Sermons (page 7)

Pierre Chrysologue · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Sermons 1 à 176 · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

159ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(les bergers et les mages)

C’est avant ces jours, c’est-à-dire, avant le huitième jour des calendes de ce mois, au cours duquel les jours commencent à s’allonger, parce que le Vrai Jour luit, que le Christ est né, notre Seigneur Jésus Christ. C’est écrit dans l’évangile de saint Luc, comme se le rappellent aisément ceux qui l’ont lu ou qui l’ont entendu de la bouche des lecteurs. Les bergers juifs qui veillaient sur leurs troupeaux l’ont appris des anges qui étaient venus le leur annoncer. Aujourd’hui des mages païens, à la recherche de futilités, L’ont trouvé miraculeusement, dans Sa manifestation charnelle. Aux bergers a parlé la voix des ministres spirituels, qui leur annonçait la naissance du Seigneur. Et ils dirent ceux à qui souvent des prophètes avaient été envoyés : Traversons jusqu’à Jérusalem, et allons voir ce qui nous a été raconté. Ils parlent aussi les mages à qui aucun prophète n’avait jamais parlé. Mais ils interrogent comme quelqu’un qui cherche à savoir : Où est celui qui est né roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. Les bergers arrivent de près, les mages viennent de loin. Les uns et les autres cependant convergent vers un seul et même lieu de la foi avec une pieuse ferveur. Et les deux voient au même endroit le Christ Roi placé entre deux bêtes prophétiques, qui forment le type et la figure des deux peuples, les Juifs et les Gentils. Ils L’admirent et le reconnaissent pour ce qu’Il est. Car le bœuf connaît son maître, et l’âne la mangeoire de son Seigneur. Le bœuf Juif L’a reconnu quand le joug de la loi a été rompu; l’âne païen L’a reconnu, lui aussi, quand il a renoncé à la barbarie de sa stupidité. Le Juif, en déposant le fardeau superflu des observances; et le Gentil, en laissant l’erreur nébuleuse de la superstition. L’un et l’autre peuple L’ont reconnu, parce qu’ils sont allés tous les deux se nourrir à la mangeoire du Seigneur. Ils n’ont pas mangé le foin de la mort, mais la nourriture du salut. Mangez, mangez, pieux animaux, les mets de la vie éternelle ! Et la nourriture de l’éternelle rétribution, autant que vous le pourrez, fournissez-la à vos gosiers avides ! Ne la fragmentez pas inutilement, mais avalez-la au complet, d’un seul morceau. Car on ne peut pas diviser le Christ en Le mangeant. Il est ingéré par les croyants en entier, et c’est en entier qu’Il est reçu dans la bouche du cœur. Car le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Il a habité dans l’utérus de la vierge qu’Il a occupé en toute dignité. Les mages lui présentèrent, comme il est écrit, de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Nous offrons au Christ l’encens de la foi d’une région éloignée, la myrrhe de la bonne odeur de la confession de la proximité, ces trois dons d’une odeur suave de charité, quand nous confessons qu’Il est Roi, Seigneur et Homme. Mais nous adorerons le Christ en esprit et en vérité, si nous Lui offrons les présents de notre foi et de notre confession. Et nous, comme les mages, qui sont nos guides dans la foi et les prémisses de notre croyance, après avoir été avertis en songe, i.e. dans cette vie qui est semblable à un songe, et après avoir déjoué le roi Hérode, i.e., le diable qui est le prince de ce monde, retournons à notre patrie par une autre route, i.e., par une autre vie, de laquelle nous avons été malheureusement chassés par Adam, mais à laquelle nous sommes miséricordieusement rappelés par le Christ.

160ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(L’épiphanie, trois fêtes en une : l’adoration des mages, le baptême de Jésus, et l’eau changée en vin aux noces de Cana)

Dans le sacrement lui-même de l’incarnation du Seigneur, ont toujours été présents de clairs indices de sa divinité. Mais la solennité d’aujourd’hui révèle et manifeste de plusieurs façons que c’est Dieu qui est venu dans un corps humain. Pour que la mortalité, toujours plongée dans l’obscurité, ne perde pas, par ignorance, ce qu’elle a mérité de tenir et de posséder par la seule grâce. Car Celui qui a voulu naître pour nous ne veut pas être ignoré de nous.

Et Il se manifeste ainsi, pour qu’un grand sacrement de piété ne soit pas détourné en occasion d’une grande erreur.

Aujourd’hui, celui que le mage cherchait dans le ciel comme un être flamboyant, il Le découvre pleurnichant dans un berceau. Aujourd’hui, le mage admire en toute clarté dans des langes, Celui qu’il cherchait péniblement à tâtons dans le ciel.

Aujourd’hui, le mage, profondément stupéfait, est complètement renversé par ce qu’il voit : il voit le ciel dans la terre, la terre dans le ciel, l’homme en Dieu et Dieu dans l’homme, le Dieu qui ne peut être contenu par cette petite parcelle de l’univers. étant incapable d’approfondir, et ne pouvant rien comprendre, le mage adore. Car il voit que dans le ciel les étoiles, la lune et le soleil ne brillent pas autant que cette chair lumineuse qu’il contemple sur la terre. Il voit dans un seul et même corps, les échanges qui s’opèrent entre l’humanité et la divinité. En le croyant Dieu, il sent qu’Il est Roi.

Il comprend qu’Il va mourir par amour pour le genre humain; et saisi d’effroi, Il se demande comment Dieu peut mourir, et comment peut être tué Celui qui donne la vie.

Et c’est ainsi que le mage a cessé de chercher avec l’astrologie ce que la science humaine ne peut pas découvrir. Et réalisant qu’il a erré longtemps dans le ciel avec les astres errants, il se réjouit d’être parvenu jusqu’à Dieu sur la terre, sous la conduite d’une seule étoile. Et il comprit que sont voilées de profonds mystères toutes les choses qui se voient dans le ciel en toute clarté par les yeux humains. Et voyant qu’il croyait déjà sans discuter, il exprima sa foi avec des dons symboliques : à Dieu il offrit l’encens, au Roi l’or, et la myrrhe à Celui qui allait mourir. Il donna à Dieu de l’encens et au Roi de l’or, pour plaire, par un hommage de riche, à Celui qu’Il avait insulté et offensé par une entreprise frivole et oiseuse; et pour accomplir ce que beaucoup attendaient d’un rejeton stérile d’éthiopie : L’éthiopie tendra les mains vers Dieu. Le mage voit qu’il tend ses mains au Christ avant le Juif , parce que quand le Juif a livré criminellement le Christ à Hérode, c’est alors que le mage a confessé Dieu Christ avec ses présents. C’est ainsi que le Gentil qui était le dernier est devenu le premier. C’est alors que, par la foi des mages, est entérinée la croyance des Gentils, et que la cruauté des Juifs est marquée au fer rouge.

Aujourd’hui le Christ est entré dans le fleuve du Jourdain pour y laver le péché du monde. Jean lui-même atteste que c’est pour cela qu’Il est venu : Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. Aujourd’hui le Seigneur se met sous la coupe de son serviteur , Dieu se soumet à l’homme, le Christ à Jean, puisqu’Il vient pour recevoir le pardon au lieu de le donner. Aujourd’hui, comme dit le prophète : La voix de Dieu est au-dessus des eaux. Quelle voix ? Voici mon fils bien-aimé en qui je me complais. Aujourd’hui, la voix de Dieu est au-dessus des eaux, pour que la foi dans l’Engendré soit scellée par Dieu : le Père Lui-même témoigne de son Fils, Il sert Lui-même de répondant.

Celui-ci est mon fils bien-aimé. Parce qu’Il n’y en avait pas d’autre capable de rendre ce témoignage. Personne n’était en mesure de le faire comme le Père;

personne ne connaissait le secret du Père. La génération divine ne connaît aucun témoin. La divinité n’a rien à apprendre de l’extérieur, comme le Fils le dit : Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils.

Aujourd’hui l’Esprit Saint plane sur les eaux sous la forme d’une colombe; elle est semblable à la colombe de Noé qui avait annoncé que les eaux du déluge universel s’étaient retirées. Par ce signe, on apprend que le naufrage perpétuel du monde a pris fin. La colombe-Saint-Esprit ne porte pas comme l’autre colombe, un rameau de branche d’olivier, mais elle répand sur la tête du nouveau Père de l’humanité l’huile de la nouvelle onction, pour que se réalise ce que le Prophète avait prédit : C’est pourquoi Dieu, ton Dieu t’a oint de préférence à tes compagnons, d’une huile d’allégresse. Aujourd’hui, le Seigneur est au-dessus des eaux. On a raison de dire au-dessus des eaux plutôt que sous les eaux, parce que le Christ, dans son baptême, n’est pas soumis aux sacrements, mais leur commande. Aujourd’hui le Dieu de Majesté a tonitrué. La voix du Père a retenti du haut du ciel. Et si le Père tonne du haut du ciel, si le Fils est dans les eaux du Jourdain, et si le Saint-Esprit apparaît corporellement dans le ciel, pourquoi le Jourdain qui a fui la présence de l’arche de la loi ne redoute-t-il pas la présence de toute la Trinité ? Pourquoi ? Parce que celui qui rend hommage en toute piété apprend à ne plus craindre.

Ici la Trinité répand la totalité de sa grâce, dit tout l’amour qui existe entre les personnes. Au temps de Josué, l’arche a mis en déroute les éléments pour enrégimenter des serviteurs mus par la peur.

Mais au milieu de ces prodiges, Jean reste là intrépide, impavide, parce qu’il ne peut pas craindre celui qui, comme en fait foi un témoignage angélique, n’est né que pour le seul amour de Dieu.

Aujourd’hui, le Christ donne le premier de ses signes célestes, en changeant l’eau en vin. Il démontre ainsi sa divinité par des miracles Celui que la parole du Père avait déclaré Fils. Car Celui qui change les éléments démontre qu’il est l’Auteur des éléments; et Celui qui agit sans effort contre la nature démontre qu’Il est l’Auteur de la nature. Il transforme l’eau en vin pour que l’hébétude de notre nature s’assainisse grâce à la vigueur de la divinité.

Celui qui par un accroissement rapide et instantané de cinq pains fractionnés , a nourri à satiété cinq mille hommes, a pu, au festin des noces, emplir les outres de vin à perpétuité pour les convives à venir Car l’eau devait être changée dans le mystère du sang, pour qu’avec une seule coupe tirée du vase de son corps, le Christ enivre ceux qui y boiront; et pour que cette prophétie soit accomplie : Et qu’il est illustre mon calice qui enivre ! La divinité du Christ est donc aujourd’hui établie de trois façons : par les dons des mages, par le témoignage du Père, et par le changement de l’eau en vin, parce que l’Autorité affirme que toute parole de l’écriture est confirmée trois fois, en disant : Toute parole est dans la bouche de deux ou trois témoins. Mais parce que cette festivité elle-même nous invite à la table du Seigneur et à la joie de ce calice, il suffit d’une brève conclusion pour de si grands mystères, par notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

161ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

( le serviteur qui retourne des champs)

Vous avez entendu, mes frères, par l’exemple de la servitude, quel service divin le Seigneur exige de nous : Qui de vous ayant un laboureur ou un pâtre comme serviteur, lui dit quand il revient des champs : Change-toi tout de suite, et mets-toi à table. Ne lui dit-il pas plutôt : Prépare mon repas, ceins-toi et sers-moi tout le temps que je mangerai et boirai. Après seulement, tu mangeras et boiras. Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur parce qu’il a fait ce qui lui était commandé ? Qu’il en soit ainsi pour vous. Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles. Nous n’avons fait que ce que nous devions faire. Qu’il en soit ainsi pour vous ! Où est la similitude ? Il s’agit plutôt d’une dissemblance flagrante. L’homme doit-il à Dieu autant que l’homme doit à l’homme ?

Absolument pas. Car l’ordre est autre ; la cause est différente; la foi dissemblable. Dieu a fait exister l’homme, Il lui a ordonné de naître, Il lui a donné de vivre, Il lui a permis de comprendre, Il lui a donné les saisons, a étalé sa vie de l’enfance à la vieillesse. Il le destine à la gloire, lui a ouvert la voie des honneurs.

Il l’a fait avant les animaux, et lui a attribué la souveraineté sur toute la terre, par une loi immuable et perpétuelle. Et quand se flétrirent de si grands et de si nombreux bienfaits que Dieu avait d’abord accordés à l’homme, Il répara l’homme par le moyen d’autres bienfaits, qui étaient d’autant plus grands qu’ils étaient divins. Car à celui à qui Il avait d’abord donné d’habiter la terre, Il donna par la suite d’habiter le ciel. Pour qu’aucun adversaire, aucun attaquant, aucun serpent , caché sur terre dans de bonnes choses, ne puisse plus se précipiter sur lui. Et la servitude volontaire conserverait déjà celui qu’une liberté licencieuse avait perdu. Et l’homme serait le plus libre de tous, en ne servant que le Seigneur, puisqu’ il doit à Dieu son origine et la condition dans laquelle il a été fait.

Il doit à Dieu la servitude pour avoir été racheté et acquis à prix, comme le dit l’Apôtre :

Vous avez été achetés à grand prix. Ne devenez pas serviteurs des hommes. Et le prophète, pour déclarer sa condition et son origine : Et ton serviteur, et le fils de ta servante .L’homme doit toutes ces choses à Dieu. Que doit-il de tel à l’homme ? Et pourtant, Dieu réclame en vain, parce que l’homme ne veut rien rendre à Dieu, à qui il doit tout.

Mais revenons au récit de la parabole, et remplissons-nous de cet exemple. Alors s’éclairera le sens de ce que nous avons dit, parce que nous ne donnons pas toute notre servitude en paiement à Dieu, mais pour faire de Dieu notre débiteur. Qui de vous ayant un laboureur ou un pâtre comme serviteur lui dit quand il revient du champ : change-toi tout de suite, et mets-toi à table. Ne lui dit-il pas plutôt : prépare mon repas, ceins-toi, et sers-moi toute le temps que je mangerai et boirai. Après cela, tu mangeras et boiras. Que cette doctrine nous est familière, quelle est conforme aux usages du pays, comme elle se rapporte à la vie de tous les jours, et comme elle est commune à tous ! Si c’est un maître qui écoute ces paroles, il reconnaît que c’est ce qu’il exige de son serviteur. Si c’est un serviteur, il reconnaît que tels sont les devoirs qu’il rend à son maître. Car le serviteur, levé dès l’aube, après les nombreux et divers travaux de toute la journée, après des courses trépidantes et essoufflantes, prépare le repas pour son maître, et sert à table, après s’être ceint. Il n’a pas la tête enflée pour avoir fait cela, mais c’est dans la crainte et le tremblement que s’exerce son dévouement tatillon et scrupuleux; et qu’il apporte à son maitre un grand nombre de mets préparés avec le plus grand soin. Il goute des mets à demi-cuits ou insuffisamment salés, met la main sur un grand nombre de coupes, diversifie les calices, et change les vins.

Et pendant les conversations des convives qui n’en finissent plus, il reste debout en faction; il fait le pied de grue, sans bouger. Il reste debout, car la fatigue n’est pas permise à la servitude. Et quand le maître passe une partie de la nuit à dormir et à se reposer, le serviteur ramasse, nettoie, inspecte, place, dispose, replace. Il s’attarde ainsi dans des travaux imposés, et ne se réserve qu’une petite partie de la nuit pour la nourriture et le sommeil. Après tout cela, s’il fait la grasse matinée, et si le maître, à son lever, le surprend dans les bras de Morphée , même s’il est fatigué ou épuisé, il se réveillera pour recevoir des coups de fouet. Le travail qu’il a fait la veille ne le soustrait pas au châtiment, car tout ce que le maître fait à son serviteur indument, sous le coup de la colère, par pur caprice, sans réflexion ou après mure réflexion, sachant ce qu’il fait ou ne le sachant, tout ce que le maitre fait, dis-je, a valeur de jugement, de justice et de loi. La colère du maître envers celui qui lui est soumis est le droit, et la condition de l’esclave ne lui permet pas d’interpréter une parole du maitre à sa fantaisie. Si l’esclave comprend donc ce qu’il doit à un homme en le servant ainsi, et si le maître comprend ce que lui doit l’esclave, le Maitre des maîtres lui enseigne et lui fait comprendre quelle servitude il doit au Seigneur des seigneurs. Cela Paul l’a accompli, qui mettait par écrit les titres de sa servitude : Jusqu’à cette heure, nous avons faim et soif. Nous sommes nus, et on nous donne des coups de poing. Et ailleurs : Je mortifie mon corps, et le réduis en esclavage. Il présentait la baguette d’affranchissement le bon serviteur qui se flagellait lui-même jusqu’au sang. Il ne lâchait pas les brides à son corps, de peur que la chair, relâchée par pitié, n’encoure une autre servitude.

