La Hiérarchie ecclésiastique (De ecclesiastica hierarchia) (page 4)

Pseudo-Denys l’Aréopagite · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Œuvres de saint Denys l’Aréopagite/Livre de la hiérarchie ecclésiastique · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

DE LA CONSÉCRATION DES SAINTS ORDRES.

Argument. — Dans la première partie, après avoir, I, annoncé et loué la beauté de notre hiérarchie, et, II, rappelé la constitution hiérarchique des esprits célestes, et montré que nous tenons un milieu entre les rangs des Anges et la hiérarchie mosaïque, III, on enseigne que la hiérarchie possède le triple pouvoir de purifier, d’illuminer et de perfectionner ; et, IV, que les inférieurs reçoivent les dons divins par le ministère des supérieurs. V. Ainsi, chez nous, le pontife est à la tête de notre hiérarchie, et tout pouvoir découle de la plénitude de son pouvoir. VI. On explique les fonctions respectives de l’épiscopat, du sacerdoce et du diaconat, et, VII, que les supérieurs possèdent les pouvoirs des inférieurs, mais non pas réciproquement.

Dans la deuxième partie, on décrit les rits de l’ordination des évêques, des prêtres et des diacres.

Dans la contemplation, I, on montre ce en quoi ressemblent et diffèrent ces diverses ordinations ; II, pourquoi les ordinands fléchissent les genoux ; III, pourquoi on leur impose les mains ; IV, pourquoi on les signe de la croix ; V, que la récitation du nom des ordinands annonce qu’ils furent l’objet d’un choix divin. VI. On marque ce que signifie le baiser de paix ; VII, l’imposition des Écritures sur la tête des pontifes ; VIII, et la différence des génuflexions.

PREMIÈRE PARTIE.

I. Telle est l’auguste consécration de l’huile sainte. Mais après ce divin sacrement, il est temps de traiter des ordres sacrés, de leurs attributions, de leur vertu et efficacité, de leur perfection, et d’expliquer comment ces choses sont réparties entre les trois ordres majeurs. De la sorte on verra que la sage constitution de notre hiérarchie discerne et rejette absolument tout ce qui est irrégulier, désordonné et confus, et qu’elle fait briller au contraire dans l’heureux ensemble de ses divers degrés la décence, l’harmonie et la majesté. Or, au traité des hiérarchies célestes, nous avons, je pense, suffisamment expliqué cette triple distinction qui caractérise toute hiérarchie, en disant d’après l’autorité de la tradition, qu’on y trouve d’abord le don divin, la grâce, puis les esprits qui ont la science et le pouvoir d’initier, enfin ceux qui reçoivent le bienfait du sacrement.

II. La sainte hiérarchie des natures célestes n’a d’autre sacrement que la pure et intelligible connaissance de Dieu et des choses divines, au degré où elles en sont capables, et également un état proportionnel de conformité et d’assimilation à la divinité. Là sont illuminateurs et maîtres en la sainte perfection les esprits plus proches de Dieu ; car avec bonté et discrétion, ils font parvenir aux ordres subalternes les augustes lumières que leur donne directement la divinité, perfection essentielle, et source de toute sagesse créée. Les rangs inférieurs à ces natures suprêmes, étant élevés par elles à la grâce de l’illumination divine, sont des initiés et doivent être nommés tels.

Après cette hiérarchie surhumaine et toute céleste, Dieu voulant dans sa bonté répandre sur nous la sainteté de ses dons précieux, donna d’abord à l’enfance de l’humanité, comme dit l’Écriture[16], la hiérarchie légale, et lui envoya une lumière que purent porter ses débiles regards, dissimulant la vérité sous d’imparfaites images, sous des traits bien éloignés de la pureté des originaux, sous d’obscurs symboles, sous des énigmes dont le sens profond ne se découvrait qu’avec peine. Or, dans cette hiérarchie de la loi, le mystère, la grâce, c’est que l’homme était élevé à l’adoration spirituelle de Dieu. Les chefs sont ceux qui furent instruits dans la science du tabernacle par Moïse, premier initiateur et maître des pontifes anciens : car retraçant le tabernacle spirituel dans la hiérarchie qui préparait la nôtre, il nomma toutes les cérémonies légales une image de l’exemplaire qui lui avait été montré sur le mont Sinaï[17]. Les initiés sont ceux qui, aidés par les symboles sacramentels, s’élevaient, selon leurs forces, à une plus parfaite intelligence des mystères.

