La Hiérarchie ecclésiastique (De ecclesiastica hierarchia) (page 5)
TROISIÈME PARTIE. (suite)
VIII. L’agenouillement marque les humbles sentiments de celui qui se présente pour se soumettre saintement à Dieu. Nous avons dit souvent que trois ordres de différents ministres, par la vertu mystérieuse de trois sacrements, préparent les initiés de trois degrés divers et les façonnent à porter le joug salutaire du Seigneur. Or, l’ordre des diacres, qui est simplement purificateur, ne fait faire qu’un seul pas à ses subordonnés ; il les présente à l’autel où s’opère la consécration mystérieuse des âmes que son ministère a purifiées : c’est pour cela qu’il ne fléchit qu’un genou. Les prêtres, au contraire, courbent les deux genoux, parce que leur glorieux ministère a la vertu, non-seulement de purifier ceux qui leur sont soumis et de surnaturaliser leur vie, mais encore de les élever à cet état de perfection où il est permis de contempler les choses divines. Enfin le pontife, outre qu’il met les deux genoux en terre, reçoit encore sur sa tête le livre des Écritures, parce qu’il a le pouvoir et le secret de conduire avec sage mesure ceux qui furent purifiés par le diacre et illuminés par le prêtre à la science des mystères qu’ils ont considérés, et par là d’opérer en eux une consécration aussi parfaite qu’il leur convient respectivement.
DES DIVERSES CLASSES DE CEUX QUI SONT INITIÉS.
Argument. — Dans la première partie, on signale, I, ceux qui accomplissent le travail de leur purification ; II, ceux qui ont reçu la grâce de l’illumination ; III, ceux qui se perfectionnent, et en particulier les moines, comme formant ensemble l’ordre total des initiés.
Dans la deuxième partie, on cite les cérémonies de la consécration monacale.
Dans la contemplation, on explique, I, pourquoi le moine, dans la cérémonie de sa consécration, ne fléchit pas les genoux ; II, ce que signifient le renoncement qu’il prononce ; III, le signe de la croix dont on le marque ; IV, le dépouillement de ses vêtements du siècle ; V, la sainte communion à laquelle il est convié. VI. Enfin on fait comprendre comment il est vrai de dire que parmi les anges, il y en a qui sont purifiés.
PREMIÈRE PARTIE.
I. Tels sont les ordres ecclésiastiques ; tels leurs ministères, leurs pouvoirs, leurs fonctions, leurs consécrations. Parlons maintenant des trois différentes classes d’initiés.
Nous disons d’abord que le rang de ceux qui doivent être purifiés comprend cette foule dont il a déjà été fait mention, et qui est exclue de la célébration des mystères : tels sont ceux que le diacre engendre spirituellement, forme et prépare à la vie par la lecture des saints Livres ; tels ceux qu’on presse par les enseignements des Écritures de revenir à la sainteté dont ils ont déchu ; tels ceux qu’une lâche frayeur retient encore sous le joug des puissances ennemies, et qu’on encourage par la puissante parole des divins oracles ; tels ceux qu’on s’efforce de ramener de l’habitude du mal à l’exercice du bien ; tels enfin ceux qui, déjà convertis, n’ont pas encore la constance de la vertu ni une sainteté à toute épreuve. Voilà donc la classe des purifiés que le diacre, par la vertu de son ministère, engendre, façonne et dispose, et qui, ayant ainsi contracté une pureté parfaite, sont admis à la vue et à la participation des mystères illuminateurs.
II. Ceux-là forment le second rang qui, revêtus d’une innocence sans tache, contemplent et, autant que leur force permet, reçoivent quelques-uns de nos sacrements, et qui attendent du ministère sacerdotal le bienfait de l’illumination. Car il me semble que, purs de souillure et de péché et désormais fixés dans la vertu avec un inébranlable courage, ils doivent, sous la discipline des prêtres, jouir enfin des lumières divines, et participer aux sacrements augustes dont ils sont capables, et dans cette contemplation et cette communion puiser une ineffable allégresse, et, sous l’influence surnaturelle de la grâce, aspirer amoureusement à l’intelligence des mystères. Cette classe, je la nomme le peuple saint ; car il a passé par une expiation complète, et il a fait effort pour se rendre digne de contempler et de recevoir les sacrements illuminateurs.
