Premiers Analytiques (page 37)

Aristote · Philosophie

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Premiers Analytiques · 37 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

FIN DES PREMIERS ANALYTIQUES. (suite)

↑ L’Objection ne peut jamais avoir lieu dans la seconde figure ; car, pour l’Objection universelle, il faut joindre la contradiction qu’on faite par le nouveau terme à celui des termes donnés qui est universel, c’est-à-dire qu’il faut conserver l’attribut de la proposition initiale. Par exemple, si la thèse est que la notion des contraires n’est pas unique, notion unique étant l’attribut, et contraires le sujet, l’Objection conserve l’attribut et dit : La notion des opposés est unique ; et il faut nécessairement alors que ce soit la première figure, parce que le terme universel, par rapport au sujet, devient son attribut dans la mineure : Les contraires sont des opposés. Ainsi l’universel : opposés, est sujet dans la majeure, et attribut dans la mineure : il est moyen, et c’est la première figure. — Pour la contradiction particulière, on doit prendre un terme renfermé dans l’extension du sujet ; et le sujet de la proposition initiale devient alors attribut dans la majeure : le nouveau terme y est sujet, comme il l’est aussi dans la mineure. Par conséquent, c’est la troisième figure où le moyen est deux fois sujet. Voir, du reste, plusieurs des exemples du § 4. — Les contraires sont universels relativement à ces deux termes, c’est-à-dire, attribut. — Le terme pris particulièrement, c’est-à-dire, contenu sous le sujet.

↑ Second motif pour que l’Objection ne se forme pas dans la seconde figure. Cette figure n’a pas de conclusions opposées, puisqu’elle n’a que des négatives. Or, l’Objection exige l’opposition ; ce n’est donc que dans la première et la troisième figures qu’elle pourra se former. — Il n’y avait pas de conclusion affirmative, Voir dans ce chapitre, § 3, et liv. 1, ch. 5, § 29.

↑ Si l’on faisait l’Objection dans la seconde figure, il faudrait trouver un moyen qui serait au sujet de la proposition initiale, dans des rapports tout différents de ceux qu’on a indiqués plus haut. Le moyen sortant du genre du sujet, l’Objection serait beaucoup moins évidente. Par exemple, si l’on niait la proposition initiale AB, en objectant qu’un nouveau terme C n’est pas conséquent, c’est-à-dire, est nié comme attribut du mineur. Soit la proposition initiale affirmative AB, on fait une Objection pour prouver que A n’est pas à B. Le syllogisme de la seconde figure se fait alors en Caméstres : A est à C : B n’est pas à C ; Donc A n’est pas à B. Il faut remarquer ici que dans la majeure, on a dû admettre un attribut différent de celui de la thèse ; et par conséquent cette majeure est obscure ; ou du moins elle est plus obscure que si son attribut était l’attribut déjà connu de la proposition initiale. — Au moyen de propositions différentes, à des termes différents…, le texte dit littéralement : autres, c’est-à-dire, d’un genre autre que le sujet de la proposition initiale. — L’autre proposition qu’elle prend, c’est-à-dire, la majeure qui doit être claire par son opposition même à la proposition initiale. Dans l’exemple cité plus haut, la majeure de l’Objection : A est à C, n’est pas évidemment opposée à la proposition initiale : A est à B.

↑ L’obscurité de la seconde figure fait qu’on ne peut en tirer le Signe, comme on le tire des autres figures. Voir au chapitre suivant §§ 7 et 9.

↑ L’Objection, dont il s’agit dans tout ce chapitre, est, à proprement parler, l’Objection logique. Il y a encore des Objections d’un autre genre, mais elles appartiennent plutôt à la Rhétorique. Voir la Rhétorique liv. 2, ch. 25. Ainsi, à une thèse quelconque, on peut opposer une Objection tirée du contraire. Par exemple, si l’on dit que toute joie est bonne, on peut le nier en prouvant que par suite, il faudrait aussi que le contraire fut vrai, à savoir que toute tristesse est mauvaise : ce qui est manifestement faux. On peut faire une Objection tirée du semblable. Par exemple, si l’on dit que le point est une partie de la ligne, on peut faire une Objection en démontrant, par le semblable, que, s’il en était ainsi, il faudrait que la ligne fût à la surface, comme le point est à la ligne, c’est-à-dire, une partie de la surface ; ce qui est manifestement feux. Enfin, l’on peut faire une Objection tirée des opinions reçues, ou accréditées par quelque grand personnage. Si l’on dit, par exemple, que l’âme est mortelle, on pourra faire une Objection, en montrant que Socrate et Platon ont dit qu’elle était immortelle. J’emprunte ces trois exemples d’Objections à Albert-le-Grand. — Former l’Objection particulière dans la première figure, on a vu plus haut, § 4, que l’Objection particulière se formait dans la troisième figure. Elle peut se former aussi dans la seconde ; et, par exemple, il suffirait alors de convertir la mineure universelle de Felapton, ou de Dorapti, en particulière. — Ou l’Objection négative dans la figure moyenne. Voir le § 6 et suivant.