Mais homme, ce que tu exiges de ton esclave, accomplis-le pour Celui qui t’as fait maître. Toi qui dors toujours et qui exiges de ton esclave des veilles épuisantes, veille de temps en temps pour ton Maître qui veille sans cesse sur toi. Sois présent au jeûne de ton Maître, toi qui es toujours servi par ton serviteur quand tu manges. épargne ton serviteur innocent, toi qui reçois les caresses de ton Maître quand tu pèches. Pardonne de temps à autre, toi à qui ton Seigneur pardonne toujours. Si tu fais quelque chose de bien, crois que tu n’as fait que rembourser au Seigneur ce que tu Lui dois, que tu n’as pas réalisé de bénéfices. Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : nous sommes des serviteurs inutiles Nous n’avons fait que ce que nous devions faire. Quand l’homme est-il donc par lui-même utile aux choses divines, lui qui est, pour lui-même inutile aux choses humaines ? Les choses auxquelles l’homme pense ce sont les mauvais désirs du cœur, les vices de la chair, le flux des voluptés, les rafales des désirs, les écueils des colères, les naufrages des crimes. Et alors, qu’il donne à Dieu tout ce qui lui est utile, et qu’il émonde ce qui est inutile. Mais revenons à notre propos. Pourquoi le Seigneur exhorte-t-Il ainsi ses disciples ? Il le leur explique. Le Christ envoie ses apôtres à des peuples qui sont malades à des divers degrés.

Il leur donne donc une force spirituelle, une puissance surnaturelle, le don des guérisons. En parcourant les pays, ils rendaient la vue aux aveugles, la course aux boiteux, l’ouïe aux sourds. Et pour ne pas me perdre dans les détails, ils rendaient la santé à tous les infirmes et à tous les malades.

Alors, revenant, ils rendaient grâce à Dieu : Seigneur, en ton nom, les démons nous sont soumis. Jésus modéra leurs transports, en leur répondant : Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont soumis. Réjouissez-vous plutôt parce que vos noms sont inscrits dans le ciel.

En conséquence, pour qu’ils ne perdent pas, par vanité, ce qu’ils avaient conquis durement, et ne s’attribuent à eux-mêmes ce que Dieu leur avait accordé, Il les rappelle à l’humilité, qui est la mère de la doctrine, par l’exemple suivant : Qui de vous ayant un laboureur ou un pâtre comme serviteur lui dit quand il revient des champs : Change-toi tout de suite, et mets-toi à table. Ne lui dit-il plutôt : Prépare mon repas, ceins-toi et sers-moi tant que je mangerai et boirai. Après cela, tu mangeras et boiras. Après avoir rudement travaillé, et avoir donné de grands et nombreux signes de puissance, les Apôtres se croyaient utiles à leurs propres yeux, sans savoir qu’ils pataugeaient dans la boue de la chair et dans le limon de ce corps, et qu’ils étaient inutiles. Mais ils furent estomaqués quand Judas trahit, quand Pierre renia, quand Jean s’enfuit, et quand tous L’abandonnèrent. Pour qu’il devienne clair pour tous où se trouve Celui en qui et de qui procède toute utilité. Et en disant : Et après cela, tu mangeras, Il donne cette prescription à Ses disciples pour qu’aussitôt après Son ascension, ils brulent du désir de se réunir pour Dieu dans une béatitude céleste.

Car finalement, Il les exhorte à tout abandonner, Il les ceint d’avance pour qu’ils puissent supporter Sa passion, et les parfait pour leur ministère. Car les apôtres serviront leur Maître attablé autant de temps que parmi les cuisines des pécheurs et les foyers des Gentils, ils prépareront le repas du Seigneur sur les tables de l’église, en mémoire perpétuelle. Ce repas, celui qui est fidèle le connaît, et celui qui ne le sait pas désire le connaître pour être fidèle.

162ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(« Maître, dis-à mon frère de partager avec moi l’héritage ».) Vous avez entendu, mes frères ce qu’un héritier des biens de ce monde a demandé aujourd’hui au Seigneur : Maître, dis à mon frère de partager avec moi l’héritage. La cupidité aveugle et imprudente se croit l’arbitre des litiges mondains et le juge de ce siècle. Et elle a voulu qu’Il soit l’auteur de la division Celui qui est venu pour restituer l’unité au genre humain. Maître, dis à mon frère de partager avec moi l’héritage. Ici, ce n’est pas au Maître qu’on fait appel, mais à l’amour. Dis à mon frère de partager avec moi l’héritage. Quand il dit : Dis à mon frère, il demande à Jésus qu’Il apostrophe la charité, qu’Il interpelle la nature, qu’Il réveille l’affection. Dis à mon frère de partager l’héritage. Il ne peut pas dire au frère : divise, celui qui a appris par le Prophète : O qu’il est bon et agréable à des frères d’habiter ensemble ! Dis à mon frère de partager avec moi l’héritage. Quelle plus grande hérédité, quelle meilleure hérédité y a-t-il que le lien de la divine charité ? C’est l’Apôtre qui le dit : La charité ne disparaîtra jamais. Mais, dira quelqu’un : La charité ne périt donc jamais ? Elle n’est jamais violée ? Jamais, au grand jamais. Car si la charité existe, elle demeure; si elle ne demeure pas, elle n’existe pas. Un arbre stérile, au printemps, devient d’un blanc éclatant quand il se couvre de fleurs; mais il ne donne pas de fruit : il manque à ses promesses. C’est à cela que ressemble une charité qui n’a que l’apparence, mais qui n’existe pas. Ballotée par les flots des occasions de pécher, elle s’évanouit; elle se trouve ainsi à léser les fervents, et à tromper les lâches. Mais revenons au début : Maître, dis à mon frère de partager avec moi l’héritage. L’héritage de ce monde apporte aux légataires des altercations avant d’accroître leurs biens. Avant de diviser l’héritage, il divise les héritiers. Avant qu’il rende à chacun les portions congrues, il dépèce et met en pièces les bénéficiaires. Ce n’est donc pas un legs, mais une déclaration de guerre. Il est pour les fils une marâtre plutôt qu’une grand-maman gâteau. Il enrichit les fils en affaiblissant la charité chaleureuse qui les unissait. Et toi, qui que tu sois, qui forces et provoques le Seigneur par ce genre de demande, tu l’engages à semer la zizanie, alors que l’Apôtre t’enseigne et te montre que l’héritage est commun à tous : Nous sommes les héritiers de Dieu, les cohéritiers du Christ. Il est pour toi l’Héritier, Il est pour toi le Frère Celui qui, par la manière de naître, les lois de la croissance, la façon de vivre, la sortie de la vie par la mort, a voulu être trouvé semblable à toi en tout. Car comme Il était le seul héritier de Dieu, et le seul à être Fils par nature, Il a voulu partager avec toi, et t’a fait Son cohéritier par la grâce, toi qui n’étais qu’un misérable, et qui étais soumis à la servitude la plus pénible. L’héritage divin peut être donné, mais non divisé, car Celui qui donne les biens célestes ne les perd pas, et celui qui a reçu ce qui lui revient à lui en particulier ne l’enfouit pas. Pourquoi appelles-tu à la division, pourquoi, misérable, invites-tu à une inspection et à une vérification, pourquoi demandes-tu une partie à Celui qui a tout demandé pour toi et t’a tout offert ? Cesse après expérience, et repens-toi d’avoir demandé de telles choses. Car tu as reçu une part importante de l’héritage, et, après l’avoir reçue, tu t’es conduit en vagabond et en itinérant. Luxurieux avec les luxurieux, et goinfre avec les goinfres tu t’es perdu. Voilà pourquoi tu as été exilé du paradis, exclu de l’héritage, banni de la vie. Homme, le Christ te dit : Ce que tu as obtenu de Moi et par Moi, tu ne pourras le posséder sans Moi, car ce que as été sans Moi, tu l’as déjà expérimenté ! Te connaissant pour ce que tu es, j’ai prié ainsi le Père de tous pour toi, ingrat : Père ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi. Mais même cela ne pouvait pas te suffire pour te garder dans la voie droite, car quand tu demeurais avec moi dans le paradis, et que tu périssais en dehors de Moi, j’ai ajouté autre chose en disant : Père, comme tu es en moi et moi en toi, qu’il soient ainsi eux aussi en nous. Moi, pour avoir les biens de mon Père, Je procède du Père sans jamais M’éloigner de Lui. Voilà pourquoi Je veux que tu sois en Nous de la même façon que nous sommes et demeurons en Nous. Cesse donc de chercher à diviser les biens surnaturels, et de te chamailler pour les biens terrestres à mon instigation, de peur que Celui qui est aujourd’hui pour toi un Bienfaiteur compréhensif devienne un Juge impitoyable. Mais écoutons ce que le Seigneur lui répond : Homme, qui m’a établi juge ou notaire sur vous ? Qui m’a établi juge ? Et où est-ce que Tu as dit : Le Père ne juge personne, mais a donné tout jugement au Fils. Ou notaire ? Et qui sépare les justes des injustes, comme le berger sépare les brebis des boucs ? Si le jugement du genre humain t’est du, et si c’est par Toi que sera divisé solennellement le monde en deux parties, comment peux-tu dire : Qui m’a établi juge ou notaire sur vous? Tout jugement est, a été et sera auprès du Christ. Mais alors, Il n’était pas venu pour juger mais pour être jugé; non pour poursuivre en justice des coupables, mais pour être traîné devant les tribunaux par les coupables, en dépit de son innocence. Dieu agissait dans l’homme, et le Seigneur dans le serviteur, pour que le Créateur et le Juge du monde soit originaire du temps. C’est donc avec raison qu’il a répondu : Qui m’a constitué juge ou notaire sur vous ? Et qui pourrait constituer Juge Celui qui a fait et refait le monde ? Celui qui est la plénitude et la Puissance suprême de tout jugement ne pouvait pas arbitrer une chicane entre frères. Et pourquoi n’a-t-il pas dit au querelleur : Comment fais-tu cette demande à quelqu’un qui n’a pas été invité par ton frère ? Ne sais-tu pas qu’il n’est pas un juste médiateur celui qui n’a été invité que par l’une des deux parties en cause ? Non, Il n’a pas dit cela, mais Il considéra qu’il était odieux de porter une sentence quand à l’un, il était permis d’accuser, et à l’autre, il ne l’était pas. Et parce que le Christ était venu non pour condamner le coupable, mais pour le corriger, d’un mot, Il écarte la cause des dissensions, en disant : Voyez à vous garder de l’avarice. Ce qui signifie : Enlevez l’avarice, et il n’y aura pas de dispute pour l’héritage. L’avarice, mes frères, renie les parents, divise les frères, sépare les associés, dissout l’amitié, éteint l’amour. Celui qui l’a en lui n’appartient à personne et ne s’appartient pas à lui-même. L’avarice, mes frères, comme a dit l’Apôtre, est la racine de tous les maux. Quand elle commence à s’enraciner dans le cœur, elle dissipe les ornements des mœurs, les vertus, comme un arbre nuisible détruit avec ses racines sauvages tous les entrelacs des pousses, et met en pièces les monuments des anciens.

163ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(du mépris des soucis terrestres)

Bienheureux les cœurs de ceux que la parole du Seigneur a aujourd’hui pénétrés; bienheureux les esprits de ceux qui ont été amenés à la foi par la si grande et la si magnifique promesse du Seigneur ! Bienheureux ceux qui sont délivrés de l’âpreté des soucis des biens présents, par la dureté des commandements célestes ! Aujourd’hui, le Seigneur exhorte tous ses disciples et même tous ses auditeurs de la façon suivante : Ne vous inquiétez pas dans votre âme au sujet de ce que vous mangerez, ni au sujet de votre corps de quoi vous le vêtirez. L’âme est plus importante que la nourriture, et le corps plus que le vêtement.

Qui est si envieux de ses propres biens, si ennemi de ses plaisirs pour mépriser des biens offerts gratuitement et préparés par le Ciel;

et pour convoiter des biens mondains, qui ne sont conquis que par les labeurs et les douleurs ? C’est une âme vraiment dégénérée, un esprit complètement asservi, qui recherche les fumets des cuissons, les puanteurs de la cuisine, les mets dégoutants, avec un frisson de fièvre de la veille. Il se livre aux plaisirs de la table à la façon d’un roi, et s’y couche, superbement paré. Ne te mets par à la torture pour organiser des inanités, ne te mets pas en quatre pout mener à bien des choses caduques, parce que c’est Dieu qui partout et toujours prépare tes banquets. Quel roi ne procure pas à ses dévots soldats l’équivalent de la récolte annuelle ? Quel seigneur ne procure pas des vivres à ses fidèles serviteurs ? Quel père ne donne pas un pain à ses fils ? Si donc Dieu est pour nous un Roi, un Seigneur et un Père, que nous refusera-t-Il ? Le soldat qui milite à ses dépens porte atteinte à l’honneur de son Roi. Le serviteur qui vit à ses propres frais accuse le Seigneur. Le fils qui est inquiet pour lui-même blâme la providence de son père. Ne va pas attenter à Dieu en pensant de telles choses de toi.

Par Sa justice de Roi, par Son zèle de Dominateur, par Son affection de Père, Il accumule et concentre en Lui tout le souci et le soin qu’Il prend de toi, en disant : Ne vous souciez pas dans votre âme de ce que vous mangerez. Et toi, tu te détournes peut-être de l’hydromel et des mets exquis par l’exemple du dégout juif; et peut-être ne crois-tu pas que la chair composée d’une variété d’humeurs, puisse, par la volonté de Dieu, avoir en suffisance avec la seule manne. Tu dis : Dieu a voulu que le corps soit composé de plusieurs membres, et a décrété et ordonné qu’il soit nourri par une variété de mets. Elle est superflue, o homme, cette peur qui t’agite, car toute la création accourt et s’envole vers le banquet du Seigneur. Si donc les restrictions légales de nourriture particulières aux Juifs t’effraie, la profusion du banquet céleste évangélique t’invite et t’interpelle, elle qui a placé des espèces de toute la création sur le plateau où devait manger Pierre. Car tout ce que Noé, rescapé pour un nouveau monde, a préparé pour la semence du monde, tout ce qui vole dans les airs, et vit sur la terre, tout ce qui est et se déplace dans l’eau peut être jugé pur par un fils de Pierre et présenté sur la table.

Si tu veux donc, o homme, prendre et manger la nourriture de Dieu, méprise les vils garde-manger . Et nous prétendons te prouver par de grands exemples, qu’à toi qui penses aux choses terrestres, ne manqueront pas les biens surnaturels.

Celui qui doute de Ses promesses, Dieu, pour démontrer sa Majesté, le renvoie aux exemples les plus bas, les plus terre à terre. Pour réfuter par cette comparaison Celui qu’il n’a pas pu amener à l’imitation. Considérez les corbeaux. Ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni grange ni grenier, et Dieu les nourrit. Vous valez beaucoup plus qu’eux. On peut douter si c’est avec raison qu’Il envoie l’infidèle à la corneille , à l’amie de la guerre, à l’associée de la fureur, à l’assoiffée de sang, qui s’acharne sur les morts eux-mêmes avec plus de cruauté que l’épée. Car, à la fin du combat, ce carnivore de mauvais aloi s’engraisse des cadavres. Il les déchire, les disperse, les éparpille, pour qu’on ne retrouve rien du défunt, pour qu’une sépulture pitoyable ne puisse lui donner le repos. Il pousse le doute jusqu’à l’insanité celui qui pense que Dieu déniera à ses fils pieux ce qu’Il accorde à des oiseaux impies. Et ils estiment qu’à ceux qui laisseront pour Lui patrie, maison, parents, fils, époux, Il ne donnera pas le secours de la nourriture, Lui qui donne la croissance à celui qui nait, et qui pousse la croissance du corps jusqu’à son terme. O misérable, o digne de tous les malheurs celui qui soupire après le pain quand on lui donne le royaume; qui pleure après le breuvage quand on lui donne l’éternité; qui sanglote après le vêtement du corps quand il est revêtu de la gloire de l’immortalité ! Conscient d’un malheur de naissance, il ne croit pas qu’il puisse devenir heureux. Et nourri de la poussière de la terre, il doute qu’il lui soit possible de devenir un jour un habitant du ciel.

