La Hiérarchie ecclésiastique (De ecclesiastica hierarchia) (page 2)

Pseudo-Denys l’Aréopagite · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Œuvres de saint Denys l’Aréopagite/Livre de la hiérarchie ecclésiastique · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

DEUXIÈME PARTIE. (suite)

IV. Puis il convoque au lieu saint tous les membres de la hiérarchie pour coopérer au salut de cet homme, et s’en réjouir et en rendre grâces à la divine bonté. Il commence par chanter avec tout le clergé quelque hymne tirée des Écritures ; ensuite il baise l’autel sacré, s’approche du catéchumène, et lui demande quel est son désir.

V. Celui-ci, conformément aux instructions de son introducteur, s’accuse avec amour de Dieu de son infidélité passée, de l’ignorance où il était du vrai bien, et de n’avoir pas fait les œuvres d’une vie divine ; et il demande à être admis par la médiation du pontife à la participation de Dieu et des choses saintes. Le pontife alors lui apprend que Dieu très-pur et infiniment parfait veut qu’on se donne à lui complétement et sans réserve ; et exposant les préceptes qui règlent la vie chrétienne, il l’interroge sur sa volonté de les suivre. Après la réponse affirmative du postulant, le pontife lui pose la main sur la tête, le munit du signe de la croix, et ordonne aux prêtres d’enregistrer les noms du filleul et du parrain.

VI. Après cette formalité, une sainte prière commence ; quand l’Église entière avec son pontife l’a terminée, les diacres délient la ceinture et ôtent le vêtement du catéchumène. L’hiérarque le place en face de l’occident, les mains dressées en signe d’anathème contre cette région de ténèbres, et lui ordonne de souffler sur Satan par trois fois, et de prononcer les paroles d’abjuration. Trois fois le pontife les proclame, trois fois le futur initié les répète. Alors le pontife le tourne vers l’orient, lui faisant lever au ciel les yeux et les mains, et lui commande de s’enrôler sous l’étendard du Christ et d’adhérer aux enseignements sacrés qui nous sont venus de Dieu.

VII. Ensuite vient la profession de foi ; le pontife en lit la formule à trois reprises, et lorsqu’elle a été répétée autant de fois par le catéchumène, il le bénit parmi de saintes oraisons, et lui impose les mains. De leur côté, les diacres achèvent de le dépouiller de ses vêtements, et les prêtres apportent l’huile sainte. Il reçoit d’abord une triple onction des mains de l’initiateur suprême, puis les prêtres continuent d’oindre le reste de son corps. Cependant l’initiateur se rend vers la fontaine, mère de l’adoption ; il en purifie les eaux par des invocations religieuses, et les sanctifie par une triple effusion de l’huile bénite, faite en forme de croix ; il chante trois fois aussi un cantique dicté par le Saint-Esprit, mystérieux auteur de l’inspiration prophétique. Il ordonne qu’on lui amène le disciple. Un ministre proclame le nom du parrain et du pupille. Celui-ci, conduit par les prêtres vers la fontaine salutaire, est remis entre les mains de l’hiérarque, qui se tient debout en un lieu plus élevé. Là le nom de l’initié est publié de nouveau. Alors le pontife le baptise, le plongeant trois fois dans l’eau, et l’en retirant trois fois, et invoquant les trois personnes de la divine béatitude. Les prêtres reçoivent le baptisé, et le remettent à son introducteur et patron : tous ensemble, ils le revêtent d’une robe blanche, signe de son nouvel état, et le conduisent encore au pontife, qui le fortifie par l’onction d’un baume consacré et le déclare digne de participer désormais au bienfait souverain de la sainte Eucharistie.

VIII. Ces cérémonies achevées, le pontife qui, en les accomplissant, descend, pour ainsi dire, à des choses secondaires, est bientôt rappelé à la contemplation des choses les plus élevées[5] ; car en aucun temps, en aucune manière, il ne doit se fixer en ce qui le détournerait de ses hautes fonctions, mais bien, sous l’influence du Saint-Esprit, passer avec une infatigable ardeur de ce qui est divin à ce qui est également divin.

