mortelle, cet organisme terrestre, cette substance argileuse, que la vie et que la mort inquiète, qui est rompue au labeur, rongée par les peines, en un mot, la nature sujette à la pourriture et à la poussière ne peut comprendre, n’a pas ce qu’il faut pour estimer à sa juste valeur ce qu’elle est forcée aujourd’hui de confesser, et qu’elle n’ose rejeter, bien qu’elle ait une peur bleue de le croire. La fragilité humaine ne peut pas découvrir comment elle a pu mériter une si grande gratuité des dons de Dieu, et la munificence de ses promesses. Je pense que le prophète Habacuc n’a pas eu de difficulté à prévoir cela par la vue de l’esprit lorsque, sous le coup d’une si grande commotion, il fut agité de frayeur par ce qu’il avait entendu. Il a dit : Seigneur, j’ai entendu ta parole, et j’ai eu peur. J’ai considéré tes œuvres, et j’ai été épouvanté.
Il a eu peur de ce qu’il a entendu non seulement parce qu’ un si grand prophète avait entendu parler le Seigneur, mais parce qu’alors le serviteur a découvert que son Seigneur s’était converti à lui ; et il L’a entendu parler en Père. Il n’a pas été terrorisé en contemplant le cosmos qui forme une harmonie à partir d’éléments dissonants et hétéroclites, mais parce qu’en considérant les œuvres d’une telle miséricorde envers lui, il a tremblé et frémi d’admiration. J’ai considéré tes œuvres, et j’ai été épouvanté. Le serviteur qui avait perdu l’espoir se voit avec stupeur adopté comme un fils. Pour que vous ayez une idée de l’estime et de la vénération que vous devez avoir envers la prière que la Divinité aujourd’hui vous communique et vous infuse, le prophète ose se libérer de la peur qu’avait provoquée en lui la perception des dons célestes. Voyez ce qu’il dit ensuite : J’ai conservé, et mon ventre s’est épouvanté en entendant le discours de tes lèvres.
Après qu’il eut réalisé la largesse du don divin, il s’est surveillé lui-même, pour ne pas avoir une fois de plus, comme dans le paradis, à se combattre comme un ennemi, un adversaire, un voleur. Il devint un plus vigilant, un plus vaillant gardien de lui-même, lui qui, après un si grand désastre, conserve un trésor céleste dans des vases fragiles. Et mon ventre a été terrorisé.
Ce que ce Prophète appelle ventre, c’est le cœur. Le cœur se nourrit et se remplit de ce que lui apporte les sens, comme le ventre se nourrit d’aliments. Et mon ventre a été épouvanté en entendant le discours de tes lèvres.
Si c’est l’intelligence du cœur qui a placé ces mots dans sa bouche, qui a donné à ses lèvres ces paroles, pourquoi ses vœux, pourquoi ses désirs, pourquoi les supplications qu’il s’apprêtait à faire l’ont-ils terrorisé ? Parce que ce n’était pas à l’instigation de son cœur qu’il parlait, mais sous l’inspiration de l’Esprit divin. Ecoute Paul qui dit : Le Seigneur a envoyé l’Esprit de son fils dans nos cœurs, qui crie Abba, Père. Quand le message pénétrait à l’intérieur, il était renversé d’avoir tant mérité, et son cœur battait à tout rompre.
Ce n’est pas pour rien qu’il ajoute : Et la crainte entra dans mes os, parce que les viscères elles-mêmes du prophètes étaient atteintes. Et en-dessous de moi, se trouble ma force.
Que veut dire : en dessous de moi ?
Jusqu’à ce que la grâce ait élevé ce même homme vers le haut, il gisait en dessous par sa nature primitive, et la vertu terrestre ne pouvait pas supporter la vertu céleste. Le mont Sinaï fumait déjà avant que Dieu ne descende sur la montagne pour donner la loi. Qu’aurait pu faire la chair quand Dieu est descendu dans la chair, pour communiquer la grâce à la chair ? Le Père est venu parce que l’homme ne supportait pas Dieu, le serviteur le Seigneur. Et parce qu’Il est fidèle à sa parole Celui qui a dit : J’ai ouvert ta bouche, et je l’emplirai. Ouvrez donc maintenant vos bouches, pour que Lui-même les remplisse d’une telle prière, d’une telle supplication.
Notre Père qui es aux cieux. Où sont ceux qui se méfient de la promesse de Dieu ? Voyez comme elle est rapidement récompensée la confession de la foi : dès que tu as confessé Dieu comme le Père d’un Fils unique, tu es toi-même adopté comme fils de Dieu le Père, pour que tu sois héritier du ciel, toi qui avais été exilé du paradis et de la terre.
Et c’est pourquoi tu l’appelles maintenant notre Père qui es aux cieux. Parce que tu as eu un autre père qui t’avait fait ramper dans la vase, qui t’avait amené et incarcéré dans les cachots de l’enfer. Celui qui redemande un Père à la nature céleste qu’il ne demande pas un père à la poussière, qu’il n’accorde aucun droit en lui à ce qui est vil. Et celui qui se croit fils de Dieu, qu’il réponde à une telle filiation par ses actes, pas sa vie , par ses mœurs, par son honnêteté, de peur que, redescendant vers les choses terrestres , il ne fasse injure à un tel père. Que ton nom soit sanctifié Si le nom du Christ donne la vue aux aveugles, la course aux boiteux, la guérison aux malades de différentes maladies, la vie aux morts, et te sanctifie, totalement, toi qui es sa créature, pourquoi demandes-tu qu’il soit sanctifié ? Parce que par le Christ tu es appelé chrétien.
E tu pries pour que la prérogative d’un tel nom soit corroborée par tes mérites subséquents.
Que ton règne arrive.
Il demande la dévotion, Il exige les désirs, Il requiert les vœux Celui dont l’avènement du règne dépend de sa seule puissance. Il est fidèle ce soldat, qui a soif de la présence de son Roi, qui espère qu’il règnera, qui désire vivement et intensément qu’il triomphe. . Mais ici tu demandes qu’il advienne qu’Il règne en toi, toi en qui le diable a tenu et exercé la principauté, la mort son empire et l’enfer sa puissance. Prions donc, mes très chers, pour que le Christ règne toujours dans son soldat, et que le soldat triomphe toujours dans son roi. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Bienheureux le jour qui associera et ajustera les volontés terrestres aux célestes, pour qu’entre des substances disparates existe une seule et même volonté. On peut parler de paix stable, d’union sans heurt, de persévérance dans la grâce quand, sur l’ordre d’un seul Seigneur, une famille aux tempéraments divers devient une par la volonté et le sentiment.
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Après le pain du royaume céleste, qui demande un pain terrestre ? Mais à chaque jour, Il veut que nous demandions le viatique du pain dans le sacrement de son corps, pour qu’Il nous conduise au jour éternel et à la table elle-même du Christ. Pour que ce dont nous avons eu ici-bas l’avant-gout nous nous en rassasions complètement et en plénitude. Et pardonnez-nous nos dettes comme nous pardonnons à nos débiteurs. Celui qui demande ainsi et qui ne remet pas les dettes, c’est sa prière même qui le condamne. Celui qui demande qu’on lui donne et qu’on lui remette dans la mesure même où il donne et remet, contracte avec Dieu un pacte, signe avec Dieu un contrat. Que chacun exige qu’on ne lui rende que ce qu’il aura accordé aux autres. Elles doivent être remises les dettes, mes frères, non seulement d’argent, mais de toutes les fautes, de tous les crimes, de quelle nature qu’elles soient. Quelle que soit la grandeur de l’offense, quand quelqu’un t’aura offensé, pardonne. Et ne nous induis pas en tentation. Nous sommes forcées, mes frères, de demander cela des milliers de fois de multiples façons, pour que la fragilité n’ose pas présumer pouvoir tenir le coup à elle seule, ni compter sur ses propres forces. Car la présomption pourrait la faire tomber dans le combat, et à la fin, un Dieu offensé pourrait livrer aux tentations ceux qu’il abandonne. Mais délivre-nous du mal. Il fait preuve de suffisamment d’humilité, et ne présume pas pouvoir se sauver par lui-même celui qui implore d’être libéré par Dieu du mal. Signez-vous !
Essayez de comprendre , mes fils, la grandeur de la gloire et de la puissance des parfaits et des forts, quand une si grande vertu se découvre dans notre conception et une si grande majesté dans notre naissance. Celui qui n’est pas encore né appelle le père, sollicite la sainteté, demande le règne, donne des droits à la terre, accorde les volontés terrestres aux volontés célestes, et exige déjà dans son zèle la récolte annuelle pour les travaux agricoles futurs. Donne-nous notre pain quotidien.
Bienheureux êtes-vous vous qui avez commencé à vaincre avant de combattre, à vivre avant de triompher, à parvenir aux entrepôts du père avant de rejoindre le sein maternel. Qui vous êtes nourris de légumes avant de sucer le lait, qui avez chanté à pleins poumons l’hymne de la victoire avant de vagir et de gazouiller dans le berceau. Ce que dit l’Apôtre n’est que trop vrai : la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.
Qui trouvera les mots pour célébrer le sacrement (le baptême) par lequel la Vierge mère (l’Eglise) enfante dans tout l’univers à chaque jour, sans abandonner à la peine ceux qui viendront après, mais les envoie avant elle à la gloire éternelle.
69ième sermon de
Saint Pierre Chrysologue
Est-ce que tu penses que le cœur mortel est capable de comprendre la grandeur de la charité que le Seigneur nous porte ? Est-ce que tu penses que l’esprit qui est écrasé par le poids du corps terrestre comprend et sent l’amour divin à notre égard ? Car tout ce qui dans le ciel luit, brille et resplendit en fait d’ornementation , tout ce qui sur la terre embaume dans les fleurs, a de la saveur dans les fruits, tout ce qui nous réjouit dans les animaux a été fait pour que nous l’aimions, pour que tout cela soit affecté à notre service.
Mais bien que ce soit de grandes choses, elles sont trop petites pour être pour nous un signe de l’amour divin à notre endroit. Les principautés dans les cieux, les puissances célestes , les dominations sublimes militent en notre faveur, remplissant leur devoir en montant la garde sans se lasser. Mais ces choses sont encore trop infimes et insignifiantes pour nous faire comprendre l’intérêt que Dieu nous porte; elles sont d’autant plus négligeables que la créature est inférieure au Créateur. Le Dieu dont on ne peut contempler le visage, qui échappe à la vue, que les sens ne peuvent appréhender, qui est inaccessible à l’esprit, qui ne peut être connu pleinement par la parole, combien de fois, avec quelle insistance, de combien de façons diverses, ne s’est-Il pas adapté à nos différents blocages ?
Comme Il se prête à la communion humaine, comme il s’abandonne à la familiarité humaine, quand Il nous rend participants de sa prise de décision, et quand, voulant châtier le monde, Il nous avertit de l’imminence du déluge; et quand Il place tout l’univers, sous sa garde, dans la semence minuscule de l’arche. Quand il vient vers Abraham comme hôte, invité, Il avance avec courtoisie , ne repousse pas ce qu’on lui offre, accepte les mets comme s’Il était affamé et exténué , et comme s’Il souffrait de la solitude, Il reçoit et accepte la compagnie humaine. Il en est résulté que les membres morts du vieillard sont revenus à la vie aussitôt , que les viscères rabougris de la vieille stérile se sont assainis, et que la nature ensevelie dans un cadavre vivant, s’étant réveillée, a ressuscité son auteur, et, une fois le temps de la génération passé, en a engendré plusieurs par un seul qu’elle croyait son créateur. Pour Moïse, un Dieu igné se met en forme de boule dans le buisson. Il discute ensuite avec son esclave de ce qu’il y a à faire, s’affaire à différents prodiges en Egypte, et se manifeste au moindre signe de celui qui Lui est asservi. Il inflige des fléaux, ou les annule. Et la grandeur qu’il possédait dans la mer, à quel point Il l’a donnée à l’homme, le service obséquieux de l’onde vengeresse le démontre, lorsque, l’abime asséché, elle fléchit devant les pieux, et les vagues s’étant solidifiées , elle prépare un mur, dressant ainsi un rempart pour ceux qui devaient être libérés; et de toute la force de sa nature, elle reflue pour triompher d’un ennemi très cruel. Et, partageant la vie de camp des Israélites dans une étonnante camaraderie, Il frappe un grand nombre de peuples tantôt par la foudre, tantôt par la grêle. Il les abat parfois au seul son de la trompette, pour que sans conflit, sans blessures, Il dirige vers la victoire les armées qu’Il précède. Il a exaucé les désirs et les vœux de chacun en particulier, a répondu sans retard aux interrogations. Il a révélé des secrets, a prédit les évènements à venir , et a fait trouver ce que l’on recherchait. Il a accordé le règne, a donné la prospérité, a modéré les pluies, a rendu les terres fertiles. Il a honoré les époux par une progéniture abondante.
Mais Il a considéré que ce serait bien peu de chose de montrer son affection envers nous en faisant prospérer nos entreprises, s’Il ne nous aidait pas dans nos calamités. Après toutes ces choses, Il entre, pauvre, dans son monde, gît dans un berceau comme homme, implore par son vagissement. Il demande, Il exige la piété que Lui-même t’a accordée. Le Père de tous se sert de toi comme parent;
Celui à qui toute grandeur est soumise se soumet à toi; Il a craint Celui que craint ce qui est à craindre. Il a fui Celui auprès de qui tous viennent chercher un refuge. L’Arbitre du ciel est un hôte dans les maisons des pécheurs. Il se repait de pains celui qui pait tout le monde. A quoi bon en dire davantage ? Le Père tout-puissant est retenu par le temps; le fondateur de la terre comparait devant le tribunal humain. Il est jugé Celui qui accorde libéralement à l’humanité le pardon; Il est puni Celui qui donne et restitue la vie. La Résurrection de tous est ensevelie, pour que l’esprit abâtardi de l’homme, et son intelligence paresseuse ait dans la mort de Dieu la preuve de l’amour que Dieu lui porte, s’il n’avait pas encore compris, senti la charité de Dieu envers lui par les nombreux bienfaits de Dieu précités. Celui donc qui a fait l’être, qui a donné de vivre, a enseigné aussi à prier, parce qu’Il a voulu tout disposer Celui qui a voulu être supplié par sa prière à Lui.
Notre Père qui es aux cieux. Voici, ô homme , que, par ta voix, Il t’adopte comme fils pour te faire cohéritier avec Lui de Dieu Père, quand Il dit : Notre Père. Ce qui était une faveur, Il a voulu en faire un droit, d’après cette parole : Et à tous ceux qui L’ont reçu, Il a donné le pouvoir d’être fils de Dieu. Et pourtant Il commande qu’on le dise, pour que l’adoption filiale soit due à la générosité de Celui qui donne plutôt qu’à la témérité de la présomption.