III. Enfin parmi tous les initiés se placent au rang le plus élevé les moines, cohorte bénie qui, s’étant appliquée avec courage à se purifier entièrement et à faire ses actions avec une sainteté parfaite, est admise, selon ses propres forces, à la participation et à la contemplation spirituelle des choses sacrées. Aussi la sanctification de cette classe est-elle confiée à la sollicitude des évêques ; et c’est dans la grâce de leurs illuminations et dans la sublimité de leurs enseignements qu’elle saisit l’esprit des mystères qu’il lui est donné de méditer, et c’est par la science qui lui en vient qu’elle essaie de s’élever à la plus haute perfection. C’est pourquoi nos pieux maîtres, donnant à ces hommes de saintes qualifications, les ont nommés tantôt thérapeutes, à cause du culte sincère par lequel ils adorent la divinité, et tantôt moines, à raison de cette vie d’unité sans partage par laquelle, ramenant leur esprit de la distraction des choses multiples, ils le précipitent vers l’unité divine et vers la perfection du saint amour. De là vient que la loi liturgique leur attribue une grâce sanctifiante et prononce sur eux une sorte de prière consécratoire ; seulement, ce n’est pas le pontife qui la récite, comme dans les ordinations ecclésiastiques, mais bien le prêtre, auquel il est dévolu de célébrer cette consécration secondaire.
Cérémonies de la consécration monacale.
DEUXIÈME PARTIE.
Le prêtre se tenant debout devant l’autel prononce la formule de la consécration monacale. L’initié, placé derrière le prêtre, ne fléchit ni les deux genoux, comme l’ordre sacerdotal, ni même un seul genou, comme les diacres ; mais il se tient debout pendant qu’on récite sur lui la prière déterminée. L’ayant achevée, le consécrateur s’avance vers l’initié et lui demande avant tout s’il renonce à toutes les distractions du siècle, c’est-à-dire, non-seulement aux divers genres de la vie commune, mais même aux folles imaginations des mondains. Puis il lui expose ce que c’est que la vie parfaite, en l’avertissant qu’il doit s’élever au-dessus d’une sainteté médiocre. Il en reçoit la promesse formelle d’agir ainsi, le marque du signe de la croix, lui coupe la chevelure en invoquant les trois Personnes de l’éternelle béatitude, le dépouille de son premier vêtement pour lui en imposer un autre, lui donne, aussi bien que tous les prêtres qui l’entourent, le saint baiser, et l’admet à la participation des saints mystères.
Contemplation.
TROISIÈME PARTIE.
I. Par cette attitude du moine qui ne fléchit point les genoux et ne reçoit pas sur la tête le livre des Écritures, mais qui se tient debout derrière le prêtre consécrateur, il est marqué que l’ordre monastique n’est point établi pour la direction des autres, mais que, s’occupant de lui-même, il doit demeurer dans un état de solitaire et sainte vie, suivre fidèlement les prêtres et, docile élève, se laisser conduire par eux à la science sublime des mystères auxquels il participe.
II. Le renoncement aux diverses manières de vivre et même aux imaginations du siècle, si fécondes en distractions, annonce la haute perfection de la philosophie monastique, laquelle s’exerce à la science des commandements qui tendent à unir l’homme à Dieu. Car, comme je l’ai dit, les moines n’appartiennent pas à la seconde classe d’initiés, mais bien à la plus élevée de toutes. C’est pourquoi beaucoup de choses se font sans crime par les chrétiens vulgaires, qui demeurent absolument interdites aux moines, parce qu’ils doivent éviter tout ce qui divise l’esprit et se recueillir religieusement dans l’unité même ; parce qu’ils doivent former leur vie sur celle des prêtres avec lesquels ils ont plusieurs points d’affinité, et dont ils sont plus proches que les initiés des autres rangs.