Contemplation.

TROISIÈME PARTIE.

I. Tels sont les symboles matériels qui cachent le mystère de notre régénération divine. Or, ces symboles n’ont rien de profane ni d’inconvenant ; mais ils offrent, comme en un miroir matériel et accessible aux regards humains, l’objet énigmatique de sublimes contemplations. Et qu’y verrait-on de défectueux, même abstraction faite de la plus auguste raison qui explique ce sacrement, puisque par la seule persuasion et par l’institution divine, il opère la sainteté en ceux qui s’en approchent, et que par l’ablution naturelle du corps, il leur rappelle d’une manière sensible que la vie coupable doit être expiée par une vie vertueuse et divine ? Quand donc il n’y aurait rien de plus divin dans les signes qui voilent cette initiation mystérieuse, même alors je la trouverais pleine de religieuse décence ; car elle forme aux habitudes d’une conduite irréprochable, et en purifiant le corps par l’eau, elle exprime symboliquement le dépouillement total des fautes antérieures.

II. Ceci soit dit par manière d’introduction à l’usage des âmes imparfaites ; car il est bon de séparer les choses vulgaires de ce qui est saint et déifique, et de donner aux divers ordres une explication proportionnée à leurs forces respectives. Pour nous, il faut nous élever par une sorte d’ascension spirituelle jusqu’aux principes des sacrements ; et dans la connaissance précieuse qui nous en viendra, nous verrons de quels types ils sont l’empreinte, et quels secrets augustes ils expriment. Car, comme il a été clairement expliqué dans notre discours touchant la matière et l’intelligible, les choses sacrées que les sens perçoivent sont les tableaux de celles qu’ils ne perçoivent pas, le guide et le chemin qui y conduisent ; et celles-ci sont le principe radical et l’explication des formes visibles de notre hiérarchie.

III. Entrons maintenant dans notre contemplation. La douce et bienheureuse nature de Dieu, du sein de sa constante immutabilité, laisse tomber sur les intelligences les salutaires rayons de sa lumière. Si, par l’abus de sa liberté, l’intelligence se détourne ; si, éprise du mal, elle tient scellée pour ainsi dire sa naturelle faculté de voir ; si elle se soustrait à l’action de la lumière, la lumière ne l’abandonne pas pour cela, mais elle continue à luire sur cette âme malade, et court se placer avec bonté sous son regard indocile. Si l’intelligence, mécontente de sa portion respective du bienfait divin, essaie de franchir les bornes que Dieu lui a fixées ; si elle s’applique témérairement à contempler des splendeurs qui la surpassent, sans doute la lumière ne cessera pas pour cela de verser ses flots ; mais l’âme s’ingérant avec imperfection dans les choses parfaites ni n’obtiendra ce qui ne lui fut point destiné, ni même ne conservera, à cause de son fol orgueil, ce qui lui avait été départi. Toutefois, comme je l’ai dit, la bienfaisante lumière étincelle sans cesse sur tous les esprits ; toujours présente, toujours préparée à se communiquer avec une libéralité divine, il leur est libre de la recevoir.

Et l’hiérarque se façonne à imiter cette sublime leçon. Il répand généreusement l’éclatante splendeur des divins enseignements ; à l’exemple de la divinité, il se montre toujours prêt à éclairer quiconque le désire ; son cœur est sans jalousie, ses lèvres n’ont pas d’amers reproches pour ceux qui combattirent la lumière, ou l’ambitionnèrent sans humilité ; il fait luire devant tous ceux qui viennent à lui le flambeau de la doctrine pontificale avec je ne sais quoi de divin et de parfaitement ordonné, et dans la mesure qui convient aux besoins de chaque intelligence.