Qui es aux cieux. Non qu’Il ne soit pas sur la terre, mais c’est parce qu’Il veut que toi qui invoques déjà ton Père céleste, tu tendes et te diriges vers la nature céleste, pour que notre vie réponde à une telle génération, et de peur ne dégénèrent les mœurs terrestres que la nature céleste a données et octroyées. Que ton nom soit sanctifié.
Non qu’Il ait besoin d’être sanctifié par ta prière le nom qui te sanctifie, mais parce que tu as reçu du nom du Christ le nom de chrétien. Mais puisque par le nom du Christ, tu es appelé chrétien, il te faut demander que, par tes actions, ce nom soit sanctifié et soit honoré en toi. Car comme le bon renom des vertus concourt à la glorification du nom, ainsi l’infamie de celui qui fait le mal rejaillit de façon injurieuse sur le nom, comme le dit l’Apôtre : Le nom de Dieu à cause de vous est blasphémé chez les Gentils. Et en toute vérité, mes fils, le gentil déroge à ce qu’exige l’honneur de la foi toutes les fois qu’il voit le Chrétien vivre autrement qu’il professe et dit. Que ton règne vienne.
Non pour qu’advienne à Dieu un règne qu’Il détient depuis toujours, mais tu demandes qu’il arrive à toi, toi qui ne le possèdes pas, et pour que tu perçoives ce que dans son affection Dieu t’a promis, quand Il a dit : Venez les bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Venez, bénis ! Il n’a pas dit : Venons ! Il a dit recevez, Il n’a pas dit recevons !
Que personne ne s’étonne si même celui qui n’est pas encore né l’appelle Père. Car si Jean exulte, si Jacob lutte avec quelqu’un dans le sein de sa mère, que celui qui a la prudence nécessaire estime ce que peut la nature divine, si la conception humaine peut tant par Dieu.
69ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
Est-ce que tu penses que le cœur mortel est capable de comprendre la grandeur de la charité que le Seigneur nous porte ? Est-ce que tu penses que l’esprit qui est écrasé par le poids du corps terrestre comprend et sent l’amour divin à notre égard ? Car tout ce qui dans le ciel luit, brille et resplendit en fait d’ornementation , tout ce qui sur la terre embaume dans les fleurs, a de la saveur dans les fruits, tout ce qui nous réjouit dans les animaux a été fait pour que nous l’aimions, pour que tout cela soit affecté à notre service.
Mais bien que ce soit de grandes choses, elles sont trop petites pour être pour nous un signe de l’amour divin à notre endroit. Les principautés dans les cieux, les puissances célestes , les dominations sublimes militent en notre faveur, remplissant leur devoir en montant la garde sans se lasser. Mais ces choses sont encore trop infimes et insignifiantes pour nous faire comprendre l’intérêt que Dieu nous porte; elles sont d’autant plus négligeables que la créature est inférieure au Créateur. Le Dieu dont on ne peut contempler le visage, qui échappe à la vue, que les sens ne peuvent appréhender, qui est inaccessible à l’esprit, qui ne peut être connu pleinement par la parole, combien de fois, avec quelle insistance, de combien de façons diverses, ne s’est-Il pas adapté à nos différents blocages ? Comme Il se prête à la communion humaine, comme il s’abandonne à la familiarité humaine, quand Il nous rend participants de sa prise de décision, et quand, voulant châtier le monde, Il nous avertit de l’imminence du déluge; et quand Il place tout l’univers, sous sa garde, dans la semence minuscule de l’arche. Quand il vient vers Abraham comme hôte, invité, Il avance avec courtoisie , ne repousse pas ce qu’on lui offre, accepte les mets comme s’Il était affamé et exténué , et comme s’Il souffrait de la solitude, Il reçoit et accepte la compagnie humaine. Il en est résulté que les membres morts du vieillard sont revenus à la vie aussitôt , que les viscères rabougris de la vieille stérile se sont assainis, et que la nature ensevelie dans un cadavre vivant, s’étant réveillée, a ressuscité son auteur, et, une fois le temps de la génération passé, en a engendré plusieurs par un seul qu’elle croyait son créateur. Pour Moïse, un Dieu igné se met en forme de boule dans le buisson. Il discute ensuite avec son esclave de ce qu’il y a à faire, s’affaire à différents prodiges en Egypte, et se manifeste au moindre signe de celui qui Lui est asservi. Il inflige des fléaux, ou les annule. Et la grandeur qu’il possédait dans la mer, à quel point Il l’a donnée à l’homme, le service obséquieux de l’onde vengeresse le démontre, lorsque, l’abime asséché, elle fléchit devant les pieux, et les vagues s’étant solidifiées , elle prépare un mur, dressant ainsi un rempart pour ceux qui devaient être libérés; et de toute la force de sa nature, elle reflue pour triompher d’un ennemi très cruel.
Et, partageant la vie de camp des Israélites dans une étonnante camaraderie, Il frappe un grand nombre de peuples tantôt par la foudre, tantôt par la grêle.
Il les abat parfois au seul son de la trompette, pour que sans conflit, sans blessures, Il dirige vers la victoire les armées qu’Il précède. Il a exaucé les désirs et les vœux de chacun en particulier, a répondu sans retard aux interrogations. Il a révélé des secrets, a prédit les évènements à venir , et a fait trouver ce que l’on recherchait. Il a accordé le règne, a donné la prospérité, a modéré les pluies, a rendu les terres fertiles.
Il a honoré les époux par une progéniture abondante. Mais Il a considéré que ce serait bien peu de chose de montrer son affection envers nous en faisant prospérer nos entreprises, s’Il ne nous aidait pas dans nos calamités.
Après toutes ces choses, Il entre, pauvre, dans son monde, gît dans un berceau comme homme, implore par son vagissement. Il demande, Il exige la piété que Lui-même t’a accordée. Le Père de tous se sert de toi comme parent; Celui à qui toute grandeur est soumise se soumet à toi; Il a craint Celui que craint ce qui est à craindre. Il a fui Celui auprès de qui tous viennent chercher un refuge. L’Arbitre du ciel est un hôte dans les maisons des pécheurs. Il se repait de pains celui qui pait tout le monde. A quoi bon en dire davantage ? Le Père tout-puissant est retenu par le temps; le fondateur de la terre comparait devant le tribunal humain. Il est jugé Celui qui accorde libéralement à l’humanité le pardon; Il est puni Celui qui donne et restitue la vie. La Résurrection de tous est ensevelie, pour que l’esprit abâtardi de l’homme, et son intelligence paresseuse ait dans la mort de Dieu la preuve de l’amour que Dieu lui porte, s’il n’avait pas encore compris, senti la charité de Dieu envers lui par les nombreux bienfaits de Dieu précités. Celui donc qui a fait l’être, qui a donné de vivre, a enseigné aussi à prier, parce qu’Il a voulu tout disposer Celui qui a voulu être supplié par sa prière à Lui.
Notre Père qui es aux cieux. Voici, ô homme , que, par ta voix, Il t’adopte comme fils pour te faire cohéritier avec Lui de Dieu Père, quand Il dit : Notre Père.
Ce qui était une faveur, Il a voulu en faire un droit, d’après cette parole : Et à tous ceux qui L’ont reçu, Il a donné le pouvoir d’être fils de Dieu. Et pourtant Il commande qu’on le dise, pour que l’adoption filiale soit due à la générosité de Celui qui donne plutôt qu’à la témérité de la présomption.
Qui es aux cieux. Non qu’Il ne soit pas sur la terre, mais c’est parce qu’Il veut que toi qui invoques déjà ton Père céleste, tu tendes et te diriges vers la nature céleste, pour que notre vie réponde à une telle génération, et de peur ne dégénèrent les mœurs terrestres que la nature céleste a données et octroyées. Que ton nom soit sanctifié.
Non qu’Il ait besoin d’être sanctifié par ta prière le nom qui te sanctifie, mais parce que tu as reçu du nom du Christ le nom de chrétien. Mais puisque par le nom du Christ, tu es appelé chrétien, il te faut demander que, par tes actions, ce nom soit sanctifié et soit honoré en toi. Car comme le bon renom des vertus concourt à la glorification du nom, ainsi l’infamie de celui qui fait le mal rejaillit de façon injurieuse sur le nom, comme le dit l’Apôtre : Le nom de Dieu à cause de vous est blasphémé chez les Gentils.
Et en toute vérité, mes fils, le gentil déroge à ce qu’exige l’honneur de la foi toutes les fois qu’il voit le Chrétien vivre autrement qu’il professe et dit. Que ton règne vienne. Non pour qu’advienne à Dieu un règne qu’Il détient depuis toujours, mais tu demandes qu’il arrive à toi, toi qui ne le possèdes pas, et pour que tu perçoives ce que dans son affection Dieu t’a promis, quand Il a dit : Venez les bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Venez, bénis !
Il n’a pas dit : Venons ! Il a dit recevez, Il n’a pas dit recevons ! Que personne ne s’étonne si même celui qui n’est pas encore né l’appelle Père. Car si Jean exulte, si Jacob lutte avec quelqu’un dans le sein de sa mère, que celui qui a la prudence nécessaire estime ce que peut la nature divine, si la conception humaine peut tant par Dieu.
70ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue Toutes les paroles et toutes les actions de Dieu que l’on rapporte sont prodigieuses et stupéfiantes; elles inspirent de la crainte aux mortels et de la frayeur aux anges. Mais rien ne stupéfie plus le ciel, n’effraie plus la terre , n’épouvante davantage l’ensemble de la création, que ce que vous allez entendre aujourd’hui de notre bouche. Le serviteur ose donner le nom de Père à son Seigneur; le coupable appelle son juge géniteur; par sa propre voix, la condition terrestre s’adopte fils de Dieu. Celui qui a perdu les biens terrestres se considère héritier de la divinité. Mais nous osons proclamer le mystère, car ce n’est pas la présomption de la part de celui qui le dit mais l’autorité de Celui qui l’ordonne qui nous y pousse. Celui qui veut qu’aujourd’hui nous parlions ainsi est Celui qui veut que nous priions ainsi. Et pourquoi s’étonner que Dieu ait consacré les hommes en les adoptant comme ses fils quand Il s’est donné aux hommes et est devenu leur fils ? Il a transféré la nature de la chair dans la nature divine quand Il a ravalé la divinité à la nature humaine.
Il s’est donné dans les cieux l’homme comme cohéritier quand Il s’est rendu participant des choses terrestres, Qu’est-ce qu’Il a refusé d’assumer pour l’amour de l’homme, quel fardeau, Lui qui s’est chargé de tout ce qui était humain, même du péché, et même de la mort ? Ou comment ne rendra-t-Il pas l’homme participant de sa prospérité Celui qui s’est associé à l’homme dans ses adversités ? Homme, retourne à Dieu qui t’aime tellement ! Et donne-toi tout entier à la gloire de Celui qui s’est pour toi livré totalement au déshonneur. Et appelle avec confiance Père Celui que tu découvres tien par un si grand amour, puisque tu sens, que tu comprends qu’Il a t’a engendré. Notre Père. Que personne ne s’étonne que celui qui n’est pas encore né (le catéchumène)
appelle Dieu son Père. Ce qui naîtra bientôt est déjà né de Dieu; ce qui sera est déjà fait par Dieu. Ce qui sera a déjà été . (Eccl)) C’est pour cela que saint Jean reconnut son Auteur dans le sein maternel, et il devint un messager pour sa mère avant d’avoir été conscient d’être en vie. Voilà pourquoi on lit que Jacob a balbutié avant de naître, qu’il a triomphé avant de vivre. Voilà pourquoi appartiennent déjà à Dieu ceux qui n’existent pas encore, eux qui ont été élus avant la constitution du monde. Qui es aux cieux. Non de façon à ne pas être sur la terre, mais pour que le mot cieux te fasse comprendre que tu es un germe céleste. Et si tu reconnais que tu es fils de Dieu, vis en fils de Dieu, pour que tu puisses dédommager, récompenser un tel Père par tes actes, ta vie, tes vertus. Que ton nom soit sanctifié. Parce que le Christ t’appelle chrétien, tu demandes que la prérogative d’un si grand nom soit sanctifiée en toi. Parce que le nom de Dieu qui en lui-même et par lui-même est saint est sanctifié en nous par nos bonnes actions, ou est blasphémé chez les païens par nos mauvaises actions. Que ton règne arrive.
C’est Lui qui a dit : Le royaume de Dieu est à l’intérieur de vous. S’il est à l’intérieur de nous, pourquoi demandons-nous qu’il arrive ? Il existe en nous dans la foi, dans l’espérance et dans l’attente, mais nous prions pour qu’il vienne en toute réalité. Qu’il vienne en nous, mais non dans Celui qui règne conjointement avec son Père, car Il règne toujours avec le Père.
Mais qu’il vienne en nous ! Venez les bénis de mon Père, et recevez le royaume qui vous a été préparé depuis l’origine du monde ! Nous disons que ton règne arrive Il règnera en nous à partir du moment où la mort cessera de régner en nous, où le péché cessera de régner.
L’Apôtre dit que la mort a régné d’Adam jusqu’à Moïse. Et ailleurs : Que le péché ne règne pas dans votre corps mortel ! Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Maintenant, sur la terre, beaucoup de choses arrivent pas la volonté du démon, par la malice du siècle, par la convoitise de la chair. Au ciel, au contraire, rien ne se fait en dehors de la volonté de Dieu. Nous demandons donc que le diable une fois paralysé, le monde renouvelé, le corps transformé, l’empire de la mort détruit, la domination du péché abolie, une seule et même volonté, celle de Dieu, existe au ciel et sur la terre, en Dieu et dans les hommes.
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. On ne nous commande pas de demander le pain terrestre après le royaume céleste , car Il nous l’a interdit en disant : Ne vous inquiétez pas dans votre esprit de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez.
Mais parce qu’Il est lui-même le Pain qui descend du ciel, nous demandons et nous implorons de pouvoir nous nourrir sans interruption pendant toute l’éternité de ce pain que nous mangeons tous les jours. Aujourd’hui, i.e., dans la vie présente, nous demandons que la réception de ce pain au repas du saint autel fortifie notre corps et notre esprit.
Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs.
En parlant ainsi, ö homme, tu te fixes à toi-même le quota de l’indulgence et la mesure du pardon, car je retiens que tu demandes d’être pardonné dans la mesure où tu pardonnes. Pardonne donc totalement à celui qui t’a fait du tort, si tu veux ne rien devoir à Dieu à cause de tes nombreux manquements. Pardonne-toi à toi-même dans un autre, si tu veux éviter la loi du talion. Et ne nous induis pas en tentation. Dieu, est-il écrit, ne tente personne. Mais on dit qu’Il tente quand Il nous abandonne à nous-mêmes, lorsque nous nous jetons tête baissée dans les filets des tentations. C’est ainsi qu’Adam courut vers les pièges du tentateur quand il abandonna les préceptes de son Créateur. Il révèle ensuite d’où vient la tentation et qui est celui qui tente, par les mots suivants :
Mais délivre-nous du mal. C’est-à-dire du diable, qui est l’auteur et l’origine de tout le mal. Le diable, par sa nature, était céleste, il est maintenant la méchanceté spirituelle. Il est plus âgé que le monde, passé maître dans l’art de tendre des traquenards et des guet apens, très expérimenté dans le harcèlement . de sa victime déjà blessée.
