Britannicus (page 6)
Pallas n’emporte pas tout l’appuy d’Agrippine,
Le Ciel m’en laiſſe aſſez pour vanger ma ruine.
Le Fils de Claudius commence à reſſentir
Des crimes, dont je n’ay que le ſeul repentir.
J’iray, n’en doutez point, le monſtrer à l’Armée,
Plaindre aux yeux des Soldats ſon enfãce opprimée,
Leur faire à mon exemple expier leur erreur.
On verra d’un coſté le Fils d’un Empereur,
Redemandant la foy jurée à ſa famille,
Et de Germanicus on entendra la Fille ;
De l’autre l’on verra le Fils d’Enobarbus,
Appuyé de Seneque, & du Tribun Burrhus,
Qui tous deux de l’exil rappellez par moy-meſme
Partagent à mes yeux l’autorité ſuprême.
De nos crimes communs je veux qu’on ſoit inſtruit.
On ſçaura les chemins par où je l’ay conduit.
Pour rendre ſa puiſſance & la voſtre odieuſes,
J’avoüray les rumeurs les plus injurieuſes.
Je confeſſeray tout, exils, aſſaſſinats,
Poiſon meſme…
BURRHUS. Poiſon meſme… Madame, ils ne vous croiront pas.
Ils ſçauront recuſer l’injuſte ſtratagême
D’un témoin irrité qui s’accuſe luy-meſme.
Pour moy qui le premier ſeconday vos deſſeins,
Qui fis meſme jurer l’Armée entre ſes mains.
Je ne me repens point de ce zele ſincere.
Madame, c’eſt un Fils, qui ſuccede à ſon Pere.
En adoptant Neron, Claudius par ſon choix
De ſon Fils & du voſtre a confondu les droits.
Rome l’a pû choiſir. Ainſi ſans eſtre injuſte
Elle choiſit Tibere adopté par Auguſte,
Et le jeune Agrippa de ſon ſang deſcendu
Se vit exclus d’un rang vainement pretendu.
Sur tant de fondemens ſa puiſſance eſtablie
Par vous même aujourd’huy ne peut-eſtre affoiblie.
Et s’il m’écoute encor, Madame, ſa bonté
Vous en fera bien-toſt perdre la volonté.
J’ay commencé, je vais pourſuivre mon ouvrage.
Scène IV.
AGRIPPINE, ALBINE.
ALBINE.
DAns quel emportemẽt la douleur vous engage,
Madame ! L’Empereur puiſſe-t-il l’ignorer !
AGRIPPINE. Ah luy-meſme à mes yeux puiſſe-t-il ſe monſtrer !
ALBINE. Madame, au nom des Dieux, cachez voſtre colere.
Quoy pour les intereſts de la Sœur ou du Frere
Faut-il ſacrifier le repos de vos jours ?
Contraindrez-vous Ceſar juſques dans ſes amours ?
AGRIPPINE. Quoy tu ne vois donc pas juſqu’où l’on me ravale,
Albine ? C’eſt à moy qu’on donne une Rivale.
Bien-toſt ſi je ne romps ce funeſte lien,
Ma place eſt occupée, & je ne ſuis plus rien.
Juſqu’icy d’un vain titre Octavie honorée
Inutile à la Cour, en eſtoit ignorée.
Les graces, les honneurs par moy ſeule verſez
M’attiroient des mortels les vœux intereſſez.
Une autre de Ceſar a ſurpris la tendreſſe,
Elle aura le pouvoir d’Eſpouſe & de Maiſtreſſe,
Le fruit de tant de ſoins, la pompe des Ceſars,
Tout deviendra le prix d’un ſeul de ſes regards.
Que dis-je ? L’on m’évite & déja délaiſſée…
Ah je ne puis, Albine, en ſouffrir la penſée.
Quand je devrois du Ciel haſter l’Arreſt fatal,
Neron, l’ingrat Neron… Mais voicy ſon Rival.
Scène V.
BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE.
BRITANNICUS.
NOs ennemis communs ne ſont pas invincibles,
Madame. Nos mal-heurs trouvent des cœurs ſenſibles.
Vos amis & les miẽs juſqu’alors ſi ſecrets,
Tandis que nous perdions le temps en vains regrets,
Animez du courroux qu’allume l’injuſtice
Viennent de confier leur douleur à Narciſſe.