IV. Or, parce que Dieu est le principe de cette sainte institution qui apprend aux âmes à se connaître elles-mêmes, quiconque voudra considérer sa propre nature, saura d’abord ce qu’il est ; et telle sera la première et douce récompense de son docile amour pour la lumière : devant cette contemplation de lui-même faite d’un œil tranquille et pur, les épaisses ténèbres de son ignorance se dissiperont. Il est vrai que, dans son imperfection, il ne se prendra pas à désirer déjà le bonheur de participer et de s’unir à Dieu ; mais passant successivement du bien au mieux, du mieux à ce qui est plus saint encore, et consommant son initiation, il s’élèvera pieusement, et selon l’ordre, jusqu’au sein de la majesté infinie. Le symbole de cette dépendance si bien ordonnée se trouve dans le respect craintif du catéchumène, et dans la conscience qu’il a de sa faiblesse : c’est pourquoi il réclame un patron qui veuille le présenter au pontife. Ainsi préparé, l’éternelle béatitude daigne se communiquer à lui ; elle le marque, pour ainsi dire, du sceau de sa lumière, le divinise, et le rend digne de l’héritage céleste et de la société des élus. Tout ceci est figuré par le signe de croix qui est fait sur le baptisé, et par l’inscription de son nom sur le livre sacré parmi les noms de ceux qui sont appelés au salut. Du reste, figurent ensemble sur cette liste l’initié et celui par lequel il fut amené à la vérité et à la vie : l’un comme disciple affectueux et fidèle d’un maître bienveillant et pieux, l’autre comme guide assuré qui ne s’écartera pas des voies que Dieu a tracées.

V. Mais il est impossible que les contraires se réunissent en un même sujet ; et celui qui est en communion avec l’unité, s’il tient à se maintenir dans cet heureux état, ne saurait vivre en même temps d’une vie opposée : qu’il se sépare donc absolument de ce qui pourrait rompre l’unité. C’est ce qui est mystérieusement enseigné par les cérémonies du baptême, où le catéchumène est dépouillé, pour ainsi dire, de sa vie antérieure et arraché sans pitié à toutes ses affections : car sans vêtements, sans chaussure, placé en face de l’occident, il étend les mains pour renier toute participation avec la malice et les ténèbres, il semble repousser de son souffle les habitudes d’iniquité précédemment contractées, il renonce solennellement à tout ce qui pourrait empêcher sa sanctification. Ainsi affranchi du vice, et rendu à une pureté complète, on le tourne vers l’orient, lui faisant entendre que, par la fuite absolue du mal, il sera digne d’habiter la région de la lumière et de contempler les divines splendeurs. Puis ramené au principe d’unité, on reçoit avec confiance les protestations sacrées qu’il fait de se rapprocher de cette unité par tous ses efforts. Effectivement, et ceci sans doute est manifeste pour tous ceux qui sont versés dans la science de nos mystères, c’est seulement par de généreux et continuels élans vers l’unité, par la mortification et l’anéantissement de tout ce qui lui est contraire, que les intelligences se constituent dans un état d’inébranlable perfection. Car ce n’est pas assez de fuir l’iniquité, on doit encore déployer l’énergie d’un mâle courage, et lutter avec persévérance contre la tentation d’un funeste relâchement ; bien loin de laisser l’amour de la vérité se refroidir jamais, il faut tendre vers elle, autant qu’on le peut, par un magnanime et éternel désir, et travailler à s’élever sans cesse jusqu’à la sublimité de la perfection divine.

VI. Or, vous trouverez ces enseignements heureusement symbolisés dans les cérémonies de l’initiation sacramentelle. Car le divin hiérarque commence, et après lui les prêtres achèvent l’onction sainte sur le corps de l’initié, comme si par cette figure ils l’appelaient aux combats dans lesquels il doit s’exercer sous la présidence du Christ. Car c’est Jésus-Christ qui, en tant que Dieu, a institué ces combats ; sage, il a réglé les conditions du succès ; magnifique, il a préparé aux vainqueurs de nobles prix. Il y a quelque chose de plus merveilleux : parce qu’il est bon, Jésus-Christ entre en lice avec les athlètes, combattant pour leur liberté et leur triomphe contre l’empire de la corruption et de la mort. L’initié courra donc gaîment à ces luttes, car elles sont divines ; il restera fidèle, constamment fidèle aux sages ordonnances qui règlent son courage, soutenu par le ferme espoir de récompenses éclatantes, et rangé sous la discipline de son bon Seigneur et chef. Ainsi marchant sur les traces divines de celui qui daigna être le premier athlète, il vaincra, comme son maître, les malins esprits et les penchants déréglés, durs ennemis du salut, et mourra avec Jésus-Christ de cette mort mystique qui tue le péché dans le baptême.