Voilà pourquoi on ne dit pas qu’il est mauvais, mais qu’il est le mal, de qui provient tout le mal. C’est pourquoi l’homme, lié qu’il est par les chaînes de la chair, ne peut pas se libérer par ses propres forces. Il nous faut donc demander que Dieu nous délivre du diable, Lui qui a fait à la terre le don du Christ pour qu’Il vainque le diable. Que l’homme pousse des cris vers Dieu en demandant : Délivre-nous du mal, pour que nous soyons libérés d’un si grand mal par le seule victoire du Christ.
Notre Père qui es aux cieux. Le thème de la prière, l’objet de la demande, la norme de la supplication te les a procurés en peu de mots Celui-là même que tu dois supplier, pour que en tires la signification de la prière, que tu comprennes ce qui doit être demandé, que tu t’en serves comme d’un étalon pour juger ce que tu dois réclamer, et que dans un court modèle de prière, tu perçoives un très haut enseignement. Et en même temps parce que, pour t’inciter à l’amour, le Roi lui-même a rempli la fonction d’Avocat en dictant Lui-même les prières qu’Il avait à exaucer. Toute hésitation à demander a été enlevée. Bien plus, il faut demander avec une grande confiance ce qui est urgent, puisque Lui-même se lit dans les prières qui Lui font des demandes. La crainte n’a pas sa place, là où le fils demande des choses qui ont été sanctionnées par le Père interprète de la piété.
www.JesusMarie.com
176-sermons-de-saint-Pierre-Chrysologue-docteur-et-pere-de-l-eglise
www.JesusMarie.com Sermons de Saint Pierre Chrysologue
docteur de l'église catholique
406 - 450
Première traduction française des 176 Sermons de saint Pierre Chrysologue par JesusMarie.com, 19 août 2014
télécharger les 176 sermons
Sermons 71 à 105
71ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue Mes très chers frères, Celui qui vous a donné de croire vous a donné aussi de prier, et la formule de la prière Il vous l’a rédigée en quelques mots. Quand Il demande quelque chose au Père, le fils n’a pas à se tourmenter pour savoir comment prier. Car comme la nécessité contraint le fils à demander, la charité pousse le Père à accorder La spontanéité du don du Père ne manifeste pas tant la nécessité qu’il y a à demander que ce qu’il faut demander, car le fils peut plaire à son Père en demandant ce qui est juste, et Lui déplaire en demandant des choses insensées. Ecoutez le Père, et croyez que vous êtes déjà fils, pour que vous puissiez obtenir sans faute ce que vous demanderez. Ce que vaut la foi, ce que peut la croyance, ce qu’est la confession, tout cela se découvre en vous. Voici que la confession trine de la Trinité vous arrache de la servitude terrestre pour vous élever à la filiation divine. La foi qui appelle Dieu Père vous a conquis aujourd’hui un Dieu qui est un Père.
La parole qui confesse un Dieu Fils vous a adoptés comme fils de Dieu. La croyance qui proclame Dieu Esprit Saint vous a changés de la substance mortelle de la chair en la substance vivifiante du Saint Esprit. Qui pourra témoigner dignement d’une telle bienveillance? Dieu Père daigne avoir les hommes comme héritiers et Dieu Fils ne dédaigne pas d’avoir des esclaves comme cohéritiers. Dieu Esprit Saint rend la chair participante de la divinité, fait que le ciel devienne la possession des terriens; et ceux qui relèvent de la juridiction des enfers sont reçus au plus haut des cieux. L’Apôtre nous en apporte la preuve par ces mots : Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Appelez donc Dieu Père, et croyez que même si vous n’êtes pas encore nés, vous êtes quand même déjà désignés comme fils. Et mettez tout en œuvre pour que votre vie soit céleste, pour que vos mœurs soient divines, et que l’image de la divinité se reflète dans tout votre comportement. Parce que le Père céleste enrichit de dons divins ceux qui se montent dignes de leur naissance, et Il renvoie les dégénérés aux punitions de la servitude.
Notre Père qui es aux cieux. La conscience servile succomberait, la condition terrestre s’effondrerait si ce n’était l’autorité elle-même du Père et du Saint-Esprit qui nous incite à nous exclamer ainsi. Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs qui crie Abba Père. L’esprit s’épuise, la chair défaille à la pensée du divin, à moins que Celui qui ordonne ne réalise Lui-même ce qu’Il ordonne. Quand la mortalité peut-elle oser appeler Dieu Père ? Au moment où la vertu céleste anime notre cœur et notre âme.
Notre Père qui es aux cieux.
Homme, qu’as-tu de commun avec la terre, toi qui confesses que ton origine est céleste? Arbore donc une vie céleste dans la demeure terrestre ! Car si tes pensées s’inspirent de ce qui est terrestre, ta conduite entachera le ciel et injuriera ton Père céleste. Que ton nom soit sanctifié. Nous ne demandons pas que Dieu sanctifie son nom, puisque par sa sainteté ce nom sauve et sanctifie toute créature. Frères, voici le nom que redoutent les puissances célestes, que leur servitude reconnait en tremblant. Voici le nom qui donne le salut au monde perdu ! Mais nous demandons que, par nos actions, le nom de Dieu soit sanctifié en nous. Car quand nous agissons bien, le nom de Dieu est béni; il est blasphémé quand nous agissons mal. Ecoute l’Apôtre qui dit : Le nom de Dieu à cause de vous est blasphémé chez les nations. Nous demandons donc, nous demandons qu’autant que le nom de Dieu est saint, autant nous méritions que sa sainteté demeure en nos esprits. Que ton règne vienne. Nous demandons maintenant que le règne du Christ arrive, comme s’il n’avait pas toujours existé et n’était pas encore. Et où est donc ce royaume? Le royaume de Dieu est en vous. Il est en nous par la foi, mais nous supplions pour qu’il vienne en réalité. Mes frères, tant que le diable, par une grande diversité d’astuces et de fourberies, par son art multiforme de tromper, trouble l’ordre des choses, apporte de la confusion dans les sens et les mœurs de l’homme, sévit avec les idoles, incite aux sacrilèges, trompe par des augures, ment au moyen de la divination, séduit par des signes, se rit des humains avec l’astrologie, les amuse avec des spectacles, les attaque avec les vices, les blesse avec les péchés, les souille de crimes, et les conduit au désespoir, il éloigne de nous le royaume du Christ et nous en prive. Nous demandons donc qu’il vienne un temps où, après la chute de l’auteur d’un si grand mal, l’univers au complet, l’ensemble des créatures, règne et triomphe pour la gloire totale du seul Christ. Et qu’arrive ce qu’on , on demande après : que sur la terre comme au ciel, il n’y ait qu’une seule volonté, celle du Seigneur. Que la terre soit le ciel ! Que la vie soit Dieu ! Que le temps soit l’éternité ! Que la patrie soit le repos ! Que la fortune soit l’innocence ! Que l’honneur soit l’immortalité ! Que la gloire soit la chasteté ! Que Dieu soit tout !
Il a ajouté : Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Après la paternité de Dieu, après la sainteté du nom divin, après le royaume du ciel, on nous ordonne de demander le pain quotidien. Le Christ n’est pas sujet à l’erreur; ses demandes ne sont pas contraires à ses commandements. C’est Lui-même qui a dit : Ne vous inquiétez pas dans vos esprits de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez. Mais Il est Lui-même le Pain qui descend du ciel, qui a transformé la manne de la loi en la farine de la grâce. Le pain qui a été pétri dans la passion de la croix, qui a fermenté dans le sacrement de la grande miséricorde, et qui a reçu du sépulcre le lavement d’une légère aspersion. Il a été cuit par la chaleur de sa divinité et a terminé sa cuisson dans la fournaise de l’enfer. A chaque jour, il est apporté sur la table de l’Eglise, comme une nourriture céleste, est rompu en rémission des péchés, rassasie ceux qui le mangent et les nourrit pour la vie éternelle. Voilà le pain que nous demandons qu’on nous donne à chaque jour, jusqu’à ce que nous nous en délections perpétuellement, de jour en jour.
Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs.
Le pouvoir de pardonner est à ta portée, c’est en toi que se trouve la capacité d’oublier. C’est toi qui es établi auteur de la rémission des péchés.
C’est en vain que tu demandes qu’on te pardonne, si tu dédaignes pardonner à autrui, car c’est toi qui détermines pour toi quelle est la mesure de la miséricorde. Ce que tu attends d’autrui en fait de miséricorde, commence par le faire aux autres. Et ne nous induis pas en tentation.
La tentation, mes frères, est une engeance trompeuse, qui dans l’adversité , occulte ce qui va bien, et dans la prospérité occulte ce qui va mal. Elle entraîne l‘ignorance humaine dans des chutes douloureuses. Nous demandons donc que l’impulsion des péchés ne nous fasse pas tomber dans les fosses des tentations. On dit que Dieu induit quand Il abandonne ceux qui courent vers les crimes. Mais délivre-nous du mal. Il désigne ici le méchant auteur du mal, le démon. Nous demandons donc que par ce seul secours, nous soyons à l’abri de tous les maux, ainsi que de l’auteur du mal.
Notre Père qui es aux cieux. Parmi ceux qui s’appellent fils, personne ne se propose de demeurer dans la condition sociale de l’esclavage. Tu es désigné aujourd’hui comme un germe divin, mais tu n’y es pas encore promu. Sache que c’est en espérance, non réellement que tu l’es devenu.
Ecoute l’Apôtre : C’est en espérance que vous êtes sauvés. On n’espère pas voir les choses que l’on voit, car qui espère ce qu’il voit ? Si donc nous espérons ce que nous ne voyons pas, attendons-le patiemment. Aujourd’hui, c’est le jour de l’adoption. Aujourd’hui, c’est le jour de la promesse. Ecoute, crois, espère ! Crois en ton Créancier, qui t’a prêté à toi son débiteur. Espère qu’Il viendra bientôt Celui qui t’a longtemps supporté pour que tu viennes ! Donne des avances sur ce que tu as promis de rembourser, à Celui qui a d’avance annulé toutes tes dettes . Ou pourquoi trouves-tu difficile d’espérer en Dieu , quand tout le genre humain ne subsiste que grâce à l’espérance, ne vit que de foi ? Le cultivateur n’ensemencerait pas dans la sueur et l’essoufflement s’il n’espérait pas, en temps voulu, le fruit de son travail. Le voyageur ne se soumettrait pas aux fatigues d’un long périple s’il ne croyait pas parvenir à destination. Le marin n’affronterait pas les hasards de la mer s’il n’espérait pas que les profits subséquents compenseraient pour les décisions difficiles à prendre au cours du voyage. Le soldat n’exposerait pas toute la période de sa jeunesse au danger s’il n’espérait pas recevoir dans sa vieillesse des honneurs en abondance. Le fils ne supporterait pas le temps où le père fait peser sur lui son autorité s’il n’espérait pas hériter des biens paternels. Et toi, si tu te crois déjà fils de Dieu, selon le mot du Prophète Attends le Seigneur, agis virilement , et ton cœur trouvera du réconfort-. espère que tu obtiendras l’héritage de Dieu de l’attente de la foi et de la vertu de patience. Ecoute l’Apôtre : Nous sommes fils de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Mais nous savons que quand Il apparaîtra, nous serons semblables à lui. Et de nouveau : Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand apparaîtra le Christ, votre vie, vous aussi apparaîtrez alors avec Lui dans la gloire. Frères, heureux sont les fils de Dieu, parce qu’ils auront toutes choses en héritage, et le ravissement en Dieu leur fera oublier le malheur des temps.
72ème sermon de
Saint Pierre Chrysologue
Ce que je vais vous dire en frémissant, ce que vous allez entendre en tremblant, ou plutôt ce à quoi vous allez être appelés, plonge les anges dans la stupeur, épouvante les Vertus. Les étoiles ne le saisissent pas, le soleil ne le voit pas, la terre ne le supporte pas, toute la création ne peut l’atteindre. Qu’y peut le cœur mortel ? Qu’y peut l’intelligence imbécile de l’homme ? Qu’y peut la faiblesse des sens humains ? Qu’y peut le souffle léger de la voix humaine ? Qu’y peut la langue humaine bientôt condamnée au silence ? Lorsque Paul a vu cela de façon invisible, il l’a révélé sans le révéler, en disant : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, et il n’est jamais monté dans le cœur de l’homme ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment. Quand Isaïe a commencé à en avoir la révélation, il se demandait si l’homme pourrait jamais y parvenir, même par la foi, en disant : Qui croira jamais à ce que nous avons entendu ? Quand Jérémie se fit une idée de la révélation divine, ses sens supérieurs ne supportèrent pas cet enfantement, disant : Je plains mon ventre, je plains mon ventre, et les sentiments de mon cœurs sont troublés. Habacuc exposait cela de bout en bout sous le souffle du Saint Esprit quand il disait : J’ai conservé, et mon ventre a été épouvanté au son du discours de tes lèvres. Et la frayeur est entrée dans mes os, et en-dessous de moi ma vertu s’est troublée. Soulevé par la vertu de Dieu, il sentit que sa propre vertu s’affaissait sous lui. Il serait trop long de poursuivre dans cette ligne du sacrement de la peur, et d’énumérer tout ce que les saints nous offrent d’exemples Le temps ne nous permet pas de nous attarder plus longtemps dans ce frisson sacré, et le violent désir de ceux qui sont en train de naître ne permet pas de retarder l’enfantement céleste. Je dis donc, et vous qui êtes encore dans le sein maternel, je vous interpelle d’une voix pénétrante, je vous instruis d’avance en une exhortation prévoyante, pour que vous invoquiez le Père avant de voir la mère, pour qu’avant les caresses maternelles, vous tendiez et vous vous hâtiez vers le royaume. Pour que vous veniez vers le pain du Père avant que vous vous suspendiez aux mamelles de votre mère. Que ne l’emporte sur vous aucun besoin personnel, aucune attache maternelle, aucune préoccupation mondaine ! Mais que tout en vous réponde et coopère au Père divin, à l’Auteur céleste !
