Polyeucte martyr (page 5)

Pierre Corneille · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — éd. Masson 1887 · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Vous n’avez pas la vie ainsi qu’un héritage ;

Le jour qui vous la donne en même temps l’engage :

Vous la devez au prince, au public, à l’État.

POLYEUCTE.

Je la voudrois pour eux perdre dans un combat ;

Je sais quel en est l’heur, et quelle en est la gloire.

Des aïeux de Décie on vante la mémoire ;

Et ce nom, précieux encore à vos Romains,

Au bout de six cents ans lui met l’empire aux mains.

Je dois ma vie au peuple, au prince, à sa couronne ;

Mais je la dois bien plus au Dieu qui me la donne :

Si mourir pour son prince est un illustre sort,

Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !

PAULINE.

Quel Dieu !

POLYEUCTE.

Quel Dieu !Tout beau, Pauline : il entend vos paroles,

Et ce n’est pas un Dieu comme vos dieux frivoles,

Insensibles et sourds, impuissans, mutilés,

De bois, de marbre, ou d’or, comme vous les voulez :

C’est le Dieu des chrétiens, c’est le mien, c’est le vôtre ;

Et la terre et le ciel n’en connoissent point d’autre.

PAULINE.

Adorez-le dans l’âme, et n’en témoignez rien.

POLYEUCTE.

Que je sois tout ensemble idolâtre et chrétien !

PAULINE.

Ne feignez qu’un moment, laissez partir Sévère,

Et donnez lieu d’agir aux bontés de mon père.

POLYEUCTE.

Les bontés de mon Dieu sont bien plus à chérir :

Il m’ôte des périls que j’aurois pu courir,

Et, sans me laisser lieu de tourner en arrière,

Sa faveur me couronne entrant dans la carrière ;

Du premier coup de vent il me conduit au port,

Et, sortant du baptême, il m’envoie à la mort.

Si vous pouviez comprendre et le peu qu’est la vie,

Et de quelles douceurs cette mort est suivie !…

Mais que sert de parler de ces trésors cachés

À des esprits que Dieu n’a pas encor touchés ?

PAULINE.

Cruel ! (car il est temps que ma douleur éclate,

Et qu’un juste reproche accable une âme ingrate)

Est-ce là ce beau feu ? sont-ce là tes sermens ?

Témoignes-tu pour moi les moindres sentimens ?

Je ne te parlois point de l’état déplorable

Où ta mort va laisser ta femme inconsolable ;

Je croyais que l’amour t’en parleroit assez,

Et je ne voulois pas de sentimens forcés :

Mais cette amour si ferme et si bien méritée

Que tu m’avois promise, et que je t’ai portée,

Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir,

Te peut-elle arracher une larme, un soupir ?

Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie ;

Tu ne la caches pas, tu veux que je la voie ;

Et ton cœur, insensible à ces tristes appas,

Se figure un bonheur où je ne serai pas !

C’est donc là le dégoût qu’apporte l’hyménée ?

Je te suis odieuse après m’être donnée !

POLYEUCTE.

Hélas !

PAULINE.

Hélas !Que cet hélas a de peine à sortir !

Encor s’il commençoit un heureux repentir,

Que, tout forcé qu’il est, j’y trouverois de charmes !

Mais courage, il s’émeut, je vois couler des larmes.

POLYEUCTE.

J’en verse, et plût à Dieu qu’à force d’en verser

Ce cœur trop endurci se pût enfin percer !

Le déplorable état où je vous abandonne

Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne ;

Et si l’on peut au ciel sentir quelques douleurs,

J’y pleurerai pour vous l’excès de vos malheurs :

Mais si, dans ce séjour de gloire et de lumière,

Ce Dieu tout juste et bon peut souffrir ma prière,

S’il y daigne écouter un conjugal amour,

Sur votre aveuglement il répandra le jour.

Seigneur, de vos bontés il faut que je l’obtienne ;

Elle a trop de vertus pour n’être pas chrétienne :

Avec trop de mérite il vous plus la former,

Pour ne vous pas connoître et ne vous pas aimer,

Pour vivre des enfers esclave infortunée,

Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.

PAULINE.

Que dis-tu, malheureux ? qu’oses-tu souhaiter ?

POLYEUCTE.

Ce que de tout mon sang je voudrois acheter.

PAULINE.

Que plutôt…

POLYEUCTE.

Que plutôt…C’est en vain qu’on se met en défense :

Ce Dieu touche les cœurs lorsque moins on y pense.

Ce bienheureux moment n’est pas encor venu ;

Il viendra, mais le temps ne m’en est pas connu.

PAULINE.

Quittez cette chimère, et m’aimez.

POLYEUCTE.