VII. Et ici, observez avec quelle justesse les symboles sont adaptés aux sacrements. Ainsi parce que la mort n’est pas une destruction de notre substance, comme l’ont imaginé quelques-uns, mais simplement une séparation de principes d’abord réunis, et qui cessent désormais d’apparaître, l’âme n’accusant plus sa présence, depuis qu’elle a quitté le corps, et le corps confié à la terre et soumis à des altérations successives ne gardant plus aucune trace de sa forme première ; pour cette raison, dis-je, la mort et la sépulture sont assez bien représentées par l’immersion complète du corps dans l’eau baptismale. Lors donc qu’au baptême, trois fois on plonge dans l’eau, et trois fois on en retire le catéchumène, on lui fait entendre par cet enseignement saintement figuratif qu’il retrace les trois jours et les trois nuits que Jésus, l’auteur de la vie, passa dans le tombeau après sa mort ; si l’on peut dire toutefois que l’homme retrace celui en qui le prince de ce monde ne trouva rien qui lui appartînt, selon la parole mystérieuse et profonde de nos oracles[6].

VIII. Ensuite on donne au nouveau chrétien des habits d’éclatante blancheur ; car échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions, et aspirant avec ardeur à l’unité, ce qu’il avait de déréglé rentre dans l’ordre, ce qu’il avait de défectueux s’embellit, et il resplendit de toute la lumière d’une pure et sainte vie.

Sous l’onction de l’huile bénite, le baptisé répand une suave odeur ; car celui qui reçoit le sacrement de la régénération est uni par là même au Saint-Esprit. Mais je laisse aux âmes qui furent jugées dignes d’un auguste et pieux commerce avec cet esprit divin, de connaître et d’entendre ce que c’est que cette visite ineffable de la majesté céleste, dans laquelle l’homme se trouve embaumé d’un parfum spirituel, et élevé à la perfection.

Enfin le pontife convie l’initié à la très-sainte Eucharistie, et le fait entrer en participation de ce mystère qui opère si efficacement la sainteté.

DES CÉRÉMONIES QUI S’ACCOMPLISSENT DANS L’EUCHARISTIE.

Argument. — On enseigne dans la première partie que le sacrement de l’Eucharistie est le complément des autres sacrements, et qu’on le nomme Synaxe ou communion, parce qu’il nous unit à Dieu d’une façon particulière et intime.

On décrit dans la seconde partie les rits sacrés parmi lesquels se consacre et se distribue l’Eucharistie, et on signale quels sont ceux qu’on admettait à la contemplation du mystère, quels sont ceux qu’on en excluait.

On explique dans la contemplation, I, ce que signifient, dans la célébration des mystères, les cantiques et les leçons, et la participation du pain et du calice. II. Après avoir invoqué celui qui réside en ce sacrement adorable, III, on remarque que Dieu immuable en soi daigne se communiquer à tous les hommes, et que le pontife est une image de cette universelle providence, par sa mission de conférer les choses saintes à ses inférieurs. IV. On rappelle les instructions renfermées dans les saints oracles, V, et comment les Écritures disposent l’âme à la sainteté. VI. On marque pourquoi certains hommes sont exclus de la vue et de la réception des mystères ; VII, comment les pécheurs sont indignes du don divin, que les justes seuls reçoivent ; VIII, ce que signifient le baiser de paix, IX, la lecture des noms des saints, X, l’ablution des doigts du prêtre et l’élévation de l’Eucharistie. XI. On décrit les calamités que l’homme encourt par le péché, et la bonté que Dieu lui a témoignée en le réparant. XII. On montre que le sacrifice est une commémoration de la passion du Christ, et quelle est la fin de la sainte communion ; XIII, pourquoi l’on fractionne et l’on distribue le saint sacrement ; XIV, et pourquoi le prêtre communie lui-même avant de donner la communion aux autres. XV. Enfin, quelles actions de grâces l’assemblée rend à Dieu.