Notre Père qui es aux cieux. Voici ce que j’avais peur de dire, voici ce qui me faisait trembler à la seule idée de le proférer, voici ce que la condition de la servitude personnelle ne permettait d’entendre à qui que ce soit parmi les anges ou les hommes, ne pouvait même soupçonner : qu’entre le ciel et la terre, la chair et Dieu, une association puisse tout d’un coup se former, de façon à ce que Dieu soit dans l’homme, et l’homme en Dieu. De façon à ce que le Seigneur se change en serviteur, et le serviteur en fils. De façon à ce que des liens de parenté s’établissent d’une façon ineffable entre la divinité et l’humanité. Et la considération que Dieu a envers nous est si grande qu’il est impossible de savoir ce qui doit étonner davantage la créature : est-ce le fait que Dieu a déposé sa divinité pour partager notre servitude ou qu’Il nous a emportés à la dignité de sa divinité ? Voilà pourquoi, ô homme, Il te harangue divinement Celui qui est enflammé d’un si grand amour de toi. Alors que tu es encore dans le ventre de ta mère, Il t’adopte comme fils par ta voix. Il ne veut pas seulement que tu sois libéré, mais que tu naisses. Il veut que sur cette nature qu’Il te donne en t’affranchissant, la conception de la servitude passée ne vienne déposer aucune souillure, aucune tache . Bienheureux êtes-vous, vous à qui il est donné de dominer avant de naître, de régner avant de vivre, de parvenir à la gloire du Dieu Père avant de connaître la bassesse de votre lignée ! L’église, heureuse mère, qui tourne son attention sur des gens comme vous, s’étonne d’avoir engendré, tout en demeurant vierge, des fils aussi nombreux que vous et d’une aussi grande qualité. Cet enfantement a été autrefois annoncé à l’avance par des exemples. Jacob, dans le sein de sa mère, lutte avec son frère, et lui ravit aussi les triomphes. Dans le sein de Thamar, des jumeaux luttent pour la suprématie, retardent la naissance, et ne désirent pas voir la lumière avant de vaincre. Jean exulte et accourt vers son Auteur avant d’être sorti du sein de sa mère. Si les rejetons humains luttent pour Dieu avant de naître de leurs parents, avant de vivre pour le siècle, qu’y a-t-il d’étonnant si les germes divins de l’Eglise, si les rejetons divins qui sont encore dans le sein de leur mère confessent qu’ils sont un germe céleste ? Notre Père qui es aux cieux.
La stupeur s’empare de nous. Le Christ, du sein du Père, appelle la mère, et la reconnaît sur la terre . Et l’homme, du sein de sa mère, appelle le Père, et Le confesse dans les cieux.
Notre Père qui es aux cieux. Comment la grâce a-t-elle pu tout d’un coup te tirer en avant ? Comment la nature céleste a-t-elle pu s’emparer de toi ? De façon à ce que, encore placé sur la terre et dans la chair, tu ignores la chair et la terre en disant : Notre Père qui es dans les cieux. Celui donc qui confesse et croit être le fils d’un tel Père, que sa vie réponde à sa naissance, que ses mœurs fassent honneur à son Père, et qu’il démontre par ses pensées et ses actions qu’il a obtenu la nature céleste. Que ton nom soit sanctifié.
Nous portons aussi le nom de celui auquel nous commençons à être apparenté. Et c’est pourquoi nous demandons, qu’en nous, perdure la sanctification d’un tel nom, l’honneur et la prérogative du nom, que l’élévation d’un tel Dieu a sublimé. Que ton règne arrive. Ce n’est pas à Lui que nous demandons cela, Lui à qui n’a jamais fait défaut le règne, qui est Lui-même personnellement le Règne, et qui contient toute la puissance de son règne. Mais nous, qu’Il veut voir parvenir à la gloire promise du règne, Il nous avertit de Le désirer de tous nos vœux, Il veut que nous le pourchassions avec toutes les forces de notre esprit. Autant il est téméraire celui qui veut justifier rationnellement l’adoption filiale, autant il est amorphe celui qui ne se réjouit pas, n’exulte pas, ne s’époumone pas à crier quand il se dirige vers le règne et y parvient. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Comme elle se fait dans ciel, qu’elle se fasse sur la terre ! Tout est déjà le ciel, l’esprit de Dieu agit en tous, tous sont dans le Christ et le Christ est dans tous quand tous ne goûtent et ne font que la volonté de Dieu. Alors tous sont une même chose, et qui plus est, un seul est tous quand l’Esprit de Dieu vit seul en tous. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Que Dieu soit béni par le jour à chaque jour ! Nous parlons du Pain quotidien qui est inépuisable. Le Pain qui dure toujours est celui qui est descendu du ciel. Je suis le pain qui est descendu du ciel. Il est donc le Pain de la béatitude parfaite. Aujourd’hui. i.e. dans la vie présente, nous commençons déjà à vivre de la nourriture de ce Pain dont nous nous rassasierons dans le futur, à perpétuité, ce qui veut dire à chaque jour. Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. Il a assez de pouvoir l’homme miséricordieux, qui entre en conflit avec Dieu pour un clignement d’œil, s’il désire qu’on lui donne autant qu’il a donné.
Homme, que le pardon soit toujours dans ton cœur si tu ne veux pas redouter les crimes. Et ne nous induis pas en tentation. Ceci demande une interprétation, parce que la tentation du démon, qui précède et qui est amère, est l’instrument de Dieu. Tant que nous serons contenus dans ce corps fragile, il est nécessaire que nous priions pour qu’Il n’ouvre pas en nous une porte à la tentation, et pour qu’Il ne donne pas au démon accès à notre âme.
Mais délivre-nous du mal. Que le Seigneur notre Dieu Lui-même nous libère du mal, et nous fasse parvenir à toute sorte de bien, Lui qui vit et règne Dieu maintenant et toujours, et dans l’infinité des siècles et des siècles. Amen.
73ème sermon de
Saint Pierre Chrysologue La fête d’aujourd’hui, frères très chers, ne se confond pas avec les choses anciennes, ni ne conserve la chair de l’agneau pour le lendemain. Mais le passé, pourtant, communie avec le présent en une dévotion solennelle; et notre Pâques, au retour de la fête de Pâques , s’unit à l’ancienne et sèvre l’enfance par une nouvelle génération. Comme le dit l’Apôtre : Les choses anciennes sont passées, et voici que sont faites de nouvelles choses. L’année du Seigneur se parfait au cours des saisons, mais ne vieillit pas. Elle parcourt le même cycle tant qu’elle ne nous a pas amenés au jour de la rétribution. La solennité pascale d’aujourd’hui nous éloigne du lait qui nous a nourris, pour que, nous sustentant avec une nourriture plus solide, nous nous fortifiions au point de devenir un homme parfait dans le Christ. Nous savons par le récit de la divine histoire que, quand Isaac a été sevré, Abraham a fait un grand banquet, et a mis toute la maisonnée en liesse. Si le rejeton de la vieillesse, si le fils unique de la stérile, a su émouvoir le cœurs des parents et des serviteurs au point de les faire danser en rond et en chœur, au son des cithares et des tambourins qui jouaient de concert avec les psaltérions, à plus forte raison convient-il que nous exultions aujourd’hui en hymnes spirituels et en cantiques, quand la fécondité universelle de la vierge est sevrée dans le germe. Anne, stérile comme Sara, avec les larmes de ses prières, a arrosé l’aridité de son corps et de la nature tant qu’une longue période de sa vie lui déniait la postérité. Mais dès qu’il fut sevré, elle rendit à Dieu comme un don divin Samuel, qu’elle avait reçu de Dieu comme un don divin; et porta sa joie jusqu’à la plénitude de son expression en offrant des victimes sacrificielles pour sa libération. A plus forte raison nous faut-il immoler un sacrifice de louange, accomplir nos vœux, faire brûler l’encens de suavité, et avec toute la graisse des holocaustes, immoler des victimes à Dieu Père, quand la vierge mère présente au Père sur toute la terre des enfants nourris et sevrés, aussi nombreux qu’il y a d’étoiles, pour que soit accomplie cette prophétie : Tu béniras le cycle annuel de ta bénignité, et la fécondité remplira tes champs. Que personne donc ne croie inutile cette fête du mystère de notre salut, ni ne s’imagine devoir coudre une nouvelle pièce d’étoffe sur un vieux vêtement, là où, à la nouveauté chrétienne, nous n’unissons rien de la vétusté judaïque, sachant, comme le dit l’Apôtre, que le Christ nous a soumis la créature. Mais haussons la connaissance divine de la vertu céleste jusqu’à progresser sans cesse, pour que ceux qui viennent de naître soient imbus de ce qu’ils doivent faire, et pour que ceux qui sont nés auparavant apprennent quelle action de grâce ils doivent rendre à Dieu pour leur perfectionnement. Que ceux qui viennent de naître se suspendent au cou de notre mère l’Eglise, et avec une piété totale s’allaitent à ses mamelles . Et qu’avec leurs tendres gosiers, ils ingurgitent la nourriture de l’innocence. Que leur méditation les amène à étendre leurs bras pour l’œuvre sainte.
Qu’ils s’efforcent de fortifier pour la course de la foi leurs pieds défaillants. Faut-il abandonner ceux qui sont déjà nourris, pour que ne les régissent pas la sollicitude du Père, la main du Père, la volonté du Père ? Faut-il voir à ce qu’ils soient munis de la pensée de la mère, de la foi de la mère, pour qu’ils perçoivent et suivent non seulement les avis salutaires de la prudence humaine, mais divine ? Ainsi Jacob, timide de lui-même, mais rendu audacieux par le conseil de sa mère, s’est avéré plus mystique que rusé quand il a cherché à s’emparer avant le temps de la bénédiction paternelle. Il n’a pas menti en prétendant être l’aîné, car est premier celui qu’engendre la grâce céleste, non la nature mortelle. Sous une peau de bouc, c’est nous qu’il représentait, nous qui, exhortés par notre mère l’église, nous revêtons du vêtement d’un corps mortifié pour mourir au péché; et pour que nous exhalions l’odeur du jus et de la fécondité des champs, grâce aux fruits continuels de nos confessions, jusqu'à ce que nous moquant, en vue de notre salut, de la cécité israélite, nous recevions la bénédiction paternelle dans le secret de notre foi, selon le dire de l’Apôtre : L’aveuglement d’Israël a eu lieu jusqu’à ce qu’entre la plénitude des Gentils.
74ème sermon de
Saint Pierre Chrysologue Frères très chers, il arrive parfois que la fatigue des veilles et que l’épuisement qu’apporte le jeûne nous font taire, et nous contraignent à gagner le silence. Mais aujourd’hui, nous sommes de retour pour le sermon sur la résurrection du Seigneur. Si c’est une chose divine que le Christ soit né d’une vierge, combien plus divine encore est sa résurrection d’entre les morts ! Que ce qui est divin ne soit donc pas reçu par une oreille humaine! Le soir du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre. Le soir du sabbat. Le jour du siècle ne le connaît pas, le monde n’en a pas l’expérience. Le soir finit, mais le jour ne commence pas. Le soir enténèbre, il n’éclaire pas. Il ne se métamorphose pas en aurore, parce qu’il ignore la naissance de la lumière. Le soir, mère de la nuit, enfante le jour. La nuit bouleverse sa routine quand elle reconnaît son Auteur : la nouveauté du mystère la fait briller de tous ses feux. Elle s’essouffle à servir le Créateur, non le temps . Le soir du Sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. La femme court tardivement au sépulcre pour recevoir le pardon , elle qui avait de bonne heure couru vers la faute. C’est le soir qu’elle cherche le Christ, celle qui reconnaissait avoir perdu Adam le matin. Marie vint et l’autre Marie voir le sépulcre. Celle qui, au paradis, avait contracté le virus de la perfidie, se hâte d’aller chercher la foi au sépulcre. Elle entreprend de ravir la vie à la mort celle qui avait ravi la mort à la vie. Marie vint. Ce nom est celui de la mère du Christ. La mère vient donc en son nom, la femme vient, pour qu’elle devienne la mère des vivants, celle qui était devenue la mère des mourants; pour que soit accompli ce qui avait été imploré : Voilà la mère de tous les vivants. Marie vint et l’autre Marie. Il ne dit pas elles vinrent, mais elle vint. Elle vint elle-même mais dans une autre. Une autre vint, mais c’était elle-même.
Pour que la femme soit transformée par la vie, non par le nom; par la vertu, non par le sexe; et pour que soit la messagère de la résurrection celle qui avait été l’entremetteuse de la faute et de la ruine. Marie vint voir le sépulcre. Pour que la vue du sépulcre répare celle que la vue de l’arbre avait désaxée;
et que l’aspect salutaire du tombeau relève celle que l’aspect charmant de l’arbre avait prostrée. Voici que se fit un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel. La terre a tremblé non parce qu’un ange est descendu du ciel, mais parce que le Dominateur est monté des enfers. Voici que se fit un grand tremblement de terre. Le chaos s’ébranle, les plaques tectoniques se fendent, la terre titube, les masses volcaniques frémissent, les fondements de la terre craquent, le tartare tressaille , les enfers sont sur un pied d’alerte. Le sort de la mort est scellé quand, en se dirigeant vers les coupables, elle tombe sur le Juge; quand elle porte la guerre sur le Seigneur en voulant établir sa domination sur les esclaves; quand elle se précipite sur Dieu en voulant assaillir les hommes. C’est en toute justice donc que périt la loi du tartare, que sont abrogés les droits de l’enfer, que le pouvoir de la mort est aboli. Et en punition de sa témérité, Il a ressuscité les morts;
et pour injurier celui qui en était le spectateur, Il a rendu les corps. L’homme retrouve son intégrité, la vie est réparée, et tout s’est accompli par la grâce, parce qu’en s’en prenant à l’Auteur de la vie, la mort a outrepassé ses droits. Voici que se fit un grand tremblement de terre. C’est maintenant qu’il a lieu le tremblement de terre ! O ! Si une légère tornade avait alors abattu l’arbre de la mort ! O si une nuée de fumée avoir alors embrouillé le regard de cette femme ! O si un nuage noir avait entaché la beauté de la pomme létale !