Neron n’eſt pas encor tranquille poſſeſſeur
De l’Ingrate, qu’il aime au mépris de ma Sœur.
Si vous eſtes toûjours ſenſible à ſon injure,
On peut dans ſon devoir ramener le Parjure.
La moitié du Senat s’intereſſe pour nous.
Sylla, Piſon, Plautus…
AGRIPPINE. Sylla, Piſon, Plautus… Prince que dites-vous ?
Sylla, Piſon, Plautus ! Les chefs de la Nobleſſe !
BRITANNICUS. Madame, je voy bien que ce diſcours vous bleſſe,
Et que voſtre courroux tremblant, irreſolu,
Craint déja d’obtenir tout ce qu’il a voulu.
Non, vous avez trop bien eſtably ma diſgrace.
D’aucun Amy pour moy ne redoutez l’audace.
Il ne m’en reſte plus, & vos ſoins trop prudens
Les ont tous écartez ou ſeduits dés long-temps.
AGRIPPINE. Seigneur, à vos ſoupçons donnez moins de creance
Noſtre ſalut depend de noſtre intelligence.
J’ay promis, il ſuffit. Malgré vos ennemis
Je ne revoque rien de ce que j’ay promis.
Le coupable Neron fuit en vain ma colere.
Toſt ou tard il faudra qu’il entende ſa Mere.
J’eſſayray tour à tour la force & la douceur.
Où moy-meſme avec moy conduiſant voſtre Sœur,
J’iray ſemer par tout ma crainte & ſes alarmes,
Et ranger tous les cœurs du party de ſes larmes.
Adieu. J’aſſiegeray Neron de toutes parts.
Vous, ſi vous m’en croyez, évitez ſes regards.
Scène VI.
BRITANNICUS, NARCISSE.
BRITANNICUS.
NE m’as-tu point flatté d’une fauſſe eſperance ?
Puis-je ſur ton recit fonder quelque aſſurãce,
Narciſſe ?
NARCISSE. Narciſſe ? Ouy. Mais, Seigneur, ce n’eſt pas en ces lieux
Qu’il faut développer ce myſtere à vos yeux.
Sortons. Qu’attendez-vous ?
BRITANNICUS. Sortons. Qu’attendez-vous ? Ce que j’attens, Narciſſe ?
Helas !
NARCISSE. Helas ! Expliquez-vous.
BRITANNICUS. Helas ! Expliquez-vous. Si par ton artifice,
Je pouvois revoir…
NARCISSE. Je pouvois revoir… Qui ?
BRITANNICUS. Je pouvois revoir… Qui ? J’en rougis. Mais enfin
D’un cœur moins agité j’attendrois mon deſtin.
NARCISSE. Apres tous mes diſcours vous la croyez fidelle ?
BRITANNICUS. Non, je la croy, Narciſſe, ingrate, criminelle,
Digne de mon courroux. Mais je ſens malgré moy,
Que je ne le croy pas autant que je le doy.
Dans ſes égaremens mon cœur opiniaſtre
Luy preſte des raiſons, l’excuſe, l’idolâtre.
Je voudrois vaincre enfin mon incredulité,
Je la voudrois haïr avec tranquillité.
Et qui croira qu’un cœur ſi grand en apparence,
D’une infidelle Cour ennemy dés l’enfance,
Renonce à tant de gloire, & dés le premier jour
Trame une perfidie, inoüie à la Cour ?
NARCISSE. Et qui ſçait ſi l’Ingrate en ſa longue retraite
N’a point de l’Empereur medité la défaite ?
Trop ſeure que ſes yeux ne pouvoient ſe cacher
Peut-eſtre elle fuyoit pour ſe faire chercher,
Pour exciter Ceſar par la gloire penible
De vaincre une fierté juſqu’alors invincible.
BRITANNICUS. Je ne la puis donc voir ?
NARCISSE. Je ne la puis donc voir ? Seigneur, en ce moment
Elle reçoit les vœux de ſon nouvel Amant.
BRITANNICUS. Hé bien, Narciſſe, allons. Mais que vois-je ? C’eſt elle.
NARCISSE. Ah Dieux ! A l’Empereur portons cette nouvelle.
Scène VII.
