Athalie (page 7)

Jean Racine · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — éd. Didot 1854 · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

On vient à mon secours : tremblez, troupe rebelle !

Scène VI.

JOAS, ATHALIE, JOAD, ISMAËL, et tous les acteurs de la scène précédente.

ISMAËL, à Joad.

Seigneur, le temple est libre, et n’a plus d’ennemis :

L’étranger est en fuite, et le Juif est soumis.

Comme le vent dans l’air dissipe la fumée,

La voix du Tout-Puissant a chassé cette armée.

Nos lévites, du haut de nos sacrés parvis,

D’Ochozias au peuple ont annoncé le fils,

Ont conté son enfance au glaive dérobée,

Et la fille d’Achab dans le piége tombée.

Partout en même temps la trompette a sonné ;

Et ses sons et leurs cris dans son camp étonné

Ont répandu le trouble et la terreur subite

Dont Gédéon frappa le fier Madianite.

Les Tyriens, jetant armes et boucliers,

Ont par divers chemins disparu les premiers ;

Quelques Juifs éperdus ont aussi pris la fuite ;

Mais de Dieu sur Joas admirant la conduite,

Le reste à haute voix s’est pour lui déclaré.

Enfin, d’un même esprit tout le peuple inspiré,

Femmes, vieillards, enfants, s’embrassant avec joie,

Bénissent le Seigneur et celui qu’il envoie.

Tous chantent de David le fils ressuscité.

Baal est en horreur dans la sainte cité ;

De son temple profane on a brisé les portes ;

Mathan est égorgé.

ATHALIE.

Mathan est égorgé. Dieu des Juifs, tu l’emportes !

Oui, c’est Joas ; je cherche en vain à me tromper ;

Je reconnais l’endroit où je le fis frapper ;

Je vois d’Ochozias et le port et le geste ;

Tout me retrace enfin un sang que je déteste.

David, David triomphe ; Achab seul est détruit.

Impitoyable Dieu, toi seul as tout conduit !

C’est toi qui me flattant d’une vengeance aisée,

M’as vingt fois en un jour à moi-même opposée :

Tantôt pour un enfant excitant mes remords,

Tantôt m’éblouissant de tes riches trésors,

Que j’ai craint de livrer aux flammes, au pillage.

Qu’il règne donc ce fils, ton soin et ton ouvrage ;

Et que pour signaler son empire nouveau,

On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau !

Voici ce qu’en mourant lui souhaite sa mère :

Que dis-je, souhaiter ? je me flatte, j’espère

Qu’indocile à ton joug, fatigué de ta loi,

Fidèle au sang d’Achab, qu’il a reçu de moi,

Conforme à son aïeul, à son père semblable,

On verra de David l’héritier détestable

Abolir tes honneurs, profaner ton autel,

Et venger Athalie, Achab et Jézabel.

(Athalie sort, les lévites la suivent.)

JOAD.

Qu’à l’instant hors du temple elle soit emmenée,

Et que la sainteté n’en soit pas profanée.

Allez, sacrés vengeurs de vos princes meurtris,

De leur sang par sa mort faire cesser les cris.

Si quelque audacieux embrasse sa querelle,

Qu’à la fureur du glaive on le livre avec elle.

Scène VII.

JOAS, JOAD, JOSABETH, ABNER, et tous les acteurs de la scène précédente.

JOAS, descendu de son trône.

Dieu, qui voyez mon trouble et mon affliction,

Détournez loin de moi sa malédiction,

Et ne souffrez jamais qu’elle soit accomplie ;

Faites que Joas meure avant qu’il vous oublie.

JOAD, aux lévites.

Appelez tout le peuple, et montrons-lui son roi ;

Qu’il lui vienne en ses mains renouveler sa foi.

Roi, prêtres, peuple, allons, pleins de reconnaissance,

De Jacob avec Dieu confirmer l’alliance,

Et saintement confus de nos égarements,

Nous rengager à lui par de nouveaux serments.

Abner, auprès du roi reprenez votre place.

Scène VIII.

JOAS, JOAD, un lévite, et tous les acteurs de la scène précédente.

JOAD, au lévite.

Eh bien ! de cette impie a-t-on puni l’audace ?

LE LÉVITE.

Le fer a de sa vie expié les horreurs.

Jérusalem, longtemps en proie à ses fureurs,

De son joug odieux à la fin soulagée,

Avec joie en son sang la regarde plongée.

JOAD.

Par cette fin terrible, et due à ses forfaits,

Apprenez, roi des Juifs, et n’oubliez jamais

Que les rois dans le ciel ont un juge sévère,

L’innocence un vengeur, et l’orphelin un père.

FIN D’ATHALIE.

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