C’est avec beaucoup d’à propos que Jésus ajoute ce qui suit :

Qui parmi vous peut en y pensant ajouter un pouce à sa taille ? Les pensées des esprits humains, Celui qui scrute les secrets des cœurs les révèle. Cat tout homme qui désire pour lui la beauté corporelle aspire à être grand. Mais si l’homme peut penser cela, il ne peut pas se le donner. Il y parvient par la foi, non par la réflexion. Voilà pourquoi, connaissant les désirs de l’homme, le Seigneur le fait croître jusqu’à la taille de Jésus, pour qu’il soit orné de toute Sa beauté, selon la mesure du Christ, celui qui pendant sa courte vie rougissait d’être difforme. C’est donc avec raison qu’Il ajoute : Si vous êtes incapables de faire ce qu’il y a de plus insignifiant, pourquoi vous souciez-vous des autres choses ? Ce qui veut dire : Comment, o homme, présumes-tu accomplir de grandes choses par la réflexion, toi qui désespères les obtenir par la foi ? Qu’y a-t-il de plus petit que le vêtement; qu’est-ce qui est plus grand que la croissance du corps ? Je crois donc que Dieu peut t’accorder le vêtement du corps, toi à qui a été promis l’accroissement du corps par la foi. Il en est tout à fait ainsi, car Dieu aime le genre humain, au point de consoler avec une caresse paternelle ceux qu’Il châtie par le droit du Dominateur.

Ceux qu’exaspérait la comparaison avec les corbeaux fétides, sont gagnés par l’exemple de la fleur odorante et superbe. Considérez les lys, comment ils croissent. Ils ne labourent ni ne sèment. Or, je vous le dis, même Salomon dans toute sa gloire n’était pas vêtu comme un de ceux-ci. O comme la pitié surnaturelle s’abaisse par amour de l’homme. Car Celui qui pouvait confirmer ses préceptes par Sa seule autorité, les présente et les explique à la manière d’un professeur. Et Celui qui pouvait se contenter de situer dans la pure foi le terme de la promesse, conduit l’auditeur à la foi dans la promesse par l’exemple et la persuasion. Ceux qui doutent, Il les rassure par cet exemple : Il fait l’éloge du lys en le comparant à Salomon. Parce que, au témoignage du Seigneur Lui-même, il resplendit dans la beauté d’un éclat unique, et il l’emporte sur toutes les fleurs de la terre, et les dépasse en grâce. Il prévaut sur l’ensemble des plantes autant qu’il s’avère que le Roi prévaut sur tous en beauté et en gloire. Nous n’avons pas à décrire plus longuement la beauté du lys, auquel le témoignage du Seigneur accorde une prérogative singulière.

Il faut revenir souvent à ces enseignements que, pour renforcer notre foi, le Seigneur nous a présentés dans des exemples de la vie de tous les jours. Parce que le Chrétien qui est sûr de la vie, du règne, de l’immortalité, ne doit pas être perturbé par le besoin de la nourriture et du vêtement, quand il voit qu’à la fleur qui nait aujourd’hui et qui périra demain, Dieu donne une si grande gloire . Mais comme les fleurs sont emportées par la sécheresse ou un incendie ravageur, de la même façon, sont destinés aux feux de la géhenne ceux qui, tout en sachant que les biens éternels leur sont réservés, doutent que les biens présents leur sont préparés par Dieu. Et vous ne soyez pas en quête de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez, et ne vous enflez pas la tête. Tous ces biens du monde les Gentils les recherchent avec inquiétude. Or, votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt le royaume des cieux, et tout le reste vous sera donné par surcroît.

Quand Il dit qu’Il est notre Père, Il S’engage à nous prêter une oreille attentive. Quand Il nous ordonne de chercher le royaume céleste, Il montre que nous devons tout lui subordonner. Et il indique que nous sera accordé tout ce dont nous aurons besoin, pour préparer notre place dans le royaume.

164ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(« Venu apporter le feu…pas venu apporter la paix, mais la division »)

Comme une nourriture saine est toujours répulsive aux fiévreux, les paroles du Seigneur sont souvent dures à avaler pour ceux qui n’en ont pas l’habitude. Dans l’un et l’autre cas, cela provient d’une déficience, celle du corps ou celle de l’âme. Aujourd’hui le Seigneur semble trouver un malin plaisir à scandaliser bon nombre de ses auditeurs quand Il dit : Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que veux-je sinon qu’il s’embrase ? Et plus bas : Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. Et où a-t-il été dit : Voici l’agneau de Dieu ? Où cet autre : Il est conduit à la boucherie comme un agneau, et comme un agneau devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche. Et cet autre : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient à toi en toute mansuétude. Et pourquoi cet Agneau cogne-t-Il si durement dans sa prédication ? Pourquoi joue-t-Il des cornes en parlant Celui qui, dans sa passion, S’est tu avec tant de patience, a sombré dans la mort dans une humilité totale ? En vérité, mes frères, le Christ est entré dans le monde plein de douceur et de mansuétude pour tous, en naissant de notre descendance, en se tenant au chaud dans un berceau, plus gentil que la gentillesse-même; en se faisant tout petit pour être contenu par un sein humain, en se pendant au cou de Sa mère, en l’embrassant et en l’étreignant avec tout son amour. Et pour nourrir de tout son cœur complètement tous les êtres humains pendant tout le temps qu’on le nourrit, Il va de l’enfance à l’adolescence et de l’adolescence à l’âge adulte. Il se comporte toujours comme un pauvre, marche en solitaire, car le pauvre est toujours ce qu’il y a de plus commun. Il est évident pour tous que le pauvre est toujours solitaire.

Et pourquoi répand-Il le feu avec ses paroles, pourquoi déclenche-t-Il de tels et de si grands feux, pourquoi donne-t-Il de l’expansion aux incendies en déclarant : Je suis venu mettre le feu sur la terre. Pourquoi ? Quand une longue incurie a permis à un champ de retourner à l’état sauvage, et que la terre en friche a été envahie par les mauvaises herbes, c’est toujours par un incendie qu’un cultivateur expérimenté la débroussaille et la nettoie. Le feu du cultivateur est appliqué avec un soin méticuleux, pour qu’une fois brûlés les ronces et les buissons épineux, le champ retrouve son apparence d’autrefois. Pour qu’il se présente à l’agriculteur comme une terre dégagée; pour que la charrue puisse facilement y creuser le sillon. Pour que cette terre qui a été longtemps stérile, redevienne fertile;

et que celle qui s’est longtemps réjouie d’un si long repos, compense son oisiveté par une joyeuse récolte.

Donc, lorsque la terre arabe Juive, épuisée par la charrue de la loi et par l’attelage des bêtes de trait du culte, ne répondit plus à la semence ni au labour, mais produisit de l’ivraie au lieu du froment, et récompensa les efforts par des chardons, le Christ confia l’industrie de la vraie culture aux semences des Gentils. Et voulant renouveler, en la purgeant, la terre qui avait été longtemps oppressée par les ronces des Gentils, Le Grand Maître envoie d’abord le feu sur la terre. Tout ce qu’une végétation sauvage avait rendu inculte, et tout ce que la rigueur hivernale avait desséché, un incendie thérapeutique le consume et le purifie; jusqu’à ce que la terre, depuis longtemps épuisée par un long jeûne, engraissée par sa cendre, s’enrichisse;

et qu’après une longue aridité, elle redevienne tendre, détrempée et molle. Comme si, devenue capable du culte évangélique, elle redevenait bonne pour la semence; et comme si, après un heureux labour, elle rendait du trente, du soixante et du cent pour un.

Mais cette culture n’est pas nouvelle pour le cultivateur ancien céleste, car pour répandre la loi et semer la grâce, il a toujours été d’usage de se servir du feu. étant sur le point de donner la loi, Il envoie d’abord le feu dans le buisson. Le buisson portait l’incendie, mais ne l’avait pas conçu, préfigurant alors le peuple Juif, plein des épines de la malice, et ingrat à la culture de la loi.

Et quand Il destina Ses apôtres aux terres labourables des Gentils, Il répandit sur eux une pluie de feu; et le feu se posa sur eux, pour qu’ils puissent assécher ce qui est humide, allumer ce qui est sec, cuire ce qui est cru, réchauffer ce qui est froid, allumer ce qui est éteint, consumer ce qui est nuisible; et par un travail différent mais par un seul et même feu, cultiver tous les déserts de la terre pour une récolte céleste. C’est le Prophète qui le dit : Leur voix s’est fait entendre sur toute la terre, et jusqu’aux confins de la terre leur parole.

Mais passons à ce qui suit. Je suis venu apporter le feu, et que veux-je sinon qu’il s’embrase ! Mais j’ai à être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il soit accompli ! L’eau exerce une pression sur le feu. Il faut concevoir ainsi leur rapport : une union dans la division. L’eau accable la flamme, la flamme multiplie l’eau. Mais quelle est donc cette discorde si cordiale ? Il est question ici, comme nous l’avons dit, des semences du divin Agriculteur. Car elles germent quand elles sont toutes pleines de chaleur, et sont nourries par l’humidité. C’est pourquoi Dieu, le Père des êtres, nous fait croître et nous nourrit en alternant l’eau et le feu, par l’action des quels Il brûle, réchauffe, bouillonne, et souffle. J’ai à être baptisé d’un baptême. Le Christ est baptisé dans Son sang, pour que tout ce qu’Il a assumé de notre chair soit purifié et rénové; et soit ramené dans toute la forme de Sa Majesté divine. Le Christ est baptisé par le baptême de sa passion. qui lave le péché de tout le monde, lequel ne pouvait être enlevé que par Celui qui a fait le monde.

Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division. Pourquoi ? Parce que l’union céleste s’opère dans cette séparation terrestre. Personne ne peut être en syntonie avec la terre et, en même temps, branché sur le Ciel. Qu’elle soit donc bienvenue et chère cette séparation terrestre, qui nous sèvre des choses d’ici-bas, et nous plonge dans les divines. A cause de cela, cinq personnes qui se trouvent dans une maison seront divisées entre elles : deux contre trois, ou trois contre deux. Le père se séparera du fils, le fils du père, la mère de la fille, la fille de la mère, la belle-mère de la bru, et la bru de la belle-mère. Il dit qu’il y en aura cinq dans une maison qui seront séparés les uns des autres, mais quand Il donne des détails , Il en énumère six : le père, le fils, la mère, la fille, la belle-mère et la bru. Les trois deviennent deux lorsque la belle-mère qui est la troisième, demeure dans la maison, mais séparée de l’épouse qui est unie à l’époux. Donc, cette Synagogue, dans laquelle l’église est unie au Christ, qui est mère et belle-mère, demeure séparée de son mari. Deux deviennent trois, quand de ce mariage entre le Christ et l’église, une autre Synagogue, héritière elle aussi, se sépare et s’éloigne; et quand le Christ et l’église, abandonnés par les hérétiques, demeurent dans le Saint-Esprit et sont unis par Lui. Le Père est séparé du Fils et le Fils du Père tant que le peuple Juif qui tire son nom de la lignée charnelle paternelle du Christ demeure séparé, par jalousie, du Fils Christ; tant que le Père livide tourne son affection en haine. La gloire du Fils est pour les Juifs un joug pesant et un tourment continuel. au dire de l’Apôtre : Dont les pères de qui est le Christ selon la chair, qui est au-dessus de tout Dieu béni dans les siècles. La mère se divise aussi de la fille, car la mère est la Synagogue de laquelle, par Pierre et les autres Apôtres, l’église, sa fille est née.

L’église mérita là d’être unie en mariage au Christ Roi, et prit par ce mariage la Synagogue comme belle-mère, rivale et marâtre. La Synagogue est la mère de la fille comme une belle-mère l’est d’une bru. Car cette mère, la Synagogue, quand elle vit que sa bru l’église venait des Gentils, fut assez cruelle pour tuer le Fils, afin de ne pas voir le mariage de sa bru. Elle a tué le Christ dans l’espoir de pouvoir éteindre ainsi, dans sa rage, l’amour que le Christ portait à sa bru. Mais quand Il revint de la mort, le Christ ressuscita toute son union avec l’église, pour prouver que la charité n’est pas séparée par la mort, mais ne fait que croître.

Le Seigneur blâme ceux qui étudient avec une curiosité excessive la voie lactée, la formation des nuages, les révolutions des étoiles, les galaxies, et qui ne font aucun effort, aucune recherche pour reconnaître le temps de leur salut. Hypocrites, vous savez interpréter la face du ciel et de la terre, et comment se fait-il que vous n’êtes pas capables de reconnaître ce temps ? Un œil desséché perd la lumière, parce que toute la vision de l’homme est contenue dans la pupille, Ne t’efforce pas de voir beaucoup de choses, dans l’espoir de parvenir ainsi à te voir toi-même. Ne présume pas de contempler les choses élevées;

n’ambitionne pas de pénétrer les choses éloignées, parce que notre œil borné ne saisit pas grand-chose. Il ne pénètre pas les choses élevées, n’atteint pas les choses éloignées. C’est ainsi qu’il ne voit rien celui qui estime voir tout. Reconnais donc le jour du salut, le temps favorable, par le Christ Jésus Notre Seigneur, si tu veux par toi…..(phrase non terminée).

165ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(Consécration d’un évêque) Je déclare hautement que je dois, à toutes les églises, une grande vénération, et la fidélité d’un serviteur. Mais à l’église de Corneille, l’amour très spécial que je porte à son nom me pousse à me dévouer. Car Corneille est célèbre par une vie mémorable et bienheureuse; il brille partout de tous les titres des vertus; il est connu dans l’univers pour la grandeur de ses œuvres; il m’a tenu lieu de père; c’est lui qui m’a engendré par l’évangile; c’est lui qui m’a nourri plus que pieusement; c’est le saint qui m’a formé dans une sainte servitude; c’est le pontife qui m’a conduit aux saints autels et m’y a consacré. L’amour de ce nom me pousse donc à accéder bien volontiers aux désirs de l’église de Corneille, et à consacrer évêque Projectus, homme vénérable. J’ai dit « rejeté, projeté » (projectus) , mais non « méprisé », (abjectus), selon ce psaume : J’ai été projeté (projectus) en toi dès le sein de ma mère. Depuis le ventre de ma mère, tu es mon Dieu. Et en toute vérité, celui-ci, dès le sein de sa mère humaine, demeure continuellement dans le sein de la mère divine. N’ayant pas connu sa maison, il persiste à habiter la maison de Dieu. De quelle façon, mes frères, depuis le berceau, il a gravi les degrés et les charges de l’église militante, ce serait trop long pour moi de le raconter. Mais comme a dit le Seigneur, il est adulte, et il parlera pour lui-même. Par notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen.

166ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(le chiffre quarante)

La simplicité de l’innocence a son charme; celle de la foi porte des fruits. Mais elle ne peut pas avoir la science pour récompense; elle ne peut pas remporter la palme des vertus. Autre chose est de vivre dans le loisir et le confort, autre chose est de supporter les veilles et les travaux pénibles pour le salut de tous. La simplicité fait un bon citoyen, mais elle ne fait pas un soldat éprouvé. Le citoyen paye les taxes;

le soldat, lui, reçoit des salaires et des honneurs.

Le citoyen cède ou succombe sous les adversités;

le soldat tient tête aux adversités et les repousse.

L’un n’a pas appris à combattre, l’autre à craindre.

Nous disons ces choses pour montrer la différence qui existe entre celui qui se contente d’avoir accepté et conservé le mystère de la foi chrétienne, et celui qui met tous ses efforts pour comprendre et pénétrer consciencieusement le mystère de cette foi.