BRITANNICUS, JUNIE.
JUNIE.
REtirez-vous, Seigneur, & fuyez un courroux
Que ma perſeverance allume contre vous.
Neron eſt irrité. Je me ſuis échappée
Tandis qu’à l’arreſter ſa Mere eſt occupée.
Adieu, reſervez-vous, ſans bleſſer mon amour,
Au plaiſir de me voir juſtifier un jour.
Votre image ſans ceſſe eſt preſente à mon ame.
Rien ne l’en peut bannir.
BRITANNICUS. Rien ne l’en peut bannir. Je vous entens, Madame.
Vous voulez que ma fuite aſſure vos deſirs,
Que je laiſſe un chãp libre à vos nouveaux ſoûpirs.
Sans doute, en me voyant, une pudeur ſecrete
Ne vous laiſſe gouſter qu’une joye inquiete.
Hé bien il faut partir.
JUNIE. Hé bien il faut partir. Seigneur, ſans m’imputer…
BRITANNICUS. Ah ! vous deviez du moins plus long-temps diſputer.
Je ne murmure point qu’une amitié commune
Se range du party que flatte la fortune,
Que l’éclat d’un Empire ait pû vous ébloüir ;
Qu’aux dépens de ma Sœur vous en vouliez joüir.
Mais que de ces grandeurs cõme une autre occupée
Vous m’en ayez paru ſi long-temps détrompée ;
Non, je l’avouë encor, mon cœur deſeſperé
Contre ce ſeul mal-heur n’étoit point preparé.
J’ay veu ſur ma ruine élever l’injuſtice.
De mes Perſecuteurs j’ay veu le Ciel complice.
Tãt d’horreurs n’avoiẽt point épuiſé ſon courroux,
Madame. Il me reſtoit d’eſtre oublié de vous.
JUNIE. Dans un temps plus heureux ma juſte impatience
Vous feroit repentir de voſtre défiance.
Mais Neron vous menaſſe. En ce preſſant danger,
Seigneur, j’ay d’autres ſoins que de vous affliger.
Allez, raſſurez-vous, & ceſſez de vous plaindre,
Neron nous écoutait, & m’ordonnoit de feindre.
BRITANNICUS. Quoy le cruel ?...
JUNIE. Quoy le cruel ?... Témoin de tout noſtre entretien
D’un viſage ſevere examinoit le mien,
Preſt à faire ſur vous éclater la vangeance
D’un geſte, confident de noſtre intelligence.
BRITANNICUS. Neron nous écoutoit, Madame ! Mais, helas !
Vos yeux auroient pû feindre & ne m’abuſer pas.
Ils pouvoient me nommer l’auteur de cét outrage.
L’amour eſt-il muet, ou n’a-t-il qu’un langage ?
De quel trouble un regard pouvoit me preſerver ?
Il falloit…
JUNIE. Il falloit… Il falloit me taire, & vous ſçauver.
Combien de fois, helas ! puis qu’il faut vous le dire,
Mon cœur de ſon deſordre alloit-il vous inſtruire ?
De combien de ſoûpirs interrompant le cours
Ay-je évité vos yeux que je cherchois toûjours !
Quel tourment de ſe taire en voyant ce qu’on aime !
De l’entendre gemir, de l’affliger ſoy-meſme,
Lors que par un regard on peut le conſoler !
Mais quels pleurs ce regard auroit-il fait couler !
Ah ! dans ce ſouvenir inquiete, troublée,
Je ne me ſentois pas aſſez diſſimulée.
De mon front effrayé je craignois la paſleur,
Je trouvois mes regards, trop pleins de ma douleur.
Sans ceſſe il me ſembloit que Neron en colere
Me venoit reprocher trop de ſoin de vous plaire,
Je craignois mon amour vainement renfermé,
Enfin, j’aurois voulu n’avoir jamais aimé.
Helas ! pour ſon bon-heur, Seigneur, & pour le nôtre,
Il n’eſt que trop inſtruit de mon cœur & du voſtre.
Allez encore un coup, cachez vous à ſes yeux.
Mon cœur plus à loiſir vous éclaircira mieux.
De mille autres ſecrets j’aurois conte à vous rendre.
BRITANNICUS. Ah ! N’en voilà que trop pour me faire comprendre,
Madame, mon bon-heur, mon crime, vos bontez.