↑ L’Enthymème étant formé de propositions qui expriment le vraisemblable et le signe, il faut définir le vraisemblable et le signe avant de définir l’Enthymème. Voir plus bas, §§ 2 et 3. — Par exemple : les hommes haïssent…, ce sont là deux propositions probables ; car ordinairement on rend haine pour haine, affection pour affection. La phrase grecque peut prêter ici à une amphibologie. J’ai choisi le sens qui m’a paru le plus naturel. L’autre sens serait : Les envieux baissent ceux qu’ils envient : les amants chérissent l’objet de leur passion. Peu importe du reste celui des deux sens qu’on choisit ; de part et d’autre, on obtient des propositions probables.

↑ Le Signe peut être nécessaire, et la proposition qu’il forme est alors nécessaire ; ce qui ne peut arriver avec le vraisemblable. Parfois le signe ne donne aussi qu’une simple probabilité. Le vraisemblable peut être posé d’une manière absolue : le signe a toujours rapport à la chose même dont il est le signe. Le signe du reste peut être antérieur ou postérieur. Une chose est arrivée : un signe qui reste après elle, annonce qu’elle a été. Quand elle n’est pas encore arrivée, un signe qui la précède peut annoncer qu’elle arrivera ; et le signe est alors antérieur à la chose qu’il indique. Le signe et la chose peuvent être contemporains. La chose est : elle se révèle par un signe qui existe en même temps qu’elle, et qui peut d’ailleurs disparaître avec elle ou lui survivre.

↑ Définition de l’Enthymème, qui, pour être bien comprise, avait besoin des définitions antérieures du vraisemblable et du signe. — Est un syllogisme. Après ce mot de syllogisme, la plupart des éditions ajoutent : incomplet. Pacius repousse avec toute raison cette variante. L’Enthymème n’est pas du tout un syllogisme incomplet ; car dans les exemples mêmes que cite Aristote, §§ 4,5, 6, les Enthymèmes ont leurs deux prémisses. De plus, cette épithète d’incomplet a été réservée par Aristote pour les syllogismes de la seconde et de la troisième figures qui ont besoin de la conversion pour que la conclusion soit de toute évidence. Voir liv. I, ch. 1, §§ 2 et 9. Albert-le-Grand paraît n’avoir point eu cette leçon d’incomplet, qui est fautive, et que d’ailleurs plusieurs manuscrits ne donnent pas. L’édition de Berlin ne l’a pas conservée.

↑ Aristote, en admettant ici que le signe peut former un syllogisme de la seconde figure, semble contredire ce qu’il a établi dans le chapitre précédent, § 9. Il y a dit que le signe ne pouvait jamais donner un syllogisme de la seconde figure : c’est qu’en effet le signe, quand il est ainsi obtenu, n’est pas régulier. Voir plus bas, § 7 et § 9. Le signe peut donc avoir les trois positions du moyen : sujet et attribut, comme le moyen dans la première figure : attribut des deux extrêmes, comme dans la seconde : sujet des deux extrêmes, comme dans la troisième.

↑ Première position du signe : sujet du majeur, attribut du mineur, comme le moyen dans la première figure : Toute femme qui a du lait est grosse : or, cette femme a du lait ; Donc cette femme est grosse ; avoir du lait étant le signe de la grossesse, et servant de moyen terme. Le syllogisme est en Darii.

↑ Seconde position du signe : sujet des deux extrêmes, comme le moyen dans la troisième figure : Pittacus est vertueux : Pittacus est sage ; Donc les sages sont vertueux. Pittacus et sa conduite vertueuse sont pris ici comme le signe de la vertu des sages. Le syllogisme n’est pas régulier, et ne peut se ramener à aucun des modes de la troisième figure. La conclusion est même tirée de deux particulières ; ce qui contredit la règle générale de tous les syllogismes, exigeant de l’universel dans les prémisses. Liv. I, ch. 24, § 1. Voir plus bas, § 9. — Aristote a placé l’Enthymème de la troisième figure avant celui de la seconde, parce qu’il est encore moins imparfait. — Mais, quand on prouve que les sages sont vertueux, voilà l’Enthymème sous la forme vulgaire, c’est-à-dire, avec une seule proposition et la conclusion. Pittacus est vertueux ; Donc les sages sont vertueux, parce qu’on connaît évidemment que Pittacus est sage, mineure que l’on supprime. — L’une des propositions, la mineure. — On ne conserve que l’autre, la majeure.

