Sermons (page 6)

Pierre Chrysologue · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Sermons 1 à 176 · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

130ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(pour la consécration d’un évêque)

La longue attente d’une grande promesse accable l’âme, fatigue l’esprit.

Mais la réalisation de la promesse si longtemps désirée suscite l’enthousiasme, et émeut jusqu’au tréfonds. Voilà pourquoi aujourd’hui notre sainte mère l’église, selon la parle d’Isaïe, est en liesse , et processionne avec joie et pompe. Elle a revêtu sa tunique de jubilation, et, comme une épouse, elle a placé sur sa tête une mitre. Elle s’est décorée de toutes sortes d’ornements, pour que le ciel scintille des lumières des étoiles, et que les fleurs apportent le printemps à la terre; pour que les bourgeons éclosent, et que la joie éclate aux yeux de tous ses fils.

Car, selon la promesse faite à David, aujourd’hui, à la place du père, lui est né un fils. Il ne l’accablera pas de son poids, ne la rebutera pas par son autorité. Il ne la troublera pas par ses emportements, ne l’exaspérera pas par son caractère acariâtre, mais la soutiendra, en se consacrant fidèlement à son service. Qu’il l’entoure continuellement d’un soin vigilant, qu’il lui procure ce qui est nécessaire par un travail plein de sollicitude. Qu’il traite ses domestiques avec gentillesse, qu’il obéisse aux rois, qu’il collabore avec les autorités en place, qu’il donne aux vieux le respect, la gentillesse aux enfants, l’amour aux frères.

Qu’il soit affectueux avec les petits, et qu’il se mette volontairement pour le Christ au service de tous.

David a dit : écoute, fille et vois. Moi je dirai : Qu’ils soient des sages par la prudence, des pères par le sérieux, des fils par la charité, des jeunes par la vertu, des fils par la douceur, des enfants par l’innocence, des petits par l’absence de malice. Qu’ils soient ce qui ne connaît pas le monde. Possédant toute la présence du royaume de Dieu, comme le Seigneur l’atteste en disant : Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume de Dieu est à ceux qui sont semblables à eux.

C’est cette sorte de gens qu’engendre le lien de la virginité perpétuelle, l’union dans une vie céleste qui ne connaît pas le sexe, mais qui est consciente d’avoir conçu, qui a la connaissance de son enfantement; qui ignore la corruption, qui conserve intacte la pudeur, qui scelle l’intégrité, qui est chaste dans ses enfants, mais d’une grande fécondité. Cette mère si pieuse, en célébrant aujourd’hui la fête du jour anniversaire d’un de ses enfants, dilate son cœur, étend ses bras, projette sa voix, chante des hymnes sacrés, pour appeler tout le monde, pour accueillir tout le monde, pour les contenir tous dans le sein de sa charité, dans une joie réciproque.

Elle est elle-même présente la mère de l’empire chrétien fidèle et perennel. qui en suivant et en imitant la bienheureuse église, dans la foi, les œuvres de miséricorde, et la sainteté en l’honneur de la Trinité, a mérité de procréer, d’embrasser et de posséder l’auguste Trinité. C’est ainsi que la Trinité récompense les âmes ferventes embrasées de Son amour. Celle-là a mérité de s’honorer elle-même, de se réjouir de s’être fait, par la grâce de Dieu, une religion tout à fait similaire. Elle a mérité que la dignité de mère se communique à ses descendants par sa maternité. Priez, mes frères, pour que la prière instante des prêtres recommande à Dieu, pour une grâce semblable, les rois chrétiens qui daignent prendre part à nos joies avec une pieuse dévotion et se rendent présents à nos solennités.

131ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(La foi)

Nous avons souvent dit que les yeux du corps ne peuvent pas voir Dieu, que le cerveau humain ne peut pas contenir la divinité, que la raison humaine ne peut pas appréhender le Créateur des êtres. C’est la foi seule qui atteint Dieu; c’est la croyance qui comprend qu’Il est, non ce qu’Il est. Mais son humanité, elle est perceptible par tous. C’est pourquoi Moïse qui de serviteur avait été promu ami, d’homme, fils de Dieu, a cherché à voir la face de Dieu, mais ne l’a pas trouvée. Il l’a demandé à Dieu, mais ne l’a pas obtenu. Il n’avait reçu l’autorisation que de regarder Dieu par derrière, puisque l’homme ne cherche qu’à suivre Dieu, non à le précéder.

Qu’il ne présume donc pas de rechercher ce qui est devant Dieu. Mais qu’il reconnaisse, en adorant, que tout a été fait par Dieu. Dieu ne démontre souvent aux hommes que la forme de l’homme, et renferme Son immense grandeur sous l’aspect d’une action humaine passagère, pour que l’infirmité de notre œil puisse voir, pour que notre regard limité puisse saisir la forme divine dans les choses présentes.

C’est pour cette raison que Dieu est venu chez Abraham dans une forme humaine. Il est apparu sous l’apparence d’un hôte, et a reçu de l’eau sur ses pieds, pour la mort (?) du voyageur fatigué. Mais, invité à table, on calme Sa faim en lui servant du veau et du pain. Et ainsi Il a cru devoir s’en remettre aux bons soins d’un humain, pour qu’au toucher et à la vue, Il apparaisse en tout conforme à un être humain. Et cela est arrivé au temps où le vrai Dieu s’apprêtait à donner une descendance à l’extrême stérilité, en ouvrant les entrailles d’une vieillesse désespérée. De la même façon, Jacob est accouru au-devant d’un voyageur pour l’inviter à table, et se présente à la fraternité humaine comme un compagnon, pour qu’à l’incitation de l’homme Dieu s’engage totalement dans la bataille. Mais il semble vaincre par les nerfs et les muscles, quand c’est le Vainqueur Qui donne les dons célestes, Qui octroie les présents divins. De la même façon, Isaïe a contemplé Dieu sur son trône, revêtu d’ un habit royal, pour qu’il comprenne qu’à moins que ce soit Dieu qui fasse régner les rois, ils ne peuvent régner en rien, puisqu’ils ne sont que des hommes. De la même façon, Daniel a vu Dieu le Père assis sur un trône de feu pour juger. Il avait des cheveux blancs, était respectable par l’ancienneté, terrible pas son antiquité. Il a vu aussi le Fils de Dieu qui venait sur les nuages du ciel sous la forme d’un homme, pour qu’il comprenne qu’Il a été toujours connu des fidèles Celui qui été méconnu par les Juifs perfides.

Si Dieu s’est si souvent manifesté aux hommes dans une forme humaine, pourquoi le Juif est-il maintenant si exaspéré en voyant le Christ dans un homme ? A moins qu’il impute à injure la figure, la vérité, l’honneur de la nature humaine.

L’évangile d’aujourd’hui rapporte que le Christ a dit : Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra pas la mort éternellement. A quoi les Juifs ont répondu : Nous connaissons maintenant que tu as un démon. Abraham, notre père, est mort, et les prophètes. Et toi tu dis : si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera pas la mort éternellement. Es-tu plus grand que notre Père Abraham ? Pour qui te prends-tu ? Comme la perfidie s’empare de tous ! Comme la jalousie ferme les yeux ! Comme les préjugés de la malice troublent le jugement de la conscience! O comme l’obstination ampute sévèrement la raison !

Le sens humain pervers ne peut pas entendre ce qu’il a décidé une fois pour toutes de haïr. La bonté est odieuse aux mauvais; la justice est hostile aux injustes. Voilà pourquoi les hommes menteurs ne peuvent pas connaître la vérité. L’âme qui juge ne peut pas trouver le vrai parmi les faussetés à la mode. Celui qui a décidé de se tromper entend toujours ce qu’il veut, non ce qui est. Jésus avait dit : Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra pas la mort éternellement. Le Juif ne discute pas ce qu’il a entendu; il ne demande pas qu’on lui interprète le sens de ces paroles. Croyant la chose impossible, il n’exige pas qu’Il démontre ce qu’Il a promis. Mais son esprit conçoit immédiatement et enfante le blasphème. Il lance des invectives. Et il s’efforce d’évacuer l’autorité de l’Orateur par des outrages, pour qu’on ne croie pas qu’Il puisse donner la vie éternelle aux mortels, Celui qui semble soumis aux nécessités de la nature humaine. Maintenant, nous savons que tu as un démon. Le démon, auteur du mal, promet les maux non les biens. Son habitude n’est pas de vivifier, mais de tuer. Il ne veut pas non plus que les hommes soient éternels, et ne leur permet même pas d’exister pour un temps. Le Christ n’est donc pas le démon mais Dieu, Qui redonne la vie qu’Il avait donnée, et Qui, par sa parole, rend les hommes éternels, ceux-là mêmes que le diable avait faits temporels par la force de sa persuasion. Abraham est mort et les prophètes. Et toi tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra pas la mort éternellement. Que le fidèle entende, pour que la révélation de la foi lui fasse comprendre que l’infidèle ne sait pas écouter; qu’il ne peut pas voir celui qui s’immerge dans l’obscurité de l’incrédulité.

Le Christ a dit : Il ne verra pas la mort. Ton entêtement, Juif, cherche à le prendre en défaut.

Abraham et les Prophètes, après avoir entendu la parole, l’on gardée avec ténacité. Ils sont quand même morts, mais pas pour l’éternité.

Donc quand Il dit : Il ne verra pas la mort, et ajoute éternellement, Il promet la résurrection, mais ne nie pas qu’ils mourront pour un temps. Juif, nous que, dans le siècle présent, la mort faisait ne plus être, la résurrection, dans le futur, nous refera éternels.

Ecoute-Le développer sa pensée. Tous ceux qui croient ne mourront pas, mais passeront de la mort à la vie. Comment peut-on dire qu’ils ne mourront pas, s’ils passent de la mort à la vie ? Il meurt, oui, il meurt tout homme qui naît de cette condition mortelle. Mais ils vivent et ils vivent éternellement tous ceux qui sont re-nés de la génération vitale.

Mais je demande : Celui qui pouvait enlever la mort, pourquoi a-t-Il voulu que l’homme passe par la mort ? On est plus redevable à un médecin qui prévoit les maladies, qu’à celui qui prescrit des médicaments tardivement et non sans douleur. Juif, Christ le Médecin aurait fait même cela, si le malade n’avait pas été ingrat envers le Médecin. Il avait donné la vie, et avait prédit à l’homme que la mort viendrait. Mais celui qui n’avait pas pu se garder de l’adversité n’a pas su conserver la prospérité. Connaître que les biens sont des biens, nous ne le pouvons sans faire la connaissance du mal. Le Christ sera donc magnifié Lui qui avait d’abord donné une vie à vivre, et rend maintenant la vie perdue.

Connaissant davantage la valeur de la vie, l’homme sera plus vigilant, et plus reconnaissant envers son Auteur.

Es-tu plus grand que notre père Abraham ? Définitivement plus grand, et d’autant plus grand que le Maître est plus grand que le serviteur, Dieu plus que l’homme, le Créateur que la créature, le Vivifiant que le mort, le Ressuscitant que le ressuscité. Jésus répondit : Abraham a tressailli à la pensée de voir mon jour. Il l’a vu et s’est réjoui. Pour leur indiquer qu’Abraham était vivant, le Christ leur a dit qu’il avait vu Son jour, i.e. le jour de Sa naissance. Le Fabricateur des jours n’est pas contenu par les jours, l’Auteur du temps ignore le temps. Mais le Christ est né homme pour l’homme, a été mesuré par le jour, et est entré dans le temps. Abraham a tressailli à la pensée de voir mon jour. Si Moïse et Elie sont accourus sur la montagne pour voir le Christ promis, comment Abraham ne serait-il pas accouru à l’enfantement de la Vierge, pour contempler, dans sa semence, la bénédiction promise aux Gentils qu’il avait attendue avec tant de patience ? En vérité, en vérité je vous dis que, avant Abraham, JE SUIS. Si tout a été fait par lui et si sans lui rien n’a été fait. Voici Celui à qui le Père a dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. Comme la substance de l’ange et de Dieu sont différentes, ainsi en est-il de leur image. Ce n’est donc qu’au Fils que le Père parle quand Il dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. La substance et l’image du Père et du Fils sont identiques.

Ils prirent des pierres pour les lui lancer. Et les constructeurs de la tour, pour qu’elle s’écroule de plus haut, avaient ramassé eux-mêmes les pierres. Et ces pierres les misérables les saisirent non pour tuer Dieu mais pour se procurer de quoi se tuer. Jésus se cacha. Non pour se dérober , mais pour pardonner. Quand Dieu se sauve des pécheurs, Il les épargne. Quand Dieu se retire, c’est qu’il ne veut pas perdre le rebelle.

132ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(de l’unité des chrétiens)

Si la nature n’avait engendré et produit que des choses parfaites et solides, sans aucune déficience, la miséricorde aurait été abolie du coup, l’ingéniosité n’aurait pas eu où s’exercer, la recherche scientifique périrait, l’or demeurerait enfoui sous la terre, le diamant se cacherait encore dans la roche. Le savoir-faire des artisans a prospecté et détecté l’un et l’autre, les a épurés et raffinés. C’est le même art qui aboutit à la beauté et à la grâce d’un petit collier de perles. Et ce que la terre produit de la large fontaine de la nature a la rugosité des ronces, ou la luxuriance sauvage de la forêt, si le travail industrieux du cultivateur ne la plie pas à ses besoins.

Et pour ne pas digresser plus longtemps, appuyons notre dire sur un exemple familier. L’enfant, dans un berceau, est déjà un homme; mais il l’est à l’état latent. Le corps y est et n’y est pas. On voit des membres qui ne sont pas encore ceux de l’homme fait. Ils bougent, mais sont sans vigueur L’enfant attire la pitié, suscite de grands dévouements, stimule l’ingéniosité. Et, pour le dire en une formule lapidaire, autant il y a de membres, autant il y de sciences et d’arts qui perfectionnent et forment l’homme. Que dire de plus ? Tout ce que la nature génère et produit la pitié l’entretient, l’industrie le développe, et l’art le pare.

Et qu’y a-t-il là d’étonnant, mes frères, si Dieu, Qui a voulu souffrir pour l’homme, a désiré , pour honorer l’ingéniosité de l’homme, que Sa nature elle-même soit comme affaiblie dans les choses présentes!

Voilà pourquoi le sens est caché dans la lettre, et le mystère divin dans la parole humaine. Pour que les choses futures, qui sont déjà accessibles aux croyants, demeurent obscures aux perfides et aux incroyants, comme si la punition des incroyants devait rejaillir sur la gloire des fidèles. Non, ce n’est pas un petit tourment de ne pas percevoir ce que l’on voit, de ne pas comprendre ce que l’on entend, de rejeter ce qui est salutaire comme on rejette le nuisible, de se garder des vertus comme on se garde des vices, au dire du Seigneur Lui-même : Je parle en paraboles pour que, en voyant, ils ne voient pas, et en entendant, ils n’entendent pas. Et aux fidèles : A vous, il a été donné de connaître le mystère de Dieu.

Que personne donc, mes frères, dans sa simplicité, n’aille penser qu’un sermon évangélique est quelque chose de banal ou de vil, surtout depuis que la trompette éclatante de la lecture évangélique a prédit ceci pour ceux qui demandent de bonnes choses et qui désirent avec piété : Si parmi vous, deux se mettent d’accord sur cette terre, mon Père leur accordera tout ce qu’ils demanderont. Vous voyez quel pouvoir possède une sainte demande faite dans l’union ces cœurs et des pensées ? Le Christ ne s’est pas engagé à donner ceci ou cela, mais tout ce que demanderait une seule et même prière, quand il a dit : Tout ce qu’ils demanderont mon Père le leur donnera. Avec cette réserve, qu’exigent la prudence et le respect, qu’on ne demande à Dieu que ce qui est digne de Dieu. Celui qui demande à Dieu des choses mauvaises, juge et professe que Dieu est l’Auteur du mal. Et celui qui demande des choses indignes et viles n’est qu’un suppliant dégénéré qui ignore la toute-puissance du Donneur. Ne demandons pas des choses impies, mais pieuses; non les terrestres mais les célestes; non les plaisirs illicites, mais tout ce qu’admet la vertu; non ce qui fomente la haine, mais ce qui mène à la concorde. Voilà les choses qu’il faut toujours demander au Pourvoyeur.

Où sont ceux qui sont assez téméraires pour croire qu’il est possible de mépriser le rassemblement de l’église, et qui osent faire passer les prières solitaires avant celles de la vénérable congrégation, s’il est vrai que le Christ a promis que si deux ou trois se mettaient d’accord pour demander la même chose, Il serait au milieu d’eux, et exaucerait tout ce qu’ils demanderaient ? Celui qui ne refuse rien à si peu de personnes, que refusera-t-Il à toute une assemblée de saints demandant tous la même chose ? Le Prophète priant de cette façon se glorifiait d’avoir tout obtenu, en disant : Je te confesse, Seigneur, de tout mon cœur, dans le conseil des justes, et dans la congrégation. Il exprime de tout son cœur sa foi dans ce qu’on lui a dit, que lui sera accordé tout ce qu’il demandera dans le conseil des saints.

Mais quelques-uns, sous couleur de foi, cherchent à excuser l’apathie de leur mépris. Ils s’imaginent qu’après avoir négligé la ferveur du vénérable rassemblement de la congrégation, ils pourront consacrer à la prière individuelle le temps qu’ils donnaient aux travaux domestiques. Asservis à leurs désirs personnels, à leur volonté propre, ils n’ont que du mépris et du dédain pour ce qui a été divinement institué.

Voilà ceux qui déchirent le corps du Christ, et qui en dispersent les membres. Ils ne permettent pas que le corps du Christ parvienne à la plénitude de son développement et de sa beauté. Beauté que le Prophète a vue en esprit : Il est plus beau que tous les fils d’homme. Tous les membres ont respectivement leur fonction propre, mais ils ne peuvent remplir leur rôle qu’en restant unis entre eux, pour pouvoir parvenir à la perfection et à la beauté d’un corps.

Voilà donc la différence qu’il y a entre la plénitude glorieuse de la congrégation et la vanité de la séparation, que la négligence ou l’ignorance sollicitent. C’est dans l’unité des membres que se trouvent le salut, l’honneur et la beauté d’un corps intègre; dans la séparation se trouve la corruption fétide, mortelle et horrible des viscères. Qu’est-ce que ton corps t’a enseigné ? Que t’ont enseigné d’autre cette union dans la diversité et cette diversité dans l’union, sinon que tu dois vivre en étant un à partir de plusieurs, et un en plusieurs ?

L’œil a un rôle précieux à jouer pour maintenir en santé tous les membres, mais seulement s’il reste dans le corps. Autrement, s’il fait scission , il ne recevra plus rien du corps. . Tous les membres dépendent de lui pour participer à la lumière, mais l’œil lui-même se rend compte qu’il doit au corps d’être pour lui lumière S’il est arraché du corps, il ne voit plus celui qui assiste tous les membres dans leurs fonctions respectives. Quiconque s’estimait être quelqu’un, après avoir été instruit par ces exemples, qu’il demeure dans l’église pour être quelqu’un.

Autrement, quand il s’en écarte, il perd bientôt ce qui lui était propre.

Celui qui veut en savoir un peu plus long là-dessus, qu’il parcoure ce que l’apôtre a enseigné au sujet du corps du Christ, car la brièveté de nos sermons qui nous est coutumière ne nous permet pas de le commenter au complet. La loi n’est pas donnée à une seule personne, mais à tous. Le Christ est venu vers tous et pour tous, non vers une seule personne ou pour une seule personne. Pour réunir tous en un, dans un seul bien, dans uns seule joie. Le prophète l’avait connu à l’avance qui s’exclamait : O comme il est bon, o comme il est agréable d’habiter ensemble comme des frères. Car ce n’est pas la singularité qui est agréable à Dieu, mais l’unité. C’est sur les apôtres rassemblés en un que l’Esprit Saint a été répandu avec toute l’abondance de Sa fontaine . Ils avaient été avertis par un ordre du Maître d’avoir à travailler ensemble au royaume.

Mes frères, il perd les dons célestes, il abuse du don libéral de la grâce, il fraude les biens de la charité, la bénédiction de l’unité ne restera pas en celui qui est malfaisant envers lui-même, qui se contente stupidement de ses déficiences, qui cherche la vie en marge de l’église, alors qu’elle n’existe qu’en elle, au témoignage du prophète : Qu’il est bon et qu’il est agréable d’habiter ensemble comme des frères. Car c’est là que Dieu a remis la bénédiction et la vie jusque dans les siècles des siècles.

133ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(Saint André)

C’est avec raison que nous croyons que saint André est né aujourd’hui, non parce qu’il est sorti en ce jour du saint maternel pour vivre sur la terre, mais parce que, conçu par la foi et né du martyre, il a été engendré, nous le savons, pour la gloire céleste. Il n’est pas né quand le berceau maternel l’a reçu vagissant, mais quand les mystères célestes l’on reçu triomphant. Non quand il extrayait du sein maternel la débile nourriture du lait, mais quand le soldat impavide répandait pour son Roi le sang de son courage. Il vit, parce que, comme un combattant de la milice céleste, il a tué la mort. En suant et en haletant, il suit son Sauveur condamné à mort, et d’un pas courageux, il s’impose de marcher sur les traces de son Seigneur, pour que le parcours ne le rende pas dissemblable du frère que la nature a fait semblable à lui, la vocation un compagnon, que la grâce elle-même avait apparenté. A une seule parole du Seigneur , comme son frère Pierre, il a laissé son père, sa patrie et ses biens. Avec la grâce de Dieu, il s’est adonné aux mêmes travaux, opprobres, voyages, mépris, veilles, dans une union fraternelle indéfectible. Il est le seul au temps de la passion à avoir fui, mais le fait d’avoir fui ne le rend pas pour autant inférieur. Si le reniement est considéré comme une faute, fuir n’est certainement pas plus grave que renier. Mais, taisons le reste. Il a égalé son frère par le pardon reçu, puisque les deux avaient été disqualifiés par la faute. Et la ferveur subséquente de son martyre a fortifié les généreux que sa crainte antécédente avait ébranlés.

Car la croix que les deux frères avaient d’abord fuie, ils la prirent, par la suite, d’assaut de toutes leurs forces, pour que ce qui leur avait fait commettre une faute les propulse dans le ciel, et leur fasse obtenir la récompense et la couronne. Pierre est monté sur la croix, André sur l’arbre, pour que ceux qui mettaient leur joie à souffrir pour le Christ expérimentent en eux-mêmes la forme et la figure de la passion elle-même. Et rachetés par le bois, ils ont été portés à la perfection en vue de la production de branches. Ainsi notre André, après avoir répondu à l’appel, ne s’est abstenu ni du travail, ni de la récompense. 134ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

Sainte Félicité

(Le titre du sermon latin est Sainte Félicité, mais il ne dit pas un mot sur elle. Il ne parle que de l’église. Le titre le plus approprié semblerait être : l’église.)

Parce qu’ils sont variés et nombreux les triomphes des martyrs que la cruauté toujours déçue du persécuteur a accumulés, le temps ne nous permet pas de les énumérer.

Tout l’éloge de notre sermon s’envole vers celle qui a mérité d’avoir autant de fils que le monde a de jours. Elle est la vraie mère des lumières, la source des jours, qui resplendit, sur toute la terre, des sept couleurs éclatantes de son diamant. Bienheureuse est-elle non seulement parce qu’elle souffre pour la loi, mais parce qu’elle a mérité d’engendrer les sept lumières de la loi . Je ne parle pas des sept lumières qui ont illustré le mystère d’un tabernacle unique et temporel, mais de celles qui, comme un encens sacré, irisent l’Eglise éternelle.

Bienheureuse est-elle d’avoir mérité de remporter autant de trophées de vertus que l’arche contenait de volumes sacrés de préceptes, pour que ce que l’arche enseignait par la parole, la sainte mère l’enseigne par l’exemple. Mes frères, elle a engendré des martyrs quand l’enfantement les a consacrés par le chiffre symbolique sept. Que saint Paul vienne là, lui qui continue à enfanter jusqu’â ce que soit formé le Christ dans l’homme ! Voici que la femme enfante sans cesse jusqu’à ce que la faiblesse soit changée en force, jusqu’à ce que la chair se sublime en esprit, jusqu’à ce que la terre soit transférée dans le ciel. Elle palpitait et haletait pour pouvoir enfanter un jour ces saints martyrs, qu’au cours des années elle avait engendrés petits.