Voici le jeûne du carême, que l’église universelle, hier, a inauguré. Plusieurs pensent que ce jeûne nous a été transmis, et a été accompli pour nous par le Seigneur, uniquement pour favoriser l’abstinence; et qu’il ne contient pas de mystère d’une plus haute portée. Qu’il a été institué seulement pour mortifier le corps, déraciner les vices, et garder les esprits de tous les excès. Et pourtant, ce chiffre quarante a été tenu pour sacré par les siècles, et doté d’un sens mystique. Et cela à un point tel qu’il avait été prescrit par une loi inviolable de toujours l’utiliser pour accomplir des choses divines, et pour opérer les plus grandes interventions de Dieu. Pour mettre cette vérité dans tout son jour, faisons le tour des nombreux exemples. Quand le monde, dès le début déplorable du genre humain, s’était pollué par la crasse fétide des vices, puait de l’horreur de tous les crimes, et tendait de toutes ses forces à assombrir la luminosité du ciel, pendant quarante jours et quarante nuits, la pluie céleste s’est déversée sur la terre, pour que le monde expie. Dieu devait déjà perdre ce monde qu’Il avait fait, mais Il se réjouissait à la pensée qu’il renaitrait par un tel baptême. Et Il savait que ce n’était pas en tant qu’Auteur de la nature, mais de la grâce qu’il Se devait d’agir ainsi. Pour que la terre qui est l’origine de notre corps, goûte à l’avance la forme de notre baptême, pour que les hommes qu’elle avait auparavant fait naître pour la mort, elle les fasse renaître à la vie. Remarquez, mes frères, à quel point est grand ce chiffre quarante, qui ouvrit alors toutes grandes les écluses du ciel pour purifier la terre; et qui maintenant, par la fontaine du baptême, répand l’ondée de la régénération, pour la rénovation des Gentils. C’est avec raison que nous jeûnons pendant quarante jours, afin de parvenir à la fontaine du baptême et du salut.

Pendant quarante ans, la pluie pacifique a fait couler des sueurs froides au peuple Juif dans le désert. Ce n’est pas par son ministère accoutumé qu’elle a produit de la terre et fait croître les semences, mais c’est à partir de la terre qu’elle a irrigué le froment. Elle a enlevé tout le travail de la servitude humaine, et, gentiment, avec la rosée, elle a fourni et procuré aux affamés la récolte céleste.

L’exploration de la terre de la promesse par ceux qui avaient été envoyés divinement dura quarante jours, pour que ce chiffre sacré rappelle au peuple d’Israël les terres promises, comme le jeûne quadragésimal nous rappelle le ciel et nous y conduit. Car aujourd’hui, une inspection céleste explore et parcourt la terre de notre corps, pour qu’après avoir vaincu et expulsé les nations des vices, le peuple des vertus possède le territoire de notre cœur.

Et puisqu’il ne faut rien omettre, Moïse lui-même, pendant un jeûne de quarante jours, s’est à ce point séparé de son corps, est à ce point mort à son corps, qu’il a été changé complètement dans la gloire de la divinité, pour que, dans toute l’obscurité de notre corps, il resplendisse encore de la lumière de la divinité. Les yeux des mortels ne pouvaient pas regarder celui qui, longtemps nourri de la nourriture de Dieu, avait oublié le secours qu’apporte les aliments aux mortels. C’est là qu’il apprit que ceux qui demeurent devant Dieu et avec Dieu ne manquent pas de ce qui est nécessaire à la vie.

Et en vérité, mes frères, il ne peut pas se fatiguer, il ne peut pas mourir celui pour qui Dieu est le pain et la vie. Il avait vraiment mérité de graver la loi celui qui avait renoncé en totalité à tout ce que la loi blâmait dans l’homme. Le jeûne préexistait sans doute à Moïse, mais il ne l’aurait jamais rendu tel si le chiffre sacré quarante avait été absent.

C’est le jeûne qui a élevé Elie jusqu’au ciel. Et, à un corps purifié, il a ajouté l’apport d’un char de feu, pour démontrer que le feu de la géhenne qui brûle les coupables est secourable aux innocents. Mais pour parvenir à cela, même un Elie a du parcourir, avant, la voie mystérieuse du chiffre quarante.

ézéchiel, le plus sublime des prophètes, demeura couché sur un côté pendant quarante jours, je parle à des gens qui connaissent la loi, pour préfigurer la captivité future, pour que ce chiffre sacré s’empare des iniquités et les détruise. Il marche pour affranchir les captifs, et supporte d’être ligoté pour relâcher les prisonniers.

Voilà pourquoi le Seigneur, Auteur depuis toujours du sacrement caché dans ce chiffre, a jeûné pendant quarante jours, pour que ce qu’Il n’avait fait qu’esquisser chez Ses serviteurs, la Vérité elle-même, par Elle-même, le porte à sa perfection. Afin qu’elle affermisse ce qui était encore faible et complète ce qui n’était qu’amorcé. Il confirmerait ainsi par l’exemple ce qu’Il avait institué par des préceptes. Car il ne Lui aurait pas suffi de commander par la parole le sacrement d’un si grand chiffre, s’Il ne l’avait pas recommandé par l’exemple. Mes frères, nous nous sommes efforcés de révéler le mystère de ce sacrement en commençant par le déluge. Mais nous n’avons pas osé faire allusion aux choses antérieures, ni rechercher ce qui est venu après. Nous nous sommes refusé de parler de que l’on tait, ou de tout ce qui depuis longtemps est présenté comme certain. Surtout parce qu’à moi il apparaît téméraire et à vous non nécessaire de scruter les origines de ces choses. C’est le propre d’une vraie dévotion, d’une très fidèle servitude, de s’enquérir de ce que le Dominateur a voulu qui arrive, non de chercher pourquoi Il l’a voulu.

Si donc le jeûne qui nous a été transmis par le Seigneur dans le sacrement d’un tel chiffre, par tant de témoignages, dure purement et simplement, en tout et pour tout, quarante jours, d’où vient ce changement, d’où vient cette nouveauté ? Pourquoi, par trop d’indulgence, en retrancher une semaine complète ? D’où vient cet usage d’un jeûne intempestif, qui afflige sans procurer le pardon, ou qui renvoie à l’ivresse ? Cela signifie être froid, être chaud dans la séparation; déterminer soi-même dans la séparation le sel et les remèdes pour son usage personnel; et négliger le Créateur pendant toute sa vie. Que ceux qui apprêtent les mets du corps apprennent à doser la nourriture de l’âme, de peur qu’un excès ou un manque de sel n’engendre la nausée. Que le jeûne soit le même pour tous, comme il nous a été transmis. Qu’il conserve la discipline de l’âme et du corps. Celui qui ne peut pas jeûner qu’il ne présume pas entreprendre des nouveautés. Mais qu’il admette que c’est sa faiblesse à lui qui lui impose un adoucissement, et qu’il rachète par des aumônes le jeûne qu’il ne peut pas faire. Car le Seigneur ne requiert pas de gémissements de celui qui a racheté les gémissements des pauvres pour lui-même.

167ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(faites pénitence)

C’est fort opportunément qu’en ce temps de jeûne nous arrive le très bienheureux docteur de la pénitence. Un docteur en paroles et en actions, un vrai maître, car ce qu’il enseigne par la parole il le démontre par l’exemple. C’est la science qui sacre le maître, mais l’autorité du maître provient de la vie; en faisant ce qu’il enseigne, il rend parfait son auditeur. L’enseignement par les faits est la seule norme de la doctrine. Dans les paroles, la doctrine n’est qu’une science; dans les faits, elle est une vertu. La véritable science est donc celle qui est mélangée à la vertu. Elle est divine cette science, non humaine, au témoignage de l’évangéliste : Qu’il a commencé à faire et à enseigner. Quand le professeur fait ce qu’il enseigne, il instruit par la parole et informe par l’exemple. En ces jours-là, saint Jean-Baptiste vint prêcher dans le désert. de Judée et dit : Faites pénitence, car le royaume de Dieu approche. Faites pénitence ! Pourquoi pas plutôt : réjouissez-vous! Parce que succèdent aux choses humaines les divines, aux choses terrestres les célestes, aux temporelles les éternelles, aux maux les biens, aux choses incertaines les certaines, aux épreuves le bonheur, aux choses périssables celles qui durent. Faites pénitence. Qu’il se repente, oui qu’il se repente celui qui a fait passer les choses humaines avant les divines; qui a voulu être le serviteur du monde, mais qui n’a pas voulu que le Seigneur du monde ait la domination du monde. Qu’il fasse pénitence celui qui a préféré périr avec le démon plutôt que régner avec le Christ.

Qu’il fasse pénitence celui qui a fui la liberté des vertus et a préféré la captivité des vices.

Qu’il fasse pénitence, et rigoureusement, celui qui, pour ne pas tenir la vie, a tendu la main à la mort.

Le royaume des cieux approche. Le royaume des cieux est la récompense des justes, la condamnation des pécheurs, et la punition des impies. Béni soit donc Jean pour avoir voulu, par la pénitence, prévenir le jugement ! Il n’a pas voulu que les pécheurs soient condamnés, mais que les impies entrent dans la récompense, non dans le châtiment. En conséquence, il proclame à haute voix que le royaume des cieux est proche, à un moment où un enfant encore innocent pouvait croire avoir tout le temps devant lui pour croître et vieillir.

Le règne, à la façon des anges, nous le savons proche, parce que le monde épuisé par une vieillesse extrême, perd ses forces, dépose ses membres, perd ses sens. Tourmenté par les douleurs, il ne prend plus soin de lui; il meurt à la vie, vit de maladies, clame qu’il est démoli, et atteste que la fin arrive. Or nous, plus durs que les Juifs, nous suivons le monde qui fuit, nous oublions les temps futurs, nous courons à perdre haleine après les biens présents. Nous ne voyons pas le jugement dans lequel nous sommes déjà plongés; nous n’accourons pas au Seigneur qui vient déjà. Mais nous voulons demeurer dans la mort; nous ne voulons pas de la résurrection des trépassés. Nous voulons être esclaves; nous ne voulons pas régner, pour avoir la joie de remettre ce royaume à Notre Seigneur Où a-t-il été écrit : Quand vous prierez, dites : que votre règne arrive ! Nous avons donc besoin d’une plus grande pénitence, et nous devons nous prescrire un remède capable de guérir notre blessure. Faisons pénitence, mes frères, oui, faisons pénitence et le plus tôt possible, car le temps suffisant nous est déjà refusé, car cette heure qui nous est encore donnée s’achève. La présence du Juge nous refuse déjà le temps de la satisfaction. Que la pénitence accoure, si elle ne veut pas être devancée par la sentence de condamnation ! Le Seigneur n’est pas encore arrivé, nous L’attendons encore, Il retarde. Mais c’est parce qu’Il désire que nous revenions à Lui, et que nous ne périssions pas, comme Il l’a toujours dit avec une grande piété : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais que l’impie se détourne de sa voie et vive. Revenons donc à Dieu en pénitents, mes frères, et ne nous laissons pas troubler par le rétrécissement du temps, parce que l’Auteur du temps ne peut pas être rétréci. Le larron évangélique démontre cela lui qui, sur la croix et à l’heure de la mort, a ravi le pardon, a envahi la vie, est entré dans le paradis par effraction, et a pénétré dans le règne. Et nous, mes frères, qui n’avons pas recherché volontairement un mari, acquérons du moins la vertu quand nous sommes forcés de le faire. De peur que l’on juge que nous sommes nos propres juges, nous nous devons la pénitence à nous-mêmes, pour pouvoir casser notre sentence de condamnation.

Le premier des bonheurs est de jouir de l’assurance d’une innocence perpétuelle, de conserver inviolée la sainteté de l’âme et du corps, de n’avoir été pollué par aucune ordure mondaine.

De n’être conscient d’aucune faute, d’ignorer la blessure du péché; de toujours posséder la grâce des vertus et de toujours vivre dans l’espoir des récompenses célestes. Mais si, par malheur, notre esprit a été atteint par le javelot du péché, si le crime a infligé à notre chair une plaie purulente, si la fragilité humaine a été corrompue par la suppuration des vices, vient alors au secours des malades, non de ceux qui sont sains, la médecine de la pénitence.

Alors, s’amène le fer de la componction, le feu calcine la douleur d’avoir péché; les calmants sont appliqués aux soupirs et la fièvre d’une âme enflée s’évapore. Alors les ulcères du coupable sont ponctionnées par les larmes; les cilices expulsent les immondices du corps. Qu’il supporte, oui, qu’il supporte le traitement amer de la pénitence celui qui n’a pas voulu conserver sa santé comme il le devait. Ce traitement n’est pas pénible à celui qui chérit la vie. Qu’il ne soit pas perçu comme malencontreux le médecin qui rappelle au salut par la douleur. Celui qui conserve le crédit de l’innocence, n’a pas à payer les intérêts usuraires de la pénitence.

Le Seigneur nous fait comprendre cette vérité en disant : Le médecin n’a pas à s’occuper des gens en santé, mais des malades.

Et Il parle en toute clarté de ceux qui vont mal en disant : Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Jean les rappelle par la pénitence, Jésus les appelle par la grâce. Voilà pourquoi Jean, par le vêtement, la nourriture et le lieu, est tout imprégné de pénitence. Jean Baptiste vint dans le désert de Judée prêcher la pénitence : Faites pénitence.

Jean clame la pénitence dans le désert de Judée, lequel , par sa stérilité, avec perdu le culte de la loi, l’enseignement des prophètes, la fécondité des pères, et le fruit de Dieu.

C’est donc avec raison que ce sont les déserts des disciplines, non des hommes, non des lieux, qui sont appelés à la pénitence. La voix résonne là où il n’y a pas d’auditeur.

Il avait lui-même un vêtement en poils de chameau. Il aurait pu se le faire en poils de chèvre, mais il n’avait pas besoin de cilice. Il choisit les poils de l’animal le plus disgracié, qui n’a ni forme ni charme ni beauté; que la nature a assigné à un dur travail; qu’elle a chargé d’un lourd poids et qu’elle a livré à une servitude extrême. C’est pour une pénitence de cette nature que le maître s’est vêtu de ce vêtement.

Pour que ceux qui, bien que droits, se sont détournés de la discipline, et qui sont devenus difformes en se rendant conformes aux pécheurs, se soumettent avec plus d’ardeur aux hardes de la pénitence, et y ajoutent les durs tourments de l’expiation; et pout qu’ils poussent les soupirs laborieux de la componction. Pour que, étant réduits à la taille d’une aiguille, ils entrent, par le chas étroit de la pénitence, dans le vaste espace de la rémission des péchés.

Et pour que la parole du Seigneur soit accomplie : Un chameau peut-il passer par le chas d’une aiguille Voici. A lui étaient les sauterelles, à moi le miel de la forêt. La sauterelle, qui est attribuée aux pécheurs qui se fustigent, figure à bon droit dans le menu de la pénitence. Pour que, s’exilant du lieu du péché au lieu de la pénitence, le pécheur puisse s’envoler au ciel sur les ailes du pardon. C’est précisément ce que le Prophète avait compris quand il disait : J’ai été placé en dessous comme une ombre qui décline, j’ai été secoué comme une sauterelle. Mes genoux se sont affaiblis à cause du jeûne, et ma chair a été transformée à cause de ta miséricorde. Tu entends de quelle façon il a sauté du péché à la pénitence comme une sauterelle, et comment il a incurvé ses genoux pour porter sur ses épaules le poids de la pénitence.

Et le miel est ajouté à son régime, pour qu’il tempère l’amertume de la pénitence par la douceur de la miséricorde.

168ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(les cent brebis)

S’aventurer en pleine mer, et gravir des sentiers glissants et impraticables exige un voyageur expérimenté. De la même façon, comprendre quelque chose aux paroles de Dieu, et en pénétrer le sens jusqu’à la moelle, c’est la loi divine qui le donne et l’enseigne. Détachons donc le bateau de notre esprit du rivage de notre chair, et engageons-nous dans la haute mer du sermon évangélique, croyant qu’ayant le vent du Saint-Esprit en poupe , nous arriverons au port de l’intelligence céleste.

Notre Seigneur, aujourd’hui, incite les pécheurs à espérer le pardon; et réprime par un exemple les murmures des orgueilleux. Il y avait des publicains et des pécheurs qui s’approchaient de Jésus pour l’écouter. Et les pharisiens et les scribes murmuraient en disant : Cet homme fréquente les pécheurs et mange avec eux. C’est ainsi que voit l’envieux, c’est ainsi que réagit le superbe. C’est ainsi que l’avare comprend, c’est ainsi qu’interprète le méchant. Il reçoit les pécheurs.

Ils ne disent pas : Il les prend en charge. Et qu’ont-ils à objecter s’Il reçoit ce qu’Il a perdu ?

Il pardonne les fautes, change Sa colère en joie, Sa douleur en action de grâce, Celui qui trouve ce qu’il a perdu. Dieu accueille les pécheurs. Dieu accueille les pécheurs, mais les pécheurs qu’Il reçoit, Il ne leur permet pas de le demeurer. Le pécheur ne vicie pas Dieu en L’approchant; c’est Dieu qui sanctifie le pécheur en S’approchant de lui. Pharisien, le Christ n’accueille pas les péchés, quand Il reçoit le pécheur; car ce n’est pas le crime que Dieu accueille, mais l’homme. Le Pharisien aurait donc dû voir comment étaient les pécheurs quand ils retournaient, plutôt que quand ils entraient. En tout cas, il est certain que le Paul qu’ils avaient envoyé persécuteur, ils ne l’ont pas vu sortir prédicateur. Mais écoutons la parabole que Dieu a composée pour nous faire comprendre la joie qu’Il ressent du retour du pécheur.