O si la main qui touchait des choses défendues avait trembloté ! O si la nuit injuste avait enténébré le jour du péché, elle aurait alors enlevé les lamentations du monde, et ce qui les accroit, la mort, et finalement l’injure faite au Créateur. Les douceurs de la vie favorisent les vices, les plaisirs mènent aux crimes, mais l’austérité et la force précèdent les vertus. Car un ange descendit d u ciel. A la résurrection du Christ, à la disparition de la mort, les relations sont rétablies entre le Ciel et la terre, Et la femme qui, avec le démon, eut un entretien mortel, a eu avec l’ange un colloque vital. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel et renversa la pierre. Il ne dit pas qu’il fit rouler la pierre, mais qu’il la renversa, car ce qui était enroulé (le serpent) a été témoin de la mort, mais ce qui a été renversé (la pierre) a attesté la résurrection. Bienheureuse pierre qui mérita de dévoiler et de voiler le Christ ! Bienheureuse qui n’a pas moins ouvert les cœurs que le sépulcre ! Bienheureuse qui donne la foi en la résurrection ! Qui atteste que la chair divine a ressuscité ! Ici, l’ordre des choses est renversé: ce n’est pas un mort que ce sépulcre dévore mais la mort; la maison de la mort devient la demeure de la vie; une nouvelle forme d’utérus conçoit un mort et enfante un vivant. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel, et, s’avançant, il renversa la pierre, et s’assit sur elle. Quelle raison l’ange avait-il de s’asseoir, lui qui ne pouvait se fatiguer ? Mais il siégeait en tant que docteur de la foi, en tant que professeur de la résurrection. Il était assis sur la pierre, pour que la solidité du siège donne aux croyants la fermeté. L’ange posait sur la pierre les fondements de la foi, sur laquelle le Christ allait fonder son église. Car Il a dit : Tu es pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église. Son aspect était comme celui de l’éclair, et ses vêtements étaient semblables à la neige. L’éclair ne suffit pas à l’ange, et quel besoin la nature céleste a-t-elle d’un vêtement ? Mais une telle splendeur témoignait de l’aspect et de la forme de notre résurrection, parce que ceux que le Christ ressuscite sont transmutés dans la gloire du Christ. Les gardes tressaillirent d’effroi, et devinrent comme morts. Malheureux sont ceux que percute la peur de la mort quand la sécurité de la vie est rendue. Mais les ministres de la cruauté, les exécuteurs de la perfidie étrangère, comment pouvaient-ils avoir confiance dans le ciel ? Ils investissaient le sépulcre , bloquaient la porte à la résurrection, et faisaient bonne garde pour que la vie ne puisse y entrer et que la mort ne puisse y périr. C’est avec raison que l’arrivée de l’ange les a frappés et jetés par terre. La mortalité misérable et toujours ennemie d’elle-même se débat pour ne pas ressusciter. Il convenait d’ouvrir le sépulcre et d’apporter tout ce qui facilitait la résurrection pour que le fait apparaisse dans tout ce qu’il avait de prodigieux, pour que l’espoir naisse de cet exemple, pour que la réalité soit retournée en sens contraire, pour que naisse la foi dans la vie à venir. C’est le comble de la folie à l’homme de ne pas croire dans ce qui constitue ses rêves les plus chers. Que suffise aujourd’hui ce que nous avons dit des gardes. Pour n’être pas trop long aujourd’hui, nous dirons plus tard ce sur quoi porte notre foi, avec l’aide de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père, Dieu pendant les siècles des siècles.
75ème sermon de
Saint Pierre Chrysologue Autant pour vous que pour moi ce sermon est celui d’un pèlerin. Mais priez, mes frères, que, puisque Dieu m’a rendu à vous, il daigne me redonner la prédication. Vous avez entendu l’évangéliste qui disait : Le soir du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre. Qu’est-ce que le gros bon peut bien comprendre ici ? Qu’est-ce que saisit ici la sagesse humaine ? Un soir lumineux ? Le soir ne finit pas en ébauchant le jour; il n’enfante pas la lumière mais les ténèbres. Mais ici l’Auteur des éléments bouleverse l’ordre des éléments, pour que dans la résurrection du Seigneur, tu ne vois que du divin, et rien d’humain. A la résurrection du Christ, le soir est lumineux pour les fidèles, et le jour s’enténèbre pour les infidèles. Pour les disciples, la nuit est changée en jour; pour les Juifs, le jour est converti en nuit. A partir de la sixième heure, les ténèbres couvrirent la terre entière jusqu’à la neuvième heure. De façon à ce que le jour se soit obscurci en plein midi, pour que s’accomplisse ce qui avait été écrit : Le soleil se couchera pour eux le midi. Il se couchera pour les Juifs, et aussi pour nous. La nuit sera illuminée comme le jour. Le soir qui sombre dans des ténèbres profondes, se magnifie et se sublime en lumière; et de toute sa splendeur, il remplit les cœurs des mortels du Christ ressuscité des enfers.
Le soir du sabbat. Parce que le Sabbat est ennobli par le Christ, non détruit. Je ne suis pas venu pour détruire la loi, mais pour la porter à sa perfection. Le sabbat est illuminé pour qu’il scintille le dimanche, pour que brille dans l’église ce qui dans la synagogue avait été assombri par les Juifs obscurantistes. Marie Madeleine vint et l’autre Marie visiter le sépulcre. Les femmes précèdent les apôtres dans le ministère, celles qui, par le sexe, viennent après les hommes, et selon la hiérarchie, après les disciples. Leur conduite ne rend pas les Apôtres moins zélés, puisque ce qu’elles ont apporté au sépulcre du Seigneur ce n’est pas la condition féminine, mais un type de l’Eglise. Marie et Marie, l’autre étant semblable à elle-même, et elle-même semblable à l’autre.
L’autre Marie qui est la même c’est Marie, la mère du Christ. Un seul nom se dédouble en deux femmes, parce que, ici, l’Eglise qui vient de deux peuples, est une seule et même église figurée en deux peuples, i.e., les Gentils et les Juifs : parce que les premiers sont les derniers et les derniers les premiers. Marie vient au sépulcre, elle vient à l’utérus de la résurrection : elle vient à l’enfantement de la vie, pour que le Christ naisse de nouveau du sépulcre de la foi, Lui qui avait été engendré du ventre de la chair; et que le sépulcre scellé rende à la vie éternelle Celui que la virginité scellée avait apporté à la vie présente. Si c’est un prodige inouï de la divinité d’avoir maintenu inviolée la virginité après l’enfantement, ce n’est pas un prodige moins étonnant d’être sorti avec un corps d’un sépulcre hermétique.
Tu vois qu’elles étaient venues non pour s’enquérir du Seigneur mais du sépulcre. Elles ne cherchaient pas parmi les morts Celui qui était vivant, elles qui croyaient déjà que le Seigneur était ressuscité. Car l’ange du Seigneur descendit du ciel, et s’avançant, renversa la pierre. Il a renversé la pierre non pour faciliter l’évasion de Jésus, mais pour montrer au monde que le Seigneur était déjà ressuscité.
Pour donner à ses compagnons de service la foi suffisante pour croire, non pour aider le Seigneur à ressusciter. Il renverse la pierre. Est déroulé (ou renversé) en vue de la foi ce qui avait été enroulé en vue de la perfidie.
Il renverse la pierre (ou déroule).
Pour que le titre de la vie soit le même que celui qu’avait accepté de tenir le gardien de la mort. Priez mes frères pour que l’ange descende maintenant, et qu’il renverse toute la dureté de notre cœur; qu’il défenestre nos sens et qu’il atteste à nos esprits que le Christ est ressuscité. Car comme le cœur est un ciel là où vit et règne le Christ, de la même façon il est un sépulcre là où le Christ est mort et enseveli.
On croit que la mort du Christ a eu lieu mais qu’elle a passé outre, qu’elle est allée au-delà. . Le Christ homme a souffert, est mort et a été enseveli. Le Christ Dieu est, vit, règne, demeure et continue à être. Ecoute l’Apôtre qui dit : Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant ainsi. Ce qui est mort au péché est mort une seule fois. Ce qui vit vit en Dieu. Ce qui veut dire que Dieu vit. Et s’avançant, il renversa la pierre et s’assit dessus. Il s’est assis pour enseigner la résurrection, non pour se reposer d’une fatigue. La nature céleste ignore la lassitude, ne connaît pas le labeur. Mais la pierre est devenue le siège d’une catéchèse évangélique, la chaire de la doctrine céleste, l’école de la vie, parce que les Juifs en avaient fait la porte de la mort, le service de la cendre, la tristesse du silence. Son aspect était comme l’éclair et ses vêtements étaient semblables à de la neige. La clarté du visage est distincte de la blancheur des vêtements, et la face est comparée à un éclair, tandis que le vêtement de l’ange est comparé à de la neige, parce que l’éclair vient du ciel et la neige de la terre. Ecoute le Prophète qui dit : Louez de la terre le Seigneur feu, grêle et neige. Dans la face de l’ange donc, est conservée la clarté de la nature céleste; dans le vêtement, est figurée la grâce de la communion avec l’humanité. Et l’aspect de l’ange qui parle est adouci pour que les yeux charnels supportent facilement la clarté tamisée des vêtements, et que dans l’éclat du visage ils craignent et révèrent le messager de l’Auteur. Les gardes tressaillirent d’effroi. Pourquoi sont-ils épouvantés ? Parce qu’ils Le gardaient avec le fanatisme de la cruauté plutôt qu’avec la déférence respectueuse de la piété. Il saccage, il détruit, mais ne peut pas demeurer stable celui que la conscience a détrôné et que le crime pousse à l’agitation.
Voilà pourquoi l’ange culbute les impies , converse avec les pieux et les console. N’ayez pas peur, vous autres ! Ce qui veut dire : que les autres craignent ! Que ceux qui cherchent le Christ ne craignent pas, mais que craignent ceux qui Le persécutent ! Ne craignez pas vous autres, car je sais que le Jésus que vous cherchez est ressuscité. Il n’est point ici. Ce qui signifie : je suis venu pour vous instruire, vous, non pour exhumer Celui qui est le Créateur du monde et son Concepteur. Il n’est pas ici. Il est ressuscité comme Il l’a dit. Vous voyez que l’ange était venu pour que le serviteur confirme par des faits ce que le Seigneur avait prédit en paroles; et pour qu’il enseigne qu’Il détient la clef de la vie et de la mort Celui qui avant sa mort, avait prédit sa résurrection. Car Celui qui pouvait savoir savait aussi se mettre en garde contre la mort; mais Celui qui pouvait vaincre a méprisé la défaite, parce que la gloire du Ressuscité a enseveli l’ignominie du mourant. Nous traiterons de ce qui suit, mes frères, dans le sermon suivant, parce que la fatigue encore toute fraîche du voyage, que nous avons fait récemment, nous interdit de prolonger et de développer davantage ce sermon.
76ème sermon de Saint Pierre Chrysologue Dans le sermon précédent, nous avons dit que Marie et l’autre Marie ont été une figure de l’Eglise, qui provient de deux peuples. Voilà ce que nous voulons développer aujourd’hui dans ce qui suit, si vous avez l’amabilité de nous écouter attentivement.
L’ange, répondant, dit : N’ayez pas peur, vous autres, car je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’a dit. Venez, voyez le lieu où avait été déposé le Seigneur. L’ange enseigne le nom, nomme la croix, parle de la passion, reconnaît la mort, mais il confesse bientôt après la résurrection; sans tarder il confesse le Seigneur. En reconnaissant le Seigneur après tant de supplices, après le sépulcre, l’ange proclame sa servitude, et il convient que toute l’abjection de la passion est passée dans la gloire absolue de la résurrection. Pourquoi l’homme juge-t-il que Dieu s’est avili dans la chair, ou pourquoi pense-t-il que dans la passion Sa vertu a fait défaut ? Ou pourquoi croit-il que la Domination a été engloutie par la servitude ? L’ange fait bien de dire qu’Il a été crucifié, de montrer le lieu où Il avait été placé, pour qu’on ne croie pas que c’est un autre qui est ressuscité, et non Lui-même. En revenant dans la chair, le Christ rapporte les blessures, reprend les plaies des clous; et les témoins de son cops qui furent présents à l’outrage de la passion, Il en fait des signes de sa résurrection.
Pourquoi l’homme pense-t-il qu’il reviendra dans une autre chair et non dans la sienne ? Et pourquoi le serviteur dédaigne-t-il sa chair quand le Seigneur n’a pas changé la sienne ? Reconnais o homme, que ce sera toi-même qui seras dans ta chair, de peur de ne plus être toi-même si tu ressuscitais dans une chair étrangère. L’ange a ajouté les paroles suivantes : Allez vite dire aux disciples que le Seigneur est ressuscité, et qu’Il vous précédera en Galilée. C’est là que vous le verrez.
Ici, ce ne sont pas les femmes que l’ange envoie, mais l’église dans deux femmes. Il en envoie une seule pour qu’après avoir été envoyée, elle répande au long et au large la bonne nouvelle de la résurrection. L’ange envoie ici l’épouse vers l’Epoux, car en s’en allant, le Seigneur vient à leur rencontre et les salue en leur disant : Je vous salue. Il accourt, et Il ne les terrifie pas par sa puissance, mais les prévient par l’ardeur de sa charité. Il ne les trouble pas par son autorité, mais les salue en vertu de la loi de l’époux.
Il ne les écrase pas sous le poids de ses droits de Dominateur, mais les honore avec la dilection d’un participant au même héritage. Il salue. Je vous salue. Il avait dit Lui-même à ses disciples : Vous ne saluerez personne en route. Et pourquoi ici, sur la route, accourt-Il en fête pour saluer ? Il ne s’attend pas à être reconnu, Il n’exige pas d’être compris. Il n’admet pas d’être interrogé, mais Il s’engage tout entier dans la salutation. Il y va avec ferveur, et par sa salutation, contredit-Il son propre commandement ? Il le contredit, oui, Il le contredit, car Il a remporté la victoire sur tout, et la force de Son amour déborde. On peut dire aussi que dans l’église le Christ se salue, parce qu’Il l’a fait sienne, et ainsi, c’est son propre cœur qu’Il reçoit dans son corps, selon le mot de l’Apôtre : Et Il est la tête du corps qui est l’église. Cette salutation elle-même montre avec évidence que ces femmes demeurent une figure de l’église, parce que le Christ a cherché à convaincre ses disciples qui doutaient de la résurrection. Il a confirmé les hésitants, les a rappelés à la foi en leur montrant son côté, les plaies des clous, et en mangeant avec eux. Il avait donc raison de les appeler petits et enfants, quand Il leur a dit : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Et ailleurs, il appelle femme Marie qui pleurait sur Lui comme sur un mort, et lui refuse la permission de Le toucher. Mais celles-ci, Il les trouve si parfaites, si croyantes, non effarouchées par la faiblesse de leur sexe, mais courant au mystère, recherchant le Seigneur de toute l’ardeur de leur foi, qu’Il se laisse aller à les saluer ainsi : Je vous salue. L’ange avait dit : Car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Et à celles qui Le cherchaient, le Christ a répondu : Je vous salue. A un autre endroit, Il n’a même pas donné à Marie l’autorisation de Le toucher. Ici, Il accorde la permission entière non seulement de le toucher, mais de le tenir : Elles s’avancèrent, et lui tinrent les pieds. Ces femmes tiennent les pieds du Christ, elles qui dans l’église tiennent le type de la prédication évangélique, et ont mérité de l’être par leur course.
Et ainsi elles touchent dans la foi les vestiges de leur Sauveur pour qu’elles parviennent à tout l’honneur et à toute la gloire de la divinité. L’autre avait mérité d’entendre : Ne me touche pas, elle qui pleurait le Seigneur sur la terre, et qui Le cherchait mort dans le sépulcre, sans savoir qu’Il règne dans les cieux avec le Père.