Voici la femme, voici la mère, que la vie de ses fils avait rendue anxieuse, mais que leur mort avait sécurisée. Bienheureuse est celle pour qui dans la gloire future trônent tant de candélabres, tant de diamants ! Bienheureuse d’en avoir envoyé un si grand nombre au royaume ! Bienheureuse de n’avoir rien perdu dans le siècle de ce qui lui appartenait ! Elle se déplaçait avec plus de joie entre les cadavres transpercés, qu’entre les chers berceaux de ses fils. Parce qu’avec les yeux de l’âme elle voyait autant de trophées que de plaies, autant de récompenses que de tourments, autant de couronnes que de victimes. Que dire de plus, mes frères ?

Non, ce n’est pas une vraie mère celle qui ne sait pas aimer ses fils ainsi.

135ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(Saint Laurent) Le jour d’aujourd’hui est illustré par la couronne baptismale du martyre de saint Laurent. Il n’y a pas un endroit de l’empire romain qui ne connaisse les mérites de cet illustre martyr. Il a souffert dans la capitale des Gentils, dans la ville de Rome elle-même. C’est là qu’il a exercé le ministère du diaconat; et dans la fleur de sa jeunesse, il a rougi de son sang la beauté de son jeune âge. Sa passion est tout à fait spéciale, et très remarquable. Avec l’aide de Dieu, je vais la raconter en peu de mots. Le bienheureux Sixte était alors l’évêque de cet archidiacre; et trois jours auparavant, il avait remporté le triomphe du martyre. Saint Laurent suivait son évêque Sixte qu’on amenait vers le martyre. Il était d’une foi inébranlable, mais il avait la mort dans l’âme. Non parce que son évêque souffrait, mais parce qu’il souffrait sans lui. Le vénérable vieillard regarda le vénérable jeune, et lui dit : « Ne sois pas triste, mon fils, dans trois jours, tu me suivras. » Après avoir absorbé la prophétie, il se sentit tout à fait prêt dans son cœur. Son esprit était comme ivre, et il se mit à attendre avec fermeté l’avenir que lui avait prédit celui qui savait. Il fut ensuite arrêté et amené. Et parce qu’il était archidiacre, on croyait que les richesses de l’église se trouvaient auprès de lui, que la rage du persécuteur convoitait plus que son avarice. Il n’avait que de la haine pour celui qu’il mettait à mort, mais il aimait les biens que le chrétien méprisait. Saint Laurent était pauvre de biens, riche en vertus. Il ne nia pas qu’il possédait les richesses de l’église , mais avant de les leur montrer, il demanda un délai de trois jours. Il ordonna ensuite qu’on rassemble les bandes de pauvres. Au jour dit, il se présenta à l’inspection de ses trésors, et comme pour faire montre de ce que l’on cherchait, il présenta ce qu’il possédait. Le persécuteur lui dit alors : « Où sont les biens de l’église ? » Sant Laurent étendit les mains vers les pauvres, et dit : « Les voici, les biens de l’église ». Il n’avait dit que la stricte vérité, mais c’était une pilule difficile à avaler. Pourquoi s’étonner si la vérité n’a fait qu’augmenter la haine ? Dépité qu’on se soit moqué de lui, le cruel tyran et l’ennemi avare qui avait peut-être envisagé une peine plus douce, comme la décapitation par l’épée, ordonna qu’on allume un brasier. Ce brasier réchauffait plus qu’il ne brûlait : il réchauffait le cœur, mais brûlait le corps. Le supplice était d’autant plus rigoureux que la flamme pénétrait à l’intérieur. Alors fut apporté, pour le martyre du noble Laurent, un gril qui servait à griller et à rôtir. On l’y enchaîna. Mais cet instrument de torture il le considérait comme un lit de repos. Si j’ai employé le mot torture, c’est selon le sens que lui donnait le tortionnaire, non selon la façon dont le vivait la victime. Il n’y a pas de supplice de damné qui ne soit pas la punition d’une faute. Le très heureux martyr, pour montrer dans quel repos il gisait sur ce fer igné, dit à ceux qui l’entouraient : « Tournez-moi de l’autre côté, et s’il y a une partie qui soit bien cuite, dévorez-la. » Nous admirons sa patience, admirons le don de Dieu. Ici, la foi non seulement n’a pas brûlé mais a consolé celui qui brûlait. Pourquoi la foi consolait-elle celui qui brûlait ? Parce qu’elle tenait un fidèle prometteur. Que la foi ne fléchisse pas, que l’espérance ne flanche pas , que la charité parmi les souffrances corporelles causées par le feu brûle davantage, ce sont des dons de Dieu. Mes frères, que personne ne s’arroge un pouvoir qu’il n’a pas reçu de Dieu. C’est avec raison que l’Apôtre, parlant des martyrs, dit ce que vous avez déjà entendu dans la lecture du jour : A vous il est donné par le Christ non seulement de croire en lui mais aussi de souffrir pour lui. Les mérites des martyrs nous les louerons et aimerons donc comme des dons de Dieu. Nous prierons et nous leur soumettrons nos volontés. Car la volonté suit, elle ne précède pas. Mais la charité ne manque pas là où ne fait pas défaut la volonté. La volonté ardente est appelé charité. Qui est-ce qui craint quand il veut ? Qui est-ce qui aime s’il ne veut rien? Que la prière soit fervente, et que soit célébrée la fête du martyr ! Mais imitons-le pour que la célébration ne soit pas inutile !

136ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(Saint Pierre Chrysologue présente à ses fidèles un évêque de passage, qu’il invite à prêcher).

La sainte âme de l’évêque Adelphe a ceci de propre, comme le veut sa réputation pleine de piété, qu’il entre dans la mansarde du pauvre, qu’il s’attable avec le pauvre, qu’il se met à la portée des miséreux, lui que distinguent pourtant entre tous la richesse, le pouvoir et la dignité. Parmi ses plus grandes vertus, il faut noter cette volonté qu’il a de ne faire aucun compte du faste attaché à sa position sociale, de mépriser la magnificence de son palais, de fouler aux pieds les insignes de sa puissance, de faire fi du sentiment qu’il a de sa réussite,-- qui est comme une tumeur qui s’empare des esprits humains,-- pour se pencher sur les besoins les plus vils du démuni, et pour ennoblir le pauvre par son intimité.

Elle est bienheureuses en vérité cette âme, et éloignée de toute maladie d’arrogance, elle qui est entrée dans l’hôtellerie des pauvres, de façon à avoir été un bienfaiteur de l’humanité avant d’en avoir été un débiteur. De toute évidence, il s’est appliqué de toute son âme à imiter Dieu, lui qui a pris soin des besoins du corps de l’homme, avant de lui présenter les biens surnaturels. Ce qu’a fait le pontife du Dieu suprême ici présent, Adelphe, nous le constatons de nos yeux. Il est riche par l’éloquence, savant et érudit, d’une grande intelligence, et occupe le premier rang. Et pourtant, il a désiré se faire l’auditeur de notre faible intelligence et de notre médiocre éloquence, à l’instar de ce prophète qui a désiré manger le dernier pain qui restait à une veuve, et qui, par sa faim, portait atteinte aux besoins des enfants de la veuve.. Par sa demande, il rendait un service d’un genre tout nouveau, car il apportait en demandant, et rassasiait en affamant; et en épuisant, il remplissait le grenier avec une largesse divine.

Et nous, mes petits fils, il ne nous a pas été pénible de donner ce que nous avions. Parce que même si, pendant un certain temps, nous avons senti quelque trouble de l’avoir fait, l’exemple biblique nous a soulagé et consolé.

Aussitôt, à la parole de cet homme de Dieu, l’exiguïté de notre esprit, comme la nourriture de la veuve, a bénéficié d’un accroissement céleste. A partit de ce moment, de la réserve de mon cœur, n’a plus fait défaut la nourriture vitale; la disette et la déficience ont été abolies. Bienheureuse veine d’eau qui s’enrichit en irriguant, et qui, en donnant sans mesure, devient un fleuve .

Le voici parmi nous, et une pluie céleste arrosera vos âmes sublimes.

Avec toute l’impétuosité d’un fleuve spirituel, il irriguera, en faisant irruption en elle, la cité de Dieu qui est en vous, pour que notre terre, mouillée par la divine rosée, produise, dans sa fertilité, du cent pour un. Ouvrez vos oreilles, dilatez vos cœurs, et élargissez votre capacité de compréhension., pour que tout ce qu’il puisera dans les trésors célestes pour le répandre sur vous, vous puissiez le posséder dans la gloire éternelle comme une propriété durable.

137ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(La prédication de saint Jean-Baptiste) Après qu’ait été épuisée la fécondité de la souche judaïque

que lui avaient donnée le soc de charrue de la loi et le joug du culte, le bienheureux Jean-Baptiste s’envola dans le désert des Gentils, pour brûler avec le feu les ronces spirituelles des crimes, couper les arbres stériles avec la hache de la pénitence.

Il voulait aplanir les collines escarpées de l’orgueil, ériger en égalisant les vallons de l’humilité, pour préparer toute la plaine de la terre, qui avait perdu la semence, en la soumettant, pour la fertiliser, à la crue du Jourdain. Et ainsi, il prépare une nouvelle diffusion de la semence évangélique, et voit à la rendre féconde.

Une parole de Dieu s’est fait entendre sur Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Le Verbe s’est fait chair, et a habité parmi nous.

Sur Jean. Pourquoi pas à Jean plutôt que sur Jean ? Parce que ce qui vient d’en haut est au-dessus de tout. Une parole de Dieu s’est fait entendre sur Jean. Parce que Jean est la voix, Dieu est le Verbe.

Une parole de Dieu s’est fait entendre sur Jean. Dieu est au-dessus de Jean, le Seigneur au-dessus du serviteur, le Verbe au-dessus de la voix. Mais tu me dis : que doit-on penser du fait que la voix précède la parole ?

Elle la précède , mais ne la surpasse pas. Elle vient avant, pour se mettre au service de ce qui suit, non comme un signe de puissance propre. La voix n’est pas elle-même le Juge, mais la messagère du Juge. Le verbe juge, et la voix fait entendre des coups de tonnerre préalables. Le pouvoir est possédé par celui qui donne des ordres, non par celui qui crie. Mais cela, la voix elle-même le reconnaît, l’atteste, l’affirme, le précurseur qui proclame : Celui qui est venu après moi est plus fort que moi. Pourquoi ? Parce qu’en moi est la terreur, en Lui le jugement. Il est venu dans toute la région du Jourdain. Il est venu au Jourdain parce qu’une cruche ne pouvait pas laver les souillures des Juifs. Il fallait le fleuve. Comme il est écrit : Il y avait des cruches en pierre pour la purification des Juifs.

Il est venu au Jourdain.

Pour porter secours aux Juifs avec de l’eau et non du vin. Il est venu dans toute la région du Jourdain prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés.

Il y avait auprès de Jean le pardon, mais non sans la pénitence. Il y avait une rémission, mais obtenue par l’ascèse.

Il y avait une cure, mais avec des blessures et des douleurs. C’était un baptême qui enlevait la faute sans purifier la conscience. Et que dire de plus ? Par le baptême de Jean l’homme était purifié en vue de la pénitence, mais il n’était pas élevé à la grâce.

Mais, pour dire le vrai, le baptême du Christ régénère et transforme l’homme. De vieux qu’il était il le rend jeune, pour qu’il ne se souvienne plus du passé, perde le souvenir des choses anciennes, lui qui, encore sur la terre, possède dans les cieux les choses célestes et divines. Voilà pourquoi au fils qui retourne après la luxure, le père rend la première robe d’immortalité, lui met au doigt l’anneau de la liberté, tue le veau gras, change les eaux de la pénitence en vin de la grâce, pour que dans le banquet de la grâce, il se rassasie avec la seule coupe de la grâce. Dans la mesure où la sobre ébriété du calice du Seigneur abolirait les douleurs de la conscience, les gémissements de la pénitence, les lamentations des pécheurs. Comme le dit le Prophète :

Et ton calice enivrant qu’il est illustre !

Autant l’ébriété terrestre est difforme, autant est belle et resplendissante l’ébriété céleste.

Il disait aux foules qui se rendaient à lui pour être baptisées : engeance de vipères ! Qui vous a montré à fuit la vengeance qui vient ! Faites donc de dignes fruits de pénitence, et ne passez pas votre temps à dire : Nous sommes les fils d’Abraham. Car je vous dis que Dieu est assez puissant pour, de ces pierres, susciter des fils à Abraham. La hache est déjà aux racines des arbres. Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé, et envoyé dans le feu. Engeance de vipères ! Il corrige par un exemple, réprimande par une comparaison, il révèle l’état des consciences par une figure, pour pouvoir extirper le germe vénéneux non seulement des mœurs, mais de la nature elle-même. Race de vipères ! Parce que ceux que Dieu avait créés hommes, qu’Il avait faits fils d’Abraham, la malice les a enfantés et convertis en vipères. Et ceux en qui le Créateur avait infusé la douceur de la piété céleste, l’impiété amère en a fait des vomissements infects, a infusé en eux un virus vénéneux. Et, présage inouï de cruauté, ils sont conçus de la mort du père, et engendrés de la mort de la mère. Race de vipères ! Rejetons ingrats envers la nature, dont la naissance est la ruine du père, dont la vie est la mort du parent ! Race de vipères ! Quand vient le temps de la reproduction, on rapporte que la vipère sépare en déchirant la tête de son conjoint qu’elle tient dans sa bouche, pour qu’un baiser cruel ne donne pas naissance à un fœtus mais à un crime, comme si elle enfantait des carnivores qui soient fils de son crime, selon l’ordre de la vengeance non de la nature. Car les productions du père conçues du meurtre, exigent la nourriture du sang avant celle du lait, et aspirent à la vengeance. On dit que les vipères fendent le ventre de leur mère, et fracassent avec leurs viscères immatures, le domicile sordide de leur conception, pour que ne pas voir leur mère, la mère qui les a engendrés tels, ce soit cela pour eux vivre. Mis sur la piste par saint Jean-Baptiste, nous avons montré la signification de l’image qu’il avait employée, pour qu’il apparaisse clairement que ce n’est pas la haine ou le préjugé qui a donné ce nom aux Juifs, mais la vérité. Race de vipères ! Il démontre que telle a été la synagogue et ses fils, vers qui le Christ est venu avec l’amour d’un époux, quand il dit : Celui qui a l’épouse est l’époux. Entre les embrassades et les baisers cruels de la Judée, la tête du Christ était recherchée et sa bouche était désirée quand ils disaient :

Crucifie-le, crucifie-le! C’est pourquoi les enfants conçus dans le sang sont bientôt armés pour tuer leur mère, pour qu’après l’éclatement de l’utérus de la Synagogue, ils courent ensemble à la voix de Jean, et soient régénérés en une descendance divine. Engeance de vipères, qui vous a montré à fuir la colère qui vient ?

Quelle est cette colère qui vient ? Celle qui n’a pas de fin, à laquelle l’homme n’échappe pas avec la mort, mais qu’il recueille. Elle ne permet plus l’espoir du pardon, à qui est envoyé une fois pour toutes à la peine du tartare. Après avoir été admonestés de cette façon, ils connaissaient leurs crimes, et de quelle sorte ils étaient, et c’est pourquoi ils répondirent en disant : Que ferons-nous pour être sauvés ? Et, répondant, il leur dit : Ce qu’il va dire, mes frères, je crains de le dire, de peur de voir aujourd’hui autant de révoltés que d’auditeurs, de peur qu’il fasse autant de contumaces que d’auditeurs. Que vais-je faire ? Je crains de parler, mais je ne peux pas me taire. La piété m’interdit une chose, et l’utilité me contraint à dire autre chose. La piété accourt pour que l’auditeur ne méprise pas ce qu’il entendra. L’utilité accourt de peur qu’il ne comprenne pas ce qu’il aura à faire, et qu’ainsi le docteur lui fasse tort. Je dis cela, mes frères, pour que celui qui est nu s’habille, et que moi, je me déshabille. Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n’en a pas. Est-ce que tu penses qu’il a suffisamment demandé celui qui demande une seule des deux tuniques ? Il n’a pas assez demandé, parce qu’il ne demande pas une perle, mais une tunique, pas de l’or mais du pain. Et celui qui n’a pas donné une de ses deux tuniques est coupable. Que dire de celui qui refuse une de ses nombreuses tuniques, qui les avait précisément enfouies pour cela, et avait enfermé son pain pour que le pauvre périsse de faim, et soit consumé par le froid ? Il ensevelit, lui, les habits, il ne les rend pas. Il ne croit pas à la diligence, mais aux sépulcres, car ce qu’il refuse aux pauvres, il le donne aux mites. Et il est le dévoreur de lui-même par ses vêtements, au dire du Seigneur : Leur ver ne mourra pas. Parce que la faim du pauvre secoue le Christ. La douleur de l’homme se rend jusqu’aux viscères de Dieu. Le gémissement du captif pénètre jusqu’au cœur du Christ. Le mépris du dénuement retombe sur le Créateur comme une injure personnelle. C’est Lui-même qui l’atteste par ces paroles : J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger. J’ai été nu, et vous ne m’avez pas vêtu.

Les publicains vinrent eux aussi et dirent : Que ferons-nous ? Que les publicains entendent : Ne réclamez pas pour vous plus qu’il a été établi. Il a révélé ce qui fait d’un publicain un coupable; ne demandez pas plus que ce à quoi vous avez droit. Celui qui demande davantage est coupable d’avoir fraudé, non d’avoir perçu l’impôt.

Qu’on imagine ce que c’est qu’être coupable devant Dieu, puisque le percepteur d’impôts est si mal vu. Par sa fraude, il alourdit de plus en plus le fardeau fiscal, et impose d’autres taxes qui ne suffisent pas à payer ses dettes, et il continue à exiger des taxes non dues. Les soldats vinrent et dirent : Qu’ils écoutent à leur tour les soldats ce que ce maître a répondu aux questions des soldats : Et nous que ferons-nous ? Et il leur dit : Ne brutalisez personne. N’intentez pas de fausses accusations. Contentez-vous de votre salaire. Le vrai soldat est celui qui se défend, non celui qui porte les premiers coups; qui repousse la calomnie au lieu de lui prêter l’oreille, qui ne court pas au butin de guerre mais au salaire fixé par son empereur.

Le bienheureux Jean a enseigné ainsi, pour ne pas ébranler les institutions humaines. Il a fondé une république, il ne l’a pas renversée. Il a donné la preuve que les choses qu’il enseignait avaient été ordonnées par Dieu, qu’il est possible de faire et de conserver la justice. Quelle différence y a-t-il entre le baptême de Jean et celui de Jésus, passons-le maintenant sous silence, parce que cela exige une longue explication.

138ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(de la paix)

Il eut été préférable, frères très chers, que notre père et maître commun permette à notre inexpérience de rester cachée, et ne rende pas publique la disette qui, jusqu’à présent, était recouverte d’un voile de honte. Il eut été préférable que celui qui abonde en richesses spirituelles de doctrine, n’exige jamais du navire d’un pauvre les redevances d’une mince parole. Car qu’est-ce que le démuni peut apporter aux riches, le nomade aux résidants, le béotien et l’ignorant aux studieux ? Néanmoins, puisque nous sommes contraints d’obéir aux ordres, les mêmes considérations d’humilité qui semblent nous en dispenser nous obligent à parler, en nous obligeant à obéir.

Que convient-il donc que nous vous offrions, o peuple religieux du Seigneur, vous qui êtes pauvres et sans instruction ? La paix, sans aucun doute, que notre Seigneur Jésus-Christ nous commande d’offrir à toute maison dans laquelle nous entrons. Voilà pourquoi nous aussi, nous commencerons notre salutation en implorant pour vous la paix auprès du Seigneur, cette paix qu’il faut toujours avoir et toujours demander. Pas la paix trompeuse et instable de ce monde, que les intérêts recherchent et que la crainte conserve. Mais la paix du Christ qui, selon la parole de l’Apôtre Paul, surpasse tout sentiment , et conserve les cœurs des croyants. La paix qui est nourrie par les fruits abondants de la charité. Elle est la disciple de la foi, une colonne de justice. Elle a tout ce qu’il faut pour être le gage de l’espérance à venir. Elle rassemble ceux qui sont présents, et invite les absents. Elle réconcilie les choses terrestres et les choses célestes, les humaines et les divines. Car c’est ainsi que l’a dit l’Apôtre : Que Notre Seigneur Jésus-Christ a pacifié par son sang, non seulement les choses terrestres mais les célestes.

Voilà donc, mes très chers frères, ce qu’un voyageur pèlerin a à vous proposer, comme un viatique où un pauvre puise ses forces, espérant toujours de plus en plus que nous soyons admis tous ensemble en grand nombre à la table de notre puissant Maître, pour nous engraisser dans des festins copieux. Que le Dieu de paix, Qui joint la terre aux cieux, nous accorde d’éprouver les mêmes sentiments les uns envers les autres, et de nous réjouir de l’unanimité de notre foi et de notre charité, par le Christ notre Seigneur, par Lequel est rendue la gloire au Dieu Père tout-puissant dans les siècles des siècles.

139ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(Le pardon)

Comme l’or se cache dans la terre, de la même façon, le sens divin se terre derrière les mots humains. Voilà pourquoi toutes les fois que nous avons à commenter les divines paroles, nous devons y penser pendant les heures de la nuit, et y appliquer toute l’énergie de notre âme, pour que l’intelligence puisse percer le secret de la science céleste.

Demandons-nous pourquoi le Seigneur commence ainsi aujourd’hui. Prenez garde à vous ! Que veut dire cette nouvelle manière de parler ? A quoi tend cette admonition que ne connaît pas l’usage ? Il veille sur lui-même --il se mêle de ce qui le regarde-- celui qui ne veille pas sur les actes d’autrui d’une façon curieuse, importune ou impudente. Prenez garde à vous. Un coup d’œil furtif, un regard lascif, un comportement indécent, ne conduisent pas seulement quelqu’un à sa ruine propre, mais entraîne la chute des autres. Celui qui ne prend pas garde à lui n’a pas d’yeux pour voir ses crimes, mais déterre tous les errements d’autrui. Il ignore ses mauvaises actions, mais il accuse les autres, et témoigne contre eux. Il excuse facilement ses fautes, mais est tout feu tout flamme pour condamner un innocent. Et pour ne pas être prolixe, comme dit le Seigneur : L’œil ne voit pas en lui la poutre qui s’y trouve, mais voit la paille dans l’œil de l’autre. L’œil n’est-il pas l’auteur de la prévarication? Et la femme vit que l’arbre était bon à manger, et qu’il était agréable à regarder.

La porte de la mort, la torche de l’envie, le chemin de la jalousie, l’œil, en un mot, quand il est incendié par la cupidité, parcourt plus rapidement les biens d’autrui que le feu ne court sur des champs couverts d’herbes sèches. C’est Dieu qui a enfoncé l’œil dans son orbite, et a réduit sa capacité de vision à la pupille, pour qu’il regarde avec modération, sans toiser d’un air malveillant et funeste; pour prévoir, non pour foncer sans réflexion; pour examiner, non mépriser. Que l’œil soit la fenêtre de l’âme, le miroir de l’esprit, la lumière du corps, le guide des membres, non l’entrée des vices !

Mais revenons à ce que nous avons déjà dit. Prenez garde à vous !

Il a dit à vous, non à toi.

Parce que si quelqu’un veille sur un autre, il veille sur lui, et tant qu’il se verra lui-même dans l’autre, il verra l’autre en lui-même, comme il appert des paroles suivantes : Si ton frère a péché contre toi, reprends-le, et s’il fait pénitence, pardonne-lui. Sois miséricordieux envers les fautes.