Et Il leur dit cette parabole : Quel est l’homme parmi vous qui, ayant cent brebis, perd l’une d’entre elles, n’abandonne pas les quatre-vingt dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui était perdue jusqu’à ce qu’il la trouve ? Et quand il l’a trouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules. Et de retour à la maison, il convoque ses amis et ses voisins, et leur dit : Fêtez avec moi, parce que j’ai trouvé ma brebis qui était perdue. Ainsi, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt dix-neuf autres qui n’ont pas besoin de pénitence. A chaque fois que nous retrouvons quelque chose que nous avons perdu, nous éprouvons des sentiments d’exaltation et de joie; et il nous est plus agréable d’avoir trouvé ce que nous avons perdu, que de ne pas avoir perdu ce que nous avons conservé. Mais cette parabole nous parle plus du Cœur divin que du comportement humain, et elle en exprime toute la vérité. Abandonner ce qu’il y a de plus grand, choisir ce qu’il y a de plus petit, c’est le propre de la puissance divine, non de la cupidité humaine. Parce que Dieu fait exister ce qui n’est pas, et Il part à la recherche de ce qui est perdu, tout en gardant ce qu’Il abandonne. Et Il retrouve ce qu’Il a perdu sans perdre ce qu’Il conservait. Ce Pasteur n’est donc pas un pasteur de cette terre, mais du ciel; et cette parabole ne décrit pas les soucis humains, mais dépeint confusément les mystères divins.

Comme le choix du chiffre cent nous le fait comprendre. Quel homme parmi vous ayant cent brebis, perd l’une d’entre elles. Pourquoi pas cinquante, pourquoi pas deux cent, mais cent ? Pourquoi pas quatre, pourquoi pas cinq, pourquoi pas une ? Pour faire comprendre que c’était le chiffre plutôt que le dommage causé qui expliquait le surplus de souffrance. Car la perte de l’une porterait atteinte à la totalité du chiffre cent;

et le tout, de la droite, dégénèrerait vers la gauche. Avec la perte de l’une, la gauche mettrait tout sous clef, et la droite n’aurait rien. Le chiffre quatre-vingt dix-neuf est enfermé à l’état latent dans la gauche. Il y est à l’étroit, il y est enchaîné. Mais dès qu’il perçoit l’augmentation d’un chiffre et en réalise l’importance, il passe à la palme de la droite, et parvient à la couronne du chiffre cent. Et si ne pas avoir le chiffre cent est un motif de douleur, quelle douleur ne doit pas être celle de l’avoir perdu ? Vous voyez que, par la perte d’une seule brebis, ce Berger déplorait que tout son troupeau ait quitté la droite et en ait été retranché, pour passer à la gauche. Voilà pourquoi Il quitte les quatre-vingt dix-neuf, voilà pourquoi Il part à la recherche d’une seule, voilà pourquoi Il ne s’enquière que d’une seule, pour trouver toutes ses brebis en une seule, pour réintégrer l’ensemble du troupeau en en réintégrant une seule.

Mais il est temps de révéler le secret de la parabole. L’homme qui a cent brebis est le Christ, le bon Pasteur, le Pasteur miséricordieux, qui avait placé tout le troupeau du genre humain dans une seule brebis, Adam. Il l’avait logée dans les lieux enchanteurs du paradis, dans une région aux pâturages vivifiants. Mais cette brebis a oublié la voix de son Berger, a prêté foi aux hurlements du loup, a perdu les tiges des plantes salutaires, et a été meurtrie de plaies mortelles. Venant la chercher dans le monde, le Christ la trouve donc dans la région de l’utérus de la vierge. Il vient dans la chair de Sa nativité, et la réconfortant avec Sa croix, Il la place sur les épaules de Sa passion. Et Se réjouissant de toute la joie de Sa résurrection, Il l’apporte au ciel par Son ascension, et l’a fait entrer dans Sa demeure.

Et il appela les amis et les voisins. C’est-à-dire, les anges.

Et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j’ai trouvé la brebis qui était perdue. Les anges se félicitent et se réjouissent avec le Christ du retour de la brebis du Seigneur. Ils ne s’indignent pas qu’Il siège au-dessus d’eux sur le trône de la Majesté, car la jalousie a été expulsée du paradis avec le démon.

Le péché d’envie ne pouvait pas entrer de nouveau dans le ciel par l’Agneau qui a enlevé le péché du monde.

Mes frères, Il est venu, Lui, nous chercher sur la terre; cherchons-Le, nous, au ciel. Il nous a portés, Lui, pour la gloire de Sa divinité; portons-Le, nous, dans notre corps, par la sainteté la plus grande possible. Glorifiez et portez Dieu dans votre corps.

Il porte Dieu dans son corps celui qui ne porte aucun péché provenant de sa chair.

169ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(la drachme perdue)

Dans tous les textes évangéliques se cachent des sens mystiques, et nichent les secrets de l’intelligence céleste. Le savent ceux-là seulement qui ont reçu la grâce du Saint-Esprit. Après avoir trouvé la brebis du troupeau centenaire qu’Il avait longtemps cherchée, et l’avoir ramenée au bercail céleste à la plus grande joie des anges, Il nous propose, en Son évangile, l’exemple d’une femme. Cette femme allume sa lumière pour chercher une des dix drachmes qu’elle avait perdue. Après l’avoir trouvée, la joie qu’elle en ressent et le gain qu’elle a fait deviennent une cause de joie dans les cieux. Le Seigneur parle ainsi : Quelle femme ayant dix drachmes, si elle perd une drachme, n’allume pas sa lampe et ne met pas sa maison sens dessous dessus, et ne cherche pas avec soin, tant qu’elle ne l’a pas trouvée ? Et quand elle l’a trouvée, elle convoque les amies et les voisines et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j’ai retrouvé la drachme que j’avais perdue. Je vous le dis : c’est ainsi qu’il y aura de la joie devant les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui fait pénitence.

Est-ce que tu penses que cette femme est tout ce qu’il y a de plus ordinaire ? Qu’elle ait eu dix drachmes, faut-il l’entendre à la façon humaine ? Faut-il croire que c’est par hasard qu’elle en a perdu une ? Ou qu’il fallait absolument qu’elle la cherche pendant la nuit ? Ou qu’elle a allumé la lampe comme tout le monde le fait ? Qu’elle l’ait perdue et retrouvée précisément dans sa maison, est-ce une chose normale ? Est-ce quelque chose d’usuel qu’elle ait appelé ses amies et ses voisines pour se réjouir, alors qu’elle ne les avait pas appelées pour pleurer quand elle l’avait perdue ? Autre incongruité : ce n’est pas la perte de la drachme qui est déclarée, mais sa retrouvaille. Autre surprise : elle a été cachée dans les ténèbres d’une maison, au lieu d’avoir été enfouie par la malice d’étrangers. Vous voyez que tout ici est singulier, que cette parabole dépasse et transcende le sens commun. Vous voyez à quel point elle exhale et embaume un sens divin; à quel point elle emporte au ciel la vue de l’esprit ! Comme elle l’installe dans les choses divines, et comme elle nous oblige d’allumer la lanterne de notre cœur spirituel; et, à l’instar de la femme de l’évangile, de chercher la drachme de la science du salut, dans l’obscurité de la parabole du Seigneur.

Avant que le Christ se rende à la brebis errante, et soulève sur Ses épaules jusqu’au ciel la brebis repentante, après avoir marché dans les broussailles et les ronces; et avant que, chargé de l’animal dont Il avait pitié, Il parvienne à des bercails inaccessibles au loup, une femme ayant dix drachmes supportait les longues ténèbres de la nuit.

Elle ne pleurait pas seulement la drachme qu’elle avait perdue, puisqu’elle ne voyait pas dans la noirceur les neuf autres qui lui restaient. La nuit était pour elle continuelle; c’était pour elle une noirceur profonde et persévérante. Sans le feu divin, sa lampe ne luisait pas assez pour la consoler pendant la nuit. Mais après que le feu spirituel, dans la pluie de feu du Saint-Esprit, se soit répandu sur les Apôtres, et qu’Il ait embrasé de toute la chaleur de son feu les cœurs froids et léthargiques des mortels, la femme, i.e. l’église, allume sa lumière, c’est-à-dire le regard intérieur du cœur, comme le dit l’apôtre, les yeux illuminés de votre cœur. Elle allume donc sa lanterne, et après le travail des Apôtres, elle écarte la lampe à l’huile judaïque noircie par les ténèbres de l’ignorance, jusqu’à ce qu’elle retrouve dans le Christ l’une des dix drachmes qu’elle avait perdue, les dix drachmes représentant le décalogue.

Le Christ est la Pièce d’argent remplie de divinité. Il est la Drachme de notre rédemption et de notre rachat. C’est Lui qui était dans le décalogue de la loi, et qui S’y tenait caché.

C’est le Christ que possédait elle aussi la Synagogue;

mais, envahie par les ténèbres, elle ne Le voyait pas. Nous disons donc que les dix drachmes sont les dix paroles de la loi. De ces paroles, la Synagogue avait perdu un Verbe. Lequel ? Celui que Jean a été le premier à avoir trouvé dans l’église, parce qu’il était une lumière ardente, au dire du Seigneur : Il était une lampe ardente. Et au dire de l’évangéliste :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il est clair que cela était déjà dans le décalogue : écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu. Ne voyant pas cela dans le Fils, la Synagogue l’a perdu dans le Père. N’ayant pas cru au Christ, elle L’a crucifié à mort.

Le décalogue avait eu raison de lui dire : Tu ne tueras pas. En décapitant la série des commandements, la Synagogue a été homicide de la loi avant de l’être du Christ.

Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère. La Synagogue est condamnée parce que, en se joignant aux dieux des nations, elle a rejeté le Christ; et après avoir mis de côté la puissance du Dominateur, elle a glissé vers l’affection du conjoint. Tu ne commettras pas de vol. Elle a volé la résurrection du Seigneur en subornant les soldats avec de l’argent, pour qu’ils enterrent la résurrection et occultent la vérité. Tu ne feras pas de faux témoignage. C’est elle qui a convoqué de faux témoins, pour que l’écriture s’accomplisse : Des témoins iniques se levaient et m’interrogeaient sur des choses que j’ignorais. Et, en toute vérité, elle ne pouvait pas autrement trahir l’Auteur de la vérité, parce que la fausseté combat toujours la vérité. C’est ainsi que perd pied et tombe par degrés celui qui chancelle et s’écroule du haut de l’échelle des commandements.

Car si la Synagogue avait cru que le Seigneur Dieu est un Dieu unique, elle ne se serait pas rendue jusqu’à ce gouffre ruineux. Mais nous, suivons la lampe de notre mère l’église, et en marchant à la lumière du visage du Seigneur, nous parviendrons à la drachme du Christ; et nous convoquerons les amies et les voisines, c’est-à-dire, les églises des Gentils, de peur qu’ils ne sachent trouver leur drachme qui est notre mère. Et disons avec le Prophète : J’ai préparé une lampe pour mon Christ. Et de quel profit fut cette lampe, écoutons-le : Nous avions entendu parler d’elle en Ephrata. Nous l’avons trouvée dans les champs de la forêt. Nous sommes entrés dans ses tentes. Nous avons adoré dans le lieu où ses pieds s’étaient posés. Voici que ce que nous cherchions dans des champs éloignés et dans des forêts denses, nous l’avons trouvé dans le Seigneur, avec la lanterne de notre mère. De cela se réjouit même le Ciel, parce que dans un seul pécheur qui fait pénitence, c’est toute la plénitude du peuple chrétien qui fait cercle, et toute la forme de la divinité du Christ resplendit dans notre drachme.

170ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(explication symbolique du ministère de Jésus et des Apôtres )

En nous racontant aujourd’hui que Jésus parcourait les villages de la Galilée, le bienheureux Marc nous révèle l’amour respectueux et ineffable qu’il nous porte. Jésus faisait tout le tour des villages en enseignant. Vous avez entendu comment Il circule en rond, comment sa pitié infatigable te recherche, comment Il marche pour toi et à cause de toi. Et Lui qui a tout commencé, qui n’est contenu par aucune créature, entre dans ton corps où Il se sent à l’étroit, se contracte pour se glisser dans ta demeure. Et Celui dont la voix des fidèles atteste tous les jours la Majesté en clamant : Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire, circule , apparaît, se montre, est contenu dans des villages, à cause de toi. Où peut bien se mouvoir la Plénitude immobile ?

Où va-t-Il et d’où vient-Il Celui qui remplit toutes choses ? Et pourtant, Il va, revient, descend, monte;

et l’Homme Dieu supporte tout cela pour toi, parce qu’Il te chérit extrêmement; parce qu’Il t’aime avec excès.

Il prend diverses apparences, varie les formes, change ses modes d’intervention. . Il resplendit maintenant pour toi dans le buisson de feu, pour que la chaleur de la foi te réchauffe, toi, qui es frigide de perfidie. Aujourd’hui, la flamme brille dans la colonne céleste, pour qu’après avoir chassé les ténèbres de l’ignorance, tu puisses, à travers les déserts de ce monde, parcourir la voie de la science du salut. C’est maintenant pour toi que la nuée prend la forme d’une colonne, pour qu’elle tempère le feu brûlant de tes passions.

C’est maintenant que comme l’aigle, Il te couve avec les ailes de la sagesse, et te provoque à t’envoler vers le ciel. C’est Moïse qui le dit : Comme l’aigle protège son nid, et veille avec assurance sur ses petits, étendant ses ailes, il les attrape et les reçoit par-dessous sur ses épaules ,seul le Seigneur les éclairait, et il n’y avait pas avec eux de dieux étrangers. Maintenant, comme la poule qui nourrit, guide, appelle, accueille, protège, porte, réchauffe, abrite et entoure ses poussins de son corps; comme la poule qui ne pense pas à s’envoler, qui ne se soucie pas pour un temps de sa propre sécurité, Il est entré dans ta maison, Il a vécu dans ta poussière, pour te nourrir, t’instruire et te fortifier, avec des mets locaux traditionnels qui te sont familiers. C’est maintenant que comme un bon pasteur, Il recherche Seul la brebis errante sur des monts élevés, est le Seul à la trouver et à la mettre sur Ses épaules. Et pour que tu ne vagabondes plus sur des terrains propices aux morsures de loup, Il t’emporte et te conduit vers les bercails célestes.

Ainsi, comme nous l’avons dit, Il prend différentes apparences, et varie les formes. Et pour t’améliorer, à chaque fois qu’il le faut, Il change et rechange ses modes d’intervention. Et parce que depuis longtemps, l’ennemi tournait en rond pout te mettre en pièces et te dévorer, il est maintenant nécessaire que le Christ tourne en rond pour te venger et t’arracher de ses griffes, comme le dit l’Ecriture : Votre adversaire comme un lion rugissant tourne en rond cherchant quelqu’un à dévorer. Et il convoqua les douze. Après de longs siècles de nuit noire, le Jour éternel, notre Christ, reparut lumineux, avec la splendeur désirée de Son aurore. Il a, à n’en peut douter, reproduit ses douze heures sur Ses douze disciples. Ce jour, le bienheureux psalmiste le vit avec son esprit prophétique quand il chanta : Voici le jour que le Seigneur a fait. Réjouissons-nous et exultons en lui. Voilà pourquoi l’Apôtre appelle les croyants les fils de la lumière et de la foi. Vous êtes les fils de la lumière et du jour. Et Il convoqua les douze. Ce chiffre douze, par un quaternaire, nous montre et forme un quadrige tripartite. Par ce quadrige, toute la Trinité est véhiculée et transportée dans les courses apostoliques, pour que ce doux Soldat fasse la guerre au diable; pour que ce Vainqueur modeste abaisse la superbe du monde; pour que le guerrier élimine les discordes pacifiques des Gentils.