III. Le signe de la croix, comme je l’ai déjà fait observer, symbolise la mortification complète de tous les appétits sensuels. La tonsure exprime la pureté et la simplicité de la vie, et qu’on ne s’applique point à dissimuler la laideur de son âme sous de mensongères apparences, mais qu’on s’élève, au contraire, spontanément à la ressemblance du type céleste par une vertu modeste et cachée en Dieu, et non par l’artifice d’une beauté seulement humaine.
IV. Cet acte par lequel on dépouille un premier vêtement pour en prendre un nouveau, témoigne qu’on passe d’une sainteté médiocre à une sainteté plus parfaite ; comme dans le baptême, le changement de robe indique que le catéchumène est sorti de la vie purgative pour entrer dans la vie de lumière et de contemplation.
Lorsqu’ici le prêtre et tous ceux qui l’environnent saluent ensemble le nouvel élu, cela figure la communion intime qui existe entre les pieuses intelligences, et la douce charité avec laquelle elles se réjouissent de leur mutuel bonheur.
V. À la fin de la cérémonie, le prêtre convie l’initié à la sainte communion, pour lui faire comprendre que, s’il s’élève à la hauteur de la perfection monastique, non-seulement il contemplera les mystères augustes et y participera comme les initiés de la seconde classe, mais qu’il recevra la communion avec une divine intelligence de ce sacrement, et d’une façon plus excellente que le reste du peuple sacré. De là vient aussi que, dans la collation des saints ordres, le prélat consécrateur, avant de terminer, distribue aux ordinands la très-sainte Eucharistie : non-seulement parce que la réception de ce sacrement adorable est le complément des honneurs hiérarchiques qui leur sont conférés, mais encore afin qu’ils entrent en participation de ce don merveilleux, autant qu’il leur est besoin pour atteindre le degré de perfection divine auquel ils sont respectivement appelés.
Concluons donc que nos initiations saintes consistent en la purification, l’illumination, la perfection. Les diacres forment l’ordre sacré qui purifie, les prêtres, l’ordre qui illumine, les évêques, l’ordre qui perfectionne. La classe des purifiés se compose de ceux qui ne peuvent encore être admis à la vue et à la participation d’aucun sacrement ; la classe des illuminés est celle du peuple saint ; la classe des perfectionnés est celle des pieux moines. C’est ainsi que notre hiérarchie distribuée en des ordres que Dieu lui-même a établis, est rendue conforme aux hiérarchies célestes, et qu’elle conserve, autant qu’il est possible aux choses humaines, comme l’empreinte de Dieu et les traces de son auguste origine.
VI. Vous m’allez objecter sans doute qu’il n’y a, parmi les hiérarchies angéliques, aucune classe de purifiés : car il n’est ni beau, ni vrai de dire que le péché se trouve dans les ordres célestes. Et il faudrait que j’eusse perdu le sens des choses sacrées, pour nier la pureté parfaite et la sainteté surhumaine des bienheureux esprits. Car si l’un d’eux fût tombé dans le mal, il y a longtemps qu’il serait exilé du chaste et divin concert que forment ses frères, et précipité dans la ténébreuse ruine des anges rebelles. Toutefois la piété permet de dire que, chez les hiérarchies célestes, la purification pour les intelligences moins nobles, consiste en la clarté que Dieu leur envoie touchant des choses jusque-là dérobées à leur vue ; à savoir quand il les appelle à une connaissance plus parfaite des secrets divins et que, corrigeant l’ignorance où elles sont actuellement plongées, il les fait élever par les esprits supérieurs à la gloire d’une plus profonde et plus lumineuse intuition. Ainsi, dans la céleste hiérarchie, il y a les ordres purifiés, illuminés et perfectionnés ; et il y a les ordres qui purifient, qui illuminent et qui perfectionnent. Et les natures plus divines et de rang supérieur purgent de toute ignorance les natures de rang inférieur, en la manière et dans la proportion qui convient à ces sublimes esprits ; et elles les inondent des flots de l’illumination divine, et les perfectionnent en la science si sainte des pensées de la divinité. Car, nous l’avons déjà dit, et les Écritures l’enseignent, tous les ordres célestes n’entrent pas en égale part des splendeurs et des connaissances sacrées : pour tous la lumière vient du sein de Dieu ; mais les plus élevés la puisent immédiatement à sa source, tandis que les autres la reçoivent par le ministère des premiers, et toujours elle s’attempère aux forces de chacun.