Sois celui qui remet les péchés commis contre toi, pour que tu ne perdes pas les insignes de la puissance divine en toi. Toutes les fautes d’autrui dont tu ne te souviens pas, tu nies qu’elles sont des fautes. Si ton frère a péché contre toi, reprends-le. Reprends-le comme un juge, pardonne-lui comme un frère, parce que la charité a des liens étroits avec la liberté. La charité est mélangée avec la liberté; elle comprime la terreur et ressuscite le frère.

Quand le frère blesse quelqu’un c’est l’œuvre de la fièvre, comme c’est la colère qui le fait commettre un crime. Il est hors de lui, et insensible aux sentiments humains. Celui qui, par la compassion, ne se porte pas à l’aide de quelqu’un qui est dans cet état, qui ne le soigne pas par la patience, ne le guérit pas en le supportant, cette personne-là n’est pas saine, elle est malade et infirme; elle n’a pas de cœur, et est étrangère aux sentiments humains. Ton frère se met en colère, attribue-le à la maladie. Toi, aide-le comme un frère. Attribue son comportement à la fièvre, et tu ne pourras pas en rendre ton frère responsable. En toute prudence, tu rendras l’infirmité coupable, et tu n’auras qu’indulgence envers ton frère, pour que sa santé recouvrée concoure à ta gloire, et que ta bienveillance embellisse ta couronne.

Si ton frère pèche contre toi, reprends-le. S’il fait pénitence, remets-lui sa faute. Que personne, en entendant ces paroles, présume pouvoir s’octroyer le droit d’acquitter et de condamner, et par une vaine présomption, imposer une punition à son frère en faute. Comme s’il estimait qu’il est si difficile de remettre les fautes ! Que l’homme pense qu’il est pécheur, qu’il sera pécheur!

C’est alors qu’il commencera à aimer le pardon plutôt que la vengeance. Tu entends que tu dois pardonner aux autres, mais tu n’entends pas que les autres doivent te pardonner. Tu pècheras encore demain contre celui qui aujourd’hui a péché contre toi. Et il sera ton juge celui qui était coupable envers toi, et il te pardonnera si tu lui as pardonné. Si tu ne lui as pas pardonné, ou il te refusera le pardon, ou, s’il te le donne, il le mettra sur ton compte plus qu’il te le donnera. Remets à celui qui pèche, remets à celui qui se repent, pour que quand tu pécheras, le pardon soit un remboursement, non un don. Le pardon est toujours une bonne chose, mais il est extrêmement doux quand il est dû. Il remporte la victoire sur la punition, il prévient le juge, il écarte le jugement celui qui, en remettant, pourvoit à son pardon.

Si quelqu’un pèche contre toi sept fois dans une journée, et s’il revient sept fois te dire : je regrette, pardonne-lui. Pourquoi rétréci-t-il le pardon par une loi, pourquoi le restreint-il par un chiffre, puisque c’est la miséricorde qui le demande, et la grâce qui l’accorde ? Si sept fois, pourquoi pas huit fois ?

Un chiffre peut-il vaincre la grâce ? La comptabilité peut-elle faire obstacle à la bonté ? Est-ce qu’une faute voue à une punition, que les sept pardons des fautes commises ont déjà abolie ? Loin de nous cette pensée, mes frères. Car s’il est heureux celui qui a pardonné sept fois, il est beaucoup plus heureux encore celui qui a remis soixante-dix fois sept fois. Ne se souvenant plus du commandement, Pierre demande au Seigneur : Si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je ? Sept fois ? Le Seigneur lui répondit : Je ne te dis pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois. Il n’y a adonc pas de chiffre précis qui rétrécisse le pardon, il le dilate, au contraire. Et si le commandement lui assigne une limite, la liberté humaine , elle, ne lui connaît pas de fin. De telle sorte que si tu pardonnes autant qu’il a été commandé de le faire, la récompense sera égale à l’obéissance.

Pour dire vrai, le chiffre sept, qui semble tout petit, se rencontre fréquemment dans le sacrement. Car le chiffre sept appliqué aux jours donne le Sabbat que le Seigneur a béni, et a consacré au repos tant de son travail à Lui que du travail humain. Le chiffre sept courant dans les huitaines, multiplie par sept les semaines de façon à terminer le cycle par la solennisation du mystère final de la Pentecôte, où se répand toute la pluie du Saint-Esprit, par un coup de tonnerre céleste, sur le champ ensemencé de l’Eglise. Le chiffre sept quand on le compte par mois, consacre les fastes du septième mois à toute la sainteté de notre jeûne.

Quand le chiffre sept multiplie les années, il fait une année qui donne le repos à la terre, délie tous les liens qui retiennent un frère à l’autre.

Le chiffre sept quand il s’applique aux semaines d’années, conduit à la cinquantième année qui est appelée jubilé , i.e. à toute la plénitude du pardon et de la rémission, pour que soit enlevé l’esclavage et rendue la liberté; pour que les cautions, les factures soient déchirées; pour que le débiteur revive et soit ensevelie la dette; pour que le champ revienne aux pauvres; pour que périsse le contrat qu’avait dicté la cupidité du riche. Et puisque le chiffre sept sert à multiplier par sept les jours, les mois et les années, il contient la totalité de la rémission et du pardon.

Qu’est-ce que le chiffre soixante-dix fois sept fois peut bien ajouter? Que le chrétien l’évalue, et que l’auditeur en tienne compte. Alors cessera le compte de la dette et du crédit; alors sera abolie définitivement toute forme d’esclavage; alors viendra la liberté sans fin; alors le champ éternel restera toujours la propriété du vainqueur. Mais qu’elle vienne donc la vraie rémission, quand sera abolie aussi la nécessité de pécher; quand, après la destruction de l’immoralité, le monde sera déclaré pur; quand, au retour de la vie, la mort ne sera plus; quand, à l’instauration du royaume du Christ, le diable périra. Priez mes frères, pour que Dieu augmente notre foi, pour que nous puissions croire en ces biens, les voir et les tenir.

140ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(L’annonciation) Il est à douter que toute l’acuité de notre regard suffise pour capter la sublimité de la naissance de Dieu. Car si l’étoile du matin qui annonce le lever du soleil peut à peine être fixée par nos yeux quand ils sont puissants et perçants, quelle innocence ne faut-il pas procurer au regard intérieur de notre âme pour qu’il puisse supporter la splendeur des rayons du Créateur levant ? Au sixième mois, l’ange Gabriel a été envoyé dans une cité de Galilée du nom de Nazareth à une femme promise en mariage à un homme du nom de Joseph. Le saint évangéliste indique le temps, le lieu, la personne pour que la vérité du récit soit corroborée par les détails précis des évènements. L’ange a été envoyé à une vierge promise en mariage. A une vierge, Dieu envoie un messager ailé. Car il donne des gages, il reçoit la dot celui qui apporte la grâce. Car il ramène la foi, et livre les dons de la vertu celui qui déliera bientôt la vierge de la promesse de se marier. L’interprète de la pensée divine se dirige à toute vitesse vers l’épouse, pour qu’à l’épouse de Dieu, il enlève et arrache toute attache sensible à un époux humain. Il n’enlève pas une vierge à Joseph, mais la rend au Christ, à Qui elle est donnée en gage pour qu’Il naisse dans l’utérus. Le Christ reçoit donc son épouse; Il ne s’empare pas de celle d’un autre. Et Il ne fait pas de séparation quand Il s’unit dans un seul corps à sa créature. Mais écoutons ce que l’ange a fait. Après être entré chez elle, l’ange dit : Salut, pleine de grâces, le Seigneur est avec toi. Dans cette voix, il y a une offrande, l’offrande d’un don, non la prestation d’une simple salutation. Salut! Ce qui veut dire : Reçois la grâce ! Que la nature ne t’apporte ni trouble ni inquiétude ! Pleine de grâces. Parce que dans les autres, il y a la grâce, mais en toi, c’est toute la plénitude de la grâce qui viendra. Le Seigneur est avec toi. Comment est-il en toi le Seigneur ? Parce qu’Il ne vient pas à toi pour te faire une visite courtoise, mais pour pénétrer en toi dans un nouveau sacrement de naissance. Il a ajouté ces paroles qui convenaient à merveille : Tu es bénie entre toutes les femmes. Parce que l’ève maudite avait puni les viscères des femmes; la Mare bénie se réjouit dans les femmes, est honorée en elles, et est reçue en elles. Et elle est devenue en toute vérité la mère des vivants par la grâce, celle qui avait été la mère des mourants par la nature. En entendant cela, elle a été troublée par ses paroles. Parce qu’était venu un ange de belle apparence, fort comme un guerrier, poli et distingué, à la voix puissante, énonçant des choses humaines en promettant des divines. Ce sont les paroles qui troublèrent grandement la vierge, que la vue de l’ange avait peu inquiétée. Celle que la présence de l’envoyé avait peu alarmée a été secouée par tout le poids de l’autorité du messager. Et que dire de plus ? « Elle sentit bientôt qu’elle avait reçu en elle le Juge suprême, là où auparavant elle n’avait vu et contemplé que celui qui avait été envoyé pour choisir le lieu de campement du Dieu des armées. Bien que c’est d’un mouvement plein d’attention, et avec une affection pieuse, que Dieu transforma la vierge en Sa mère, l’esclave en Sa parente, les organes se sont quand même troublés, l’esprit à cherché à fuir, toute la personne a tremblé quand Dieu, que toute la création ne contient pas, s’est renfermé tout entier dans un sein humain. Et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. Que votre charité remarque, comme nous l’avons dit, que la vierge a consenti à la salutation non à cause des paroles, mais à cause des grâces qu’elles apportaient. Et la voix n’était pas celle d’un hommage ordinaire, mais elle avait toute la puissance d’une vertu céleste. La vierge réfléchit, car répondre tout de suite est un signe de légèreté . Réfléchir avant de parler est le signe d’un jugement mûr et pondéré. Il ignore quelle est la grandeur de Dieu celui qui n’éprouve aune admiration pour l’intelligence et l’âme de cette vierge. Le ciel est épouvanté, les anges tremblent, la création n’en revient pas, la nature est suffoquée à la pensée qu’une jeune fille reçoive Dieu dans son sein, l’accueille, lui offre l’hospitalité pour rendre la paix à la terre, la gloire au ciel, le salut aux condamnés, la vie aux morts. Pour établir une parenté entre la terre et le ciel, l’alliance de Dieu Lui-même avec la chair, exiger une demeure comme indemnité, et conquérir un utérus pour sa propre récompense. Pour accomplir cette parole du Prophète : Voici l’hérédité du Seigneur et sa récompense : des fils, les fruits du ventre. Mais mettons fin au sermon. Si Dieu nous le donne, et si le temps le permet, nous développerons ce sujet plus à loisir.

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Première traduction française des 176 Sermons de saint Pierre Chrysologue par JesusMarie.com, 19 août 2014

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Sermons 141 à 176

141ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(de l’Incarnation)

Qu’il est grand le lieu caché de la couche royale, de quel respect et de quelle terreur est entouré l’endroit où repose la puissance elle-même de l’empereur, dont l’accès est interdit aux étrangers, aux impudiques et aux infidèles. Les hommages chastes, purs et fidèles qui doivent être rendus là , ce sont les insignes manifestes de la chambre impériale qui l’enseignent. Quel est l’indigne ou l’ignoble qui s’approche des portes elles-mêmes du palais ? Il est certain qu’à la chambre nuptiale ne sont admis que les parents, les intimes, ceux dont la vie est sans reproche, la réputation sans tache, la conscience droite.

Dans sa chambre nuptiale, Dieu ne reçoit que la seule vierge. Seule la virginité immaculée est admise. Instruit par ces exemples, demande-toi ce que tu es, ce que tu vaux, ce donc tu es capable, et demande-toi ensuite si tu peux pénétrer le secret de la nativité du Seigneur; si tu mérites d’entrer dans la chambre à coucher de ce sein, où repose toute la majesté du Roi céleste et de Sa divinité.

Est-ce que tu dois, avec les yeux humains et les sens corporels, être témoin de l’enfantement de la vierge, à la manière d’un disputeur téméraire ? Est-ce que tu peux contempler, avec l’audace et la curiosité d’un juge, les mains elles-mêmes de Dieu se fabriquant le saint temple de Son corps dans le sein de la vierge ? Tes réflexions peuvent-elles mettre à nu le mystère caché aux siècles, te révéler un sacrement invisible aux anges ?

Peux-tu présider à la création céleste, de façon à comprendre clairement comment Dieu a pénétré au cœur d’une chair fermée; comment Il a tracé les contours du sacré corps dans le sein vénérable de la vierge, sans qu’elle le sache; comment, à l’insu de la mère, Il a solidifié des os qui devaient durer des siècles ? Comment a-t-Il pu produire une vraie forme d’homme sans procéder à la manière humaine ?

Comment a-t-Il pu assumer toute la réalité de la chair, sans la concupiscence ? Comment, en marge de la nature de notre chair, a-t-Il pu recevoir notre nature dans son intégralité ?

Et si tu n’as pas de réponse à donner à ces questions, Dieu n’a-t-Il pas pu, alors, assumer de la chair ce qu’Il avait au commencement assumé du limon ? De plus, puisque tout est possible à Dieu, et que tu es incapable de pénétrer à fond les plus petites des œuvres de Dieu, ne discute pas la conception virginale de Marie, mais crois-y. Pense en toute piété que Dieu a voulu naître, parce que , si tu réclames des preuves, tu Lui fais injure. . Car tu ne pourras reconnaître aucune des plus infimes œuvres de Dieu sans la foi. Comme le dit l’écriture : Toutes les œuvres dans la foi. Mais tu veux que tout soit accessible à la raison, là où tout provient de la foi; sans être contraire à la raison, non à la tienne, mais à celle de Dieu. Qu’y a-t-il de plus raisonnable que Dieu puisse tout ce qu’Il veut ? Celui qui ne peut pas ce qu’Il veut n’est pas Dieu. Donc, ce que Dieu décide, l’ange l’exécute, le Saint-Esprit l’accomplit, la vertu le réalise, la vierge le croit, la nature l’accepte, les cieux le racontent, le firmament l’annonce, les étoiles le montrent, les mages le prêchent, les bergers l’adorent, les bêtes le reconnaissent. Comme l’atteste le Prophète : Le bœuf connaît son maître, et l’âne la mangeoire de son Seigneur.

Toi, o homme, si tu ne le fais pas tout de suite avec les anges, reconnais-Le au moins, plus tard, avec les bêtes. De peur que si tu retardes, tu ne sois placé après ces bêtes, à qui on te comparait autrefois. Les animaux font des caresses avec la queue, flattent avec leurs oreilles, lèchent avec leurs langues; et avec les gestes qu’ils peuvent, ils avouent que, contre nature, Leur Auteur est venu dans ta nature. Et toi, tu discutes, tu dissèques comme les Juifs qui ont exclu de leurs hôtelleries leur Seigneur, que les animaux ont reçu dans leurs étables.

Si tu es dans la disposition d’esprit d’écouter plus de choses que ce que les anges ont l’obligation de dire, permets-en l’accès, sinon avec joie, du moins, avec politesse. Puisque un sermon sur ce sujet vous est fort nécessaire, nous reprendrons dans un prochain enseignement, ce que nous sommes forcé d’interrompre aujourd’hui.

142ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(l’Annonciation)

Vous avez entendu aujourd’hui, mes très chers frères, l’ange qui s’entretenait avec la femme de la réparation du genre humain. Vous avez entendu que son mandat consistait à ce que l’homme retourne à la vie par le même parcours par lequel il avait chuté dans la mort. Il pactise, l’ange, il discute avec Marie au sujet du salut, comme le démon avait trafiqué avec ève la ruine de l’humanité. Vous avez entendu que, du limon de notre chair, l’ange, avec un art ineffable, construisait le Temple de la divine Majesté. Vous avez entendu que, par un sacrement incompréhensible, Dieu était logé sur la terre, et l’homme dans le ciel. Vous avez entendu que, d’une façon inouïe, Dieu et l’homme étaient comme mélangés dans un seul corps. Vous avez entendu que, par l’exhortation angélique, la nature fragile de notre chair a été fortifiée pour porter toute la gloire de la Déité. Et enfin, pour que la terre sablonneuse de notre corps délicat ne succombe pas sous le poids de la Construction céleste érigée en Marie, et pour que ne casse pas la branche fragile qui, dans la vierge, devait porter tout le Fruit du genre humain, la voix de l’ange invite aussitôt Marie à fuir la crainte en disant : Ne crains pas Marie. Ne crains pas Marie.

Avant de donner la raison de son ambassade, l’ange proclame la dignité de la vierge en la nommant par son nom : Marie, car en hébreu et en latin, Marie signifie dame. L’ange l’appelle donc madame, pour que l’agitation et le tremblement qui sont le propre de l’esclavage s’éloignent de la mère du Dominateur. Qu’elle ait été dame à sa naissance et qu’elle en ait porté le nom, elle le doit à la dignité royale de ses ancêtres.

Ne crains pas Marie, car tu as trouvé grâce. Il n’est que trop vrai que qui a trouvé la grâce ne saurait craindre. Tu as trouvé la grâce. Auprès de qui ?

Auprès de Dieu. Bienheureuse est-elle celle qui, parmi les hommes, a mérité d’entendre ce qui la place avant tous. Tu as trouvé la grâce. En quelle quantité ?

Autant qu’il a été dit : la plénitude.

Grâce qu’elle ferait pleuvoir avec abondance sur toute créature. Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. En disant cela, l’ange se demande avec émerveillement si la femme est seule à avoir mérité la vie, ou si tous les hommes l’ont méritée par la femme. L’ange est dans la stupeur à la pensée que la totalité de la Divinité descend dans l’exiguïté de l’utérus de la vierge, Elle pour qui tout l’ensemble de la création est un iota. Voilà pourquoi l’ange procède lentement. Il l’appelle vierge parce qu’elle le méritait, il l’interpelle en se référant à la grâce, sans avoir auparavant indiqué à celle qui l’écoutait la raison de sa visite.

Il laisse son esprit dans l’attente pour attirer son attention. Considérez, mes frères, quelle révérence et quelle crainte il convient que nous apportions à un tel sacrement, quand ce n’est pas sans crainte que l’ange lui-même parle de la crainte à son interlocutrice.

Tu concevras de ton sein. Il a raison de dire : tu concevras, car cette conception la chair ne la connaît pas, la condition humaine ne l’a pas en son pouvoir, la nature ne l’admet pas. Tu concevras dans ton sein. Qui moissonne avant d’avoir travaillé la terre à la sueur de son front ? Qui récolte des fruits à pépin ou à noyau sons avoir dépensé beaucoup d’énergie auprès des arbres à fruits ? Qui parvient en prison sans avoir été jugé et condamné ?

Qui reçoit un accroissement de la nature en marge de la nature ? Bienheureuse est donc Marie, et plus que bienheureuse, elle qui est parvenue à la gloire d’une telle Progéniture sans connaître ni les embarras de la grossesse ni les souffrances de la maternité. Bienheureuse est-elle parce qu’elle a reçu et conservé l’Enfant divin dans son sein, sans que l’extérieur de son corps n’en sache absolument rien. Bienheureuse est-elle d’avoir cru et d’avoir confié à son seul esprit ce qu’elle avait reçu du ciel par la révélation de l’ange.

A l’intérieur de la demeure de la vierge, l’entreprise divine se développe de façon à ce que, les verrous demeurant intacts, les clôtures elles-mêmes ne ressentent rien. Tu concevras et enfanteras un fils.

Celui qui entre et qui sort, et qui ne laisse aucune trace de Son entrée et de Sa sortie, est un Résidant divin, non humain.

Que notre chair ici cède ses droits ! Notre nature ici n’a rien à revendiquer : le protocole céleste, qui relève de la nature divine, préside à l’ enfantement d’un Dieu. Que les mots conception et naissance n’indisposent pas l’esprit de nos auditeurs; que les chrétiens n’aillent pas avec légèreté leur attribuer un sens prosaïque : dans cette naissance céleste, tous les indices de la vertu divine sont mis en œuvre. Tu concevras et enfanteras un fils. Il ne dit pas à toi, il dit ton.

Pourquoi? Parce que ce saint rejeton sera appelé fils de Dieu. Vierge, c’est la grâce qui t’as rendue mère, non la nature.

La piété a voulu te donner le nom de génitrice, ce que ne permettait pas l’intégrité. En concevant et en enfantant, ta pudeur a cru, ta chasteté a augmenté, ton intégrité s’est fortifiée, ta virginité s’est solidifiée, toutes tes vertus se sont développées. Vierge, si tout a été préservé, qu’as-tu donné ?

Si tu es vierge, comment peux-tu être mère ? Si tu n’étais que promise à un homme, comment as-tu engendré ? Dieu, par qui tout en toi a connu un accroissement, ne t’a diminué en rien, vierge. Vierge, tu conçois ton Auteur, ton Origine origine de toi, dans ton sein est Celui qui t’a engendrée, toute la Divinité est dans ta chair, et Celui qui a donné au monde la lumière a reçu de toi la lumière du monde. Avertie par l’ange, ne te hâte pas de l’appeler ton fils, mais dès que tu l’auras mis au monde, tu lui donneras le nom de Sauveur. Car la virginité n’enfante pas un fils à elle, mais l’Auteur fait enfant; et l’intégrité engendre son Seigneur, non un nourrisson quelconque. Comme le dit l’ange : Et tu lui donneras le nom de Jésus, nom qui en latin signifie sauveur.

Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il ? Mais voici que Marie interroge. Et si, en interrogeant, quelqu’un montre qu’il doute, pourquoi Zacharie a-t-il été le seul à avoir été puni pour son manque de foi ? Parce que le Connaisseur des cœurs ne s’attarde pas aux mots mais aux pensées. Il n’a pas jugé ce que Marie et Zacharie ont dit, mais leurs intentions. La cause des deux interrogations étant dissemblable, les interrogations différaient donc par l’espèce. Marie a cru contre la nature, Zacharie a douté à cause de la nature.

Elle cherchait à connaître la totalité du projet de Dieu; lui prétendait que Dieu ne pouvait pas réaliser ce qu’il avait planifié. Il ne parvint pas à croire en dépit d’exemples historiques qui auraient du le persuader; mais la foi de Marie n’était soutenue par aucun exemple. Elle s’émerveille qu’une vierge puisse enfanter, mais lui refuse de croire qu’une femme mariée puisse concevoir. Elle a donc raison d’interroger, puisqu’elle reconnaît que Dieu est en son corps et qu’elle le confesse; lui, se tait jusqu’à ce que son propre corps le convainque de la naissance de Jean qu’il récusait. Comment cela se fera-t-il ?

Pourquoi ? Parce que je ne connais pas d’homme Parce que je ne connais point d’homme. . Femme, quel homme cherches-tu ? Tu l’as perdu dans le paradis. Rends l’homme, femme; rends le dépôt de Dieu. Rends de toi-même celui que tu as perdu par toi. Mets de côté l’ordre de la nature, et reconnais l’ordre du Créateur. Qu’Il fasse et assume de toi un homme Celui qui t’as faite au début en te tirant de l’homme. Ne te mets pas à la recherche d’un homme! Que cesse l’œuvre de l’homme, parce que les ressources divines suffisent pour la restauration du genre humain. La raison pour laquelle Dieu est venue vers toi, c’est parce que tu t’es repentie d’être allée vers l’homme. Que désormais la chair n’aille plus à la chair, mais l’Esprit saint surviendra en toi. Car ce qui naît de la chair est chair, et ce qui nait de l’Esprit est esprit. Celui donc qui naît de l’Esprit, sans controverse possible, est Dieu, puisque l’Esprit est Dieu. L’Esprit-Saint viendra en toi et la vertu du Très-haut te couvrira de son ombre. La vertu de Dieu fait de l’ombre, pour qu’à force de porter Dieu, la fragilité humaine ne succombe pas. Et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre. La chaleur ardente de notre corps ne sait pas à quel point apporte de la protection l’ombre de la vertu divine. Celle qui se sait encerclée par le voile de la splendeur céleste ne recherche pas la partie la plus retirée d’une maison mondaine. A cause de cela, le saint rejeton qui naîtra de toi sera appelé fils de Dieu. Que personne ne prenne ici le mot saint dans un sens banal , mais qu’il lui donne le sens unique et tout à fait spécial qui a été proclamé dans le ciel : Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées.