Et ſçavez-vous pour moy tout ce que vous quittez ?
Quand pourray-je à vos piez expier ce reproche ?
JUNIE. Que faites-vous ? Helas, voſtre Rival s’approche.
Scène VIII.
NERON, BRITANNICUS, JUNIE.
NERON.
PRince, continuez des tranſports ſi charmans.
Je conçoy vos bontez par ſes remercimens,
Madame, à vos genoux je viens de le ſurprendre.
Mais il auroit auſſi quelque grace à me rendre,
Ce lieu le favoriſe, & je vous y retiens
Pour luy faciliter de ſi doux entretiens.
BRITANNICUS. Je puis mettre à ſes pieds ma douleur, ou ma joye,
Par tout où ſa bonté conſent que je la voye.
Et l’aſpect de ces lieux, où vous la retenez
N’a rien dont mes regards doivent eſtre eſtonnez.
NERON. Et que vous monſtrent-ils qui ne vous avertiſſe
Qu’il faut qu’on me reſpecte, & que l’on m’obeïſſe ?
BRITANNICUS. Ils ne nous ont pas veuë l’un & l’autre élever,
Moy pour vous obeïr, & vous pour me braver,
Et ne s’attendoiẽt pas, lors qu’ils nous virent naître,
Qu’un jour Domitius me dût parler en maiſtre.
NERON. Ainſi par le deſtin nos vœux ſont traverſez,
J’obeïſſois alors, & vous obeïſſez.
Si vous n’avez appris à vous laiſſer conduire,
Vous eſtes jeune encore, & l’on peut vous inſtruire.
BRITANNICUS. Et qui m’en inſtruira ?
NERON. Et qui m’en inſtruira ? Tout l’Empire à la fois,
Rome.
BRITANNICUS. Rome. Rome met elle au nombre de vos droits
Tout ce qu’a de cruel l’injuſtice & la force,
Les empriſonnemens, le rapt, & le divorce ?
NERON. Rome ne porte point ſes regards curieux
Juſques dans des ſecrets que je cache à ſes yeux.
Imitez ſon reſpect.
BRITANNICUS. Imitez ſon reſpect. On ſçait ce qu’elle en penſe.
NERON. Elle ſe taiſt du moins, imitez ſon ſilence.
BRITANNICUS. Ainſi Neron commence à ne ſe plus forcer.
NERON. Neron de vos diſcours commence à ſe laſſer.
BRITANNICUS. Chacun devoit benir le bon-heur de ſon regne.
NERON. Heureux ou mal-heureux, il ſuffit qu’on me craigne.
BRITANNICUS. Je connoy mal Junie, ou de tels ſentimens
Ne meriteront pas ſes applaudiſſemens.
NERON. Du moins ſi je ne ſçay le ſecret de luy plaire,
Je ſçay l’art de punir un Rival temeraire.
BRITANNICUS. Pour moy, quelque peril qui me puiſſe accabler,
Sa ſeule inimitié peut me faire trembler.
NERON. Souhaittez la. C’eſt tout ce que je vous puis dire.
BRITANNICUS. Le bon-heur de luy plaire eſt le ſeul où j’aſpire.
NERON. Elle vous l’a promis, vous luy plairez toûjours.
BRITANNICUS. Je ne ſçay pas du moins épier ſes diſcours.
Je la laiſſe expliquer ſur tout ce qui me touche,
Et ne me cache point pour luy fermer la bouche.
NERON. Je vous entens. Hé bien, Gardes.
JUNIE. Je vous entens. Hé bien, Gardes. Que faites-vous ?
C’eſt voſtre Frere. Helas ! C’eſt un Amant jaloux.
Seigneur, mille mal-heurs perſecutent ſa vie.
Ah ! ſon bon-heur peut-il exciter voſtre envie ?
Souffrez que de vos cœurs rapprochant les liens,
Je me cache à vos yeux, & me dérobe aux ſiens.
Ma fuite arreſtera vos diſcordes fatales,
Seigneur, j’iray remplir le nombre des Veſtales.
Ne luy diſputez plus mes vœux infortunez,
Souffrez que les Dieux ſeuls en ſoient importunez.
NERON. L’entrepriſe, Madame, eſt eſtrange & ſoudaine.