Or, par cette initiation plus relevée, les théologiens entendent notre hiérarchie, qu’ils nomment le complément sacré et la fin de la précédente. Car notre hiérarchie est à la fois céleste et légale, et, comme un milieu qui unit deux extrêmes, elle participe de l’une et de l’autre : de la première, à raison des contemplations spirituelles dont elle est enrichie ; de la seconde, à cause des nombreux symboles qui la matérialisent, pour ainsi dire, et à l’aide desquels elle s’élève vers la divinité. Elle a également la triple distinction qui se remarque en toute hiérarchie ; à savoir les augustes cérémonies de l’initiation, les dispensateurs sacrés des trésors divins, et ceux auxquels les choses saintes sont conférées dans la mesure convenable. À son tour, chacune de ces trois parties, dans la hiérarchie actuelle, comme dans la hiérarchie légale, comme dans la divine hiérarchie des anges, se distingue encore en premières, deuxièmes et dernières puissances ; et ainsi brillent de sages proportions, une sainte harmonie, et cette union intime qui maintient à leur place les diverses parties d’un tout.

III. D’après cela, voici d’abord quelle est la divine énergie de nos augustes sacrements. Leur première puissance est de purifier les profanes, la seconde d’initier à la lumière ceux qui furent purifiés, la dernière, qui résume les précédentes, de consommer les initiés dans la science des mystères déjà entrevus.

Les ministres sacrés composent la seconde distinction hiérarchique. Or, au premier degré, ils purifient par les sacrements les âmes encore étrangères à la sainteté ; puis, au deuxième, ils illuminent les initiés ; et au dernier et suprême degré de la vertu sacerdotale, ils perfectionnent les pieux illuminés dans l’intelligence des lumières qu’il leur fut donné de contempler.

Enfin, on trouve également chez les initiés un triple degré. Au premier, ils sont purifiés ; au deuxième et après la purification, ils sont illuminés et admis à contempler quelques-uns des mystères ; dans le troisième et le plus élevé de tous, ils sont enrichis de la science parfaite des splendeurs dont ils furent inondés.

Or, il a été traité de la triple vertu que possèdent nos sacrements. Nous avons montré par les Écritures que le sacrement de la régénération divine purifie et confère la lumière ; que la synaxe et la consécration de l’huile sainte nous consomment dans la science parfaite des œuvres de Dieu, et ainsi nous donnent de nous élever jusqu’aux douceurs d’une sainte et intime union avec lui. Il faut parler maintenant de l’ordre des ministres qui se distinguent en trois classes, ceux qui purifient, ceux qui illuminent, ceux qui perfectionnent.

IV. C’est une loi sacrée établie par la puissance suprême, que les choses inférieures soient attirées à la lumière divine par les choses supérieures. Ne voit-on pas également les diverses substances du monde sensible rechercher d’abord les corps qui ont plus d’affinité avec elles, et par eux exercer sur d’autres leur naturelle influence ? C’est donc avec parfaite convenance que Dieu, principe et fondement de tout bel ordre tant visible qu’invisible, laisse tomber d’abord ses splendeurs déifiques sur ceux qui lui ressemblent davantage, et qu’ensuite, au moyen de ces esprits plus purs préparés à recevoir et à transmettre la lumière, il verse, en la mesure convenable, le flot de ses clartés sur ceux qui suivent. Ceux donc qui les premiers jouissent de la vision de Dieu doivent avec libéralité et discernement manifester aux seconds les spectacles divins auxquels ils furent eux-mêmes admis. À ceux-là d’initier aux mystères hiérarchiques, qui possèdent pleinement et autant qu’il appartient à leur ordre, la science des choses divines, et qui ont reçu le glorieux pouvoir d’enseigner. À ceux qu’embellissent la science et la perfection sacerdotales de conférer les sacrements à qui en est digne.