DES CÉRÉMONIES QUI SE FONT POUR LES DÉFUNTS.
Argument. — On voit dans la première partie, I, que les saints sortent de la vie avec joie et pleins de l’espérance d’un bonheur parfait, et que leurs corps ressusciteront dans la gloire ; II, que diverses erreurs furent enseignées en ce point, et que ceux qui ont mal vécu meurent avec tristesse ; III, que les fidèles se réjouissent à la mort des saints.
On décrit dans la deuxième partie les rits usités pour la sépulture des fidèles, soit ecclésiastiques, soit séculiers.
La troisième partie manifeste, I, ce que signifie la sépulture des fidèles ; II, ce que signifient les cantiques et les leçons ; III, pourquoi l’on donne la sépulture à ceux qui sont encore dans les travaux de l’expiation, les catéchumènes pourtant exceptés ; IV, pourquoi l’hiérarque fait diverses prières sur le défunt et le salue ; V, quelles promesses furent faites à ceux qui meurent saintement, et ce que c’est que le sein d’Abraham ; VI, pourquoi l’on prie pour les défunts, et auxquels d’entre eux servent ces prières ; VII, que l’hiérarque, comme interprète de Dieu, garantit au défunt l’accomplissement des divines promesses, en conséquence de son pouvoir de lier et de délier ; VIII, pourquoi l’on fait des onctions sur le défunt ; IX, ce que signifie la dernière onction, et quel est le lieu des sépultures ; X, que les invocations que l’on fait en l’ordination ne doivent pas être divulguées imprudemment ; XI, pourquoi l’on baptise les enfants, quoique privés encore de l’usage de raison.
PREMIÈRE PARTIE.
I. Il me semble nécessaire d’expliquer maintenant les cérémonies que nous pratiquons envers les morts. Car il n’en est pas des saints, comme des profanes ; mais ainsi que diffère la forme de leur vie respective, ainsi diffère leur entrée dans le trépas. Ceux qui ont mené une vie sainte, se confiant dans les promesses véridiques du Seigneur dont ils ont vu comme une garantie en sa propre résurrection, arrivent, avec une espérance ferme et fondée et avec une joie divine, au terme de la mort, comme à la fin de leurs pieux combats, pleinement certains que la résurrection générale les mettra, eux et tout ce qui les constitue, en possession d’une vie et d’un bonheur parfaits et éternels. Effectivement, les âmes droites, qui, durant cette vie, peuvent encore déchoir et se précipiter dans le mal, seront élevées, dans la régénération future, à un état de divine immutabilité. Également les corps purs dont elles étaient compagnes dans le chemin de la vie, qui furent enrôlés et combattirent avec elles, pour prix de leurs nobles sueurs, recevront de leur côté la gloire de la résurrection, et partageront avec leurs alliées d’autrefois la jouissance inaltérable d’une vie toute divine : car rentrant dans la société des âmes auxquelles ils furent unis sur la terre, et devenus membres parfaits de Jésus-Christ, ils obtiendront la douceur incorruptible d’un immortel et divin repos. C’est pourquoi les saints s’endorment dans la joie et parmi d’invincibles espérances, quand ils ont touché le terme de leurs combats généreux.