Pour que, après avoir décapité l’enfer, i.e., la fosse du péché, l’antique prison des âmes, Il conduise à la gloire de Son triomphe la libre captivité du genre humain. Cette course de la Trinité le bienheureux psalmiste l’a vue avec son esprit prophétique quand il disait : Tu es monté dans les hauteurs, tu as fais captive la captivité, tu as reçu des dons parmi les hommes. Le Seigneur a préparé cette course pour Lui, pour son Père et pour le Saint-Esprit, quand Il a dit : Prenez sur vous mon joug, parce que mon joug est suave et mon fardeau léger. Il ne peut pas se lasser d’être miséricordieux, ce transporteur de la piété. Douze patriarches, répartis en douze tribus distinctes, douze fontaines dans le désert, douze pierres du Jourdain tirées du lit de la rivière, tous ces douze ont-ils été choisis pour être une image et une figure du chiffre apostolique ? Nous le laissons à déterminer à celui qui scrutera la loi plus en profondeur. Pourquoi le Seigneur a-t-Il envoyé les apôtres prêcher deux par deux?

La suite du texte que nous avons lu s’efforcera de le révéler. Et il commença à les envoyer deux par deux. Il les a envoyés deux par deux de peur que la singularité, laissée à elle seule, renie comme Pierre ou fuie comme Jean. La fragilité humaine chute vite quand l’orgueil la rend sure d’elle-même. Elle méprise les compagnons, et ne veut pas avoir de collègues. C’est le Saint-Esprit qui le dit : Malheur à celui qui est seul quand il tombera, s’il n’y en pas un autre pour le relever. A quel point l’un est fortifié par l’aide de l’autre, la même Ecriture l’atteste : Un frère qui est aidé par un frère est comme une ville fortifiée. Et Il commença à les envoyer deux par deux. Il n’y a par à s’étonner , mes frères, si la Trinité a monté dans un quadrige tripartite provenant du chiffre douze, et si maintenant Elle monte dans un char à deux chevaux, pour montrer clairement la vocation des deux peuples dans les deux envoyés, au dire de l’Apôtre : Est-il seulement le dieu des juifs ? Ne l’est-il pas aussi des Gentils ? Très certainement, il l’est aussi des Gentils. Pour que soit accomplie la prophétie d’Isaïe qui affirme avoir vu quelqu’un montant un char à deux chevaux, quand il s’entend dire : Que vois-tu ? Et il répondit : Je vois quelqu’un qui conduit un char à deux chevaux. Et un peu après, il clame que Babylone est tombée avec toutes ses œuvres d’art. Qui doute, mes frères, que le Christ n’ait chevauché sur ces chars à deux chevaux, quand il voit, qu’à la prédication apostolique, les temples se sont écroulés, les idoles sont disparus, le mugissement des taureaux a cessé, les victimes et les autels se sont dissipés pour toujours avec leur encens et leur fumée ? Habacuc a vu ces chars à deux chevaux quand il clama : Qui monte sur tes chevaux, et qui est la santé de ton écurie.

Et il leur donna le pouvoir sur les esprits mauvais Voici quelle est la marque de la divine vertu, la preuve d’un triomphe singulier : que le diable Lui-même soit livré comme proie à sa proie; comme captif à ses captifs, comme vaincu à ses vaincus, dans la mesure même où il est soumis au pouvoir de ceux dont la servitude avait fait autrefois sa grandeur. C’est avec raison qu’il se lamente, avec raison qu’il gémit, qu’il grince des dents, car il se voit renversé par la sentence des hommes, par la puissance des êtres humains, celui qui les avait longtemps trompés en les persuadant qu’il était dieu.

Et il leur commanda de ne rien apporter en chemin. Un bâton seulement : pas de besace, pas de pain, pas d’argent. Quand un homme invite des ouvriers à travailler pour lui, il ne leur fournit pas seulement la nourriture nécessaire, mais des banquets somptueux, pour que le festin de la bienveillance déclasse et surpasse le labeur et le poids du travail. Combien Dieu doit considérer inhumain celui, qui invité par Lui à travailler, arrive plein d’anxiété, et la besace remplie de pains et d’argent ? Ou l’ouvrier infidèle qui se rapporte au travail épuisé ou en retard ? Ou qui ne peut pas s’y rendre ? Il a promis des récompenses copieuses par tant d’engagements signés et par tant de témoins, Il a promis une si abondante moisson, et tu penses, toi, dans ton esprit impie, qu’Il ne t’apportera ni pain ni vêtement ? Quant tu n’étais pas, Il t’a donné d’être;

et tout ce que tu as, o homme, c’est Lui qui te l’a donné. Même quand tu vivais pour toi et des voluptés, Il ne t’a pas refusé la nourriture nécessaire. Et quand tu le serviras par tes vertus et par tes œuvres, tu t’imagines qu’Il ne te fournira pas le pain et le vêtement ? L’argent qui est dans ta besace et que tu portes à ta ceinture, qui te l’a donné ? Pourquoi accours-tu pour L’insulter dans des choses qui Lui appartiennent ? Il sait que tu es riche. Cesse, homme, ce genre de comportement. La pauvreté divine te suffit; dépose les bagages de tes richesses. Celui qui est chargé ne peut pas parvenir, par la voie étroite, au travail de la moisson divine. Viens désencombré, viens libre de tout travail, avant que nu et dépouillé, infidèle à tous tes engagements, tu ne sois écroué pour subir ta peine. Les richesses ne suivent pas le mourant. Que ta conscience soit pour toi ta besace, que ta vie soit pour toi le pain. pour que le Christ soit dans ta vie le vrai Pain, Lui qui a dit : Je suis le pain. Que ta récolte soit pour toi le prix, car il exige en toute sécurité du Christ une récompense celui qui, pour être fidèle, a méprisé et rejeté ce qu’il avait.

171ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(des Apôtres qui ne se lavaient pas les mains avant de manger)

La foudre ébranle l’esprit et les sens des hommes quand elle met en pièces les rochers, les montagnes, les arbres, et les toitures des maisons. Elle les percute de façon à susciter la terreur.

De la même façon, à chaque fois que le Seigneur tonne contre les Pharisiens, Il corrige Ses fidèles en leur inspirant une peur salutaire, comme le rapporte l’évangile d’aujourd’hui : les Pharisiens et les Scribes vitupéraient les disciples, parce qu’ils mangeaient sans s’être lavé les mains. Que personne, en entendant cela, n’aille s’imaginer que les disciples du Seigneur mangeaient, par mépris de l’étiquette , avec des mains crasseuses et boueuses; qu’à la table du Seigneur et aux banquets, ils faisaient fi des règles élémentaires de la politesse et des bienséances. Ce genre de comportement, ni la nature ne le souffre, ni les lois de l’hospitalité ne l’admettent. Qui n’apporte pas de l’eau dans ses mains pour rendre hommage à un visiteur; ou qui attriste celui qui l’offre en la refusant ? Surtout depuis que le Seigneur a blâmé Simon qui L’avait invité à sa table : Tu ne m’as pas donné d’eau pour mes pieds. Il veut donc que nous fassions ce qu’on nous enseigne partout qu’Il exige.

Mais les Pharisiens ne se souciaient pas du soin que les disciples du Seigneur prenaient de leurs corps. Ce qui les préoccupait, c’étaient les baptêmes de leur superstition. Ils ne savaient pas qu’il n’y avait qu’un seul baptême, que le Seigneur avait enseigné non seulement pour laver les esprits et les corps, mais pour les régénérer; qui ne purifie pas le corps pour l’entretien de la vie, mais la conscience pour la sauver. C’est ce que la prière du Prophète demandait quand il disait : Lave-moi encore plus de mon injustice. Ce qui veut dire : Combien de temps me laveras-tu légalement sans me laver ? Lave-moi une fois pour toutes par ta grâce, moi, que les nombreuses ablutions de la loi n’ont su laver. Mais cela, que nous le fassent comprendre les paroles de l’évangile qui suivent : Les Pharisiens et tous les Juifs ne mangeaient pas à moins de se laver fréquemment les mains, tenant cette tradition de leurs ancêtres. Et quand ils venaient de la place publique, ils ne mangeaient pas sans s’être lavé les mains. Ils faisaient le baptême des coupes, des cruches, des vases en cuivre, et des lits de table.

Pharisien, comment peux-tu te croire pur, quand tout dans ton festin est pollué ! Au marché, tu as négocié froidement le sang d’un innocent; tu as recherché avec soin les moyens de t’emparer de la substance du pauvre; tu as cherché à découvrir comment réduire la liberté en esclavage. Et quand ton intérieur est si chargé de crimes, comment l’eau suffirait-elle à te laver et à te nettoyer de l’extérieur ?

L’eau a pu purifier nos cœurs et nos corps quand elle a été elle-même purifiée par le commerce du Saint-Esprit, pour qu’elle puisse accomplir, par un signe visible, le sacrement invisible de notre purification. Mais toi, Juif, tu baptises des coupes, des cruches, des vases d’airain. Toutes ces choses sont privées de sentiment et de mouvement par nature : elles ne connaissent ni ne reconnaissent la culpabilité.

Tu honores ces choses, et toi, par qui tout est contaminé, tu ne te purifies pas. Par tes traditions et tes rites, tu purifies des choses qui ont été vendues; et toi qui t’es vendu, tu ne cherches pas à te purifier par des rites et des ministères divins.

Mais écoutons, nous, non ce que le Seigneur a répondu aux Juifs, mais à Ses disciples. Il disait que c’est ce qui sort de l’homme qui contamine l’homme. De l’intérieur, du cœur de l’homme procèdent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides, les vols, l’avarice, la malice, la ruse l’impudicité, le mauvais œil, les blasphèmes, l’orgueil, la stupidité. Tous ces maux procèdent de l’intérieur et contaminent l’homme. Quelle étendue de terre, quelle grandeur de ville, quelle largeur de pays faut-il pour pouvoir contenir autant d’adversaires, capturer autant d’ennemis, s’emparer d’autant de nations que les vices, les péchés et les crimes ne ravissent d’intelligences humaines, ne s’emparent de cœurs d’hommes. ? Vous avez observé, mes frères, que, pour attraper une seule brebis, toutes les espèces d’animaux de proie accourent. Elles sont d’autant plus acharnées qu’elles ne peuvent pas s’empiffrer, que les prédateurs à la dent vorace ne peuvent pas se rassasier avec la capture d’une seule brebis. Elles écument et se consument d’autant plus qu’elles ont été incapables de l’attraper et de la dévorer. Comment expliquer que pour une seule colombe, se précipitent tant de milans, tant d’aigles, tant de vautours voraces, toute une cascade d’oiseaux sordides ! Le Prophète avait eu vent de ce grand nombre, de cette multitude quand il chantait : Des malheurs m’ont entouré qu’on ne peut compter. Mes iniquités m’ont saisi, et je ne pouvais plus voir.

C’est de l’intérieur de l’homme qu’elles procèdent. Il est tolérable l’ennemi quand, de l’extérieur, il attaque le mur avec le bélier. Quand il est placé à l’extérieur, il arrête parfois le combat. Mais quand l’assiégé voit que l’ennemi est à l’intérieur des murs, que l’adversaire sévit avec violence au cœur même de la ville, son cœur ne bat plus, il prévoit et déplore déjà sa captivité. Il ne peut plus être son propre protecteur; il ne peut plus être le libérateur des siens : il demande l’aide d’un autre, il cherche un autre défenseur. C’est de l’intérieur, c’est du cœur qu’elles sortent. Voilà une toute nouvelle façon de faire la guerre. Les nations sortent à l’appel d’un homme pour aller se battre contre un homme. Elles ne se contentent pas de vaincre en cachette, de terrasser l’ennemi en catimini. Elles cherchent la gloire humaine en détruisant l’homme. Les Juifs, qui sont sur la place publique, se lavent et lavent leurs plats en public. Nous, mes frères, c’est à l’intérieur que nous nous purifions des saletés des vices.

Ces nations d’iniquité, vainquons-les dans nos esprits, avec le Christ qui combat pour nous. Chassons de nos cœurs les bêtes des péchés par la terreur qu’inspire le nom du Seigneur. Les oiseaux rapaces et voraces des crimes repoussons-les violemment loin de nos sens, avec la lance de la croix. Pour que la splendeur de notre cité, la sainteté de notre temple, la beauté singulière de toute notre maison, incitent et invitent notre Auteur à toujours venir habiter en nous. Les vices ne peuvent pas retourner là où le Christ réside à demeure avec Ses vertus.

172ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(« gardez-vous du levain des Pharisiens »)

Vous avez entendu, mes frères, comment le portier s’interdit lui-même l’entrée, quand il laisse les autres à la porte. Malheur à vous, docteurs de la loi, parce que vous avez enlevé la clé de la science. Vous n’y êtes pas entrés vous-mêmes, et ceux qui entraient, vous les en avez empêchés. Vous avez donc entendu comment le portier jaloux s’est exclu lui-même en refoulant les autres. Le Pharisien avait reçu les clefs non pour tenir les portes fermées, mais pour les ouvrir à ceux qui désiraient entrer.

Mais pour ne pas laisser entrer autrui, il a préféré ronger son frein à l’extérieur. Tous les vices recherchent ce qui est délectable, mais ils sont dommageables. La jalousie, elle, dévore plus complètement ceux qu’elle a parasités.

Elle est toujours une bête fauve pour ses proies. Elle exacerbe les sens, torture les âmes, tourmente les esprits, et corrompt les cœurs. A quoi bon parler davantage ? Celui qui l’accueille en lui s’infligera sans fin à lui-même des supplices, parce qu’il aime toujours avoir en lui un membre de la famille qui le torture. Comment trouver un terme aux malheurs là où le bien de l’un est la peine de l’autre; là où la félicité de l’un est la torture de l’autre ? C’est un mal exponentiel : autant il y a de prospérités chez les hommes, autant les envieux ont de tourments. Une âme chrétienne peut combattre les autres vices, mais celui qui ne fuit pas la jalousie avant de l’avoir rencontrée, ne s’en débarrassera jamais. C’est elle qui a persuadé aux docteurs de la loi de ne pas ouvrir la loi, mais de la cadenasser; de ne pas rendre accessible la doctrine du précepte du salut, mais de la nier; de verrouiller la fontaine de la science, et du flux vital; et d’obstruer en secret les richesses de leur origine. Cette maladie il faut la fuir à grande enjambée, car elle ne permet pas à ceux qu’elle a atteints de recouvrer la santé.

L’envie a tenté le ciel lui-même : c’est là que, d’un ange, elle a fait un démon. Elle a brulé les terres, en nous bannissant, avec un gardien enflammé, des délices du Paradis . Elle harcèle les rois : elle a poussé le roi Hérode à massacrer les bébés qui étaient du même âge que le Christ, de façon à ce que, de leurs membres délicats, le lait a coulé avant le sang, Elle viole la charité : c’est elle qui a fait de Caïn un fratricide, et qui arrosa la terre encore innocente d’un nouveau sang répandu. Elle dévaste les peuples, car, s’il est permis de le dire, si le mot a du sens, elle fit des Juifs des déicides.

Nous disons déicides, non parce qu’ils sont parvenus à tuer Dieu, mais parce que c’est à cela que tendait leur acte de scélératesse. Car dans le Christ, les Juifs ne se sont pas efforcés d’opprimer seulement l’Homme, mais Dieu Fils de Dieu; ils ont cherché à détruire son pouvoir. N’ont-ils pas dit : Voici l’héritier, venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous. Mais que peut le démon contre Dieu ? Qu’est-ce que l’envie peut opposer à la charité du Seigneur ? Le démon nous a envié la terre, mais Dieu nous a donné le Ciel.

Le docteur de la loi a soutiré la clef de la science, mais le Christ, par Pierre, nous a gratifiés des clefs du royaume des cieux. Ainsi, la jalousie est privée de tout ce qui lui était avantageux; et l’homme est enrichi des biens spirituels par ces dommages temporels eux-mêmes que l’envie du démon a rendus nécessaires.

Le Seigneur a donc eu raison d’ajouter un peu plus loin : Gardez-vous du levain des pharisiens. Parce que la masse obtenue par l’action du levain ne provient pas d’un accroissement, mais d’une enflure; et la pâte est boursouflée non dilatée. Plus elle s’échauffe, plus la boule de farine gonfle, et plus elle est pleine de légèreté et de ballonnement. On comprend dès lors pourquoi Jésus a dit : Gardez-vous du levain des pharisiens qui est l’hypocrisie. Qu’est-ce que l’hypocrisie sinon un extérieur composé avec étude, et qui agit dans la réalité autrement que ne le promet le visage. Cette hypocrisie chez les Pharisiens était gonflée par la science : La science enfle.