Marie est envoyée à Elizabeth comme une vierge à une stérile, un enfant à une aïeule, pour qu’ils fassent assaut de bons procédés, et pour que l’une reçoive, de la nouveauté la foi, et l’autre, de la nécessité la vertu. Après avoir entendu ces paroles de l’ange, Marie répondit : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. Celle que l’ange appelle madame se reconnaît servante, et le confesse. Parce que, chez une âme généreuse, le déferlement des bienfaits ne fait qu’augmenter le sentiment d’indignité. Elle ne croît qu’en grâce, elle ne s’érige pas sur un piédestal, elle ne s’enfle pas d’orgueil. Qu’il me soit fait selon ta parole ! En croyant à la parole, elle a mérité de concevoir la Parole. Au commencement était la parole, et la parole était auprès de Dieu, et la parole était Dieu. Et elle est parvenue à l’accomplissement total de ce que à quoi elle avait cru après l’avoir entendu.

Qu’il doit donc être grand le péché de l’hérétique qui, constatant que Marie a cru avant l’évènement, refuse, lui, de croire, après l’évènement.

143ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(l’Annonciation)

Un sermon sur Noël vous est du depuis longtemps, mais le sacrement de l’ineffable naissance du Seigneur, il convient de le croire plutôt que d’en débattre. La vierge a enfanté. Comment un sermon humain pourrait-il raconter ce qui n’est pas au pouvoir de la nature, ce dont on a jamais eu l’expérience, ce que la raison ignore, ce que l’esprit ne comprend pas, ce qui épouvante le ciel, stupéfie la terre, met la créature dans tous ses états ? Et pourtant, l’évangéliste dévoile la conception et l’enfantement de la vierge avec des mots humains de tous les jours, le scellant ainsi du sceau divin. Et il agit ainsi pour que ce que l’homme a l’obligation de croire il ne présume pas de le discuter. Qui peut pénétrer les mystères divins comme l’enfantement de la vierge, les causes des êtres, l’ordre du cosmos, les échanges entre la Divinité et la chair ? Qui peu comprendre que l’homme et Dieu sont un seul et même Dieu ? L’évangéliste parle ainsi : L’ange Gabriel a été envoyé par Dieu dans une cité de Galilée dont le nom était Nazareth, à une femme promise en mariage à un homme du nom de Joseph, et le nom de la vierge était Marie.

Un ange a été envoyé par Dieu. Là où c’est un ange qui est le médiateur, l’homme doit cesser de se faire une opinion par lui-même. Là où l’envoyé vient du ciel, toute interprétation purement humaine doit être rejetée. La curiosité humaine entre en torpeur là où l’ambassadeur est céleste. L’ange a été envoyé par Dieu. Celui qui porte toute son attention sur le fait qu’il a été envoyé par Dieu s’interdit de scruter en profondeur le secret de la Déité. Ce que Dieu communique, par l’intermédiaire de son ange, seul mérite de le savoir celui qui craint de le savoir. Ecoute le Seigneur qui dit : Sur qui poserai-je mes yeux si ce n’est sur l’humble, le doux, et sur celui qui tremble en entendant ma parole ? L’humble et le doux. Autant il est docile celui qui obéit aux ordres, autant il est indocile celui qui les conteste. L’ange est envoyé à une vierge. Parce que la virginité est toujours connue des anges. Vivre dans la chair en marge de la chair, ce n’est pas une vie terrestre, mais céleste. Et si vous voulez le savoir, acquérir la gloire angélique est une plus grande chose que la posséder. L’ange n’a que le bonheur de l’être, mais la virginité, c’est la vertu qui la faite. La virginité obtient par l’ascèse ce que l’ange possède par nature. L’ange et la vierge remplissent donc une fonction divine, non humaine. Après être entré, l’ange lui dit : Salut, pleine de grâces, le Seigneur est avec toi. Tu es bénie entre toutes les femmes.

Salut, pleine de grâce , le Seigneur est avec toi. Vous voyez les présents qui sont donnés en gage à la vierge ? Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.

Salut, ce qui veut dire : reçois ! Quoi ? Les vertus en don, mais non la pudeur. Salut, pleine de grâce ! Voici la grâce qui a donné la gloire aux cieux, Dieu à la terre, la foi aux Gentils, un terme aux vices, une règle de vie, une discipline morale. Cette grâce que l’ange a apportée, la vierge l’a reçue pour rendre le salut aux siècles. Salut, pleine de grâce.

Parce qu’à chacun, la grâce est donnée par bribes;

mais à Marie, c’est toute la plénitude de la grâce qui s’est donnée à elle en entier. Tous, dit l’évangéliste, nous avons reçu de sa plénitude. David a dit lui aussi dans le même sens : Elle descendit comme de la pluie dans une toison. La laine, bien qu’elle appartienne au corps, ne connaît pas les passions du corps. Ainsi en va-t-il de la virginité. Bien qu’elle soit dans la chair, elle ignore les vices de la chair. La pluie céleste se répand donc dans la toison virginale en y pénétrant goutte par goutte. Et comme des gouttes qui s’infiltrent dans la terre. Pour que les temps, qui sont dévolus à la foi, irriguent les semences avec des gouttes vivifiantes, au lieu de les tuer.

Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. L’ange est envoyé par Dieu, et que dit-il ? Le Seigneur est avec toi.

Dieu était donc déjà avec la vierge quand l’ange lui a été envoyé. Dieu a précédé son messager , sans s’éloigner de Sa divinité. Il ne peut pas être contenu par les lieux Celui qui est présent dans tous les lieux. Et Il est tout entier partout Celui sans Lequel rien n’est tout. Tu es bénie entre toutes les femmes. Elle est vraiment bénie la vierge qui a rempli jusqu’au bout la dignité de la maternité, sans perdre la gloire de la virginité. Oui, elle est vraiment bénie celle qui a mérité la grâce d’une conception céleste, tout en maintenant la couronne de l’intégrité. Elle est vraiment bénie celle qui a reçu la gloire d’un divin fœtus, sans cesser d’être la reine de la chasteté dans toute sa plénitude. Vraiment bénie celle qui a été plus grande que le ciel, plus forte que la terre, plus élevée que tout ce qu’il y a dans la création. Car elle a été la seule à contenir Celui que le monde ne peut pas contenir. Elle a porté Celui qui porte l’univers. Elle a engendré son Géniteur. Elle a nourri Celui qui nourrit tous les vivants. Mais jetons un coup d’œil à ce que dit l’évangéliste : Quand Marie vit l’ange, elle fut troublée par ses paroles. La chair est troublée, les viscères sont secoués, l’esprit frémit, son cœur magnanime est frappé de stupeur. Le temple du corps humain était troublé, et l’étroitesse du domicile charnel comprimait les organes, quand, dans le sein de la vierge, s’est cachée toute la grandeur de Dieu. Mais, si le cœur vous en dit, avant de pénétrer plus avant dans le mystère de la foi chrétienne, adressons-nous à ceux qui considèrent injurieux à la divinité l’enfantement virginal, le sacrement de la piété, la réparation du genre humain par le Sauveur. Dieu est venu chez la vierge, l’Artisan chez son œuvre, le Créateur chez sa créature. Quand donc la restauration d’une œuvre ne rejaillit-elle pas sur l’honneur de l’artisan ? Quand donc l’honneur n’est-il pas réputé de la gloire, si le fabriquant répare ce qu’il a fabriqué ? Quand l’homme vieillit, ne retourne-t-il pas à son œuvre pour ne pas la perdre; si elle se détériore , ne la rajeunira-t-il pas;

et si elle s’effondre, ne la reconstruira-t-il pas en mieux ? L’enfantement d’une vierge n’est donc pas une injure au Créateur, mais le salut de la créature. Si Dieu a fait l’homme, qui trouve mauvais qu’Il le refasse ? Et si l’on pense qu’il a été digne de Dieu de former l’homme avec du limon, pourquoi juge-t-on qu’il a été indigne de Lui de le réformer avec une chair? Qu’est-ce qui est le plus précieux, le limon ou la chair ? Donc, plus est précieuse la matière de notre réparation, plus grande est la gloire.

Mais quand donc le Créateur n’est-il pas à l’intérieur de l’utérus humain ? Ecoute Job : Tes mains m’ont fait, tes mains m’ont façonné. Et David : Tu m’as formé. et tu as posé sur moi ta main. Et Dieu à Jérémie : Avant que tu sois dans le sein de ta mère, je t’ai connu, et dans l’utérus, je t’ai sanctifié. Si donc Dieu a fixé les linéaments de Job quand il était dans le sein de sa mère; s’Il a façonné les membres de David quand il était dans l’utérus de sa mère; s’Il a sanctifié Jérémie dans le ventre de sa mère; s’Il a rempli du Saint Esprit Jean le Baptiste dans le sein de sa mère, pourquoi s’étonner s’Il a habité dans le sein d’une vierge, Lui qui a tiré la femme d’une côte de l’homme ? Il est allé rechercher l’Homme dans le sein de la vierge Celui qui avait formé la vierge du corps de l’homme. Tu vois donc, o homme, que ce qui te parait une nouveauté est pour Dieu une vieillerie. Mais tu dis :

Quelle nécessité y avait-il à la naissance d’un Dieu qui peut faire tout ce qu’Il veut ? Laquelle ? Pour refaire en naissant la nature qu’Il avait faite en la façonnant. Parce que celle qui avait été faite pour engendre des vivants a engendré des mortels. Par le péché du premier homme, la nature a reçu un coup mortel, et ce qui était l’entame de la vie a commencé à être l’origine de la mort.

Voilà donc quel est cet échange admirable de la nativité qui a forcé le Christ à naître, pour que la naissance du Créateur procure la guérison à la nature, et pour que la guérison de la nature soit la reviviscence des fils.

144ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(l’Annonciation)

C’est la sublimité du sujet qui nous pousse à composer un sermon sur la nativité du Christ, mais la grandeur du mystère nous paralyse. La vierge enfante. Qui est qualifié pour en parler ? Le Verbe s’est fait chair. Qui peut le raconter ? Si le Verbe de Dieu donne le vagissement à l’enfance, l’homme, qui est imparfait, comment pourra-t-il, avec des paroles, proclamer la Parole ? Le sermon d’un docteur sur la naissance du Seigneur apporte autant de clarté aux auditeurs que n’en apporte une étoile à ceux qui cherchent la lumière pendant la nuit. Pour qu’ils se réjouissent d’avoir trouvé le Christ, mais ne présument pas de mettre Sa naissance en doute; pour qu’ils honorent de présents Son enfance, au lieu de chercher à l’avilir. Priez, mes frères, pour que Celui qui a grandi graduellement dans notre corps, daigne croître de plus en plus dans notre parole ! L’évangéliste, aujourd’hui, rapporte que l’ange a parlé ainsi : Ne crains pas Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

Ne crains pas Marie.

Pourquoi ? Parce que tu as trouvé grâce.

Ce n’est pas celui qui a trouvé la grâce qui craint, mais celui qui l’a perdue. Elle l’a trouvée , à n’en pas douter, en concevant la grâce du germe céleste, elle qui, en enfantant, n’a pas perdu les insignes de sa virginité. Ne crains pas Marie. Pourquoi craindrait-elle celle qui a conçu la Sécurité des êtres, qui a enfanté la Joie des siècles ? La crainte n’a pas sa place quand c’est Dieu qui opère, non l’humanité; là où il est question de force, non de pudeur. Qu’a-t-elle à craindre celle qui a reçu Celui que craignent tous ceux qui inspirent la terreur ? Qu’a-t-elle donc à craindre celle qui a le Juge pour plaider sa cause, et pour témoin, l’intégrité de son innocence ? Ne crains pas, Marie. Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Ce qui était au commencement auprès de Dieu, Dieu le Verbe, elle Le découvre dans son sein; et elle devient un grand temple de la Divinité celle qui était un petit hospice de l’humanité; et Celui que la petitesse du corps humain ne contenait pas, la sublimité du sein virginal l’a reçu.

Voici que tu concevras dans ton sein. Par respect pour la langue, il aurait suffi de dire: Tu concevras. Quel besoin y avait-il de préciser lourdement : Dans ton sein ? Pour que la conception soit perçue comme une chose réelle, non comme une image. Pour que le mot naissance soit pris dans toute la force du terme, et ne soit pas dissout dans une figure. Comme d’un Dieu vrai un vrai Dieu est né, d’une vraie conception naîtrait la vérité d’un corps humain. Dans la naissance du Christ, l’injustice, mes frères, est enlevée au corps humain, non la nature; c’est la faute qui est condamnée, la créature n’est pas détruite.

C’est donc une hérésie de prétendre mensongèrement que le Christ a assumé un corps aérien : il n’aurait pas eu de chair, et il aurait concerté une ruse en feignant d’être un homme.

Tu concevras dans ton sein, et tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Ce qui se dit en hébreu Jésus, en grec Sôtèr, se dit en latin Sauveur.

C’est avec raison qu’a été sauvé tout ce qui appartenait à la vierge, puisqu’elle a engendré le Sauveur de tous. Et tu l’appelleras du nom de Jésus, parce que dans ce nom, toute la majesté de la déité est adorée. Tous ceux qui demeurent dans le ciel, tous les habitants de la terre, tous ceux qui sont retenus dans les profondeurs de l’enfer, fléchissent le genou à l’audition de ce nom, et adorent le Sauveur. Ecoute l’apôtre qui dit : Pour qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse dans les cieux, sur terre, et dans les enfers. Ce nom qui a donné la vue aux aveugles, la vie aux morts. Toute la vertu de ce nom a mis en fuite la puissance du démon sur les corps qu’il possédait. Et si le nom est si grand, que ne doit pas être sa puissance ? Mais qui est donc celui qui est appelé de ce nom ? Que l’ange le dise ! Et il sera appelé fils du Très-Haut.

Vous voyez que ce que la vierge a conçu n’est pas un fœtus terrestre mais céleste. C’est la vierge qui a enfanté, mais c’est Dieu qui a accueilli le Fils. Donc celui qui discute de cette maternité à la façon d’un sophiste, ne fait qu’injurier un si grand Géniteur. Et le Seigneur Dieu lui donnera le siège de David son Père. L’hérétique prend prétexte de ce texte pour ensemencer les nuages de sa perfidie; il invente de toute pièce un propos erroné.

Ce n’est pas moi qui le dis, affirme-t-il, mais l’ange : Le Seigneur Dieu lui donnera. Celui qui donne n’est-il pas plus grand que celui qui reçoit ? Car celui qui reçoit ne possédait pas avant d’avoir reçu. Mais nous autres, mes frères, nous écoutons ces paroles non comme les écoutent les impies, mais les fidèles. Et que ce qui est pour eux une occasion d’erreur, soit pour nous une cause d’augmentation de notre foi. Le Seigneur Dieu lui donnera. Qui est celui qui donne, et à qui donne-t-Il ? Il est certain que c’est Dieu qui donne à l’homme, la divinité à la chair. Le Seigneur Dieu lui donnera. Quel Dieu ? Bien entendu, c’est le Verbe qui, depuis le commencement, était toujours Dieu. A qui donne-t-Il ? A Celui qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous. écoute l’Apôtre qui dit : Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde. Réconciliant le monde avec Lui, non avec un autre. Ce Dieu, donc, qui était dans le Christ, s’était donné à Lui-même le royaume dans le Christ; et Il conférait au corps assumé ce qu’Il avait toujours possédé dans sa Divinité. La parole elle-même de l’ange le prouve. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Tu vois que quand Il reçoit, il est appelé fils de David, et quand Il donne, il reçoit le nom de Fils de Dieu. Lui-même a dit : Tout ce qu’a le Père est à moi. Quelle nécessité y a-t-il de recevoir là où se trouve le pouvoir de posséder ? Il a dit : Tout ce que le Père a est à moi. Qui reçoit ce qui lui appartient ?

Si ce qui est donné est la propriété de celui qui le reçoit, est-ce un don gracieux de celui qui donne? Nous reconnaissons qu’Il a reçu le trône de David. Mais Celui qui l’a reçu c’est Celui qui est né, qui a assumé la chair, qui a accueilli l’enfance, qui a supporté d’être emmailloté dans un berceau, qui a vieilli avec les années, qui a gagné son pain à la sueur de son front, qui a éprouvé la faim, qui a souffert de la soif, qui ne s’est pas soustrait à toutes sortes de rebuffades et d’insultes, qui est monté sur la croix, qui a subi la mort, et qui est entré dans un sépulcre. Hérétique, assigne à Celui-là ce dont il s’agit. Est-ce que tu penses qu’Il a dédaigné recevoir les honneurs de Dieu Celui qui a reçu tant de vilenies des hommes. Est-ce que tu penses qu’il a trouvé honteux de recevoir le royaume de son Père, Celui qui, de ses ennemis, a reçu les souffrances et la mort ? Hérétique, si tu comprenais que les insultes, l’enfance, l’âge, le temps, ce qui est donné et ce qui est reçu, l’anéantissement et la mort, n’ont rien à voir avec la divinité, mais relèvent de la seule humanité, tu n’injurierais le Christ en rien, tu ne parlerais ni de supériorité ni d’infériorité dans la Trinité.

Mais revenons à nous, et continuons le commentaire. Le Seigneur son Dieu lui donnera le trône de David son père, et il règnera dans la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura pas de fin. Celui qui trône toujours au ciel avec son Père reçoit maintenant sur la terre le siège de David. Celui qui règnera toujours pour Lui-même a, à ce moment, obtenu en partage de régner éternellement pour nous dans la maison de Jacob. Réjouissons-nous, mes frères, parce que Celui qui a régné pour Lui, règnera pour nous. Réjouissons-nous, parce qu’Il est venu sur la terre pour régner, pour que nous puissions régner avec Lui dans le ciel. écoute l’Apôtre :

Si nous souffrons avec lui, nous règnerons avec lui. C’est pour nous qu’Il est né, et Il est venu pour nous donner le règne, selon sa promesse : Venez les bénis de mon père, recevez le royaume qui a été préparé pour vous depuis l’origine du monde. C’est à vous qu’il l’a dit, pas à moi seul. Il est venu pour être toujours avec nous, pour qu’Il soit toujours sous nos yeux, Lui qui n’habite maintenant que dans nos cœurs. Il viendra pour qu’à ceux dont la gloire vient du règne, la confiance vienne de la familiarité. Et son règne n’aura pas de fin. Réjouis-toi en celui dans l’avènement duquel tu crois, parce qu’Il a promis un règne sans fin, où les soldats n’ont pas de successeurs, où les dignités sont perpétuelles. Mais pourquoi n’ambitionnent-ils pas les choses qui demeurent toujours ceux qui convoitent celles qui passent ? Pourquoi ? Pourquoi se procurent-ils avec de l’or des honneurs caducs, et ne veulent-ils pas recevoir gratuitement les éternels ? Mes frères, c’est ici que se préparent les fonctions, que sont répartis les lieux, que sont désignés les lauréats. Celui qui, ici, n’aura pas, par la foi en l’évangile, reçu les titres de nomination à un emploi, n’aura pas là-bas les insignes des dignités éternelles.

Donc, si la milice nous plaît, si nous voulons toujours guerroyer, saisissons-nous des armes du Christ, veillons, soyons sobres, vainquons le démon, foulons aux pieds les vices, pour que nous puissions recevoir, à parité, les récompenses et les couronnes de notre Seigneur Jésus-Christ qui règne avec Dieu le Père maintenant et toujours , pendant tous les siècles des siècles. Amen.

145ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(Saint Joseph songe à renvoyer Marie)

Vous allez entendre aujourd’hui, mes frères, de quelle façon le bienheureux évangéliste a rapporté le sacrement de la génération du Christ. La génération du Christ était ainsi . Comme Marie, sa mère, était promise à Joseph, elle se trouva à être enceinte du Saint-Esprit avant qu’ils cohabitent. Joseph, son fiancé, était un homme juste. Il ne voulut pas la dénoncer, mais il avait l’intention de la renvoyer secrètement. Et comment était-il juste celui qui décida de ne pas discuter avec sa fiancée de cette conception ? Il ne s’enquiert pas auprès de la suspecte de la cause de sa honte ! Il ne se porte pas à la défense de la réputation de sa fiancée, mais poursuit son enquête ! Il voulait la renvoyer en secret. Cela semble convenir davantage à un juste, mais selon un jugement humain, non divin. Auprès de Dieu, il n’y a pas de pitié sans justice, ni justice sans pitié.

Selon le point de vue céleste, il n’y a pas d’équité sans bonté, ni de bonté sans équité.

Les vertus s’écroulent de côté et d’autre, si elles sont séparées. L’équité sans la bonté est de la dureté; la justice sans la pitié est de la cruauté. C’est à juste titre qu’on appelle Joseph juste parce qu’il est pieux; et il est pieux parce qu’il est juste. En pensant à la piété, il s’est gardé de la cruauté. En remettant à plus tard l’accusation, il a conservé la justice. En différant la punition, il a échappé au crime. En fuyant la dénonciation, il s’est éloigné de la condamnation. Sa sainte âme bouillonnait, transpercée par la nouveauté de la chose. Sa fiancée était là debout devant lui, enceinte mais vierge. Elle était là, grosse d’un rejeton, sans avoir sacrifié sa pureté. Elle se tenait là pleine de sollicitude pour le fœtus, mais sûre de son intégrité. Elle se tenait là vêtue d’une robe de maternité, sans avoir mis à la porte l’honneur de sa virginité. Devant ces choses, que pouvait donc faire le fiancé ? L’accuser de crime ? Mais il était lui-même témoin de son innocence.

La dénoncer ? Mais il était lui-même le gardien de la pudeur. La charger du crime d’adultère ? Mais il était lui-même le garant de sa virginité. Que faire devant tout cela ? Il pensa à la renvoyer, parce qu’il ne pouvait pas faire connaître à l’extérieur ce qui s’était passé, ni le garder secret à l’intérieur. Il pensa à la renvoyer, et ne confia ce projet qu’à Dieu, car il n’avait rien qu’il puisse dire à l’homme.

Nous aussi, mes frères, à chaque fois que quelque chose nous trouble, que l’espoir nous abandonne, que l’apparence d’une chose nous rend incapables de savoir ce qui en est vraiment, suspendons le jugement, renonçons à la vengeance, interdisons-nous de condamner, n’en parlons qu’à Dieu. De peur d’envoyer trop légèrement au supplice un innocent, et de porter contre nous une sentence de condamnation. C’est le Seigneur qui le dit : Vous serez jugés de la façon dont vous avez jugé les autres. Il est certain que si nous nous taisons, Dieu Lui-même criera, l’ange répondra , celui-là même qui a empêché Joseph d’abandonner l’innocence. Joseph, fils de David, ne crains pas d’accepter Marie comme ton épouse, car ce qui est né d’elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

Joseph, fils de David.

Vous voyez, mes frères qu’une seule personne est appelée du nom de nom de toute une lignée. Vous voyez qu’un seul porte le nom de tous ses ancêtres. Vous voyez, mes frères, qu’en Joseph est cité tout l’arbre généalogique davidique. Joseph, fils de David. Né à la vingt-huitième génération, comment peut-Il être dit fils de David ? A moins que ce ne soit parce que le mystère de cette succession de père en fils est en train d’être révélé, parce que la foi dans la promesse trouve son accomplissement, ou parce que la conception surnaturelle témoigne que la naissance virginale et céleste est déjà inscrite dans la chair.

Joseph, fils de David. La promesse de Dieu le Père avait été proférée à David de cette façon : Le Seigneur a juré en toute vérité à David, et il ne le décevra pas. Du fruit de ton ventre, je placerai quelqu’un sur ton trône. De ce que cela a été fait, il se réjouit dans le cantique : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite. Du fruit de ton ventre, oui, du fruit de ton ventre, en d’autres termes, de l’utérus, parce que l’Hôte céleste, l’Habitant surnaturel, descendra dans l’hospice de l’utérus, en ignorant la claustration du corps. Il est sorti de l’habitacle du ventre sans ouvrir les portes de la virginité, pour que soit accompli ce qui est chanté dans le Cantique des Cantiques : Elle est un jardin fermé ma sœur, mon épouse. Un jardin fermé, une fontaine scellée.