II. Parmi les profanes, ceux-ci pensent insensément qu’un total néant leur est réservé ; ceux-là estiment que l’union des âmes avec les corps se brise sans retour, parce qu’elle conviendrait mal aux esprits dans la félicité de la vie divine qui les attend ; ils ne songent pas et ils n’ont pas compris cet enseignement de la science sacrée, que cette vie ainsi entendue a déjà reçu en Jésus-Christ sa glorieuse réalisation. Quelques-uns imaginent que les âmes s’allieront à d’autres corps ; en quoi, ce me semble, ils sont injustes envers les corps qui ont partagé les travaux des âmes saintes, puisqu’ils les privent indignement des divines récompenses qui les attendaient au bout de la carrière. D’autres enfin, inclinés vers je ne sais quelles grossières pensées, disent que le saint et bienheureux état promis aux élus ressemble à cette vie terrestre, et avec une rare inconvenance, promettent à ceux qui seront les frères des anges un mode d’alimentation propre à des corps altérables. Mais les hommes pieux ne donneront jamais en de pareilles extravagances : car comme ils savent qu’ils entreront, corps et âme, dans le repos du Christ, quand est venu le terme de cette vie périssable, ils voient plus clairement, parce qu’ils en sont plus proches, le chemin qui les mène à l’immortalité ; ils célèbrent la bienfaisance céleste, et sont inondés d’un divin contentement, ne craignant plus une ruine ultérieure, mais certains que la félicité conquise leur restera immuablement et pour l’éternité. Pour ceux au contraire qui sont pleins d’iniquités et de criminelles souillures, si la sainte doctrine leur fut autrefois départie, et s’ils l’ont tristement rejetée de leur esprit pour se précipiter dans la corruption des voluptés ignobles, le terme de cette vie étant arrivé, la loi des oracles divins cesse de leur paraître aussi méprisable ; ils voient d’un tout autre œil les charmes des plaisirs passagers, et glorifiant la vertu qu’ils ont follement négligée, ils sortent de ce monde misérablement et à regret, et totalement déchus de la douce espérance, à cause de leur déplorable conduite.
III. Mais parce qu’aucune de ces tristesses ne trouble le trépas du juste, quand il est parvenu à la fin de ses combats, il abonde de la joie la plus pure, et avec un sentiment de bonheur inouï, il prend le chemin de la sainte régénération. De leur côté, les proches du défunt, je veux dire ceux qui lui appartiennent par une divine parenté et par la ressemblance des mœurs, le nomment heureux, quel qu’il soit, d’avoir atteint victorieusement le but désiré ; ils adressent des cantiques d’action de grâces à l’auteur de son triomphe, et demandent d’obtenir eux-mêmes un semblable partage. Puis ils le prennent et le présentent à l’hiérarque comme au distributeur des saintes couronnes : l’hiérarque le reçoit avec empressement, et accomplit les rits sacrés que la loi fixe pour ceux qui s’endorment dans la sainteté.
Cérémonies observées à l’égard de ceux qui meurent dans la justice.
DEUXIÈME PARTIE.
Le divin hiérarque rassemble le chœur sacré. Si le défunt appartenait au rang des clercs, on le place devant l’autel, et le pontife commence la prière et l’action de grâces à Dieu. Si le défunt était de l’ordre des moines, ou du peuple saint, on le place dans l’oratoire et devant l’entrée du chœur, et le pontife fait également la prière et l’action de grâces. Puis les diacres récitent les promesses véridiques contenues dans les divines Écritures touchant notre résurrection, et chantent pieusement des hymnes empruntés aux psaumes touchant le même dogme et dans le même sens. Ensuite le premier des diacres renvoie les catéchumènes, proclame les noms de ceux qui dorment déjà dans la mort, met sur le même rang et récite le nom de celui qui vient de mourir, et invite les fidèles à demander pour leur frère défunt un doux repos en Jésus-Christ. Cependant le divin hiérarque s’avance, prononce sur le cadavre une pieuse prière ; après quoi, il le salue, tous les assistants faisant le salut avec lui. Cette cérémonie achevée, le pontife répand de l’huile sur le défunt, prie saintement pour toute l’assemblée, et dépose le corps en un lieu honorable, à côté des corps de ceux qui occupaient durant leur vie le même rang hiérarchique.
