La Hiérarchie céleste et ecclésiastique (page 3)

Pseudo-Denys l'Aréopagite · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — Denys l'Aréopagite, Hiérarchie céleste · 3 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

243 leur royale autorité, et de la rectitude avec laquelle ils exécutent toutes choses.

Les lances et les haches expriment la faculté qu'ils ont de discerner les contraires, et la sagacité, la vivacité et la puissance de ce discernement.

Les instruments de géométrie et des différents arts montrent qu'ils savent fonder, édifier, et achever leurs œuvres, et qu'ils possèdent toutes les vertus de cette providence secondaire qui appelle et conduit à leur fin les natures inférieures.

Quelquefois aussi ces objets emblématiques que portent les saintes intelligences, annoncent le jugement de Dieu sur nous (61), soit, par exemple, les sévérités d'une utile correction, ou les vengeances de la justice ; soit aussi la délivrance du péril et la fin du châtiment, le retour de la prospérité perdue, ou bien enfin l'accroissement à divers degrés des grâces tant corporelles que spirituelles. Certainement un esprit clairvoyant saura bien appliquer avec justesse les choses qu'il voit aux choses qu'il ne voit pas.

VI. Quand les anges sont appelés vents (62), c'est pour faire connaître leur extrême agilité et la rapidité de leur action, qui s'exerce, pour ainsi dire, instantanément sur toutes choses, et le mouvement par lequel ils s'abaissent et s'élèvent sans peine pour entraîner leurs subordonnés vers une plus sublime hauteur, et pour se communiquer à eux avec une providentielle bonté. On pourrait dire aussi que ce nom de vent, d'air ébranlé, désigne une certaine ressemblance des anges avec Dieu : car, ainsi que nous l'avons longuement établi dans la théologie symboli-

244 que, en interprétant les sens mystérieux des quatre éléments, l'air est un symbole bien expressif des opérations divines, parce qu'il sollicite en quelque sorte et vivifie la nature, parce qu'il va et vient d'une course rapide et indomptable, et parce que nous ignorons les mystérieuses profondeurs dans lesquelles il prend et perd son mouvement, selon cette parole : Vous ne savez ni d'où il vient ni où il va (63).

La théologie représente aussi les anges sous la forme de nuées (64); enseignant par là que ces intelligences sont heureusement inondées d'une sainte et ineffable lumière, et qu'après avoir reçu avec une joie modeste la gloire de cette illumination directe, elles en laissent parvenir à leurs inférieures les rayons abondants, mais sagement tempérés; et qu'enfin elles peuvent communiquer la vie, l'accroissement et la perfection, en répandant comme une rosée spirituelle, et en fécondant le sein qui la reçoit par le miracle de cette génération sacrée.

VII. D'autres fois les anges sont dits apparaitre comme l'airain, l'électre, ou quelque pierre de diverses couleurs. L'électre, métal composé d'or et d'argent, figure, à raison de la première de ces substances, une splendeur incorruptible, et qui garde inaltérable ment sa pureté non souillée; et à cause de la seconde, une sorte de clarté douce et céleste.

L'airain, d'après tout ce qu'on a vu, pourrait être assimilé soit au feu, soit à l'or même.

La signification symbolique des pierres sera différente, selon la variété de leurs couleurs; ainsi les blanches rappellent la lumière; les rouges, le feu; les jaunes, l'éclat de l'or; les vertes, la vigueur de 215

la jeunesse. Chaque forme aura donc son sens cache, et sera le type sensible d'une réalité mystérieuse.

Mais je crois avoir suffisamment traité ce sujet; cherchons l'explication des formes animales dont la théologie revêt parfois les célestes esprits.

VIII. Or, par la forme de lion, il faut entendre l'autorité et la force invincible des saintes intelligences, et le secret tout divin qui leur est donné de s'envelopper d'une obscurité majestueuse, en dérobant saintement aux regards indiscrets les traces de leur commerce avec la divinité (65) (imitant le lion qu'on dit effacer dans sa course l'empreinte de ses pas, quand il fuit devant le chasseur).

La forme de bœuf appliquée aux anges exprime leur puissante vigueur , et qu'ils ouvrent en eux des sillons spirituels, pour y recevoir la fécondité des pluies célestes : les cornes sont le symbole de l'énergie aven laquelle ils veillent à leur propre garde.

La forme d'aigle rappelle leur royale élévation et leur agilité, l'impétuosité qui les emporte sur la proie dont se nourrissent leurs facultés sacrées, leur attention à la découvrir, et leur facilité à l'étreindre (66), et surtout cette puissance de regard qui leur permet de contempler hardiment et de fixer sans fatigue les splendides et éblouissantes clartés du soleil divin.