Joseph, fils de David, n’aie pas peur. L’ange l’avertit de ne pas avoir peur de prendre les intérêts de sa fiancée. Et une âme miséricordieuse tremble d’autant plus qu’elle compatit. Joseph, fils de David, n’aie pas peur. De peur que, quand ta conscience t’aura rassuré, la connaissance du sacrement ne te fasse défaillir. Joseph, fils de David, n’aie pas peur ! Ce que tu vois est une vertu, non un crime. Ce n’est pas la chute d’un être humain, mais une irruption divine. C’est une récompense, non une punition. Ceci n’a pas eu lieu au détriment du corps, mais pour un agrandissement du ciel. Il ne s’agit pas ici de la dénonciation d’une personne, mais de ce que le Juge garde secret. Le répondant remporte ici la palme; il n’a pas à déplorer la peine du supplice. Ce n’est pas le rapt d’un homme, mais le trésor de Dieu. C’est la cause de la vie, non de la mort. Ne crains donc pas, parce que celle qui a mérité de donner la vie à la Vie ne mérite pas d’être mise à mort. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie pour ton épouse. Appeler épouse une conjointe, cela vient de la loi divine. Comme elle est mère en conservant la virginité, elle est épouse en conservant la pudeur.

Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie pour ton épouse, car ce qui est né d’elle est du Saint-Esprit. Qu’ils viennent et qu’ils écoutent ceux qui demandent : Qui est Celui que Marie a engendré ? Ce qui est né d’elle est du Saint-Esprit.

Qu’ils viennent, qu’ils écoutent ceux qui, avec des recours savants au grec, sont parvenus à altérer la pureté latine . Ils disent en blasphémant mère de l’homme (anthropotokos), mère du Christ (christotokos) pour rejeter mère de Dieu (theotokos). Ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Et ce qui est né du Saint-Esprit est Esprit, car Dieu est Esprit. Pourquoi demandes-tu : Qui est né du Saint-Esprit, puisque Dieu t’a déjà répondu que c’est Dieu ? Au commencement, était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu.

Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire. Jean a vu sa gloire, l’infidèle ne voit qu’une indignité. Ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Et nous avons vu sa gloire.

La gloire de qui ? De Celui qui est né du Saint-Esprit, le Verbe qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous. Ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. La vierge a conçu, mais du Saint-Esprit. La vierge a enfanté mais Celui qu’Isaïe avait prédit : Voici qu’une vierge recevra dans son sein et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui signifie Dieu avec nous. Dieu avec nous, eux avec l’homme. Malheur à l’homme qui place son espoir dans l’homme ! Qu’ils écoutent ceux qui demandent : Qui est né de Marie ? Tu enfanteras un fils, dit l’ange, et tu lui donneras le nom de Jésus. Pourquoi Jésus ? L’Apôtre le dit :

Pour qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, de ceux qui sont au ciel, sur la terre et dans les enfers. Et toi, enquêteur plein de fourberie, tu demandes : Qui est Jésus ? Toute langue confesse déjà que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu le Père. Et tu demandes encore : Qui est Jésus ? Le Fils du Père.

Et tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Car c’est lui qui sauvera son peuple. Il ne le sauvera pas d’autre chose. De quoi le sauvera-t-Il ? De leurs péchés.

Voilà le Dieu qui pardonne les péchés. Si tu ne crois pas avec les chrétiens, crois, du moins, comme un infidèle, avec les Juifs qui disaient : Bien que tu sois un homme, tu te fais Dieu. Qui peut remettre les péchés en dehors de Dieu ? Ils refusaient de croire qu’Il était Dieu, eux qui ne croyaient pas qu’Il puisse remettre les péchés. Toi, tu crois qu’Il peut remettre les péchés, mais tu n’oses pas confesser qu’Il est Dieu. Le Verbe s’est fait chair, pour que la chair de l’homme soit sublimée en la gloire de Dieu, non pour que Dieu se transforme dans l’abjection de la matière, comme le dit l’Apôtre : Celui qui s’unit à Dieu est un seul esprit avec Lui. La question qui se pose c’est comment, non quand, Dieu s’est uni à l’homme, tout en demeurant un seul Dieu ?

Les lois humaines interdisent les questions litigieuses avant l’âge de trente ans, et le Christ pendant cinq cents ans s’est prêté à toutes sortes d’accusation sur Sa naissance, a subi des disputes sur Sa nativité, a supporté des remises en question de Son statut. Hérétique, cesse de juger ton Juge, et adore-Le Dieu dans les cieux Celui que le mage a adoré comme Dieu sur la terre.

146ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(Le sens mystique de l’évangile du sermon précédent)

Toutes les fois qu’au solstice d’hiver, se présente le jour de la naissance du Seigneur, et que l’éclat de l’enfantement virginal brille sur toute la terre d’un feu incandescent, c’est volontairement que nous nous taisons, non par crainte. Quel esprit se targue d’affronter la nativité du divin Roi ? Le vue humaine est hébétée quand le soleil darde ses rayons. Quand Dieu darde les Siens, comment ne seraient pas blessés en totalité les yeux de nos âmes ? Après un moment de stupeur, la nouvelle lumière a rétabli nos sens. Alors, un temps est venu où, en regardant la génération du Christ dans la chair, nous contemplons déjà les mystères de Sa divinité. La génération du Christ, dit l’évangéliste, était ainsi.

La génération du Christ était ainsi. Mes frères, si nous voulons comprendre ces paroles, ne donnons pas aux mots leur sens humain ordinaire. . Il faut savoir mettre de côté le sens humain, là où tout est divin. Le Christ n’est pas né à la manière accoutumée, mais par miracle. Il n’est pas l’œuvre de la nature, mais de la vertu divine; non des lois biologiques, mais de la puissance divine; non de la raison humaine, car Il est un prodige céleste. Qu’est-ce que la science séculière comprend ici ? Qu’a à rechercher ici l’intelligence charnelle ? La génération du Christ, dit-il, était ainsi. Il ne dit pas s’est produite ainsi, a eu lieu ainsi, est arrivée ainsi. Non, il dit : était ainsi, parce que la génération du Christ était auprès du Père, quand sa mère L’a engendré.

Ce qui était était toujours. Ce qui a été fait a été donné en retour. Il était Dieu, il s’est rendu homme. Il nous a reçus au sortir de l’utérus Celui qui nous avait façonnés avec du limon.

Comme Marie sa mère était promise à un homme. Il suffisait de dire : comme Marie était promise à un homme. Quel sens a pour nous une mère-fiancée ? Si elle mère, elle n’est pas fiancée; si elle est fiancée, elle n’est pas encore mère. Comme Marie sa mère était promise à un homme. Fiancée par la virginité, mère par la fécondité. Une mère qui ne connaît pas l’homme, mais qui a conscience d’enfanter. Pourquoi n’est-elle pas mère avant de concevoir celle qui est une mère vierge après l’enfantement ? Ou pourquoi en enfantant le Créateur des siècles, la mère n’a-t-elle pas donné le commencement aux êtres ? La nature vierge est toujours mère, et la marâtre est toujours corruption. Que la vierge régénère par Dieu ce que la vierge a généré par Dieu, c’est là une tâche typiquement virginale. Dieu et l’intégrité de la vierge forment une association céleste; la virginité unie au Christ constitue le couple de la vertu parfaite. Qu’une vierge parvienne à concevoir, c’est tout à l’honneur du Saint-Esprit ; la chair n’y est pour rien. C’est le secret de Dieu, non le fruit de l’union conjugale. Que le Christ naisse, cela provient de la Majesté divine, non de l’imbécillité humaine. La déité trouve toute sa gloire là où la chair n’éprouve aucun affront.

Avant qu’ils cohabitent, elle a été trouvée enceinte du Saint-Esprit.

Pourquoi le mystère de l’innocence céleste a-t-il été destiné à une fiancée, et non à une femme libre de tout engagement ? Pourquoi le péril de la fiancée dépend-il de la ferveur du fiancé ? Pourquoi une telle vertu a-t-elle passé pour un crime; le salut, une condamnation ? Pourquoi parmi des innocents, la pudeur doit-elle tant peiner, la honte être si pesante ? Pourquoi la chasteté doit-elle s’épuiser, la confiance être blessée ? Pourquoi cette mise en accusation; d’où vient l’urgence d’en finir; pourquoi est déniée toute possibilité d’expliquer ? Qui défend la fiancée que le fiancé accuse ? Quel besoin y a-t-il d’un défenseur étranger quand est présent le témoin interne du fait ?

Qu’allons-nous penser, mes frères ? Dans l’évangile, il n’y a pas un point, pas une syllabe, pas une parole, par un nom, pas une personne qui soient privés d’un sens figuratif divin. C’est une fiancée que l’on recherche, pour qu’elle représente déjà l’Eglise, la fiancée du Christ, selon le Prophète Osée : Je te fiancerai à moi dans la justice et le jugement, dans la miséricorde et les miséricordes,, et je te fiancerai dans la foi Jean dit pareillement : Celui qui a la fiancée, c’est lui le fiancé. Et saint Paul : Je vous ai fiancés à un seul homme, pour que vous vous comportiez avec le Christ comme une vierge chaste. Elle est vraiment fiancée celle qui, par l’enfantement virginal, engendre de nouveau une nouvelle enfance du Christ. Le fiancé Joseph agit comme un pourvoyeur . Joseph l’administrateur était fiancé, pour que, dans l’autre Joseph, il représente la figure de la passion du Christ. Le don de prophétie de Joseph a provoqué la jalousie; les visions prophétiques du Christ lui ont attiré l’envie. Joseph a été envoyé dans l’étang de la mort; le Christ en a émergé vivant. Le Christ est donné au sépulcre de la mort, et Il en retourne vivant. Joseph a été vendu, le Christ a été estimé à prix d’argent. Joseph a été transporté en Egypte, Jésus a fui en Egypte. Joseph a procuré du pain avec abondance aux peuples affamés; le Christ rassasie avec le Pain du ciel toutes les nations demeurant sur toute la terre. Il apparaît donc que ce Joseph-là a présenté le type du fiancé céleste, en a porté l’image, a vécu en figure.

Marie est nommée mère.

Et quand Marie n’est-elle pas mère ? Il appela le rassemblement des eaux mers. (maria, en latin) N’a-t-elle pas, avec un seul utérus, conçu le peuple qui sortait de l’égypte , pour qu’émerge une progéniture céleste, renaît en une nouvelle créature, selon ce mot de l’Apôtre : Nos pères ont tous été sous la nuée, et ils ont tous traversé la mer, et en Moïse, ils ont tous été baptisés dans la nuée et la mer.

Et pour que Marie ouvre toujours la voie au salut humain, elle précède de plein droit le peuple que l’onde génératrice avait rendu à la lumière. Marie, sœur d’Aaron, prit un tambourin dans ses mains et dit : Chantons le Seigneur, car il a été glorieusement honoré. Le nom de cette prophétesse est authentique, il est salutaire aux renais, honorable à la virginité. Il est la gloire de la pudicité, la vertu de l’hospitalité, le soutien de la sainteté. C’est donc avec raison que le nom de la mère du Christ est un nom maternel.

Nous avons expliqué pourquoi la mère est une fiancée, pourquoi Joseph était un fiancé, pourquoi le nom de Marie est un nom maternel, pour dévoiler que tout ce qui se rapporte à la naissance du Christ a un sens mystique.

Maintenant allons chercher des témoignages ailleurs pour expliquer pourquoi on avait besoin d’une fiancée pour l’enfantement du Christ.

Isaïe avait prédit lui aussi qu’une vierge enfanterait le Dieu du ciel, le Roi de la terre, le Seigneur du globe, le Réparateur du monde, le Meurtrier de la mort, le Restaurateur de la vie, l’Auteur de la perpétuité.

A quel point cela était triste aux mondains, terrible aux rois, redoutable aux Juifs, la naissance elle-même du Seigneur l’a démontré. Car, dès que la Judée apprit, par les renseignements des Mages, que le Christ était né, et dès qu’Hérode en fut informé, les Juifs ont décidé de L’anéantir, Hérode de Le tuer. Et parce qu’ils craignaient qu’Il prenne leur place, ils se sont efforcés de tuer le Sauveur de tous. Et finalement, parce qu’ils n’ont pas pu reconnaître en Lui le Messie, ils ont saccagé la patrie, ont mêlé le sang au lait, et, avec une fureur parricide, ils ont ameuté leurs congénères contre Lui. Ils ont mis en pièces les compagnons de l’innocence, parce qu’ils n’ont pas su trouver des complices de la faute qu’ils auraient du punir.

Si, à sa naissance, ils ont agi ainsi, qu’aurait fait au Christ une telle férocité quand Il a été conçu ? Voilà pourquoi il a été prévu que Joseph serait un fiancé, qu’il jouerait le rôle d’un mari, pour que s’éclipse le miracle, pour que le signe soit recouvert, pour que soit voilé l’enfantement virginal, pour qu’il ne prête pas flanc à une accusation criminelle, et pour déjouer les enquêtes insidieuses d’un fouineur éventuel.

Le Christ était voué à la mort. Mais s’Il avait été tué dans l’utérus, cette mort prématurée L’aurait enlevé sans qu’Il puisse procurer notre salut. Ce texte nous a donné aujourd’hui, pour ainsi dire, bien des choses à déguster. Que suffise, mes frères, le sacrement du Seigneur !

147ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(du sacrement de l’Incarnation)

Qu’est-ce qui a fait, mes frères, que le Christ notre Seigneur entreprenne un échange avec notre corps, entre dans les replis de notre chair, habite la demeure d’un sein virginal ? Pour pouvoir commencer à comprendre ces choses, écoutons-les plus pleinement aujourd’hui. Vous êtes ma vie, vous êtes mon salut. Je ne souffrirai donc pas que vous ignoriez ce que Dieu m’a donné de comprendre. L’évangéliste avait compris ce qu’est Dieu quand il a dit : Personne n’a jamais vu Dieu. Il faisait donc connaître le Dieu qu’il avait connu , qu’il avait perçu avec ses sens. Parce qu’elle ne pouvait pas Le voir, la créature éprouvait une dure servitude; c’est dans la tristesse qu’elle rendait hommage à une Majesté invisible. Tous étaient obsédés par la peur. La crainte enchaînait tout l’univers. La terreur écrasait tout le monde. Au ciel, la splendeur divine prostrait les anges. Sur la terre, les coups de tonnerre et les éclairs battaient en brèche les cœurs des mortels. C’est ainsi qu’insensiblement, la crainte a évacué l’amour du Dominateur. Elle a fait fuir les anges sur la terre. Elle a affriolé les hommes vers les idoles. Elle a rempli le monde de la vanité de l’erreur. Elle vit à ce que tous fuient leur Créateur et adorent les idoles. Celui qui est dominé par la peur ne peut pas aimer. C’est ainsi que le monde a préféré périr plutôt que de craindre, car la mort elle-même est plus légère que la crainte.

Quand Caïn commença à être tourmenté par le remords d’avoir tué son frère, il demanda la mort. Il croyait qu’il trouverait le repos en mourant. Elie lui-même, quand il se sentit complètement submergé par la peur, redemandait la mort qu’il avait fuie, estimant qu’il était préférable de succomber à la mort plutôt qu’à la peur. Et même Pierre, troublé de crainte par la puissance du Seigneur, suppliait le Christ de s’éloigner de lui.

Eloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. Il disait cela parce que la pesanteur de la peur avait éteint ce qu’il y avait d’amour et de confiance. Si donc la crainte n’est pas tempérée par l’amour, elle rend récalcitrante toute servitude pieuse.

Voyant le monde s’écrouler à cause de la crainte, Dieu a immédiatement pourvu à le rappeler par l’amour, à l’inviter à la grâce, à le tenir par la charité, à se l’attacher par l’affection. La terre encroutée de vices, Il l’a noyée dans un déluge justicier. Mais Il appelle Noé pour en faire le père du nouveau monde; Il s’adresse à lui avec une parole affable ; Il lui donne confiance par Sa familiarité; Il lui parle avec débonnaireté de ce qu’il y a à faire maintenant, et le console en lui donnant la grâce d’espérer dans les biens futurs.

Et non sous les ordres de quelqu’un, mais dans un travail communautaire, ils enfermèrent ensemble dans l’arche la naissance de tout un monde, pour que l’amour communautaire enlève la crainte de la servitude, et pour que l’amour de tous pour tous sauvegarde ce que le travail en commun avait sauvé.

Dieu appelle Abraham du milieu des Gentils; Il l’agrandit en ajoutant une syllabe à son nom; Il le fait père de la foi; Il l’accompagne sur son chemin; Il le conserve au milieu des étrangers; Il l’enrichit, Il l’honore de victoires guerrières;

Il lui donne des promesses en gage; l’arrache des mains des injustes; le glorifie par une naissance qu’il n’espérait plus. Pour que comblé de tant de biens, alléché par toute la douceur de la charité divine, il apprenne à aimer Dieu et non à Le craindre, à L’adorer par amour, non par crainte.

C’est pour cela également que Dieu console dans un songe Jacob en fuite, le provoque au combat quand Il revient, et le serre de l’étreinte d’un lutteur, pour qu’il aime le Père du combat et ne Le craigne pas.

Voilà pourquoi Dieu appelle Moïse avec une voix paternelle. Il lui parle avec une charité paternelle, et l’invite à être le libérateur de son peuple. Que dire de plus ? Il le fait, pour ainsi dire, dieu; Il l’a donné comme le dieu de Pharaon. Il fait de lui un dieu, Il le munit de miracles, Il l’arme de prodiges, Il triomphe des guerres par ses ordres. Il lui accorde de vaincre le soldat par une seule parole. Il lui concède de triompher par son ordre. Et par toutes les couronnes des vertus, Il le promeut à Son amitié, lui accorde de participer au royaume céleste, et a la complaisance de lui permettre d’être lui aussi législateur.

Mais la raison pour laquelle il a tout reçu cela de Dieu, c’est pour qu’il L’aime. Et à la fin, il a été tellement embrasé de l’amour de Dieu qu’il L’a aimé avec ardeur, et qu’il a enseigné aux autres à L’aimer ainsi : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. Tout ce qu’ont le cœur, l’esprit et les forces humaines Il a voulu qu’ils soient possédés de l’amour de Dieu, pour que l’affection mondaine de l’homme n’ait rien à violer.

La flamme de la charité divine avait donc embrasé les cœurs humains, et toute l’ébriété de l’amour divin s’était répandue dans les sens humains. Mais, comme nous l’avons déjà mentionné, l’esprit a été blessé, et les hommes ont commencé à vouloir voir Dieu avec des yeux charnels. Le Dieu que le monde ne peut contenir, comment la petitesse du regard humain pourrait-elle l’apercevoir? Le droit de l’amour n’a rien à voir avec le dû et le possible. L’amour ignore le jugement, il n’est pas raisonnable, et il est démesuré. L’impossibilité d’une chose ne console pas l’amour; la difficulté d’une chose ne guérit pas l’amour. L’amour fait mourir l’amant s’il ne parvient pas à ses désirs.

Et c’est pourquoi il va où le vent le pousse, non là où il doit aller. L’amour enfante le désir, son ardeur le fait croître, et le fait tendre à ce qui ne lui est pas accordé. Que dire de plus ?

L’amour ne peut pas ne pas voir ce qu’il aime. Voilà pourquoi tous les saints ont estimé peu de chose tout ce qu’ils méritaient, s’ils ne voyaient pas Dieu. Et en toute vérité, mes frères, comment quelqu’un rendrait-il hommage pour les biens reçus, s’il ne voyait pas le Donateur des bienfaits ? Ou comment peut-il croire être aimé par Dieu s’il ne mérite pas d’en voir le visage ? Voilà pourquoi l’amour qui désire voir Dieu a tout au moins le zèle de la piété, s’il manque de jugement. Voilà pourquoi Moïse ose dire : Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, montre-moi ta face. De là vient qu’un autre a dit : Montre ta face. Et enfin, les Gentils eux-mêmes ont fabriqué des idoles pour voir de leurs yeux ce qu’ils adoraient de façon erronée. Sachant donc que les hommes étaient tourmentés du désir de Le voir, et qu’ils étaient las de ce qui est mortel, Dieu a choisi de Se rendre visible, ce qui serait une grande chose pour la terre, et une non moindre pour les cieux. Car ce qui sur la terre avait été fait par Dieu semblable à Lui ne pouvait-il pas être honoré au Ciel ? Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. La dévotion parfaite doit à l’image ce qu’elle doit au roi. Si, du haut du ciel, Il avait assumé un ange, Il n’en serait pas moins demeuré invisible. S’Il avait, de la terre, assumé un être inférieur à l’homme, une injure aurait été commise envers la Divinité, et l’homme en aurait été abaissé, non surélevé.

Que personne donc ne croie, très chers, qu’il est injurieux à Dieu d’être venu vers les hommes par l’homme, et qu’Il ait assumé l’Un d’entre nous, pour que nous puissions Le voir, Lui qui vit et règne, Dieu, maintenant et par tous les siècles des siècles. Amen.

148ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(suite du précédent)

Aujourd’hui, mes frères, nous devons revenir au sermon d’hier. Nous devons aujourd’hui revivre la joie de la nativité du Seigneur. Quand la vierge conçoit ou enfante tout en demeurant vierge, ce n’est pas la coutume qui le veut, mais le miracle; non la raison, mais la vertu; non la nature, mais Son Auteur. Ce n’est pas un évènement commun, mais unique; quelque chose de divin, non d’humain. Que le philosophe cesse donc de se pressurer le cerveau : la naissance du Christ ne s’explique pas par les lois de la nature, mais par la toute-puissance divine. Elle est honorable à Dieu, non injurieuse. Ce n’est pas au détriment de la Déité qu’elle a été le sacrement de la miséricorde. Elle a été la réparation du salut humain, mais ne fut jamais une diminution de la substance divine. Celui qui, sans naître, a fait l’homme d’un limon intact, c’est le Même qui, en naissant, a fait l’ Homme d’un corps intact. La main qui, avec bonté, prit du limon pour façonner notre corps, a pris également la chair avec bonté pour restaurer notre être.

Que le Créateur soit dans sa créature, que Dieu se trouve dans la chair, c’est un honneur qui est rendu à la créature, sans porter aucun préjudice au Créateur.

Celui qui voit là-dedans un outrage à la divinité, croit donc que le limon est plus précieux que la chair. Peut-être regrette-t-il que l’outrage apporté par le limon à la divinité se soit changé en un ennoblissement de la chair et en une glorification de l’homme !

Homme, pourquoi es-tu si vil à tes yeux, toi qui es si précieux aux yeux de Dieu ? Puisque tu es si honoré par Dieu, pourquoi t’avilis-tu ainsi ? Pourquoi cherches-tu d’où tu viens, au lieu d’essayer de découvrir pourquoi tu as été fait ? Toute cette maison du monde que tu vois n’a-t-elle pas été faite pour toi ? C’est pour toi que la lumière resplendit afin de chasser les ténèbres qui t’entourent de toute part. C’est pour toi que la nuit est plus fraîche. C’est pour toi que les jours sont mesurés. C’est pour toi que le ciel brille de l’éclat du soleil, de la lune et des étoiles. C’est pour toi que la terre est remplie de fleurs, de bosquets et de fruits. C’est pour toi qu’a été crée dans l’air, dans les champs, dans les cours d’eau magnifiques une multitude admirable d’êtres vivants, pour que la solitude d’un triste monde ne déteigne pas sur la joie du nouveau monde. La raison pour laquelle Dieu t’a fait à partir de la terre, c’est pour que tu sois le maître des choses terrestres; et que tu leur sois apparenté, en partageant la même substance. Bien que tu proviennes de la terre, Il ne t’a quand même pas mis sur un pied d’égalité avec les choses terrestres, puisque, avec ton âme céleste, tu es l’égal des créatures célestes. Et pour que, avec Dieu, tu possèdes une raison en commun, et que tu aies un corps semblable à celui des animaux, Dieu t’a donné une âme qui vient du ciel, et un corps qui provient de la terre. Pour qu’en toi, une concorde soit nouée entre le Ciel et la terre. Se demandant ce qu’Il pouvait bien encore ajouter pour te faire honneur, ton Créateur à inventer ceci : Il a incrusté en toi Son image, pour que le Créateur invisible soit rendu présent sur la terre par Son image visible. Et Il t’a donné à toi Son pouvoir sur les choses terrestres, pour que le vicaire du Seigneur ne soit pas frustré de la possession du monde dans toute son étendue. Et s’il en est bien ainsi, pourquoi penses-tu que Dieu subit une avanie quand Il tire avec clémence de Lui-même ce qu’Il fait en toi par Lui-même;

et quand Il a voulu, en toute vérité, être vu dans l’homme, dans lequel Il avait voulu auparavant qu’on voit Son image ? A celui qui avait autrefois reçu d’être la similitude divine, Dieu lui donne d’être lui-même Celui que représente l’image. La vierge a conçu, la vierge a enfanté.