Contemplation.
TROISIÈME PARTIE.
I. Si les profanes voyaient, ou entendaient réciter ces saintes cérémonies, ils en riraient éperdument sans doute et prendraient en pitié notre erreur. Mais il ne faut pas que cela nous étonne ; car s’ils ne croient pas, ils ne comprendront pas, comme dit l’Écriture. Pour nous, considérant le sens spirituel des rits sacrés, et illuminés par Jésus-Christ, nous dirons que l’hiérarque a raison de placer le défunt soit au temple, soit en sa dernière demeure parmi ceux qui eurent la même dignité : car c’est là un mystérieux avertissement que, dans la régénération, tous obtiendront précisément le sort qu’ils se seront fait durant la vie présente. Ainsi celui qui aura mené sur terre une vie sainte et divine, autant qu’il est possible à l’homme d’imiter Dieu, jouira dans le siècle futur de la richesse d’une félicité divine ; celui qui aura mené une vie sainte aussi, mais moins divinement relevée, trouvera également les récompenses dues à ses œuvres. Quand donc le pontife a remercié Dieu de cette sainte répartition, il prononce sa prière, et célèbre l’adorable puissance de Dieu qui brise l’injuste et tyrannique empire sous lequel gémit notre nature, et évoque notre cause à son équitable tribunal.
II. Le chant et la lecture des promesses divines révèlent ce que sont ces demeures fortunées où doivent habiter éternellement ceux qui vécurent dans la perfection, et en particulier celui dont on célèbre le trépas. Par là aussi les assistants sont pressés de tendre à un semblable terme.
III. Observez qu’ici, tous ceux qui s’occupent aux travaux de l’expiation ne sont pas exclus, comme il se fait dans les autres mystères. Mais les seuls catéchumènes sortent de l’assemblée, parce que, absolument privés de toute initiation aux choses saintes, il leur est défendu de contempler les cérémonies plus ou moins relevées que l’Église accomplit ; car ils n’ont pas encore reçu, dans la régénération, principe efficace de lumière, la faculté de voir nos redoutables sacrements. Au contraire les autres classes de ceux qui se purifient, furent déjà initiées aux dons divins ; mais parce qu’ils se sont de nouveau précipités follement dans le mal, au lieu d’aspirer et d’atteindre à une perfection ultérieure, c’est juste qu’on les exclue de la vue et de la communion de ces mystères plus augustes que voilent les sacrés symboles : car il leur serait funeste d’y participer indignement, et ils en viendraient à un plus grand mépris et d’eux-mêmes et des choses divines. Leur présence aux cérémonies des funérailles est au contraire fondée en raison ; car là, ils apprennent clairement et peuvent considérer l’incertitude où nous sommes de l’heure de la mort, les récompenses que nos oracles infaillibles promettent aux saints, et les douleurs infinies qui menacent les coupables comme eux. Ce leur sera peut-être une utile leçon d’entendre les ministres sacrés nommer celui qui vient de mourir pieusement, le glorifier avec solennité comme déjà reçu dans les rangs des saints qui existent dès l’origine des siècles. Peut-être il leur viendra le désir d’une gloire semblable, et les dépositaires de la science sacrée les auront convaincus que celui-là est véritablement heureux qui meurt dans le Christ.