PREMIÈRE PARTIE.

Mais puisque nous avons nommé l’Eucharistie, il ne convient pas de passer outre, pour louer quelque mystère, avant celui-là ; car, comme disait notre illustre maître, c’est le sacrement des sacrements. Or il nous faut débuter par la description des cérémonies qui s’y pratiquent, et puis, fondé sur l’enseignement pontifical et l’autorité des Écritures, nous élever, avec l’assistance du Saint-Esprit, à la contemplation spirituelle de cette divine institution.

Et d’abord recherchons pieusement pour quelle raison ce qui est commun à tous les autres sacrements de l’Église, est attribué par excellence à celui-ci ; pour quelle raison on le nomme spécialement communion et synaxe, quand tous également ont pour but de ramener à la simplicité de la perfection divine la multiplicité de nos affections partagées, et de nous mettre en communion intime avec l’unité, par cette sainte récollection de nos facultés si distraites. Or, nous disons que les autres sacrements reçoivent leur complément et leur perfection des riches trésors et de l’adorable sainteté de celui-ci. Car il n’est guère d’usage qu’aucune de ces augustes cérémonies se célèbre, sans que la très-sainte Eucharistie, achevant l’œuvre commencée, ne vienne élever l’initié vers Dieu, et par la grâce ineffable du mystère parfait, opérer son union avec l’adorable unité. Si donc les autres sacrements demeurent comme incomplets sans celui-ci, et n’établissent point entre l’unité et nous une sainte et intime union, ne pouvant communiquer une vertu qu’ils n’ont pas ; si la fin essentielle de tous les sacrements est de préparer celui qui les reçoit à la participation de la très-divine Eucharistie ; il faut convenir que nos pontifes, en l’appelant synaxe, lui ont donné un nom tiré de la nature des choses, et qui convient merveilleusement. C’est ainsi qu’avec une justesse parfaite le sacrement de la divine renaissance a été nommé l’illumination, précisément parce qu’il initie l’homme à la lumière et qu’il est pour nous le commencement des illuminations célestes. Car quoiqu’il appartienne à toutes institutions sacramentelles de communiquer la lumière divine, toutefois c’est le baptême qui m’a, pour ainsi dire, ouvert les yeux, et c’est par la lumière auguste qu’il m’a donnée que je m’élève à la contemplation des autres saints mystères.

Il fallait dire ces choses avant de fixer le regard de notre attention sur chacun des rits qui s’observent en la célébration de l’Eucharistie, et sur leur signification profonde.

Mystère de la communion ou synaxe.

DEUXIÈME PARTIE.

L’hiérarque, après avoir prié au pied de l’autel sacré, l’encense d’abord, puis fait le tour du temple saint. Revenu à l’autel, il commence le chant des psaumes que tous les ordres ecclésiastiques continuent avec lui. Après cela, des ministres inférieurs lisent les très-saintes Écritures, et ensuite on fait sortir de l’enceinte sacrée les catéchumènes, et avec eux les énergumènes et les pénitents : ceux-là restent seuls qui sont dignes de contempler et de recevoir les divins mystères. Pour le reste des ministres subalternes, ceux-ci se tiennent auprès des portes fermées du saint lieu ; ceux-là remplissent quelque autre fonction de leur ordre. Les plus élevés d’entre eux, les diacres s’unissent aux prêtres pour présenter sur l’autel le pain sacré et le calice de bénédiction, après toutefois qu’a été chantée par l’assemblée entière la profession de la foi. Alors le pontife achève les prières, et souhaite à tous la paix ; et tous s’étant donné mutuellement le saint baiser, on récite les noms inscrits sur les sacrés diptyques. Ayant tous purifié leurs mains, l’hiérarque prend place au milieu de l’autel, et les prêtres l’entourent avec les diacres désignés. L’hiérarque bénit Dieu de ses œuvres merveilleuses, consacre les mystères augustes, et les offre à la vue du peuple sous les symboles vénérables qui les cachent. Et quand il a ainsi présenté les dons précieux de la divinité, il se dispose à la communion, et y convie les autres. L’ayant reçue et distribuée, il termine par une pieuse action de grâces. Et tandis que le vulgaire n’a considéré que les voiles sensibles du mystère, lui, toujours uni à l’Esprit saint, s’est élevé jusqu’aux types intellectuels des cérémonies, dans la douceur d’une contemplation sublime, et avec la pureté qui convient à la gloire de la dignité pontificale.