Que cette conception ne te bouleverse pas; que cette naissance ne te déboussole pas, puisque la pudeur virginale rachète tout ce qu’il y a d’humain. Où se trouve la lésion de la pudeur, là où la Déité s’est associé l’intégrité qui lui est toujours amie; là où l’entremetteur est un ange; où le chaperon est la fidélité, où le mariage est la chasteté, où l’engagement réciproque est la vertu, où le juge est la conscience, ou la cause est celle de Dieu, où la conception se fait dans le respect de l’intégrité, l’enfantement dans la virginité, où la mère est en même temps vierge ?

Que personne donc ne juge à l’humaine ce qui s’accomplit par un sacrement divin ! Que personne ne discute un mystère céleste avec sa raison raisonnante ! Que personne ne cherche des exemples anciens pour rendre compte de la nouveauté du secret divin ! Que personne ne juge l’exception par la règle générale !

Que personne ne tourne la miséricorde divine en affront à la nature divine ! Que le salut n’entraîne la perte de personne ! Il est certain que celui qui désire connaître en profondeur recourt à la loi. C’est par la loi qu’il acquiert la science juridique. C’est l’autorité ou la crédibilité d’un auteur qui fera qu’on admet un fait rapporté par cet auteur. Or c’est est la loi qui rapporte que Dieu a créé l’homme à une vie qui lui est propre; que c’est pour l’homme qu’Il a ordonné à la terre de produire des fruits dans une servitude volontaire. Que les bêtes sauvages et les animaux domestiques Il a voulu les soumettre au pouvoir de l’homme, non à son industrie, pour qu’en ignorant le travail pénible, et ne connaissant pas la souffrance, il possède dans une joie paradisiaque, tout ce qu’il y a de délicieux.

Mais pour que l’homme n’aie pas toute ces choses, l’ange, qui était parmi les tout premiers, éprouva de l’envie, et préféra dégénérer en démon plutôt que de voir l’homme dans tout l’éclat de sa gloire.

Enflammé de jalousie, il assaille ensuite la femme avec les armes de la ruse, et incite la vierge à déguster le fruit défendu. La vierge tentée tente la vierge et bientôt son mari, et elle rejette le statut de la vie en administrant la nourriture de la mort, l’aliment du péché. Et elle fut la cause de la ruine du genre humain celle qui avait été faite, d’une façon toute particulière, pour en être sa consolation.

C’est de là que vient le premier péché, l’origine de la mort, le travail à la sueur de son front, la douleur, les gémissements. C’est à partir d’ici que s’est propagée l’amère condition de notre servitude. Car l’homme qui auparavant était le seigneur de l’univers, a été dégradé à n’être plus que le serviteur de tous. Et il a peur de tous celui qui était craint par tous. Et c’est à peine si, avec toute son industrie, il arrive à faire ce qu’il avait le pouvoir de faire sans effort.

Voilà pourquoi, mes frères, le mode de naissance du Christ est tel. Le diable était venu à une vierge; l’ange vient à Marie, pour que ce que le mauvais ange avait abattu, le bon ange le relève. Le mauvais ange a persuadé ève d’être infidèle à son Dieu; le bon ange encouragea Marie à croire en Lui. ève crut au tentateur, Marie à son Auteur. Le Christ naît pour régénérer, en naissant, la nature corrompue. Il a accueilli l’enfance, Il s’est soumis à la nécessité de manger, Il a vieilli d’un an à chaque année, pour pouvoir instaurer l’âge parfait permanent, que Lui-même avait fait. Il porte l’homme pour que l’homme ne puisse pas tomber. Il rend céleste celui qu’Il avait créé terrestre.

Celui qui était animé par un esprit humain, Il le vivifie dans un esprit divin. Et Il le projette ainsi au complet en Dieu, pour qu’il ne reste rien en lui qui ait trait au péché, à la douleur et à la terre.

C’est notre Seigneur Jésus-Christ qui accorde tout cela, Lui qui vit et règne avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu maintenant et toujours, et pendant les siècles immortels des siècles. Amen.

149ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(la paix)

A l’avènement du Seigneur et de notre Sauveur, et en la présence de Son corps, les anges, qui conduisaient des chœurs célestes, évangélisaient les bergers en leur disant :

Je vous annonce une grande joie qui sera pour tout le peuple. Empruntant la voix de ces saints anges, nous vous annonçons donc, à notre tour, une grande joie. Car aujourd’hui, l’église est en paix, et les hérétiques en furie.

Aujourd’hui, le navire de l’église est au port, et la rage des hérétiques a sombré dans les flots. Aujourd’hui, mes frères, les pasteurs de l’église sont en sécurité, et les hérétiques sont en pleine turbulence.

Aujourd’hui les brebis du Seigneur sont sous bonne garde, et les loups en perdent la tête. Aujourd’hui la vigne du Seigneur est abondante, et les ouvriers d’iniquité sont dans l’indigence. Aujourd’hui, mes très chers, le peuple du Christ est exalté, et les ennemis de la vérité sont bafoués. Aujourd’hui, mes très chers, le Christ est dans la joie, et le démon broie du noir.

Les anges exultent aujourd’hui, et les diables sont en branle-bas de combat. Et que dire de plus ? Le Christ, qui est le roi de la paix, allant de l’avant avec l’étendard sa paix, a mis en fuite la division , a repoussé la dissension, a épouvanté la discorde; et comme le fait le soleil dans le ciel avec son flux lumineux, Il a illuminé l’église du scintillement de Sa paix.

Parce que vous est né aujourd’hui, le sauveur du monde. O comme il est désirable le nom de la paix, qui est le fondement stable de la religion chrétienne, et l’ornement céleste de l’autel du Seigneur ! Que pouvons-nous proposer qui soit digne de la paix ? La paix est le nom du Christ Lui-même, comme le dit l’Apôtre : Parce que le Christ est notre paix qui a fait de l’une et l’autre une seule chose. Ce n’était pas la foi ou des opinions différentes qui les séparaient, mais l’envie du démon. Pour la venue de l’empereur, toutes les places publiques sont astiquées, toute la cité est pavoisée de fleurs multicolores et de drapeaux, pour qu’il n’y ait rien qui blesse le regard de l’empereur. Il en est de même pour nous.

A l’arrivée du Christ, Roi de la paix, que tout ce qui est triste soit banni de notre vue. Et quand la Vérité darde tous Ses rayons, que le mensonge s’enfuie, que la discorde prenne le mors aux dents , que resplendisse la concorde !

Il arrive souvent, comme nous le constatons, que là où sont exposés les tableaux des empereurs ou de leurs frères, pour donner des indices de l’harmonie qui règne entre eux, le peintre représente la Concorde en habit féminin au dos des cadres de chacun. En les embrassant de ses bras l’un et l’autre, elle indique que ceux qui semblent séparés de corps communient dans les mêmes visées et la même volonté.

De la même façon, que la paix du Seigneur qui est au milieu de nous, et qui, par les palpitations de son cœur, maintient chacun de nous en lien avec les autres, nous enseigne à unir en une seule âme des corps séparés, en nous épaulant les uns les autres. Alors s’accomplira le discours prophétique : Et ils s’entendront tous les deux pour faire la paix.

Hier, notre père commun a prêché sur la paix évangélique.

A notre tour, aujourd’hui, nous apportons notre contribution à la paix. Il nous a entretenus de la paix, nous qui lui sommes étrangers, en nous tendant les mains à la façon d’un suppliant. Et nous aujourd’hui, c’est avec un cœur dilaté par la charité, et les bras ouverts, que nous irons à sa rencontre avec des présents de paix. Les guerres ont été détruites. La beauté de la paix l’a emporté sur tout. Le démon est maintenant dans l’affliction, et toute la tourbe des démons est aux abois. Le ciel est dans la joie, les anges exultent, eux à qui, d’une façon toute spéciale, la paix est familière. L’ont en admiration les vertus célestes elles-mêmes, auprès desquelles se trouve sa source éternelle. Les terriens aussi sont arrosés des gouttes qu’elle distille. Et c’est pourquoi même si sur cette terre la paix est louée par les saints, sa splendeur obtient son point culminant dans le ciel. Les anges du ciel la louent en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Vous savez par l’expérience, mes frères, que les hommes terrestres aussi bien que les célestes s’envoient mutuellement des gages de paix. Les anges du ciel annoncent la paix à la terre, les saints sur la terre louangent le Christ notre Paix, qui trône dans le ciel, et chantent dans des chœurs mystiques : Hosanna dans les hauteurs.

Disons donc, nous aussi, avec les anges : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, Lui qui a rabaissé le démon et exalté son Christ. Gloire à Dieu au plus haut des dieux, qui a mis en fuite la discorde, et a stabilisé la paix.

Entendez, mes frères, le chant d’exaltation de l’ange : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre Je vous parle, pour finir, de l’adresse du démon dont vous n’ignorez pas, vous non plus, les astuces. Satan a vu la solidité et la stabilité de la foi de l’église; il l’a vue munie de la piété des dogmes; il a vu qu’elle fructifiait abondamment en bonnes œuvres. Toutes ces choses l’ont conduit à l’insanité. La fureur de la rage le consume du désir de briser l’harmonie, d’extirper la charité, de rompre la paix. Mais que la paix soit toujours avec nous !

150ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(la fuite en Egypte)

Si un sermon ne parvient pas à faire comprendre la conception virginale et l’accouchement virginal, et si la raison se sent dépassée, que dire d’un Dieu qui fuit devant un homme ? Un ange du Seigneur est apparu en songe à Joseph et lui dit : Prends l’enfant et sa mère, et sauve-toi en égypte. Nous avons déjà dit que c’est la miséricorde qui légitime la naissance du Christ. Mais nous lisons aujourd’hui que le Christ a fui. Quelle explication en donnerons-nous ? Nous avons dit qu’Il était né pour réparer la nature humaine. Nous pouvons peut-être dire qu’Il a fui pour rappeler les fuyards ! Et, en toute vérité, s’Il erre sur les montagnes pour rappeler la brebis errante, pourquoi ne fuirait-Il pas pour ramener les peuples en fuite ? Prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte. Pourquoi une action céleste est-elle présentée de façon à déconcerter le sens commun, à rebuter l’esprit, à grever l’intelligence, à hébéter l’oreille ? De façon à faire osciller la foi, vaciller l’espérance, et à faire s’écrouler la croyance elle-même ? Prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte. Quand David a été poursuivi par Saül, il s’est enfui en Judée, et a été accueilli par les gens du voisinage.

La maison d’une seule veuve a suffi à Elie pour qu’il s’y réfugie. Mais quand le Christ fuit, Il n’a pas de lieu où aller, la province lui fait défaut, la patrie ne se porte pas à son secours. Quand Il émigre, les gens du voisinage, les régions limitrophes n’ont rien à Lui offrir.

Mais c’est le triste lieu de l’égypte qui lui procure assistance, un pays de langue et de coutumes étrangères, de mœurs barbares.

Prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte. Si le Refuge des êtres fuit, si le Secours de tous se cache, si la Force de tous ressent la crainte, si le Défenseur de tous est sans défense, pourquoi la désertion est-elle marquée d’infamie, l’hésitation blâmée, la peur flétrie ? Pourquoi considère-t-on comme criminels le reniement de Pierre, la crainte et la fuite de Jean, ainsi que la désertion de ses disciples, que la peur avait inspirée ? Toutes ces choses, mes frères, admettons qu’elles ont eu lieu. Mais pourquoi les confier à l’écriture, pourquoi sont-elles rapportées dans des livres, pourquoi sont-elles racontées par les siècles, pourquoi des lectures quotidiennes nous les font-elles connaître ?

La lecture d’actes vertueux invite les âmes à l’héroïsme; de la même façon, le récit des faiblesses humaines déprime les âmes. Quelle est donc l’intention de l’évangéliste qui relate ces choses pour mémoire perpétuelle ?

C’est le devoir d’un soldat dévoué de taire la fugue de son empereur, d’insister sur sa constance, de mettre en lumière ses vertus, de cacher ses peurs, de faire connaître ses points forts, de passer sous silence ses points faibles, d’ignorer ses défaites, et de trompeter ses victoires, afin de pouvoir briser l’audace des ennemis, et d’enflammer le courage de ses compagnons. L’évangéliste donc, en rapportant de telles choses, semble encourager l’aboiement des hérétiques, et soutirer toute défense aux fidèles. Prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte. C’est la fuite qui est commandée, non le départ.

Cette fuite n’est pas entreprise de plein gré, mais est imposée comme une nécessité. L’ange conseille un voyage clandestin, non une migration au su et au vu de tous. Pour que la route, qui est par elle-même éprouvante, le devienne davantage par la crainte. Il est donc temps que nous nous enquérions des raisons pour lesquelles ces choses ont été décrites.

Prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte. La fuite d’un brave guerrier n’est pas inspirée par la crainte, mais par la tactique. Quand Dieu fuit l’homme, ce n’est pas l’œuvre de la peur, mais d’un sacrement. Il est toujours le Tout-Puissant, quand Il se soumet à un vermisseau. Il ne redoute pas son poursuivant, mais Il veut l’amener à l’extérieur. Car il veut vaincre au grand jour Celui qui désire remporter sur l’ennemi une victoire publique. Il ne supporte pas d’engager un conflit occulte Celui qui veut communiquer Son triomphe à tous les siècles. Une victoire secrète, un acte de bravoure occulte ne laissent aucun exemple à la postérité. Le Christ fuit donc pour céder au temps, non à Hérode. Car Il ne fuit pas la mort, Lui qui était venu pour remporter la victoire sur l’ennemi. Il ne redoute pas non plus les embûches humaines, Lui qui venait percer à jour toues les astuces de la fraude diabolique. Il n’a pas craint, alors, quand Il était enfant. En tant qu’homme, Il ne pouvait pas craindre, et en tant que Dieu, Il ne le pouvait pas non plus. Mes frères, si le Christ avait été immolé au milieu de ce troupeau de nourrissons, sa mort n’aurait pas été volontaire;

elle lui serait arrivée par hasard. Elle n’aurait pas été commandée par le courage, mais par la faiblesse. Elle n’aurait pas manifesté la toute-puissance de Dieu, mais la fatalité. L’innocence aurait remporté le prix, mais la Majesté divine n’aurait pas pu en tirer aucune gloire. Alors, pourquoi Dieu aurait-il dit : Tu ne feras pas cuire l’agneau dans le lait de sa mère ? Il arrivera qu’Hérode recherchera l’enfant. Hérode cherchait, mais c’était le démon qui cherchait en Hérode, parce qu’il voyait s’éloigner de lui les mages qui étaient les plus excellents parmi ceux qui adhéraient à ses erreurs. Si le Christ prisonnier de Ses langes, occupé à plein temps à sucer le sein de Sa mère, ne sachant pas encore parler, incapable d’agir, avait transformé les mages en chefs très fidèles de Ses troupes, que pourra-t-Il faire à l’âge adulte ? Le démon se le demandait déjà. En conséquence, Il ameutait les Juifs, s’acharnait sur Hérode, pour qu’il se porte au devant de l’enfance suspecte du Christ, pour qu’il s’empare d’avance de son Pouvoir futur dont il voyait les marques, et pour qu’en stratège rusé, il élimine l’étendard de la croix, victorieux au suprême degré pour nous, mais létal pour lui . Le démon pressentait que le Christ, avec sa doctrine et ses miracles, réparerait bientôt la vie, et s’emparerait de tout l’univers, Lui qui, encore vagissant, avait conquis des rois, selon ce mot du Prophète : Avant que l’enfant puisse appeler son père ou sa mère, il recevra le pouvoir de Damase et les dépouilles de Samarie. Les Juifs eux-mêmes en donnèrent la preuve en disant : Vous voyez que nous n’avançons à rien, et que tout le monde court après lui. Par la loi et les prophètes, Dieu avait promis que le Christ viendrait dans la chair, qu’Il croîtrait au fur et à mesure qu’Il avancerait en âge, qu’Il annoncerait la gloire du royaume céleste, qu’Il prêcherait la doctrine de la foi, et qu’Il mettrait en fuite les démons par le seul empire de sa parole. Il donnerait la vue aux aveugles, la course aux boiteux, la parole aux muets, l’ouïe aux sourds, le pardon aux pécheurs, la vie aux morts.

Puisque toutes ces choses le Christ avait à les accomplir à l’âge adulte, l’enfant n’a pas fui la mort, mais l’a remise à plus tard. Et enfin, c’est l’évangéliste qui affirme que Sa fugue ne provenait pas de la crainte du danger, mais du mystère de la prophétie : Pour que soit accompli ce que le Seigneur a dit par son prophète : J’ai appelé mon fils de l’égypte.

Le Christ a donc fui pour maintenir la vérité de la loi, la foi dans la prophétie, le témoignage du psalmiste, au dire de Dieu Lui-même : Il était nécessaire que s’accomplisse tout ce qui avait tété écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes. Le Christ fuit non pour Lui, mais pour nous. Le Christ fuit pour préserver les temps de la dispensation des sacrements. Le Christ fuit pour subvenir aux vertus futures, pour enlever toute excuse aux perfides, et pour accorder largement aux futurs croyants la confiance de la foi. Car, dans une persécution, il est préférable de fuir plutôt que d’apostasier. Enfin, Pierre a renié pour avoir refusé de fuir; et Jean a fui pour ne pas renier.

151ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(la fuite en Egypte)

La lecture d’aujourd’hui perturbe le cœur, ébranle les viscères, stupéfait l’ouïe. Voici que l’ange du Seigneur est apparu à Joseph en songe et lui a dit : Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte. Celui à la naissance duquel la virginité ne s’est pas opposé, la raison n’a pas fait d’objection, la nature n’a pas créé de difficultés, quelle puissance, quelle force, quelle crise a prévalu pour le contraindre à la fuite?

Prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte.

Il dirait avec plus de respect : Va en égypte.

Ce serait ainsi un départ, non une fuite; une décision volontaire, non une démarche imposée; une résolution, non une escapade; quelque chose d’humain du moins, à défaut d’être divin. Mais maintenant, la fuite est commandée; l’ordre vient du Ciel et est apporté par un ange, comme si le Ciel avait paniqué avant la terre. Prends l’enfant et sa mère, et fuis en égypte. Fuis en égypte loin des tiens et chez des étrangers.

éloigne-toi des saints pour te diriger vers les sacrilèges. Quitte le temple pour aller vers les lieux consacrés aux démons. Va du pays des saints vers la patrie des idoles. Ainsi, le territoire de la Judée n’est pas assez étendu, la terre sainte est trop étroite pour le posséder, le Saint des Saints du temple ne peut le contenir. La foule obscure des prêtres ne le reçoit pas, le nombre investigable de ses parents ne le cache pas. Aucun de ceux-là n’empêche Dieu d’être conduit dans un refuge égyptien profane. La chose est si urgente qu’on a pas le temps de tenir compte de la réserve de la vierge, de la fatigue de la mère, de la pudeur du sexe, de l’itinéraire à tracer par Joseph, de l’épuisement causé par une longue marche, de l’éloignement de toute maison habitable. Et, ce qui était le plus pénible de tout, l’obligation pour des Juifs d’avoir à voyager parmi des Gentils, avec lesquels ils n’avaient rien en commun, et qui avaient fait le naufrage de la transgression de la loi. Comme il est difficile de pérégriner entre citoyens et même entre frères ! Chacun découvre ce que vaut pour lui sa maison quand il fait l’expérience d’une autre. Et où est-il écrit : Seigneur, tu es devenu notre refuge. Et : Le Seigneur est notre refuge et notre force. Si le Refuge fuit, si la Force tremble, si le Secours émigre, où trouver la vie, l’espoir, la sécurité, le rempart ? Une seule veuve a suffi à Elie contre les intrigues d’un roi qui jouissait de toute sa liberté d’action. Contre les menaces du roi fantoche Hérode, toute la Judée n’a pas suffi au Christ. Elie a consumé par le feu ceux qui lui avaient été envoyés. Le Christ n’a demandé son salut qu’à la fuite. Arrêtons là les objections que, non sans quelque exagération, nous avons faites à la fuite du Christ.

La fugue du Christ est un mystère, non une dérobade. Un acte de libération de la part du Créateur, non un danger auquel Il aurait été exposé. Elle est l’œuvre de la vertu divine, non de la faiblesse humaine. Il ne fuit pas par peur de l’auteur de la mort, mais pour procurer la vie au monde. Car Celui qui était venu pour être mis à mort, pourquoi fuirait-Il la mort ? S’Il avait permis qu’on Le tue dans son enfance, le Christ aurait tué toute l’économie de notre salut. Le Christ était venu pour enseigner les commandements divins, pour corroborer son enseignement par des exemples, et pour faire Lui-même ce qu’Il avait commandé aux autres de faire. Et pour prouver qu’il était possible de voir ce qui semblait impossible à entendre.

Il était venu pour implanter dans le monde la connaissance de Sa divinité, et éradiquer l’ignorance du genre humain. Il était venu pour inciter à la foi, par des miracles, les cœurs indolents des mortels. Il était venu pour l’emporter sur le démon dans un conflit public; pour être vaincu par tous, selon le commandement qu’Il avait reçu; et pour donner au genre un humain un exemple suprême. Il venait accomplir les promesses de Sa présence sur terre, pour permettre de Le voir à ceux à qui Il avait donné de connaître d’avance Sa venue. Il était venu pour que les Juifs viennent à Lui, en reconnaissant les déficiences et les imperfections de la loi. Il était venu pour ouvrir aux Gentils les portes de la foi. Il était venu pour choisir des apôtres, des docteurs de l’univers, pour les remplir des doctrines célestes, les munir de vertus, les armer du don des miracles. Afin qu’avec des prodiges, ils domptent les bêtes féroces, guérissent les malades, et enseignent les doctrines célestes à ceux qui s’y prêteraient. Et enfin, Il était venu pour assassiner la mort en mourant, pour dissoudre les enfers en y pénétrant, pour ensemencer de nouveau les sépulcres en ressuscitant, pour donner aux terriens les choses célestes en montant aux cieux. Toutes ces choses, évidemment, auraient été perdues pour nous, si le Christ n’avait pas fui quand Il portait encore la couche.

Mais toi qui m’entends, tu diras : Alors qu’Il aurait pu faire autrement, pourquoi s’est-Il soumis à de si nombreuses et de si grandes vexations ? Pourquoi ? Premièrement, parce qu’Il ne pouvait pas, sans l’homme, sauver l’homme; et les injustices humaines ne pouvaient pas être amputées sans injustice humaine. Il a fait sienne la cause d’autrui, dont Il a voulu prendre soin. Celui qui ne compatit pas ne peut pas amputer les passions. Le Christ nous a pris en Lui pour Se donner à nous. Il a souffert nos passions pour les désamorcer.