Car la science les enflait de superbe; elle ne les instruisait pas pour la conduite de leur vie. Elle les corrompait en les rendant mauvais; elle ne les améliorait pas en les rendant plus prudents. L’hypocrisie était sur leur visage; l’hydropisie de l’envie était dans leur esprit. Il y avait dans leurs cœurs une fontaine asséchée; et il y avait une eau bouillante qui enflammait de plus en plus par ses flots, qui n’étanchait pas la soif de celui qui en buvait, mais ne faisait qu’aviver l’incendie. C’est ainsi que quand c’est l’hypocrisie qui verse l’eau, la jalousie boit toujours avant les siens. L’Apôtre veut nous éloigner de cette maladie :

Car nous, non dans un vieux levain, non dans un levain de malice et de méchanceté, mais dans les azymes de la sincérité et de la vérité. C’est l’azyme de sincérité et de vérité qui nous pousse à célébrer Pâques saintement. La vérité ne connaît pas l’enflure; la simplicité, de toute évidence, ignore l’hypocrisie. Dans les azymes de la sincérité et de la vérité. Voilà les azymes du cœur, voila les pâtes pétries avec la douceur céleste, rendues plus savoureuse par la graisse de la grâce, et cuites avec le feu du Saint Esprit. En les mangeant, nous immolons solennellement notre Pâques, l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, nous pour qui le Christ est né et s’est transmuté dans la joie totale et la gloire totale.

173ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(la mort de saint Jean-Baptiste)

Le bon pasteur passe ses jours et ses nuits dans l’anxiété, pour que ni la ruse du voleur ni la férocité astucieuse des loups ne manigancent rien de funeste ni de dommageable au troupeau chéri. Le bon pasteur, comme a dit le Seigneur, dépose sa vie pour ses brebis. Et les bonnes brebis écoutent toujours la voix de leur pasteur d’une oreille attentive; elles s’en tiennent toujours à sa décision; elles font toute la volonté de leur pasteur. Elles escaladent les mamelons, parcourent les terrains arides, changent souvent d’alpages. Et c’est ainsi qu’elles finissent par atteindre les pâturages idoines, bien irrigués par les ruisseaux, ombreux, qui leur conviennent parfaitement : des sous bois qui invitent au repos. Elles retrouvent alors les charmes de l’existence, et jouissent des agréments de la vie.

Et vous, mes petit fils, portion imposante du troupeau du Seigneur, qui est déjà vêtue d’une robe de laine blanche neige et toute divine, qui est fécondée par des semences célestes, et couverte de moissons, vous êtes parvenus, à l’appel de notre voix, aux lieux et aux pâturages salutaires. Vous vous êtes étendus confortablement sur le lit de festin, dans le vêtement de notre doctrine; vous avez prêté attention à ce que nous réglons, écouté ce que nous disons, et approuvé ce que nous faisons. Saisissez le sens de notre prédication non d’après ce que vous aimeriez qu’elle soit, mais d’après l’enchaînement des idées. Que nous parlions de cette marche, ou que nous vous entretenions de la chaire sacerdotale, rassemblez-vous et accourez avec la course de la foi, comme de bonnes brebis, comme des troupeaux chéris, comme des enfants bien-aimés, sans morgue et sans paresse. Que les travaux de rénovation et l’espace réduit ne vous dépriment pas, et ne vous fassent pas maugréer. Car aucune brebis ne parvient au bercail si elle erre ça et là à sa guise. De la même façon, le disciple ne pourra acquérir la science, s’il veut être instruit selon ses goûts et caprices. Nul malade non plus ne pourra recouvrer la santé s’il veut qu’on le soigne selon son humeur et à son gré. Mais parce que la lecture de l’évangile porte aujourd’hui sur un loup féroce, saisissons le bâton du pasteur et passons à l’évangile qui vient d’être lu.

Le roi Hérode avait entendu parler de Jésus, car ce nom était sur toutes les bouches. Il disait : Jean est ressuscité des morts, voilà pourquoi des miracles s’opèrent en lui. Il est assez fou pour vénérer un mort qu’il a persécuté férocement de son vivant. Hérode, qu’a fait ton glaive, ta cruauté qu’a-t-elle obtenu, à quoi a servi ton impiété si, comme tu le dis, il est revenu faire des miracles, s’il est ressuscité pour accomplir des œuvres divines, celui que ta fureur croyait avoir anéanti ? Ici, ce n’est pas la personne qui a péri, mais la faiblesse humaine; ce n’est pas Jean, mais c’est plutôt la mort qui a succombé par une telle mort. La peine est illusoire, dérisoire est le bourreau; la sentence du misérable juge s’est fourvoyée, puisqu’il n’a pas exterminé celui qu’il a assassiné, mais l’a exalté. Jean est ressuscité des morts, voilà pourquoi des miracles s’opèrent en lui. Et s’il s’avait que Jean ressusciterait, pourquoi a-t-il été assez insensé pour le tuer ?

S’il savait qu’une telle mort devait l’élever au sommet de la divine vertu, et à tout ce qu’il y a de plus extraordinaire dans la puissance divine, pourquoi s’est-il fait l’auteur d’une telle mort ? L’impiété est toujours atteinte de la fièvre; c’est la frénésie qui maintient la cruauté au pouvoir; la fureur ne manque jamais de démence. Car elle sévit en elle à chaque fois qu’elle assaille autrui.

Elle se punit elle-même à chaque fois qu’elle persécute un innocent. Elle s’inflige une blessure mortelle quand elle agit avec cruauté envers le juste. Voici Jean.

Comme tu le dis toi-même, il continue à vivre dans le Christ. Il revient pour être ta punition, celui qu’une mission céleste avait fait venir pour être ta guérison. D’autres disaient que c’était Elie. D’autres disaient la vérité en disant qu’il était un prophète, ou Le prophète. En entendant cela, Hérode dit : C’est Jean que j’ai décapité.

Il est ressuscité des morts. Sa conscience mal intentionnée mais véridique est un témoin de son crime, un délateur de son forfait, un accusateur de son péché sordide. C’est Jean que j’ai décapité. Il est ressuscité des morts. Il dit vrai, car comme les Siens ressuscitent dans le Christ, le Christ, Lui aussi, souffre dans les Siens. Et comme l’honneur rendu à la tête déteint sur les membres, les peines infligées aux membres endolorissent la tête, et l’injurient. Voilà Jean que j’ai décapité. Ce roi sage, qui est le juge suprême, le censeur des mœurs, le gardien de la discipline, le vengeur de l’innocence, la punition des criminels, dit qu’il a décapité Jean. Il tait la raison pour laquelle il l’a fait, de peur que la turpitude d’un tel acte ne sape son pouvoir royal. Mais l’évangéliste, lui, nous la révèle, pour que l’ignominie de l’assassin centuple la gloire de l’assassiné.

Car Hérode envoya des soldats pour s’emparer de Jean, et l’incarcéra à cause d’Hérodiade, femme de Philippe, son frère, parce qu’il l’avait épousée. Jean disait à Hérode : il ne t’est pas permis d’avoir la sœur de ton frère. Hérodiade, qu’un amour impie avait rendue l’épouse de deux frères, violait l’amour par l’amour en se joignant à Hérode. Ils ne devaient pas différer par le nom ceux qui étaient semblables par le crime , les mœurs et la vie; ils se devaient d’être unis par le nom ceux que la turpitude des forfaits avait réunis. C’est Hérodiade qui tendait des embûches à Jean. Elle ne réussissait pas encore à dominer l’âme de l’infidèle Hérode. Mais l’adultère ne faisait que différer le mal. Pour ne pas être celle qui inculpe, elle machinait la mort de celui qui avait le pouvoir d’inculper. Lui, pour plaire à une inceste, captif lui-même, il arrêta un juste et l’enferma sous bonne garde, parce qu’il n’est pas facile pour un coupable de dicter la sentence de condamnation d’un innocent.

Quand un jour favorable arriva où Hérode organisa un banquet d’anniversaire pour les princes, les tribuns, et les premiers de Galilée, et quand entra la fille d’Hérodiade, quand elle dansa et plut à Hérode et à tous ceux qui banquetaient avec lu, le roi dit à la fille : demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai, même si c’est la moitié de mon royaume. Et il le lui jura. Roi ingrat et inhumain, qui pour une si grande prouesse, un si glorieux travail, un fait si mémorable ne donne pas tout son règne, mais seulement une moitié ! Et pourquoi s’en est-il conservé une partie pour lui, lui qui, après la si grande gloire de sa maison, après la si grande sainteté de sa famille, après un tel exemple de chasteté, ne devait même pas exister, paraître en public et vivre ! Celle qui est la fille du crime, non de la nature, ne court pas vraiment à sa mère mais à la sentine de son crime, pour que celle qui s’était montrée gracieuse et ingénue se révèle cruelle et farouche; et pour qu’elle se métamorphose en tragédienne criminelle, --je parle ici en connaisseur-- celle qui avait sans pudeur joué la comédie.

Et retournant à sa mère, elle lui dit : Que demanderai-je ? Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. Elle sortit, et se dirigea en toute vitesse vers le roi, et lui fit sa demande en ces mots : Je veux que sur –le- champ tu me donnes sur un plateau la tête de Jean. Le roi en fut contristé. Il envoya immédiatement un garde du corps, et lui ordonna de décapiter saint Jean-Baptiste. Il y alla et décapita le saint dans sa prison, apporta sa tête sur un plat, et la donna à la jeune fille. Et la fille la donna à sa mère. C’est ainsi qu’exerce son métier de juge cette âme étranglée par des crimes crapuleux, détraquée par le vin, et qui a complètement sombrée dans le naufrage de l’ivrognerie. Je veux que sur-le-champ, tu me donnes sur un plat la tête de Jean. Elle demande la tête d’un homme l’engeance de vipères, sur la tête de laquelle pèse une sentence de condamnation pour meurtre au premier degré. Comme a dit le Seigneur : elle t’écrasera la tête, et toi tu guetteras son talon.

Que la prolixité ne nous fasse pas traîner ce sermon en longueur. Les richesses insondables de ce texte nous ont, d’ailleurs, mené assez loin. Remettons le reste à plus tard, de peur que la hâte d’en finir ne nous fasse traiter superficiellement ce qui demande de longs développements. En conclusion de notre sermon, ajoutons qu’elle a couru pour rien; car toute la descendance du serpent antique, c’est notre Jean qui, en étant tué, l’a tuée par l’effusion de son sang.

174ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(la mort de Saint Jean-Baptiste)

Les mets ensanglantés du festin d’Hérodiade, un banquet si sauvage, la terre et le ciel l’ont alors eu en horreur et en ont épouvantés; aujourd’hui, c’est vous et moi qui le sommes. Hérode commanda un banquet d’anniversaire. Il choisit bien à propos un banquet nocturne, car ce jour de naissance n’est pas sous le signe de la lumière, mais des ténèbres. En ce jour, ce n’est pas un fils du jour qui est né, mais de la nuit. Il commanda un banquet d’anniversaire pour les princes, les tribuns et les principaux de la Galilée. L’impiété, qui est toujours imprudente et aveugle, que projette-elle donc ? Elle convoque tous les puissants non pas tant pour se donner un grand nombre de convives, mais des témoins innombrables de son crime; et il y a aura autant de juges de son forfait qu’il y aura de personnes chargées, dans son royaume, de faire respecter la loi et l’ordre.

La fille d’Hérodiade entra, dansa, et plut à Hérode. Elle est digne de ses parents cette fille impudique qui cherche à complaire à un père encore plus lubrique qu’elle; car un adultère ne peut procréer que la turpitude. Ses pas étouffés, sa démarche traînante et indolente et son déhanchement, ses larmes de crocodile, toute cette difformité la rendait encore plus belle aux yeux de son père. Et en toute vérité, quand il la vit telle, Hérode la crut sienne; car il aurait cru qu’elle était une imposteur si, en l’inspectant, il l’avait trouvée pudique. Le serpent se cachait alors dans la femme, qui en rampant avec des pas sinueux, injectait dans tout le corps un venin mortel, pour que sa rage affole les esprits des convives, pour que son venin empoisonne les corps, et pour qu’il transforme les hommes en bêtes. Pour que devenus tels, ils ne s’abreuvent plus de vin mais de sang; et pour que, dans leur fureur, ils ne se nourrissent pas de pain mais de chairs humaines. Ils ont rendu les convives tels qu’ils étaient eux-mêmes, quand la tête de Jean encore dégoulinante de sang leur fut apportée. Pour donner raison à ce psaume : Ils ont donné les chairs de tes saints aux bêtes de la terre. Ils ont répandu leur sang comme de l’eau. Voilà ce que produisent, toutes les nuits, les banquets qui se poursuivent jusqu’à l’aube. Voilà ce qu’engendre le vin quand il est acheté avec mesure mais est bu sans mesure. Voilà où est précipitée la chair quand les incendies de la volupté enflamment les actes luxurieux. Je demande : pourquoi être oppressé par de tels coins ? Pour amener la ruine de la malheureuse chair, la morsure des chiens suffit (?) Le prophète l’attestait quand il dit : Pourquoi vous ruez-vous contre l’homme, et l’abattez-vous, vous tous, comme une muraille qui penche, une clôture qui croule ? En Hérode, gisait la chair opprimée par des ivrognes, et captive de l’ébriété. C’est quand la luxure titillait, et quand la lascivité se jouait de lui plutôt qu’elle jouait avec lui, qu’il a promis de donner ce que la turpitude demanderait. Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. Il jure le misérable, en abjurant toute honnêteté et toute vertu. Demande-moi ce que tu veux. Que peut bien demander la luxure si ce n’est la mort de la chasteté, le meurtre de la pudicité, le trépas de la sainteté, qui lui est toujours contraire ? Je veux que tu me donnes sur un plat la tête de Jean. Si le Christ est la tête de l’homme, selon l’Apôtre, l’antique serpent tendait déjà vers la mort du Seigneur Christ. Je veux que tu me donnes sur un plat la tête de Jean. Alors déjà, dans la tête du serviteur, le dragon avide dégustait la passion du Seigneur, pour étancher sa soif. Je veux que tu me la donnes sur un plat.

Pourquoi sur un plateau ? Pourquoi portes-tu respect à celui que tu as tué vilainement, si ce n’est parce que la mort des saints est précieuse aux yeux de Dieu ? Tu ne fais pas ce que tu veux comme tu veux le faire, parce qu’ en toi, une raison surnaturelle agit autrement que tu ne veux. Dans cet antre de bêtes féroces,--qui n’est plus une salle de banquet--, la rage sauvage crut qu’on lui présentait son repas quand elle vit la tête du martyr. Elle comprit que c’était vraiment le sien, quand, assoiffée comme elle était, elle aperçut la liqueur du sacré sang. Les mets de sa cruauté, elle s’efforça de les empiffrer à pleines dents et à pleine gorge. Mais Jean vint, porté dans les airs, comme un cierge sur un candélabre, pour mettre en fuite les ténèbres, au dire du Seigneur : Il était une lumière ardente et brillante.

Il vint Jean, resplendissant comme un juge à son tribunal, pour condamner l’adultère, réfuter et condamner l’homicide. Et celui qui de son vivant, avait appelé miséricordieusement un inceste à la pénitence, et se réservait de lui accorder le pardon, condamnerait l’homicide après sa mort. Comment méritait-elle le pardon celle qui, dans la mort de Jean, a cruellement assassiné la pénitence elle-même ? Vous avec couru pour rien, Hérode et Hérodiade, -- que le nom mais non l’affection réunit--, car vous avez stupidement cru faire taire la voix par un crime. Je suis la voix qui crie dans le désert. La voix ne peut pas être tuée; elle crie davantage quand elle est délivrée des liens du corps. Ainsi, la voix d’Abel, après avoir été noyée dans son sang, résonne davantage, porte plus loin, et se rend jusqu’au ciel. De la même façon Jean clame par toute la terre, rapporte à tous les siècles votre crime crapuleux, et le fait voir ostensiblement aux Gentils.

Aujourd’hui, Jean se glorifie du Christ qui est la tête, parce qu’il a été estimé digne de la Tête. Aujourd’hui, tu as célébré la fin de ton jour de naissance, et lui s’est conquis le jour de la naissance au ciel. Le jour de ta naissance débouche sur la fin, et le jour de sa fin débouche sur sa naissance au ciel. Car le juste commence à vivre quand il mérite d’être tué pour le Christ.

Par cette mort, la vie du martyr est transférée, elle n’est pas supprimée. . Il brille davantage par la mort celui qui est mort pour vivre éternellement. C’est toi qui gis dans la mort; Jean vit après avoir été tué.