Ne me touche pas. Ne cherche pas à honorer par le toucher de la chair Celui que tu devrais n’atteindre que par le toucher de la foi. Et ne présume pas toucher uniquement comme homme sur la terre Celui que tu n’as pas encore le goût d’adorer comme Dieu dans le ciel. Que cesse ta préoccupation féminine, que tes soins féminins disparaissent, qu’une croyance virile monte dans ton cœur, que toute la capacité d’aimer de ton cœur désire mon ascension, pour que tu jouisses dans le ciel de la béatitude éternelle de mon toucher. Selon le mot du Prophète : Bienheureux l’homme qui reçoit de toi le secours. Il a préparé dans son cœur des ascensions. Celui qui n’est pas monté au ciel avec le Christ par la foi ne touche pas le Christ sur la terre. Le fait que la même Marie qui, établie maintenant au faîte de la foi, et élevée au sommet de l’Eglise, touche le Christ et le tienne de toute l’affection de la sainteté, est maintenant toute désespérée dans l’imbécillité de la chair et la faiblesse de la femme, et ne mérite pas de toucher son Auteur, tout cela ne nous cause aucun problème. Car l’une se rapporte à la figure, l’autre au sexe.
L’une provient de la grâce divine, l’autre de la nature humaine. Car nous-mêmes, lorsque nous savons des choses divines, c’est un don de Dieu. Quand nous comprenons humainement, nous nous aveuglons nous-mêmes. C’est ainsi que le bienheureux Pierre connut le Christ quand il confessa le Fils de Dieu, le Père Le lui révélant. Quand il renia le Christ, il se ressentit de la cécité de la chair et en fut victime. Les Juifs achètent cher ou vendent en détail les biens d’autrui à un prix encore plus élevé, quand ils cherchent à monnayer les péchés, quand ils paient en argent comptant et récompensent les fautes, quand ils assoient solidement sur l’argent véreux ce qu’ils avaient ramassé par des crimes. C’est ainsi qu’ils se sont procuré Judas, traitre de son Seigneur, et qu’ils jaugèrent à prix d’argent la valeur du sang du Rédempteur du monde. C’est de cette façon que, pour le monde, ils ferment la foi du sépulcre ouvert.
Pour que l’argent fasse du crime de la négation de la résurrection le crime des crimes. Ils donnèrent aux soldats une somme considérable d’argent en leur disant : dites que ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé pendant notre sommeil. Et si le procurateur en entend parler, nous le persuaderons et assurerons votre sécurité. Ayant reçu l’argent, ils firent comme on le leur avait dit. Et c’est cette interprétation qui s’est répandue chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui. Chez les Juifs. Chez les chrétiens aussi ?
Judée, la vérité que tu as éclipsée en Judée avec ton or, a brillé et resplendi dans le monde entier par la foi. Les disciples ont reçu le Christ, ils ne l’ont pas dérobé. Tu as tramé la perfidie, mais tu n’as pas confisqué la vérité.
Judée, le Christ est ressuscité, toi, tu as perdu la survie . Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. Judée, le Christ vit, et toi, tu t’es tuée toi-même, toi et ta descendance.
77ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue C’est un indice pleinement satisfaisant de parfaite dévotion qu’au temps de la passion, toute la création ait souffert avec son Créateur. Quelle chair n’a pas été ébranlée quand la terre a tremblé ? Quel esprit n’a pas été paralysé par l’effroi, quel savant n’a pas défailli quand le soleil s’est couché avant l’heure, quand la lumière du jour s’est enfuie ? Nos viscères à nous aussi, mes frères, ont reposé dans la tombe, notre cœur est mort avec Lui, notre sermon a été enseveli avec son Auteur, pour que, maintenant, il ressuscite à Sa plus grande gloire. Voilà la cause de mon silence, voilà la raison du pieux retard apporté à ce que je vous dois. Il ne faut pas s’étonner, mes frères, si, dan sa prévoyance, mon sermon, avec tout le respect de l’amour, a suivi son Libérateur jusque dans les enfers, parce que, sans cela, je n’aurais rien eu à vous rembourser à vous qui êtes de si grands et de si nombreux créanciers . Que si celui qui est chargé de recouvrer l’argent, en homme cupide et avide, se plaint du retard apporté au remboursement, qu’il cesse d’incriminer l’échéance, parce que la richesse de mon Seigneur haussera le taux d’intérêt , et paiera l’emprunt son poids d’or. Que nous absolve la large reconnaissance de la studieuse lecture évangélique, nous que la nécessité d’un tel devoir a réduits et conduits à cette dette envers vous. Le soir du sabbat, qui devint lumineux à la première heure du sabbat. Quand le Seigneur est ressuscité, ce n’est pas seulement le droit de la nature humaine qui a été renversé, mais l’ordre de la création lui-même a été de façon spectaculaire, bouleversé. Le soir du sabbat qui est lumineux. Voici qu’à la résurrection du Christ, le soir ne s’enténèbre pas, mais émet de la lumière. Et ce qui avait coutume d’être le début de la nuit devint le prélude de la lumière. Le soir du sabbat qui brille à la première heure du sabbat. Comme la mortalité a été changée en immortalité, comme la corruption est devenue incorruptible, comme la chair s’est muée en Dieu, les ténèbres se sont métamorphosées en lumière. Pour que la nuit elle-même se réjouisse de ne pas avoir péri, mais d’avoir été transformée, elle qui a été privée plus de l’obscurité que du temps de la nuit, qui a été assez heureuse pour perdre l’esclavage de l’alternance nocturne, afin de progresser et de faire irruption vers la liberté de la lumière perpétuelle, au dire du Prophète : Et la nuit est mon illumination dans mes délices. Le soir qui brille à la première heure du sabbat. Le sabbat se réjouit d’être devenu secondaire, lui que la loi condamnait à la torpeur du loisir. Et par la primauté reconnue au jour du Seigneur, l’inertie de l’observance judaïque, qui rendait étrangère à la vertu salvifique, est merveilleusement poussée à accomplir les œuvres de la vertu divine, selon la parole du Seigneur : Il n’est pas permis le jour du Sabbat de travailler des champs, de porter secours aux affligés, de donner la vue aux aveugles, et la vie aux morts ? Et en restreignant aux seules méditations de la sainte loi l’emploi du jour du Sabbat donné par Dieu, ils ne faisaient que favoriser l’esclavage du ventre. Marie Madeleine vint, et l’autre Marie. Une vint par un nom qu’on lit appartenir à des personnes différentes. Marie vint, et l’autre Marie. L’unité du nom symbolise une seule personne en deux personnes , et la diversité des personnes nous fait comprendre la mutation qu’a connue la femme. Elle vint, non elles vinrent. Et quand l’évangéliste parle d’une autre, dans l’une et l’autre il désigne la même, en un langage mystique, afin de démontrer que l’une est venue avant la foi et que l’autre reviendra après la foi. La femme est venue, mais Marie retourne. Elle vient celle qui a apporté la mort, elle revient celle qui a engendré la Vie. Adam vient, celui qui nous a conduits aux enfers, elle revient des enfers celle qui a reçu le Christ. Marie vint et l’autre Marie. Pourquoi? Pour voir le sépulcre, non pour chercher le Seigneur. Seulement pour voir le sépulcre, l’épitaphe de son crime, la preuve de sa triste trahison, de sa présomption diabolique, le seau de sa quête bestiale présomptueuse avec le démon, pour récupérer la foi là où l’accablait l’opprobre perpétuel de sa prévarication. Et voici que se fit un grand tremblement de terre. Si la terre a tremblé ainsi quand le Seigneur est ressuscité pour le pardon des siens, elle chancellera de la même façon quand le Seigneur se lèvera pour punir les méchants, au dire même du Prophète : La terre a tremblé et vacillé quand le Seigneur s’est relevé pour le jugement. Et qui n’a pas pu supporter la présence d’un ange, d’un compagnon de service, comment pourra-t-il supporter le Dieu Juge ? Voici que le salut est réparé aux même lieux où avait péri le salut humain. La première femme l’avait perdu dans la perfidie, l’autre la retrouvé dans la foi. Elle est la première à courir vers le Destructeur de la mort, celle qui avait été la première à courir vers l’auteur de la mort. Elle est la première à entendre parler l’ange celle qui avait été la première à converser avec le démon. L’ange du Seigneur descendit du ciel, et s’avançant, renversa (ou roula par en arrière ou déroula) la pierre, puis s’assit sur elle. Il ne se comporta pas ainsi pour aider à la résurrection du Seigneur, mais pour la révéler. Le Seigneur avait dit : J’ai le pouvoir de déposer ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre. L’ange nous ouvre ce qui était fermé, il rend accessible ce qui était caché, mais il ne rend pas à lumière son Auteur qui n’était déjà plus dans le sépulcre. Et il amène à la foi de la résurrection ses compagnons de service qui étaient immobilisés dans l’obscurité du doute. Il témoigne lui-même, en disant : Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Il renversa la pierre, et s’assit sur elle. Pourquoi ne l’a-t-il pas roulée au lieu de la rouler par en arrière (dérouler) où de la renverser ? Pour que la pierre que la perfidie judaïque avait roulée par manière de disgrâce et de scandale, l’ange la déroule dans une vue de foi et de salut, selon le mot du Prophète : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement, une pierre de scandale. La pierre est donc roulée en arrière , pour qu’il déroule la mort, l’enroulé (le serpent) qui avait claustré la vie. Vous verrez votre vie suspendue devant vos yeux, et vous ne croirez pas. Et il s’assit sur elle. Non pour se reposer de sa fatigue, mais pour montrer que c’est lui qui préside sur le sépulcre sacré et vivifiant. Et le ministre d’un devoir céleste déclarait par le moyen d’une telle session que la mort avait été détruite. Et le répondant témoignait, de sa chaire de vérité, que c’était Dieu qui avait souffert, que Celui qui avait eu comme réceptacle les misères de notre corps était de condition divine, était Dieu. A quoi bon en dire davantage, mes frères ? Il s’assoie, parce qu’aucun ange ne s’est jamais éloigné d’un si vénérable sépulcre. Les gardes tremblaient de peur, et devinrent comme morts. La terreur qui a abattu des criminels leur fait bientôt reprendre conscience. Si ce sont des innocents qui se réveillent, c’étaient des injustes et des impies que possédaient la terreur et la mort. Son aspect était comme celui de l’éclair, et ses vêtements étaient semblables à de la neige. Que vient faire le vêtement là il n’y a pas de nudité ? A quoi bon un linge là où il n’y a pas de nécessité de se couvrir ? Mais l’ange, mes frères, préfigure ainsi notre condition, notre forme, note ressemblance au moment de la résurrection, quand sera restitué à l’homme tout l’éclat de son corps. C’est le Seigneur qui le dit : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. L’ange répondant dit aux femmes : N’ayez pas peur, vous autres. Je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Elles cherchaient encore Celui qui avait été crucifié et qui était mort, dont la tempête sauvage de la passion avait troublé la foi. Et le poids de la tentation les avait tellement courbées qu’elles continuaient à demander au sépulcre le Seigneur du ciel. Il n’est pas ici. Selon Sa capacité de demeurer dans un lieu. Car il est ici du fait même qu’Il est partout, et qu’Il n’est pas renfermé par des murs. Venez voir le lieu où avait été posé le Seigneur. L’ange invite les femmes à venir voir, pour que le lieu du corps sacré purifie les yeux que l’aspect de l’arbre interdit avait maculés, quand le démon les avait fermés. Elles entrent dans le sépulcre, pour que leur foi ensevelie avec le Seigneur ressuscite toute entière pour le salut éternel. Si nous avons été plantés avec Lui à la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi à la ressemblance de sa résurrection. Dites, en vous en allant, à ses disciples : Maintenant que tu es guérie, femme, retourne à l’homme, et persuade-le de la foi, toi qui lui a infusé la perfidie. Rapporte à l’homme la preuve de la résurrection du Seigneur toi qui t’étais constituée conseillère de la tentation et de la ruine.
78ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la septième manifestation du Christ faite aux disciples à la mer de Tibériade) Après cet ouragan de la passion du Seigneur qui était tout à fait inouï dont le monde n’avait jamais entendu parler, que les enfers n’ont pu supporter, et qui a fait trépider le ciel, le Seigneur vint à la mer de Tibériade, et Il repéra ses disciples ballotés par les flots au milieu des ténèbres de la nuit. Après la fuite du soleil, à quoi peut bien servir le brillant de la lune ? Quelle consolation restait-il encore aux étoiles à apporter pour les ténèbres de la nuit ? La terre n’était plus qu’une confuse obscurité, qui aveuglait non seulement le regard corporel, mais la vue de l’esprit. Elle ne permettait pas de gagner le littoral de la foi, ni d’entrer dans le port du salut, ni de rejoindre d’autres navigateurs. Le matin venu dit l’évangéliste, Jésus se tenait debout sur le rivage, mais les disciples ne connurent pas que c’était Jésus. Toute la création avait fui l’injure commise envers le Créateur.
De toute évidence, le meurtre du Seigneur avait mobilisé le monde entier, qui savait très bien qu’il appartenait à toute la maisonnée de venger l’assassinat du Dominateur, que la scélératesse des esclaves avait perpétré. C’est pour cela que, la terre, privée de ses fondations, tremblait; que le soleil s’était éclipsé pour ne rien voir; que le jour s’était éloigné pour ne pas y prendre part.
Les pierres, à qui la nature ne permettait pas de se déplacer, se sont infligé une nouvelle blessure en se fissurant , dénonçant le forfait par le son seulement puisqu’elles ne le pouvaient pas par la voix. Quand l’enfer vaincu vit le Juge en personne parvenir jusqu’à lui, il laissa partir en se lamentant ceux qu’il retenait. C’est alors que les choses inanimées annoncèrent aux vivants que les morts, que le monde croyait anéantis, ressusciteraient avec leurs âmes dotées de leurs corps. Quand donc la belle ordonnance du cosmos sombrait dans la confusion, et quand elle croyait que la mort de son Auteur l’avait ramenée aux ténèbres primitives et au chaos antique, subitement le Seigneur, par la lumière de Sa résurrection, rappelle le jour, et réforme l’univers en un tout organisé et ordonné, pour redresser en même temps que Lui , pour Sa gloire, le monde equ’Il avait vu compatir à Ses souffrances. L’évangéliste dit : Le matin étant arrivé. Ce qui veut dire : une fois traversée la nuit de la passion.
Jésus se tenait sur le rivage. Pour replacer toutes choses dans leurs bornes antiques, pour apporter la certitude dans le doute, pour enrayer le sort, pour harmoniser le disparate, et par sa seule station, stabiliser les fondements eux-mêmes de la terre qui avaient été ébranlés.