Quittez cette chimère, et m’aimez.Je vous aime,

Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moi-même.

PAULINE.

Au nom de cet amour, ne m’abandonnez pas.

POLYEUCTE.

Au nom de cet amour, daignez suivre mes pas.

PAULINE.

C’est peu de me quitter, tu veux donc me séduire ?

POLYEUCTE.

C’est peu d’aller au ciel, je vous y veux conduire.

PAULINE.

Imaginations !

POLYEUCTE.

Imaginations !Célestes vérités !

PAULINE.

Étrange aveuglement !

POLYEUCTE.

Étrange aveuglement !Éternelles clartés !

PAULINE.

Tu préfères la mort à l’amour de Pauline !

POLYEUCTE.

Vous préférez le monde à la bonté divine !

PAULINE.

Va, cruel, va mourir ; tu ne m’aimas jamais.

POLYEUCTE.

Vivez heureuse au monde, et me laissez en paix.

PAULINE.

Oui, je t’y vais laisser ; ne t’en mets plus en peine ;

Je vais…

Scène IV.

POLYEUCTE, PAULINE, SÉVÈRE, FABIAN, gardes.

PAULINE.

Je vais…Mais quel dessein en ce lieu vous amène,

Sévère ? Auroit-on cru qu’un cœur si généreux

Pût venir jusqu’ici braver un malheureux ?

POLYEUCTE.

Vous traitez mal, Pauline, un si rare mérite ;

À ma seule prière il rend cette visite.

Je vous ai fait, seigneur, une incivilité

Que vous pardonnerez à ma captivité.

Possesseur d’un trésor dont je n’étois pas digne,

Souffrez avant ma mort que je vous le résigne,

Et laisse la vertu la plus rare à nos yeux

Qu’une femme jamais pût recevoir des cieux

Aux mains du plus vaillant et du plus honnête homme

Qu’ait adoré la terre et qu’ait vu naître Rome.

Vous êtes digne d’elle, elle est digne de vous ;

Ne la refusez pas de la main d’un époux :

S’il vous a désunis, sa mort vous va rejoindre.

Qu’un feu jadis si beau n’en devienne pas moindre :

Rendez-lui votre cœur, et recevez sa foi :

Vivez heureux ensemble, et mourez comme moi ;

C’est le bien qu’à tous deux Polyeucte désire.

Qu’on me mène à la mort, je n’ai plus rien à dire.

Allons, gardes, c’est fait.

Scène V.

SÉVÈRE, PAULINE, FABIAN.

SÉVÈRE.

Allons, gardes, c’est fait.Dans mon étonnement,

Je suis confus pour lui de son aveuglement ;

Sa résolution a si peu de pareilles,

Qu’à peine je me fie encore à mes oreilles.

Un cœur qui vous chérit, (mais quel cœur assez bas

Auroit pu vous connoître, et ne vous chérir pas ?),

Un homme aimé de vous, sitôt qu’il vous possède,

Sans regret il vous quitte : il fait plus, il vous cède ;

Et, comme si vos feux étaient un don fatal,

Il en fait un présent lui-même à son rival !

Certes, ou les chrétiens ont d’étranges manies,

Ou leurs félicités doivent être infinies,

Puisque, pour y prétendre, ils osent rejeter

Ce que de tout l’empire il faudroit acheter.

Pour moi, si mes destins, un peu plus tôt propices,

Eussent de votre hymen honoré mes services,

Je n’aurois adoré que l’éclat de vos yeux,

J’en aurois fait mes rois, j’en aurois fait mes dieux ;

On m’auroit mis en poudre, on m’auroit mis en cendre,

Avant que…

PAULINE.

Avant que…Brisons là ; je crains de trop entendre,

Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux,

Ne pousse quelque suite indigne de tous deux.

Sévère, connoissez Pauline tout entière.

Mon Polyeucte touche à son heure dernière ;

Pour achever de vivre il n’a plus qu’un moment ;

Vous en êtes la cause, encor qu’innocemment.

Je ne sais si votre âme, à vos désirs ouverte,

Auroit osé former quelque espoir sur sa perte :

Mais sachez qu’il n’est point de si cruels trépas

Où d’un front assuré je ne porte mes pas,

Qu’il n’est point aux enfers d’horreurs que je n’endure,

Plutôt que de souiller une gloire si pure,

Que d’épouser un homme, après son triste sort,

Qui de quelque façon soit cause de sa mort :

Et, si vous me croyiez d’une âme si peu saine,

L’amour que j’ai pour vous tourneroit tout en haine.

Vous êtes généreux ; soyez-le jusqu’au bout.

Mon père est en état de vous accorder tout,

Il vous craint ; et j’avance encor cette parole,

Que s’il perd mon époux, c’est à vous qu’il l’immole.