Toi, tu as perdu le faux vêtement de pourpre hérissé de pointes; mais saint Jean se glorifie d’être toujours revêtu d’un vêtement de pourpre éclatant rougi de son sang. Les participants à ton festin sont punis;

Jean, lui, se nourrit à la table céleste avec les chœurs des anges. Lui entend toujours la symphonie céleste; toi, tu entends toujours le gémissement et le grincement de dents de l’enfer. Hérode a reçu la récompense que pouvait octroyer une débauchée et une danseuse. Saint Jean, lui, est honoré par son entrée dans le royaume, et les récompenses célestes. Toi tu as reçu la récompense de ta sentence de mort avec ta fille dans le tartare. Joseph a abandonné son vêtement en fuyant l’adultère; mais pour ne pas voir l’adultère, Jean s’est jeté en avant avec son corps. Pour ne pas commettre l’adultère, Joseph a subi volontairement l’emprisonnement; pour criminaliser l’adultère, Jean a échangé son désert pour une prison. En révélant des songes, Joseph s’est évadé de la mort; pour révéler le Fils de Dieu, Jean a reçu même la mort.

En préparant un pain temporel, Joseph mérita un collier d’or et des honneurs; pour montrer le pain du ciel aux croyants, Jean, en versant son sang, a mérité le collier du martyr.

C’est avec raison que Jean est le plus grand de tous ceux qui sont nés des femmes. Il n’a pas seulement vitupéré contre l’adultère, mais il a foulé aux pieds aussi, par l’amour de la virginité, les relations conjugales licites. Et si un si grand Jean, un Jean si illustre, qui était séparé des femmes par un vaste désert, n’a pas échappé aux leurres des femmes, qui est celui qui, vivant au milieu des femmes, pourra, par un extrême labeur, leur filer entre les doigts, s’il n’est pas alimenté par le Saint Esprit ? Liu qui ensemble avec le Géniteur et le Né dispose tous les siècles, pour des durées d’espace de temps éternelles.

Note du traducteur : « Je demande : pourquoi être oppressé par de tels coins ? Pour amener la ruine de la malheureuse chair, la morsure des chiens suffit.Mots illisibles.Vous constaterez facilement que ces phrases ne prennent pas naturellement la suite de ce qui précède et de ce qui suit. Mais, dans l’état actuel du texte, je ne peux pas aller plus loin.

175ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(consécration épiscopale de Marcellin par saint Pierre Chrysologue à Ravenne). Tous les débuts sont durs. Mais les premiers enfantements sont les plus durs de tous. Pour enfanter une première fois, l’église de Ravenne a du ouvrir la voie, éprouver des angoisses, endurer des souffrances. Et elle a agi ainsi, mes frères, pour conserver l’ordre de l’enfantement divin dans tout le chemin de la vérité. Car, après que la vierge mère ait parcouru le chemin qui traverse toute sa patrie, pour enfanter le Premier-né de toute créature, la fête de la nativité de Jésus est dédiée aux enfantements virginaux et aux premiers nés. Et, de toute nécessité, mes frères, le Chemin est engendré en chemin, pour interdire toute entrée à l’erreur, et pour que le voyageur ne demande que le ciel, lui qui, en suant et en clopinant, a longtemps supporté la fatigue d’un voyage terrestre. Et il arriva en ces jours que parut un édit de César Auguste pour le recensement de toute la planète. Joseph monta, lui aussi, de la Galilée, de la cité de Nazareth en Judée à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, pour s’inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Et il arriva en ces jours que furent terminés les mois de la grossesse, et elle enfanta son fils premier-né. J’ai le goût, ici, de parler de souffrance. A l’édit d’un César païen, le Seigneur de l’univers s’est mis en branle pour s’y conformer; et devant le décret du bienheureux Pierre, et d’un empereur chrétien, le serviteur regimbe irrévérencieusement ! Mais puisqu’il ne faut pas mêler les adversités aux prospérités, les tristesses aux joies, passons cela sous silence, et proclamons la joie que nous apporte une nouvelle naissance. Que celui qui vient de naître, qui est le premier à naître, commande le respect qu’on porte à un premier-né, et qu’il en reçoive les honneurs. Marcellin, aujourd’hui, a ravi et conquis toute l’affection qu’on donne à un enfant qui naît dans la maison. Les fils l’entourent, les proches sont présents, toute la parenté est accourue, la famille au complet exulte, et les parties les plus secrètes de la maison jubilent et sont en liesse, parce qu’ils ont mérité de voir de leurs yeux, de toucher de leurs mains aujourd’hui le premier enfantement d’une sainte mère, et un premier-né. Elle qui est mère et épouse, mère et vierge, s’étonne, en rendant de nouvelles actions de grâce, d’avoir engendré dans son lit d’hyménée. Mais que l’épouse ait enfanté sur sa couche nuptiale n’émeut ni ne trouble personne. Ce n’est pas le crime qui conçoit mais la virginité , quand d’un tel germe l’enfantement est céleste, non humain. Mais il n’y a pas motif à une suspicion sinistre, là où l’époux lui-même est le témoin et le gardien de son épouse. Qui que tu sois qui es inquiet du fait, sois rassuré par cet exemple suprême, et que la rapidité de celui qui a précédé t’invite à plus de prudence et de soin. Joseph, mari de nom seulement, époux en conscience, regarde sa femme enceinte avec inquiétude et anxiété, parce qu’il ne pouvait accuser ni une innocente, ni une femme enceinte. Se taire n’était pas sur, et il y avait du danger à parler. Il admet ce qu’il ne peut pas nier, mais il n’accuse pas de crime une innocente. Il était lui-même le témoin de sa chasteté, le gardien de sa pudeur. Les yeux troublaient celui que ne troublait pas la confiance qu’il avait dans la vierge. Les actes et la vie traçaient deux chemins différents. Son esprit juste et son âme sainte étaient torturés par un fantôme à deux têtes. Il comprend sans pouvoir être capable de pénétrer le sacrement, car il ne pouvait ni l’accuser, ni la répudier à la vue de tous. L’ange est accouru à point, une réponse divine est survenue au bon moment, car si le jugement humain se trouve en défaut, la Justice, elle, ne défaille pas. Et que dit l’ange ? Joseph, fils de David, ne crains pas. Que pouvait-il craindre celui qui n’avait rien fait ? Il craignait, car même s’il n’avait aucun acte à se reprocher, la situation lui inspirait une peur extrême. Tout ce qu’elle ne peut pas comprendre inspire de la crainte à une âme sainte. Garde-toi donc, o homme, de critiquer l’enfantement de notre mère, quand suffit la réponse de l’ange : Ne crains pas de recevoir Marie pour ton épouse, car ce qui est né d’elle est du Saint Esprit. Elle a enfanté dans la joie celle qui, au fur et à mesure qu’elle enfantait, a conquis la couronne et la gloire de la virginité. Celui qui nous est né aujourd’hui tendait toujours les filets dans la mer. Que personne ne s’étonne donc si Pierre jubile d’avoir un collègue pêcheur. Priez donc, mes frères, pour qu’il mérite de pêcher des hommes celui qui a jusqu’ici attrapé des poissons, pour pourvoir à la vie des hommes. ---------------------------------

Note : Ce texte est un peu difficile à comprendre. Voici quelques explications qui pourront aider. Saint Pierre Chrysologue sacre Marcellin évêque à Ravenne. C’est la première fois qu’un évêque de Ravenne consacrait un évêque. C’est donc une première naissance et un premier nouveau-né. Il le fait le jour de Noël, ce qui lui permet de comparer les deux évènements par touches allusives.

A la fin du règne de son prédécesseur, l’évêque de Ravenne avait été nommé métropolitain par le Pape et l’empereur; ses nouveaux évêques suffragants relevaient auparavant de l’archevêque de Milan.

Mais quand il a voulu exercer ce droit, il a fait face à l’opposition de certains évêques, car tous les évêques situés sur la voie Emilienne, relevaient dorénavant de lui. Il lui a fallu plusieurs démarches pour faire prévaloir son droit. Ce fut un enfantement douloureux. Le seigneur de l’univers, lui, a obéi à l’Empereur , et il s’est déplacé pour aller naître à Bethléem. Mais le serviteur (l’évêque Marcellin) ne voulait pas obéir à l’empereur chrétien et parcourir la voie émilienne pour se rendre jusqu’à Ravenne, alors que la Voie est née sur la voie .

Quand saint Joseph était dans une angoisse extrême, il a obéi a l’ange, alors que Marcellin n’obéit qu’à contre cœur au Pape qui lui dit comme l’ange : ne crains pas ! « Garde-toi donc, o homme, de critiquer l’enfantement de notre mère ! » etc…etc…etc…

Marcellin était un laïque qui exerçait un métier pour vivre.

176ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(explication mystique de la guérison d’un aveugle)

A toutes les fois que Dieu guérit les infirmités et les maladies désespérées des corps humains, Il manifeste la puissance de Sa déité. Mais quand, pour une seule et même infirmité, Il modifie Sa façon de guérir, Il nous invite à investiguer avec soin les raisons pour lesquelles Il agit ainsi. Car, par une seule parole, Il a restitué la vue à l’aveugle assis sur le bord du chemin. Mais à celui qui était aveugle depuis sa naissance, qui était né non de la lumière mais des ténèbres, à qui la nature avait envié la vue, et donc les yeux avaient été scellés et déniés par celle-là même qui les prépare et les ouvre, Il mit de la boue, et en fit un cataplasme. Il lui fit, Il lui procura des yeux, Il ne les guérit pas. Pour que Celui qui avait fait l’homme au complet accorde à l’homme la lumière avec une main médicale. Mais cet aveugle dont l’évangéliste Marc nous rapporte la guérison, est guéri d’une façon si nouvelle qu’il oblige tout le monde à se demander pourquoi la cécité rébarbative ose imposer un retard à l’Auteur, par la volonté, le regard, la parole Duquel les infirmités périssent, les santés se revigorent, la vie commence, la mort finit, tout demeure ou se dissipe. Jésus vint à Bethsaïde, et on lui amena un aveugle. Et on lui demandait de le toucher. Et prenant l’aveugle par la main, il le mena dehors, à l’extérieur de la propriété. Comme s’Il ne pouvait pas le guérir dans le lieu où Il était; comme s’Il avait besoin de l’ambiance d’un lieu Celui qui a donné la vue à tout ce qui vit. La voilà la Bethsaïde dont le Seigneur a réprouvé l’infidélité en disant : Malheur à toi Chorozaim, malheur à toi Bethsaïde, car si les miracles qui ont été faits chez vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, ils auraient fait pénitence dans le cilice et la cendre ! Donc, après l’avoir pris par la main, Il le fait sortir de la maison de l’infidélité; Il l’arrache à la demeure de la perfidie, pour lui donner la foi avant de lui donner des yeux; pour rendre la santé à l’esprit avant de la rendre au corps; pour lui accorder la capacité de se guider lui-même dans les choses humaines, avant de lui donner le signe de la divine vertu. On demandait au Christ de le toucher. Or, le Christ qui ne sait pas ce que c’est que le dégoût du pauvre, qui sait aimer le pauvre, le prend par la main; et Dieu se comporte aux yeux de tous comme le serviteur de la débilité humaine, pour que l’homme n’ait pas horreur de l’homme, pour que celui qui voit voie celui qui ne voit pas, et qu’en le conduisant par la main, il lui fasse oublier la perte de la lumière. Pour que l’homme ne dise pas : Ma main n’a rien à donner au pauvre. Qu’il donne sa main elle-même au pauvre, et il aura donné davantage que s il avait donné de l’argent. En le guidant sur le chemin, il lui aura donné beaucoup plus que s’il lui avait donné une croute de pain.

Et il l’amena dehors à l’extérieur de la propriété, et il cracha dans ses yeux. Par Son crachat, le Seigneur remplit les cavités vides de ses yeux, Sa bouche divine donne une salive productrice de lumière, pour qu’une goutte de la sainte rosée baptise les yeux du pécheur; pour que le pardon ouvre ce qu’avait fermé la faute. Que personne ne doute donc que l’ondée divine ne puisse reverdir les membres mortels rabougris, quand il voit des yeux d’aveugles desséchés subitement rendus à la lumière par une petite goutte de la salive du Seigneur. Ils se lèveront les morts, dit Isaïe, et ressusciteront ceux qui sont dans les monuments, et ils se réjouiront ceux qui sont sur la terre. Comment ? Car la rosée qui est de toi est santé pour eux. Ce que la pluie est à la semence, l’ondée du Seigneur l’est pour ceux qui sont en attente de résurrection. Et il lui imposa la main. . En faisant l’homme, en le réparant, et en le façonnant, les mains curatrices du Seigneur sont toujours présentes aux hommes. Tes mains m’ont fait et formé, Et il lui demanda s’il voyait quelque chose. Il interroge en tant qu’homme, Il agit en tant que Dieu. Celui qui sonde les abymes, qui pénètre les secrets des cœurs, à qui est à découvert tout ce qui est caché aux autres, chercherait à voir dans Son œuvre, avec Ses yeux, peinerait pour voir, connaîtrait d’après le rapport d’autrui ? Loin de nous cette pensée ! Mais Il interroge pour que ceux qui sont présents sachent, pour que ceux qui viendront après connaissent que la cure de cette cécité n’est pas simple, mais a une valeur mystique. A l’interrogation du Seigneur, celui qui est guéri répond que ce n’est pas encore la lumière qui lui est donnée, mais une aurore, une lumière naissante. Je vois des hommes comme des arbres ambulants. Aux yeux imparfaits, les formes sont disproporrtionnées, les lignes sont floues, les apparences sont trompeuses. Ils ne jouissent pas encore de la vision, mais n’en ont que l’ombre. Et pourquoi les hommes ressemblent-ils à des arbres et non à des colonnes ou à toute autre chose ? Et pourquoi ne sont-ils pas immobiles au lieu d’être en marche ?

Parce qu’après la cure du Christ, il a vu que les hommes, comme les arbres, ne faisaient que passer dans ce monde, qu’ils n’y étaient pas à demeure. Celui que le Christ avait guéri a vu que l’implantation de la race humaine dans cette vie était temporaire. La cure de Jésus doit donc être réitérée pour que les yeux devenus parfaits voient les choses futures qui sont certaines, stables et éternelles. Il posa de nouveau la main sur ses yeux et il commença à voir, et la vue lui fut entièrement restituée, de sorte qu’il voyait complètement tout. Et il l’envoya dans sa maison en lui disant : Va dans ta maison, et su tu entres dans un village, ne le dis à personne.

Que s’ouvre la compréhension spirituelle du texte, pour que nous sachions qui est cet aveugle, pourquoi il n’est pas venu spontanément, mais est amené par d’autres; pourquoi il est conduit par la main du Christ et est dirigé à l’extérieur de la propriété, pourquoi il reçoit la vue ailleurs, celui qui avait, auprès des siens, subi une longue privation de lui-même. Mes frères, cet aveugle est le Juif qui, étant dans la Synagogue, i.e., dans la maison de la perfidie, et dans une propriété, i.e. dans l’assemblée des méchants, était retenu par la cécité de l’ignorance, et était assis, opprimé. Voilà pourquoi il ne venait pas au Christ.

C’est le Christ qui est venu vers lui et l’a pris par la main, pour qu’il attribue sa guérison au don de Celui qui l’a appelé, et ne se glorifie pas de l’avoir reçu de la loi ou de son libre arbitre. Il l’a amené à l’extérieur pour que celui qui, sous le voile de la loi, ne voyait rien, voie dans l’église la lumière de la foi, par la liberté de la grâce. Le Christ lui impose une première fois la main pour qu’il voie passer l’ombre de la loi; pour qu’il voie les prêtres, les scribes et les pharisiens et toute la figure de l’observance judaïque passer comme des arbres, qui dans le temps et avec le temps vieillissent, naissent, verdissent, fleurissent, fructifient, périssent et disparaissent. Il lui impose la main de nouveau pour qu’en ressuscitant, il ne voit pas les choses obsolètes mais éternelles, et voie ce qui se rapporte à la divine lumière, à l’honneur et à la gloire. Comme ce grand Paul, qui était l’un d’entre eux, qui est tombé à l’extérieur de la ville et sur la route pour resurgir chrétien, et pour que celui qui est aveugle dans la loi voie dans la grâce, comme il l’affirme lui-même : Nous voyons maintenant comme dans un miroir et en énigme . Mais alors, nous verrons face à face. Alors, c’est-à-dire quand ce qui a été enseveli dans la mort surgira dans la vie, et quand ce qui a été semé dans le mépris surgira dans la gloire.

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