Pour que le monde qui s’était enfui pour ne pas voir l’injure faite à son Auteur, Lui apporte le tribut de son hommage . Jésus se tenait sur le rivage. Pour que, par sa station, il ramène à la fidélité de la foi en Lui son Eglise d’abord et avant tout, dans laquelle Ses disciples étaient ballotés par les vagues de la mer. Et enfin, parce qu’Il les avait trouvés spoliés de la vertu de la foi, et qu’Il s’était rendu compte que le découragement les avait vidés de toute vigueur virile, Il les semonça en les appelant enfants, quand Il leur dit : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Là était Pierre, qui l’avait renié, Thomas qui avait douté, Jean qui avait fui. Il ne s’adresse pas à eux comme à de braves soldats, mais comme à des enfants . Et ceux qu’il ne considérait pas idoines au combat, Il les invita au repas, comme des êtres chétifs, en leur disant : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Pour que l’hospitalité les ramène à la grâce, le pain à la confiance, le poisson à la foi. Ils n’auraient pas cru que Son corps ressuscité était réel s’il ne L’avaient vu manger comme mange un être humain. C’est pour cela que la Satiété absolue demande de la nourriture. Le Pain lui-même mange, car ce n’est pas de nourriture qu’Il a toujours faim, mais de la charité des Siens. Enfants, avez-vous quelques chose à manger ? Ils lui répondirent : non.
Et que pouvaient-ils bien avoir eux qui n’avaient pas le Christ à leurs côtés, qui ne voyaient pas encore de leurs yeux le Christ se tenant debout devant eux ? Les disciples ne connurent pas que c’était Jésus. Il leur dit : Jetez le filet à droite, et vous trouverez.
Il renvoie à la droite ceux que le trouble de la passion avait déportés à gauche. Ils jetèrent leur filet, et ne purent le tirer à cause du grand nombre de poissons. Ils ont jeté le filet à droite, ils l’ont jeté du côté viril, mais comme ils n’étaient encore que des enfants, ils ne purent pas le tirer. Ils comprirent par le poids lui-même, par l’afflux des poissons au commandement du Seigneur que cette capture n’était pas le résultat de l’expertise humaine. Le disciple que Jésus aimait dit : C’est le Seigneur. Celui qui aime est le premier à voir, parce que le regard de l’amour saisit toujours avec plus d’acuité, et celui qui aime ressent toujours avec plus de vivacité. Quand Pierre entendit.
Les évènements récents avait tellement ralenti l’esprit de Pierre qu’un autre à fait connaître le Seigneur à celui qui avait l’habitude de l’annoncer. Où est donc sa profession singulière de foi ? Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. Où est-elle allée ? C’est de la maison de Caïphe, le prince des Juifs qu’elle s’est enfuie. Il a vu son Seigneur en retard celui qui avait été prompt à écouter les insinuations d’une servante. Quand il entendit que c’état le Seigneur, il se ceignit de sa tunique car il était nu. Il est étonnant de constater, mes frères, que, quand le Seigneur a été capturé, Jean a abandonné son vêtement, et Pierre s’est trouvé nu. Car c’est la fuite qui a habillé Jean et la négation qui a dénudé Pierre. Il est étonnant mes frères, il est même très étonnant qu’il soit nu dans le navire et habillé dans la mer, car l’innocence n’est jamais nue et la culpabilité se dissimule derrière un habit. Pierre maintenant, après sa faute, s’empresse, comme Adam, de couvrir sa nudité, eux qui furent tous les deux, avant la faute, revêtus de la sainte nudité. Il se ceignit de sa tunique et sauta dans la mer. Pour que la mer nettoie ce que la négation avait pollué.
Il se jeta à la mer. Pour qu’il soit le premier à revenir celui qui, dans la hiérarchie ecclésiastique, avait reçu la primauté. Et il s’est ceint de sa tunique. Il s’est ceint d’une tunique celui qu’un autre devait ceindre pour la passion du martyre, d’après la parole du Seigneur : Un autre te ceindra et t’amènera là où tu ne voudras pas.
Les autres disciples vinrent par le bateau, car ils n’étaient pas loin de la terre, de deux cent coudées environ, trainant le filet rempli de poissons. Les autres arrivent par le bateau, et trainent les poissons capturés, pour qu’ils relèvent des profondeurs et conduisent avec eux-mêmes par un travail fidèle l’église agitée par les tempêtes du siècle , et ceux que le filet évangélique ravira pour la lumière surnaturelle. Ils n’étaient pas éloignés de la terre. Ils n’étaient pas loin de la terre des vivants ceux que la disparition des choses présentes avait déjà rapproché des choses futures. D’environ deux cents coudées.
Celui qui veut réunir le salut et la vie des deux peuples provenant des Juifs et des Gentils double le chiffre cent. Ce qui reste de la lecture, nous le traiterons, Dieu aidant, dans le sermon suivant.
79ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue Après avoir parcouru les récits de Matthieu et de Marc sur la résurrection, enquérons-nous maintenant de ce que le très bienheureux Luc nous rapporte. A la toute pointe du jour du sabbat, les femmes vinrent ensemble au monument, portant les aromates qu’elles avaient préparées. Nous avons dit plusieurs fois que ce qui est arrivé lors de la résurrection du Christ était une figure de ce qui arrivera à la nôtre.
L’enchaînement de faits vécus par le Christ que nous présente le récit de l’évangéliste vaut plus par sa signification mystique que par sa nouveauté. La première heure du sabbat. C’est une bonne chose que ça ait eu lieu à la première heure, car le jour de la résurrection n’en connaît pas d’autre. La mère de la lumière éternelle ignore le temps de la nuit. Le jour éternel brille éternellement.
La lumière des ressuscités ne peut pas mourir.
La lumière qui abolit la nuit ne peut pas être éteinte. Elles vinrent au monument portant les aromates qu’elles avaient préparées. Et elles trouvèrent que la pierre avait été roulée par en arrière près du tombeau. Et entrant, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Pourquoi celles qui avaient fui loin du sépulcre ont-elles maintenant l’audace d’y retourner ? Ces intrépides reviennent au monument funèbre qui inspire de la terreur. Elles assaillent avec confiance la tristesse du sépulcre. Et n’ayant pas trouvé le Seigneur, elle Le cherchent avec soin, et persistent sans se décourager. Ne les trouble pas non plus l’obstacle supplémentaire de la nuit qui, engendrant les ténèbres, ajoute à la peur. Mes frères, la femme, cause du mal, auteur du péché, voie de la mort, épitaphe du sépulcre, porte de l’enfer, est elle-même la nécessité entière de la lamentation. C’est à cause de cela qu’elles sont larmoyantes de naissance, qu’elles sont sujettes aux grandes tristesses, qu’elles sont adonnées aux gémissements, et autant elles sont fortes pour se lamenter, autant elles sont faibles physiquement. Et autant elles sont impropres aux travaux épuisants, autant elles sont disposées à pleurer.
De là vient qu’elles triomphent des armes par les pleurs, de là vient qu’elles fléchissent les gouvernements par leurs larmes, que par leurs lamentations elles paralysent toute la force des hommes. Il n’est donc pas surprenant si les femmes apparaissent ici plus empressées que les apôtres à se rendre au lieu des lamentations, aux funérailles, au sépulcre, pour rendre le dernier hommage au corps du Seigneur. La première à courir vers le lieu des lamentations est celle qui a été la première à courir vers la chute.
Elle a précédé l’homme au sépulcre celle qui l’avait précédé vers la mort. Elle devient la messagère de la résurrection celle qui avait été la porte-parole de la mort. Et celle qui avait apporté à l’homme l’annonce d’une si grande ruine est celle qui offre aux hommes la nouvelle d’un grand salut. Ce n’est pas ici un renversement des rôles , mais une préséance d’ordre mystique. Les apôtres ne sont pas placés après les femmes, mais sont réservés pour de plus grandes choses. Les femmes rendent les derniers honneurs au Christ, les apôtres endurent les souffrances du Christ. Elles portent des aromates, eux des coups de fouet. Elles entrent dans le sépulcre, eux dans une prison. Elles se hâtent pour rendre les derniers honneurs, eux courent à toute vitesse vers les chaînes. Elles versent de l’huile, eux versent leur sang. Elles sont stupéfiées par la mort, eux lui tendent les bras. Que dire de plus? Elles demeurent, elles, dans leurs maisons, eux affrontent les armées ennemies , comme des soldats courageux qui font la démonstration de leur fidélité dans l’adversité, de leur vertu dans les labeurs, de leur patience dans les injures, de leur mépris de la mort dans les périls, de leur endurance dans les blessures, de leur zèle dans les souffrances, de leur constance dans la lacération des viscères.
Les femmes apportent donc au Christ leurs larmes, les apôtres, après avoir triomphé du démon et vaincu les ennemis, offrent au Christ la victoire et le triomphe.
Il est vrai, et personne ne le conteste, il est vrai qu’on rapporte que les apôtres n’ont pas cru à ce que leur racontait les femmes de la résurrection du Christ, et qu’ils ont considéré qu’elles déliraient. Il se méfie du merveilleux qu’on lui rapporte celui qui croit a des choses plus merveilleuses encore. . Il ne peut pas être trompé celui qui ne croit pas à la légère. Il est peu futé celui qu’une première désillusion ne rend pas plus circonspect. Le soldat novice court affronter l’ennemi, sans connaître la cause de la guerre, et sans rien savoir de la force de son ennemi. Mais l’expérience, non l’indolence, fait avancer le vétéran à pas comptés. Ainsi Adam le novice est vite tombé quand il s’est empressé de croire. Et pendant qu’il donnait facilement son assentiment à ce que lui proposait la femme, il s’est livré, lui et ses successeurs, au pire des ennemis. Pierre le vétéran n’a pas facilement écouté les racontars de la femme. Il n’a cru que tardivement à ce qu’annonçaient les femmes, pour prendre le temps de réfléchir comme un vétéran, et ne pas se précipiter comme un enfant. La preuve en est que quand deux des disciples qui, après la résurrection, ont mérité d’avoir Jésus comme compagnon de route, revinrent annoncer qu’ils avaient vu le Seigneur, les apôtres jugèrent en homme ce qu’ils entendirent, et ne le taxèrent pas de délire. Ces deux disciples donnèrent des oreilles, façonnèrent des bouches , ouvrirent les yeux, frappèrent à la porte des cœurs, et ce qu’ils dirent ils le rendirent tellement accessible aux sens, que, après l’ardeur excessive du doute et de l’hésitation, les assoiffés burent la parole du fleuve de la foi, que la langue de leurs collègues leur versait. Comme des coupes d’eau froide tempèrent l’ardeur de la soif et rafraîchissent, ainsi l’annonce d’une grande joie réjouit plus l’esprit après l’annonce d’un grand malheur. Mes frères, qui peut comprendre les causes de la naissance du Seigneur ? Qui mérite d’estimer à sa juste valeur l’affaire de la résurrection du Christ ? Ne le pourra que celui qui a reçu de Dieu la grâce d’y penser, de le comprendre, d’en saisir tout le sens. Que le Créateur du monde soit créé par un enfantement féminin; que le Seigneur du monde figure parmi la servitude humaine; que le Pasteur de tous ait besoin de pâture; que soit adjugé aux coupables Celui qui pardonne à tous; qu’Il soit puni en étant privé de la vie du monde Celui qui meurt pour ressusciter les morts; que Celui qui renferme tout soit enfermé dans un sépulcre; que le Seigneur des cieux soit trouvé dans les enfers. Que celui qui peut comprendre ces choses, ne se scandalise pas, mais cherche les raisons profondes des hésitations, des atermoiements, des craintes, des fuites, des subterfuges des apôtres. Donc, frères, ne nous étonnons pas, nous qui jusqu’à maintenant n’avons pas cru, que les Apôtres aient douté, qu’ils aient mis tant de temps à croire. Mais prions pour que nous méritions de comprendre ces choses dans la mesure où nous le donnera Celui qui accorde gratuitement à l’homme de comprendre. Ce qui reste de ce récit à commenter, nous le poursuivrons, avec l’aide de Dieu, dans le prochain sermon.
80ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(La résurrection du Christ, et la deuxième manifestation faite aux femmes en revenant du monument) Puisque dans le sermon précédent nous avons commenté en quelques morts la première partie de la lecture, écoutons donc ce qui se rapporte à ce qui suit : Répondant, l’ange dit aux femmes : Ne craignez pas, vous autres, car je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous recherchez. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’a dit. Venez voir le lieu où le Seigneur avait été placé. Penses-tu que l’absence de Pierre, de Jean et des autres disciples est blâmée, que leur inertie leur est reprochée par le seul fait qu’à la résurrection du Christ, les femmes, après avoir veillé toute la nuit, accourent avec ferveur, les premières, et toutes seules ? Le rôle des hommes est-il flétri, parce que l’infirmité féminine les a devancés à la gloire de la résurrection ? Loin de nous cette pensée, mes frères. Ce n’est pas le fuit du hasard; il y a une raison à cela. C’est un mystère, non une pure coïncidence. Cela ne provient pas de leur faute, mais d’un dessein providentiel. Car la femme ici, ne précède pas l’homme mais le suit, puisque c’est l’homme qui ressuscite dans le Christ. Comprends donc que Pierre n’a pas cédé la préséance aux femmes, mais au Christ; non à la servante, mais au Seigneur; à un sacrement, non au sommeil; à un décret d’en Haut , non à la crainte. Tout bien considéré, l’homme était dans le Christ quand l’ange vint vers les femmes. De telle sorte que, autant le Seigneur l’emporte sur l’ange, autant l’homme a préséance sur la femme en dignité. N’ayez pas peur, vous autres. Ce qui revint à dire : Qu’il craigne le Juif qui L’a trahi, qu’il craigne Pilate qui L’a condamné, le soldat qui s’est moqué de Lui, les impies qui L’ont crucifié, les cruels qui Lui ont présenté la coupe amère, les barbares qui ont investi le sépulcre, les perfides qui ont acheté le mensonge et vendu la vérité, et ceux qui, au lieu de pleurer de L’avoir tué, poussent l’inhumanité jusqu’à s’attrister de Sa résurrection. Mais vous, il convient que vous vous réjouissiez, non que vous craigniez, car Il est ressuscité Celui que vous recherchiez mort; Il vit Celui dont vous pleuriez l’assassinat. Je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Ce qui signifie : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Pourquoi cherchez-vous la Vie dans le sépulcre? Allez plutôt à la rencontre du Vivant. Cessez d’accourir en groupe pour Lui rendre les derniers honneurs. Je sais que c’est Jésus qui a été crucifié que vous cherchez. Il n’est point ici. C’est ainsi qu’a parlé l’ange, car il n’a pas ouvert le sépulcre pour qu’en sorte le Christ, qui n’y était déjà plus, mais pour démontrer que le Christ n’était pas là. Il est ressuscité, comme Il l’a dit. C’est la même vertu qui possède la double puissance de ressusciter les morts et de prédire l’avenir. Venez voir le lieu où avait été placé le Seigneur. Venez, femmes, venez! Voyez où vous avez posé Adam; où vous avec enseveli l’homme; où vous avez refoulé l’homme par votre conseil, par lequel vous avez fait que le Seigneur git ici pour ses esclaves. Et comprenez que l’immensité de la grâce correspond à l’immensité de l’injustice commise envers le Seigneur. Venez voir le lieu où le Seigneur avait été posé. La vertu angélique atteste que c’est le Seigneur qui a été crucifié, et l’infirmité humaine ergote : est-ce bien le Seigneur qui est ressuscité ? Le Christ a assumé les passions humaines, sans rien perdre de Sa divinité. Et retournez vite dire aux disciples qu’Il est ressuscité, et voici qu’Il vous précédera en Galilée. Là, vous le verrez. Les apôtres, ici, ne sont pas placés après les femmes, mais la femme est disculpée en apportant le message de la vie et de la résurrection, elle qui avait apporté le message de la mort et de la ruine. Et sortant rapidement du monument avec crainte et une grande joie. Les femmes entrent dans le sépulcre pour devenir participantes de l’ensevelissement, pour s’associer à Sa passion. Elles sortent du sépulcre pour ressusciter dans la foi, avant de ressusciter dans la chair. Sortant avec crainte et une grande joie. Mais où est donc le ne-craignez-pas ? Car la crainte n’a pas été enlevée, mais changée. La crainte qui provenait de la faute s’était éloignée, mais la crainte respectueuse demeurait. La crainte mauvaise, qu’avait fait naître le péché, a cédé la place à la bonne crainte révérencielle. Elles avaient perdu l’Adam qui leur avait été donné, et elles craignaient de perdre Celui qui leur était rendu. Avec crainte et grande joie. Il est écrit : Servez le Seigneur avec crainte, et exultez en lui en tremblant. Avec crainte et grande joie. Parce que la crainte sainte du Seigneur perdure dans les siècles des siècles. Elle courrait l’annoncer à Ses disciples, et voici qu’accourt à elles Jésus en disant : Je vous salue. Jésus vient à la rencontre de ceux qui courent en toute fidélité, pour que ce qu’ils avaient cru par la foi, leurs yeux le reconnaissent; et que Sa présence raffermisse celles qui étaient encore troublées par ce qu’elles avaient entendu. Jésus va à leur rencontre en leur disant : Je vous salue. Il accourt en tant que Seigneur; Il salue en tant que Parent; Il les réconforte par son affection, tout en les maintenant dans le respect. Il salue, pour qu’elles ne fuient pas par crainte, mais servent par amour. Et puis elles avancèrent et tinrent ses pieds. Il a voulu être possédé Celui qui a supporté d’être touché. Elles avancèrent et tinrent ses pieds. Pour qu’elles sachent que l’homme est situé dans la tête du Christ, et elles, à ses pieds; et qu’il leur a été donné par le Christ de suivre l’homme, et non de le précéder. Il leur a dit : N’ayez pas peur. Ce que l’ange avait dit, le Seigneur le dit aussi. Pour que celles que l’ange avait rassurées, le Christ les raffermisse davantage. Mais allez et dites à mes frères d’aller en Galilée, que là, ils me verront. En ressuscitant des morts, le Christ a réassumé l’humanité, il ne l’a pas quittée. Il donne le nom de frères à ceux que Son corps s’est apparenté. Il appelle frères ceux qu’Il a adoptés, pour en faire des fils de son Père. Il appelle frères ceux que l’Héritier débonnaire a appelés à la dignité de cohéritiers. Mais voyez comment ressuscite l’impiété à la résurrection du Christ. Et quelques-uns des gardes arrivèrent à la ville, et annoncèrent aux Princes des Prêtres tout ce qui était arrivé. Mais eux se réunirent avec les anciens pour tenir conseil, et donnèrent une somme considérable aux soldats en leur disant : Dites que ses disciples sont venus de nuit, et qu’ils ont dérobé le corps pendant votre sommeil. Ceux qui donnent de l’argent, ne se procurent pas ce qui se perd, mais ce qui se conserve. Les Juifs achetèrent le Christ au vendeur Judas pour Le perdre. Maintenant, ils versent une somme considérable d’argent pour perdre la loi, le temple et la patrie. Des hommes sanguinaires et fourbes fixent le prix de la fausseté, mettent au point l’instrument de la perfidie, trament le vol à main armée de la vérité, et par un cruel trafic, ourdissent la fraude de la foi. Ils corrompent les militaires, et il appellent un vol le grand mystère de la résurrection. Ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé. Non contents d’avoir tué le Maître, ils s’évertuent à trouver des moyens de perdre les disciples; et font en sorte que la puissance du Maître soit le crime des disciples. Ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé. Il est évident que les soldats L’ont laissé échapper de leurs mains, et que les Juifs L’ont perdu. Mais les disciples ont recueilli leur Maître vivant, non mort; par la foi, non par le vol; par la vertu, non par la fraude; par la sainteté, non par le crime. Voilà pourquoi on les envoie en Galilée, pour qu’ils puissent Le voir, parce que dans le lieu de la perfidie, on ne peut pas voir Dieu. Il avait dit : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Qu’il se le soit donné à Lui-même, Il l’exprime par le témoignage de l’Apôtre : Dieu était dans le Christ se réconciliant à Lui-même le monde. Ce qu’Il possède depuis toujours avec le Père et le Saint-Esprit, le Fils de Dieu l’a partagé avec le Fils de la vierge, Dieu avec l’homme, la divinité avec la chair. Et c’est pourquoi Il dit : Allez, baptisez toutes les nations, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Pour qu’une seule et même puissance recrée pour le salut ce qu’elle avait créé pour la vie. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle. Il est toujours avec nous Celui qui est toujours avec le Père, et Il vient à nous par cela même qu’Il a pris de nous. Que dire de plus, mes frères ! De ce qui naît, de ce qui souffre, de ce qui ressuscite, de ce qui est assumé, de tout cela, Il n’a aucun besoin : c’est pour notre salut.
81ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(de la cinquième manifestation du Christ, faite aux disciples en l’absence de Thomas) Quand la Judée rebelle met tout son zèle à combattre son Créateur, et lève une main impie pour assassiner son Auteur, elle retire la paix de la terre, elle rompt l’harmonie existant entre les êtres, et casse le lien qui unit les éléments entre eux, Et ceci, d’une façon telle qu’elle renvoie la totalité du monde au chaos antique. Elle met en fuite le jour, envahit le territoire de la nuit, refuse la lumière aux ténèbres, et le ciel aux êtres.
Elle fait trembler la terre, elle mêle les morts aux vivants, elle confond les enfers avec les cieux; et après avoir renversé l’ordre des choses, afin d’injurier le Créateur, elle ne laisse absolument rien subsister en fait de paix ou d’amour. C’est pourquoi le Christ, de retour des enfers, s’exclame pour rendre la paix aux êtres : La paix soit avec vous ! Pendant qu’Il disait cela à ses disciples, Il se tenait debout au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! C’est à dessein qu’Il a ajouté avec vous, parce que la terre avait retrouvé son assise, le jour était revenu, le soleil avait repris son cours, et l’ensemble du cosmos conservait l’ordre qui lui avait été rendu. Mais dans les disciples, la guerre faisait toujours rage, et le conflit entre la foi et la perfidie sévissait âprement en eux. Le tourbillon des passions ne heurtait pas autant la terre qu’elle heurtait les cœurs des disciples. Le tranchant de l’épée de l’incrédulité et de la croyance dévastait leurs âmes en une bataille acharnée. Les hordes de leurs pensées prenaient pied solidement dans leurs esprits, et les saillies d’espoir et de désespoir ébranlaient les cœurs les plus robustes.
Les sens et les esprits des disciples oscillaient entre les signes miraculeux innombrables du Christ et les diverses péripéties de sa passion; entre les preuves de sa divinité et les défaillances de la chair; entre les dommages causés par sa mort et les dons qu’Il a faits pendant sa vie. Leur esprit maintenant était élevé au ciel, et leurs âmes trépignaient sur la terre.
Et comme au plus profond de leur cœur, la tempête continuait à déferler, ils ne pouvaient trouver aucun havre de paix, aucun mouillage à l’abri du vent.. Ce que voyant, le Scrutateur des cœurs, le Christ, commanda aux vents, et donna des ordres aux orages. Lui qui peut à volonté transformer les tempêtes en bonace, Il ne tarda pas à les sécuriser par Sa paix : La paix soit avec vous ! C’est moi. N’ayez pas peur ! Je suis Celui qui a été crucifié, qui est mort et qui a été enseveli. Je suis Celui que fuit la mort, que redoutent les enfers. Le tartare, plein d’effroi, a confessé Dieu. Ne craignez pas ! Ne crains pas Pierre, d’avoir renié, Jean d’avoir fui, vous tous d’avoir déserté.
Ne craignez pas à cause de ce que le manque de foi vous a fait penser et juger de Moi, de ce que même maintenant, vous ne croyez pas, tout en Me voyant. (Matt. Marc) Ne craignez pas, c’est moi ! Moi qui vous ai appelés par la grâce, qui vous ai élus dans ma bienveillance, qui vous ai soutenus paternellement, qui vous ai portés dans mon cœur, et que maintenant j’accueille par ma seule bonté, parce que le Père ne connaît pas les fautes quand Il reçoit le Fils, quand son affection les rend Siens de nouveau. Troublés et effarouchés, ils pensaient voir un esprit. Pourquoi ? Parce que le Christ était entré portes closes. Les disciples donc, épouvantés comme dans un cauchemar, attribuaient au Christ non la puissance de la nature divine, mais les limites de la nature humaine. Ils croyaient voir un fantôme. Car avec l’esprit de l’homme, Il avait passé au travers de la barrière de l’utérus, Il avait passé au travers des murs, pour que le corps enfermé pénètre dans un corps fermé. De la même façon, quand l’âme met fin à la vie, quand elle se retire du corps chéri qu’elle gouvernait avec lui en commun, elle n’est pas retenue par les verrous des portes, par des obstacles terrestres. La substance spirituelle ne peut pas être enfermée dans des ergastules. Comme le dit l’Ecriture : L’Esprit, tu ne sais d’où il vient, ni où Il va. Après la résurrection, après l’entrée du Seigneur à travers le mur , les disciples ne croyaient pas que le Seigneur avait réassumé la solidité de son corps, s’imaginant qu’Il était revenu dans un simple simulacre de la chair, comme les images corporelles ont coutume d’apparaître dans le sommeil. Ils croyaient voir un fantôme. Donc, comme nous l’avons dit, dans les disciples ne s’apaisaient pas la guérilla des pensées. Elle allait plutôt augmentant. Et le trouble de leurs esprits ne faisait que croître par la vision. Et ce qui devait fortifier la foi en la résurrection fournissait de nouvelles raisons de douter. Ce qui était venu était une chose réelle. Ce qui était entré portes closes, ce n’était pas la foi. Ce n’était pas la foi, mais la vertu divine. Ce n’était pas quelque chose de purement humain, mais c’était pourtant un homme. Pour qu’un vrai corps porte témoignage de la puissance de Dieu, et qu’une chair fantomatique ou spectrale n’injurie pas la résurrection. Pour réprimer les conflits renaissants de leurs pensées, le Christ répondit : Pourquoi vous troublez-vous ? Et pourquoi ces pensées montent-elles dans vos coeurs ? Il fait bien de parler de monter plutôt que de descendre.
Parce que les pensées humaines, alourdies par le poids du corps, essaient de s’élever à la hauteur du mystère de Dieu, et quand elles s’y efforcent, elles sont mises en charpie, croulent et chutent par terre, à moins que n’apporte Son aide Celui qui donne à l’homme de penser aux choses divines. Pourquoi êtes-vous troublés ? Et pourquoi ces pensées montent-elles dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ! Voyez ce qui veut dire : veillez. . Pourquoi? Parce que ce n’est pas une hallucination que vous avez. Voyez mes mains et mes pieds. Parce que vos yeux toujours appesantis ne peuvent pas encore regarder ma tête. Regardez les plaies de la chair, puisque vous ne voyez pas les œuvres de Dieu. Considérez les stigmates laissés par les ennemis, puisque vous n’avez pas encore remarqué les marques typiques de Dieu. Palpez, pour que la main produise la foi, puisque l’œil s’aveugle en voyant. Que le toucher voie puisque l’œil ne voit pas. Que vos doigts entrent dans les marques des clous; que vos mains furètent les plaies. Renouvelez les trous des mains, sillonnez mon côté, ravivez mes plaies, car je ne puis pas refuser à mes disciples pour les conduire à la foi ce que je n’ai pas refusé aux cruels ennemis pour leur perdition. Palpez, palpez, et poussez votre inspection minutieuse jusqu’aux os, pour que les os de la chair attestent la vérité, et pour que les plaies que j’ai conservées témoignent que c’est Moi-même. Je me demande pourquoi vous ne croyez pas que je suis ressuscité moi, qui, sous vos yeux, ai ressuscité de nombreux morts ?
A moins que la vertu qui m’a servi pour les autres ne m’ait fait défaut à moi, selon cette parole outrageante prononcée quand j’étais rivé à la croix : Il a sauvé les autres mais ne peut pas se sauver Lui-même. S’il est le roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en Lui. Qu’est-ce qui est le plus grand : descendre de la croix après avoir fait sauter les clous, ou remonter des enfers après avoir foulé aux pieds la mort ? Voici que je me suis sauvé Moi-même, et après avoir brisé les chaînes de l’enfer, je suis monté vers les cieux, et en dépit de tout cela, je n’ai pas trouvé chez vous de foi dans ma divinité. Une mort de trois jours détourne-t-elle de la foi dans ce qui doit être cru ? Ma voix n’a-t-elle pas rappelé des enfers, sous vos yeux, un Lazare dont le cadavre nauséabond en était au quatrième jour de décomposition ? Et si le serviteur a pu revenir à la vie après quatre jours, pourquoi le Seigneur ne le pourrait-Il pas après trois? Eux, ne croyant pas encore à cause de la joie et de l’étonnement. On croit avec peine à la réalité des joies longuement désirées quand on en voit la réalisation.
C’est la stupeur qu’engendre l’obtention de nos rêves. Voilà pourquoi les Apôtres s’émerveillent d’une résurrection qui est arrivée plus tôt qu’ils ne l’espéraient.
Et ce n’est pas la perfidie qui les a fait différer de croire, mais l’amour. En testant une telle foi, ils ne la reniaient pas, mais l’appelaient de tous leurs vœux. Et en tendant vers ce qu’il y avait de plus haut, ils souhaitaient que soit vrai ce qu’ils avaient sous les yeux. Mes frères, la nature est trop infantile pour mener à la pratique des vertus. A moins que Dieu ne la fasse croître, elle ne peut saisir ce qu’est la maturité, ni comprendre ce qu’est la perfection. Que Dieu Lui-même nous accorde donc ce que par nous-mêmes nous ne pouvons ni saisir ni comprendre.