Dans ſon Apartement, Gardes, qu’on la rameine.
Gardez Britannicus dans celui de ſa Sœur.
BRITANNICUS. C’eſt ainſi que Neron ſçait diſputer un cœur.
JUNIE. Prince, ſans l’irriter, cedons à cét orage.
NERON. Gardes, obeïſſez, ſans tarder d’avantage.
Scène IX.
NERON, BURRHUS.
BURRHUS.
QUe vois-je ? O Ciel !
NERON, ſans voir Burrhus. QUe vois-je ? O Ciel ! Ainſi leurs feux ſont redoublez.
Je reconnoy la main qui les a raſſemblez.
Agrippine ne s’eſt preſentée à ma veuë,
Ne s’eſt dans ſes diſcours ſi long-temps eſtenduë,
Que pour faire joûer ce reſſort odieux.
Qu’on ſçache ſi ma Mere eſt encore en ces lieux.
Burrhus, dans ce Palais je veux qu’on la retienne,
Et qu’au lieu de ſa Garde, on luy donne la mienne.
BURRHUS. Quoy, Seigneur ? ſans l’oüir ? Une Mere ?
NERON. Quoy, Seigneur ? ſans l’ouïr ? Une Mere ? Arreſtez,
J’ignore quel projet, Burrhus, vous meditez.
Mais depuis quelques jours tout ce que je deſire
Trouve en vous un Cenſeur, preſt à me contredire.
Répondez m’en vous dis-je, ou ſur voſtre refus
D’autres me répondront & d’Elle, & de Burrhus.
&c : etc
A cela : À cela
a consacrez : a consacrés
a consultez : a consultés
a coustez : a coûtés
a laissez : a laissés
A MONSEIGNEUR : À MONSEIGNEUR
A PARIS : À PARIS
a rassemblez : a rassemblés
a Rome : à Rome
a separez : a séparés
a signalez : a signalés
absẽce : absence
Abusoient : Abusaient
accordoient : accordaient
accuserent : accusèrent
volontez : volontés
vôtre appuy : votre appui
voudrois : voudrais
voudrois tu : voudrais-tu
voudroit : voudrait
voulois : voulais
Vouloit : Voulait
voulust : voulut
vous mesme : vous-même
voyent : voient
voyoit : voyait
vrai semblables : vraisemblables
vray : vrai
vû : vu
vy : vis
yeux dessillez : yeux dessillés
yeux moüillez : yeux mouillés
yvre : ivre
zele : zèle
ACTE IV.
Scène PREMIERE.
AGRIPPINE, BURRHUS
BURRHUS.
OUY Madame, à loiſir vous pourrez vous défendre.
Ceſar luy meſme icy conſent de vous entendre.
Si ſon ordre au Palais vous a fait retenir,
C’eſt peut-eſtre à deſſein de vous entretenir.
Quoy qu’il en ſoit, ſi j’oſe expliquer ma penſée,
Ne vous ſouvenez plus qu’il vous ait offenſée.
Preparez-vous pluſtoſt à luy tendre les bras.
Défendez-vous, Madame, & ne l’accuſez pas.
Vous le voyez, c’eſt luy ſeul que la Cour enviſage.
Quoy qu’il ſoit voſtre Fils, & même voſtre ouvrage,
Il eſt voſtre Empereur. Vous eſtes, comme nous
Sujette à ce pouvoir qu’il a receu de vous.
Selon qu’il vous menaſſe, ou bien qu’il vous careſſe,
La Cour autour de vous ou s’écarte ou s’empreſſe.
C’eſt ſon appuy qu’on cherche, en cherchant vôtre appuy.
Mais voicy l’Empereur.
AGRIPPINE. Mais voicy l’Empereur. Qu’on me laiſſe avec luy.
Scène II.
AGRIPPINE, NERON.
AGRIPPINE, s’aſſeyant.
APprochez-vous, Neron, & prenez voſtre place.
On veut ſur vos ſoupçõs que je vous ſatisfaſſe.
J’ignore de quel crime on a pû me noircir.
De tous ceux que j’ay faits je vais vous éclaircir.
Vous régnez. Vous ſçavez combien voſtre naiſſance
Entre l’Empire & vous avoit mis de diſtance.