Contemplation.

TROISIÈME PARTIE.

I. Et maintenant, mon fils, après avoir décrit par ordre les cérémonies figuratives, et avant de vous élever à la sublimité de leurs archétypes, il faut me proportionner aux âmes encore imparfaites, et les consoler par cette remarque, qu’elles peuvent tirer profit de l’institution de ces pieux symboles, quand même elles n’en considèrent que l’extérieur et l’écorce. Car les saints cantiques et la lecture des divins oracles leur apprennent les préceptes de la vertu, et qu’il faut se purifier entièrement de la corruption du péché. La participation commune et pacifique à un seul et même pain sacré, et à un seul et même calice, impose à tous une mutuelle concorde, comme elle transmet à tous une vie identique ; et elle leur rappelle ce divin banquet où furent célébrés pour la première fois ces mystères, et où l’auteur même de ce sacrement n’y laissa point participer l’apôtre indigne qui avait fait la cène sans pureté, sans esprit de conformité avec le Seigneur. Et de là ressort cette mémorable et sainte instruction, qu’il faut s’approcher des choses divines par la foi et avec la charité, pour obtenir d’être transformé en les recevant.

II. Mais, ainsi que je l’ai dit, ces considérations ressemblent à des tableaux qui ornent le vestibule du temple. Laissons-les aux esprits dont l’initiation n’est pas encore parfaite ; et nous, remontons de l’effet à la cause. Là, guidés par la lumière de Jésus, nous contemplerons le magnifique spectacle que présentent les idées archétypes de notre communion sacramentelle, et la céleste beauté dont elles brillent nous réjouira. Mais, ô très-saint et très-divin sacrement, soulevez ces voiles énigmatiques sous lesquels vous êtes mystérieusement caché ; montrez-vous à découvert, et remplissez l’œil de notre entendement des flots de votre pure lumière.

III. Il nous faut donc pénétrer dans le sanctuaire, pour ainsi dire, et recherchant le sens profond du premier de ces symboles, en considérer la beauté infinie : il nous faut voir pourquoi l’hiérarque quitte le saint autel, va jusqu’aux portes du temple répandre le parfum de l’encens, et revient enfin à la place d’où il était parti. Or, quoique la souveraine et bienheureuse nature de Dieu s’incline vers les créatures pour leur communiquer les trésors de sa bonté, cependant elle ne sort pas de cette ferme et constante immutabilité qui la caractérise ; et tout en versant ses splendeurs sur les esprits déifiés, au degré qui leur convient, elle persiste dans un état d’identité parfaite : de même donc le sacrement de la divine Eucharistie : uni, simple, indivisible dans son principe, il revêt, dans l’intérêt de l’humanité, différents symboles et se cache sous toutes les formes extérieures qui nous représentent la divinité ; et toutefois ces signes multiples se ramènent invariablement à une unité radicale, vers laquelle sont attirés aussi ceux qui reçoivent saintement ce mystère. De même encore notre hiérarque : car quoique, dans sa charité, il fasse part à ses inférieurs du trésor de la science pontificale, dont il cache la simplicité pure sous la variété de cérémonies énigmatiques ; néanmoins libre, et ne contractant dans le commerce des choses inférieures aucune souillure, il se ramène en Dieu qui est son principe, et faisant son entrée spirituelle dans l’unité, il voit clairement les raisons divines des mystères qu’il accomplit ; et de la sorte, le terme de son abaissement plein de condescendance vers les choses subalternes devient le commencement d’un retour plus parfait vers les choses supérieures.