Le Christ a donc fui pour réguler nos fuites dans les persécutions. Quand il est écroué, le martyr doit agir avec constance. Mais s il n’a pas été arrêté, il doit fuir son poursuivant, pour accorder au persécuteur le temps de venir à résipiscence, et ne pas s’enlever à lui le temps de la supplication. C’est le Seigneur Lui-même qui le dit : Si vous êtes persécutés dans une ville, fuyez dans une autre.

Celui qui provoque le persécuteur le pousse à persécuter; celui qui fuit, l’incite à s’amender.. Nous devons donc fuir. Nous ne devons pas provoquer qui que ce soit, si nous est cher le salut de nos persécuteurs, pour lesquels il nous est commandé de prier. Priez pour vos persécuteurs. Il faut prier, il faut fuir, pour que soit guéri aussi celui qui se déchaîne contre nous par ignorance.

Et celui qui est torturé, que ce soit la patience qui lui procure la palme; que ce ne soit pas la témérité qui le soumette à une épreuve. Mes frères, si les martyrs n’avaient pas fui Saul, ils n’auraient pas fait de Saul un Paul et un martyr. Le Christ nous a enseigné d’agir ainsi; voilà l’exemple qu’Il nous a donné.

Pour que, quand son Maître a fui, le serviteur ne juge pas indigne de fuir.

Il y a une autre raison pour laquelle le Christ a fui. L’Enfant ne devait pas anticiper le temps de la passion, puisqu’Il ne devait monter sur la croix qu’après l’âge de trente ans. Pour que Celui qui avait fait l’homme parfait pour la vie, le répare pour une vie parfaite. Et qu’Il le rende au ciel tel qu’Il l’avait créé sur la terre.

Et Sa fuite en égypte dépend d’une autre cause. Il a fui en égypte pour châtier la perfidie des Juifs par la foi des Gentils. Car l’égypte a reçu avec respect Son Seigneur, que la Judée avait mis en fuite, comme l’église a accueilli Celui que la Synagogue a persécuté. Sa fugue révélait en figure que les Gentils seraient placés avant les Juifs dans la foi.

152ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(le massacre des saints innocents)

Jusqu’où peut aller la jalousie, à quels excès peut se porter l’envie, à quels déportements la rancœur peut entraîner, la férocité barbare d’Hérode nous le révèle aujourd’hui. En se faisant l’émule de ce qu’il y a de plus mesquin dans les royaumes humains, il s’efforce d’anéantir le Roi éternel à sa naissance. L’évangéliste le rapporte ainsi : Alors, Hérode voyant qu’il avait été trompé par les mages, entra dans une grande colère.

Et il envoya des soldats pour qu’ils tuent tous les enfants qui étaient à Jérusalem et dans les environs.

Voyant qu’il avait été trompé par les mages. L’impiété se désole d’avoir été percée à jour, la cruauté rage d’avoir été ajournée, la ruse d’avoir été éventée, et la fraude, renvoyée à elle-même, se mord la queue.

Hérode grince des dents, voyant qu’il est tombé lui-même dans le piège qu’il avait tendu. Il dégaine l’iniquité qu’il avait mise au fourreau. Sur la foi de la perfidie, il prend les armes. Il cherche avec une fureur toute terrestre Celui à la naissance céleste duquel il ne croit pas.

Il dresse un camp militaire en face des seins des mères; il attaque la forteresse de la piété défendue par les mamelles des femmes; il enfonce avec l’épée les tendres tétons, répandant le lait avant le sang. Il fait connaître la mort avant la vie. Il fait descendre les ténèbres sur ceux qui s’ouvrent à la lumière.

C’est ainsi qu’a parlé le maître du mal, le pourvoyeur de la ruse, l’artisan de la colère, l’inventeur du crime, l’auteur de l’impiété, le prédateur de la piété, l’ennemi de l’innocence, l’adversaire de la nature, celui qui est mauvais pour tous et est encore pire pour les siens. Mais pour lui-même il est ce qu’il y a de pire. Le Christ l’a fui non pour s’en affranchir, mais pour ne pas le voir. Tendant vers les hauteurs, Hérode tombe de haut. Battant les murs du ciel avec le bélier, il s’enfonce dans l’abyme. Il avance vers lui-même celui qui avance vers Dieu. Mais il se tue celui qui met tout son effort à tuer la vie, parce que le salut ne peut pas être conquis par la perdition, la vie par le meurtre, l’éternité par ce qui finit. O que l’ambition est toujours aveugle ! O que la présomption est toujours ce qu’il y a de pire ! Celui qui s’empare de ce qui ne lui a pas été accordé, comme il perd même ce qui lui avait été concédé ! En assiégeant un royaume terrestre, Hérode s’en prend au royaume céleste. Aspirant aux choses terrestres, il se rue sur les divines, et c’est avec une totale impiété qu’il poursuit toute la piété.

Ayant entendu dire qu’un roi était né, il chercha à savoir à quel endroit, à quel moment, depuis combien de temps, et dans quel but. Il n’a pas poursuivi son enquête de la façon dont il l’aurait du, parce qu’il baignait dans l’amour du péché, et qu’il n’avait pas où loger l’amour de l’innocence. Fixé dans la forfaiture, prompt au sacrilège, prêt à commettre le crime, il ne cherche pas des raisons pour épargner l’innocence.

Il abroge le droit, confond ce qui est permis avec ce qui ne l’est pas. Il a la méchanceté pour associée, elle à qui l’équité est odieuse, et l’iniquité toujours amie. Elle qui vit d’assassinats, vampirise ses victimes en buvant leur sang, coupe la gorge de la croyance, se maintient au pouvoir par la terreur, et ne sait que faire de l’amour. Dans son aveuglement, Hérode cherche le Christ avec des glaives, il s’enquiert de Lui en faisant couler le sang, il enquête avec la cruauté, et redoutant un successeur, il cherche noise à son Auteur. Voulant anéantir l’innocence, il extermine des innocents. Guide du peuple, gardien des mœurs, censeur de la discipline, le chercheur de la justice, le défenseur de l’équité, le conservateur de l’innocence, le bienfaiteur du peuple, lui qui est tout cela a condamné à mort des innocents pour le crime d’un innocent, a transformé en punition l’office des devins. Le lever de soleil de l’Auteur il le tourne en la mort des gens du soleil levant. La démarche de Celui qui sauve ceux qui doivent être sauvés il en fait un motif d’accusation.

Le juge convoque les témoins, questionne ceux qui font des dépositions, interpelle ceux qui nient, menace les coupables, secoue ceux qui sont nuisibles. Il emprisonne ceux qui ont été convaincus de crime, et il leur adjoint leurs complices. Il condamne ceux qui ont été pris sur le fait.

Mais les bambins, qu’ont-ils à voir là-dedans ? Leur langue se tait, leurs yeux n’ont rien vu, leurs oreilles n’ont rien entendu, leur mains n’ont rien fait. De quoi peut bien être coupable celui qui n’est capable d’aucune action ? Ils ont reçu la mort ceux qui ne connaissaient pas encore la vie. Le temps n’a pas plaidé en leur faveur, leur âge ne les a pas excusés, leur silence ne les a pas protégés : leur seul crime aux yeux d’Hérode était d’être nés. Et en toute vérité, comment ne créditeraient-ils pas la nature d’avoir été punis à la place de leur Auteur ? Malheureux homme qui a tout préparé pour sa propre mise en accusation, qui n’a rien laissé qui puisse l’excuser, mais qui a tout comploté pour sa propre punition ! Qui l’excusera ? Quelle innocence ne le poursuivra pas ? Quelle enfance ne le dénoncera pas, lui que le lait accuse comme le sang. Voilà ce qu’on peut dire contre Hérode.

Mais le Christ qui connaissant d’avance l’avenir, qui pénétrait tous les secrets, qui était le Juge des pensées, le Scrutateur des esprits, pourquoi a-t-Il abandonné à leur sort ceux qu’Il savait que l’on recherchait à cause de Lui, sachant très bien qu’ils seraient tués pour Lui ?

A sa naissance, pourquoi un roi, Le Roi céleste, néglige-t-Il les soldats de son innocence; pourquoi méprise-t-il une armée du même âge que Lui ? Pourquoi-t-Il renvoie-t-il les sentinelles qui veillent sur les berceaux, pour que l’ennemi qui ne cherchait que le Roi extermine tous les soldats ? Mes frères, le Christ n’a pas dédaigné ses propres soldats, mais Il les a envoyés en première ligne, ceux à qui Il a donné de triompher avant de vivre, et de remporter la victoire avant de combattre; ceux à qui Il a donné des couronnes avant de leur donner des membres. Il a voulu qu’en eux les vertus fassent leur apparition avant les vices. Ils ont possédé le ciel avant la terre, et ils se sont introduits dans les choses divines avant de s’insérer dans les choses terrestres. Le Christ a donc envoyé ses soldats en éclaireurs, Il ne les a pas perdus. Il ne les a pas abandonnés, mais il les a accueillis.

Bienheureux sont ceux que le martyre a fait naître sous nos yeux, non le monde. Bienheureux ceux qui ont échangé le labeur pour le repos, les souffrances pour le rafraîchissement, les douleurs pour la joie. Ils vivent, oui, ils vivent ceux qui vivent vraiment, ceux qui ont obtenu d’être mis à mort pour le Christ. Bienheureux les ventres qui ont porté de tels enfants ! Bienheureuses les mamelles qui ont allaité de tels nourrissons ! Bienheureuses les larmes qui, répandues pour de tels bébés, ont apporté à celles qui pleuraient la grâce baptismale ! Car, de façon différente, mais dans un don unique, les mères sont baptisées dans leurs larmes, et leurs fils dans leur sang. Ce sont les mères qui ont souffert dans le martyre de leurs fils. Car le glaive qui transperçait les membres des fils se rendait jusqu’au cœur des mères; et il est nécessaire qu’elles aient part à la récompense celles qui ont pris part à la passion. Le poupon souriait au meurtrier, le bébé prenait le glaive pour un jouet, le nourrisson qui croyait attendre le lait de la nourrisse, attendait en réalité le coup de poignard horrible de l’assassin. Sur le point de mourir, l’enfant qui n’avait pas encore ouvert les yeux à la lumière, se réjouissait, car l’enfant considère tout homme comme son parent, non son ennemi. Les mères éprouvèrent tout ce qu’il y a eu en fait d’angoisse et de douleur, et c’est pour cela que la joie du martyre ne fit pas défaut à celles qui avaient versé les larmes du martyre.

Que l’auditeur ici soit très attentif ! Qu’il écoute avec la plus grande attention, pour pouvoir comprendre que le martyre ne provient pas du mérite, mais de la grâce. Dans les nourrissons, où est la volonté, où est le libre arbitre ?

La nature elle-même y est encore captive. Pour tout ce qui se rapporte au martyre, nous devons tout à Dieu et rien à nous-mêmes. Vaincre le démon, livrer son corps à la torture, mépriser son corps, épuiser les tourments, lasser les tortionnaires, se glorifier des injures, demander la vie à la mort, non, cela ne vient pas de la vertu stoïcienne, c’est un don de Dieu. Celui qui court au martyre par sa propre vertu, ne parvient pas à la couronne par le Christ. Mais Il nous conduit au pâturage céleste Celui qui a daigné dormir dans notre étable, Jésus-Christ le Nazaréen, notre Seigneur qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

153ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(le massacre des saints innocents)

La raison humaine n’a pas ce qu’il faut pour dévoiler le mystère de l’enfantement virginal. Ce que la nature n’a pas, c’est l’œuvre de Dieu, non de la nature. C’est l’œuvre de l’Esprit céleste, que la chair ne peut syntoniser. Là où l’humanité n’a pas laissé de trace, la Déité a apposé sa signature. Comme le dit le Prophète : Le Seigneur Dieu lui-même vous donnera un signe. Voici que la vierge reçoit dans son sein. Là où il n’y a rien d’habituel, tout est programmé par le Ciel. Ce qui n’est pas de ce monde ne peut pas être à la portée de l’intelligence mondaine. Une conception qui préserve la virginité, un enfantement qui laisse la mère vierge ne s’expliquent pas par un Générateur humain, mais divin. Dieu s’avance là où aucune trace de passage humain n’a été trouvée. L’expérience des siècles passés est prise de cours quand ces miracles se produisent. Les traditions séculaires ne peuvent pas rendre compte de ces signes; leur singularité n’admet pas d’équivalence, comme en fait foi la lecture d’aujourd’hui, qui raconte les combats divins des bambins.

La cohorte qui est née avec lui est la Sienne propre. Elle était transportée du désir de mourir avant Lui plutôt qu’avec Lui.

Les soldats consacrés au Christ ont commencé à militer avant de vivre, à guerroyer avant de jouer, à répandre leur sang avant de sucer le lait. Ces âmes ardentes n’acceptèrent par le délai que voulaient leur imposer leurs corps. Depuis le sein maternel, elles volèrent jusqu’aux ennemis féroces rangés en forme de triangle, faisant la connaissance des vertus avant les caresses, des blessures avant les baisers, du fer avant les parfums. Car elles voulaient posséder le ciel avant d’habiter la terre, remporter les récompenses spirituelles avant de connaître la joie de vivre, restituer leurs triomphes à Dieu avant d’avoir à supporter jusqu’au bout les nourritures humaines.

En toute vérité, mes frères, ces enfants sont des martyrs de la grâce. Ils ont confessé en se taisant, ils ont vaincu sans le savoir, ils sont morts sans en avoir conscience. Ils reçoivent des palmes, ils ravissent des couronnes, tout en ignorant totalement ce qu’ils on fait.. La virginité qui ne savait rien de la corruption a apporté de l’honneur à la mère. De la même façon, l’enfance qui n’était pas consciente d’avoir été martyrisée, a ravi les palmes et les couronnes du martyre. Mais que dire de la conduite du Chef ? Lui qui devait demeurer sur place a fui, et sur l’ordre de son Père. Cette fugue est le fait d’un amour caché au plus profond du cœur, non d’une lâche peur.

Si Jésus était demeuré, la Synagogue aurait eu ces enfants pour fils, mais l’église ne les aurait pas eus comme martyrs.

154ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue Comme le nombre d’affiches de fermes à vendre à la criée indique la grandeur du seigneur, il arrive souvent que les noms des saints eux-mêmes attestent leurs mérites, qu’ils soient les témoins des choses admirables qu’ils ont faites. Ainsi, la foi d’Abraham a été révélée par une chose aussi insignifiante qu’un nom : quand Dieu changea Abram en Abraham, pour que celui qui devait être multiplié dans sa descendance soit d’abord agrandi dans son nom. C’est le Seigneur qui l’a dit : On ne t’appellera plus désormais du nom d’Abram, mais Abraham sera ton nom, car j’ai fait de toi le père de plusieurs nations. La même chose s’est produite quand sa sainte épouse, de stérile devint féconde, reçut le surnom de Sarah, pour, qu’elle aussi, croisse dans son nom avant de croître dans ses enfants. Et parce que, avec la permission de Dieu, elle a ri à la pensée qu’une vieille sillonnée de rides concevrait, qu’une fécondité désespérée enfanterait, que l’extrême stérilité qui côtoie la vieillesse la plus avancée, deviendrait enceinte, elle a appelé rire ce qu’elle devait bientôt engendrer. Et elle a exprimé dans un nom ce qu’elle avait ressenti et compris en riant. Et elle l’a appelé du nom d’Isaac qui signifie rire. De la même façon Jacob qui commença dans le sein à se battre avant de voir, à l’emporter par la force avant de pouvoir le faire avec ses membres, a reçu, dès le sein maternel, le nom de « supplanteur »

parce qu’il avait, comme nous le savons, avant sa naissance, sous la motion divine, réprouvé et supplanté son frère jumeau. Il serait trop long d’énumérer tous les cas semblables. Contentons-nous de dire que comme Pierre a reçu son nom du mot pierre, parce qu’il a été le premier à obtenir de fonder l’église sur la solidité de la foi, de la même façon, saint Etienne tire son nom du mot couronne, parce qu’il a été le premier à être supplicié pour le nom de Jésus.

Il a été le premier à mériter de dédier le martyre au sang des soldats du Christ. Que Pierre détienne l’antique primauté du collège des Apôtres, qu’il ouvre le royaume des cieux à ceux qui y entrent, qu’il vainque par son pouvoir les coupables, et qu’il absolve les pénitents avec clémence. Etienne, lui, est le premier des martyrs. Il est le guide de cette armée à la robe empourprée, qui, pour le sang encore chaud de son Seigneur, a répandu son sang, comme tout guerrier est avide de le faire pour son Empereur. Et parce que son supplice lui a conquis une couronne teinte en rouge, c’est en toute justice que son Roi a couronné celui qui, à sa naissance, devait son nom au mot couronne. Celui qu’Il avait véritablement connu à l’avance et prédestiné, Il l’a appelé le premier à la gloire du martyre.

155ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(les rites païens des calendes de Janvier)

A l’époque où le Christ est né en toute piété pour notre salut, le démon s’est empressé de produire, au nom de la bonté divine, des rites monstrueux et pernicieux en grand nombre, pour couvrir la religion de ridicule, tourner la sainteté en sacrilège, et injurier Dieu avec ce qui L’honore. Voilà pourquoi, mes frères, avec un déshonneur voulu, et dans un aspect horrible recherché, les païens aujourd’hui traînent leurs dieux, les tirent dans tous les sens en parcourant toute la ville, pour qu’on voie que les dieux sont plus honteux que la turpitude.

Et ils font à leur place ce qu’on ne devrait pas les voir faire. Quelle vanité, quelle démence, quelle cécité ! Confesser des dieux et les couvrir d’infamie par des moqueries déplacées ! Il ne rendent pas de culte à leurs dieux, mais les tournent en dérision ceux qui se jouent des dieux qu’ils vénèrent. Ile ne les honorent pas, mais leur infligent des injures ceux qui défigurent et dégradent les dieux, par qui ils prétendent avoir été formés. Ils ne les glorifient pas en les représentant à l’image de leur propre désarroi intérieur. C’est tout à fait comme a dit l’Apôtre : Parce qu’ils n’acceptèrent pas d’avoir la connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour qu’ils fassent ce qui ne convient pas. Ceux qui ont abrogé les lois naturelles, ils leur donnent les attributs divins, et les rendent dignes du ciel, tout en rendant les autres indignes de vivre sur la terre. Oui, ils ont vraiment été abandonnés à leur sens réprouvé ! Et ceci ne vient pas d’un jugement humain, mais de la sagesse de Dieu, pour qu’ils soient eux-mêmes les vengeurs des injustices commises envers Dieu, eux qui en sont les auteurs. Quelle colère, quelle vengeance devrait provoquer une telle offense à Dieu par le moyen des idoles ! Ceux que l’antiquité a présentés mensongèrement comme des dieux avec des autels, de l’encens, des victimes, des pierres précieuses et de l’or, la postérité les a jugés des hommes tout à fait indignes d’un culte honteux; et leurs vies, leurs mœurs et leurs actions elle les a retracés dans leurs visages, pour enseigner que ces hommes étaient plutôt à fuir qu’à être honorés. Mes frères, pleurons ceux qui ont suivi de telles gens, et réjouissons-nous d’avoir divinement échappé à ces infamies. Leurs adultères ils les représentent dans des statues, ils confient à des images leurs fornications, leurs incestes à des tableaux, leurs cruautés aux livres. Leurs parricides ils les transmettent aux générations futures; leurs impiétés, des tragédiens les jouent sur la scène; des bouffons miment leurs obscénités. Par quelle démence pouvaient-ils croire dieux ces gens-là, si ce n’est que, étant possédés du désir de ces crimes, de l’amour des impiétés, ils désiraient avoir des dieux criminels ? Celui qui désire pécher rend un culte aux auteurs des péchés et les a en vénération. L’adultère se met au service de Vénus, le cruel se voue à Mars.

Nous avons dit ces choses, mes frères, pour donner la raison pour laquelle les païens aujourd’hui font commettre à leurs dieux des choses qui nous indignent, et leur font faire des actions iniques et impudiques qui blessent le regard. En faisant cela, il arrive que ceux-là même qui agissent ainsi prennent leurs dieux en horreur et les abandonnent. Et les chrétiens rendent grâce d’avoir été libérés de tels dieux par le Christ. Ceux qui n’ont pas encore été pollués par leurs spectacles, qui ne se sont pas encore souillés en touchant leur encens, échappent-ils à la condamnation sous prétexte qu’ils ne font que donner leur assentiment à ces choses? Ceux qui font et ceux qui consentent ont une responsabilité égale. C’est l’apôtre lui-même qui le dit :

Non seulement ceux qui font, mais ceux qui donnent leur consentement à ceux qui font. Et si une telle apothéose ne mène qu’à la damnation, qui pleurera suffisamment ceux qui se font à eux-mêmes des idoles ? N’ont-ils pas perdu l’image de Dieu, n’ont-ils pas aliéné la ressemblance ? Ils se sont dépouillés du vêtement du Christ ceux qui se sont représentés eux-mêmes dans les images et les statues sacrilèges des idoles.

Mais quelqu’un dira : « Ce n’est pas un fanatisme de sacrilèges qui est à l’origine de ces comportements, mais une promesse faite par manière de jeu. Ce n’est pas l’erreur de la vieillesse, mais la joie de la nouveauté. Ce n’est pas une offense faite aux dieux par les païens, mais le début de l’année.

» Tu te trompes, homme. Ce ne sont pas des jeux, ce sont des crimes. Qui peut se divertir de l’impiété, qui trouve amusant un sacrilège, qui rit de ce qui mérite expiation ? Il se trompe lui-même celui qui pense ainsi. Celui qui approuve le comportement d’un tyran est un tyran lui-même. Celui qui se fait dieu, se fait l’adversaire du Vrai Dieu. Il n’ pas voulu porter l’image de Dieu celui qui a voulu porter le masque de l’idole. Celui qui a voulu s’amuser avec le diable ne pourra pas se réjouir avec le Christ. Personne ne joue en toute sécurité avec le serpent; personne ne se divertit impunément avec le diable. Si nous avons de la pitié dans le cœur, si nous nous faisons une haute idée de l’humanité, si brûle en nous le zèle du salut de nos frères, sauvons ceux qui courent ainsi à la perdition, qui sont livrés à la mort, qui sont entraînés vers le tartare, et qui se précipitent dans la géhenne. Que le père retire son fils, le maître son esclave, le parent son parent, le citoyen son concitoyen, l’homme un autre homme, les chrétiens tous ceux qui se ravalent à la bête, s’assimilent aux animaux, font tous leurs efforts pour leur ressembler, et qui se croient créés par des démons. Celui qui libère autrui reçoit sa récompense. Celui qui néglige de le faire, commet une faute. Bienheureux celui qui conserve sa propre vie, et qui procure à autrui le salut.

156ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(les mages)

Toutes les fois que par des remèdes salutaires, l’expertise préventive des médecins prescrit un antidote contre des maladies mortelles, si le malade présume le prendre sans tenir compte de la compétence du médecin, et en dehors des heures prescrites, ce qui avait été prévu pour procurer le salut pourra très bien devenir une cause de perte. Il en va de même avec la parole de Dieu. Si l’auditeur présume la connaître avec témérité, sans tenir compte du magistère, de la doctrine de l’église et des dogmes de foi, ce qui devait procurer la vie devient une occasion de perdition. Il faut veiller mes frères, à ce que l’inexpérience de l’auditeur ne fasse pas tourner au détriment des âmes ce qui a été divinement écrit pour notre profit.

Les Chaldéens qui scrutent les étoiles, les mages perdus au milieu des astres, qui recherchent les évènements célestes dans les ténèbres des nuits, qui attribuent aux courses des astres les causes des naissances et des morts, et qui distribuent des biens ou des maux aux humains selon l’arbitrage des constellations, est-ce que tu penses que l’évangéliste enseigne aujourd’hui que, guidés par une étoile, ils ont découvert la naissance du Christ cachée aux siècles ? Loin de nous cette pensée ! C’est ainsi que le monde le comprend, ainsi que les païens l’entendent. C’est ainsi malheureusement qu’est interprété cet évangile. Et pourtant, le discours évangélique ne parle pas de choses humaines, mais de divines; non de choses connues, mais de nouvelles; non de la science fallacieuse , mais de la Vérité;

non de trompe l’œil, mais de ce qui est inné dans l’homme; non de ce qui est conjectural, mais de ce qui est endossé par l’Autorité. De choses qui viennent de Dieu non du destin; qui ne sont pas obtenues par des chiffres, mais acquises par le pouvoir divin.