Le cheval est l'emblème de la docilité et de l'obéissance; sa couleur est également significative (67): blanc, il figure cet éclat des anges qui les rapproche de la splendeur incréée; bai, il exprime l'obscurité des divins mystères; alezan, il rappelle la dévorante ardeur du feu ; marqué de blanc et de 246 noir, il symbolise la fatuité de mettre en rapport et de concilier ensemble les extrêmes, d'incliner sagement le supérieur vers l'inférieur, et d'appeler ce qui est moins parfait à s'unir avec ce qui est plus élevé.

Mais si nous ne cherchions une certaine sobriété de discours, nous eussions pu appliquer avec quelque bonheur aux puissances célestes toutes les qualités et les formes corporelles de ces divers animaux, par des rapprochements où la similitude éclaterait au travers de différences sensibles : comme si nous voulions voir, par exemple, dans l'irascibilité des brutes, cette mâle énergie des esprits, dont la colère n'est qu'un obscur vestige, ou bien dans la convoitise de celles-là , le divin amour de ceux-ci (68), ou , pour tout dire en un mot, dans les sens et les organes des animaux sans raison, les pensées si pures et les facultés immatérielles des anges. J'en ai assez dit pour l'homme intelligent ; même l'interprétation d'un seul de ces symboles suffit bien pour guider dans la solution des questions analogues.

IX. Considérons encore ce que veut dire la théologie, lorsque parlant des anges, elle nous décrit des fleuves, des chars et des roues. Le fleuve de feu désigne ces eaux vivifiantes qui, s'échappant du sein inépuisable de la divinité, débordent largement sur les célestes intelligences, et nourrissent leur fécondité. Les chars figurent l'égalité harmonique qui unit les esprits d'un même ordre. Les roues garnies d'ailes et courant sans écart et sans arrêt vers le but marqué, expriment l'activité puissante et l'inflexible énergie avec lesquelles l'ange, entrant dans la voie 247 qui lui est ouverte, poursuit invariablement et sans détour sa course spirituelle dans les régions célestes.

Mais ce symbolisme des roues est susceptible encore d'une autre interprétation ; car ce nom de qalgal qui lui est donné, au rapport du prophète.(69), signifie en hébreu révolution et révélation. Effectivement ces roues intelligentes et enflammées ont leurs révolutions, qui les entraînent d'un mouvement éternel autour du bien immuable; elles ont aussi leurs révélations, ou manifestations des secrets divins, à savoir lorsqu'elles initient les natures inférieures, et leur font parvenir la grâce des plus saintes illuminations.

Il nous reste à expliquer enfin comment on doit comprendre l'allégresse des anges. Car n'imaginons pas qu'ils soient soumis aux accès de nos joies passionnées. En disant qu'ils se réjouissent avec Dieu de ce que sont retrouvés ceux qui étaient perdus, on exprime le divin contentement, et cette sorte de paisible délectation dont ils sont doucement enivrés, à l'occasion des âmes que la Providence a ramenées au salut, et aussi cet ineffable sentiment de bonheur que les saints de la terre connaissent, quand Dieu les récrée par l'effusion de son auguste lumière.

Telles sont les explications que j'avais à donner louchant les symboles que décrit la théologie. Tout incomplet qu'il soit, je me flatte que ce travail aidera notre esprit à s'élever au-dessus de la grossièreté des images matérielles.

Que si vous m'objectez, ô Timothée, que je n'ai pas fait mention de toutes les vertus, facultés et images que l'Écriture attribue aux anges, je répon- 248 drai, ce qui est véritable, qu'en certains cas il m'aurait fallu une science qui n'est pas de ce inonde, que j'aurais eu besoin d'un initiateur et d'un guide; et que certaines explications que j'omets sont implicitement renfermées en ce que j'ai dit.

Ainsi ai-je voulu à la fois et garder une juste mesure dans ce discours, et honorer par mon silence les saintes profondeurs que je ne peux sonder.

(41) Zach., 1, 2-2.

(42) Ezech., 9, 10 et sqq.

(43) Dan., 9, 23.

(44) Ezech., 10.

(45) Dan., 8, 16.

(46) Dan., 10.

(47) Deuter., 32.

(48) Osée, 4.

(49) Gen., 14

(50) Gen., 14.

(51) Dan., 2.

52) Deuter., 32.

(53) Dan., 10.

(54) Isaie.T, 6.

(55 Psalm., 23, 79, 102.

(56) Supra, cap. 5.

(57) Malach., 2, 7. — Apoc.,2.

(58) Isaiae, 6.

(59) Voir plut haut l'explication du mot trônes, chap. 7.

(60) Daniel, cap. 7.

(61) Num., 22 ; II Reg., 24 ; Ap., 20 ; Amos, 8 ; Jer., 24.

(62) Dan., 7 ; Psalm., 17 et 103.

(63) Joan., 3, 8

(64) Apoc., 10.

(65) Apoc., 4 ; Esech., 1.

(66) Ezech., 1 ; Apoc., 8.

(67)) Zach., 7.

(68) Apo.., 20; Zach., 8.

(69)) Ezech., 10, 13.

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