IV. Mais le chant sacré des Écritures qui entre, pour ainsi dire, dans l’essence de tous nos sacrements, devait se retrouver dans le plus auguste de tous. Car que voit-on dans les livres inspirés de la sainte Écriture ? on y voit Dieu créateur et ordonnateur de toutes choses ; on y voit les prescriptions religieuses et politiques de Moïse ; la conquête et le partage des terres données au peuple choisi ; la prudence des juges, la sagesse des rois et la sainteté des pontifes ; la philosophie magnanime de ces anciens personnages que n’ébranlèrent pas des accidents et nombreux et variés ; les saints enseignements qui règlent ce que nous devons faire, et les cantiques et la sublime peinture du divin amour, et les manifestations prophétiques de l’avenir, et les actions merveilleuses de l’Homme-Dieu, et les doctrines et les institutions, aussi divines dans leurs effets que dans leur principe, qui nous furent laissées par les apôtres, et la profonde et mystérieuse vision du divin et bien-aimé disciple, et l’auguste théologie de Jésus. Voilà ce que l’Écriture enseigne à quiconque veut être déifié ; voilà ce qu’elle confirme en le mêlant à tous les sacrements par lesquels nous sommes élevés à la divine ressemblance. Ainsi donc ces chants sacrés qui ont pour but de célébrer les œuvres et les paroles de Dieu, de louer les discours et les actions des saints, forment comme un hymne général où sont exposées les choses divines, et opèrent en ceux qui les récitent saintement une heureuse disposition soit à conférer, soit à recevoir les divers sacrements de l’Église.

V. Quand donc, par les charmes de l’harmonie, le cantique des vérités sacrées aura préparé les puissances de notre âme à la célébration immédiate des mystères, et que les ayant soumises, pour ainsi dire, dans l’entraînement de ce concert, aux cadences d’un unanime et divin transport, elle nous aura accordés avec Dieu, avec nos frères et avec nous-mêmes, alors ce que les chants pieux n’offraient qu’en raccourci et sous l’ombre des figures, la lecture des saintes Lettres le développera heureusement en des tableaux et des récits plus larges et plus manifestes. Là, le regard du contemplateur religieux verra toutes choses concourir à une parfaite unité, sous l’influence d’un seul esprit, et c’est pour cela sans doute qu’on a établi cet ordre de lire d’abord l’Ancien Testament, puis la Nouvelle Alliance, notre divine hiérarchie enseignant par là, je pense, que l’un a prédit la vie du Sauveur, et que l’autre la raconte ; que l’un a peint la vérité sous des symboles, et que l’autre la montre dans sa réalité : car les prophéties de l’ancienne loi se trouvent vérifiées par les événements de la loi nouvelle, et les paroles que Dieu prononce dans la première sont résumées par les actions qu’il fait dans la seconde.

VI. Or, ceux qui ont fermé l’oreille à la trompette évangélique ne doivent pas même contempler les symboles de nos sacrés mystères, puisqu’ils ont dédaigné de recevoir le salutaire sacrement de la régénération divine, opposant aux paroles saintes ce lamentable refus : je ne veux pas connaître vos voies. Quant aux catéchumènes, aux énergumènes, aux pénitents, la loi de notre hiérarchie leur permet bien d’entendre le chant des cantiques et la lecture des saintes Lettres ; mais elle les exclut du sacrifice et de la vue des choses saintes, que l’œil pur des parfaits doit seul contempler. Car, reflet de Dieu, et remplie d’une souveraine équité, la hiérarchie se réglant avec un pieux discernement sur le mérite des sujets, les appelle à la participation des dons divins chacun en son temps et dans la proportion convenable. Or, les catéchumènes ne sont qu’au dernier rang ; car jusqu’alors ils n’ont reçu aucun sacrement, et ne sont point élevés à ce divin état que donne la naissance spirituelle ; mais ils sont encore portés, pour ainsi dire, dans les entrailles de ceux qui les instruisent ; là, leur organisation se forme et se parfait, tant qu’enfin arrive cet heureux enfantement qui leur communique vie et lumière. De même que dans l’ordre naturel, si le fruit encore imparfait et informe échappe avant le temps à sa prison de chair, et si, triste avorton, il est précipité à terre sans connaissance, pour ainsi dire, sans vie, sans lumière, personne assurément ne jugera ici d’après la seule apparence ; personne ne dira que cet enfant est venu au jour, parce qu’il est sorti des ténèbres du sein maternel : car, comme enseigne la médecine si versée dans la science de notre organisme, la lumière tombe en vain sur les sujets qui ne peuvent la recevoir. Ainsi, dans les choses sacrées, la science sacerdotale façonne d’abord et prépare à la vie les catéchumènes par l’aliment des Écritures, et voilà la conception spirituelle ; puis elle les porte jusqu’au temps de l’enfantement divin, et alors elle leur communique les dons salutaires de la lumière et de la perfection. C’est donc pour cela qu’elle éloigne les imparfaits des choses parfaites, veillant ainsi au respect des mystères et environnant des soins prescrits par la hiérarchie la génération et l’enfantement des catéchumènes.