Sauvez ce malheureux, employez-vous pour lui ;

Faites-vous un effort pour lui servir d’appui.

Je sais que c’est beaucoup que ce que je demande ;

Mais plus l’effort est grand, plus la gloire en est grande.

Conserver un rival dont vous êtes jaloux,

C’est un trait de vertu qui n’appartient qu’à vous ;

Et si ce n’est assez de votre renommée,

C’est beaucoup qu’une femme autrefois tant aimée,

Et dont l’amour peut-être encor vous peut toucher,

Doive à votre grand cœur ce qu’elle a de plus cher :

Souvenez-vous enfin que vous êtes Sévère.

Adieu. Résolvez seul ce que vous voulez faire ;

Si vous n’êtes pas tel que je l’ose espérer,

Pour vous priser encor je le veux ignorer.

Scène VI.

SÉVÈRE, FABIAN.

SÉVÈRE.

Qu’est ceci, Fabian ? quel nouveau coup de foudre

Tombe sur mon bonheur, et le réduit en poudre !

Plus je l’estime près, plus il est éloigné ;

Je trouve tout perdu quand je crois tout gagné ;

Et toujours la fortune, à me nuire obstinée,

Tranche mon espérance aussitôt qu’elle est née ;

Avant qu’offrir des vœux je reçois des refus :

Toujours triste, toujours et honteux et confus

De voir que lâchement elle ait osé renaître,

Qu’encor plus lâchement elle ait osé paroître ;

Et qu’une femme enfin dans la calamité,

Me fasse des leçons de générosité.

Votre belle âme est haute autant que malheureuse,

Mais elle est inhumaine autant que généreuse,

Pauline, et vos douleurs avec trop de rigueur

D’un amant tout à vous tyrannisent le cœur.

C’est donc peu de vous perdre, il faut que je vous donne,

Que je serve un rival lorsqu’il vous abandonne ;

Et que, par un cruel et généreux effort,

Pour vous rendre en ses mains je l’arrache à la mort.

FABIAN.

Laissez à son destin cette ingrate famille ;

Qu’il accorde, s’il veut, le père avec la fille,

Polyeucte et Félix, l’épouse avec l’époux.

D’un si cruel effort quel prix espérez-vous ?

SÉVÈRE.

La gloire de montrer à cette âme si belle

Que Sévère l’égale, et qu’il est digne d’elle ;

Qu’elle m’était bien due, et que l’ordre des cieux

En me la refusant m’est trop injurieux.

FABIAN.

Sans accuser le sort ni le ciel d’injustice,

Prenez garde au péril qui suit un tel service ;

Vous hasardez beaucoup, seigneur, pensez-y bien.

Quoi ! vous entreprenez de sauver un chrétien !

Pouvez-vous ignorer pour cette secte impie

Quelle est et fut toujours la haine de Décie ?

C’est un crime vers lui si grand, si capital,

Qu’à votre faveur même il peut être fatal.

SÉVÈRE.

Cet avis seroit bon pour quelque âme commune.

S’il tient entre ses mains ma vie et ma fortune,

Je suis encor Sévère ; et tout ce grand pouvoir

Ne peut rien sur ma gloire, et rien sur mon devoir.

Ici l’honneur m’oblige, et j’y veux satisfaire ;

Qu’après le sort se montre ou propice ou contraire,

Comme son naturel est toujours inconstant,

Périssant glorieux, je périrai content.

Je te dirai bien plus, mais avec confidence,

La secte des chrétiens n’est pas ce que l’on pense :

On les hait ; la raison je ne la connois point ;

Et je ne vois Décie injuste qu’en ce point.

Par curiosité j’ai voulu les connoître :

On les tient pour sorciers dont l’enfer est le maître ;

Et sur cette croyance on punit du trépas

Des mystères secrets que nous n’entendons pas.

Mais Cérès Éleusine, et la Bonne Déesse,

Ont leurs secrets comme eux à Rome et dans la Grèce ;

Encore impunément nous souffrons en tous lieux,

Leur Dieu seul excepté, toutes sortes de dieux :

Tous les monstres d’Égypte ont leurs temples dans Rome ;

Nos aïeux à leur gré faisaient un dieu d’un homme ;

Et leur sang parmi nous conservant leurs erreurs,

Nous remplissons le ciel de tous nos empereurs :

Mais, à parler sans fard de tant d’apothéoses,

L’effet est bien douteux de ces métamorphoses.

Les chrétiens n’ont qu’un Dieu, maître absolu de tout,

De qui le seul vouloir fait tout ce qu’il résout :

Mais, si j’ose entre nous dire ce que me semble,

Les nôtres bien souvent s’accordent mal ensemble ;

Et, me dût leur colère écraser à tes yeux,

Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux.