V. Ainsi l’ordre divin de nos pontifes est le premier des ordres qui voient Dieu ; et il est en même temps le dernier et le plus sublime, parce qu’en lui se terminent et se complètent tous les ordres de notre hiérarchie. Car, comme la hiérarchie universelle a son complément en Jésus-Christ, ainsi chaque hiérarchie particulière trouve le sien en son propre hiérarque. Or, la vertu du pouvoir pontifical passe à tous les ordres sacrés, et c’est par eux qu’il accomplit les mystères qui sont du ressort de notre hiérarchie. Toutefois et à l’exclusion des autres ordres, la loi divine lui réserve certaines fonctions plus sacrées qu’il doit remplir par lui-même, et qui sont comme d’augustes images de l’efficacité divine, par lesquelles tous les sacrements et les ordres de l’Église reçoivent leur perfection. Car quoique le prêtre puisse produire quelques-uns de nos vénérables sacrements, néanmoins il ne saurait donner celui de la régénération, sans le saint chrême, ni consacrer la divine Eucharistie qu’en posant les symboles du sacrement sur un autel sanctifié. Et même il ne sera prêtre qu’autant que les initiations de l’hiérarque l’auront élevé à cette dignité. C’est pourquoi la loi divine attribue exclusivement au pouvoir parfait des pontifes la consécration des divers rangs de la hiérarchie, la confection de l’huile sainte, et la bénédiction de l’autel.

VI. Ainsi l’ordre des pontifes est plein de force pour communiquer la perfection ; il possède seul le privilége de célébrer les plus sublimes mystères de notre hiérarchie ; habile interprète, il révèle aux autres hommes la science des choses sacrées, et leur apprend à quelles vertus et à quelle sainteté ils sont appelés. L’ordre sacerdotal qui donne l’illumination prépare et conduit les initiés au spectacle des saints mystères, et accomplit les fonctions de sa charge en la société et sous la dépendance des divins pontifes. Par sa force propre il ne peut que montrer les œuvres divines à travers le voile des pieux symboles, et les faire contempler à celui qui se présente, en l’admettant à la participation des choses sacrées ; mais il renvoie au pontife ceux qui désirent avoir l’intelligence des mystères qu’ils ont perçus. L’ordre des diacres a pour mission de purifier, et de discerner entre le bien et le mal, avant d’invoquer le ministère des prêtres : il purifie donc ceux qui s’approchent, les arrache aux habitudes mauvaises, et les rend dignes de contempler et de recevoir les précieux sacrements. Voilà pourquoi au saint baptême, les diacres dépouillent le catéchumène de son premier vêtement, lui ôtent sa chaussure, le tournent vers l’occident pour faire abjuration, et ensuite le ramènent en face de l’orient ; et par le pouvoir qu’ils ont de purifier, ils lui enjoignent de dépouiller entièrement la robe de sa première vie, et lui montrant les ténèbres d’où il sort, ils lui apprennent à y renoncer pour entrer dans une région de lumière. L’ordre des diacres est donc destiné à purifier, et à offrir ceux qu’il a rendus purs à l’action illuminatrice des prêtres ; il agit sur les imparfaits, et les produit à la vie par la force purifiante des lumières et des doctrines de l’Écriture. Il distingue aussi et sépare totalement les saints des profanes ; c’est pourquoi, d’après nos constitutions hiérarchiques, il doit veiller aux portes de l’église, pour faire comprendre que l’accès des choses saintes ne s’obtient que par une purification complète : ainsi les ministres qui ont pouvoir de purifier préparent à la vue et à la participation des mystères, et l’on n’y est admis qu’après avoir contracté entre leurs mains une pureté sans tache.

VII. Nous avons donc établi qu’à l’ordre épiscopal appartient la vertu de perfectionner, et qu’il perfectionne en effet ; à l’ordre sacerdotal la vertu de conférer la lumière, et que réellement il la confère ; à l’ordre des diacres la vertu de purifier et discerner les différents sujets, de sorte cependant que le premier a le secret de donner non-seulement la perfection, mais encore la lumière et la pureté, et que le second peut à la fois illuminer et purifier. Les inférieurs n’exercent pas les fonctions des supérieurs, et ils ne doivent pas se laisser emporter à une si téméraire usurpation. Mais les puissances plus divines connaissent leur propre force, et ont en même temps le secret de la perfection des puissances moins élevées.