VII. La foule des énergumènes est traitée comme immonde aussi ; toutefois elle tient le second rang, et ainsi précède les catéchumènes qui sont les derniers. Car je ne pense pas qu’il faille mettre sur la même ligne ceux qui ne furent point initiés, qui demeurent encore étrangers aux choses saintes, et ceux qui, ayant déjà participé à quelque sacrement, se débattent encore sous le joug des voluptés de la chair et des passions de l’esprit ; bien qu’on refuse à ceux-ci l’honneur de contempler et de recevoir les sacrés mystères, et cela pour une haute raison. Effectivement l’homme vraiment divin, et digne de participer aux choses divines, et qui, se transformant par les pratiques de la perfection, s’élève jusqu’à la plus haute conformité qu’il puisse avoir avec Dieu, l’homme qui ne s’occupe de sa chair, que quand la nature l’exige et comme en passant, et qui, temple et compagnon fidèle du Saint-Esprit, s’applique de tous ses efforts à lui ressembler, préparant à ce qui est divin une demeure divine : cet homme, dis-je, ne sera jamais tourmenté par les illusions et les terreurs diaboliques ; au contraire il s’en rira, il repoussera leur attaque ; plus actif que passif vis-à-vis d’elles, il les poursuivra victorieusement, et par la force de son courage inaccessible aux passions, il délivrera ses frères de l’influence des malins esprits. Aussi je pense, ou mieux je suis parfaitement convaincu que nos hiérarques, dans leur sagesse consommée, regardent comme soumis à la plus désastreuse des possessions, ceux qui, apostats de la vie divine, se rangent aux sentiments et habitudes des démons, et qui, victimes de leur folie extrême, se détournent des seuls vrais biens, des biens impérissables et éternellement doux, pour ambitionner et conquérir je ne sais quoi de matériel, plein d’instabilité et de troubles immenses, des plaisirs hideux et corrupteurs, et pour demander à des choses fugitives et étrangères quelque joie apparente, mais non pas réelle. C’est pourquoi la réprobation du ministre chargé de faire le discernement tombe d’abord et spécialement sur ceux-ci, plutôt que sur les énergumènes ; car il ne convient pas qu’il leur soit rien communiqué des choses saintes, si ce n’est la doctrine des Écritures qui peut les ramener à de meilleurs sentiments. Et en effet, si l’auguste mystère qui se célèbre, accessible seulement à ce qui est pur et saint, repousse les pénitents qui cependant y ont déjà participé ; s’il prononce que, dans sa sublimité, il ne doit être ni contemplé, ni reçu par ceux que l’imperfection empêche encore de s’élever jusqu’à la hauteur de la divine ressemblance (car cette parole très-pure frappe quiconque ne peut s’unir aux hommes jugés dignes de la communion) ; à plus forte raison, cette multitude que tourmentent les passions mauvaises sera estimée profane, sera privée de la vue et de la réception des choses saintes.

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