IV. Puis le divin hiérarque s’avance et prononce sur le défunt une sainte prière ; après quoi il le salue, et tous les assistants le saluent à sa suite. Par cette prière, on sollicite la clémence divine de pardonner au défunt toutes les fautes qu’il a commises par humaine fragilité, de le recevoir en la lumineuse région des vivants dans le sein d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, là où il n’y a plus ni douleur, ni tristesse, ni gémissement.
V. Tel est le radieux éclat des récompenses célestes. Car que pourrait-on comparer à une immortalité parfaitement exempte de tristesse et pleine de gloire et de lumière ? Et pourtant ces promesses qui dépassent tout entendement, quoique exprimées en des termes proportionnés à notre infirme nature, ne portent que des noms bien inférieurs aux réalités qu’ils représentent. Car il faut croire à la vérité de la parole divine : « L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu et le cœur de l’homme n’a jamais conçu ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment[22]. » Par le sein des patriarches et des autres bienheureux, je pense qu’il faut entendre ces divines et fortunées demeures où ceux qui imitèrent Dieu sont admis pour jouir d’une vie parfaite et pleine d’immortelle félicité.
VI. Vous allez dire peut-être que ce sont là des choses justes, mais que, néanmoins, elles n’expliquent pas pourquoi l’hiérarque s’adresse à la clémence divine et demande que le défunt obtienne la rémission de ses fautes et une glorieuse place parmi les élus dans l’héritage céleste. Car, si tous reçoivent de la justice d’en haut la récompense de ce qu’ils ont fait de bien ou de mal ici-bas, celui qui est mort ayant achevé sa course et ses œuvres personnelles, la prière pontificale peut-elle lui valoir un autre partage que celui qu’il a conquis lui-même, et qui est le paiement de sa vie terrestre ?
Je sais très-bien, pour l’avoir appris des saintes Lettres, qu’il sera donné à chacun selon son mérite : « Car le Seigneur, est-il dit, tient un compte exact, et chacun recevra ce qui est dû aux bonnes ou mauvaises actions qu’il aura faites en son corps[23]. » Ensuite, que les prières des justes ne soient d’aucune efficacité pour les vivants et à plus forte raison pour les morts, à moins qu’on ne soit digne de cette sainte intercession, c’est ce qui nous est transmis et enseigné par les Écritures. Car quel avantage revint à Saül de la prière de Samuel ? et au peuple hébreu de la médiation de ses prophètes[24] ? Tel que celui qui, s’arrachant l’organe de la vue, demanderait à jouir de la lumière du soleil dont la splendeur ne frappe que les yeux purs et sains : ainsi se nourrit de vaines et impossibles espérances celui qui, d’une part, réclame les prières des saints, et, de l’autre, combat les effets qu’elles produisent naturellement par sa négligence envers les grâces divines et par son éloignement des lumineux et bienfaisants préceptes de Dieu. J’affirme donc, conformément à la parole sacrée, que les prières des justes nous sont très-utiles dans cette vie, mais à une condition, c’est que celui qui est désireux des dons divins et pieusement disposé à les recevoir, reconnaisse intimement sa propre indignité, qu’il s’adresse à quelques pieux personnages, les conjurant de lui venir en aide et de prier avec lui ; alors il retirera de ce concours un immense avantage ; alors il obtiendra les grâces célestes qu’il implore ; la divine bonté lui ouvrira les bras à cause de la religieuse humilité de sa conscience et de son respect envers les saints, à cause du louable et pieux objet de ses désirs et de ses demandes, et des dispositions convenables où il s’est mis. Car ainsi le règlent les prescriptions de Dieu : les dons célestes sont accordés, dans l’ordre voulu, à ceux qui méritent de les recevoir par ceux qui méritent de les distribuer. Si donc quelqu’un viole cet ordre saintement établi, et, plein d’une déplorable présomption, s’estime suffisamment préparé au commerce divin et dédaigne le secours des justes ; s’il adresse à Dieu des demandes déplacées et profanes et n’a pas un ferme et constant désir des choses divines, assurément, et par sa faute, son imprudente prière sera rejetée.