↑ Troisième position du signe, attribut des deux extrêmes, comme le moyen dans la seconde figure : Toute femme grosse est pâle : cette femme est pâle ; Donc elle est grosse. On sait que la forme de ce syllogisme est irrégulière, puisqu’il conclut par le mode AI, qui est inutile dans la seconde figure. Voir liv. I, ch. 5, § 22. — Si l’on prouve qu’une femme est grosse parce qu’elle est pâle, forme vulgaire de l’Enthymème où la mineure seule est exprimée. Cette femme est pâle ; Donc elle est grosse.

↑ Quand on n’exprime qu’une seule des prémisses, on garde celle où est le signe ; quand on les exprime toutes les deux, c’est un syllogisme complet, et enthymématique puisqu’il procède encore par le signe. L’ambition est le signe de la générosité ; et voici avec ce signe un syllogisme entier : Les ambitieux sont généreux : or, Pittacus est ambitieux ; Donc Pittacus est généreux. Si l’on disait sous forme vulgaire : Pittacus est ambitieux ; donc Pittacus est généreux, on ne conserverait que le signe dans la mineure où il est attribut. — C’est un syllogisme, entier et enthymématique.

↑ De ces trois formes de l’Enthymème, celle qui a lieu dans la première figure est parfaitement régulière. — Parce qu’il est universel, c’est-à-dire, parce que la majeure est universelle, et que le moyen comme le mineur sont contenus dans sa totalité. — Celui de la troisième figure n’est pas régulier, car il a une conclusion universelle ; mais cette conclusion ne se rapporte pas directement à la question ; car de ce que Pittacus est vertueux et sage, on ne peut conclure que tous les sages sont vertueux : la conclusion régulière serait que quelque sage est vertueux ; et ce sage en particulier ne serait autre que Pittacus lui-même. — Ce syllogisme n’est pas universel, c’est-à-dire qu’aucune des prémisses n’est universelle ; ce qui est contre les règles générales du syllogisme. — Enfin celui de la seconde figure est contre toutes les règles de cette figure, puisque les deux prémisses en sont affirmatives, tandis qu’il faudrait que l’une de deux fût négative.

↑ On pourra conclure le vrai, quand les propositions sont vraies.

↑ Celui qui est moyen, c’est-à-dire, qui est intermédiaire entre les deux termes, sujet du majeur, attribut du mineur ; c’est le signe de la première figure. On appellerait ce signe preuve ou indice. Les signes qui occupent les positions extrêmes, soit attributs des deux termes, soit sujets des deux termes, conserveraient le nom spécial de signes.

↑ Comme nous le disons habituellement. Voir la définition ordinaire du Propre, Topiques, liv. 1, ch. 5, § 5 où cette définition est développée.

↑ Cette étude des signes serait facile sur des êtres qui n’auraient qu’une seule qualité, laquelle se manifesterait à l’observation par un signe unique.

↑ Mais quand le genre a plusieurs qualités, et par suite plusieurs signes, à laquelle des qualités faudra-t-il attribuer tel signe ? Pour le savoir, il faudra recourir a un genre différent qui aura les deux qualités ; mais sans que cependant ce genre tout entier les possède, c’est-à-dire, sans qu’elles appartiennent à tous les individus que ce genre renferme. Il arrivera que dans ce nouveau genre, tel individu aura l’une des qualités et le signe qui l’accompagne, tel aura l’autre des qualités avec son signe ; alors on reconnaîtra la qualité spéciale qu’on cherche avec le signe qui lui appartient, et on pourra transporter cette observation au genre dont on désire connaître la nature. Ainsi, le lion est à la fois courageux et généreux, il a de fortes extrémités et un front large. Est-ce le front large ou les fortes extrémités qui indiquent chez lui le courage ? On observe, pour résoudre cette question, une autre espèce d’animaux ou ces qualités peuvent être aussi réunies, sans que cependant tous les individus de ce genre sans exception les possèdent. On y trouve un individu qui est courageux et qui en même temps a de fortes extrémités ; donc les fortes extrémités seront en lui le signe du courage ; donc elles le seront également dans le lion. Or c’est précisément ce qu’on veut savoir.

↑ Quand le signe est spécial à la qualité, la qualité et le signe sont de même étendue et sont par conséquent réciproques l’un à l’autre. Quand de plus le signe est plus étendu que le troisième terme, on peut construire un syllogisme où le signe joue le rôle du moyen dans la première figure. Soit A le courage, B les fortes extrémités, C le lion ; on a pour majeure AB, tous les animaux qui ont de fortes extrémités, et pour conclusion AC : Donc le lion est courageux. — Autrement, il n’y aurait pas un signe unique, ce qui serait contre la dernière des trois hypothèses du § 12.

Il n’est pas besoin de faire remarquer tout ce que cette théorie a d’ingénieux et de profond. Aristote en a fait lui-même une superbe application dans son traité de Physiognomonie, science que d’ailleurs il a fondée.

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