Quand Jésus naquit à Bethléem de Juda au temps du roi Hérode, voici que des mages vinrent d’Orient à Jérusalem en disant : Où est celui qui est né roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. Quand Jésus est né, c’est l’Origine des êtres qui est venue au monde; le Bienfaiteur du genre humain qui est engendré. C’est l’Auteur de la nature qui naît pour réparer la nature, rendre le genre humain à son état premier, recréer l’origine. Adam le premier homme, le père de la lignée, l’origine de la génération, a perdu le bien de la nature, la liberté pour lui et sa lignée. Et, en la perdant, il a contaminé la vie du germe, de façon à ce qu’une lamentable hérédité apporte le mal à la nature, la servitude au genre humain, et la mort à la semence. Voilà pourquoi, en naissant, le Christ a rendu à l’homme la nature humaine; en mourant, il a soumis la mort, et Il a rappelé la vie en ressuscitant. Et à Celui qu’Il avait composé de chair, Il donna aussi une âme céleste, de peur que la chute terrestre ne fasse trébucher de nouveau le sens céleste.

Comme le dit l’Apôtre : Le premier homme est de la terre, et il est terrestre. Le second est du ciel et il est céleste. Les terrestres sont semblables au terrestre, les célestes au céleste. Et sains Jean l’évangéliste : Celui qui est né de Dieu ne pèche pas, mais la génération de Dieu le conserve. Le Christ est donc né pour amener à la nature céleste ceux qui gisaient dans une semence terrestre. Quand Jésus est né à Bethléem de Juda. Bethléem signifie en hébreu la maison du pain. C’est en ces termes que la maison de Judas est caractérisée, que son extraction est nommée, pour que la foi en la promesse et la vérité de la prophétie trouvent leur accomplissement, au dire de Jacob : Juda, tes frères te loueront, ta main sera sur le dos de tes ennemis, les fils de ton père t’adoreront. Et après : Un prince ne fera pas défaut à Juda, ni un chef de sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui pour qui tout a été préparé , et il sera l’attente des nations. Voilà pourquoi même David a dit :

Judas, mon roi.

Quand Jésus naquit à Bethléem de Judas aux temps du roi Hérode.

Pourquoi Dieu est-il descendu sur terre aux temps d’un roi abominable? Pourquoi la divinité est-elle mélangée à la chair ? Pourquoi se fait-il un échange céleste avec un corps terrestre ? Pourquoi ? Et quand arrivera-t-il que celui qui n’est pas le vrai roi expulse le tyran, venge la patrie, restaure le monde, lui rende la liberté ? Hérode, fuyard de son peuple, a envahi le royaume de Juda , a enlevé la liberté, a profané les choses saintes, à confondu les classes. Il a aboli la discipline et le culte. C’est donc avec raison que Dieu vient à l’aide d’une nation sainte qui a perdu les appuis humains, et que Dieu se rend présent à qui ne bénéficiait d’aucun secours humain. Mais Il est venu aussi pour subjuguer l’antichrist, pour libérer la planète, restituer la patrie du paradis, éterniser la libération du monde, enlever complètement la servitude du monde. Voici des mages qui viennent de l’Orient. Les mages viennent de l’Orient vers le Soleil levant, pour que les reçoive à leur arrivée Celui qui avait ordonné qu’ils viennent. Comment un mage pourrait-il rechercher Dieu, sans un commandement de Dieu ? Comment un astrologue pourrait-il trouver le Roi du ciel sans une révélation de Dieu ? Comment un Chaldéen pourrait-il, sans Dieu, adorer un seul Dieu sur la terre, lui qui s’était fait le serviteur d’autant de dieux qu’il y a d’étoiles dans le ciel ? Qu’un mage ait connu le Roi des Juifs et l’Auteur de la loi que le Juif n’a pas connu c’est un miracle plus grand que l’étoile. La Chaldée rend des hommages, la Judée ne le fait pas. La Judée se détourne et fuit. La Syrie suit l’étoile et adore.

Voici des mages qui viennent de l’Orient. Où est celui qui est né roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient.

Et qu’y a-t-il vraiment à voir ? C’est bien comme a dit l’Apôtre : De riche qu’il était, il s’est fait pauvre. Il était riche dans sa Déité, et Il s’est fait pauvre dans notre chair. Et Il a commencé à avoir une seule étoile Lui qui a fait, a, et contient toute la création.

Nous avons vu son étoile.

Le mage a vu par moments Celui à qui appartient une étoile, mais qui ne lui appartient pas. Dieu n’agit pas d’après le mouvement d’une étoile, mais détermine Lui-même le parcours de l’étoile, et dirige sa course à travers le ciel. Il modère sa vitesse, règle son déplacement, de façon à pouvoir l’envoyer guider la marche des mages. Car si le mage marche. l’étoile marche aussi. Si le mage s’assoie, l’étoile arrête. Pendant le sommeil du mage, l’étoile monte la garde. Le mage comprit alors qu’à ceux dont la condition était de voler, l’obligation du service était la même. Et il ne crut plus que l’étoile était un dieu, mais estima plutôt qu’elle était une servante comme lui, quand il observa qu’elle était asservie à de telles marques de déférence.

Où est celui qui est né roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. En disant : Où est le roi des Juifs, ils n’interrogent pas, mais provoquent. Quand des gens qui savent interrogent des gens qui ne savent pas, ce n’est pas parce qu’ils ignorent. Ils morigènent les négligents, secouent les paresseux. Ils convainquent les méchants de méchanceté, fustigent les entêtés, et accusent les serviteurs de n’être pas venus à la rencontre de leur Seigneur. Car que pouvaient-ils bien apprendre des hommes ceux qui avaient appris de Dieu ce qu’ils savaient ? Quel besoin de renseignements humains chez ceux qui recevaient des étoiles les indications dont ils avaient besoin;

que la lumière du temple, un astre merveilleux du ciel éclairaient sur tout le parcours ? Où est celui qui est né roi des Juifs ? Ce qui signifie :

Pourquoi le Roi des Juifs dort-il dans une crèche; pourquoi ne repose-t-Il pas dans le temple ? Pourquoi ne resplendit-Il pas dans la pourpre, pourquoi est-Il habillé pauvrement dans des langes ? Pourquoi est-Il caché dans une étable, et n’est-Il pas exposé dans le sanctuaire ? Les animaux ont recueilli dans leur mangeoire Celui que vous avez dédaigné recevoir dans Sa maison. Le bœuf a reconnu son maître, et l’âne la crèche de son seigneur. Toi, Israël, tu n’as pas recherché ton Seigneur. Nous avons vu son étoile. L’étoile n’est pas apparue de sa propre initiative, mais sur ordre. Non à cause du mouvement des astres, mais poussée par Dieu. Non grâce aux lois stellaires, mais à un miracle nouveau. Non à cause de l’agencement des planètes, mais du pouvoir divin du Nouveau-né.

Non grâce à l’astrologie, mais à Dieu.

Non en vertu de la science, mais de la prescience du Créateur. Non à cause de calculs arithmétiques, mais par la permission divine. Par une intervention surnaturelle, non par la curiosité chaldéenne; par la prophétie judaïque, non par l’art magique.

Quand le mage réalisa que ses efforts humains n’aboutissaient à rien, que sa science ne lui était d’aucun secours, que les travaux de la sagesse humaine découchaient sur le néant, que les sueurs de toutes les sectes avaient séché en vain, que les trésors de toute la philosophie étaient vides, il a fui la nuit païenne; les opinions nébuleuses s’effondrèrent, et il a dissipé les ombres du démon. Il n’a pas pensé que l’étoile était une comète, à la crinière échevelée, qui cache ce qu’elle annonce et qui obscurcit ce qu’elle éclaire. Il parla ainsi : C’est la volonté de Dieu que je te voie en Judée, briller d’une splendeur absolue, de nouveaux rayons, lumière porte enseigne.

Et là tu me montreras le Roi né en dehors de la loi du monde, de l’ordre de la chair, et de la nature humaine. Ayant alors déposé son erreur, il suit l’étoile, il court, il arrive, il trouve, il se réjouit, se prosterne et adore. Car ce n’est pas par l’étoile, par la science, mais par Dieu qu’il s’émerveille d’avoir trouvé Dieu dans la chair. Donc, le sermon d’aujourd’hui n’a pas confirmé l’erreur des magiciens, mais l’a réfutée. Mais que cela suffise pour maintenant, pour qu’avec l’aide de Dieu, nous puissions clairement mettre en lumière ce qui suit.

157ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(l’Epiphanie) Les fêtes du Seigneur, par leurs dénominations mêmes, indiquent ce que l’on célèbre. En naissant, Il nous donne le jour de Sa nativité; en ressuscitant, le jour de Sa résurrection. Par la lumière des signes, Il montre le jour de son illumination. En naissant, Il s’est d’abord voilé avec un corps humain; et puis, en agissant, Il s’est révélé dans un mystère céleste. A la fin, Dieu Lui-même est apparu trine, Celui qui, à sa naissance avait semblé n’être qu’un homme. C’est donc avec raison que la solennité d’aujourd’hui porte le nom d’épiphanie, puisque nous y voyons resplendir la déité que la chair avait obscurcie. Voilà, mes frères, voilà la fête qui, conçue à des époques différentes, a enfanté trois signes distinctifs de la divinité. Par l’épiphanie, les mages confessent la Seigneurie du Christ avec des dons symboliques. Et les adorateurs d’idoles, ceux qui ont la nuit pour domicile, trouvent, dans des ténèbres épaisses, l’Auteur de la lumière. Pour que ce soit du à la grâce de l’Auteur, non à l’industrie du chercheur; non à l’étoile, mais à Dieu. Pour que ce soit un don du Créateur, non la récompense de la créature. Pour que cela ne provienne pas de la science humaine, mais d’une faveur divine. Voici que des mages sont venus de l’Orient en disant : Où est celui qui est né roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. Nous avons vu Son étoile. Qu’est-ce qui n’est pas à Lui ? L’étoile Lui appartient; Il ne dépend en aucune façon de l’étoile. . Son étoile. Elle a reçu l’être; mais elle n’a pas donné l’être. L’Auteur planifie la naissance de l’étoile, mais l’étoile ne préside pas à la naissance de l’Auteur. Son étoile. Qui venait non de l’évolution, mais du Créateur; non du destin, mais d’un commandement de Dieu; non d’un computeur, mais de l’Auteur. Cette étoile ne donnait pas la naissance, mais devait subir son déclin. Elle ne légiférait pas, mais n’avait que valeur de signe. Elle ne régulait pas les heures du jour, mais se contentait d’apporter un peu de lumière aux nuits. Elle était un guide de la route, non de la vie. Elle était une compagne des mages, mais n’avait aucun lien de parenté avec le Christ. Elle n’était pas la souveraine du Souverain, mais l’esclave des serviteurs. Mais dira quelqu’un : Pourquoi des mages ? Pourquoi ont-ils été conduits par une étoile ? Si les étoiles interviennent, quel rôle joue l’Origine, qu’est-ce qui relève de la nature humaine ? Pourquoi des mages ? Pourquoi une étoile ? Pour que le Christ fasse de ce qui était une cause d’erreur une occasion de salut. De la même façon que, par le Christ, la cause de la mort est devenue la cause de la vie. Déconfire l’ennemi avec l’arme de l’ennemi est une marque de grande bravoure. Chez les mages, la faute était dans l’ignorance, non dans la volonté; on pouvait incriminer chez eux l’erreur, non le fanatisme. Chercher Dieu sans savoir comment Le chercher, tient plus de la fatalité que de la culpabilité. Ce fut donc quelque chose de pieux. En conséquence, Dieu donna la grâce de Le trouver à ceux qui Le cherchaient; et Il renvoya la faute à l’erreur. Et enfin, saint Paul est devenu le proclamateur de cette sorte de jugement porté sur un persécuteur, parce qu’il lui était arrivé de combattre la loi par zèle de la loi, et de pécher contre Dieu par amour de Dieu. Voilà pourquoi la foi est accourue au-devant de Paul; et la perfidie a plaidé l’ignorance. Mais l’auditeur a autre chose à objecter. Accordons que ce n’est pas de sa propre initiative mais par un ordre de Dieu que l’étoile a montré le chemin aux mages qui le cherchaient, d’où vient, chez eux, une si grande science des présents symboliques, d’où viennent de si grands sacrements des dons ? Non de l’art des Chaldéens, mais de la tradition primitive des grands saints. Toutes ces choses venaient de la lignée de Noé, des fils d’Abraham à qui il avait été transmis que le Christ naitrait de Dieu, non de la science. Qu’Il serait Homme, Dieu et Roi, et qu’Il mourrait, ils l’avaient appris d’un sacrement d’en haut. Voilà pourquoi ils ont apporté les présents appropriés, qui étaient ceux de la foi des pères; voilà pour quoi ils offrirent, en toute connaissance de cause, de l’or, comme à un Roi, de l’encens, comme à un Dieu, et de la myrrhe, comme à quelqu’un qui va mourir. Pour pouvoir avec de tels présents, satisfaire leur besoin de l’Honorer et de l’Adorer. Mais assez parlé des mages. Par l’épiphanie, le Christ a rendu les eaux délectables en les changeant en vin pour les noces; car ce n’est pas la gourmandise qui L’avait convoqué aux noces, mais Son pouvoir Divin. Il n’était pas venu pour faire un acte de solidarité et de convivialité, mais pour manifester Sa puissance. Ce n’était pas pour Lui une occasion de Se remplir le ventre, mais de faire un miracle qui avait valeur de signe. Il ne chercha pas une occasion de s’enivrer, mais de manifester Sa divinité. En changeant de nature, l’eau a manifesté son Auteur; et le Créateur des éléments est révélé par la métamorphose de la créature. Heureuses noces, oui, heureuses, celles où le Christ se rend présent; qui ne tirent pas leur gloire de l’opulence, mais de la puissance divine ! Là où l’eau est transformée en vin, qu’est-ce qui n’est pas transformé en grâce ? Par l’épiphanie, le Christ est entré dans le baquet du Jourdain pour consacrer notre baptême; pour que ceux qu’Il avait pris en charge en naissant, Il les relève en vue du ciel en renaissant; pour qu’Il apporte en Lui la liberté à ceux qu’Il avait vus captifs en dehors de Lui. Pour qu’Il redonne la vie à ceux que la faute avait rendus mortels. Pour qu’Il rende éternels ceux que la mort avait faits temporels. Et pour que ceux que le diable avait exilés du Paradis, Il les rende au ciel participants de Son bonheur. Voilà pourquoi, mes frères, l’Esprit-Saint se répand en faisant irruption quand le Père clame du haut du ciel : Celui-ci est mon fils bien-aimé. En nous créant, Ils ont œuvré en commun avec le Fils; et ensemble, Ils travaillent à notre réparation. C’est ainsi que le Christ, en des temps divers, mais le même jour, par le ministère des mages, la mutation de l’eau, et la voix du Père, a fait connaître Dieu par un triple témoignage. Et cette triple manifestation du Christ devient une seule solennité sacrée de l’épiphanie.

158ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue

(le massacre des innocents) Nous nous demandons souvent pourquoi Dieu entre ainsi dans le monde. Pourquoi a-t-Il fait l’expérience de l’espace concentrationnaire du ventre, pourquoi a-t-Il souffert l’injure de l’accouchement, a-t-Il accepté d’être emmailloté, a-t-Il toléré l’ignominie d’un berceau, a-t-Il recherché Son aliment dans les gouttes des mamelles, s’est-Il soumis au vieillissement et aux besoins de l’existence ? Mais comment donc devait-Il venir Celui qui voulait apporter la grâce, repousser au loin la crainte, mendier la charité ? La nature enseigne à tous ce que vaut, ce qu’obtient l’enfance. Si l’enfance triomphe de la barbarie, calme la férocité, modère la cruauté, apaise la fureur, s’impose

à la puissance, amollit la rigueur, adoucit la dureté, que n’obtient-elle pas de l’amour, que n’extorque-t-elle pas de l’affection, quelle faveur n’arrache-t-elle pas, quel dévouement n’est-elle pas en mesure de commander ?

Qu’il en soit vraiment ainsi, les pères le savent, les mères en sont conscientes. Tous l’admettent, les cœurs humains l’attestent. C’est donc ainsi qu’Il a voulu naitre Celui qui voulait être aimé, non craint. Et pourtant, écoutez ce qu’a reçu de la méchanceté humaine l’enfance si tendre, si délicate et qui nous est si chère.

Entendant cela, le roi Hérode se troubla, et toute la ville de Jérusalem avec lui. Il convoqua tous les princes des prêtres, et les scribes du peuple, et s’enquit auprès d’eux du lieu de sa naissance. Si l’enfance du Christ trouble ainsi le roi, les scribes et les princes des prêtres, qu’auraient-ils donc fait si le Christ était venu à l’âge adulte, soutenu par des richesses et des troupes, des bagnards et des étrangers ?

Mais ils ne tiennent compte ni du temps, ni de l’âge, ni de la pauvreté, ni de la parenté. Dès qu’ils entendent dire qu’Il est né, ils préparent la mort au Nouveau-né, des pièges à l’Innocent, des crimes au Pieux, des glaives à Celui qui est nu, des soldats à Celui qui est Seul, le meurtre à Celui qui ne sait que vagir, la peine de mort à un Parent. Et pour que la violence se mélange avec le sang, la cruauté exacerbée engage la lutte contre les berceaux, et presse les mamelles avec des traits; elle frappe les seins avec des boucliers, jusqu’à ce que les rejetons humains entrent dans les sépulcres avant d’avoir fait leur apparition sur la terre.

Admettons que c’est l’amour du pouvoir et la peur d’un usurpateur qui ont forcé Hérode à entreprendre de telles atrocités. Mais qu’est-ce qui pouvait bien motiver les Juifs de Jérusalem, les prêtres et les scribes? C’est que le séculier ne veut pas de la naissance d’un Dieu. L’esclave ne désire pas la naissance de son Maître, le coupable celle de son Juge, le rebelle celle de son Roi, le perfide, celle de l’Enquêteur. Il faut comprendre que Jérusalem baignait alors dans toutes sortes de contaminations. Les prêtres avaient profané les choses saintes; ils vendaient les péchés, et avaient transformé la piété et le pardon en profit pécuniaire. La doctrine céleste, la science du salut, le magistère de la vie, les scribes l’avaient changés en un discours inhumain, en un encouragement à l’infidélité, en un verbiage délétère.

Voilà pourquoi ils ne voulaient pas que le Christ naisse. Ils avaient grand-peur qu’Il vive, parce qu’ils savaient qu’ils seraient livres à l’infamie, qu’ ils seraient couverts d’opprobres, qu’ils seraient chassés du temple, privés du sacerdoce, dépouillés du pouvoir d’offrir des sacrifices.

Car une fois enflammés de cupidité, enchaînés par la recherche de la gloire humaine, pollués par les vices, enivrés de vanité, abrutis par le luxe, ils n’attendaient rien du pardon, eux qui ne pouvaient en aucune façon avoir l’idée de s’amender.

Quand un travail persévérant a rapporté une récolte abondante au bon régisseur d’une propriété rurale, il désire que son maitre bénéficie de cet accroissement de revenu.

Il souhaite qu’il partage sa joie. Quand il a terminé le travail entrepris, le travailleur consciencieux désire la venue du propriétaire pour qu’il lui donne sa récompense.

Après le conflit, après la victoire, le brave soldat convoite la présence de son empereur pour qu’il récompense ses sueurs et ses blessures par des lauriers et de l’argent. De la même façon, celui qui a livré les batailles du monde avec un courage indéfectible, aspire à la venue du Christ pour en être couronné. Mais il ne désire pas la venue du Christ celui qui s’est laissé vaincre par les plaisirs du monde. Il tremble à la pensée de la punition qui l’attend, et n’espère aucun pardon. Mes frères, faisons le bien, éloignons-nous du mal ! Fuyons les vices, recherchons les vertus ! Faisons peu de cas des biens présents, pensons aux futurs ! Dirigeons-nous vers notre royaume ! Allons à notre palme ! Choisissons la gloire, et tendons de tous nos vœux vers la couronne ! Mais que le commentaire de l’évangile revienne à la suite du récit.

Alors Hérode convoqua en secret les mages, et s’enquit avec soin auprès d’eux du temps où l’étoile était apparue. Et les envoyant à Bethleem, il leur dit : Allez, et informez-vous avec soin de l’enfant, et quand vous l’ aurez trouvé, vous viendrez me le faire savoir, pour que j’ aille l’adorer moi aussi. Il convoque les mages en secret, parce qu’un esprit fourbe, une conscience tourmentée n’osent pas agir ouvertement. Il convoque en secret les mages parce que le voleur aime la nuit, et parce que le brigand tend des pièges dans la noirceur. Il s’enquiert avec soin du temps de l’étoile. Mais s’il a peur de perdre son royaume, il ne craint pas un signe qui vient du ciel; il ne redoute pas l’Auteur du temps. Pourquoi te troubles-tu, Hérode? Pourquoi es-tu si inquiet au sujet de ton successeur? Celui pour qui militent les étoiles n’est pas contenu par un empire terrestre. Allez, et informez-vous avec soin au sujet de l’enfant, et quand vous l’ aurez trouvé, revenez me le faire savoir. Hérode, tu te trompes. Le mage a reçu l’ordre de L’adorer, non de Le dénoncer. Il est venu pour témoigner de Lui, non pour être un délateur. . A lui, il est donné de Le voir, mais à toi, il n’est pas donne de Le trouver. Allez et interrogez. Comme s’il ne suffisait pas aux mages d’interroger une seule fois. A ceux qui interrogent avec piété, est donnée une réponse sans piété. Le messager du salut est transformé en prophète de malheur pour ceux qui l’entendent avec malice. Le serviteur révolté entend dire que son maitre est né, Mais à son maitre naissant, il prépare des pièges, non de l’honneur.

Il lui prépare la mort pour échapper à la servitude.

Mais parce que Dieu ne peut pas être exterminé, que le Salut ne peut pas périr, et que la Vie ne peut pas être assassinée, le Seigneur conserve Son honneur, et l’esclave croupit dans son crime. Et il est happé par le châtiment celui qui a jugé indigne de lui de venir rendre hommage. Il est écroué pour subir sa sentence celui qui n’a pas voulu parvenir à la grâce.

Allez, et informez-vous attentivement au sujet de l’enfant, et quand vous l’aurez trouvé, « renoncez-le moi ». C’est en toute vraisemblance qu’il dit de Le lui « renoncer », car il renonce pour toujours au démon celui qui se hâte de s’approcher du Christ. Quand le catéchumène entend le prêtre lui demander : renonces--tu au démon, il répond : je renonce. . C’est en toute propriété de termes qu’Hérode dit aux mages qu’ils doivent Le lui « renoncer », lui qui savait qu’il tenait la place du démon. Pour que je vienne moi aussi l’adorer. Il veut mentir, mais il ne le peut pas. Qu’il y aille, pour qu’il soit courbé sous les tourments, pour qu’il soit étendu sur un gril de tortures , pour qu’il morde la poussière, celui qui a feint d’adorer pour mieux assassiner.

Après avoir traversé les nuages de la perfidie judaïque, les mages revirent par la profession de la foi chrétienne, l’étoile qu’ils avaient vue. Elle les précéda et leur servit de guide, et c’est ainsi qu’ils parvinrent au lieu sacro-saint de la naissance du Christ. Et ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ils offrent dans leur dévotion au Seigneur, de l’or comme à un roi, de l’encens comme à un Dieu et de la myrrhe, à Celui qui allait mourir. De très grands trésors sciemment donnés en vue des croyants du futur. C’est ainsi que retournèrent par la voie de leur innocence, ceux qui avaient marché dans le chemin fallacieux d’Hérode, qui menait à la perdition.

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