Enfin chez les chrétiens les mœurs sont innocentes,

Les vices détestés, les vertus florissantes ;

Ils font des vœux pour nous qui les persécutons,

Et, depuis tant de temps que nous les tourmentons,

Les a-t-on vus mutins ? les a-t-on vus rebelles ?

Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles ?

Furieux dans la guerre, ils souffrent nos bourreaux ;

Et, lions au combat, ils meurent en agneaux.

J’ai trop de pitié d’eux pour ne les pas défendre.

Allons trouver Félix ; commençons par son gendre ;

Et contentons ainsi, d’une seule action,

Et Pauline, et ma gloire et ma compassion.

ACTE CINQUIÈME.

Scène I.

FÉLIX, ALBIN, CLÉON.

FÉLIX.

Albin, as-tu bien vu la fourbe de Sévère ?

As-tu bien vu sa haine ? et vois-tu ma misère ?

ALBIN.

Je n’ai rien en lui qu’un rival généreux,

Et ne vois rien en vous qu’un père rigoureux.

FÉLIX.

Que tu discernes mal le cœur d’avec la mine ?

Dans l’âme il hait Félix et dédaigne Pauline !

Et, s’il l’aima jadis, il estime aujourd’hui

Les restes d’un rival trop indignes de lui.

Il parle en sa faveur, il me prie, il menace,

Et me perdra, dit-il, si je ne lui fais grâce ;

Tranchant du généreux, il croit m’épouvanter :

L’artifice est trop lourd pour ne pas l’éventer.

Je sais des gens de cour quelle est la politique,

J’en connois mieux que lui la plus fine pratique.

C’est en vain qu’il tempête et feint d’être en fureur :

Je vois ce qu’il prétend auprès de l’empereur.

De ce qu’il me demande il m’y feroit un crime ;

Épargnant son rival, je serois sa victime ;

Et s’il avoit affaire à quelque maladroit,

Le piége est bien tendu, sans doute il le perdroit :

Mais un vieux courtisan est un peu moins crédule ;

Il voit quand on le joue, et quand on dissimule ;

Et moi j’en ai tant vu de toutes les façons,

Qu’à lui-même au besoin j’en ferois des leçons.

ALBIN.

Dieux ! que vous vous gênez par cette défiance !

FÉLIX.

Pour subsister en cour c’est la haute science.

Quand un homme une fois a droit de nous haïr,

Nous devons présumer qu’il cherche à nous trahir ;

Toute son amitié nous doit être suspecte.

Si Polyeucte enfin n’abandonne sa secte,

Quoi que son protecteur ait pour lui dans l’esprit,

Je suivrai hautement l’ordre qui m’est prescrit.

ALBIN.

Grâce, grâce, seigneur ! que Pauline l’obtienne.

FÉLIX.

Celle de l’empereur ne suivroit pas la mienne ;

Et, loin de le tirer de ce pas dangereux,

Ma bonté ne feroit que nous perdre tous deux.

ALBIN.

Mais Sévère promet…

FÉLIX.

Mais Sévère promet…Albin, je m’en défie,

Et connois mieux que lui la haine de Décie ;

En faveur des chrétiens s’il choquoit son courroux,

Lui-même assurément se perdroit avec nous.

Je veux tenter pourtant encore une autre voie.

Amenez Polyeucte ; et si je le renvoie,

S’il demeure insensible à ce dernier effort,

Au sortir de ce lieu qu’on lui donne la mort.

ALBIN.

Votre ordre est rigoureux.

FÉLIX.

Votre ordre est rigoureux.Il faut que je le suive,

Si je veux empêcher qu’un désordre n’arrive.

Je vois le peuple ému pour prendre son parti ;

Et toi-même tantôt tu m’en as averti :

Dans ce zèle pour lui qu’il fait déjà paroître,

Je ne sais si longtemps j’en pourrais être maître ;

Peut-être dès demain, dès la nuit, dès ce soir,

J’en verrais des effets que je ne veux pas voir ;

Et Sévère aussitôt, courant à sa vengeance,

M’iroit calomnier de quelque intelligence.

Il faut rompre ce coup, qui me seroit fatal.

ALBIN.

Que tant de prévoyance est un étrange mal !

Tout vous nuit, tout vous perd, tout vous fait de l’ombrage :

Mais voyez que sa mort mettra ce peuple en rage ;

Que c’est mal le guérir que le désespérer.

FÉLIX.

En vain après sa mort il voudra murmurer ;

Et s’il ose venir à quelque violence,

C’est affaire à céder deux jours à l’insolence :

J’aurai fait mon devoir, quoi qu’il puisse arriver.

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