Mais les ordres de l’Église étant les images des opérations divines, en ce qu’ils représentent l’harmonieux mélange des splendeurs diverses que Dieu fait éclater dans ses actes, ils se divisent en puissances de premier, second et troisième degré hiérarchiquement distinctes, pour reproduire par là, comme je l’ai dit, l’unité et la variété des œuvres divines. Car, puisque Dieu souverain commence par purifier les intelligences qui le reçoivent, puis les illumine, et enfin les réforme à l’image de sa propre perfection, il est juste que la hiérarchie, figure des choses célestes, se divise en ordres et puissances multiples, pour rendre évident que les opérations de Dieu se distinguent avec parfaite exactitude, et forment aussi un merveilleux ensemble.

Voilà ce que nous pouvions dire sur les ordres de l’Église, leur ministère, leur pouvoir et leurs actions. Essayons de voir maintenant comment se fait leur consécration religieuse.

Cérémonies de la consécration des saints ordres.

DEUXIÈME PARTIE.

Celui qui doit être élevé à la dignité épiscopale fléchit les genoux devant l’autel. Là, on lui impose sur la tête le livre des divines Écritures ; le prélat consécrateur étend la main sur lui et récite de pieuses invocations. C’est ainsi que se fait l’ordination des évêques.

Le prêtre se met aussi à genoux devant l’autel. L’évêque alors lui impose la main droite sur la tête, prononce de saintes prières et opère ainsi la consécration sacerdotale.

Le diacre amené devant l’autel ne fléchit qu’un genou ; sa tête est ombragée par la main droite du pontife, et sa consécration s’achève par les prières fixées pour la consécration des diacres.

Au reste, l’hiérarque consécrateur trace sur chacun d’eux le signe de la croix ; on publie leur nom et l’ordre qu’ils reçoivent, et on termine par la cérémonie du saint baiser, tous les membres de la hiérarchie, l’évêque à leur tête, saluant ainsi celui qui est promu à quelqu’un des ordres sacrés.

Contemplation.

TROISIÈME PARTIE.

I. Les évêques, les prêtres, les diacres ont ceci de commun dans la cérémonie de leur consécration, qu’ils s’approchent de l’autel et fléchissent les genoux, que le pontife leur impose les mains et trace sur eux le signe de la croix, qu’on proclame leur nom et qu’on leur donne le saint baiser. Il y a cette particularité pour les évêques, qu’on leur place sur la tête le livre des Écritures, ce qui n’a pas lieu pour les ordres inférieurs. Les prêtres mettent les deux genoux en terre, et ainsi ils se distinguent des diacres qui ne doivent fléchir qu’un genou, comme je l’ai marqué.

II. Or, cette cérémonie qui consiste à s’approcher de l’autel et à fléchir les genoux, enseigne à tous ceux qui entrent dans la hiérarchie qu’ils doivent entièrement soumettre leur vie à Dieu et lui offrir toutes leurs facultés spirituelles purifiées et saintes, et dignes, autant qu’il se peut, du temple auguste et de l’autel sacré de notre Sauveur qui justifie et consacre les âmes d’une piété divine.

III. L’imposition des mains pontificales désigne la protection divine s’étendant paternellement sur les consacrés, comme sur de pieux enfants, pour leur donner les dignités ecclésiastiques et la force de les remplir, et pour éloigner d’eux les puissances ennemies. Ce rit leur apprend encore à exercer leurs redoutables fonctions sous la dépendance de Dieu et à le prendre pour maître et pour guide dans tous leurs actes.

IV. Le signe de la croix invite à la mortification complète des appétits sensuels et à l’imitation de Dieu ; il rappelle qu’on doit considérer sans cesse la vie divine qu’a menée Jésus-Christ en sa chair, et comment, dans sa justice sans tache, il est descendu jusqu’à la croix et à la mort, et que ceux qui réforment leur vie à son exemple, il les marque du sceau de son innocence dont le signe de la croix est la figure.

V. Le pontife proclame le nom des initiés et les ordres qu’ils vont recevoir. Cette cérémonie mystérieuse annonce que, épris d’amour pour Dieu, le consécrateur se pose comme l’interprète du choix céleste ; que ce n’est point par une capricieuse faveur qu’il appelle aux dignités sacrées, mais qu’il agit sous l’inspiration d’en haut dans la consécration des ministres de l’Église. C’est ainsi que Moïse, l’instituteur des cérémonies de la loi, n’éleva point à la dignité pontificale Aaron cependant son frère, et jugé par lui agréable à Dieu et digne du sacerdoce, jusqu’à ce que, poussé par un mouvement surnaturel, il le créa grand-prêtre, selon le rit que Dieu lui-même lui prescrivit. Bien plus, notre premier et divin chef hiérarchique (car le très-doux Jésus voulut bien se faire notre pontife) ne se glorifia pas lui-même, comme attestent les Écritures[18] ; mais il fut glorifié par celui qui lui dit : « Vous êtes prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech[19]. » C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit d’appeler ses apôtres à l’honneur de l’épiscopat, bien que, comme Dieu, il fût l’auteur de toute consécration, néanmoins, selon l’esprit de la hiérarchie, il rapporta cette action à son Père adorable et au Saint-Esprit, recommandant aux disciples, ainsi qu’on le voit dans l’Écriture, de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père, que « vous avez entendue de ma bouche, dit-il ; c’est que vous serez baptisés dans le Saint-Esprit[20]. » Ainsi agit encore le prince des apôtres avec ses dix collègues dans la dignité pontificale : car étant question de consacrer un douzième apôtre, il en laissa religieusement le choix à la divinité. « Montrez, dit-il, celui que vous avez élu[21] ; » et il reçut au nombre des douze celui qu’avait désigné un divin sort.

Mais comme plusieurs ont parlé diversement et, selon moi, avec une piété peu éclairée de ce sort divin qui échut à Matthias, j’émettrai moi-même mon opinion. Je crois donc que les saintes Lettres ont nommé sort en cet endroit quelque céleste indice par lequel fut manifesté au collége apostolique celui qu’avait adopté l’élection divine. Car ce n’est point de son propre arbitre que le pontife sacré peut promouvoir aux saints ordres ; mais il doit les conférer pontificalement, sous l’inspiration et avec la grâce de Dieu.

VI. Le baiser qui termine la cérémonie de l’ordination renferme un sens très-pieux. Tous les assistants revêtus de quelque ordre sacré et le prélat consécrateur lui-même saluent l’initié par un baiser. C’est que, quand l’âme religieuse, préparée par l’habitude des vertus sacerdotales, par la vocation divine et par la sainteté, se présente à la grâce de l’ordination, elle est prise en affection par tous les rangs de sa hiérarchie ; élevée à une beauté déiforme, elle aime les âmes qui lui ressemblent, et dont elle est réciproquement aimée. De là, ce sacré et mutuel embrassement, mystérieuse image de la communion fraternelle des pieux esprits et de leur douce et unanime allégresse, par où se maintient dans son intégrité la beauté surnaturelle de notre hiérarchie.

VII. Ces cérémonies sont communes aux initiés de tous les ordres, ainsi que je l’ai dit. Mais un rit particulier aux évêques, c’est qu’on leur place sur la tête le livre des Écritures. Effectivement, puisque la bonté souveraine, qui fonda toute dignité dans l’Église, a conféré avec plénitude à nos pontifes la science et l’autorité sacerdotales, c’est avec raison qu’on pose sur leur tête sacrée les divines Écritures, qui contiennent et expliquent avec une profonde science toute la théologie, c’est-à-dire les paroles de Dieu, ses œuvres, ses apparitions, les discours et les actions des saints : présent ineffable que la munificence céleste a fait à notre hiérarchie. Ainsi le pontife entre en participation parfaite de toutes les richesses que possède l’Église ; et non-seulement la science surnaturelle et vraie de toutes les choses qui se font et qui se disent dans les mystères illumine son esprit sanctifié, mais encore il la communique aux autres, en la mesure que prescrivent nos institutions, et, par le privilége de sa dignité, il accomplit les plus parfaites fonctions de notre hiérarchie et pénètre avec une divine certitude le sens profond dont elles sont le symbole.

Les prêtres sont ordonnés, les deux genoux en terre, à la différence des diacres qui ne fléchissent qu’un genou et se présentent dans cette attitude au prélat consécrateur.

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